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Les oiseaux dans les harmonies de la nature/Partie 2/Chapitre 1

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J.-B. Baillière, Victor Palmé, Firmin Marchand (p. 77-137).

II.
DES OISEAUX.

CHAPITRE PREMIER.

Les oiseaux sont des régulateurs de l’élimination et par suite des agents essentiels de la production ; arguments tirés de leur organisme.

Quand l’ornithologiste et le chasseur s’adressent à un pêcheur, à un moissonneur ou à un bûcheron, pour avoir des renseignements sur les oiseaux qui nichent ou qui passent dans tel ou tel lieu, si ces ouvriers n’en connaissent pas les noms scientifiques ou même vulgaires, ils cherchent à les dépeindre.

Pour cela ils parlent presque toujours, et dans l’ordre suivant, de leur grosseur et de leur forme, de leur couleur dominante ou de quelques colorations particulières, de leur manière de marcher, de nager ou de voler, de leur nourriture, de leurs instincts, de leur chant et de leurs nids, et ils croient ainsi indiquer ce qu’on a le plus d’intérêt à connaître, l’existence d’une espèce et ce à quoi elle sert.

Ce sentiment est trop instinctif et trop général pour que, dans les circonstances les plus ordinaires de la vie, ce genre d’enseignement ne convienne pas à la plupart de ceux qui le donnent et qui le reçoivent.

À vrai dire, c’est une traduction du langage de la nature, des manifestations variées par lesquelles elle fait comprendre sommairement et rapidement à tous les hommes ce qu’ils peuvent espérer ou craindre des êtres de la création.

Nous suivrons en cela l’exemple de ces praticiens, et leur mode d’indications nous suffira pour les démonstrations que nous avons à faire sur l’utilité de l’oiseau et sur la protection qui lui est due.

Le lecteur trouvera d’ailleurs dans nos grands auteurs, Buffon, Cuvier, Lacépède, et dans nos spécialistes contemporains un enseignement complet sur tout ce qui se rattache à ces matières et surtout à l’étude de l’anatomie et de la physiologie que nous n’avons pas l’intention de traiter.

En un mot, pour atteindre notre but nous nous proposons seulement de tirer des inductions de ce qu’il y a de principal au point de vue de notre théorie et de facilement déterminable dans les caractères physiques et organiques de l’oiseau et dans sa vie.

Une partie de son organisme, qui constitue un outillage complet et se trouve parfaitement en rapport avec les travaux à exécuter, nous servira d’autant plus pour nos recherches et nos exposés qu’elle est appréciable à la simple vue.

La comparaison suivante complétera notre pensée : Quand un étranger traverse une foule endimanchée, il lui est bien difficile, sinon impossible, de deviner la profession des hommes qu’il coudoie. Si, au contraire, en un jour ouvrable, il les retrouve, les uns en costume de piqueur, les autres à la tête de moissonneurs, dans un laboratoire de chimie, dans un chantier, sur l’estrade d’une salle de concert, etc., il découvre alors à quel genre de travail ils se livrent habituellement.

On peut, le dimanche aussi bien que dans les autres jours de la semaine, deviner la spécialité des genres et des espèces d’oiseaux, parce qu’ils portent avec eux des outils, qui par leur destination ne sont pas sans ressemblance avec nos alambics, pinces, pics, instruments de musique, nacelles, voitures, ballons ; et même, considérés au point de vue de la force principale qui leur a donné l’impulsion, l’ouvrier et son outillage ressemblent à un instrument dont le manche invisible serait entre les mains du Créateur.

Depuis le commencement du monde cet instrument principal des éliminations est sans cesse en action, de manière à les régler, à les modifier et à développer la production. Il a bien des airs de liberté ; mais, en définitive, il ne peut se mouvoir que dans le cercle restreint qui lui a été assigné. Tout, dans l’oiseau, est si admirablement combiné pour assurer les bons effets de son travail, que, si les éliminations pratiquées par lui expliquent son organisme, son organisme à son tour révèle la nature et l’importance de ses éliminations.

§ 1. — GROSSEUR DE L’OISEAU.

Ainsi que nous l’avons déjà dit, nous sommes instinctivement portés, quand il s’agit d’oiseaux, à parler de leur grosseur.

D’abord, si on les considère comme substance alimentaire, il importe de savoir quel est leur poids.

Le poids et le volume sont également, et surtout entre individus de même espèce ou de même genre, l’indice de telle ou telle force, des services ou des méfaits que l’on doit espérer ou craindre de ses éliminations.

Or, en général, l’oiseau est petit.

Dans notre région le plus gros de nos rapaces sédentaires d’été est l’aigle Jean-le-blanc qui pèse 1.700 grammes environ. Les poids des autres oiseaux de proie s’échelonnent entre 130 grammes (épervier ordinaire mâle) et 1.120 grammes (épervier autour).

Les plus petits et les plus gros sont :

Genres minimum maximum
Colombien : la tourterelle 
140 gr. ;
le grand ramier 
580 gr.
Gallinacé : la caille 
95 gr. ;
la perdrix 
400 gr.
Anassien : la petite sarcelle 
300 gr. ;
le canard sauvage 
1.370 gr.
Bécasse : la bécassine sourde 
54 gr. ;
la bécasse 
420 gr.

Nous avons, parmi nos passereaux sédentaires d’été, 86 espèces ; tandis que les autres genres ne nous en fournissent pour les nichées que 53.

De ces 86 espèces : 4 sont de la taille du geai, 165 gr., à celle du corbeau corneille, 520 gr. ;

15 de la taille du gros-bec, 55 gr., à celle du geai, 165 gr. ;

9 de la taille de l’alouette des champs, 30 gr., à celle du gros-bec, 55 gr. ;

58 de la taille du pouillot véloce, 6 gr. 20, à celle de l’alouette des champs, 30 gr.

De cet état il résulte que les plus petits oiseaux sont, à beaucoup près, les plus nombreux et que les très-petits forment plus d’un tiers de nos espèces sédentaires d’été.

Si l’on remarque encore que la chair de quelques-uns est mauvaise, on trouvera d’abord qu’en général les oiseaux ont été essentiellement créés, ainsi que de gros insectes, pour les travaux de l’élimination et secondairement, comme le mouton, le bœuf, le lièvre, le chevreuil et le sanglier, pour la nourriture des hommes.

Beaucoup d’oiseaux étant des éliminateurs d’insectes, il leur suffisait d’être un peu plus forts et plus gros que ces derniers. Aussi, entre les plus gros de nos insectes et les plus petits de nos oiseaux, il n’y a pas grande différence pour la taille.

Le plus petit de nos oiseaux, le roitelet moustache (regulus ignicapillus), est supérieur en taille, en envergure et en poids, aux plus remarquables de nos coléoptères et de nos papillons, ainsi qu’il résulte de la comparaison des chiffres suivants :

Taille Envergure Poids
Roitelet moustache. 0m 098 0m 151 5 gr. 10
Lucane cerf-volant.
(Lucanus cervus)
0m 05 sans les cornes 0m 055 5 gr.
id. 0m 07 avec les cornes 0m 055 5 gr. 50
Saturnie du poirier (attacus paronia major), connu sous le nom de grand paon 0m 054 0m 14 2 gr. 25
§ 2. — DE QUELQUES ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS DE L’OISEAU.
N° 1. — Muscles.

Les muscles se composent de fibres élémentaires rouges, parallèles, d’une ténuité extrême, qui se groupent en faisceaux musculaires ; ces faisceaux, unis entre eux par du tissu cellulaire, forment la partie contractile des muscles. Mais, à leurs extrémités, et dans une étendue plus ou moins grande ou plus ou moins restreinte, ces éléments contractiles se transforment en fibres blanches non contractiles, très-résistantes, qui forment des aponévroses ou des cordelettes, connues sous le nom de tendons ; ceux-ci s’insèrent solidement aux os et leur transmettent le mouvement déterminé par la contraction des muscles.

En dehors de la science les muscles sont plus connus sous le nom de chair.

Si, d’après quelques savants, les muscles principaux du corps de l’homme sont d’environ 400, on peut croire que ceux de l’oiseau sont également très-nombreux.

Cette partie de la mécanique de l’oiseau serait admirable à voir, si on pouvait, en le disséquant, ne laisser que les fibres musculaires, leur conserver leur place et leur équilibre et en faire des collections, comme on fait des collections de squelettes.

Les reproductions en plastique coloriée en donnent une idée.

Plus les mouvements d’une partie du corps doivent être accentués, et plus les muscles et les tendons y abondent.

Ainsi l’estomac est formé de membranes dont l’une, très-épaisse dans le gésier des oiseaux granivores, se contracte avec une grande énergie ; et nous verrons plus loin[1] que le cou et les organes de la locomotion sont garnis de faisceaux de muscles très-puissants.

Le tableau de la page 84 nous en donnera déjà une idée.

Indépendamment de la propriété que la chair de l’oiseau a d’être musculaire au suprême degré et ainsi de se prêter à toutes les exigences du mouvement et de la locomotion, elle a encore d’autres caractères qui la distinguent de la matière inorganique, végétale, et de la chair des animaux d’un ordre inférieur.

Elle est impénétrable en ce sens que, sous forme de vessie, de bourse et de canal, elle contient et comprime facilement des gaz et des liquides. Elle n’en laisse échapper qu’une très-faible partie et quand cela est nécessaire par des interstices qui séparent les molécules et que l’on nomme pores. Elle contient des réservoirs et des canaux excréteurs.

Chez les êtres les mieux organisés, la température est élevée et par suite la chair devait supporter, conduire et surtout conserver la chaleur. Chez le canard, elle supporte à l’état normal de 37 à 43 degrés 9 dixièmes centigrades au-dessus de zéro, tandis que chez l’homme une fièvre élevant la

NOM
de l’oiseau
DATE
de
l’analyse
Poids de l’oiseau
POIDS
POIDS total de la chair
avant dis-section après dis-section des os des muscles pec-toraux des muscles des pattes des muscles pec-toraux et des muscles des pattes du reste de la chair
    Gram. Gram. Gram. Gram. Gram. Gram. Gram. Gram.
Roitelet moustache 11 déc. 1874 5.60 4.389 0.73 0.85 0.30 1.15 1.79 2.94
Bécasseau brunette 22 mars 1877 38.00 32.580 5.42 6.75 1.10 7.85 14.90 22.75
Petit pluvier à collier
interrompu
5 mai 1875 45.54 37.965 5.40 8.40 2.30 10.70 17.28 27.98
Sterne petite 20 mai 1875 53.80 45.700 6.50 9.30 1.40 10.70 23.50 34.20
Engoulevent 8 juin 1875 69.50 61.470 7.52 14.20 2.35 16.55 28.65 45.20
Coucou 18 mai 1875 110.00 97.200 13.85 20.55 3.60 24.15 44.53 68.68
Tourterelle 2 sept. 1875 131.00 118.770 16.20 31.30 5.20 36.50 55.85 92.35
Rale d’eau 27 fév. 1875 138.00 127.160 19.55 13.90 23.60 37.50 60.60 98.10
Grive draine 1er oct. 1875 143.00 128.929 16.60 16.00 8.70 24.70 65.87 90.57
Faucon cresserelle
(mâle)
17 juin 1877 164.25 150.250 30.00 18.50 14.70 33.20 59.10 92.30
Geai 18 mars 1875 167.00 153.600 24.95 19.70 16.00 35.70 69.83 105.53
Chouette chevêche 23 fév. 1876 167.00 156.190 31.45 19.40 22.00 41.40 67.20 108.60
Sterne canjek 14 avril 1875 197.00 178.510 30.30 32.20 4.40 36.60 89.55 126.15
Grèbe castagneux 2 janv. 1875 200.00 182.980 21.22 25.50 20.50 46.00 98.61 144.61
Barge à queue noire 13 fév. 1875 232.00 215.230 40.40 52.90 12.60 65.50 91.65 157.15
Mouette rieuse 26 mars 1875 281.00 266.180 42.25 45.90 13.20 59.10 127.70 186.80
Perdrix grise 12 oct. 1874 290.00 266.920 28.97 40.05 38.25 78.30 126.40 204.70
Grand ramier 23 oct. 1875 315.00 296.670 28.90 67.50 12.70 80.20 110.60 190.80
Hibou brachyote 19 déc. 1874 327.20 304.200 57.30 21.70 33.08 54.78 131.68 206.30
Grand courlis cendré 19 déc. 1877 515.00 456.040 119.90 108.00 37.16 145.16 263.94 409.10
Canard nyroca 17 mars 1876 551.00 506.300 78.05 93.00 27.60 120.60 267.25 387.85
Corbeau corneille 6 mars 1876 582.00 550.050 107.85 71.40 54.00 125.40 254.85 380.25
Buse vulgaire 8 oct. 1875 1020.00 973.700 156.40 124.00 124.00 248.00 411.10 659.10
Oie bernache vannette 18 déc. 1874 1430.00 1397.170 241.90 374.70 101.60 476.30 566.65 1042.95
Héron gris 4 sept. 1874 1871.80 1786.800 364.00 281.00 181.00 462.00 675.00 1137.00
Cormoran 14 mars 1878 2240.00 2055.100 249.50 284.00 207.00 491.00 1114.90 1635.90


température à 42 degrés est mortelle. Grâce aux plumes qui recouvrent la peau, la chair de l’oiseau conserve toujours sa haute température.

