Mémoires d’une ex-palladiste parfaite, initiée, indépendante/20/Ma Manifestation Publique

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Ma Manifestation Publique.


Pour le choix de la ville où j’ai résolu de donner ma première conférence, j’ai hésité tout d’abord entre Londres et Bruxelles ; finalement, j’ai choisi Paris, en cédant à diverses sollicitations. Je dois dire pourquoi je penchais davantage pour les deux premières villes.

Voici la base de mon raisonnement : pour que ma manifestation publique m’assure par elle-même la sécurité, il faut qu’elle soit éclatante autant que possible ; courir le risque que ma première conférence passe inaperçue serait donc commettre la plus grosse des imprudences.

Il est certain qu’en me produisant en premier lieu à Bruxelles, en sommant par voie d’affiches le F▽ Goblet d’Alviella de comparaitre, en montrant en projections lumineuses des documents palladiques émanant de lui que je possède, un tel éclat aurait aussitôt un retentissement considérable. Voilà pourquoi Bruxelles me plaisait.

D’autre part, j’ai eu à envisager les divers points de vue auxquels se placera la presse pour intéresser le public à ma manifestation. Or, dans le monde entier, c’est la presse de langue anglaise qui domine dans une énorme proportion. Le globe compte environ 50.000 journaux dont 19.765 aux États-Unis[1] ; le Royaume Britannique, non compris ses colonies, vient ensuite avec 8,000 journaux en chiffre rond ; ajoutez 813 journaux d’Australie et 865 au Canada. La statistique de la Ligue Internationale de la Presse, dont le siège central est à New-York et qui a tenu son dernier congrès annuel à Buffalo (23-24 juin 1896), ne donne pas le détail des journaux aux colonies anglaises d’Asie, si importantes ; la ligue a publié des chiffres ronds : 2.000 journaux au Japon, et 1.000 pour le reste de l’Asie. L’Allemagne vient, dans le monde, en troisième rang, avec 6.058 journaux ; la France, seulement en quatrième rang, avec 4.535. On parle ici exclusivement des journaux s’occupant de politique, de religion, de nouvelles, et non des feuilles spéciales d’industrie, métallurgie, photographie, mines, etc., ou consacrées uniquement aux annonces ; la statistique de la Ligue ne porte que sur les « newspapers ». L’Italie et l’Autriche-Hongrie ont, chacune, moins de journaux que le Japon ! Si l’on fait la part des journaux des États-Unis et du Canada qui sont publiés autrement qu’en anglais, on trouve encore près de 29.400 journaux de langue anglaise, sur les 50.000 du globe. Voilà pourquoi, au point de vue de la certitude d’une publicité immédiate, j’inclinais pour Londres, où les relations de presse avec les États-Unis facilitaient la réussite de mon plan.

On m’a fait valoir, cependant, que c’est en France que sont les plus chauds partisans de ma cause. Je me suis donc arrêtée au choix de Paris, et j’ai fixé la date à une époque me permettant d’envoyer les cartes d’entrée dans toute l’Europe et aux États-Unis. En effet, les cartes de presse portent cette mention : « MM. les directeurs de journaux qui recevront une de ces cartes sont priés de la transmettre à leur correspondant parisien ou à toute autre personne habitant Paris et pouvant représenter en cette occasion leur journal. »

