Mémoires d’un paysan bas-breton/Caporal

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XII

CAPORAL


Nous retournâmes ensuite à la maison de l’Arménien pour un dîner qui fut encore meilleur que le souper de la veille, beaucoup trop bon pour moi, et qui dura trop longtemps. Moi qui avais l’habitude d’avaler mon repas en deux minutes, j’aurais eu beaucoup plus de plaisir à aller dîner avec un morceau de pain et du fromage, là-bas dans le torrent du Cédron. L’après-diner, nous allâmes voir cette fameuse mosquée d’Omar qui est, au dire des amateurs, le plus beau monument de Jérusalem, bâti, dit-on, sur l’emplacement du grand temple de Salomon. Mais nous ne pouvions entrer dans ce temple de Mahomet où n’entrent que les vrais croyants. Cela m’était bien égal, du reste, puisque je savais que les mosquées sont complètement nues à l’intérieur, l’Éternel ayant dit à Moïse dans l’Exode, le Lévitique et le Deutéronome : « Tu ne feras point d’images taillées, ni aucune ressemblance des choses qui sont là-haut dans les cieux, ni ici-bas sur la terre, ni dans les eaux, ni sous terre. » J’aurais voulu voir, cependant, le fameux rocher à travers lequel Mahomet passa, dit-on, avec sa jument blanche. Nous traversâmes le mont Sion, où se trouve encore un grand couvent. Ensuite, nous allâmes du côté de ce fameux vallon de Josaphat, où nous devons venir tous un jour.

Mon camarade en avait vu assez de Jérusalem et, ma foi, moi aussi. Nous allâmes encore boire un litre de vin dans un hôtel, en attendant le souper. Nous causâmes beaucoup le soir, avec l’Arménien et ses fils, de ce que nous avions vu à Jérusalem, et même de ce que nous n’avions pas vu. Le lendemain, nous devions partir de bonne heure pour retourner d’une seule traite jusqu’à Jaffa. L’Arménien, qui nous avait sous sa responsabilité, devait venir lui-même nous conduire jusqu’au bateau à vapeur. Cette deuxième nuit fut pour moi plus calme que la première.

Le lendemain matin, nous étions debout avant le jour : après avoir pris un copieux déjeuner et avoir rempli nos poches de souvenirs de Jérusalem, nous remontâmes dans la curieuse carriole pouvant s’atteler des deux bouts. Au soleil levant, nous étions déjà loin de Jérusalem que j’avais quittée sans regrets.

J’ai vu bien des villes célèbres depuis ; mais d’aucune je n’ai gardé d’aussi tristes souvenirs : celui qui voudrait se faire chrétien ou rester dans cette religion, il ne faut pas qu’il aille à Jérusalem avec les yeux et les oreilles ouverts. Nous arrivâmes à Jaffa juste à temps pour prendre le bateau, et, trois jours après, nous nous retrouvions, en soldats, chez notre commandant, presque un jour avant l’expiration de notre permission. Mon camarade s’était chargé de lui transmettre les compliments de l’Arménien et de lui faire le récit du voyage, en affirmant, bien entendu, qu’il avait tout trouvé très chic à Jérusalem. À Constantinople, on nous apprit qu’il était né un petit prince en France et que nous avions un quart de vin à boire à sa santé.

Nous n’avions plus rien à faire maintenant. Mon camarade et moi, nous allions nous promener quelquefois très loin dans les campagnes, derrière Constantinople. D’autres fois, nous allions sur le Bosphore voir passer les soldats français, anglais et piémontais, qui rentraient dans leurs pays.