Par sa douceur, la chair facilite la souplesse des mouvements et l’impressionnabilité du toucher.

Enfin elle est appétissante pour tous les éliminateurs de l’oiseau, et ainsi elle les stimule d’autant plus. Il arrive donc que les régulateurs de l’élimination, si privilégiés sous le rapport de la locomotion et quand il s’agit de fuir, sont surveillés et contenus dans une certaine mesure.

La chair de beaucoup d’oiseaux est pour l’homme une nourriture excellente, et, si la plupart sont trop petits pour en fournir d’une manière appréciable, quelques-uns sont de grande taille et peuvent se domestiquer au point de devenir surtout des producteurs de viande.

En résumé, par ses éléments et ses propriétés, la chair de l’oiseau indique chez cet animal un mécanisme très-remarquable, plus remarquable que celui des insectes et de beaucoup d’autres animaux.

Et une conclusion qui se dégage de ce fait c’est que l’oiseau a été appelé à un rôle supérieur, surtout dans les travaux de l’élimination.

N° 2. — Charpente osseuse.

Les muscles de l’oiseau ont pour complément une charpente osseuse ; en l’étudiant on voit qu’elle est combinée de manière à donner à cet animal une très-grande force de destruction et tous les modes de la locomotion la plus rapide.

La corne du bec, les os de la tête, les vertèbres d’un des plus longs cous d’animaux permettent aux muscles du préhenseur de saisir vite et fortement une graine difficilement accessible, un animal qui fuit, et de les désagréger et dépecer.

Une enveloppe osseuse du corps développée surtout à l’avant, comme un bouclier, préserve l’oiseau des chocs auxquels il est exposé par la vivacité de ses allures ; à claire-voie et arrondie, elle est aussi légère que solide.

Mais cette charpente osseuse a surtout été nécessitée par les besoins de la locomotion, et il conviendra ainsi d’en parler plus loin quand nous étudierons les pattes et les ailes. Nous devons néanmoins, dès maintenant, remarquer quelques-unes des admirables concordances qui existent entre les muscles, les os principaux et le genre de travail de l’oiseau.

Chez les plus grands et les plus lourds coureurs et surtout l’autruche, le bassin est très-développé et le sternum de cet échassier est relativement petit et sans bréchet.

Au contraire, chez le martinet et les autres voiliers, le bassin est très-petit, tandis que le sternum et le bréchet ont des dimensions relativement grandes.

De plus tous les os sont légers et quelques-uns sont extraordinairement creux. Un humérus de l’aigle jean-le-blanc ayant en longueur 23 centimètres et à son plus petit diamètre 0,016 ne pèse, avec les aiguilles osseuses qui le traversent en divers sens pour le consolider, que 23 grammes, la couche d’os qui forme les parois du milieu n’a une épaisseur que d’un millimètre, tandis que des os de lapin, ayant même volume que cet humérus, pèsent près de trois fois plus.

§ 3. — APPAREILS DE L’ÉLIMINATION.

Ce qu’il y a de plus caractéristique dans l’oiseau ce sont ses appareils d’élimination. Les plus importants d’entre eux ne sont connus que des savants.

Cependant l’étude complète de ces organes, objet de l’anatomie comparée, donne des éléments considérables pour la détermination et la classification des espèces et des genres.

Les appareils de l’élimination se composent de trois parties principales : d’une bourse ou cornue à compartiments, d’un déjecteur qui est l’intestin, et d’un préhenseur qui consiste surtout dans le cou et le bec.

N° 1. — Appareils de l’élimination proprement dite.

La cornue et le déjecteur sont avec leurs accessoires encaissés et cachés au centre de l’animal et il ne vient jamais à la pensée des hommes étrangers à la science de s’en occuper. Quelques chiffres les aideront à comprendre les ouvrages de nos zoologistes.

NOMS
des
OISEAUX
APPAREILS
de l’élimination et de la transformation
POIDS
TOTAL
de
l’oiseau
Pré-henseur œso-phage
et larynx
Estomac Foie et pou-mons Reins Cœur DÉJECTEUR
et
ANNEXES
Poids Longr
  Gram. Gram. Gram. Gram. Gram. Gram. Mètr. Gramm.
Sizerin cabaret 0.06 0.35 0.46 0.05 0.15 0.20 0.240 10.50
Tarin 0.35 0.35 0.45 0.15 0.22 0.30 0.110 12.00
Gros-bec ordinaire 0.77 1.62 2.55 0.48 0.62 1.00 » 52.00
Perdrix grise 1.35 12.40 7.00 1.25 2.55 5.30 0.400 290.00
Grand ramier 4.90 24.30 12.50 4.90 6.10 15.20 1.300 463.00
Pouillot sylvicole 0.10 0.16 0.45 0.25 0.12 0.10 0.155 9.20
Fauvette à tête noire 0.25 0.45 1.10 0.40 0.25 0.50 0.180 16.20
Torcol 0.55 1.20 1.40 0.20 0.40 1.50 0.250 29.50
Engoulevent 0.20 3.50 1.45 1.55 0.95 0.80 0.230 69.50
Merle noir 1.17 2.05 2.90 0.95 1.70 5.10 0.300 89.60
Coucou 2.20 2.95 4.10 1.43 1.35 2.00 0.500 110.00
Corbeau corneille 8.10 17.90 21.95 6.60 6.70 32.50 1.040 582.00
Bécasseau brunette
(femelle)
0.60 1.90 2.20 0.75 0.80 1.50 0.300 46.50
Combattant 1.95 4.45 8.40 1.45 2.70 3.55 0.500 166.00
Héron gris 29.00 42.00 74.00 22.00 23.00 22.00 2.100 1895.00
Sterne petite 0.80 1.30 4.35 0.65 0.67 1.75 » 53.80
Sterne caujek 3.05 5.30 12.90 3.20 3.»»  5.10 0.830 197.11
Grèbe castagneux 1.80 7.50 14.50 3.40 3.05 11.20 0.780 200.00
Sarcelle d’hiver 3.30 7.85 18.55 4.55 4.50 15.20 1.180 323.00
Oie bernache 15.00 67.70 52.00 14.50 20.00 45.50 1.750 1430.00
Cormoran 26.00 66.00 74.00 29.50 40.50 79.00 2.900 2240.00
Hibou brachyote 3.95 7.10 18.20 3.40 5.00 6.80 0.450 327.20
Buse vulgaire 5.50 22.70 28.20 9.90 10.05 17.20 1.300 1020.00

Il y a chez les oiseaux généralement trois estomacs : le jabot qu’on peut considérer comme un simple renflement de l’œsophage, où les aliments sont emmagasinés ; le ventricule succenturié, où ils sont imbibés de suc gastrique que sécrètent les parois même de cette cavité ; le gésier, à parois musculeuses, épaisses, chez les granivores, mais à parois beaucoup moins épaisses chez les rapaces.

Les cavités digestives de l’estomac sécrètent de leur face interne ou reçoivent de glandes voisines des liquides de nature variée qui préparent ou accomplissent la digestion des aliments avec l’aide d’une température convenable. Ainsi que nous l’avons déjà dit, chez les oiseaux cette température est plus élevée que chez les autres êtres animés, celle du canard va jusqu’à 43 degrés centigrades 9 dixièmes au-dessus de zéro, tandis que celle de la tortue géométrica n’est que de 16 degrés, 9 dixièmes, celle de la truite 14 degrés, celle du scarabée 5 degrés[2].

Dans le jabot des granivores et du pigeon, entre autres, les aliments subissent d’abord une décomposition préparatoire.

Pour que les graines non concassées dans le bec ne soient pas d’une digestion trop difficile, beaucoup de granivores ont l’instinct de chercher et d’avaler de petites pierres, qui, roulées les unes contre les autres au milieu des graines, servent à broyer ces dernières. En ces circonstances ces pierres servent comme les meules dans un moulin et les dents dans la bouche.

Aussi les parois du gésier, très-musculeux chez les oiseaux granivores, sont-elles garnies intérieurement d’une membrane cartilagineuse consistante comme le cuir. Dans l’estomac de l’oie cravant, deux plaques en substance cornée sont placées dans la peau de manière à se juxtaposer et à comprimer fortement les graines et les pierres.

Chez les oiseaux rapaces, le gésier est simplement un réservoir musculo-membraneux.

Chez quelques animalivores, l’œsophage a la propriété de se contracter, de manière à rejeter par le bec les poils des chenilles et des mammifères décomposés par l’estomac, ce qui facilite beaucoup le travail de la digestion ; c’est pour cette raison qu’on trouve des pelottes de poils près des nids de ducs, de chouettes, de héron, de buse, et que le coucou dégorge des pelottes de poils de chenille.

N° 2. — Préhenseur.
A. cou et tête.

Des appareils principaux de l’élimination il en est un que nous avons appelé le préhenseur, parce que c’est lui qui prend et porte à l’estomac les aliments ; mais ses fonctions sont nombreuses, et il se compose du cou, de la tête, du bec et de la langue.

Que le préhenseur soit d’une certaine longueur, cela se comprend ; car un animal doit pouvoir, sans basculer et fatiguer continuellement son corps, saisir et porter la nourriture au niveau de l’estomac. Or, si la carpe qui nage, l’escargot qui rampe, le crapaud qui marche à plat ventre, se passent facilement de cou, le quadrupède devait en avoir un qui, uni à la tête, égalât au moins en longueur ses pattes de devant.

Pour des raisons du même genre, l’oiseau devait avoir le cou long, et le fait est que, relativement, il l’a plus long que tous les autres animaux.

De cela il y a plusieurs raisons.

Sans doute, des pattes longues et renforcées permettent à l’œdicnème criard de courir et d’arriver par de rapides explorations à pratiquer dans les espaces arides d’utiles éliminations. De même encore des pattes longues et amincies comme des échasses étaient nécessaires au héron pour pénétrer et se promener dans les marais et ainsi pour ces oiseaux un long cou était indispensable.

Mais, remarquons-le, pour surveiller des ouvriers, éviter un récif ou un abordage, chanter, le cultivateur, le capitaine de navire, le musicien, ne restent ni couchés, ni assis ; ils se lèvent, le capitaine monte même sur la dunette. Souvent aussi, afin de découvrir leur proie, les oiseaux prennent le haut vol. Le milan plane dans les airs, la buse se perche sur l’arbre de la plaine.

Dans ces diverses circonstances, le but n’est réalisable qu’au moyen de l’élévation de la vue, et s’il a été donné à l’oiseau de voir de si haut, c’est qu’il est par excellence un régulateur de l’élimination.

Pour cette raison encore, il lui était nécessaire, même quand il marche ou nage, de pouvoir projeter ses regards à une certaine distance et ainsi d’avoir un long cou.

Aussi, sous ce rapport et relativement, il est plus favorisé que tous les autres animaux.

La chauve-souris rhinolophe (grand fer à cheval) (Rhinolophus unihastatus), qui en moyenne pèse trente grammes, n’élève sa vue qu’à cinq ou six centimètres quand elle marche sur le sol, tandis que l’alouette des champs du même poids a treize centimètres de la plante des pieds au sommet de la tête. En nageant, le canard sauvage a les yeux à 26 centimètres au-dessus du niveau d’eau, et le cygne les élève à 52 centimètres.

