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Lettres à un ami sur l’office divin de l’Église catholique orthodoxe d’Orient/I/Lettre première

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Lettres à un ami sur l’office divin de l’Église catholique orthodoxe d’Orient (Письма о Богослуженіи Восточной Каѳолической Церкви)
Traduction par le Prince Nicolas Galitzin.
Imprimerie française (p. 1-3).


LETTRE PREMIÈRE.


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Cette lettre, mon cher ami, vous causera quelque étonnement : elle ressemble peu à celles que vous recevez habituellement. Votre surprise augmentera en apprenant que ce n’est qu’une première lettre, et qu’elle sera suivie de plusieurs autres, qui toutes traiteront le même sujet : l’office sacramentel de notre sainte Église. Peut-être me demanderez-vous, comment j’ai été amené à tenter une tâche si élevée dans des lettres familières. C’est vous-même, qui m’en avez suggéré la première pensée, et voici comment :

Vous souvient-il de nos promenades dans les environs de votre maison de campagne, quand nous nous rendions souvent pour la prière au monastère de St. Joseph de Wolokolamsk, situé dans le voisinage ? Avez-vous conservé mémoire de notre agréable excursion à Moscou, lorsque, chemin faisant, nous visitâmes le célèbre monastère de la nouvelle Jérusalem, pour y entendre la messe solennelle de la fête de l’Assomption ? et qu’en parcourant ensemble ses remarquables édifices, nous les comparions à leur antique modèle, l’église du Saint-Sépulcre ? Et dans la capitale même, vous rappelez-vous ce chant angélique, dont nous fûmes touchés à l’office du soir, dans le couvent de Notre-Dame du Don ?

Je m’en souviens, direz-vous ; et moi, j’ajouterai : que malgré la majesté du service divin, et les harmonieux accords de ces chants, je démêlai en vous une prompte lassitude, qui tenait de votre disposition morale plus encore que de la fatigue du corps. La pompe extérieure des cérémonies, privée de leur signification mystique et profonde, ne pouvait vous offrir qu’un faible intérêt ; des prières inconnues, récitées d’un voix peu distincte, bien que soutenues par de mélodieux accents, devaient vous faire paraître, malgré vous, l’office plus long qu’il ne l’est effectivement, car vous n’en connaissiez ni le sens, ni la suite : ainsi, dans les ténèbres, une route inconnue paraît ne devoir jamais finir. Cependant, j’ai pu observer, que chaque fois qu’une prière connue venait frapper votre oreille, vous l’écoutiez avec recueillement : c’est ce qui m’a suggéré l’idée de vous expliquer, autant que mes faibles lumières peuvent me le permettre, les passages de l’office éloquent et touchant de notre Église, dont vous n’avez pas eu le loisir de vous occuper autant que moi. Cependant, n’allez pas trop présumer de ce que mon peu de science pourra vous apprendre sur un sujet qui exige des connaissances théologiques que je ne possède pas. Il est même superflu de vous prévenir là-dessus, car mon insuffisance en pareille matière vous est connue. Mais cela même m’enhardit à vous parler avec confiance sur un sujet qui me tient si fort à cœur ; si je possédais une érudition plus vaste, vous m’éviteriez comme un docteur fatigant et pédantesque, tandis que vous ne vous détournerez pas d’un ami, qui vous parle d’abondance de cœur. Ce complément à votre instruction en matière spirituelle ne sera, du reste, de ma part qu’une dette acquittée pour les leçons morales que m’offrent vos bons exemples.

Ainsi j’en appelle à votre indulgence non moins qu’à votre attention. On ne saurait exiger beaucoup de celui qui s’engage à peu. Il est vrai que je viens sans être appelé : mais si, comme vous n’en doutez pas, c’est l’amitié et non la présomption qui me guide, vous recevrez mes paroles avec les mêmes sentiments qui me les dictent. Quand la lecture de ces lettres n’éclaircirait en vous qu’une seule idée confuse, quand elle vous porterait à donner un seul instant de plus à la prière, mes peines seraient grandement récompensées, surtout si à cette prière vous ajoutez quelques mots pour le salut de mon âme.