On m’a écrit : « Pourquoi pas à Rome d’abord ? » L’ami qui m’a adressé cette observation oublie que depuis quelque temps la situation s’est gravement modifiée par l’influence prépondérante prise par M. Pacelli, dont j’ai à combattre les manœuvres autant que celles de la secte ; il oublie aussi qu’en Italie la presse est nettement tranchée en deux camps. Or, ma manifestation publique sera certainement aussi désagréable à mes adversaires de l’Union antimaçonnique de Rome qu’au Grand Orient et au Suprême Conseil de Nathan et de Lemmi. Pour induire mes amis et moi-même en erreur, pour nous faire croire à la compétence et à l’impartialité de la feue Commission romaine, on fit publier une fausse liste des membres qui censément la composaient, liste comprenant notamment le R. P. Franco, de la Civiltà Cattolica, et le savant professeur Don Vincenzo Longo ; ce qui fut un mensonge imaginé par M. Pacelli, se servant de la complicité de l’Univers. M. le chanoine Mustel l’a dit très justement : « Si l’Italie est la patrie de Mazzini, elle est aussi celle de Machiavel. » Aujourd’hui, on est tout à fait édifié sur le parti pris que les Pacelli et consorts avaient de faire échouer l’enquête, eux qui n’ont même pas nommé aux États-Unis un délégué pour prendre des informations parmi les protestants du Kentucky ! et, depuis le Congrès de Trente, ils auraient eu le temps ! J’ai donc lieu de me méfier de ces messieurs-là. Ma conviction est que, si je faisais ma première manifestation à Rome, le clan Pacelli me poserait des conditions, c’est-à-dire : « Vous allez vous engager à ne faire la lumière que sur la secte maçonnique et à ne pas ouvrir la bouche à notre sujet ; ou sinon, nous donnons le mot d’ordre à tous les journaux catholiques italiens, afin qu’aucune mention ne soit faite par eux de votre conférence. » On me laisserait bien venir, et l’on me dirait cela la veille. Et, comme je ne plierais pas, ma manifestation serait ainsi un coup d’épée dans l’eau : silence de la presse catholique, d’une part ; silence des sectaires, d’autre part ; silence complet, et moi, ayant quitté ma retraite, exposée à passer pour mythe plus que jamais, ou pour aventurière ! Il est donc sage, dans cette situation nouvelle, que je ne me rende à Rome que précédée des résultats de quinze ou vingt conférences en d’autres pays ; et en des pays où existe avec prospérité la presse d’entre les deux camps. Alors, ils seront vains, les mots d’ordre du signor Pacelli ! peu importerait même qu’ils fussent obéis, puisque ma manifestation serait faite !…

Non, l’Italie n’est pas le pays favorable à la proclamation de la toute-vérité. Je viens de lire, dans l’Eco d’Italia, de Gênes, que ma manifestation, telle qu’elle s’accomplira, est dès à présent désapprouvée et traitée de « charlatanisme » par des journaux catholiques de la péninsule. Cependant, n’est ce pas l’Italia Reale, la feuille turinoise dont M. Pacelli est le correspondant romain, qui m’adjurait de me montrer, de paraître aux côtés de M. Léo Taxil ?… Mais, quand on imprimait ces sommations, on pensait que je ne me résoudrais jamais à paraître en public !…

Voici donc la première partie de mon itinéraire :


Lundi 19 avril (lundi de Pâques). — Paris : conférence, le soir.

Mardi 20. — Voyage de Paris à Avranches ; arrivée, l’après-midi ; réception d’ecclésiastiques seuls.

Mercredi 21. — Mont Saint-Michel.

Jeudi 22. — Avranches : repos ; aucune réception.

Vendredi 23. — Voyage d’Avranches à Cherbourg ; arrivée à 5 h. de l’après-midi ; conférence, le soir.

Samedi 24. — Retour de Cherbourg à Paris, par train de jour ; arrivée à 5 h. ; repos ; aucune réception.

Dimanche 25. — Visite à un sanctuaire (à la première heure) ; départ à 8 h. du matin pour Rotterdam ; arrivée à 5 h. de l’après-midi ; aucune réception.

Lundi 26. — Rotterdam : réceptions particulières, l’après-midi. de 2 h. à 4 h. ; conférence, le soir.

Mardi 27. — Voyage de Rotterdam à Londres. Selon l’utilité des réceptions, départ soit à 6 h. du soir par le vapeur quotidien d’Harwich, soit à midi par le service spécial direct du mardi.

Mercredi 28. — Londres : repos complet ; aucune réception.

Jeudi 29. — Londres : visites ; départ pour Édimbourg par train de nuit.

Vendredi 30. — Édimbourg : repos dans la journée ; aucune réception ; conférence, le soir.

Samedi 1er mai. — Édimbourg : réceptions, le matin (de 8 h. à 9 h.) ; retour à Londres par train de jour ; aucune réception à l’arrivée.