Nous nous arrêtions pour voir les Turcs faire l’exercice : on essayait alors de les faire marcher à la manière des soldats français, en marquant la cadence et en comptant : une, deusse, troisse, quatre ; les caporaux turcs disaient : bir, iki, ütsch, dört. Un jour, nous allâmes à la belle église de Sainte-Sophie, où les Grecs chantaient autrefois les louanges du Christ, mais où les musulmans chantent aujourd’hui les louanges d’Allah et de Mahomet, et où la nudité remplace les icônes et les décors. Mais les Grecs conservent l’espoir d’y rentrer un jour : il y a une prophétie qui leur annonce ce fait et ce sera sous un sultan Mourad.

À la fin de mai, on nous prévint que les derniers soldats de Crimée venaient de passer ; notre tour allait arriver, et en effet, dans les premiers jours de juin, nous embarquâmes sur un joli transport à vapeur, qui venait d’être baptisé du nom de Prince-Impérial, et qui ramenait les débris de la grande armée d’Orient ; il y avait là de riches débris, car nous avions à bord tous les officiers supérieurs et médecins-majors de Constantinople, avec de riches fournisseurs civils. S’il y avait eu à ce bord des faiseurs de prophéties, ils n’auraient pas manqué d’en tirer de mauvais présages pour le petit prince dont le nom était écrit en grandes lettres d’or sur la poupe, car peu s’en fallut que le bateau ne restât au fond de la Méditerranée avec sa cargaison. J’ai traversé plusieurs fois la Méditerranée et deux fois l’Océan, mais jamais je n’ai été si près d’être englouti, et cela au dire de vieux marins qui se trouvaient avec nous.

Après vingt-quatre heures environ de cette danse macabre, le calme revint. On vit alors sortir des flancs du navire, où ils avaient dû passer de tristes quarts d’heure, tous ces messieurs de la finance, avec des figures plus ou moins décomposées : ils venaient remercier l’officier de la passerelle qui leur avait sauvé la vie. Une heure après, on entendait les soldats chanter sur le pont : Vers les rives de France, voguons doucement ! etc. Notre navire ayant repris sa physionomie et sa marche ordinaires filait, comme disaient les chanteurs. vers les « rivages chéris ». Un soir, enfin, nous passions près de Toulon et dans la nuit nous jetions l’ancre dans le port de Marseille, où nous débarquions le lendemain matin, 15 juin.

J’ai déjà dit que je ne citerais des dates et des noms propres que lorsque je serais certain de ne pas me tromper. Ici, je ne puis me tromper, puisque cette date figure sur mes états de service. Nous dûmes rester plusieurs jours à Marseille. Mon régiment, que je n’avais pas vu depuis le mois de novembre 1855, était alors à Montélimar, où j’arrivai dans les premiers jours de juillet. En arrivant dans ma compagnie, je ne connaissais plus personne. Tous mes camarades avaient disparu : les officiers, sous-officiers et caporaux étaient tous changés, excepté le capitaine Lamy. J’arrivai là à peu près comme autrefois à Lorient, inconnu de tout le monde et ayant tout l’air d’une nouvelle recrue ; grâce au bon temps que j’avais eu à Constantinople et à la bonne nourriture, j’avais même l’air plus jeune que quand j’arrivai à Lorient. Deux jours après, mes nouveaux camarades furent bien étonnés de me voir attacher sur ma tunique la médaille que la reine d’Angleterre avait donnée à tous les Français qui étaient arrivés en Crimée avant la prise de Sébastopol. Elle était rare, cette médaille, dans notre régiment qui avait cependant fait toute la campagne depuis le commencement jusqu’à la fin : de tous ceux qui étaient partis, il n’en restait plus guère. Ceux qui le composaient maintenant étaient presque tous arrivés en Crimée après la prise de Sébastopol ou c’étaient de jeunes recrues du dépôt.

