Lettres persanes/Lettre 124

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Texte établi par André Lefèvre, A. Lemerre (p. 74-75).

LETTRE CXXIV.

USBEK AU MOLLAK MÉHÉMET ALI.
Gardien des trois tombeaux.
À Com.


Que nous servent les jeûnes des immaums et les cilices des mollaks ? La main de Dieu s’est deux fois appesantie sur les enfants de la loi, le soleil s’obscurcit, et semble n’éclairer plus que leurs défaites ; leurs armées s’assemblent, et elles sont dissipées comme la poussière.

L’empire des Osmanlins est ébranlé par les deux plus grands échecs qu’il ait jamais reçus : un moufti chrétien ne le soutient qu’avec peine ; le grand vizir d’Allemagne est le fléau de Dieu, envoyé pour châtier les sectateurs d’Omar ; il porte partout la colère du ciel irrité contre leur rébellion et leur perfidie.

Esprit sacré des immaums, tu pleures nuit et jour sur les enfants du Prophète que le détestable Omar a dévoyés ; tes entrailles s’émeuvent à la vue de leurs malheurs ; tu désires leur conversion, et non pas leur perte ; tu voudrois les voir réunis sous l’étendard d’Ali par les larmes des saints ; et non pas dispersés dans les montagnes et dans les déserts par la terreur des infidèles.

De Paris, le premier de la lune de Chalval 1718.