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Lettre du sieur d’Aligre au chancelier Séguier, sur une proposition scandaleuse touchant le pouvoir des papes sur les rois

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Lettre du sieur d’Aligre au chancelier Seguier, au sujet d’une proposition scandaleuse touchant le pouvoir des Papes sur les Rois, soutenue dans l’université de Caen le 29 octobre 1660.

1660



Lettre du sieur d’Aligre au chancelier Seguier, au sujet d’une proposition scandaleuse touchant le pouvoir des Papes sur les Rois, soutenue dans l’université de Caen le 29 octobre 16601.

Monseigneur,

Comme je suis obligé de vous rendre compte de tout ce qui se passe icy contre le service du roy, je dois vous donner advis d’une proposition scandaleuse qui s’est faite depuis trois jours dans l’université de cette ville. Ceux qui pretendent y estre receus bacheliers ont accoustumé, avant que de faire leurs actes, d’y expliquer une question de theologie, en presence du recteur et de quelques docteurs, pour juger s’ils seront admis à faire leurs actes.

Un prestre de cette ville, nommé Fossar, chapelain de l’Hostel-Dieu, qu’on dit estre d’ailleurs de bonnes mœurs, satisfaisant à cette coustume, en parlant de la puissance des papes, s’emporta à dire qu’ils avoient pouvoir de deposer les rois, et l’appuya par plusieurs fausses autorités. En mesme temps, le recteur et les docteurs lui imposèrent silence. Il respondit qu’il entendoit les rois tyrans ; et comme ils lui dirent que cette explication ne suffisoit pas, il se dedit absolument, et demeura d’accord sur le champ de la fausseté de cette proposition, que les paroles lui estoient echappées contre ses propres sentiments dans la chaleur du discours, et non poinct par un dessein premedité, et qu’il offroit de prouver la negative dans les premières thèses qu’il soutiendroit en public.

Ce prestre a été arrêté prisonnier il y a deux jours, à la requeste du procureur du roi, qui lui fait faire son procès au presidial de cette ville ; je crois qu’on lui fera bonne justice, car les officiers sont ici fort zelés pour conserver l’autorité du roy.

Je viens d’apprendre que l’université de cette ville a rendu un decret contre ce prestre, par lequel elle l’a declaré incapable de recevoir aucun grade.

M. le procureur du roy s’est chargé de vous envoyer une copie de ce decret et des informations qui ont été faites contre lui.

Je suis,

Monseigneur,

Votre très humble et fort obeissant serviteur.

D’Aligre.




1. Cette pièce, qui se trouve aussi dans les manuscrits du British Museum (biblioth. Harleienne, nº 4442), a été publiée, ainsi que celle qui précède et celle qu’on trouvera à la suite, dans un recueil devenu rare, La Revue trimestrielle, juillet 1828, p. 366. Elle est d’un grand intérêt, en ce qu’elle prouve une fois de plus combien Louis XIV étoit jaloux de l’indépendance de son pouvoir, et combien ceux qui le servoient étoient ardents à défendre ce pouvoir contre toute prétention.