Lettres à sa marraine/7 septembre 1915

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Gallimard (p. 22-23).


Aux armées, le 7 septembre 1915
secteur postal 80

Vous êtes, madame, beaucoup trop indulgente pour mes vers. Le charme des vôtres, un charme n’est-il pas un talisman ? m’a véritablement, je le crois, gardé du danger.

Votre douceur, la vôtre et non celle de toutes les femmes de France, me suit sans aucun doute, je la retrouve entière dans la gentille lettre que vous m’avez envoyée.

Je ne veux pas faire attendre la petite fille que vous êtes et que je cherche en vain à me figurer et je vous envoie mes remerciements pour la jolie lettre.

Le quatrain me suit toujours il ne me quittera plus.

Je suis infiniment touché des éloges que vous voulez bien donner à mes vers. Vous n’êtes pas indiscrète le moins du monde et je le suis bien plus en vous demandant de me faire un peu connaître celle dont la douceur me suit.

Mais je devine qu’il y a en vous des tristesses qu’il faudrait pouvoir consoler.

Et c’est avec un respect infini et une reconnaissance très grande que je vous prie, madame et chère poëtesse, de daigner me croire votre serviteur.

Guillaume Apollinaire.