Les périodes végétales de l’époque tertiaire/16

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LES PÉRIODES VÉGÉTALES
DE L’ÉPOQUE TERTIAIRE[1].

Vues générales sur l’ensemble des périodes.

Les notions qui ont été développées précédemment se rattachent à trois ordres de phénomènes très-distincts, bien qu’il y ait entre eux des connexions de plus d’une sorte et qu’ils aient fréquemment et nécessairement réagi l’un sur l’autre : nous voulons parler de la configuration géographique du sol de l’Europe, des variations et de l’abaissement final de la température, enfin des changements éprouvés par le règne végétal au point de vue des modifications purement organiques. L’existence de ces trois ordres de phénomènes ne saurait être sérieusement contestée. Il est certain que l’étendue relative des terres et des mers et l’orographie même de notre continent ont subi des variations notables dans le cours des temps tertiaires. Il n’est pas moins exact qu’à partir d’un moment donné et indépendamment de la configuration des terres et des mers, le climat européen est allé en se dégradant jusqu’à ce que les conditions qui le régissent maintenant se soient réalisées. On ne saurait nier non plus, à moins de s’obstiner dans des préventions non justifiées, que les formes végétales ne se soient graduellement modifiées, et par ces modifications nous n’avons pas seulement en vue les adjonctions ou les vides dus à l’action des causes locales, dus encore à l’effet des migrations qui ont successivement communiqué ou repris à l’Europe une partie de ses richesses végétales, mais encore les mutations attribuables à l’organisme seul et que le temps entraîne forcément chez les espèces et les types dont il est possible de suivre la marche à travers les âges, comme une conséquence directe de l’activité biologique, sujette parfois à demeurer latente, mais qui ne se repose cependant jamais entièrement.

On doit reconnaître aussi que de ces trois ordres de phénomènes, deux au moins ont rarement agi d’une façon isolée ; en sorte que le climat de chaque période a été nécessairement affecté par le relief du sol et la distribution relative des terres et des mers, tandis que cette distribution exerçait une influence sensible sur la composition de la flore, soit en favorisant l’introduction en Europe de telle ou telle catégorie de végétaux, soit en lui en interdisant l’entrée. Quant à l’action du climat sur le monde des plantes, il n’est pas besoin d’y insister et son importance parle d’elle-même. C’est elle, jointe à la configuration du sol émergé, qui constitue le milieu avec lequel l’organisme est mis en contact, qui le sollicite dans des sens très-divers et donne naissance aux ébranlements d’où sortent enfin les diversités morphologiques qui nous frappent chez les êtres que nous examinons, qu’ils vivent encore ou que nous possédions seulement leurs vestiges.

Attachons-nous maintenant aux trois ordres de phénomènes que nous venons de définir, pour les décrire séparément en assignant à chacun d’eux la part qui lui revient dans les faits dont se compose l’histoire de la végétation tertiaire. Si l’on veut se rendre compte de ce qu’était le continent européen au commencement des temps tertiaires, il faut remonter plus haut dans le passé et rechercher d’abord ce qu’il était dans les âges antérieurs. Vers le milieu de l’époque jurassique, notre Europe ne formait encore qu’un archipel de grandes îles, qui pourtant tendaient graduellement à se rejoindre, puisque, en France notamment, le seuil de la Bourgogne et celui du Poitou commencèrent à se prononcer lors de la grande oolithe et soudèrent l’île centrale à la région des Vosges, d’une part, à la Vendée et à la Bretagne, de l’autre (fig. 1). À l’époque de la craie blanche, si on laisse de côté la Scandinavie qui formait sans doute, dans la direction du nord, une contrée plus vaste que de nos jours, on constate l’existence d’un continent central qui paraît comme une réduction de l’Europe actuelle (fig. 2).

