Lettres persanes/Lettre 153

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Texte établi par André Lefèvre, A. Lemerre (p. 149).

Lettre 153

Usbek à Solim, au sérail d’Ispahan.

Je te mets le fer à la main. Je te confie ce que j’ai à présent dans le monde de plus cher, qui est ma vengeance. Entre dans ce nouvel emploi ; mais n’y porte ni cœur ni pitié. J’écris à mes femmes de t’obéir aveuglément. Dans la confusion de tant de crimes, elles tomberont devant tes regards. Il faut que je te doive mon bonheur et mon repos. Rends-moi mon sérail comme je l’ai laissé ; mais commence par l’expier. Extermine les coupables, et fais trembler ceux qui se proposaient de le devenir. Que ne peux-tu pas espérer de ton maître pour des services si signalés ? Il ne tiendra qu’à toi de te mettre au-dessus de ta condition même, et de toutes les récompenses que tu as jamais désirées.


De Paris, le 4 de la lune de Chahban 1719.