Mémoires historiques/10

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Annales principales
Chapitre X
Hiao-wen
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p.443 L’empereur Hiao-wen (101) était un fils, mais non l’aîné, de Kao-tsou. La onzième année de Kao-tsou (196 av. J.-C.), au printemps, quand (Kao-tsou) eut écrasé l’armée de Tch’en Hi et soumis le territoire de Tai, il le nomma roi de Tai, avec Tchong-tou (102) pour capitale ; c’était un fils de l’impératrice-douairière Pouo.

Il occupait cette place depuis dix-sept ans et c’était le septième mois (103) de la huitième année de l’impératrice femme de Kao-tsou, lorsque celle-ci mourut. Le neuvième mois, les membres de la famille Lu, à savoir Lu Tch’an et son parti, voulurent faire une révolution afin de mettre en danger la famille Lieou. Les principaux ministres s’unirent pour les exterminer ; ils convinrent p.444 de faire venir et de mettre sur le trône le roi de Tai. Ces choses sont racontées dans le chapitre consacré à l’impératrice Lu.

Le conseiller d’État Tch’en P’ing, le t’ai-wei Tcheou P’o et les leurs envoyèrent des émissaires chercher le roi de Tai ; le roi de Tai demanda l’avis de son entourage dans lequel se trouvaient le lang-tchong-ling Tchang Ou et d’autres. Tchang Ou et les autres dirent dans la délibération :

— Les principaux ministres de Han sont tous d’anciens grands généraux du temps de l’empereur Kao(-tsou) ; ils sont exercés à la guerre et fort trompeurs dans leur desseins ; aussi leurs aspirations ne s’arrêtent-elles pas là ; ils n’étaient retenus que par la crainte que leur inspirait le prestige de l’empereur Kao(-tsou) et de l’impératrice-douairière Lu. Maintenant, ils ont exterminé tous les membres de la famille Lu et viennent de marcher dans le sang (104) à la capitale ; maintenant, s’ils vont à la rencontre de Votre Majesté, ce n’est qu’un prétexte ; en réalité on ne peut se fier à eux. Nous désirons que Votre Majesté se dise malade et n’aille pas (vers eux), afin de voir comment les choses tourneront.

Le tchong-wei Song Tch’ang (105) s’avança et dit :

— Vos sujets, dans les avis qu’ils vous donnent, ont tous tort. En effet, quand les Ts’in perdirent leur domination, les seigneurs et les braves saisirent les armes ; ils se p.445 comptaient par myriades ceux qui se croyaient, chacun pour sa part, capables de réussir ; en définitive cependant celui qui occupa la place de Fils du Ciel, ce fut (le représentant de) la famille Lieou ; l’empire coupa court aux espérances (qu’il avait entretenues) (106) ; c’est là le premier point. L’empereur Kao nomma rois ses fils et ses frères cadets ; leurs terres s’adaptèrent les unes aux autres comme les dents d’un chien (107) ; c’est de cela qu’on peut dire que c’est le principe de la pierre qui sert de base (108) ; l’empire se soumit à cette puissance ; tel est le second point. Quand les Han furent triomphants, ils supprimèrent le gouvernement cruel des Ts’in ; ils restreignirent les lois et les ordonnances ; ils répandirent leur bienfaisance et leur compassion ; chaque homme se trouva à son aise et il fut difficile de susciter aucun trouble ; tel est le troisième point. Or, grâce à la terreur qu’inspirait l’impératrice-douairière Lu, on nomma trois rois parmi les divers membres de la famille Lu (109) ; ils accaparèrent l’autorité et gouvernèrent à leur guise. Cependant, le t’ai-wei se rendit dans l’armée du nord avec un simple sceau et, au premier appel qu’il fit entendre, tous les soldats se découvrirent le bras gauche pour témoigner qu’ils étaient du parti des Lieou ; ils se révoltèrent p.446 contre les membres de la famille Lu et finirent par les anéantir. Ce fut là un don du Ciel ; les forces humaines ne l’auraient pu faire. Maintenant, quand bien même les principaux ministres voudraient faire une révolution, les cent familles ne le leur permettraient pas ; comment leur parti pourrait-il avoir seul le pouvoir ? D’ailleurs maintenant vous avez à l’intérieur la parenté (des marquis de) Tchou-hiu et de Tong-meou (110) ; à l’extérieur, on a à craindre la puissance (des rois) de Ou, Tch’ou, Hoai-nan, Lang-ya, Ts’i et Tai. En outre, maintenant il n’y a plus d’autres fils de l’empereur Kao que (le roi de) Hoai-nan et Votre Majesté ; or Votre Majesté est l’aîné ; par votre sagesse, votre vertu, votre bonté et votre piété filiale vous êtes renommé dans tout l’empire. Voilà pourquoi les principaux ministres, tenant compte des dispositions de l’empire, ont voulu vous aller chercher et vous mettre sur le trône ; que Votre Majesté n’en doute point.