Le préhenseur contient un tube qui porte les noms de pharinx, de larynx et de trachée-artère, et qui donne passage à l’air des poumons et aux sons de la voix ; mais la voix au lieu de se produire dans un larynx supérieur, comme dans le mécanisme humain, prend naissance dans un larynx inférieur placé au bas de la trachée-artère, et il en résulte que, pour la formation du son, ce tube a de l’analogie avec le corps d’un instrument en bois et en cuivre. Formé de substance cornée, mais également souple et flexible dans toute la longueur, il développe la puissance, la sonorité et la délicatesse des sons de la voix des oiseaux.

Les yeux sont braqués au sommet du cou et de la tête comme un télescope sur son pied ; tout près de l’ouïe et du cerveau et confinant au bec ils se trouvent, à la façon d’un microscope, très-rapprochés d’une proie infiniment petite qu’il s’agit d’extraire ou de découper. Placés sur un observatoire aussi favorisé, ils sont pour la plupart des oiseaux le sens principal.

Le cou étant long et flexible l’oiseau tourne facilement la tête et il a ainsi le privilége de regarder par derrière, comme s’il y avait des yeux.

S’il peut ainsi tourner la tête en arrière, c’est non-seulement par l’existence d’assez nombreuses vertèbres un peu mobiles les unes sur les autres, mais aussi parce que la tête est articulée à la première vertèbre par un condyle unique, tandis qu’il en existe deux écartés l’un de l’autre chez l’homme et chez les mammifères.

Les muscles du cou sont fixés à une colonne vertébrale qui, suivant les circonstances, a la flexibilité d’une corde ou la raideur du bois, en sorte que l’oiseau peut l’employer comme la corde d’une fronde ou le manche d’une massue pour lancer son bec ; le héron projette le sien à un mètre de distance avec une force et une adresse surprenantes.

Enfin l’oiseau, soit en volant, soit en marchant, soit surtout en s’abattant sur la terre ou sur une branche, a constamment besoin de varier son équilibre. Il se sert alors de son cou comme de balancier pour faciliter ses mouvements et prendre son assiette.

B. bec

Mais la fonction principale du préhenseur est de servir de bras, de main, de pince et de bouche. Comme l’estomac et ses annexes, et plus qu’eux encore, il varie sensiblement selon la nature de l’élimination pratiquée par chaque genre et quelquefois même par chaque espèce d’oiseau. Comme ses variétés sont très-déterminables à la simple vue, à la différence des appareils intérieurs, les auteurs les ont souvent prises comme base de leurs classifications.

Sous ce rapport il est une remarque préliminaire que l’on doit faire.

Certains animaux sont le plus souvent des consommateurs, et pour plus de facilité, ils ont l’ouverture de leur préhenseur arrondie ou ovalaire comme serait celle de l’oiseau, si le bec était supprimé jusqu’à sa base. Au contraire, l’insecte qui est essentiellement un éliminateur, l’a très-étroite. La bouche du cheval, celle de la vache, sont évasées. Le papillon n’a qu’une trompe très-fine pour pomper et sucer le suc des fleurs. Les coléoptères et la plupart des insectes ont une bouche très-étroite et armée de pinces très-petites, sous forme souvent de mandibules cornées.

Or, le bec de l’oiseau n’est, en quelque sorte, qu’un agrandissement des mandibules de l’insecte. Grâce à cette pince, aux extrémités aiguës comme des aiguilles, il peut facilement pratiquer l’élimination en détail, détacher une petite graine du duvet qui l’entoure, saisir un œuf d’insecte dans la poussière, ce qui prouve une fois de plus que l’oiseau est avant tout un éliminateur, et sous ce rapport une espèce de gros insecte.

Si telle est la forme générale des mandibules de l’oiseau, elles varient beaucoup selon le genre d’élimination qui est assigné à chaque espèce. Pour en désigner les variétés principales, les auteurs ont francisé le mot latin rostrum, bec, et ils lui ont adjoint d’autres mots latins qui le caractérisent au moyen de comparaisons.

Pour suivre, à ce sujet, l’ordre que nous avons adopté dans l’énumération des espèces d’éliminateurs, parlons d’abord du bec des oiseaux végétalivores.

La plupart des oiseaux qui ont été chargés d’éliminer les graines en ont reçu un bien pointu, mais très-conique, renforcé à la base et proportionné à la grosseur et à la force du travailleur. Grâce à cet instrument, l’oiseau non-seulement détache la graine de son enveloppe, mais encore il la concasse. De là le genre appelé par les auteurs gros bec et conirostre. Le bec du pinson ordinaire pèse 30 centigr. celui du gros-bec 2 gr. 20 centigr. ; tandis que les becs du pouillot véloce et du grimpereau familier, longs, le premier comme celui du pinson, et le second comme celui du gros-bec, pèsent, l’un 3 centigr., et l’autre 10 centigr.

Si l’estomac de l’oiseau est de constitution telle que l’écorce de la graine s’y décompose facilement, alors le bec n’a plus la force et la résistance d’une mâchoire. Le pigeon ramier avale des glands qui se ramollissent dans son jabot et se décomposent ensuite entièrement dans l’estomac ; aussi son bec est une simple pince un peu allongée.

Celui des gallinacés est un peu recourbé et renforcé, parce que souvent il leur faut bêcher et retourner la terre, comme avec un hoyau.

Les oiseaux qui mangent des feuilles avaient besoin de mandibules relativement larges. Telles sont celles de l’oie, le bec du canard, et surtout de la spatule.

Un bec large pouvait encore, au moyen d’accessoires, être utilisé pour recueillir, et, en quelque sorte, pêcher les graines enfouies et les petits œufs déposés dans les eaux et la boue des étangs et marais. En effet, la mandibule supérieure du canard est, sur les côtés, garnie d’une dentelure qui, à l’occasion, fait office d’écumoire. Cet oiseau, et particulièrement le souchet, prend dans son bec de l’eau et de la vase qu’il rejette par ce tamis, retenant les graines et les œufs qu’elles contenaient.

La dentelure sert également à retenir un animal glissant, comme le mollusque et le poisson, et à le découper.

On nomme lamellirostres, les oiseaux à bec large et aplati.

Pour l’élimination des animaux, les becs ont été encore bien plus variés.

D’abord, quand, en volant, un oiseau doit saisir et avaler un animal qui fuit ou qui peut s’échapper facilement, il est bon qu’il ait, avec la précision du coup, un bec large. Les troubles dont on se sert pour prendre les papillons ont une large ouverture. De même l’engoulevent, le martinet et les hirondelles ont un bec très-large, et pour cette raison ils sont appelés latirostres ; c’est également pour cela que l’engoulevent a pour nom vulgaire celui de crapaud-volant.

Pour saisir les plus petits insectes et leurs œufs à terre, dans les herbes, sur les arbres, dans le feuillage, les lichens et les mousses, il fallait un bec fin, c’est-à-dire une pince fine et affilée. Beaucoup de petites espèces, appelées becs-fins, s’adonnent à ce genre de travail. Elles ont, pour représentants principaux, les pouillots, les fauvettes et les rubiettes.

Un bec de cette conformation, mais avec des proportions plus grandes, a été donné aux grives et aux merles pour la recherche d’insectes plus gros.

Pour saisir, dans la crevasse d’une écorce d’arbre ou au fond d’un petit trou, il fallait une pince très-fine et très-longue : le bec du grimpereau est de ce genre.

Même à la surface de l’écorce, il faut souvent écailler un peu le bois, briser la mousse, pour saisir un insecte, et alors le bec fin doit être renforcé à la base. Le bec des mésanges a cette forme-là.

D’autres fois, il est indispensable de pratiquer ce travail plus à fond, dans les écorces dures et dans le bois lui-même, et d’avoir, pour cela, un bec capable de s’enfoncer comme la besaiguë du charpentier et le pic du mineur. Les pics ont un outillage de ce genre.

Des insectes et autres petits animaux vivent-ils ou se cachent-ils dans les terres pénétrables, ils n’y sont saisissables qu’au moyen d’un long bec, comme ceux des chevaliers et surtout des bécasses. Ces oiseaux sont appelés longirostres. Une particularité très-remarquable, c’est que le bec de ce dernier oiseau est mou et porteur de l’organe de l’odorat. Quoique long de 8 centimètres, il ne pèse que 2 grammes 50 centigrammes.

Les palmipèdes, comme les fuligules, qui sont plus animalivores que végétalivores, ont le bec relativement plus trapu que celui du canard ordinaire.

Quelques-uns, le macareux-moine entre autres, ont le bec en forme de cisailles et aussi de double couteau ; de là leur nom de cultrirostres. Le héron est un cultrirostre.

Enfin, quelquefois, il faut non-seulement s’emparer d’une proie, mais encore la dépecer. Pour ces deux usages un bec crochu convient très-bien. Les rapaces en sont pourvus.

D’autres becs appartiennent pour la forme à plusieurs de ces types ; tels sont ceux du geai, du corbeau, etc.

Quoique le bec soit surtout créé pour les besoins variés de l’élimination, il sert encore à d’autres usages. Le perroquet l’utilise pour se hisser d’une branche à l’autre. Tous les oiseaux l’emploient pour construire les nids et se défendre. Le pic manie le sien, qui est droit et très-solide, comme le charpentier sa besaiguë, et il arrive ainsi à se forer des trous dans le bois.

Il n’est donc pas étonnant que le bout de la mandibule supérieure s’use et que, dans quelques espèces, il ait la propriété de repousser. Quand une alouette est en cage et qu’elle ne peut aiguiser son bec, celui-ci devient trop grand et on est obligé de le couper.

Par cela même qu’il est en substance cornée et non emplumé comme le corps, il pénètre sans peine dans la mousse et même dans la terre et il s’approprie tout de suite. Cependant le corbeau freux creuse si profond qu’il finit par faire tomber les petites plumes qui garnissent la base de son bec.

Un appendice très-remarquable du bec, c’est la langue. Comme chez tous les animaux, elle sert à l’articulation de la voix et à mettre en mouvement dans l’intérieur de la bouche les aliments qui y sont apportés ; mais elle a aussi d’autres usages.

Chez le canard, elle est épaisse, impressionnable. Cet oiseau s’en sert pour déterminer ce qu’il a puisé dans la boue, ce qu’il doit avaler ou rejeter.

Chez les passereaux et beaucoup d’autres oiseaux, elle est flexible, mais armée d’une pointe cornée et elle sert, comme le bec, à piquer un petit insecte ou son œuf. Chez le pic, elle se couvre de salive engluée et elle est très-extensible. Le pic-vert enfonce dans une fourmilière la sienne qui est longue de 16 centimètres et il la retire quand les fourmis sont venues s’y prendre.

Ainsi donc, le préhenseur, dans son ensemble et dans ses diverses parties, indique que l’oiseau est un très-remarquable éliminateur.

§ 4. — APPAREILS DE LA LOCOMOTION.
N° 1. — Différents modes de locomotion.

Pour se rendre compte des fonctions de locomotion et de ses différents modes chez les oiseaux, il faut étudier : 1° le squelette, qui forme la charpente osseuse du corps et fournit des leviers ; 2° les muscles dont l’action met ces leviers en mouvement[3].

Les divers genres de locomotion chez cette classe animale, la locomotion aérienne, la marche, la natation, nous les étudierons successivement et nous rattacherons chacun d’eux à des détails anatomiques précis qui en expliquent le mécanisme.

C’est à la colonne vertébrale que se relient soit directement, soit indirectement, tous les os qui constituent la charpente osseuse de l’oiseau. Cette colonne centrale est formée d’os courts ; ce sont les vertèbres. Elles sont très-mobiles les unes sur les autres dans la région du col ; mais il n’en est plus de même dans la région dorsale et dans celles des lombes et du sacrum, où, du moins chez le plus grand nombre des oiseaux, elles sont serrées les unes sur les autres et même soudées entre elles. Cette disposition était nécessaire chez tous ceux de ces animaux, qui sont conformés pour la locomotion aérienne. Pour l’exercice de cette fonction, il fallait soutenir les côtes qui s’y attachent et donner des points d’appui solides aux ailes. Les vertèbres inférieures ou coccygiennes sont mobiles et la dernière forte et munie d’une crête osseuse saillante porte les grandes plumes de la queue.