À la fin d’août, après avoir passé l’inspection générale, ma compagnie, toujours la 2e du 3, était désignée avec la 1re pour aller occuper la petite garnison de Privas. Là, nous n’avions pas grand’chose à faire, du moins les simples soldats, mais il n’en était pas de même des sous-officiers, caporaux et élèves. Le général inspecteur avait fait de grands éloges au régiment, en lui rappelant ses belles campagnes d’Afrique et de Crimée ; mais il n’avait pas fait compliment aux officiers, sous-officiers et caporaux sur leur instruction théorique et pratique. De ce mécontentement, on peut penser que le colonel en ressentit tout le poids comme chef de corps ; aussi cette inspection générale, qui devait accorder à tout le monde un peu de repos, fut-elle pour nos sous-officiers, caporaux et élèves une grande reprise du travail, et du travail le plus pénible et le plus ennuyeux. Il n’y avait rien, en effet, qui causât plus d’ennui et de tracas à nos sous-officiers et caporaux que la théorie récitative, si ce n’était la théorie pratique sur le terrain, en présence d’officiers supérieurs. Cette chose-là m’a toujours étonné au régiment, de voir des hommes accepter des grades, des fonctions ou des emplois sans avoir les notions les plus élémentaires des droits et devoirs inhérents à ces grades et fonctions.

Nos caporaux, qui auraient dû être dans leurs chambrées comme de bons chefs d’atelier, enseignant et donnant de bons exemples d’ordre et de discipline, étaient au contraire, très souvent, les premiers à donner l’exemple du désordre et de l’indiscipline. Pourquoi ? Parce qu’ils ne savaient rien de leur métier ; ils étaient souvent punis pour ne pas savoir leur théorie et les règlements les concernant ; ils tempêtaient alors contre ces règlements, contre la discipline, contre leurs supérieurs qui voulaient les forcer à apprendre des choses impossibles, absurdes et désagréables. Ils croyaient sans doute que les galons étaient faits tout simplement pour donner plus de solde, pour glorifier et honorer ceux qui étaient appelés à les porter.

Je n’ai connu qu’un seul individu, un Corse, qui connût bien ses devoirs et ses droits de caporal et de sergent, et qui sût s’y maintenir. Celui-là était un bon père de famille, enseignant, dirigeant et corrigeant ses enfants avec connaissance, autorité et justice. Je puis citer son nom sans risquer de me tromper : il s’appelait Orticoni. Ah ! si tous les gradés, y compris les officiers, eussent connu leurs droits et leurs devoirs comme celui-là et eussent su s’y conformer, les choses auraient bien mieux marché ! Nous n’aurions pas eu tant d’hommes dans les prisons, les cachots, les compagnies de discipline et les travaux forcés, tant d’honnêtes familles plongées dans le désespoir et dans le deuil ! Mais, hélas ! nos gradés d’alors ne savaient commander qu’avec brutalité, grossièreté, colère et souvent haine ou vengeance. J’ai vu plus d’un soldat s’en aller mourir à Cayenne ou au Sénégal, ou même, ce qui était plus terrible encore, tomber sur le terrain, de douze balles françaises, — des hommes perdus pour l’armée, pour la France et pour leurs familles, des hommes qui auraient pu être de très bons, d’excellents sujets, s’ils avaient été commandés et dirigés par des chefs comme mon ami Orticoni.

Ce fut de Privas que je me hasardai d’écrire chez moi pour la première fois depuis mon départ. J’y avais déjà songé dans différentes circonstances, mais je remettais toujours la chose, voulant, avant d’écrire une lettre, pouvoir y mettre un peu de français et une écriture un tant soit peu lisible. On reçut et comprit ma lettre, mais la réponse fut bien triste : mon père était mort, et ma mère se trouvait dans une misère profonde. Je venais de toucher le décompte de ma masse individuelle, en tout dix francs que j’avais économisés en réparant mes chemises, caleçons et souliers : je m’empressai de les expédier à ma mère. Quelque temps après, je reçus une autre lettre m’annonçant qu’elle était morte. C’est bien là ce que je pensais le jour où, des hauteurs de Kergonan, j’adressais, les larmes aux yeux, mes derniers adieux à l’église et au cimetière d’Ergué-Gabéric, où ils reposent maintenant tous deux après une longue vie de travail et de misère. J’avais cependant le droit d’être aussi fier de ces parents, morts de faim après une longue vie de labeur, que ceux qui sont fiers de parents morts de pléthore, après une vie oisive et inutile, n’ayant marqué leur passage dans ce monde que, comme Lucullus et Héliogabale, par leur égoïsme et leur goinfrerie.

