Les sports de la neige/19

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Traduction par René Auscher.
Hachette & Cie (p. 87-92).

MARCHE EN CHASSE-NEIGE

Celui qui a suivi toutes les indications données jusqu’ici ne doit pas avoir trouvé de difficultés bien grandes. Presque tout le monde peut atteindre ce degré dans l’art du ski. Mais, pour aller plus loin, on doit se familiariser avec celui des exercices de ce sport qui est le plus nécessaire aux débutants, et bien plus important pour eux que de pouvoir, dés le premier hiver, effectuer un petit saut devant leurs amis et connaissances.

Demi-chasse-neige
DEMI-CHASSE-NEIGE

Zola décrit dans l’un de ses romans une locomotive lancée à toute vapeur sans mécanicien. À toutes les stations de la ligne de chemin de fer, on se précipite et on sonne aux signaux avec une agitation fébrile, les voies sont rendues libres et le noir monstre passe comme le vent. On peut rapprocher ce tableau, bien qu’il ne s’agisse pas de la force destructive d’un élément, d’un fait qui se produit assez souvent en ski. Gaiement les skieurs glissent sur les flancs d’une pente rapide. Subitement s’élève un cri impérieux : Attention ! On voit, sur des skis emballés, un malheureux se précipiter du haut de la montagne juste dans le groupe le plus dense. Tout le monde se sauve, mais les skis livrés à eux-mêmes s’en donnent à cœur joie. En un clin d’œil, ils sont là, volant, emportant au milieu du groupe l’homme désespéré et cramponné à son bâton. L’instant d’après, deux corps roulent dans la neige soulevée en tourbillons.

Descente en chasse-neige
descente en chasse-neige.

Dans cette circonstance, le freinage du ski a fait défaut, c’est-à-dire la connaissance de la marche en charrue ou en chasse-neige, comme l’appellent les Norvégiens, ou de la marche freinée, comme l’a baptisée plus clairement Zdarsky. Cette marche est le régulateur de vitesse des skis, leur seul frein naturel, au moyen duquel on obtient leur complète maîtrise. Celui qui descend en vitesse du haut d’une montagne, sans la connaître, doit subordonner sa volonté aux caprices de ses skis et à ceux de la loi de l’inertie, et on sait que, le plus souvent, la conclusion n’a rien d’inerte !

Si la marche en chasse-neige est déjà recommandable sur une pente libre où on a des coudées franches d’une centaine de mètres à droite et à gauche, elle devient absolument indispensable dans les bois ou dans les terrains plantés de palissades, si l’on veut éviter les accidents. Elle ne rend, il est vrai, pas possible un arrêt, brusque devant un danger subit, mais permet un léger et lent détour des obstacles ainsi que l’observation rapide du terrain.

Sur des pentes raides et découvertes, en particulier sur celles durcies et couvertes de neige hétérogène, elle permet une réduction convenable de la vitesse. Aussi est-elle pour le ski ce qu’est le balancier pour l’horloge et le frein pour un attelage.

La position désagréable, et même un peu douloureuse d’abord, qu’il est nécessaire d’observer dans la marche en chasse-neige rebute facilement les commençants et ils ne sont pas les seuls ! Il faut ne pas se laisser décourager dans les débuts et se convaincre de l’importance de cet exercice.

On doit tenir les jambes suffisamment écartées et ne pas poser les pieds inclinés naturellement sur le sol mais les maintenir perpendiculaires l’un à l’autre les pointes tournées vers l’intérieur. Toutes ces conditions paraissent très pénibles à nombre de débutants.

C’est alors qu’on peut lire sur les visages inquiets la craintive question qui s’exprime souvent de la façon suivante : « Est-ce qu’ainsi rien ne pourra m’arriver ? »

Mais, d’ordinaire, il ne se passe rien du tout. Il ne peut survenir qu’une chose : généralement, lorsqu’on veut apprendre la marche freinée, les jambes ne sont pas assez écartées, ou les pointes pas réunies. Il en résulte que les skieurs partent en vitesse. L’angle qu’ils font avec leurs skis n’est pas assez ouvert pour agir comme un chasse-neige, c’est-à-dire pour ralentir fortement la course. La seconde faute principale est de se mettre trop sur l’arête sans nécessité, ce qui se paye fréquemment par une chute. Ce résultat est la conséquence de la première faute. Au lieu d’écarter l’arrière des skis avec suffisamment d’énergie, on cherche par erreur à produire l’action de frein en déversant les skis, au lieu de pratiquer un simple élargissement de la trace.