Les côtes présentent une disposition qui donne une grande solidité à la cage pectorale. Le sternum, auquel elles s’articulent en avant, est osseux et offre la forme d’un bouclier. Il descend sur une partie de l’abdomen et présente sur son milieu une crête saillante longitudinale qu’on nomme bréchet. Ce bouclier et sa crête donnent insertion aux muscles abaisseurs de l’aile.

Les os de l’épaule sont également disposés de la manière la plus favorable à la puissance des ailes. L’omoplate est étroite, très-allongée dans le sens parallèle à l’épine dorsale et s’appuie sur le sternum non-seulement par l’intermédiaire des clavicules (fourchette), mais aussi à l’aide d’un os coracoïdien, qui de chaque côté remplit le rôle d’une seconde clavicule.

Les membres supérieurs des oiseaux sont des ailes. La conformation osseuse du bras et de l’avant-bras diffère peu de ce qui existe chez l’homme ; mais les os du carpe, du métacarpe et des doigts sont réduits en nombre et en dimension, et ce membre se termine par un moignon. Des plumes raides et élastiques en forment de véritables rames. Leur longueur est en rapport avec la puissance du vol et l’énergie des muscles pectoraux. Ceux-ci fixent solidement leurs faisceaux musculaires de chaque côté sur toute la surface du sternum et du bréchet ; plus la surface du premier est étendue, plus la saillie du second est grande, plus ces muscles sont épais, plus leur action est puissante. Ils s’insèrent d’autre part à l’os du bras, un peu au-dessous de son articulation à l’omoplate. Dans ces conditions, chaque fois que l’oiseau veut frapper l’air, il élève l’os du bras ou humérus et avec lui la totalité de l’aile encore ployée, puis il la déploie en étendant l’avant-bras et avec lui la main rudimentaire et l’abaisse rapidement. L’air, qui résiste à ce mouvement, lui fournit un point d’appui sur lequel il se soulève et lui permet de s’élancer en haut et en avant. Puis il incline et reploie un peu l’aile pour la soulever de nouveau, en présentant à l’air son bord supérieur ; il diminue ainsi, autant que possible, la résistance que l’air oppose à ce second mouvement opposé au premier ; la vitesse acquise lui laisse quelques instants continuer sa route jusqu’à ce qu’il puisse de nouveau frapper l’air et ajouter une vitesse nouvelle à celle qu’il possède encore.

Une circonstance bien importante et qui facilite singulièrement le vol, c’est que la respiration est double chez les oiseaux. L’air ne pénètre pas seulement dans les poumons, comme chez l’homme, pour en ressortir ensuite en totalité, modifié toutefois dans sa composition chimique ; mais il pénètre en outre dans presque toutes les régions du corps de l’oiseau. Plusieurs des conduits aériens (les bronches), qui distribuent l’air dans les organes pulmonaires, s’ouvrent à leur surface et portent de l’air dans des cellules à parois minces, extensibles et communiquant toutes les unes avec les autres ; elles se distribuent entre les divers organes, et s’étendent même jusque dans la cavité des os. L’air qui pénètre dans ces cellules dont quelques-unes ont une capacité assez grande les distend ; l’air s’y échauffe et diminue beaucoup le poids spécifique de l’oiseau qui se meut dans l’air avec une aisance merveilleuse et peut soutenir un vol d’une durée souvent très-prolongée, chez les oiseaux migrateurs, par exemple. Je dois ajouter que l’air ainsi introduit dans ces vésicules, en sort en traversant les poumons, puis y rentre presque aussitôt et s’y renouvelle sans cesse.

Les longues plumes de la queue sont, par l’action médiate de petits muscles, susceptibles de s’élever, de s’abaisser, de se rapprocher et de s’écarter les unes des autres, et ces mouvements volontaires permettent à l’oiseau de diriger son vol, lui servent de gouvernail pour en augmenter ou diminuer l’obliquité ; et, en les inclinant, il s’en aide pour changer sa direction.

Les membres inférieurs sont organisés pour leur permettre la locomotion terrestre et, qui plus est, la locomotion bipède, comme chez l’homme. Les os des hanches ne forment, avec les vertèbres lombaires et sacrées qu’une seule pièce, un seul os. La cuisse a un os court et droit, et la jambe se compose, comme chez l’homme, de trois os, le tibia, le péroné et la rotule ; mais le péroné est raccourci et se soude au tibia par ses deux extrémités. Un seul os qui fait suite à la jambe représente le tarse et le métatarse ; le membre se termine par des doigts mobiles, le plus souvent au nombre de quatre, dont trois ordinairement dirigés en avant, et le quatrième, lorsqu’il existe, est dirigé en arrière.

Dans la locomotion terrestre, le corps de l’oiseau affecte le plus souvent une position qui s’éloigne peu de l’horizontale. Les cuisses sont fléchies et appuyées latéralement sous le corps ; les jambes sont fléchies en sens inverse sur la cuisse en prenant une direction qui se rapproche de la verticale, et les pieds servent de bases de sustentation. Cette double flexion porte les genoux en avant et les rapproche du centre de gravité de l’oiseau, admirables conditions pour le maintien de l’équilibre. Dans la marche, les membres inférieurs sont alternativement portés en avant par l’action successive des muscles extenseurs et fléchisseurs.

Les oiseaux à pattes longues et grêles et que, pour cette raison, on nomme échassiers, comme les hérons et les cigognes, sont destinés à chercher à gué leur nourriture (poissons, vers) dans les eaux peu profondes. Ils ont aussi le cou et le bec d’une longueur qui leur permet d’atteindre leur proie dans l’eau ou dans la vase.

Chez les oiseaux nageurs, les pattes sont courtes relativement à la longueur du cou. Elles ont les trois doigts antérieurs transformés en une sorte de rame par l’existence d’une membrane qui s’étend entre eux et qu’ils tendent à volonté en écartant les doigts les uns des autres lorsqu’il s’agit d’élargir la rame pour frapper l’eau et déterminer la progression. Lorsqu’il faut, au contraire, reporter la rame en avant, les doigts se rapprochent en plissant leurs membranes et diminuent dans ce mouvement la résistance de l’eau, en même temps que la vitesse acquise continue à les porter plus loin. Le corps de l’oiseau qui nage n’est jamais plongé dans l’eau comme chez l’homme et chez les mammifères se livrant au même exercice, mais il reste en très-grande partie sur l’eau, ce qui exige beaucoup moins d’effort pour se mouvoir, l’air échauffé des vésicules aériennes rendant le poids spécifique du corps beaucoup moindre. Enfin, il en est qui, voyageant sur l’eau dans la direction de son cours, soulèvent un peu leurs ailes transformées ainsi en véritables voiles.

N° 2. — Différents modes de station.

Les oiseaux perchés sur leurs extrémités inférieures raidies, peuvent ainsi rester immobiles sur le sol dans la station bipède. Alors les muscles fléchisseurs et extenseurs combinent leur action et maintiennent l’équilibre dans cette position. Les muscles antagonistes étant ainsi constamment et simultanément en action, ce mode de station devient à la longue plus fatigant que la marche pendant laquelle leur action est alternative.

Lorsque l’action musculaire cesse dans tous les muscles locomoteurs, le corps de l’oiseau s’affaisse jusqu’à terre et c’est ce qui a réellement lieu chez la plupart de ces volatiles, lorsqu’ils veulent dormir, pondre ou couver, en s’appuyant sur une large surface, soit sur le sol, soit sur leur nid : c’est la station accroupie.

Beaucoup d’oiseaux se reposent et même dorment perchés sur une branche d’arbre et dans une situation également accroupie. Ici l’équilibre serait difficile et fatigant, s’il était dû à la contraction exclusive des muscles des doigts, dont l’un en arrière serrant la branche.

Un mécanisme très-simple rend tout effort à peu près inutile même pendant le sommeil. Les tendons des muscles fléchisseurs des doigts passent sur les articulations du genou et du talon, de telle sorte que le poids du corps de l’oiseau en affaissant les cuisses et les jambes tire nécessairement sur les tendons de ces muscles et fait fléchir les doigts qui embrassent et serrent la branche, sans exercer aucun effort musculaire.

Il est un autre mécanisme, peut-être plus admirable encore, que nous présentent les oiseaux à membres inférieurs longs et grêles, comme les hérons et les cigognes. Ces oiseaux dorment appuyés sur une seule patte à l’état d’extension et à peu près verticale. Ils ne pourraient conserver longtemps ce genre de station singulier par la contraction seule des muscles et seraient bientôt fatigués. Une disposition spéciale rend la chose possible et facile. L’extrémité inférieure de l’os de la cuisse présente un creux où s’emboîte, pendant l’extension du membre, une saillie de l’extrémité supérieure du tibia, laquelle ne peut en sortir que par un effort musculaire. De plus les doigts assez longs et étalés sur le sol fournissent à l’oiseau une base de sustentation, assez large et suffisante pour que l’oiseau conserve sa position.

À l’exposé que nous venons de faire sur les différents modes de locomotion et de station des oiseaux, ajoutons quelques compléments.

No 3. — Pattes.

Un animal rampant comme la limace, et même vertébré comme le reptile, n’aurait pu accomplir très-vite et souvent malgré de grands obstacles, des éliminations sur des points éloignés les uns des autres. L’oiseau, que tout nous montre comme l’agent spécialement créé pour ces difficultés de travail, devait au contraire posséder le meilleur mode de locomotion et avant tout être pourvu de pattes.

Au moyen de pattes, le corps de l’animal se trouve élevé sensiblement au-dessus du sol, il repose et s’équilibre sur des points d’appui, qui, en se déplaçant d’arrière en avant, lui impriment la même direction.

Alors, le corps qui est élevé passe sans encombre non-seulement sur les surfaces lisses, mais encore sur d’autres qui sont couvertes de pierres, d’herbes, etc. ; de plus le déplacement des pattes est moins pénible que ne le sont les contractions au moyen desquelles la masse du corps se plie et replie pour avancer, comme cela se pratique chez les reptiles ; il en résulte donc pour la locomotion plus de légèreté et plus de vitesse, et comme tout, dans le mécanisme des muscles, des tendons et des os, est combiné pour que la force et l’équilibre ne manquent jamais, la marche, le saut et la course sont faciles pour l’oiseau.

Examinons en détail les pattes et cherchons les renseignements que comporte cette étude.

Il arrive quelquefois aux oiseaux et assez souvent au héron gris, ainsi que nous l’avons vu, de rester posés quelque temps sur une seule patte ; mais on comprend que le système d’une patte n’ait pas été adopté soit pour le repos, soit surtout pour la locomotion.

Chez certains insectes qui ont besoin non-seulement de marcher sur une feuille, mais encore de s’y accrocher, un certain nombre de pattes était nécessaire.

Les mammifères, qui sont en général les plus lourds des animaux terrestres, en ont eu besoin de quatre, mais il n’y en a vraiment que deux qui accomplissent la tâche la plus difficile de la locomotion ; aussi sont-elles pourvues de muscles volumineux qui, sous le nom de gigue de chevreuil, par exemple, font le bonheur des gourmets.

Quant à l’oiseau, il lui a été donné, ainsi qu’à l’homme, d’être bipède, et déjà comme tel il peut se dresser, jouir constamment de la vue du ciel, des grands horizons et goûter ainsi de nobles jouissances peu enviées des bêtes ; il peut jeter un regard d’inspecteur sur les travaux des insectes, marcher très-facilement partout, sur les arbres aussi bien que sur la terre, au milieu des arbustes et des herbes, sur un terrain rugueux, dans la boue.

Mais, si tous les oiseaux n’ont chacun que deux pattes, ces pattes sont très-variées et chaque espèce d’oiseaux a reçu celles qui sont le plus en rapport avec sa mission.

Étudions-les donc en détail.

Une première chose indispensable pour l’oiseau c’était que son corps, quoique élevé au-dessus du sol, fût, au moyen de ses points d’appui, préservé de chute et de fatigue. Or, les deux pattes sont articulées par les fémurs au bassin ; mais ceux-ci sont repliés contre le corps dans le sens de sa hauteur, de telle sorte que les pattes au point où elles prennent la direction de la terre, c’est-à-dire à l’articulation du fémur et du tibia, se trouvent au centre de gravité du corps.

Ainsi s’établit l’équilibre d’avant en arrière ; cet équilibre est sans cesse contenu et rectifié par la queue et par la tête qui, grâce à la flexibilité et à la longueur du cou, s’éloigne ou se rapproche du centre de gravité.