Dimanche 2. — Londres : Sainte-Marie-des-Anges (le matin) ; repos, le reste de la journée.

Lundi 3. — Londres : réceptions, le matin (de 8 h. à 10 h.) ; retour à Paris par service de jour, Douvres-Calais ; arrivée à Paris, à 7 h. du soir ; aucune réception.

Mardi 4 et mercredi 5. — Paris : réception ouverte, à l'hôtel, le matin (de 8 h. à 10 h.) et l’après-midi (de 2 h. à 4 h.).

Jeudi 6. — Paris : réceptions particulières, le matin seulement, de 8 h. à 11 h. ; l'après-midi, repos ; conférence, le soir.

Vendredi 7 et samedi 8. — Paris : comme le 4 et le 5.

Dimanche 9. — Montmartre, le matin. Voyage de Paris à Rouen ; arrivée à 3 h. de l'après-midi ; conférence, le soir.

Lundi 10. — Rouen : repos dans la matinée, aucune réception ; l’après-midi, réceptions particulières (de 1. h. 1/2 à 3 h. 1/2) ; départ pour Lille à 5 h. du soir ; arrivée dans la soirée.

Mardi 11. — Lille : repos complet ; aucune réception de toute la journée.

Mercredi 12. — Lille : réceptions dans la matinée seulement (de 8 h. à 11 h.) ; conférence, le soir.

Jeudi 13. — Lille : repos le matin, aucune réception. Départ pour Bruxelles par le train, de l’après-midi ; arrivée à 6 h. 1/2 du soir. Voyage avec une famille amie.

Vendredi 14. — Bruxelles : repos complet ; aucune réception de toute la journée.

Samedi 15. — Bruxelles : réception le matin seulement (de 8 h. à 10 h.), conférence, le soir.

Dimanche 16. — Bruxelles : Sainte-Gudule. Départ gour Reims, à 5 h. 1/2 de l'après-midi. Arrêt à Saint-Quentin.

Lundi 17. — Saint-Quentin : repos, aucune réception ; départ à 11 h. du matin ; arrivée à Reims à 2 h. de l'après-midi ; visites.

Mardi 18. — Reims : réceptions particulières dans la matinée seulement (de 9 h. à 11 h.) ; repos, l'après-midi ; conférence, le soir.

Mercredi 19. — Reims : repos le matin, aucune réception ; l’après-midi, réception ouverte (de 2 h. à 5 h.).

Jeudi 20. — Voyage de Reims à Nancy, par train du matin. Nancy : repos l'après-midi, aucune réception ; conférence, le soir.

Vendredi 21. - Nancy réceptions dans la matinée (de 8 h. 1/2 à 10 h.) ; départ pour Tours, à midi 1/2. Arrêt à Paris, pour repos.

Samedi 22. — Voyage de Paris à Tours ; arrivée à 1 h. de l'après-midi ; repos, aucune réception.

Dimanche 23. — Tours : Sainte-Face ; réceptions particulières (de midi 1/2 à 2 h.); conférence, le soir.

Lundi 24. — Tours : réceptions le matin (de 9 h. à 10 h. 1/2) ; départ pour Bordeaux à midi 1/2 ; arrivée à 6 h. du soir.

Mardi 25. — Bordeaux repos complet dans la journée, aucune réception ; conférence, le soir.

Mercredi 26. — Bordeaux : aucune réception le matin ; l’après-midi, réceptions particulières (dé 1. à 2 h. 1/2), réception ouverte (de 2 h. 1/2 à 4 h. 1/2).

Jeudi 27. — Voyage de Bordeaux à Montpellier, par train de jour ; arrivée à 7 h. du soir.

Vendredi 28. — Montpellier : réceptions dans la matinée seulement (de 8 h. à 11 h.) ; conférence, te soir.

Samedi 29. — Voyage de Montpellier à Marseille : arrivée 3 h. de l’après-midi. Marseille : réceptions particulières, à t’hôtel (de 4 h. à 6 h.).