Nous allons, si vous le voulez bien, expliquer, éclaircir une bonne fois ce qu’on entend par « élargir la trace ». Moins la surface de neige que les skis effleurent est grande, et plus la course est rapide. Lorsque le ski est placé suivant la ligne de plus grande pente du terrain, la largeur de la trace est, théoriquement, et abstraction faite de l’action de la courbure, celle du ski lui-même. Si on laisse l’un des skis dans la direction de la pente descendante et si l’autre est amené dans la position appelée position en chasse-neige, la surface de contact de ce dernier, maintenu à plat, est beaucoup plus large et la descente devient, par suite, plus lente. Au lieu de glisser sur la neige, le ski, maintenu à plat et présenté en largeur, brosse en quelque sorte la neige. On avance en employant la marche à large trace.

Habituellement, on entend cependant par « marche à large trace » la course les jambes écartées, les skis parallèles formant deux traces étroites mais assez éloignées, au lieu d’être collées l’une à l’autre. Nous n’avons pas l’intention de modifier une expression qui, dans le langage habituel des skieurs, a acquis une signification déterminée, mais simplement d’expliquer ce dont il s’agit ici.

La trace devient encore plus large quand on élargit la surface de contact du second ski, maintenu toujours à plat. Le skieur forme ainsi les côtés d’un angle dont la bissectrice indique exactement la ligne de plus grande pente de la descente. La marche devient encore plus lente.

Le freinage sera renforcé et la descente encore ralentie par la marche sur l’arête, d’abord de l’un des skis, tandis que l’autre est toujours placé en largeur mais maintenu à plat. C’est là que commence la véritable marche en chasse-neige, c’est-à-dire l’appui contre la neige pendant la course. Le ski déversé « brosse » ainsi, non seulement en laissant derrière lui sur la neige une trace large et superficielle, mais en arrachant un grand et profond sillon et en formant, avec son extrémité arrière, un petit remblai. On obtient le freinage le plus énergique en plaçant les deux skis à la fois dans cette position. Deux petits remblais bordent alors à droite et à gauche la trace. On obtient là l’effet exact du chasse-neige, d’où l’origine de l’expression aujourd’hui consacrée.

L’expression de marche freinée, due à Zdarsky s’applique plus exactement au demi-chasse-neige, c’est-à-dire à la descente dans laquelle un ski glisse et l’autre appuie ; elle est très caractéristique.

Les quatre méthodes de marche en chasse-neige, ou freinée, ne peuvent être aussi exactement et aussi simplement distinguées l’une de l’autre en réalité que sur le papier, car elles se subdivisent en une quantité de variations et modifications. L’état de la neige et la déclivité de la pente rendent nécessaire un nombre incalculable de combinaisons qui, avec le temps se font d’instinct, en même temps que la répartition du poids sur l’un ou l’autre des skis.

Un large virage
un large virage.

Des indications trop précises pour chacune d’elles ne pourraient faire naître dans l’esprit que la confusion.

Les courbes freinées sont des combinaisons de chasse-neige et de demi-chasse-neige pendant l’allure lente qui précède l’arrêt. La direction de la courbe est toujours, dans ce cas, déterminée par le report en avant du ski inférieur déversé. Mais il faut que ce mouvement soit fait très rapidement, surtout sur une pente raide, si on ne veut pas être entraîné par ses skis dans une course rapide.

Les courbes en zigzag proviennent de ce que, en modifiant la position du corps, le ski déversé devient le ski glissant, et inversement. — Elles changent de caractère lorsqu’on les prolonge, surtout dans la traversée d’une pente où, au lieu d’un demi-tour, on les emploie pour changer la direction de la marche au virage. La trace est alors comme polie.

L’emploi d’une canne est très pratique pour décrire ces portions d’arc de cercle. virage court effectué avec l’aide d’une canne.
VIRAGE COURT EFFECTUÉ AVEC L’AIDE D’UNE CANNE.
La marche dans ce cas est si peu élégante et tellement dépourvue d’utilité que même les adversaires les plus farouches de la canne ne peuvent opposer à son emploi ni de raisons esthétiques, ni de raisons techniques.

Si les courses de ski n’avaient aucune autre valeur que celle d’y apprendre à virer, on devrait, pour ce motif, y participer partout où il y en a. Peu de gens ont l’énergie, dans le temps très court dont ils peuvent disposer chaque fois qu’ils vont en montagne, de s’efforcer d’eux-mêmes à faire des virages. Mais pourtant leur technique est la base du ski. Celui qui ne la possède pas ne saura jamais, dans toutes les situations, prendre sans hésiter la décision convenable. C’est pourquoi il faut apprendre à virer sur des pentes raides, et n’avoir pas peur !