Mémoires de John Tanner/Appendice/01

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Traduction par Ernest de Blosseville.
Arthus Bertrand (2p. 343-351).


CHAPITRE I.


DES FETES INDIENNES.


Fête de la médecine. — Des songes. — De l’imposition des noms. — De la guerre. — La grande fête. — Fête du Wawbeno. — Des morts. — De la médecine de chasse. — Des premiers fruits.


Chez les Indiens celui qui donne beaucoup de fêtes, ou qui, dans la langue de leurs chansons, fait continuellement promener le peuple, passe pour un grand homme ; aussi, dans les temps où le gibier abonde, les fêtes sont-elles multipliées. Lorsque les blancs n’avaient pas introduit encore parmi eux l’usage des boissons enivrantes, il est probable que leur réunion pour ces fêtes était leur principale distraction dans les intervalles de paix et de repos. Ils ont plusieurs sortes de fêtes.

1°. Le Metai-we-koon-de-win, la fête de la médecine, dont la célébration fait partie de leur grande cérémonie religieuse, le Metai ; elle est sous la direction de quelques vieillards nommés les chefs du Metai, et les initiés seuls y sont admis.

Les conviés sont invités par un me-zhin-no-way, ou agent du chef, qui remet à chacun d’eux un petit bâton. Dans le Sud, on se sert de petits fragmens de canne ; dans le Nord, on les remplace quelquefois par des plumes, qui sont teintes et conservées à cet effet. Aucun message verbal n’accompagne cet envoi.

Il serait trop long d’énumérer ici les nombreuses mesures préparatoires et les diverses particularités de cette cérémonie. Une narration circonstanciée de la fête du Metai chez les Menomonies a été communiquée, en 1827, par l’auteur de cette notice à la société historique de New-York.

Des chiens sont toujours sacrifiés pour cette fête ; ces animaux, étant les plus intelligens et les plus utiles aux hommes, passent pour devoir être plus agréables aux divinités des Indiens. Ils croient que la nourriture mangée par eux, dans cette fête et dans quelques autres, monte sous une forme invisible à leurs yeux jusqu’au Grand Esprit.

Outre les chansons chantées dans ces fêtes, ils entendent de nombreuses exhortations des vieillards. Au milieu d’une foule d’allusions inintelligibles et de parades ridicules, ces discours renferment quelques préceptes de morale mêlés à leurs traditions sur Na-na-bush et sur d’autres personnages de leur mythologie. Tous les auditeurs qui ne sont pas ivres paraissent plongés dans la plus profonde attention. Chaque fois que l’orateur prononce à voix basse le nom du Grand Esprit, l’auditoire répond par l’interjection Kwa-ho-ho-ho-ho-ho, dont la première syllabe doit être prononcée d’une voix sourde et lente, et chacune des autres de plus en plus bas, jusqu’à ce que le son cesse de vibrer.

Ils disent que l’orateur touche le Grand Esprit, quand il prononce son nom, et l’effet produit sur l’auditoire peut se comparer au son d’une corde tendue qui va toujours en s’affaiblissant jusqu’à ce qu’elle soit rentrée dans l’immobilité. Cette interjection toute particulière est usitée aussi par les Ottawwaws lorsqu’ils frappent de leurs peaux de médecine ceux qui veulent se faire initier.

On a discuté souvent jusqu’à ce jour s’il existe ou non un sacerdoce chez les Indiens. Un rapide examen suffit à démontrer que les hommes à médecine sont une séquelle de rusés imposteurs qui vivent en grande partie de la crédulité publique en vendant des médecines ou charmes pour assurer des succès à la chasse, pour séduire les femmes, et pour tout autre projet. Lorsque l’un d’eux a été assez heureux pour prendre de l’ascendant sur les esprits superstitieux et crédules des Indiens, il est reconnu pour prophète et prétend avoir des relations avec des êtres supérieurs et invisibles.