Le roi de Tai en référa à la reine-douairière pour qu’elle lui donnât son avis ; elle était indécise (111) et ne put se décider. (Le roi) consulta à ce sujet les sorts par la p.447 tortue ; la ligne symbolique qu’il obtint fut la grande transversale ; l’oracle fut le suivant :

— La grande transversale, c’est changer, changer (112). Je serai roi par la grâce du Ciel (113) ; (je serai comme) K’i, de la dynastie Hia, par ma gloire.

Le roi de Tai dit :

— Je suis bien déjà roi ; de quelle royauté s’agit-il encore ?

Le devin lui répondit :

— Celui qu’on appelle le roi par la grâce du Ciel, c’est le Fils du Ciel.

Le roi de Tai envoya alors Pouo Tchao, frère cadet de l’impératrice-douairière, rendre visite au marquis de Kiang ; le marquis de Kiang et ses collègues expliquèrent en détail à (Pouo) Tchao les raisons pour lesquelles ils (voulaient) aller chercher le roi et le mettre sur le trône. Pouo Tchao revint rendre compte de sa mission et dit :

— Ils sont dignes de foi. Il n’y a pas matière à suspicion.

Le roi de Tai dit alors en riant à Song Tch’ang : — C’est bien ce que vous aviez dit.

Puis il invita Song Tch’ang p.448 à monter avec lui sur son char et six personnes, parmi lesquelles se trouvait Tchang Ou, montèrent sur des chars d’apparat ; ils se rendirent à Tch’ang-ngan ; arrivés à Kao-ling (114), ils s’arrêtèrent et Song Tch’ang fut chargé d’aller promptement en avant jusqu’à Tch’ang-ngan pour y observer l’état des affaires. Lorsque (Song) Tch’ang arriva au pont sur la rivière Wei (115), (il vit que) tous les fonctionnaires jusqu’aux conseillers d’État venaient à la rencontre (du roi) ; Song Tch’ang retourna faire son rapport. Le roi de Tai se porta en toute hâte jusqu’au pont de la rivière Wei ; tous les fonctionnaires le saluèrent, lui firent accueil et se dirent ses sujets. Le roi de Tai descendit de son char et les salua. Le t’ai-wei (Tcheou) P’o s’avança et dit :

— Je voudrais vous demander la permission de vous entretenir en particulier.

Song Tch’ang lui dit :

— Si ce que vous avez à dire est d’intérêt public, dites-le en public ; si ce que vous avez à dire est d’intérêt privé, le roi ne reçoit pas ce qui est d’intérêt privé.

Le t’ai-wei se mit alors à genoux et offrit le sceau et l’insigne du Fils du Ciel ; le roi de Tai s’excusa et dit :

— Allons au Palais de Tai (116) pour y délibérer.

p.449 A ces mots, il se rendit promptement au palais de Tai ; la foule des fonctionnaires y arriva à sa suite. Le conseiller d’État Tch’en P’ing, le t’ai-wei Tcheou P’o, le général en chef Tch’en Ou, le yu-che-ta-fou Tchang Ts’ang, le chef de la maison impériale Lieou Yng, le marquis de Tchou-hiu, Lieou Tchang, le marquis de Tong-meou, Lieou Hing-kiu, le tien-k’o Lieou Kie saluèrent tous par deux fois et dirent :

— Ni le prince Hong (117), ni les autres ne sont fils de l’empereur Hiao-hoei ; il ne faut pas leur confier le temple des ancêtres. Vos sujets, ayant demandé respectueusement à délibérer avec la marquise de Yn-ngan, reine femme du seigneur (qui a le titre posthume de) roi K’ing (118), avec le roi de Lang-ya (119), avec p.450 les membres de la famille impériale, les principaux ministres et avec les seigneurs et les officiers payés deux mille che, ont dit : Votre Majesté est le plus âgé des fils de l’empereur Kao ; il faut qu’il soit le successeur de l’empereur Kao ; nous désirons que Votre Majesté prenne la dignité de Fils du Ciel.

