Mémoires (Saint-Simon)/Tome 6/Notes

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Texte établi par Adolphe ChéruelHachette (Tome 6p. 449-464).

I. LA GRANDE-DUCHESSE DE TOSCANE


Page 2.

La grande-duchesse de Toscane, dont parle Saint-Simon (p. 2), étoit Marguerite-Louise d’Orléans, fille de Gaston et de Marguerite de Lorraine, laquelle avoit épousé Cosme III de Médicis, grand-duc de Toscane. L’exclamation du grand écuyer, prince de la maison de Lorraine, s’explique par la longue rivalité des maisons de Bourbon et de Lorraine. On sait que les Guise étoient de cette dernière maison.

II. BARTET, SON AVENTURE AVEC LE DUC DE CANDALE, SES LETTRES À MAZARIN.


Page 120 et 121.

Saint-Simon parle (p. 120 de ce volume) de l’aventure de Bartet avec le duc de Candale, mais sans entrer dans aucun détail. Comme ses assertions ne sont pas toutes exactes, il ne sera pas inutile de faire connoître Bartet et l’aventure à laquelle Saint-Simon fait allusion. Bartet étoit Béarnois, et fils d’un paysan. Son esprit, au-dessus de sa condition, fit sa fortune : il alla à Rome, s’attacha à Casimir Vasa, qui devint roi de Pologne, et se fit nommer son résident en France [1]. Plus tard il devint un des principaux agents de Mazarin. Pendant l’exil du cardinal, il lui portoit les dépêches de la reine Anne d’Autriche et rapportoit les réponses de Mazarin. La faveur dont Bartet jouit à la cour, lorsque le cardinal eut triomphé de ses ennemis et affermi sa puissance, lui inspira une vanité qui le rendit ridicule et odieux. Il ne craignit pas d’entrer en lutte avec de grands seigneurs, et entre autres avec le duc de Caudale, fils du duc d’Épernon.

Le duc de Candale étoit un des seigneurs de cette époque les plus renommés pour sa beauté, sa magnificence et l’éclat de ses aventures. Bartet, son rival en amour, dit devant plusieurs témoins que, si l’on ôtait au duc de Candale ses grands cheveux, ses grands canons [2], ses grandes manchettes et ses grosses touffes de galants [3], il seroit moins que rien, et ne paroîtroit plus qu’un squelette et un atome [4]. Le duc de Candale, instruit de cette insolence, s’en vengea avec une audace qui peint l’époque, et montre combien les grands seigneurs se croyoient au-dessus des lois. Il envoya un de ses écuyers, à la tête de onze hommes, arrêter en plein jour la voiture de Bartet, dans la rue Saint-Thomas du Louvre. On ne lui donna pas la bastonnade, comme dit. Saint-Simon, mais pendant qu’une partie des gens du duc de Candale arrêtoient les chevaux de Bartet, et menaçoient son cocher de leurs pistolets, d’autres entrèrent dans le carrosse, et, armés de ciseaux, lui coupèrent la moitié des cheveux et de la moustache, et lui arrachèrent son rabat, ses canons et ses manchettes. Le jour même de cette aventure (28 juin 1655), Bartet envoya son frère à Mazarin avec la lettre suivante [5]  :

« Je dépêche mon frère à Votre Éminence pour lui rendre compte d’une malheureuse affaire qui m’est survenue à ce matin. Je sortois à dix heures de chez M. Ondedei [6], à qui je n’avois point parlé, parce qu’il étoit avec M. l’évêque d’Amiens, et m’en allois dans mon carrosse avec deux petits laquais derrière. À l’entrée de la rue Saint-Thomas du Louvre, du côté du quai, j’ai vu venir à moi quatorze hommes à cheval, avec quelques valets à pied, tous armés d’épées, et de pistolets, et de poignards, qui ont crié à mon cocher qu’il arrêtât. J’ai titré la tête à la portière, et ai cru d’abord qu’ils me prenoient pour un autre, ne me sachant aucune méchante affaire ; mais les ayant reconnus pour être des valets de chambre et des parents d’un conseiller de la province dont je suis [7], avec qui j’ai une querelle de famille il y a plus de dix ou douze ans, je n’ai plus douté qu’ils ne fussent là pour m’assassiner. Je leur ai donc demandé, comme ils sont venus à moi le pistolet et le poignard à la main, s’ils vouloient me tuer, et leur ai dit même qu’ils me trouvoient en fort méchante condition ; mais deux d’entre eux sont montés dans mon carrosse, et ayant tiré des ciseaux, m’ont coupé le côté droit de mes cheveux, et m’ont arraché un canon, et s’en sont allés sans ajouter aucune voie de fait à cet outrage.

« Comme mes laquais, mon cocher, un de mes amis familiers qui étoit dans mon carrosse, et moi, les avons reconnus pour être des gens de mon pays, amis, parents et serviteurs de celui avec qui j’ai cette vieille querelle dont je viens de parler à Votre Éminence, je me suis retiré chez moi, et d’abord me suis pourvu par les voies de la justice, comme plus propres à ma profession, et plus conformes même à mon naturel. Je supplie donc Votre Éminence, Monseigneur, que je demeure encore ici peut-être quinze jours, qu’il faudra que j’emploie à faire achever les informations, qui sont déjà commencées, et mettre ma poursuite en état qu’elle puisse aller son chemin par les formes de la justice en mon absence. Ainsi, je supplie encore Votre Éminence qu’il lui plaise d’ordonner à M. de Langlade qu’il serve ce commencement de mon quartier jusqu’à mon arrivée.