Les deux pattes égales et symétriques sont placées de manière à assurer l’équilibre de côté.

Formée d’un seul ou de plusieurs os, comme une jambe de bois ou comme les vertèbres du cou, la patte eût été, dans le premier cas, sans souplesse, et, dans le second, sans la force suffisante.

Au contraire, la division en quatre parties fortement articulées, celles que l’on nomme pied, tarse, tibia et fémur, correspondait à tous les besoins du repos et de la marche.

Dans leur ensemble et dans leurs détails, elles sont graduées et variées d’après le rôle que chaque espèce d’oiseau a à remplir.

Chez le passereau qui a surtout besoin d’agilité pour se percher et sautiller sur les branches, les pattes sont très-fines et ne tiennent en général le corps en suspension qu’à une hauteur égale à son épaisseur.

Sont également proportionnées comme celle des passereaux, mais très-renforcées, les pattes des oiseaux de proie et des gallinacés, les premières qui servent à empoigner, tenir et tirer fortement, les secondes nécessaires à la course d’oiseaux lourds.

Les pattes des nageurs sont aussi renforcées, mais moins longues, parce que, avant tout, elles font le service de rames ; pour cette raison encore elles sont plus à l’arrière du corps. Aussi, les nageurs et plongeurs qui sur les eaux semblent se mouvoir rien que par un acte de volonté, ont-ils sur terre la marche embarrassée : c’est en ce sens que l’on dit marcher comme une oie.

Les éliminateurs de marais au contraire ont besoin de pattes très-longues. Chez la grue, elles égalent en hauteur presque trois épaisseurs du corps.

Elles sont un type d’un genre que l’on a appelé les échassiers, parce qu’elles sont aussi grêles que longues.

Allonger les pattes c’est par cela même agrandir le pas, et quand elles sont renforcées elles fournissent les courses les plus rapides. Les plus remarquables de ce genre sont celles de l’autruche.

Des quatre parties des pattes, deux surtout remplissent les fonctions de points principaux d’appui, ce sont le tarse et le tibia. Le tarse, qui est le plus rapproché du sol, est pour cela sans plume et recouvert d’une peau imperméable et qui tient lieu de guêtre. Chez quelques oiseaux du Nord ou de nuit, comme le lagopède des Alpes et la chouette, il est recouvert de peluche, c’est-à-dire d’une espèce de guêtre en laine. Chez certains oiseaux, il a la partie supérieure emplumée, de même que chez d’autres la partie inférieure du tibia est à nu.

Ce qu’il y a encore de très-caractéristique dans les pattes, ce sont les doigts et le pied.

Les doigts sont le plus souvent au nombre de 4, dont l’un, plus rarement 2, sont dirigés en arrière. Le nombre des phalanges varie d’un doigt à l’autre de la même patte, depuis 2 jusqu’à 5.

C’est encore chez le passereau que nous trouvons le pied dans sa plus grande simplicité et aussi d’un usage très-facile. Des doigts courts, minces, énergiques, garnis d’ongles, deux dans le sens l’un de l’avant, l’autre de l’arrière, et deux autres sur les côtés de celui de l’avant, fournissent une assiette solide pour la marche sur le sol et une pince capable de se cramponner sur une branche.

Chez quelques grimpeurs les doigts sont toujours au nombre de 4, deux à l’avant et deux à l’arrière.

Les doigts ainsi disposés font l’office d’une double pince qui, par les ongles aigus, permet à ces oiseaux de s’accrocher aux moindres aspérités de l’écorce des arbres et leur rend facile l’action de grimper.

Les doigts sont renforcés, comme les autres parties de pattes chez les oiseaux de proie.

Les nageurs et les plongeurs les ont unis au moyen de palmes, de là leur nom de palmipèdes.

Certains échassiers les ont en partie palmés et assez longs, ce qui leur permet de marcher sur la terre molle et sur les herbes.

Les pattes ne servent pas uniquement à la marche, les perroquets se servent de leurs doigts comme d’une main ; l’épervier porte sa proie dans ses serres ; la poule gratte et creuse la terre avec ses ongles ; des oiseaux utilisent leurs pattes pour la construction de leurs nids. Au vol les pattes étendues à l’arrière servent aux échassiers et aux palmipèdes à rétablir l’équilibre que la tête à l’extrémité d’un long balancier tend toujours à faire perdre.

Ces variétés de pattes que l’on ne trouve pas au même degré à beaucoup près dans les autres animaux n’indiquent-elles pas que l’oiseau est sous le rapport de sa locomotion la plus ordinaire, c’est-à dire en dehors du vol, l’être le plus privilégié et par cela même créé essentiellement pour la régularisation des éliminations ?

Ce qui ne laisse aucun doute à ce sujet c’est qu’il lui a été accordé de s’élever et de se mouvoir dans les airs avec encore plus de facilité et de rapidité que sur la terre et sur l’eau.

Il a en effet, ainsi que nous l’avons souvent dit, la propriété de voler très-vite et très-longtemps au moyen de ses ailes et de l’air chauffé qu’il emmagasine.

No 4. — Ballons intérieurs.

On sait que les corps gazeux, liquides et solides, se superposent dans la nature en raison de leur degré de densité. C’est d’après ce principe que la fumée, produite à la surface de la terre, s’élève dans les régions supérieures. L’air, chauffé et maintenu dans une enveloppe vaste et légère, est même capable d’élever dans les airs un corps d’un certain poids. Ainsi s’explique l’ascension d’une mongolfière à laquelle se trouve suspendue une nacelle contenant plusieurs hommes. Mais ce ballon ne dévie de la perpendiculaire que sous l’action d’une force qui ne lui est pas propre, comme celle du vent.

Ce mode d’ascension et de déplacement ne pourrait suffire à l’oiseau pour remplir sa tâche de régulateur d’élimination ; mais elle devait l’aider. L’air chauffé qui circule dans ses vésicules intérieures le soulève constamment. La légèreté de ce gaz est surtout grande, quand l’air ambiant dans lequel se meut l’oiseau est, en raison de la latitude, de l’altitude, ou de la saison, froid ou très-froid. Entre les deux, il peut y avoir une différence de température de 60 à 70 degrés.

Toujours est-il que certains oiseaux, dont les déplacements se font ordinairement au moyen de la natation et qui, pour cette raison n’ont pas besoin d’ailes très-longues, ont été quelquefois trouvés fort loin de leur habitat ordinaire, et que même, pour se laisser pousser par le vent, ils ont dû trouver dans leurs aérostats intérieurs de puissants auxiliaires.

Ainsi un starique perroquet (Phaleris psittacula, steph, ex Pallas), qui est un oiseau lourd en apparence, dont les ailes sont courtes et étroites et dont l’espèce se trouve dans les îles Aléoutiennes, les Kouriles et autres situées entre l’Asie orientale et l’Amérique occidentale, a été capturé, en décembre 1860, à Joenkœping, près du lac Wetter, dans la Suède méridionale. (Wahlgren, dans le deuxième cahier de Svenska, pour 1867)[4].

J’ai dans ma collection un macareux moine qui a été tué sur la Marne, entre Vitry-le-François et Châlons. Avait-il, en nageant, remonté le cours de la Seine et de la Marne, ou avait-il été emporté par le vent comme ce starique ?

Pour que les sacs aériens du corps se gonflassent chez ce starique, il fallait que les côtes fussent extensibles, et à ce sujet, M. Vian croit pouvoir dire, comme règle générale, que les oiseaux aquatiques à ailes courtes et à formes massives ont les côtes d’autant plus longues et par suite le corps plus extensible que leurs ailes sont moins bien organisées pour le vol[5].

Cet auteur estime qu’au vol, la capacité des sacs aériens peut être quintuplée.

Les réservoirs et les canaux qui servent à encaisser et à faire circuler l’air sont formés d’une membrane d’une grande finesse, mais très-extensible ; ils sont distribués dans toutes les directions du corps et y transmettent l’air facilement et rapidement, de même qu’ils le font aboutir dans les os creux comme l’humérus, le fémur, etc.

Dans une de ses leçons à la Faculté des Sciences de Nancy, M. Godron a mis à nu la trachée-artère d’un canard domestique ; après avoir passé derrière cette trachée un bout de cordon, il a amputé l’aile vers le milieu de la longueur de l’humérus, ensuite il a serré le cordon de façon à intercepter le passage de l’air par la trachée-artère, et la respiration s’est rétablie par la cavité de l’os, en communication avec les vésicules aériennes et le poumon. Le lien du cou enlevé, l’animal a survécu longtemps, au jardin botanique où il était en liberté. Il suivait les jardiniers qui labouraient le jardin et mangeait les vers amenés à la surface.

Quand certains oiseaux, comme l’oie sauvage et le grand courlis, sont morts sans être traversés par le plomb, les réservoirs d’air sont encore si remplis que, sous une pression subite, ils font éclater le cri de l’animal. J’ai noté ainsi plusieurs cris d’échassiers que je n’ai jamais vus en vie.

N° 5. — Des ailes.

Ce que nous avons déjà dit de l’aile montre que rien ne manque aux oiseaux pour se jouer des distances et de tous les obstacles de la locomotion animale ; mais nous en serons encore plus convaincus quand nous aurons ajouté quelques notions sur les plumes.

Les divisions suivantes nous permettront d’ajouter sur ce sujet des compléments qui nous semblent utiles.

§ 5. — ENVELOPPE DU CORPS DE L’OISEAU.
N° 1. — Peau.

Tissu membraneux, dense, épais, résistant, flexible et extensible, la peau recouvre et protége le corps des oiseaux, tout en lui laissant la liberté de ses mouvements. Elle est pour eux le siége et l’organe du toucher, et, quoiqu’elle soit partout couverte de plumes, elle conserve sa sensibilité. Le moindre frôlement de la plume met l’animal en éveil.

La peau, en général très-mince, est renforcée sur quelques parties du corps, comme la poitrine et l’abdomen, l’épine dorsale, les ailes ; et même sur les tarses et les doigts elle n’est pas sans analogie avec la corne et l’écaille.

Elle est douce et légère. Le tableau suivant donnera une idée de son poids :

NOMS
des
OISEAUX
POIDS TOTAL
de la
PEAU
de la CHAIR sans la peau de
l’oiseau
  gram. gram. gram.
Roitelet moustache 
0.195 2.945 5.600
Troglodyte 
0.660 4.770 9.100
Tarin 
0.690 7.460 12.000
Rouge queue de muraille 
0.370 7.290 13.300
Moineau friquet 
0.830 12.780 21.600
Alouette des champs 
1.360 28.110 41.000
Sterne petite 
4.650 34.200 53.800
Pic épeiche 
3.820 44.770 74.000
Chevalier cul blanc 
3.900 53.500 78.000
Grive chanteuse 
2.760 56.160 78.000
Bécassine ordinaire 
4.970 80.450 106.500
Coucou 
5.950 68.680 110.000
Chouette chevêche 
9.450 108.600 167.000
Vanneau huppé 
8.820 111.240 176.000
Grèbe castagneux 
17.370 144.610 200.000
Moyen duc 
11.300 138.600 241.000
Mouette rieuse 
20.400 186.800 281.000
Perdrix grise 
10.300 204.700 290.000
Colombe colombin 
8.950 190.800 315.000
Fuligule garrot (femelle) 
29.950 321.150 480.840
Busard des marais 
28.700 296.300 500.100
Corbeau corneille 
28.600 380.250 582.000
Buse vulgaire 
46.250 659.100 1020.000
Oie Bernache 
69.350 1042.950 1430.000
Héron gris 
104.000 1137.000 1871.800

La peau est traversée de pores qui donnent passage à diverses substances du dedans et du dehors, nécessaires à la santé de l’animal.

Elle contient en elle différents organes de sécrétion qui développent à sa surface non-seulement de la corne pour le bec et les ongles, mais encore de la plume.

En cela, elle diffère des autres animaux dont la peau se double de coquille, de test, d’écailles et de piquants. Et ainsi elle indique chez l’oiseau un mode de locomotion exceptionnel et bien en rapport avec les besoins les plus impérieux de l’élimination.

N° 2. — Plumes.

La plume est une espèce d’exfoliation au moyen de laquelle la peau s’épaissit considérablement, sans augmentation sensible de poids, mais de manière cependant à pouvoir comprimer, conserver à sa plus haute température ou même diminuer sensiblement, suivant les circonstances, la chaleur du corps de l’oiseau.