2°. Wain-je-tah-we-koon-de-win. — Fête destinée à obtenir des songes. — Les fêtes de cette espèce peuvent avoir lieu en tout temps, et il n’est pas de conditions particulières requises de celui qui traite ou de ses hôtes. Le mot wain-je-tah signifie commun ou vrai. Ils l’emploient souvent en portant des plantes ou des animaux. Ainsi, wain-je-tah-omuk-kuk-ke veut dire un véritable crapaud, et non une reinette ou un lézard.

3°. Ween-dah-was-so-win. — La fête de l’imposition des noms. — Ces fêtes ont surtout lieu pour nommer les enfans, et les convives doivent tous manger ce qui leur est servi par celui qui les traite, quelle qu’en soit la quantité.

Le motif qu’ils assignent à cet usage de ne rien laisser de ce qui leur est servi dans cette fête comme dans plusieurs autres n’a rien de bien satisfaisant pour l’esprit. Ils imitent, disent-ils, les faucons et d’autres oiseaux de proie qui n’en font jamais à deux fois du gibier qu’ils ont tué.

4°. Menis-se-no-we-koon-de-win. — La fête de la guerre. — Ces fêtes se font avant d’entrer en campagne ou pendant la marche vers le pays ennemi. Deux, quatre, huit ou douze hommes peuvent être convoqués ; jamais un nombre impair. L’animal destiné au festin, ours, daim, moose ou tout autre, est cuit tout entier, et ils doivent le manger sans en rien laisser. Quand c’est chose possible, ils ne manquent pas de servir un grand vase plein d’huile d’ours, qu’ils boivent au lieu d’eau.

Quoiqu’un homme qui ne mange pas toute sa portion soit exposé aux moqueries des autres convives plus gourmands que lui, il arrive souvent que quelques uns d’entre eux sont forcés de faire un présent de tabac à celui qui les traite pour en obtenir la permission de s’arrêter. Dans ce cas, s’il ne se trouve aucun des convives qui veuille manger pour eux, on appelle un homme du dehors.

Quand le festin a lieu après l’entrée en campagne, les Indiens ont grand soin de ne pas briser un seul os de l’animal mangé. Tous les os sont bien nettoyés, attachés ensemble et suspendus à un arbre. Le motif qu’ils donnent à cette observance est de signifier au Grand Esprit leur désir de revoir leur pays et leurs cabanes en rapportant leurs os en bon état.

5°. Gitche-we-koon-de-win. — La grande fête. — C’est une fête du grand genre que peu d’hommes dans chaque bande, et les principaux seulement, peuvent se permettre de célébrer. L’animal est cuit aussi entier que possible. Cette fête s’appelle quelquefois le mez-ziz-a-kwa-win.

6°. Waw-bun-no-we-koon-de-win. — Fête du Wawbeno. — Cette fête et toutes les autres momeries du Wawbeno, qui passe pour une absurde et dangereuse hérésie, sont abandonnées par les Indiens les plus considérables. Ces fêtes ont lieu avec beaucoup de bruit et de désordre ; elles se distinguaient de toutes les autres par leur célébration nocturne et par un grand nombre de torches allumées.

7°. Je-bi-naw-ka-win. — Fête des morts. — Le festin a lieu sur les tombeaux des amis qu’on a perdus. On allume un feu, et chaque convive, avant de commencer à manger, coupe un petit morceau de viande qu’il jette dans le feu. Sa fumée et son odeur, disent les Indiens, attirent le Jébi, qui vient manger avec eux.

8°. Che-bah-koo-che-ga-win. — Pendant un jour entier du printemps et un autre de l’automne, tout bon chasseur étend son sac à médecine dans l’arrière-partie de sa cabane et régale ses voisins en l’honneur de la médecine. Cette fête est considérée comme aussi solennelle et importante que celle du Metai.

9°. O-skin-ne-ge-tah-ga-win. — La fête du jeune chasseur pourrait s’appeler la fête des premiers fruits ; on la célèbre lorsqu’un jeune garçon, dans ses débuts de chasse, tue pour la première fois un animal de chacune des espèces, depuis le plus petit oiseau ou poisson jusqu’à un moose ou un bison. Les Indiens ont grand soin d’observer cette coutume. Il est inutile d’en parler avec détail, car on en trouve de nombreux exemples dans le récit de Tanner.