Lettre écrite à Turgot/Édition Garnier

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Garnier (tome 29p. 315-316).
LETTRE[1]


ÉCRITE À M. TURGOT


CONTROLEUR GÉNÉRAL DES FINANCES,


PAR


MESSIEURS LES SYNDICS GÉNÉRAUX DU CLERGÉ, DE LA NOBLESSE ET DU TIERS ÉTAT DU PAYS DE GEX.




Le 26 novembre 1774.
Monseigneur,


Quand nous avons porté au pied du trône les représentations respectueuses du pays de Gex sur le prix du sel qu’il consomme, fixé, par arrêt du conseil des 5 avril 1715 et 29 mai 1725, à 24 livres le minot, augmenté et successivement parvenu à 45 livres 0 sol 2 deniers, nous ne demandions qu’une diminution de ce prix excessif, et que son rétablissement sur l’ancien pied. Nous ne nous serions jamais attendus qu’au lieu de nous accorder ce soulagement, sollicité par des motifs qui intéressent également l’État, les fermes de Sa Majesté, et les habitants de cette petite contrée du royaume, on rendrait notre condition pire. C’est cependant, monseigneur, l’effet qu’a produit l’arrêt du conseil du 13 juillet 1773, dont nous prenons la liberté de vous mettre une copie sous les yeux[2]. Si nous connaissions moins l’esprit d’équité qui dirige les opérations de messieurs les fermiers généraux, nous serions tentés de croire qu’ils n’ont consenti la légère diminution qui nous a été accordée sur le prix principal du sel que pour s’autoriser d’autant mieux à substituer au sel que le pays était en coutume de consommer, du sel de Provence qui leur était à charge, d’une qualité bien inférieure, mélangé d’une terre rouge, sale, dégoûtant, également nuisible aux hommes, aux bestiaux, et à la fabrication des fromages, qui font le principal commerce du pays. Ce changement, que personne n’a demandé, et dont nous-mêmes n’avons été informés qu’à l’instant qu’il s’est fait, excite des plaintes générales et met le comble à nos maux, soit par le déchet énorme qui résulte de la nécessité absolue où l’on est de nettoyer et de purifier ce sel avant que d’en faire usage, soit par les suites malheureuses d’une contrebande plus considérable que sa mauvaise qualité occasionne : contrebande d’autant plus préjudiciable à Sa Majesté qu’il ne se débite pas présentement, au grenier de Gex, la moitié du sel qui s’y débitait avant l’établissement des 8 sols pour livre ; et que conséquemment il n’y a point de proportion entre le produit de cet impôt et la perte qui résulte de la diminution des ventes. À des considérations si pressantes nous ajouterons encore, monseigneur, celles qui sont détaillées dans la délibération générale des députés des communautés du pays de Gex, du 27 avril 1772, dont nous avons l’honneur de vous adresser une copie par laquelle vous verrez la progression étonnante de l’augmentation du prix du sel, qui fait le légitime sujet des plaintes publiques. Daignez, monseigneur, vous en occuper, nous rendre le sel que nous réclamons, et en rétablir le prix sur son ancien pied ; nous redoublerons nos vœux au ciel pour votre précieuse conservation, et pour la prospérité de votre ministère.

Nous sommes, etc.

Signé : Gastin, de Sauvage, Fabry, et Émery.


FIN DE LA LETTRE À M. TURGOT.

  1. C’est sous ce titre que ce morceau a été publié, pour la première fois, en juin 1827, par M. Clogenson, qui dit que Voltaire se contenta probablement de rendre le style un peu moins pesant, et la rédaction plus courte. (B.)
  2. L’arrêt du 13 juillet 1773 avait été rendu sous le ministère de Terray. Turgot n’était contrôleur général que depuis le 24 auguste 1774.