Elle se compose principalement de lames minces, légères, soyeuses, chaudes et élastiques qui, en se juxtaposant, s’accolant, s’entre-croisant, ou s’entrecrochant au moyen de barbules, donnent lieu à une surface d’une épaisseur, d’une contexture et d’une impénétrabilité semblables en quelques points à celles d’un tissu.

Toutes ces lames, appelées barbes, sont fixées par la base à une tige comme un écran à son manche.

La tige composée d’un tube en substance cornée et d’un prolongement aminci, également très-léger, aussi raide que spongieux, est implantée d’avant en arrière dans la peau, de telle sorte que par les contractions de la peau, l’oiseau peut manier le manche de cette plume latéralement et surtout de bas en haut.

Les plumes sont tellement nombreuses que l’animal est couvert rien que par leurs tiges, comme le porc-épic l’est par ses piquants. En raison d’inclinaisons et de courbes naturelles correspondant à la forme des différentes parties du corps, elles se juxtaposent et se recouvrent si complétement qu’elles sont capables d’intercepter le passage de l’air et de l’eau, et elles sont étagées, de telle sorte qu’elles laissent couler la pluie aussi vite que les ardoises d’un toit. Le froid les pénètre moins qu’un chaud paletot.

Les plumes deviennent imperméables, grâce à une huile qu’elles sécrètent et à une humeur grasse que les oiseaux extraient encore pour les lisser des glandes de leur croupion, comme d’un pot de pommade.

Chez certaines espèces d’oiseaux, comme l’eider, la surface de la peau est même recouverte d’un duvet aussi chaud que léger.

La chaleur est tellement concentrée au milieu des plumes que l’air qui s’y trouve emprisonné est chauffé. Par cela même, il est léger et il facilite l’action du vol.

L’oiseau peut donc utiliser ses plumes de plusieurs façons ; veut-il avoir chaud, il les comprime ; aime-t-il mieux se rafraîchir, il les soulève.

Chaque année, une ou deux fois selon les espèces, ce plumage se renouvelle, il s’épaissit en hiver et s’éclaircit en été.

Aux heures les plus froides de la nuit, cet animal enfonce souvent sa tête dans les plumes d’une épaule et il abaisse la toison de son abdomen sur ses pattes.

Ainsi et tour à tour, le plumage sert à l’oiseau d’imperméable, de robe fourrée, de manteau, de cache-nez, de manchon ou simplement de mantille.

Ce plumage si léger, si gracieux et si joli, apparaît donc non-seulement comme une moelleuse douillette, mais encore comme un voile jeté sur des nudités, comme un mystérieux et pur reflet de la beauté immatérielle.

Il était donc bien juste qu’il fût rehaussé de belles couleurs et que cette coloration s’étalât de préférence sur les parties principales du corps de l’animal, la tête, le cou, les ailes, la queue, etc. ; ainsi répartie elle a provoqué l’attention générale et a semblé souvent si caractéristique, qu’elle a fait créer un certain nombre de noms d’oiseaux.

C’est à leur couronne que deux de nos espèces doivent d’être appelées roitelets. Les ducs ont des aigrettes de chefs de corps ; c’est à des raisons du même genre que sont dues les dénominations suivantes : mésange moustache, outarde barbue, pluvier à collier, gorge-bleue, rouge-gorge, rouge-queue, merle à plastron, etc.

Les couleurs parfois apparentes du bec et des pattes ont donné lieu à quelques dénominations du même genre. On dit merle au bec jaune, goëland à pieds bleus. Les yeux sont si petits et si scintillants qu’ils n’ont pas laissé le temps, ni donné l’idée, à la généralité des observateurs, de composer des noms d’oiseaux.

Mais les couleurs semblent surtout l’ornement naturel et complémentaire du plumage.

Chaque espèce d’oiseaux a une coloration de plumes qui lui est propre et qui ne varie notablement qu’en raison de l’âge, du sexe et des changements de saison.

Cependant, mais très-exceptionnellement, quelques oiseaux se trouvent avoir, au lieu de la coloration ordinaire persistante de leur espèce, un plumage blanc, noir, isabelle. C’est ainsi que, dans ma collection, je possède une buse blanche, un merle blanc, un moineau domestique blanc, une hirondelle rustique blanche, une buse noire, une bondrée noire, un busard mantagu noir, un moineau domestique noir, une bécasse et une alouette isabelles. Ces cas d’albinisme, de mélanisme et d’isabellisme étant fort rares, les indications qui résultent de la coloration persistante et principale des espèces sont toujours compréhensibles de beaucoup d’hommes et assurément de tous les oiseaux.

Des plumes, toutes ne sont pas destinées à l’habillement ; l’oiseau se sert de quelques-unes comme d’outils, de rame ou de gouvernail. Alors elles sont grandes, larges et très-résistantes, mais elles ont encore la beauté que comportent leurs dimensions.

Il n’est donc pas étonnant que les hommes aient approprié les plumes à leurs besoins ; ils les ont employées dans leur literie. Le duvet est venu réchauffer la couche du malade et le berceau de l’enfant. Les plumes d’aigle, d’autruche et de colibri ont orné les têtes les plus fières et les plus gracieuses.

En somme, la plume, créée spécialement pour l’oiseau, est, sous beaucoup de rapports, une véritable merveille. Par l’éclat et la variété des couleurs, certains oiseaux sont les rivaux des fleurs et des diamants, et la richesse de ce coloris se retrouve dans leurs œufs. Merveille d’utilité, de langage et de beauté, organe du vol, image et emblème de la rapidité de la pensée et de la locomotion des âmes, le plumage de l’oiseau a dû être et a été particulièrement chargé de proclamer par l’admirable langage des formes et des couleurs le rôle supérieur de l’oiseau dans les harmonies de la nature, et d’attirer l’attention des hommes sur la protection qu’il mérite et sur l’amour et la reconnaissance qui sont dûs au Créateur.

A. — petites plumes.

À ce que nous avons dit des plumes en général et des petites plumes en particulier, par rapport à nos principes d’élimination, nous n’avons à ajouter que quelques chiffres ; mais, pour qu’on saisisse mieux leur importance relative, nous les placerons avec d’autres du même genre dans un tableau qui terminera le présent paragraphe.

B. — moyennes plumes.

Les plus grandes plumes des ailes et de la queue sont garnies en dessus et en dessous de moyennes plumes qui entretiennent la chaleur à leur base. Plusieurs rangées qui recouvrent les ailes leur servent en même temps de contre-fort.

Une toute petite touffe est à l’avant de l’aileron pour protéger l’articulation de la troisième phalange de l’aile.

Une touffe beaucoup plus épaisse, composée selon les espèces, d’une, de deux ou de trois parties, couvre le vide qui existe entre l’aile et le corps

Toutes les moyennes plumes ne sont ainsi qu’un complément des grandes. Au tableau dont nous venons de parler, on trouvera des chiffres par lesquels elles se caractérisent.

C. — grandes plumes.

Toutes se superposent et se replient comme les lames d’un éventail, c’est-à-dire sans former le moindre des plis d’une voile distendue

D. — vitesse du vol.

Une question qui se pose naturellement à la fin de ce chapitre est celle-ci : Quelle est la vitesse du vol des oiseaux ? Quelques faits nous fourniront des éléments de réponse.

Un faucon de Henri II, s’étant emporté après une outarde canepetière, à Fontainebleau, fut pris le lendemain à Malte ; un autre faucon des Canaries, envoyé au duc de Lerme, revint d’Andalousie à l’île de Ténériffe en seize heures, ce qui fait un trajet de 250 lieues.

À la Barbade, les mouettes vont se promener en troupes à plus de 200 milles de distance[6].

Le 23 juillet 1872, des pigeons voyageurs amenés de Bruxelles à Lyon ont été lâchés à sept heures du matin dans le parc de l’Exposition universelle. Ils sont rentrés à leurs pigeonniers à cinq heures du soir. Ils ont donc mis dix heures pour faire le trajet de Lyon à Bruxelles.

La distance à vol d’oiseau entre ces deux villes est de 700 kilomètres.

En admettant que les pigeons aient toujours suivi la ligne droite, c’est-à-dire le plus court chemin entre Lyon et Bruxelles, ils ont donc fait à l’heure au moins 70 kilomètres, soit par seconde 19 mètres 44.

Des constatations que j’ai relatées dans mon architecture des nids, page 150, 151, 152, il résulte ce qui suit :

Au mois de juin, une hirondelle rustique a franchi, en une heure, 56 kilomètres ; et en chiffres ronds 600 kilomètres, dans sa journée de 21 heures 29 minutes.

Une autre hirondelle prise sur ses petits, portée et lâchée à 13.323 mètres, est revenue près d’eux en trois minutes.

Un roitelet fait en un jour de 15 à 20,000 déplacements.

J’extrais un passage d’une lettre qui m’a été adressée par un de mes jeunes amis, M. E. Joppé, actuellement sous-préfet de Pont-l’Évêque :

« 30 septembre à 3 heures 1/2 de l’après-midi, traversée d’Alger à Marseille, à bord du paquebot à vapeur Con Cettori, de la compagnie Valéry, capitaine Cambraggio.

« Depuis six heures, nous avions dépassé les îles Baléares, quand nous aperçûmes en arrière un petit passereau accourant à tire d’aile.

« Pendant les dix minutes qu’il passa à voleter le long du bord, à trois ou quatre mètres du bâtiment, j’eus parfaitement le loisir de déterminer son espèce : c’était un rouge-queue. Il vint bientôt se réfugier dans l’intérieur du navire. Alors j’abordai le capitaine et lui demandai à quelle distance nous nous trouvions de la terre la plus proche, quelle était la vitesse de marche du bâtiment.

« La côte la plus proche était celle de l’île Majorque qui disparaissait à l’horizon, nous en étions à 40 milles et le navire faisait 12 milles 1/2 à l’heure. Depuis le matin aucun autre bâtiment n’avait été visible à l’horizon, et le mille marin est de 1852 mètres.

« Ainsi donc, de mon observation résultent ces deux points :

« Un simple petit rouge-queue a pu faire d’une traite, sans se reposer, 40 milles, soit plus de 74 kilomètres (74.080 mètres).

« Même après avoir fourni ce vol et, s’il ne venait pas de Majorque, un vol plus long encore, il lui restait assez de forces pour faire à l’heure plus de 12 milles 1/2, c’est-à-dire plus de 23,144 mètres, puisque telle était la vitesse du navire mesurée avec le loch, et que le rouge-queue, quand il le voulait, malgré un vent contraire, dépassait le bâtiment et en faisait le tour sans se laisser distancer ».

Le 10 novembre 1872, une compagnie de dix perdrix, levée dans la plaine de Saint-Dizier, fut poursuivie avec violence par un faucon crescerelle. Exténuée de fatigue, elle s’enfila dans les rues de la ville. De ces dix perdrix sept tombèrent sur la voie publique, où elles furent recueillies, soignées, et malgré cela aucune d’elles n’a survécu.

Et cependant, les petites perdrix de passage (perdrix damascena) volent parfaitement et très-longtemps.

On voit le condor planer à un niveau de près de 7,000 mètres, au-dessus du Chimborazo. Il a son habitat ordinaire à un niveau de 3,300 à 4,800 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les frégates, qui habitent les mers tropicales, peuvent s’éloigner des terres à plus de 1,200 kilomètres.

À ces faits ajoutons-en quelques autres qui serviront à les mieux faire comprendre :

La plus grande vitesse de l’homme qui court est de 
7 mètres par seconde
Celle 
d’un vaisseau 
6
  
d’un cheval 
15
  
d’un vent impétueux 
15 à 20
  
d’une balle de fusil 
340
  
d’un boulet de 24 
494

La vitesse du son n’est que de 337 mètres, ce qui explique comment on est toujours frappé avant d’entendre la détonation.

La vitesse de rotation de la terre est à l’équateur de 465 mètres par seconde, et sa vitesse de translation dans l’espace autour du soleil est de 30,000 mètres (7 lieues 1/2) par seconde. Quant à la vitesse de la lumière, elle est, on le sait, presque instantanée, c’est-à-dire de 300 millions de mètres (75,000 lieues) par seconde.