L’Allemagne du milieu et celle du sud, la France de l’est, du centre, et presque toute celle du sud-est, étaient alors émergées, sauf quelques îlots ; l’Italie est encore à peu près entièrement sous les eaux. Mais, à mesure que l’on se rapproche de la terminaison supérieure de la craie, on voit les émersions se prononcer de plus en plus et l’étendue des mers se restreindre tellement que l’Allemagne du nord est tout à fait délaissée par l’océan d’alors, sauf une lisière du côté de la Westphalie, des Provinces rhénanes et de la Néerlande. Le bassin de Paris tend à s’amoindrir à la même époque, la mer pisolitique se trouvant comprise dans des limites bien réduites, si on la compare à celle de la craie blanche. Il en est de même vers le midi de la France, entre Nice et les Pyrénées. Dans cet espace, les derniers dépôts datent du sénonien supérieur ; les échancrures peu accusées des mers crétacées méridionales, leurs sédiments d’origine saumâtre, les alternatives qui firent succéder sur beaucoup de points l’action des eaux fluviatiles à celle des eaux salées, témoignent de ce retrait qui, bien avant la fin de la période crétacée, se trouve définitivement accompli. On est alors en présence de puissants dépôts fluvio-lacustres que le géologue peut suivre depuis le Var jusqu’au delà des Pyrénées, en Aragon et au centre de l’Espagne ; ils semblent se rattacher à une série de lacs profonds reliés par des déversoirs et dénotent l’existence d’une contrée étendue, excédant de beaucoup les limites du littoral méditerranéen actuel.

C’est alors que s’ouvre la période paléocène, la première de celles entre lesquelles nous avons partagé l’âge tertiaire. Les mers se trouvent réduites à de faibles limites dans tout le périmètre européen ; presque nulle part, sauf en Belgique, aux environs de Mons et sur quelques points de la Champagne ou de la Picardie, elle n’empiète sur le sol continental actuel. Malgré cette extension de l’espace émergé, le climat paléocène ne paraît avoir eu rien d’extrême ni de trop continental. Une température élevée, favorable à la diffusion des palmiers et de beaucoup de plantes d’affinité tropicale, jusque dans le nord de la France et par delà le 50e degré latitude, s’y laisse reconnaître, et la chaleur de ce temps devait être égale et modérée par l’humidité, puisque, d’une part, les formes opulentes y sont plus fréquentes que dans la période suivante et que, d’autre part, certains types caractéristiques des zones tempérées, que nous perdons de vue dans l’éocène et le miocène inférieur pour les retrouver plus tard dans le pliocène, se montrent ici et témoignent de la prédominance d’un climat moyen. Nous citerons seulement, à l’appui de notre dernière assertion, le sassafras (sorte de Laurinée à feuilles caduques), le lierre, la vigne, répandus à Sézanne, et quelques chênes de la forêt de Gelinden dont la physionomie rappelle ceux de l’Asie Mineure, des montagnes de la Syrie ou du Japon.

La Nature - 1878 - S2 - p004 - Les périodes végétales de l’époque tertiaire - Fig. 1.png
Fig. 1. — Carte montrant la distribution relative des terres et des mers en Europe à l’époque oolithique.


La Nature - 1878 - S2 - p004 - Les périodes végétales de l’époque tertiaire - Fig. 2.png
Fig. 2. — Carte montrant la disposition approximative des terres et des mers en Europe à l’époque de la craie supérieure. (Étage cénomanien.)


La Nature - 1878 - S2 - p004 - Les périodes végétales de l’époque tertiaire - Fig. 3.png
Fig. 3. — Carte montrant la distribution approximative des terres et des mers en Europe à l’époque nummulitique.


Pour ce qui est de la température, elle devait être encore distribuée très-également du nord au sud de l’Europe, entre le 40e et le 60e degré latitude, c’est-à-dire sur un espace d’au moins vingt degrés. Nous possédons, en effet, grâce à la florule paléocène de St-Gely, près de Montpellier, un terme de comparaison des plus précieux entre la France méridionale et la Belgique, lors de l’époque paléocène. La roche de Saint-Gely est un calcaire concrétionné plus cristallin et plus compacte que celui de Sézanne ; mais elle a été visiblement formée dans des conditions presque semblables, et les plantes dont elle renferme les empreintes, malgré leur petit nombre, sont tellement analogues à celles de Sézanne qu’on est bien forcé de reconnaître que les deux localités devaient être soumises à des conditions sensiblement pareilles. On observe à Saint-Gely une Marchantiée (Marchanda sezannensis Sap.), une Fougère (Alsophila ? Rouvillei Sap.), un Palmier (Flabellaria gelyensis Sap. et, parmi les Dicotylédones, un Diospyros (D. raminervis S.), une Célastrinée (Celastrinites gelyensis), un Magnolia (M. meridionalis Sap.), enfin une Myrtacée (Myrlophyllum pulchrum Sap., fig. 5) voisine d’une forme crétacée, le M. Geinitzii, Hr., de la craie de Moletein, en Moravie.

La Nature - 1878 - S2 - p005 - Les périodes végétales de l’époque tertiaire - Fig. 4.png
Fig. 4. — Vue idéale des bords du lac d’Aix à l’époque des gypses.