« Je demanderois à Votre Éminence la puissance de sa protection, si celle de la justice ordinaire ne suffisoit pas, et si je ne croyois trouver au moins autant d’amis et de considération dans Paris qu’un homme de province qui est réduit à des assassins et à un assassinat. Il ne me reste donc qu’à demander en grâce à Votre Éminence qu’elle croie que je ne puis pas rien oublier au monde, de quelque nature que puissent être, des moyens honnêtes et légitimes pour la réparation de mon honneur, et pour venger un outrage dont l’impunité me rendroit méprisable dans le monde, et bien indigne de l’honneur que j’ai d’être au roi par la libéralité de la reine et celle de Votre Éminence qui l’a produite, de celui que j’ai encore d’être ministre du roi de Pologne, et d’être cru au point que je le suis serviteur de Votre Éminence, et sous votre protection particulière en cette qualité-là.

« Je ne suis pas si embarrassé de mon affaire que je ne pense encore rendre compte à Votre Éminence des siennes dont j’ai connoissance ; mais je sais que M. Ondedei est à la source des choses et des personnes, et qu’il n’oublie rien pour les faire et les dire à Votre Éminence. Ainsi, Monseigneur, j’en demeurerai là présentement, et n’ajouterai plus rien à celte présente importunité que les protestations les plus fidèles du monde que je lui fais de vivre et de mourir,

« Monseigneur,

« De Votre Éminence,

« Le très humble, très obéissant, très fidèle

« et très obligé serviteur,

« Bartet »

Bartet ne tarda pas à connoître l’auteur véritable de cet attentat, comme le prouve la lettre qu’il écrivoit à Mazarin le 1er juillet 1655 [8]  :

« Monseigneur,

« Il m’est arrivé un bien plus grand malheur que celui dont je rendis compte à Votre Éminence, avant-hier, par mon frère, puisque c’est M. de Candale qui dit avoir commandé l’assassinat que je croyois avoir été fait en moi par ce conseiller de ma province avec qui j’ai une querelle de famille. Il faut bien, Monseigneur, que mes ennemis l’aient emporté sur son esprit d’un artifice bien terrible, et qu’ils l’aient circonvenu bien cruellement pour moi, puisqu’ils lui ont persuadé divers discours qu’ils m’attribuent avec une si injuste précipitation, qu’ils ne lui ont pas seulement laissé le temps de les examiner, de les vérifier et de les tenir pour établis dans le monde. Ç’a donc été par ses propres domestiques et par d’autres gens de mon pays que je fus assassiné avant-hier, en la manière que j’ai pris la liberté de l’écrire à Votre Éminence.

« Dans la première interprétation de mes assassins et de mon assassinat, je ne demandois point à Votre Éminence une protection particulière, parce que la qualité de l’action même, celle de mon ennemi prétendu, et la justice ordinaire, m’en donnoient une assez puissante ; mais aujourd’hui qu’un homme de la puissance, pour ainsi dire, et de la qualité de M. de Candale, se vante publiquement de m’avoir fait assassiner, je n’ai presque point de protection à espérer après celle des lois, si le roi ne m’en donne une particulière par la faveur de Votre Éminence, par laquelle Sa Majesté laisse faire la justice ordinaire de sou royaume, et comme son sujet, et comme ayant l’honneur d’être son domestique, et encore résident à sa cour d’un roi étranger, qui me couvre du droit des gens, si inviolable en toutes les cours du monde.

« M. de Caudale se plaint de trois choses présentement, dont il ne m’a jamais fait faire de plaintes par aucun homme du monde. La première, et qui est celle sur laquelle il a réglé l’assassinat commis par ses gens, est que j’ai dit, parlant de lui, que, si on lui ôtait ses canons, sa petite oie [9] et ses cheveux, il seroit comme un autre homme. Je réponds à cela qu’il n’y a homme au monde qui me le puisse maintenir, parce que la vérité est, comme devant Dieu, que je ne l’ai jamais dit. J’ajoute encore que faire assassiner les gens sur un on dit qu’on n’établit point, et dont il ne pourra jamais donner de preuve, est une manière de se faire justice à soi-même qui n’est pratiquée en aucun lieu de la terre ; et personne ne trouve que, quand la chose seroit comme il l’a bien voulu croire, il en peut être si implacablement offensé que de se résoudre à me faire assassiner en plein jour, dans Paris, par des gens reconnus à lui, à la face des lois et des magistrats, dans les rues.

« Il se plaint encore que je lui ai parlé chez M. de Nouveau [10], il y a un mois, avec irrévérence (c’est le mot dont il se sert). Cela est si vague et si général qu’il n’y a point d’irrévérence qu’on ne se puisse forger tous les jours : mais celui-là en fut un auquel, sur la définition d’un mot françois, vingt personnes de la cour, et M. de Nouveau même, qui y étoient, savent qu’on ne peut pas parler avec plus de révérence que je fis [11].

« Il ajoute que j’ai fait depuis quelque temps à Votre Éminence des discours fort désavantageux de lui ; sur quoi je n’ai rien à alléguer pour ma justification que les témoignages propres de Votre Éminence, que je ne subornerai point en ma faveur.

« Voilà, Monseigneur, les trois sujets de mon assassinat dans la propre bouche de M. de Candale, qui hier, devant tout ce qu’il y a ici de gens de qualité, fit venir dans une maison un des assassins, et lui ayant fait conter l’assassinat, il dit : C’est moi qui l’ai ordonné ; je le dis afin que tout le monde le sache, et si Bartet s’en prend à personne qu’à moi, je le ferai encore assassiner et tuer dans les rues, et s’il fait encore aucune poursuite, je le ferai assassiner et tuer.