À Privas, je cherchais toujours les moyens de m’instruire. J’allais souvent écouter le prédicateur protestant, dont le temple était à côté de notre caserne. Ce bon ministre, me prenant pour un coreligionnaire ou un néophyte, voulut bien me faire cadeau d’une bible et des évangiles en deux petits volumes, qui pouvaient être facilement dissimulés. Je le remerciai avec effusion en promettant d’en faire bon usage. Je lisais et relisais ces deux petits volumes presque tous les jours, ne trouvant rien de mieux à lire, sinon la théorie de mon caporal, que je savais, du reste, toute par cœur mieux que lui : le malheureux ne pouvait en apprendre deux pages qu’en en oubliant deux autres. Je ne dirai pas ici les profits que j’ai tirés de ces deux petits volumes précieux et sacrés, puisque je compte écrire tout ça plus tard. Les savants assurent qu’il n’y a pas d’effet sans cause. Alors, je dois attribuer au pasteur protestant de Privas un changement dans mon existence, produit par le cadeau qu’il me fit.

En effet, un jour, j’étais étendu sur mon lit, en train de lire le passage de la mer Rouge par les Hébreux, lorsque le fourrier vint demander mon livret pour quelque petite rectification ; me voyant un livre à la main, il me dit :

— Tiens ! vous savez donc lire, vous ?

— Un peu, fourrier.

— Cependant, votre livret porte que vous ne savez ni lire ni écrire.

— J’ai appris ça depuis mon arrivée au corps.

— Chez les Turcs, alors, car ailleurs ça ne vous a pas été possible.

— Un peu partout.

Mais mon camarade de lit, qui était là et à qui je venais d’expliquer l’histoire épouvantable de Loth et de Sodome, alla plus loin que moi et beaucoup plus loin que je n’aurais voulu :

— Bien sûr que oui, dit-il, qu’il sait lire et écrire, aussi bien et mieux que le caporal, et il sait toute la théorie par cœur et bien d’autres choses encore.

— Ah ! oui ! répondit le fourrier en s’en allant, nous allons voir ça.

Le fourrier parti, ce que j’ « engueulai » mon camarade pour avoir eu la langue trop longue, lui qui pensait me faire du bien !

Le fourrier ne manqua pas de dire la chose au sergent-major, et le sergent au capitaine qui me fit appeler chez lui et, après s’être assuré des faits qu’on lui avait racontés sur moi, il voulut tout de suite me porter sur le tableau d’avancement en qualité de candidat au caporalat. J’eus beau protester de mon ignorance de la langue française, de mon écriture défectueuse, de ma jeunesse, de mon inexpérience : tout fut inutile. Il fit faire immédiatement un état supplémentaire d’élèves-caporaux qu’il expédia au colonel après y avoir ajouté de sa main des notes particulières me concernant. Je me consolai en pensant que j’aurais le temps de me fortifier et de réfléchir avant que mon tour arrivât, car on n’avançait pas vite dans ce temps-là. Les officiers sortaient presque tous de Saint-Cyr : donc pas de places pour les sous-officiers, excepté quelquefois en temps de guerre et pour action d’éclat. Les sous-officiers eux-mêmes, presque tous des gens sans fortune et sans avenir, une fois attrapé ce grade, qui était pour eux une véritable position sociale, y restaient jusqu’à leur retraite : donc pas de places pour les caporaux. Les caporaux à leur tour, après sept ans de service et plusieurs années de grade, rengageaient dans l’espoir de passer sous-officiers : donc pas de places pour les élèves-caporaux, lesquels souffraient souvent pendant plusieurs années les mêmes ennuis et les mêmes désagréments que les caporaux sans en toucher la solde.