En dépit du nombre restreint des espèces énumérées, on constate aisément l’absence d’une discordance un peu marquée entre le nord et le midi de la France, au point de vue des éléments constitutifs de la flore paléocène.

La Nature - 1878 - S2 - p005 - Les périodes végétales de l’époque tertiaire - Fig. 5.png
Fig. 5. — Plantes paléocènes caractéristiques de Saint-Gely (Hérault).
1. Magnolia meridionalis, Sap. — 2. Dioipyros raminervis, Sap. — 3. Celastrinites gelyensis, Sap. — 4. Myrlophyllum pulchrum, Sap.

La révolution qui ramena les eaux de l’Océan jusqu’au centre du continent et inaugura l’éocène proprement dit, en étendant vers les Alpes, les Pyrénées et plus loin vers l’Orient, l’Asie Mineure, la Perse, l’Égypte et la Barbarie, la mer où vécurent les nummulites, cette révolution eut pour effet, non-seulement de constituer une Méditerranée quatre ou cinq fois plus vaste que la nôtre, mais encore de bouleverser tellement l’économie géographique de l’Europe que son climat et sa flore durent inévitablement subir le contre-coup de ces événements. Il ne resta rien, on peut le dire, qui rappelât l’état précédent, sauf dans le bassin de Paris où la mer du calcaire grossier parisien forma un golfe arrondi, assez ressemblant à celui auquel la mer de la craie blanche avait auparavant donné lieu, bien que plus restreint. On sait que la mer nummulitique ne pénétra pas dans la vallée du Rhône, ni dans le périmètre qui s’étend entre les Alpes Maritimes et la montagne Noire, au-dessus de Narbonne. Il y eut seulement des lacs en Provence pendant l’éocène, et quelques-uns de ces lacs, spécialement celui d’Aix, celui de Saint-Zacharie et celui de Manosque, persistèrent postérieurement au retrait de la mer nummulitique. Celle-ci se dessécha peu à peu, mais sa terminaison finale est difficile à fixer, si l’on n’admet pas que le flysch en représente les derniers délaissements. Il semble que la Provence ait dû faire partie à ce moment d’une sorte de péninsule étroite et longue, analogue à l’Italie actuelle et partant de la haute Provence pour aller aboutir en Afrique, non loin de Bougie, à travers la Corse et la Sardaigne, dont elle aurait englobé la plus grande partie. Entre cette péninsule et le littoral dalmate, il y aurait eu une large mer, couvrant l’Italie et formant un golfe avec plusieurs îles. Au delà s’étendait une grande terre péninsulaire sinueuse, comprenant une partie des provinces illyriennes et de la Hongrie, presque toute la Turquie d’Europe, la Grèce, l’Archipel, et allant empiéter sur l’Asie Mineure, découpée elle-même en plusieurs régions insulaires (fig. 3).

L’influence d’une mer pénétrant si profondément au sein des terres aurait dû avoir pour effet le maintien d’un climat égal et doux, humide et chaud en toutes saisons. Le contraire semble résulter de l’étude de la flore éocène. Cette flore affecte surtout une physionomie et des affinités africaines ; elle accuse beaucoup de chaleur et témoigne par l’amoindrissement des formes, par leur consistance souvent coriace, par leur disposition fréquemment épineuse, par la stature médiocre des espèces, une atmosphère déversant l’eau par intermittence et l’alternance probable de deux saisons très-marquées, l’une sèche, l’autre humide. Il semble aussi que le rivage méridional de la mer nummulitique longeant l’Afrique vers les confins du Sahara, l’introduction et la persistance des formes propres à ce continent aient été le résultat d’une colonisation ayant son point de départ dans le sud. L’émigration aurait gagné de proche en proche, de manière à envahir le périmètre des terres en contact avec la mer nummulitique et à faire partout dominer des éléments semblables, à l’exemple de ce qui se voit de nos jours le long des plages de la Méditerranée, ainsi que sur le pourtour du golfe du Mexique, de la mer des Antilles et de celle du Japon. Rien de surprenant à ce que, conformément à ce qui a lieu dans ces diverses régions, la végétation se soit uniformisée sur les rivages opposés, et d’un bout à l’autre du grand bassin intérieur éocène, dont le diamètre, entre le Soudan et les Alpes, mesurait environ 30 degrés ou plus de 700 lieues, dimension double de celle que présente la Méditerranée du fond de la grande Syrte à la rivière de Gênes.

