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Lettre du 15 mai 1670 (Sévigné)

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Texte établi par Monmerqué, Hachette (1p. 557-559).

105. ‑ DU COMTE DE BUSSY RABUTIN À MADAME DE SÉVIGNÉ.

Quatre jours après que j’eus reçu cette lettre, j’y fis cette réponse.

À Chaseu, ce 15e mai 1670.

J’ai fait votre paix avec votre nièce de Bussy ; mais nous sommes aussi étonnés de ce qui vous a fait souvenir d’elle, lorsqu’on ne vous en parloit pas, que de ce qui vous l’a fait oublier.

J’attends ici M. de Corbinelli avec une impatience extrême. Nous en dirons de bonnes. Que n’êtes-vous en tiers ? j’entends ici avec nous deux, car à Paris nous n’y serions pas si aises. Vous êtes trop distraits, vous autres gens du monde ; vous n’appuyez pas sur les plaisirs comme nous autres ermites ; vous ne les prenez qu’en courant, et cela fait qu’on n’en a pas tant avec vous. Après sept ou huit jours de séjour, nous vous laisserions retourner dans votre chaos, car nous savons que la nature se plaît dans la diversité.

Le voyage de M. de Grignan en Provence pourroit bien raccommoder Mme de Grignan avec moi. Je vous déclare que je ferai toujours la moitié du chemin. J’oublierai aisément toutes les amitiés qu’elle a faites à son mari, et même sa grossesse, pourvu que je voie quelque apparence d’une meilleure conduite à l’avenir. À moins que cela, je ne l’aimerai que malgré moi ; car je ne saurois m’empêcher de l’aimer.

Adieu, ma belle cousine, écrivons-nous souvent, et 1670 badinons toujours. Nous sommes bien meilleurs ainsi 1670 que d’autre manière[1].




  1. Lettre 105. — i. « Puisque mes lettres au Roi vous plaisent tant, est-il ajouté de nouveau dans la copie, en voilà encore une. » Cette lettre au Roi se trouve dans le manuscrit 629 du Supplément français de la Bibliothèque impériale, et dans l’édition de 1697 (tome I, p. 43). Elle est précédée, dans l’un comme dans l’autre, de la phrase que voici : « J’ai cru que, comme dans un exil, une longue patience ressemble fort à l’indifférence, je devois montrer à mon maître que je souffre à la vérité sans dépit, mais que je souffre. »