« Votre Éminence, Monseigneur, qui sait si bien la science des rois, sait bien qu’ils ne parlent ni ne font comme M. de Candale ; et les tyrans même, qui font un usage tyrannique de l’autorité qui est légitime aux rois, n’en font point un de la qualité de M. de Candale. Je me mets donc, Monseigneur, s’il vous plaît, sous la protection du roi, par celle de Votre Éminence, et je la conjure, par tous les endroits qui lui peuvent donner quelque sensible pour la disgrâce où je me trouve, de laisser faire la justice au parlement de Paris, et que, pour avoir l’honneur d’être au roi et au roi de Pologne, et au service de Votre Éminence par l’action et le mouvement continuels de ma vie, je ne me trouve pas dans une condition moins favorable que si j’étois un homme d’une condition privée.

« Si, avec cela, Monseigneur, Votre Éminence avoit la bonté de faire considérer au roi comme le respect de sa personne est blessé en moi par l’honneur que j’ai d’être son domestique, et le respect de son autorité violé par l’assassinat commis en moi, et ensuite faire témoigner à M. de Candale qu’il faut que le cours de la justice du royaume soit libre pour moi, j’aurai l’obligation à Votre Éminence de me laisser un tribunal qui, jugeant mon honneur suivant la loi, me tirera de l’opprobre du monde, et me rétablira dans le même honneur dans lequel j’avois toujours vécu jusqu’à cette heure.

« C’est là, Monseigneur, la très humble supplication que je fais à Votre Éminence, avec une autre qui ne m’est guère moins nécessaire, qui est de boucher son esprit à l’industrie et à la malice de mes ennemis, qui, dans ce grand mouvement de ma mauvaise fortune, ne manqueront pas de faire une autre sorte d’assassinat, moins déshonorant pour moi, mais plus dangereux, pour varier les bonnes volontés de Votre Éminence en mon endroit.

« Ce sont ces bonnes volontés-là, Monseigneur, par lesquelles je puis parvenir à la protection de la justice que je suis sur le point de demander au parlement de Paris contre mes assassins, je dis les gens qui m’ont assassiné ; et comme c’est l’endroit le plus capital de ma vie, et un passage de fortune qui doit être presque regardé comme unique, parce qu’il est presque toujours le dernier de celle d’un honnête homme, je la supplie aussi de considérer ce que je devrai à sa protection, et si, vous étant obligé du recouvrement de tout mon honneur, je ne dois pas me préparer toute ma vie à l’employer pour le service de Votre Éminence.

« Les personnes qui me compatissent sincèrement, et qui m’ont promis de me donner les secours de leurs amitiés, attendent, Monseigneur, quelque mouvement favorable de Votre Éminence en mon endroit, et par la bonté qu’ils croient que vous avez naturellement pour moi, et parce que l’action est si odieuse que l’autorité, dont vous avez la conduite, en est blessée.

« Mme de Chevreuse en a parle ce matin à M. l’abbé Ondedei, de qui j’ai reçu les dernières civilités. Je crois qu’elle lui en écrira même encore ; et M. le premier président, qui condamne l’action par tous les endroits par lesquels elle est condamnable, m’a promis ce que peut promettre un homme qui est à sa place ; de sorte, Monseigneur, que, si j’obtiens de Votre Éminence ce petit mouvement de laisser faire, sans vous déplaire, le parlement de Paris, la plus grande partie des juges, que j’ai déjà vus par précaution, voient en mon affaire une fin fort honorable. Je trouverai la mienne bien glorieuse, Monseigneur, si, après m’être rendu tout mon honneur qu’on m’a ôté, je suis assez heureux pour l’employer pour votre service, qui est, comme Dieu sait, la passion la plus forte que j’aie au monde. »

Mazarin parut compatir à l’affront qu’avoit essuyé Bartet ; il lui écrivit une lettre dans laquelle il lui promit d’en tirer vengeance. Mais soit qu’il ne voulût pas mécontenter la noblesse pour une cause de si peu d’importance, soit qu’il fût lui-même blessé de la vanité de Bartet, il laissa tomber l’affaire. Les contemporains ne firent que rire de l’avanie infligée à un favori insolent. Mme de Sévigné en parle en plaisantant à Bussy-Rabutin [12], et trouve le tour très bien imaginé. D’autres firent sur l’aventure de Bartet une chanson dont voici un couplet :

Comme un autre homme
Vous étiez fait, monsieur Bartet ;
Mais, quand vous iriez chez Prudhomme [13].
De six mois vous ne seriez fait
Comme un autre homme.

Cependant Bartet n’en resta pas moins, après cette aventure tragicomique, un des confidents de Mazarin. C’est à tort que Saint-Simon dit (p. 121) que là commença son déclin, qui fut rapide et court. Quatre ans plus tard nous retrouvons encore Bartet à la cour rendant compte de toutes choses au cardinal qui négocioit la paix des Pyrénées (1659). Les lettres fort nombreuses de Bartet forment une véritable gazette de la cour de Louis XIV. Je n’en citerai qu’une, pour ne pas allonger une note déjà trop étendue. Il écrivoit à Mazarin, de Bordeaux, le 23 septembre 1659 [14] :

« J’ai déjà rendu mille grâces très humbles à Votre Éminence de l’honneur qu’elle m’a fait de nie choisir pour le voyage de Rome, et je les lui rends encore une fois avec tout le ressentiment que je dois. Je suis tout prêt, Monseigneur, pour le faire, et n’attends que les ordres de Votre Éminence pour cela.