Il est à croire que l’influence directement exercée sur les terres de l’Europe par une mer chaude et méridionale, touchant au tropique vers le sud, ne fut pas étrangère à l’établissement du climat qui semble avoir prévalu durant l’éocène. Échauffée périodiquement par le soleil, à l’époque de l’année où cet astre s’avance vers le cancer, la mer nummulitique devait donner lieu à des moussons coïncidant avec la fin de l’été et précédées d’une saison sèche partant de l’équinoxe du printemps et allant jusqu’après le solstice. Telle est probablement la clef d’un problème dont la solution résulte à la fois et de la configuration de l’Europe éocène et de l’étude des plantes que possédait alors notre continent et dont nous avons figuré les principales.

On doit fixer à l’éocène et faire coïncider avec la présence de la mer du calcaire grossier parisien le moment de la plus grande élévation thermique que le climat européen ait présenté durant le cours des temps tertiaires. Non-seulement les Nipa et peut-être les cocotiers s’étendirent alors jusqu’en Belgique et en Angleterre, mais les espèces à feuilles caduques ne furent jamais aussi peu nombreuses ; leur présence constatée se réduit à quelques rares exceptions. C’était le temps des jujubiers africains, des gommiers, des Myricées aux feuilles coriaces, des Aralia, des Podocarpus, des Nerium ou lauriers-roses, des euphorbes arborescentes, des Myrsinées, etc. Les palmiers étaient nombreux sur tous les points du territoire français. M. Crié en a compté récemment cinq espèces dans les grès éocènes de la Sarthe. Les forêts montagneuses de cette dernière région comprenaient une association de lauriers et de chênes à feuilles persistantes, mêlées à des Diospyros et à des Tiliacées, à des Myrsinées, à des Anacardiacées et à plusieurs Podocarpus. Les Fougères les plus répandues étaient des Lygodiées. Cet état de choses paraît s’être maintenu dans le midi de l’Europe, sans grande altération, jusqu’à la fin de l’éocène. Monte-Bolea, en Italie, en fournit des exemples et la flore des gypses d’Aix en Provence conduit aux mêmes conclusions. Vers la fin de l’éocène, la mer nummulitique tendait partout à s’amoindrir, sinon à disparaître. Des lacs s’étaient établis sur une foule de points et les stations marécageuses, fréquentes sur leur bord, favorisèrent l’extension de la faune paléothérienne en mettant à la portée des animaux de cet âge une nourriture abondante, particulièrement des rhizomes de nénufars et autres plantes palustres que les pachydermes recherchaient en baugeant en troupes dans les lagunes. Ces lacs aux plages souvent envahies par la végétation avaient des alternatives de crues et de dessèchements en rapport avec les conditions climatériques de l’époque. Il est à remarquer également que les lacs éocènes qui persistèrent en Provence sans changement pendant le tongrien et même l’aquitanien étaient distribués de manière à correspondre chacun à l’un des versants des chaînes de montagnes qui s’élèvent dans cette partie de la France et qui se présentent maintenant comme les premiers contre-forts des Alpes. L’importance et surtout la profondeur de ces lacs dénotent le voisinage d’accidents orographiques plus prononcés encore que ceux qui se montrent de nos jours aux mêmes lieux. Ni le Léberon ou le rocher de Voix qui se dressent au sud de l’ancienne cuvette lacustre de Manosque, ni la montagne de Lure dans le nord, ni même le Ventoux, qui domine les vallées d’Apt, encore moins Sainte-Victoire, située dans la même relation par rapport au lac gypseux d’Aix, pas plus que les massifs de la Sainte-Baume et de l’Étoile, au pied desquels sont placés les dépôts lacustres de Saint-Zacharie et d’Aubagne, ne suffisent pour expliquer la présence de semblables dépressions. Il est donc permis de supposer que les montagnes de la région provençale ont perdu depuis la fin de l’éocène une partie de leur relief et ne constituent réellement que des hauteurs inférieures à celles d’autrefois, si l’on tient compte des roches triturées et des fragments détritiques arrachés jadis à leurs flancs et accumulés au fond des bassins lacustres étendus à leur pied. Ce voisinage immédiat des montagnes près des lacs de l’éocène supérieur en Provence a permis de saisir quelques-uns des traits qui distinguaient les bois montagneux et la végétation sous-alpine de l’époque. Il est maintenant certain que la flore des gypses d’Aix comprenait un bouleau, un orme, un frêne, plusieurs saules ou peupliers, un érable, qui croissaient dans une région supérieure et formaient une association végétale différente de celle des alentours immédiats du lac. Celle-ci se composait de palmiers, de dragonniers et même de bananiers ; elle présentait des Callitris, des Widdringtonia, des Podocarpus, des pins, et, en fait de Dicotylédones, en première ligne, des Laurinées, des Bombacées, des Araliacées, des Anacardiacées et des Mimosées. En inscrivant les plus récentes découvertes, on constate qu’il existait au moins cinq espèces de Palmiers dans la flore des gypses d’Aix, dont une seulement, le Sabal major. Ung., se retrouve dans le miocène. (Voy. Vue idéale, fig. 4.)