Le roi de Tai répondit :

— Assumer le soin du temple ancestral de l’empereur Kao, c’est une grave affaire ; je suis sans talent et ne suis pas qualifié pour être digne du temple ancestral. Je voudrais demander au roi de Tch’ou (120) d’examiner qui il faut (nommer). Pour moi, je ne saurais m’en charger.

Tous les fonctionnaires se prosternèrent et le prièrent instamment ; le roi de Tai refusa par trois fois en se tournant vers l’ouest, puis par deux fois en se tournant vers le sud (121) ; le conseiller d’État (Tch’en) P’ing et ses collègues dirent :

— Vos sujets se prosternent et vous expriment leur avis : que Votre Majesté prenne soin du temple ancestral de l’empereur Kao ; c’est vous qui êtes le plus nécessaire et le plus digne. Tout le monde dans l’empire, soit parmi les seigneurs, soit dans le peuple, vous considère comme nécessaire. Nous, vos sujets, nous prenons en considération le temple ancestral et les dieux de la terre et des moissons et nous n’oserions pas agir inconsidérément ; nous voudrions que Votre Majesté nous fît la faveur de nous écouter. Vos sujets vous présentent avec p.451 respect le sceau et les insignes de Fils du Ciel. Par deux fois ils saluent l’empereur.

Le roi de Tai dit :

— Puisque la famille impériale, les généraux, les conseillers, les rois et les seigneurs considèrent que personne n’est aussi nécessaire que moi, je n’ose pas refuser.

Il prit aussitôt la dignité de Fils du Ciel.

La foule des fonctionnaires se rangea à ses côtés suivant les rites ; il envoya alors le t’ai-p’ou (Hia-keou) Yng et le marquis de Tong-meou (Lieou) Hing-kiu faire évacuer le palais. On lui présenta l’équipage régulier (122) du Fils du Ciel et on alla le chercher au palais de Tai (123). Ce jour même, dans la soirée, l’empereur entra dans le palais Wei-yang. Pendant la nuit, il conféra à Song Tch’ang le titre de commandant en chef de la garde, ayant autorité sur les armées du nord et du sud ; il conféra à Tchang Ou le titre de lang-tchong-ling. Il parcourut l’intérieur du palais ; il revint s’asseoir dans la salle antérieure et, cette nuit même, il rendit un décret en ces termes :

« Pendant l’intervalle (qui me sépare de mon prédécesseur), les membres de la famille Lu ont dirigé les affaires et ont accaparé l’autorité ; ils ont projeté de faire une grande révolte ; ils ont voulu ainsi mettre en péril le temple ancestral de la famille Lieou. Grâce aux généraux, aux conseillers, aux seigneurs, aux membres de la famille impériale et aux principaux ministres, on les a exterminés ; tous ont subi leur peine. Puisque c’est mon avènement, je ferai une p.452 amnistie pour tout l’empire ; je donne au peuple un degré dans la hiérarchie, et, aux femmes, des bœufs et du vin à distribuer par groupe de cent foyers (124). Il y aura un banquet pendant cinq jours (125).

La première année de l’empereur Hiao-wen au dixième mois, au jour keng-siu (15 nov. 180) (126), (l’empereur) déplaça (Lieou) Tsé, ex-roi de Lang-ya, et le nomma roi de Yen (127). — Au jour sin-hai (16 nov. 180), l’empereur monta par l’escalier principal au temple ancestral de Kao(-tsou). — Le conseiller de droite, (Tch’en) Ping, fut nommé conseiller de gauche (128) ; le t’ai-wei (Tcheou) P’o, fut nommé conseiller de droite ; le général en chef, Koan Yng, fut nommé t’ai-wei. — Les territoires qui appartenaient autrefois à Ts’i et à p.453 Tch’ou et dont les membres de la famille Lu s’étaient emparés furent tous rendus (à Ts’i et à Tchou). — Au jour jen-tse (17 nov. 180), (l’empereur) envoya le commandant des chars et des cavaliers, Pouo Tchao, chercher la reine-douairière à Tai (129). — L’empereur dit :