« J’ai su tout le particulier de l’accommodement de M. le Prince, et je loue Dieu qu’il soit de manière que l’on puisse voir les confiances rétablies. Il sembloit que je l’eusse pressenti dès Fontainebleau, et si Votre Éminence s’en souvient, je me donnai l’honneur de lui écrire, dès ce temps-là, la plupart des choses là-dessus qui se sont faites aujourd’hui. L’état de ces affaires-là n’est pourtant point encore su ici de beaucoup de gens avec toutes circonstances, mais quelques-uns le savent, avec la soumission qu’il a faite au roi en la personne de Votre Éminence par M. Gaillet, de mettre à ses pieds toutes les grâces que les Espagnols ont voulu lui faire ou lui procurer. Ce sera une grande consolation à Mme de Longueville d’apprendre ces nouvelles-là, elle, Monseigneur, qui a toujours conservé, depuis son rétablissement, ce véritable esprit de rentrer dans son devoir par une entière résignation aux volontés du roi, et par une confiance pareille à l’amitié de Votre Éminence.

« J’espère qu’une si favorable et si naturelle constitution d’affaires pourra engendrer d’autres choses aussi favorables qui l’affermiront, et qu’ainsi la paix s’assurera de tous les côtés.

« Tout le monde craint ici le voyage de Toulouse [15], et encore un plus éloigné du même côté. Votre Éminence sait que, quand ces messieurs sont à leur aise en un lieu, ils n’aiment guère à en sortir que pour aller à Paris.

« Le roi témoigne assez d’impatience pour son mariage, et disoit à la reine, il y a trois jours, qu’il seroit fort ennuyé s’il le croyoit différé encore longtemps. Il est certain que son esprit paroît fort libre et assez dégagé, et il semble qu’il s’affectionne bien plus qu’il ne faisoit. Sa us doute que la cessation des commerces [16] à laquelle Votre Éminence a mis la main si utilement, l’a mis en cet état et l’y maintient, qui est assurément pour lui une situation d’un très grand repos ; car sa santé étoit visiblement altérée, et se sentoit des impressions de son esprit, comme je ne doute point que ceux qui en ont le soin ne vous en aient particulièrement informé.

« La cour grossit à cette heure si extraordinairement qu’il ne se peut rien voir de plus en un lieu si éloigné de Paris.

« M. le duc de Guise, MM. d’Harcourt, M. de Langres, MM. d’Albret et de Roquelaure, comtes de Béthune, d’Estrées, de Brancas et cinquante autres particuliers de qualité sont arrivés ici depuis peu, à trois ou quatre jours les uns des autres, et de la façon qu’ils parlent je crois que M. le commandeur de Jars se trouvera seul dans Paris de tous les gens qui vont au Louvre, tous ceux qui y sont demeurés se disposant à venir ici.

« M. le duc de Guise s’en va voir M. le duc de Lorraine à la conférence et ne demeurera ici que très peu de jours.

« Le roi va à cette heure à la comédie presque tous les soirs ; il en fit représenter une le jour de la naissance de l’infante ; il prit un habit magnifique, fit faire grand feu aux gardes françaises et suisses et à ses mousquetaires ; tout le canon de la ville fut tiré. Il y eut grand bal où il dansa. L’on fit media hoche, et il dit à la reine n’y ayant que moi et deux personnes que c’étoit le moins qu’il pouvoit faire, puisqu’il étoit le principal acteur de la comédie, pour s’expliquer dans les mêmes termes du roi d’Espagne.

« M. de Roquelaure perdit hier dix mille écus contre M. de Cauvisson au piquet. Celui-ci n’en gagna que deux mille, Mais M. de Brancas, qui parioit pour lui, en gagna six mille [17]. M. de Roquelaure n’a joué que deux fois contre M. de Cauvisson, et il a perdu quarante mille francs qu’il a pariés. Je vous écris avec cette certitude, parce que je les lui ai vu perdre. Sa chère n’en est pas moins grande, car il la fait très bonne.

« M. de Gourville est passé ici qui a dit qu’il alloit quérir M. le surintendant [18].

« M. de Langlade y est arrivé sans doute pour servir son quartier.

« M. de Vardes en est parti, il y a quatre jours, pour se rendre auprès de Votre Éminence et s’y tenir. Rien n’est égal à la manière dont il a parlé à tout le monde de ses intérêts, disant qu’il n’auroit jamais de volonté que celle de Votre Éminence, et qu’il y étoit si résigné qu’il prendroit le mal même pour bien, quand il lui viendroit de la main et du choix de Votre Éminence. Il a édifié tout le monde par sa tristesse et par sa modestie.

« M. de Bouillon est arrivé de la campagne, où il étoit allé pour chasser quinze jours.

« Il arriva ici avant-hier des comédiens françois qui étoient en Hollande ; ils ont passé à la Rochelle ; on les appelle les comédiens de Mlle Marianne [19], parce qu’elle les faisoit jouer tous les jours. Ils vinrent hier chez la reine, comme elle entroit au cercle. Elle leur fit diverses questions à ce propos et les engagea à dire qu’il n’y avoit jamais eu que Mlle Marianne qui les eût vus jouer, et que les demoiselles ses sœurs n’avoient jamais vu la comédie. Je regardai le roi, qui fit assurément là-dessus les mêmes réflexions que Votre Éminence fait dans ce moment.