Dimanche 30. — Marseille : Notre-Dame de la Garde ; repos, le reste de la journée, aucune réception ; conférence, le soir.

Lundi 31. — Marseille : repos complet, aucune réception.

Mardi 1er juin. — Marseille : réceptions particulières, le matin (de 8 h. à 10 h.) ; réception ouverte, l’après-midi (de 4 h. à 6 h.).

Mercredi 2. — Départ le matin (9 h.) pour Lyon ; arrivée à 2 h. 1/2 de l’après-midi ; aucune réception ; conférence, le soir.

Jeudi 3. — Lyon : Notre-Dame de Fourvières ; l’après-midi, réception (de 2 h. à 5h.).

Vendredi 4. — Voyage de Lyon à Grenoble ; arrivée à 1 h. de l’après-midi ; visites.

Samedi 5. — Grenoble : réceptions dans la matinée seulement (de 9 h. à 11 h.) ; conférence, le soir.

Dimanche 6. — Notre-Dame de la Salette.

Lundi 7. — Grenoble : repos le matin, aucune réception. Départ à midi pour l’Italie ; arrivée à Chambéry à 2 h. 1/2 ; repos, aucune réception.

Mardi 8. — Voyage de Chambéry à Turin ; arrivée à 2 h. 1/2 de l’après-midi ; repos, aucune réception.

Mercredi 9. — Turin : le matin, visites ; l’après-midi, repos, aucune réception conférence, le soir;

Jeudi 10. — Turin : repos dans ta matinée, aucune réception ; l’après-midi, réceptions particulières (de midi à 2 h.), réception ouverte (de 2 h. à 5 h.).

Vendredi 11. — Turin : le matin, réceptions particulières (de 8 h. à 10 h.). Voyage de Turin à Gênes, par train de l’après-midi ; arrivée à 6 h. 1/2, aucune réception.

Samedi 12. — Gênes : repos complet, aucune réception de toute ta journée ; conférence, le soir.

Dimanche 13. — Gênes : Santa-Maria-in-Carignano ; aucune réception de toute la journée ; visites, l’après-midi.

Lundi 14 — Gènes : réceptions particulières, le matin (de 8 h. à 10 h.) ; réception ouverte, l’après-midi (de 3 h. a 5 h.) ; départ pour Rome par le train de nuit.

Mardi 12. — Rome : arrivée à 10 h. 1/2 du matin.

En cas de fatigue survenant pendant ces voyages, telle ou telle conférence pourra être supprimée ; mais, l’itinéraire ne sera pas modifié pour cela. Quant aux conférences qui auraient été ainsi supprimées, elles seraient données dans le courant du mois de juillet, à mon retour d’Italie.

En effet, je ne resterai en Italie que vingt-deux jours, y compris le mercredi 9 juin. Mon séjour à Rome sera donc relativement court ; j’en partirai pour visiter les deux sanctuaires de Lorette et de Campo-Cavallo, voisins l’un de l’autre, et mon voyage de rentrée en France ne sera pas public, en compagnie d’une famille amie à qui j’ai promis de faire avec elle le pèlerinage de Lourdes (commencement juillet). Mon retour à Paris est fixé au jeudi 8 juillet.

Du 8 juillet au 17 août, je serai établie à demeure aux environs de Paris ; là, je recevrai tous les jours, l’après-midi, sauf le dimanche, ne m’absentant qu’exceptionnellement pour aller faire en province les deux ou trois conférences qui auraient pu être supprimées lors du premier itinéraire. Encore j’espère bien qu’il n’en sera pas ainsi et que le bon Dieu soutiendra mes forces pendant mes voyages de mai. Dans ce but, je demande à tous mes amis leurs ferventes prières.

