Lettres à Herzen et Ogareff/À Herzen et Ogareff (22-10-1861)

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Lettres à Herzen et Ogareff
À Herzen et à Ogareff, 22 octobre 1861, sur le bateau.



LETTRE DE BAKOUNINE À HERZEN
ET À OGAREFF


Océan Pacifique — à 400 milles de
l’isthme de Panama — à bord du bâteau.


22 octobre
--------------- 1861
3 novembre




Mes amis,


Je vous ai écrit deux fois par le « Pony express » de San-Francisco. Et Dieu sait si ces lettres vous sont parvenues ; le « Pony express » traverse l’État de Missouri, actuellement, en guerre civile.

Le capitaine anglais, a man of war, se rend-directement de Panama en Angleterre. C’est le fils du préfet de police de Londres, et puisqu’il veut bien se charger de vous transmettre ma lettre, j’espère que vous la recevrez.

En quittant Irkoutsk je vous écrivais, que ne pouvant espérer d’effectuer mon retour en Russie avec l’autorisation de Sa Majesté, je m’étais déterminé à prendre la liberté que l’on ne voulait pas m’accorder. Je partis donc d’Irkoutsk le 5/17 juin. J’y laissai ma femme qui, après mon départ, devait se rendre chez ma mère, à la campagne, et, plus tard, me rejoindre à Londres.

Je descendis l’Amour jusqu’à Nicolaevsk et m’embarquai incognito sur un navire américain. Je voyageai pendant de longues journées sur le détroit de Tartarie et près des côtes du Japon, jusqu’à ce que, enfin, le 5 septembre, je pus atteindre Yokohama, qui se trouve à 14 milles de Yedo. Je réussis à y trouver un paquebot américain, à destination de San-Francisco. J’écris cette lettre à bord de l’« Orizaba » qui, pour le moment, se trouve à 400 milles de distance de l’isthme de Panama. Je compte être à New-York le 14 de ce mois, si a Privateer with a letter of mark, ne nous surprend pas toutefois en route.

Je débarquerai à New-York, pour y attendre de vos nouvelles et de l’argent, vu que mes ressources sont pour l’instant entièrement épuisées. Probablement, la somme que mes frères devaient vous expédier pour moi vous est déjà parvenue ; sinon, envoyez-moi, à titre de prêt, 500 dollars, sans lesquels il me serait impossible de continuer mon voyage. Expédiez-les-moi par l’intermédiaire de la maison de banque Ballin et Sanders de New-York, pour Michel Bakounine. Dans le cas où vous m’auriez déjà envoyé vos lettres et la somme nécessaire pour mon voyage, à San-Francisco, je vous prie de m’écrire néanmoins à New-York, à l’adresse de Ballin et Sanders.

Mes amis, il me reste à vous demander si vous avez quelques nouvelles ou des lettres de ma femme et de ma famille ; ne tardez pas alors à me les adresser à New-York ; en même temps, par vos correspondants en Russie, faites immédiatement savoir à mes frères (Priamoukhino, district de Torjok, gouvernement de Tver), que j’espère arriver à Londres vers le milieu du mois de décembre.

Adieu, je vous embrasse de tout cœur et à bientôt.


M. Bakounine.