Je comptais donc avoir le temps de m’initier dans « l’art de gouverner une tribu » ou escouade ; quelle ne fut pas ma surprise et l’étonnement de toute la compagnie lorsque le sergent vint, quatre jours après mon entretien avec le capitaine, m’annoncer que j’étais nommé caporal à la 6e compagnie du 2e bataillon à Montélimar !

— Voici des galons, dit-il, faites-les coudre tout de suite et allez chez le capitaine, qui vous demande.

À cette annonce, tout le monde dans ma chambrée était resté « bleu », les élèves caporaux plus que les autres, et moi plus que tout le monde. Le capitaine seul ne fut pas surpris ; il me dit, quand j’arrivai chez lui avec mes galons :

— Je savais bien que vous n’auriez pas attendu longtemps. Voici dix francs pour arroser vos galons, car je sais que vous n’êtes pas riche et que vous avez envoyé, il y a quelques jours seulement, toutes vos économies à votre vieille mère.

À ces mots, des larmes me vinrent aux yeux, et, en prenant machinalement les dix francs, je ne pus que balbutier quelques mots de remerciement inintelligibles : le capitaine me serra la main et je sortis en pleurant, comme un enfant qui vient de faire ses adieux suprêmes à une mère adorée.

Le lendemain matin, j’étais de bonne heure, sac au dos, sur la route de Montélimar. J’avais deux jours pour m’y rendre. Tout le long de la route, je repassai ma théorie et les devoirs du caporal, de peur de me tromper lorsque je serais appelé à les réciter devant l’adjudant de mon bataillon, car ce serait là, sans doute, les premières choses sur lesquelles on m’attaquerait en arrivant. Cela ne manqua pas. Le bruit avait couru tout le régiment qu’un certain Déguignet, qui n’était même pas élève-caporal, venait d’être nommé presque de force, grâce à ses connaissances théoriques.

Le lendemain de mon arrivée, quoique ce ne fût pas jour de théorie, l’adjudant me fit appeler. Il me questionna sur tous les points de la théorie et sur les devoirs du caporal, en France comme en campagne ; je répondis à toutes ses questions. Il me dit alors qu’on ne l’avait pas trompé sur mon compte et que, désormais, je pouvais m’abstenir d’aller à la théorie récitative, sauf lorsque je serais particulièrement appelé. Me voilà donc, dès le premier jour, débarrassé du plus grand ennui et du plus grand embarras des caporaux. C’était beaucoup. Bien des collègues auraient payé cher pour en arriver là. Cependant, je trouvai qu’il m’en restait encore assez à faire.

Le premier dimanche de mon arrivée dans ma nouvelle compagnie, je vois presque tous les caporaux punis, quelques-uns, il est vrai, pour leur théorie ; mais il y en avait aussi pour manque de surveillance dans leur escouade, un autre pour son service de semaine. C’était surtout cette fameuse « semaine », le cauchemar de tous les gradés, qui me trottait alors dans la tête : il était rare, en ce temps, qu’un caporal se retirât de sa semaine sans punitions, souvent plus de jours de punitions que de jours dans la semaine, car un caporal de semaine était alors le chien courant de tout le monde : souvent on l’appelait en deux endroits à la fois, sinon en trois. Pendant que vous étiez retenu par le sergent de garde de la police pour les hommes de corvée du quartier, le vaguemestre vous portait quatre jours de consigne pour avoir manqué à la distribution des lettres et vice versa. Je fus assez heureux, cependant, dans ma première semaine ; je m’en tirai sans punition. Dans mon escouade, j’avais affaire à de vieux soldats qui connaissaient à peu près leur métier.