« M. le duc de Noirmoutiers est ici préparé à donner l’estocade à Votre Éminence pour la survivance du Mont-Olympe. Il a envoyé M. son fils à Bayonne, pour faire le voyage de Madrid avec M. le maréchal de Grammont. Il est fort alerte sur la nature de l’accommodement de M. le Prince, un chacun étant appliqué à voir s’il est fait de manière qu’il puisse établir entre vous de la confiance et de l’amitié, et Votre Éminence sait que ces messieurs-là (j’entends ses amis) ont plus d’intérêt que les autres gens à ces affaires-là par la manière dont ils sont restés avec M. le Prince.

« Je l’ai étonné ce matin, au pied du lit du roi (car j’ai vu qu’il n’en savoit rien), quand je lui ai dit que j’étois assuré que Caillet, par ordre de M. le Prince, avoit été trouver Votre Éminence trois fois pour vous dire qu’il mettoit aux pieds du roi toutes les grâces que les Espagnols lui vouloient faire, et qu’il n’en prétendoit que de la bonté de Sa Majesté.

« Voilà, Monseigneur, l’état de ce parti. Le marquis de Villeroy a toujours la dysenterie avec un peu de fièvre ; on n’en a point mauvaise opinion ; mais M. Félix [20] m’a dit ce matin que ce qui ne seroit point dangereux en un autre l’étoit dans ce corps-là. »


III. SON AVENTURE AVEC LA REINE D’AUTRICHE.
Page 208.


Saint-Simon renvoie (p. 208 de ce volume) pour les aventures de Jarzé aux Mémoires de Mme de Motteville, qui donne en effet des détails très précis sur la folle passion qu’affecta ce personnage pour Anne d’Autriche et sur les conséquences qu’elle eut ; mais ce que Mme de Motteville ne savoit pas, et ce que nous apprennent les carnets encore inédits de Mazarin [21] c’est le rôle du cardinal dans cette affaire.

Condé, que ses victoires sur la maison d’Autriche et les services récents rendus à la cour pendant la Fronde avoient enorgueilli jusqu’à l’infatuation, traita Mazarin avec une hauteur blessante, et se rendit coupable de l’insulte la plus sensible à l’égard d’une femme et d’une reine, en prétendant imposer un amant à Anne d’Autriche (1649). Il choisit pour ce rôle Jarzé, un de ces jeunes gens que leur fatuité et leur présomption faisoient désigner sous le nom de petits-maîtres. Un pareil outrage porta le désespoir dans l’âme d’Anne d’Autriche. « Je sais, dit Mazarin dans ses carnets [22], que la reine ne dort plus, qu’elle soupire la nuit et pleure, et que tout procède du mépris où elle croit être, et que tant s’en faut qu’elle attende changement que, au contraire, elle est persuadée que cela empirera. »

Mazarin fut, dans cette situation délicate, le conseiller et le guide d’Anne d’Autriche, et en rapprochant des carnets le récit de Mme de Motteville, on voit avec quelle docilité la reine suivoit les instructions du cardinal. Mazarin a consigné dans ses carnets les conseils qu’il donna à la reine [23] : « La reine pourroit dire devant beaucoup de princesses et autres personnes : J’aurai grand tort à présent de me plaindre plus de rien, ayant un galant si bien fait que Jarzé. Je crains seulement de le perdre un de ces jours, que je ne pourrai empêcher qu’on ne le mène aux Petites-Maisons, et je n’aurai pas l’avantage que l’on dise qu’il est devenu fou pour amour de moi, parce qu’on sait qu’il y a longtemps qu’il est affligé de cette maladie. Après quoi, la première fois que Jarzé entrera dans le lieu que la reine sera, s’il a l’effronterie après ce que dessus de s’y présenter, elle lui pourroit dire en riant : Eh bien ! monsieur de Jarzé ; me trouvez-vous à votre gré ? Je ne pensai jamais avoir une si bonne fortune. Il faut que cela vous vienne de race ; car le bonhomme Lavardin [24] ’’étoit aussi galant de la reine mère [25] avec la même joie de toute la cour qu’elle témoigne à présent de votre amour. »

Mme de Motteville assista à la scène qu’avoit préparée Mazarin, et son récit prouve que la mémoire d’Anne d’Autriche fut fidèle et qu’elle prononça à peu de chose près les paroles que Mazarin lui avoit dictées : « Comme Jarzé, dit Mme de Motteville [26], savoit à peu près la disgrâce de son amie, Mme de Beauvois [27], l’état où il étoit à la cour, il crut faire voir un tour d’habile politique de paroître ne penser à rien et ne rien craindre ; mais l’heure étoit venue qu’il devoit être puni de son impudence. La reine ayant dans l’esprit de le maltraiter, aussitôt qu’elle l’aperçut ne manqua pas de l’attaquer et de lui dire avec un ton méprisant ces mêmes paroles : Vraiment, monsieur de Jarzé, vous êtes bien ridicule. On m’a dit que vous faites l’amoureux. Voyez un peu le joli galant ! Vous me faites pitié : il faudroit vous envoyer aux Petites-Maisons. Mais il est vrai qu’il ne faut pas s’étonner de votre folie, car vous tenez de race. Voulant citer en cela le maréchal de Lavardin, qui autrefois avoit été passionnément amoureux de la reine Marie de Médicis, et dont le roi son mari, Henri le Grand, se moquoit lui-même avec elle. Le pauvre Jarzé fut accablé de ce coup de foudre. Il n’osa rien dire à sa justification. Il sortit du cabinet en bégayant, mais plein de trouble, pâle et défait. Malgré sa douleur, peut-être se flattoit-il déjà de cette douce pensée que l’aventure étoit belle, que ce crime étoit honorable et qu’il n’étoit pas honteux d’en être accusé. Toute la cour fut aussitôt remplie de cet événement, et les ruelles des dames retentissoient du bruit de ces royales paroles. On fut longtemps que le nom de Jarzé s’entendoit nommer dans Paris, et les provinces en eurent bien vite leur part. Beaucoup de gens blâmèrent la reine d’avoir voulu montrer ce ressentiment, et disoient qu’elle avoit fait trop d’honneur à Jarzé d’avoir daigné se raboisser jusqu’à cette colère, et que la dignité de la couronne en avoit été blessée. Aussi peut-on dire pour réparer cette petite faute, qu’elle ne l’auroit pas faite, si elle n’y avoit été forcée par les craintes du ministre, qui, voyant Jarzé fidèle à M. le Prince, ingrat envers lui, ne pouvoit pas manquer de croire que, sous cette affectation de bouffonnerie, il y avoit quelque malignité frondeuse contre sa fortune. »