L’exemple tiré de la flore d’Aix prouve que vers la fin de l’éocène, les types à feuilles caduques ne se montraient guère au-dessous d’un certain niveau altitudinaire, sur lequel leur présence accuse pourtant dès lors l’influence d’une saison plus froide se manifestant sur le flanc des montagnes, à une hauteur déterminée. On conçoit très-bien, par cela même, comment ces mêmes types descendirent vers les régions inférieures pour s’y étendre et s’y multiplier, dès qu’un abaissement d’abord modéré, et, en réalité, peu sensible, joint à l’humidité croissante du climat, vint favoriser ce mouvement. C’est ce qui eut effectivement lieu dans l’oligocène, cette période de transition qui succède immédiatement à l’éocène et qui précède le miocène proprement dit.

Il faut distinguer ce mouvement, si facilement réalisable, partout où des régions élevées se trouvaient en contact avec des plaines inférieures, d’un autre mouvement contemporain du premier, mais bien plus général dans ses effets qui exigèrent pourtant un temps plus long pour s’accomplir. Je veux parler de l’exode d’une foule de types et d’espèces arctiques, s’avançant vers le sud et quittant les alentours du pôle sous l’impulsion de la température qui s’abaisse et du climat devenu graduellement plus humide. C’est dans l’oligène qu’il faut placer aussi l’origine de ce mouvement, qui, pourtant, ne se généralisa que dans la période suivante.

Le nouveau changement qui modifia la configuration de l’Europe par l’établissement de la mer oligocène dut contribuer à rendre le climat européen plus tempéré et moins extrême. Nous avons constaté que cette mer était une mer septentrionale et son influence agit certainement en sens inverse de celle qu’avait exercée la mer nummulitique. Les types africains et austro-indiens commencèrent donc à rétrograder, tandis que les lacs antérieurs occupaient les mêmes emplacements ou augmentaient en nombre et en étendue, dans le sud de l’Europe. C’est par le moyen des sédiments lacustres de cet âge que la flore oligocène se trouve si bien connue. Nous avons vu que les localités de Sagor, Haering, Sotzka, Mont Promina, Salcedo et bien d’autres appartenaient à cet horizon, sur lequel il faut également ranger les flores provençales de Gargas, Saint-Zacharie, Saint-Jean-de-Garguier et celle de Ceylas dans le Gard. Le mouvement qui amena la multiplication des types à feuilles caduques au sein de ces flores fut évidemment très-lent à se produire ; probablement aussi le climat ne changea de caractère que d’une façon graduelle et par une marche, pour ainsi dire, insensible. En Provence, c’est seulement par la répétition plus fréquente des charmes, des ormes, de certains érables, et aussi par la prédominance d’un palmier, le Sabal major, auparavant très-rare, enfin par l’introduction de certains types, plus spécialement des Chamœcyparis, du Libocedrus salicornioides, du Séquoia Sternbergii, du Comptonia dryandrœfolia, sortes de plantes mieux adaptées à un sol et à un climat humides que ne l’étaient leurs devancières, que la révolution végétale en voie de s’accomplir commence à se manifester. Le fond de la végétation reste cependant le même, non pas seulement en Provence, mais partout où la flore oligocène a laissé des traces, soit en Styrie (Sotzka) ou en Dalmatie (Mont Promina), soit dans le Tyrol (Hæring), soit enfin dans le centre de la France (Ronzon, Haute-Loire). Les exemples d’espèces empruntées à ces diverses localités, que nous avons figurées, nous dispensent de revenir sur les appréciations qu’elles nous ont suggérées. Cte G. de Saporta
Correspondant de l’Institut.

La suite prochainement. —

  1. Voy. tables des matières des années précédentes.