Le moment est-il venu de déterminer la vitesse du vol ? les faits recueillis sont-ils assez nombreux, assez concluants ?

Au moins peut-on constater que le vol répété, rapide, souple, soutenu, est un privilége qui a été accordé à l’oiseau seulement, parmi tous les animaux.

Remarquons-le encore, certains oiseaux ne sont pas moins bien partagés sous le rapport des autres moyens de locomotion.

L’Arabe monté sur son cheval ne peut atteindre l’autruche ; le rale poussin fuit avec tant de vitesse et d’adresse dans les herbages des marais, que les chasseurs lui ont donné le nom de crève-chien ; le cormoran poursuit le poisson au fond de l’eau avec la rapidité d’une flèche.

La mouette rieuse plonge dans l’eau jusqu’à deux minutes.

Grâce à sa vitesse incomparable, l’oiseau peut sans cesse multiplier ses explorations, chercher, trouver et atteindre les animaux qu’il a pour mission d’éliminer aussitôt que cela est nécessaire à l’intérêt de la production.

L’étude de ces faits nous ramène toujours, on le voit, à notre conclusion principale : c’est que l’oiseau est un admirable régulateur de l’élimination et que nous ne pouvons le remplacer par un autre agent.

Il est cependant un genre d’oiseaux dont les ailes sont sans plumes. Courtes et écailleuses, elles leur servent comme une seconde paire de rames. Elles permettent au manchot de se mouvoir dans l’eau aussi bien que le poisson.

a. — Queue.

En rappelant et en complétant ce que nous avons avancé au sujet des grandes plumes de la queue, il nous sera plus facile de faire apprécier les grandes plumes des ailes et d’indiquer les variétés de rames ou de voiles auxquelles donne lieu l’action combinée des unes et des autres.

La queue, avons-nous dit, complète l’appareil de la locomotion du vol.

Longue chez les passereaux, elle les aide à s’équilibrer quand ils se perchent, et surtout quand ils voltigent de branche en branche. Elle est plus courte chez les gallinacés, les palmipèdes et les échassiers, parce que sa longueur n’est pas utile pour leur marche et leur allure et qu’elle serait un embarras, quand il faut traverser les herbes, l’eau et la boue ; elle est même à peu près nulle chez les plus faibles voiliers comme les macareux et les grèbes. Pour le vol, elles sont massées et droites ; elles forment avec le cou un indispensable balancier.

Partiellement et momentanément ouvertes ou tournées, elles servent à rétablir l’équilibre de bas en haut et leur action est plus grande quand la queue est échancrée, comme chez le milan royal et l’hirondelle.

Entièrement déployées, elles font office de parachute.

La queue servant essentiellement de régulateur, ses plumes sont appelées rectrices.

Grâce à cet appareil, l’oiseau rectifie, en effet, et régularise parfaitement son vol ; tandis que la chauve-souris, dont les ailes sont grandes et larges, mais sans le complément de la queue, oscille toujours.

Douze plumes composent ordinairement la queue des passereaux et des oiseaux de proie.

Dans d’autres espèces, ce nombre est sensiblement augmenté, la bécassine ordinaire en a 14, la sarcelle d’hiver 16, le canard sauvage et l’outarde canepetière 18, la grande outarde 20.

Chez quelques oiseaux, les rectrices sont résistantes comme la baleine ; 14 plumes de ce genre permettent au cormoran de plonger avec autant d’adresse que d’énergie. Le pic-vert en a 10 sur lesquelles il aime à s’appuyer quand il grimpe.

Enfin certains oiseaux ont les queues parées de plumes d’ornement : le paon en est le plus remarquable, exemple.

b. — Ailes.

L’action des grandes plumes des ailes est principale dans les actes de la locomotion aérienne ; aussi sont-elles au nombre de 36 chez la plupart des passereaux et plus nombreuses chez d’autres espèces. Ainsi, il y en a :

Chez
le corbeau mantelé 
40 Chez
le grèbe jongris 
52
le milan royal 
44
l’épervier ordinaire 
la chouette effraie 
46
le héron 
56
la bécassine ordinaire 
48
la sterne épouvantail 
le chevalier gambette 
50
le goéland à pieds jaunes 
58
le canard morillon 
52
la grue 
66
le cygne 
80

Rangées parallèlement sur la charpente des ailes comme les dents d’un peigne sur sa tige, les grandes plumes se superposent de la pointe de l’aileron à la base de l’aile et forment ainsi une surface aussi continue que la peau de la chauve-souris. Un recouvrement de moyennes plumes s’étend de ces grandes plumes au corps, de manière à produire entre eux une adhérence complète, malgré les mouvements si variés que nécessite le vol.

Les plus importantes des plumes des ailes sont les primaires. Fixées à une espèce de main très-souple elles servent de rames.

Dans aucun des genres d’oiseaux que nous possédons en Europe, le nombre de ces pennes n’est inférieur à dix. Chez quelques espèces il peut s’élever à 11 et même à 12[7].

Celles qui les suivent sont appelées secondaires ou cubitales. Placées entre la rame des primaires et la voile de la queue, elles servent de complément à l’une et à l’autre.

Le nombre des remiges de l’avant-bras ou secondaires est bien autrement variable que celui des primaires. Chez les espèces les moins bien partagées, comme les martinets, l’on n’en compte que huit, tandis que les oiseaux grands voiliers en ont jusqu’à 25[8].

L’humérus étant sans grandes plumes, conserve sa liberté d’action pour imprimer à l’aile ses impulsions principales et surtout l’action du pivotement.

Quelles dimensions présentent les ailes ? Dans notre région, la plus petite aile est celle du roitelet moustache ; elle a 19 centimètres 25 millièmes de surface. Une des plus grandes, celle de l’aigle jean-le-blanc, a 2143 centimètres. Il est à remarquer que la voilure du petit oiseau est proportionnellement plus étendue que celle des plus forts. Ainsi un roitelet pesant 5 grammes 10 centigrammes a, comme équivalant à un gramme de son poids, pour chaque aile, 3 centimètres 83 millimètres de surface et 1 centimètre 41 millimètres de longueur. Une hirondelle de rivage pesant 11 grammes 95 centigrammes, a, par rapport à la même unité de son poids et à chaque aile, 3 centimètres 71 millimètres de surface et 1 centimètre 139 millimètres de longueur ; tandis que nous ne trouvons à l’aile d’un jean-le-blanc pesant 1702 grammes, toujours pour un gramme du poids de l’oiseau, à chaque aile, que 1 centimètre 259 millimètres de surface et 5 millimètres 52 millièmes de longueur.

Mais les battements d’ailes sont souvent d’autant plus multipliés qu’ils ont moins d’amplitude. Ainsi le canard en agitant ses ailes décrit des angles de 90 degrés ; c’est pour cela qu’il fait tant de bruit en volant et qu’il a les muscles pectoraux si développés.

Les dimensions en largeur sont également bien différentes selon les espèces. Elles se caractérisent par la longueur des plus grandes plumes qui sont rangées sur la charpente des os.

Une grande longueur d’ailes eût gêné les palmipèdes, les gallinacés et les pics. Chez ces oiseaux, l’aile n’atteint pas ou ne dépasse pas une ligne qui serait tirée sur le croupion et perpendiculairement

NOM DES OISEAUX POIDS TOTAL
total général du poids des plumes Lon-gueur d’une aile Entre les deux ailes Enver-gure surface des ailes étendues surface pane du reste du corps, la queue n’étant pas étendue total de la surface plane de l’oiseau longueur
Date de l’analyse
de
l’oiseau
des petites plumes des moy-ennes plumes de l’aile des moy-ennes plumes de la queue des moy-ennes plumes de l’aile et de la queue des grandes plumes de l’aile des grandes plumes de la queue des grandes plumes de l’aile et de la queue des plus grandes plumes de la queue des plus grandes plumes des ailes
Gramm. Gramm. Gramm. Gramm. Gramm. Gramm. Gramm. Gramm. Gram. mètres c. m. q. c. m. q. c. m. q. mètres mètres
Roitelet moustache 5.490 0.36 0.044 0.02 0.064 0.07 0.03 0.10 0.524 0.720 0.007 0.151 39.00 19.00 58.00 0.036 0.043 11 décembre 1874
Pouillet véloce 7.690 0.37 0.050 0.02 0.070 0.15 0.04 0.19 0.630 0.083 0.008 0.174 54.00 23.00 77.00 0.043 0.050 11 septembre 1874
Troglodyte 9.100 0.44 0.050 0.02 0.070 0.12 0.03 0.15 0.660 0.075 0.008 0.158 44.00 21.70 65.70 0.030 0.040 12 mars 1875
Grimpereau familier 9.410 0.53 0.095 0.02 0.115 0.15 0.08 0.23 0.875 0.091 0.010 0.194 59.50 24.70 84.20 0.058 0.050 04 janvier 1875
Gobe-mouches à collier 10.981 0.50 0.121 0.05 0.171 0.25 0.06 0.31 0.981 0.115 0.009 0.239 84.00 22.30 106.30 0.052 0.065 18 mai 1875
Sizerin cabaret 10.500 0.56 0.105 0.04 0.145 0.18 0.05 0.23 0.935 0.099 0.008 0.206 61.10 21.10 82.20 0.052 0.057 07 janvier 1875
Mésange charbonnière 16.100 0.79 0.125 0.05 0.175 0.26 0.10 0.36 1.325 0.115 0.008 0.238 104.00 41.40 145.40 0.057 0.061 12 mars 1875
Fauvette à tête noire 16.200 0.79 0.100 0.04 0.140 0.22 0.11 0.33 1.260 0.108 0.010 0.226 87.00 29.50 116.50 0.055 0.658 06 mai 1877
Hirondelle d’écurie 17.350 0.74 0.250 0.10 0.350 0.55 0.14 0.69 1.780 0.160 0.010 0.330 111.10 37.90 149.00 0.135 0.100 26 mai 1876
Moineau friquet 21.600 1.10 0.116 0.04 0.156 0.32 0.10 0.42 1.676 0.101 0.010 0.212 74.00 28.50 102.50 0.049 0.048 08 octobre 1874
Bruant jaune 25.100 1.28 0.100 0.04 0.140 0.45 0.15 0.60 2.020 0.120 0.013 0.253 113.50 39.10 152.00 0.072 0.061 13 septembre 1874
Alouette des champs 41.000 1.72 0.340 0.69 0.430 0.72 0.18 0.90 3.050 0.165 0.012 0.342 167.00 46.20 213.20 0.064 0.083 15 janvier 1875
Sterne petite 53.800 2.18 0.950 0.15 1.100 1.22 0.20 1.42 4.700 0.250 0.014 0.514 192.80 57.70 250.50 0.090 0.180 20 mai 1875
Pie épeiche 74.000 4.31 0.330 0.10 0.430 1.50 0.60 2.10 6.840 0.200 0.018 0.418 254.00 78.40 332.40 0.080 0.106 11 septembre 1874
Grive chanteuse 78.000 2.73 0.415 0.20 0.615 0.85 0.36 1.21 4.555 0.171 0.018 0.360 180.80 70.40 251.20 0.080 0.090 10 mars 1875
Chevalier cul-blanc 78.000 2.55 1.220 0.15 1.370 1.15 0.20 1.35 5.270 0.218 0.018 0.454 243.20 73.20 316.40 0.055 0.102 02 avril 1875
Bécassine ordinaire 106.500 3.23 1.260 0.10 1.360 1.05 0.21 1.26 5.850 0.207 0.013 0.427 202.00 65.50 267.50 0.055 0.095 12 décembre 1874
Coucou 110.000 4.55 1.510 1.23 2.740 2.95 1.20 4.15 11.440 0.290 0.017 0.597 469.00 131.70 600.70 0.155 0.175 18 mai 1875
Épervier ordinaire (mâle) 130.400 5.80 2.290 0.35 2.640 2.98 1.80 4.78 13.220 0.305 0.017 0.627 532.00 186.00 718.00 0.145 0.152 28 octobre 1875
Geai ordinaire 167.000 7.25 0.920 0.25 1.170 3.00 1.20 4.20 12.620 0.275 0.017 0.567 502.00 152.30 654.30 0.145 0.145 18 mars 1875
Chouette chevêche 167.000 8.77 3.270 0.30 2.570 3.00 0.50 3.50 14.840 0.272 0.026 0.570 406.00 110.00 516.00 0.071 0.118 23 février 1876
Vanneau huppé 176.000 5.73 3.900 0.85 4.250 5.65 0.90 6.55 16.530 0.352 0.020 0.724 694.00 161.50 855.50 0.105 0.160 19 mai 1875
Moyen duc 241.000 15.07 4.750 0.32 5.070 7.60 0.30 7.90 28.040 0.450 0.030 0.930 1074.00 323.50 1397.50 0.135 0.225 11 mars 1875
Mouette rieuse 281.000 13.80 7.500 1.03 8.530 7.60 1.30 8.90 31.230 0.480 0.030 0.990 628.80 172.00 800.80 0.115 0.240 26 mars 1875
Perdrix grise 290.000 12.35 3.220 0.32 3.540 3.55 0.56 4.11 20.000 0.233 0.023 0.489 354.00 129.10 483.10 0.080 0.110 12 octobre 1874
Grand ramier 463.000 22.15 5.900 1.05 6.950 9.60 2.80 12.40 41.500 0.370 0.030 0.770 692.00 220.40 912.40 0.155 0.190 08 octobre 1874
Busard des marais 500.100 19.50 11.150 1.30 12.450 17.50 5.35 22.85 54.800 0.590 0.045 1.225 1810.00 414.00 2224.00 0.220 0.280 26 juillet 1877
Œdicnème criard 520.000 14.05 6.210 0.60 6.810 5.70 1.00 6.70 27.560 0.400 0.050 0.850 741.60 225.90 967.50 0.115 0.175 31 août 1874
Corbeau corneille 582.000 27.30 5.950 1.40 7.350 13.30 3.20 16.50 51.150 0.470 0.035 0.975 1130.00 350.00 1480.00 0.175 0.255 06 mars 1876
Grèbe huppé 920.000 45.80 8.910 » 8.910 5.50 » 5.50 60.210 0.415 0.033 0.863 669.40 276.20 945.60 » 0.130 03 janvier 1875
Buse vulgaire 1020.000 43.75 17.750 2.55 20.300 24.70 7.70 32.40 96.450 0.610 0.050 1.270 2192.90 488.30 2681.20 0.215 0.195 08 octobre 1875
Canard sauvage 1222.000 54.70 11.350 2.05 13.400 11.10 2.00 13.10 81.200 0.455 0.050 0.960 703.80 450.80 1154.60 0.088 0.175 1er décembre 1876
Oie bernache 1450.000 49.60 15.240 3.18 18.420 20.00 2.80 22.80 ?0.820 0.630 0.070 1.330 1705.60 522.00 2227.60 0.110 0.265 18 décembre 1874
Grand harle 1509.000 69.90 12.450 2.20 14.650 12.10 3.20 15.30 92.650 0.477 0.060 0.960 896.00 294.00 1190.00 0.110 0.190 12 décembre 1875
Héron gris 1871.800 71.70 36.800 3.20 40.000 48.00 3.50 31.50 163.200 0.850 0.060 1.760 3989.80 858.00 4847.80 0.175 0.320 14 mars 1875
Jean-le-blanc 1702.000 » » » » » » » » 0.860 0.070 1.790 4285.40 906.50 5101.96 0.260 » 16 avril 1872
Cygne 7878.000 » » » » » » » » 0.940 0.120 2.000 4362.40 1890.10 6252.50 0.150 » 05 janvier 1875
Grande outarde 7880.000 » » » » » » » » 1.0250 0.210 2.170 5062.00 1851.40 6413.40 0.275 » 03 janvier 1875
à l’épine dorsale. Il s’en faut de 10 centimètres