Mme de Motteville, comme on le voit, ne soupçonnoit pas à quel point Anne d’Autriche étoit dominée par son ministre, et que la scène qu’elle venoit de raconter avoit été arrangée par le cardinal jusque dans ses moindres détails. Cet exemple suffit pour montrer quel intérêt présentent les carnets de Mazarin comme document historique. Déjà un écrivain célèbre en a signalé l’importance pour l’année 1643 [28] ; mais il est à regretter qu’aucun des historiens de la Fronde n’ait tiré parti de ces carnets. C’est en effet pour cette époque qu’ils fournissent le plus de renseignements. Le cardinal y consigne jour par jour ses pensées, ses projets, ses conversations. On ne trouve dans ces notes rapides aucune des réticences qu’impose la correspondance officielle ; c’est l’épanchement du cœur, la révélation complète du génie et des faiblesses de l’homme qui tenoit dans ses mains les destinées de la France.


III. EXTRAITS DES PAPIERS DU DUC DE NOAILLES.[29]

J’ai déjà fait remarquer [30] que les papiers du duc de Noailles conservés à la bibliothèque impériale du Louvre fournissent de curieux renseignements pour contrôler les Mémoires de SaintSimon. J’ajouterai ici quelques extraits relatifs aux affaires d’Espagne, dont parle Saint-Simon.


§ I. EXTRAIT D’UNE LETTRE DE LA PRINCESSE DES URSINS À TORCY.[31]


(4 mars 1708)

Sans contester l’anecdote racontée par Saint-Simon (p. 301, 302 de ce volume) et par laquelle il explique les dispositions peu favorables de la princesse des Ursins pour le duc d’Orléans, on peut remarquer qu’avant l’arrivée de ce prince en Espagne, Mme des Ursins se plaignoit au ministre françois du rappel de Berwick et lui exprimoit ses inquiétudes. Elle lui écrivoit dès le 4 mars 1708 :

« Nous sommes ici dans l’espérance d’y voir bientôt arriver M. le duc d’Orléans. Si on veut en croire le public, nous perdons M. le maréchal de Berwick, puisqu’on prétend qu’il retourne en France et même qu’il ira commander en Dauphiné. Le roi et la reine ne sauroient s’imaginer, monsieur, qu’on leur ôte un général qu’ils avoient demandé, qui leur est très nécessaire, que les Espagnols aiment et qui a pris une parfaite connoissance de tout ce qui regarde la guerre de ce pays-ci, sans que le roi veuille bien les instruire du motif qui l’oblige à faire un pareil changement, se fiant à la bonté du roi leur grand-père, qui ne voudroit pas sans doute que les sujets du roi son petit-fils crussent qu’il en fait peu de cas.

« On n’ajoutera donc pas de foi, monsieur, à une pareille nouvelle ; mais si, par malheur, elle se trouvoit vraie, cela produiroit certainement un très mauvais effet. C’est vous dire mes sentiments bien naïvement ; mais je suis persuadée que je me fie à un ami qui n’en fera pas moins bon usage, et qui connoît que ce n’est que mon zèle pour les deux rois qui me fait sentir tout ce que je crains qui pourroit les rendre moins contents l’un de l’autre qu’ils ne doivent l’être. »

§ II. ARRIVÉE DES GALONS EN ESPAGNE.

Saint-Simon parle (p. 408 de ce volume) de l’arrivée des galions sous la conduite de Ducasse. On voit par les lettres d’Amelot, ambassadeur de France en Espagne, combien on y étoit préoccupé du sort des galions et de la nouvelle répandue que les Anglois s’en étoient emparés. L’ambassadeur écrivoit à Louis XIV le 10 septembre 1708 [32] : « Les avis du malheur qu’on prétend qui est arrivé aux galions donnent ici beaucoup d’inquiétude. La juste crainte qu’on a eue que ces avis ne se vérifient est fortifiée par tout ce qu’écrit M. Ducasse du mauvais état des galions. Ce qui rassure un peu est ce que dit le chevalier de Layet, qui a été envoyé ici par M. Ducasse, en arrivant au Port-du-Passage. Il prétend qu’avant de partir de la Havane, on a eu des lettres du général des galions du 15 et du 20 juin, et que, suivant les nouvelles de Londres et de Hollande, l’affaire doit s’être passée le 9 du même mois (nouv. st.) ; ce qui détruiroit absolument la possibilité de cet événement par les dates. La perte des galions dans les conjonctures présentes seroit une chose si terrible qu’on retardera tant qu’on pourra d’y ajouter foi sans une pleine confirmation. »