Vers le 17 août, aura lieu mon départ d’Europe, et les mois de septembre et octobre seront entièrement consacrés aux conférences des États-Unis et du Canada. L’itinéraire en sera publié en temps utile. Néanmoins, je puis annoncer dès à présent une conférence à Louisville ; cette conférence sera contradictoire. En effet, mes ex-Frères et ex-Sœurs du Kentucky m’ont gardé leur amitié ; les Triangles de Louisville et un grand nombre de la région ont maintenu la doctrine luciférienne dite orthodoxe. Mes anciens amis ont donc consenti à discuter publiquement avec moi à Louisville au sujet de ma conversion, et cette discussion sera certainement dans les termes d’une parfaite cordialité. On avait pensé, d’abord, à un Frère du Triangle les Onze-Sept pour prendre la parole au nom des Palladistes américains ; mais, d’après la dernière lettre que j’ai reçue ; le choix s’est arrêté sur un Frère de New-York, afin que la personnalité de l’orateur demeure inconnue pour l’auditoire. J’accepte volontiers cette solution. Les Palladistes sont d’infortunés aveugles ; ce sont leurs doctrines que j’ai à cœur de combattre, non leurs personnes. J’ai grand espoir, avec l’aide de Dieu, dans les résultats de cette conférence.

J’adresse une proposition semblable aux Palladistes français. Pourquoi ne donneraient-il pas mandat à l’un d’entre eux de dire, avec courtoisie, sans invectives contre la religion catholique, ce qu’ils jugent être la raison de leur croyance ? Si quelqu’un parmi eux se décide, je lui engage ma parole de ne pas révéler son nom ; il pourra exposer son opinion sous son nom palladique, et je lui répondrai. On pourrait réserver la conférence du 6 mai pour ce débat.

Quant à me conférence du 19 avril, elle est principalement réservée à la presse ; son but est, avant tout, la manifestation publique de la vérité en ce qui me concerne, avec lumière aussi sur les manœuvres de ceux qui m’ont combattue, aussi bien les catholiques que les sectaires.

La conférence de Rotterdam sera consacrée exclusivement au Palladisme et à mes faits personnels, sans allusion aux attaques contre moi, puisqu’en Hollande j’ai été assez ménagée. Il n’en sera pas de même à Edimbourg : là, je ne peux pas rester sous le coup du démenti de Mgr Ange Macdonald ; ma conférence sera donc une défense à la fois contre Robert Brown et les Rose-Croix d’Écosse et contre la lettre de l’Archevêque.

Pour les conférences françaises, — sauf celle du 9 avril, — mon intention est de négliger les attaques qui m’ont été prodiguées jusqu’en ces derniers temps par un grand nombre de journaux catholiques. Cependant, si de nouvelles attaques se produisent, je ne pourrai m’empêcher d’y répondre et de batailler avec toute mon énergie.

C’est pourquoi il importe qu’il n’y ait aucune équivoque à cet égard.

Je laisse aux antimaçons de Cherbourg, Royen, Lille, Reims, Nancy, Tours, Bordeaux, Montpellier, Marseille, Lyon et Grenoble, le soin du choix d’un local catholique pour mes conférences dans ces villes. Les comités locaux qui existent déjà ou qui se formeront pour la circonstance sont invités à prendre de préférence le local d’un patronage ou d’un cercle catholique ; je serai à leur disposition au jour indiqué dans l’itinéraire ci-dessus, excepté en cas de trop grande fatigue. Je tiens à ce que partout les entrées soient gratuites ; il est bien entendu qu’à cause des réceptions avant ou après ma conférence mes préférences sont pour le logement à l’hôtel, tous les frais de voyage et de séjour étant à ma charge. Mais voici le point important sur lequel jette veux aucun malentendu : en cas de nouvelles attaques émanant d’organes quelconques de la presse catholique après le 19 avril, j’entends être libre de toutes mes ripostes ; si alors un comité, ayant fait choix d’un local catholique, prétendait m’imposer de faire ma conférence purement et simplement antimaçonnique, je me réserve le droit de ne pas me rendre dans le local choisi, de donner dans une salle neutre ma conférence absolument indépendante, et de distribuer moi-même mes cartes d’entrée.