environ que l’aile n’atteigne cette ligne chez le grèbe castagneux et d’autres plongeurs du même genre.

Chez les passereaux qu’il fallait alléger, parce qu’ils doivent voler plus souvent ou plus longtemps que d’autres, l’aile dépasse cette ligne du croupion, mais c’est sur une faible longueur. Cette largeur a plus d’étendue quand il s’agit d’un grand voilier.

L’aile n’offre pas moins de variété à sa pointe que dans sa longueur, sa largeur et sa surface.

Elle est toujours aussi pointue que cela est nécessaire à la fréquence et à l’amplitude des battements ; elle est très-aiguë chez l’hirondelle, les échassiers, le coucou, et les plus rapides voiliers, moins aiguë chez les passereaux, c’est-à-dire quand il faut au vol plus d’agilité que de rapidité ; elle est plus arrondie quand le vol doit être plus soutenu que rapide. Les perdrix, le jean-le-blanc et les chouettes ont ce dernier genre d’ailes.

Enfin, comme la surface, la longueur et la pointe des ailes, la longueur de chaque grande plume est aussi très-variée ; et même les auteurs se sont appuyés sur ces différences pour caractériser des espèces d’oiseaux qu’il est difficile de déterminer.

Un traité ne serait donc pas de trop pour donner tous les renseignements que peut fournir l’étude des éléments constitutifs des appareils de la locomotion du vol[9].

Au moins avons-nous voulu ajouter, comme complément de ce que nous avons dit des plumes, le tableau des pages 130 et 131.

§ 6. — SENS ET INSTINCTS.

Chez l’oiseau, les sens ne sont pas moins remarquables que les organes.

Ainsi que nous l’avons dit, le toucher est beaucoup plus développé qu’on ne pourrait le croire en voyant la peau épaisse et rugueuse des pattes et la toison des plumes. L’extrémité du bec de la bécasse est spongieux et spécialement disposé pour l’odorat. Chaque espèce a une prédilection pour telle plante ou tel animal. L’ouïe est d’une grande finesse et la vue est d’une incomparable pénétration ; le milan du haut des airs se plaît à dresser une statistique des petites bêtes qui sont à terre ; le rouge-gorge découvre dans les herbes des œufs d’insectes ; l’engoulevent, le martinet, chassent au crépuscule, et les ducs et les chouettes ne vaquent à leurs affaires que la nuit.

Mais les sens ne sont encore rien à côté des instincts. Pour l’organisme si compliqué de l’oiseau, les instincts ne devaient-ils pas être d’un ordre supérieur. Si pour les apprécier tous les instruments de mesurage ne servent à rien, nous pouvons au moins nous en faire une idée par les actes qu’ils provoquent.

L’oiseau a, au plus haut degré, l’instinct de trouver sa nourriture, et par cela même de pratiquer l’élimination dont il est chargé. Il semble même que, pour lui, qui est essentiellement chasseur, la nourriture est aussi facile à prendre que pour nous les mets étagés sur un buffet. En se jouant des difficultés le grèbe la saisit dans l’eau, la bécasse dans la terre, le pic dans le bois.

Tous les oiseaux se mettent bien en garde contre leurs ennemis. Le troglodyte échappe à la patte de la martre, en s’enfonçant dans un infime trou d’une roche ou d’un tas de fagots ; la grive, chassée par le busard, se précipite dans un buisson ; la perdrix, à la vue de la cresserelle, se blottit dans une touffe d’herbe ; de la hauteur des nuages, le jean-le-blanc veille sur son nid ; surprise sur le sien, la bécasse s’enfuit, en simulant des embarras de vol pour se faire suivre et écarter l’ennemi de ses œufs ou de ses petits ; l’aigle tue le dénicheur ; le pouillot sylvicole l’implore avec des larmes dans la voix.

Quand la chasse est abondante, la pie, la pie-grièche, la chouette, mettent en réserve et cachent des provisions qu’elles vont rechercher quand elles en ont besoin.

Presque toutes nos espèces sont monogames et chez beaucoup d’entre elles les unions conjugales sont très-remarquables. Quand la mésange bleue couve très-fort et qu’elle se trouve comme enchaînée à son nid dans un trou obscur, son tendre époux va lui chercher des chenilles et sans doute les plus savoureuses. Les pères et mères ont dans le cœur pour leurs petits des trésors d’amour. Des hirondelles se sont jetées dans les flammes et brûlées en essayant de sauver leurs petits. Des buses et des vautours femelles ayant été tuées près de leurs nids, les mâles se sont chargés de nourrir et d’élever leurs petits.

Combien d’oiseaux se sont acclimatés, domestiqués, apprivoisés et attachés à leurs maîtres ?

Les migrateurs reviennent avec bonheur dans le pays où ils sont nés. Le pigeon, lâché loin de son colombier, y retourne immédiatement.

Seuls de tous les animaux, les oiseaux chantent et animent l’univers de leurs charmantes mélodies.

En architecture, ils font des merveilles.

Pendant les migrations, dans les pays les plus divers, les plus inconnus et les plus éloignés, ils trouvent leur route et répartissent leurs éliminations pour la plus grande utilité de la production.

Des faits de ce genre, j’en ai constaté par centaines, et, malgré cela, je vais toujours d’étonnement en étonnement, jusqu’à l’admiration qui fait entrevoir la Providence.

Peut-on craindre d’eux des excès d’élimination ?

D’abord, il en est certains qui sont les modérateurs de la plupart des espèces ; ainsi les oiseaux de proie, parmi lesquels se trouvent les plus forts et les meilleurs voiliers, peuvent s’emparer des autres oiseaux et s’en nourrir ; le hobereau fait la chasse à l’hirondelle.

Ensuite, de même que les arbres peuvent être attaqués mortellement dans leurs feuilles, leur écorce, leur bois, leurs racines et leurs fruits ; que les insectes peuvent l’être dans leurs œufs, quand ils sont à l’état de larves ou d’insectes parfaits ; de même les oiseaux peuvent être attaqués en eux-mêmes et dans leurs nichées. Les pies et les geais détruisent dans les nids des œufs et des oiseaux ; bien des nichées disparaissent par le fait des reptiles et des petits mammifères ; la martre emporte les petits de nos grands oiseaux de proie.

Remarquons encore que les insectes insectivores, à la conservation desquels nous devons tenir, sont très-rusés, relativement forts, et qu’ils savent beaucoup plus que les autres insectes, ceux d’espèces phytophages, se soustraire à l’élimination des oiseaux.

§ 7. — CONCLUSIONS À TIRER DE L’ORGANISME DE L’OISEAU

En résumé, si nous étudions certains phénomènes de la nature, nous voyons que la production végétale et animale est due à des forces et à des agents aussi variés que nombreux.

Au premier coup d’œil, beaucoup semblent sans rapports directs ; néanmoins, et après un examen attentif, nous voyons que ces agents, malgré leur dissemblance apparente, forment une des grandes unités de la mécanique terrestre, qu’entre eux et la production il se trouve d’admirables concordances de cause à effet. Ces rapports d’unité sont même assez saisissables pour que par les unes l’observateur devine les autres.

Ainsi que nous l’avons vu, par la force principale de la production, on explique la force de l’élimination, et, de l’étude des agents éliminateurs autres que les oiseaux, on conclut à l’adjonction nécessaire d’êtres ayant toutes les aptitudes de ces animaux.

De même les éléments constitutifs de l’oiseau prouveraient à eux seuls que cet animal est un rouage principal, un régulateur d’un mécanisme compliqué, que ses travaux sont un complément nécessaire de toutes les éliminations, qu’en cela il ne peut être suppléé et qu’ainsi il remplit un rôle très-important dans les harmonies de la nature.

Telle nous paraît être la raison principale de sa création.

  1. Pages 90 et suiv., 99 et suiv.
  2. John Davy.
  3. Nous empruntons au Cours élémentaire de zoologie, de M. Milne-Edwards, les éléments de cette partie de notre travail.
  4. Ainsi, que l’on se représente notre starique perroquet parcourant au vol les parages des îles Aléoutiennes par une température de 20 à 30 degrés au-dessous de zéro ; il a quintuplé ses grands réservoirs aériens et élevé l’air qui circule dans son corps à la température ordinaire des oiseaux à 40 degrés au-dessus de zéro ; c’est un écart de 60 à 70 degrés entre la température de l’air dans les réservoirs de l’oiseau et celle de l’atmosphère. Quel poids lui reste-t-il ? Il est peut-être plus léger que l’air environnant. Bulletin de la Société zoologique de France, juin et juillet 1876, Vian, p. 3.
  5. Ibid., p. 4.
  6. D’Orbigny, Histoire naturelle, 1re partie, t. IX, p. 24.
  7. Gerbe, Bulletin de la société zoologique, 1077, p. 288.
  8. Ibid.
  9. À consulter Essai sur l’appareil locomoteur des oiseaux, par Edmond Alix.