Le 17 septembre, le même ambassadeur paraissoit plus rassuré dans la lettre qu’il adressoit à Louis XIV [33] : « L’inquiétude, Sire, qu’on avoit, il y a huit jours, pour les galions, a été diminuée par des avis de Carthagène des Indes [34], du 28 juin, qui marquent qu’on y attend les galions, sans parler de combat ni de rien d’approchant. Il est venu aussi des lettres écrites de la rade de Saint-Domingue, du 7 et du 8 juillet, par des officiers embarqués sur la flottille qui s’étoit arrêtée en cet endroit. Ces lettres disent qu’il n’y avoit aucune nouveauté en ces mers-là, et que jusqu’alors le voyage de la flottille avoit été très heureux. J’ai deux lettres de ces deux dates, et dans ce sens, l’une d’un Espagnol et l’autre d’un François. Cela donne lieu de croire que, si l’aventure des galions étoit arrivée le 9 juin, comme les nouvelles de Hollande et d’Angleterre le publient, on en auroit su quelque chose un mois après à Saint-Domingue et à Puerto Rico, où la flottille avoit mouillé dans les premiers jours de juillet pour faire de l’eau. »

Enfin le roi d’Espagne, Philippe V, écrivit une lettre autographe au duc d’Orléans qui l’avoit félicité de l’arrivée des galions [35] : « Je vous remercie du compliment que vous me faites sur l’arrivée de la flotte de la Nouvelle-Espagne ; c’est un secours qui nous est venu fort à propos, et dont vous connoîtrez toute l’importance. J’ai écrit au roi mon grand-père pour savoir son sentiment sur les projets que vous m’avez communiqués pour la campagne prochaine, et je lui ai mandé que, s’il y avoit quelque apparence à pouvoir chasser entièrement l’archiduc de la Catalogne, je ne balancerois pas à croire qu’il faudroit faire tous nos efforts pour cela et laisser nos plus grandes forces de ce côté-là ; mais que, cela étant comme impossible par toutes les difficultés qui s’y rencontrent, il me paraissoit que le meilleur parti qu’on pourroit prendre, étoit d’y laisser un nombre de troupes suffisant pour empêcher les ennemis d’y pouvoir rien entreprendre, et d’agir vigoureusement contre le Portugal avec le reste de nos forces. Vous savez que le projet que vous avez formé pour ce côté-là a toujours été fort de mon goût, et je vous assure qu’il me tient encore fort à cœur. Je suis fort inquiet sur les affaires de Flandre, dont je ne sais point encore le dénouement. Dieu veuille qu’il soit bon pour nous, car il est d’une grande conséquence. »

Quant aux richesses rapportées par les galions et que Saint-Simon évalue à soixante millions (argent et denrées), d’après les bruits répandus, elles furent loin d’être aussi considérables. Amelot écrivoit à Louis XIV le 24 septembre 1708 [36] : « On continue, au Port-du-Passage, à décharger les effets de la flotte et à régler toutes les affaires qui en dépendent par les soins et sous la direction de don Pedro Navarette. On a voulu dire que cette flotte étoit riche de dix-sept, de vingt et jusqu’à trente millions d’écus ; niais ce sont des exagérations qu’on fait toujours à l’arrivée des flottes et des galions, et les gens instruits de l’état du commerce de la Nouvelle-Espagne savent bien que cela n’est pas possible. Il est certain, Sire, que cela ne passe pas dix à onze millions d’écus, y compris ce qui est venu pour le compte du roi d’Espagne ou pour le commerce des Indes et les tribunaux qui en dépendent. »