Espérons que je n’aurai pas à en venir là ; je dois néanmoins tout prévoir. Déjà l’Univers insinue que je ne suis qu’une « tireuse de cartes » enrôlée pour la circonstance. M. Eugène Veuillot a écrit (11 mars): « Des impudents pourront trouver et produire en public une gaillarde qui aura ou prendra le nom de Diana Vaughan. » Je hausse les épaules et ne puis que rire du grand architecte de l’Univers, perdant à ce point la… boule. Après le 19 avril, si je suis traitée d’aventurière, je n’en aurai nulle émotion ; mais il faut bien admettre que je n’ai pas à respecter qui ne me respecte pas.

D. V.




Cet article était déjà composé, lorsque j’ai reçu une lettre de Rotterdam, proposant la salle du Patronage Saint-Joseph, d’une contenance de 1.200 personnes, et conseillant de fixer un prix d’entrée plutôt élevé que faible. L’ami, mon correspondant, dit que cette salle même ne suffira pas, attendu que déjà l’on se propose de venir de tous les points de la Hollande, et qu’avec le prix des entrées il y aurait sans doute un reliquat qui pourrait être employé à quelque œuvre antimaçonnique. Par là, je vois que mes intentions sont mal comprises.

Le désir de mes amis, à Rotterdam et ailleurs, est de me faire faire un voyage triomphal ; je m’y refuse absolument, car une satisfaction de vanité n’est pas mon but, oh non ! Ce que je veux, est que ma manifestation publique terminée en octobre ou novembre, les adversaires ne puissent pas prétendre qu’il a été impossible aux hommes de foi et de science de m’approcher, de me voir et m’entendre, de s’entretenir avec moi, d’examiner les documents que je possède, et qu’on a assisté à une vraie farce, que des barnums ont promené à grand orchestre la première aventurière venue, ayant bien soin de ne l’exhiber qu’à la foule ignorante des badauds. Je refuse aussi de m’exposer à ce que ma manifestation publique soit traitée d’entreprise à bénéfices quelconques :mes amis auraient beau en verser le produit à des œuvres de propagande ou d’action antimaçonnique, les Veuillot et les Roussel hurleraient quand même à la spéculation ; avez-vous donc déjà oublié la mauvaise foi de ces gens-là en ce qui, concerne le produit de mes droits d’auteur sur mes écrits ?…

Mes conférences en grande salle ne sont nécessaires qu’à Paris, à Édimbourg, à Rome, à New-York et à Louisville. Partout ailleurs, modestes petites salles, et distribution des lettres d’invitation aux seuls personnages dont le témoignage catholique pourra faire autorité, et envoi de dix ou douze invitations aux francs-maçons les plus notables de la région, afin de ne donner à la secte aucun prétexte de négation. Pas de frais de locaux, d’autant plus que je n’ai pas la voix très forte et que je serais obligée de m’arrêter au bout de quatre ou cinq conférences, si j’avais à parler devant de nombreux auditoires. Entrées gratuites partout. Les frais seront donc partout insignifiants, puisqu’ils se réduiront à l’impression d’une centaine de lettres d’invitation en chaque ville.

Que mes amis m’en croient : c’est ainsi qu’il faut que nous procédions. Avec des auditoires d’élite la lumière n’en sera que plus éclatante, et la mauvaise foi la bande Pacelli ne pourra crier au charlatanisme.




Tout spécialement je remercie les amis connus et inconnus qui ont prié pour moi en ces derniers jours. Je dois à leurs bonnes prières d’avoir échappé à un péril dont je frémis encore. Je ne puis dire ce dont il s’agit. Toutefois, que mes amis ne croient pas que ce danger se rapporte ni à ma santé ni à la découverte de ma retraite. Le malheur que Dieu, dans son infinie bonté, a écarté de moi, n’est pas dans l’ordre des choses matérielles. Merci encore, et que le secours des prières me soit continué plus que jamais.

D. V.
  1. L’État de New-York, à lui seul, a 1.950 journaux ; l’Illinois, 1.571 ; la Pennsylvanie, 1.422 ; l’Ohio, 1.144 ; l’Iowa, 1.034 ; le Missouri, 961 ; l’Indiana, 819 ; le Michigan, 762 ; le Texas, 698 ; le Kansas, 696 ; la Californie, 674 ; le Massachusetts, 627, etc.