FIN DES NOTES DU SIXIÈME VOLUME

  1. Voy. dans les Mémoires de Conrart l’article intitulé Bartet secrétaire du cabinet. Voy. aussi les Mémoires de Mademoiselle à l’année 1655.
  2. Les canons étoient des ornements de toile ronds, fort larges, souvent ornés de dentelles, qu’on attachoit au-dessous du genou et qui tomboient jusqu’à la moitié de la jambe. Molière s’est moquéDe ces larges canons, où comme en des entravesOn met tous les matins ses deux jambes esclaves.
  3. Noeuds de rubans qui servoient à orner les vêtements. Voy. p. 453, la note sur le mot petite oie qui avoit la même signification.
  4. Mémoires de Conrart, article Bartet.
  5. Archives des affaires étrangères, France, t. CLIV, pièce 95 autographe.
  6. L’abbé Ondedei, parent de Mazarin, devint évêque de Fréjus.
  7. Ce conseiller du parlement de Pau auquel Bartet imputa d’abord l’attentat contre sa personne se nommoit Casaux. Voy. Mémoires de Conrart. art. Bartet.
  8. Archiv. des aff. étrangères ; France, t. CLIV, pièce 107 autographe.
  9. On appeloit ainsi les rubans, plumes, nœud de l’épée, garniture des bas, des souliers, etc. Dans les Précieuses ridicules le marquis de Mascarille dit aux Précieuses (scène X) : « Que vous semble de ma petite oie ? La trouvez-vous congruente à l’habit ? »
  10. M. de Nouveau étoit directeur des postes.
  11. Conrart, à l’article cité, parle de cette aventure dans les termes suivants : [Bartet] dit que M. de Candale étant dans une chambre avec ***, et lui ayant rencontré Mme Cornuel dans une autre, elle étoit venue au-devant de lui et lui avoit demandé s’il trouvoit que ce fût bien parler que de dire un esprit fretté ? A quoi il répondit qu’elle s’adressoit bien mal de choisir un pauvre Gascon pour juge d’une phrase française ; mais que, si elle vouloit qu’il en dît son sentiment, il trouvoit que cette façon de parler ne valoit rien ; qu’il falloit être sans jugement pour parler ainsi, et cent autres exagérations semblables, qui sont de son style ordinaire ; qu’elle avoit ajouté que M. de Candale disoit pourtant que c’étoit lui qui s’en étoit servi ; et que, sur cela, M. de Candale étant sorti de l’autre chambre, elle lui avoit crié tout haut que M. Bartet soutenoit qu’il n’avoit jamais dit un esprit fretté ; ce que Bartet lui-même confirma avec les mêmes amplifications dont il avoit déjà usé. Ce qui fâcha, à ce qu’il dit, M. de Caudale, lequel ayant eu ensuite d’autres dégoûts que j’ai touchés, il lui avoit fait jouer cette pièce à la vue de tout Paris. »
  12. Lettre du 19 juillet 1655.
  13. Baigneur célèbre de cette époque, chez lequel on trouvoit tous les raffinements du luxe.
  14. Archiv. des aff. étrang., France, t. CLXVIII, pièce 53 autographe.
  15. La cour alla en effet à Toulouse vers la fin de l’année 1659.
  16. Il s’agit des relations de Louis XIV avec Marie Mancini que le cardinal avoit reléguée à Brouage.
  17. Il faudroit huit mille pour faire le chiffre indiqué par Bartet.
  18. Nicolas Fouquet.
  19. Marie-Anne Mancini, dernière nièce du cardinal Mazarin ; elle épousa plus tard le duc de Bouillon.
  20. Premier chirurgien du roi.
  21. M3. B. I, f. Baluze. Ces carnets sont autographes, et on y trouve, surtout pour la Fronde, les renseignements les plus complets et les plus authentiques.
  22. Carnets, n° XIII, p. 79.
  23. Ibidem, p. 95.
  24. Il s’agit du maréchal de Lavardin, né en 1551, mort en 1614 ; il étoit aïeul maternel de Jarzé.
  25. Marie de Médicis.
  26. Mémoires, collect. Petitot, 2° série, t. xxxviii, p. 405, 406.
  27. Mme de Beauvois étoit première femme de chambre d’Anne d’Autriche. Mme de Motteville en parle ainsi dans ses Mémoires (collect. Petitot, ibidem, p. 400, 401) : « Mme de Beauvois, première femme de chambre de la reine, étoit amie de Jarzé, qui n’étant ni belle ni jeune, et voulant avoir des amis, avoit flatté Jarzé de cette pensée qu’elle le rendroit agréable à la reine, et lui feroit de bons offices. » L’époque de l’exil de Mme de Beauvois est marquée avec exactitude dans le Journal inédit de Dubuisson-Aubenay, gentilhomme attaché au secrétaire d’État Duplessis-Guénégaud* : Le mercredi 24 décembre (1649), les meubles de l’appartement de la dame de Beauvois, première femme de chambre de la reine, ont été enlevés du Palais-Royal et menés en la maison qu’elle a à Gentilly et où elle s’en alla dès le jour précédent avec toute sa famille, la reine lui ayant fait dire par Largentier, surnommé Legras, secrétaire de la reine, qu’elle eût à se retirer, sur le midi, comme Sa Majesté entroit en son carrosse pour aller ouïr messe aux Filles Sainte-Marie près la Bastille. Elle avoit encore le matin été coiffée par ladite dame de Beauvois. « Le même journal fixe la date de la scène faite à Jarzé par la reine et la raconte ainsi : « Le vendredi (26 décembre 1649), la reine retournant de la galerie et chapelle du roi, où elle avoit oui la messe, le marquis de Jarzé, peigné, poudré et vêtu à l’avantage, se trouve à son passage sur la terrasse, qui fait clôture à la cour intérieure et regarde sur le jardin du Palais-Royal, où il marche devant la reine, se tourne vers elle à certaines distances et pauses en l’attendant, et entré dans le grand cabinet se met en baie pour être vu de plus près d’elle à son passage, puis entre avec Sa Majesté dans la chambre du lit et plus outre dans la chambre du miroir, où la reine se coiffe ordinairement et se présente devant Sa Majesté qui lui fait signe de s’approcher d’elle et marche deux pas, puis s’arrêtant lui dit tout haut : C’est une plaisante chose que l’on dise par la ville que vous, Jarzé, soyez pion galant. Vous en êtes bien aise, je m’assure, et vous ave ; cette folie-là qui vous vient de votre grand-père. Mais vous ne prenez pas garde que cela vous fait passer pour impertinent et ridicule.  » L’auteur, qui n’avoit pas assisté à la scène, altère un peu les paroles de la reine reproduites bien plus exactement par Mme de Motteville. Bibl. Maz., ms. in-fol., H, 1765 et non 1719, comme on a imprimé par erreur, t. V, p. 438 de cette édition des Mémoires de Saint-Simon.
  28. Voy. les articles de M. Cousin dans le Journal des Savants (1854, 1855 et 1856).
  29. Voyez les articles de M. Cousin dans le Journal des Savants (1854, 1855 et 186)
  30. Bibl. impér. du Louvre, ms., F. 325.
  31. Bibl. impér. du Loure, ms. F. 325, t. XXV, p. 18 et suiv. ; copie du temps
  32. Ibid., fol. 136 et suiv. ; copie du temps.
  33. Bibl. imp. du Louvre, ibid., fol. 141 et suiv.
  34. Indes occidentales ou Amérique.
  35. Lettre du 19 septembre 1708, papiers du duc de Noailles, ibid., fol. 142 ; copie du temps.
  36. Bibliothèque impér. du Louvre, ibid., fol. 145.