Lu Tch’an s’était installé lui-même dans le poste de conseiller d’État ; Lu Lou était devenu général en chef. Pleins d’arbitraire et d’insolence, ils envoyèrent le général Koan Yng attaquer Ts’i à la tête d’une armée ; ils se proposaient de se substituer à la famille Lieou. (Koan) Yng s’arrêta à Yong-yang et n’engagea pas l’attaque ; il fit un complot, de concert avec les seigneurs, pour exterminer les membres de la famille Lu. Lu Tch’an voulut faire des choses détestables ; le conseiller d’État Tch’en P’ing et le t’ai-wei Tcheou P’o firent un plan pour enlever l’armée à Lu Tch’an et aux siens. Le marquis de Tchou-hiu, Lieou Tchang, fut à la tête du mouvement et, le premier, arrêta Lu Tch’an et les siens ; le t’ai-wei, donnant en personne l’exemple à (Ki) T’ong, marquis de Siang-p’ing, prit en main l’insigne de sa mission et accepta l’ordre d’entrer dans l’armée du nord ; le tien-k’o Lieou Kie enleva lui-même son sceau à Lu Lou, roi de Tchao. En outre (de ce que les personnages qui vont être nommés possèdent déjà), je confère au t’ai-wei (Tcheou) P’o une terre de dix mille foyers et je lui donne cinq mille livres d’or ; au conseiller d’État Tch’en P’ing et au général Koan Yng, des terres de trois mille foyers pour chacun d’eux et deux mille livres d’or ; au marquis de Tchou-hiu, Lieou Tchang, au marquis de Siang-p’ing, (Ki) T’ong, au marquis de Tong-meou, Lieou Hing-kiu, p.454 des terres de deux mille foyers pour chacun d’eux et mille livres d’or. Je confère au tien-k’o (Lieou) Kie le titre de marquis de Yang-sin et je lui fais don de mille livres d’or.

Le douzième mois (12 janv. - 10 fév. 179 av. J.-C.), l’empereur dit :

— Les lois sont la rectitude du gouvernement ; elles sont ce par quoi on réprime les méchants et on encourage les bons. Maintenant, quand on a conclu qu’il y avait eu une violation de la loi, il en résulte que des innocents, à savoir le père et la mère, les femmes et les enfants et ceux qui sont nés de la même souche sont tenus pour complices et deviennent la « parenté saisie » (130). C’est ce que je n’approuve aucunement. Délibérez à ce sujet.

Les officiers dirent tous :

— Le peuple est incapable de se gouverner lui-même ; c’est pourquoi on a fait les lois afin de le réprimer. Si on incrimine plusieurs personnes à la fois et si on les fait tomber sous le coup de l’arrestation, c’est afin de rendre leurs cœurs solidaires et de faire qu’il soit difficile de violer la loi. L’origine de cette institution date de loin. Se conformer à l’antiquité est ce qu’il y a de plus avantageux.

L’empereur dit :

— J’ai appris que lorsque les lois étaient justes le peuple était bon, que lorsque les châtiments étaient ce qu’ils doivent être, le peuple était obéissant. Or ceux qui sont les pasteurs du peuple et qui le guident vers le bien, ce sont les fonctionnaires ; s’ils ne peuvent le guider et si, de plus, ils le punissent avec des lois injustes, ils deviennent au contraire nuisibles au peuple. Ceux qui sont pervers, comment les p.455 réprimeront-ils ? Je ne vois point ce qu’il y a là d’avantageux. Pensez-y mûrement.

Les officiers dirent tous :

— Votre Majesté redouble sa grande compassion ; sa bonté est très complète. Nous, vos sujets, ne saurions y atteindre. Nous vous prions de rendre un édit qui abroge le texte de loi relatif à la parenté saisie et aux complices.

Pendant le mois initial (11 fév. - 12 mars 179), des officiers dirent :

— Désigner de bonne heure l’héritier présomptif, c’est un moyen d’honorer le temple des ancêtres ; nous vous prions de nommer l’héritier présomptif.

L’Empereur dit :

— Je suis si dénué de vertu que la sainte intelligence de l’Empereur d’en haut ne prend pas plaisir à mes offrandes et que le peuple dans tout l’empire n’est point satisfait dans ses désirs. Maintenant, à supposer que je ne puisse pas rechercher partout l’homme le plus sage et le plus vertueux de l’empire pour lui céder le pouvoir et que j’annonce que je nomme d’avance un héritier présomptif, ce sera aggraver mon manque de vertu (131). Que dirai-je au peuple pour l’apaiser ?

Les officiers répliquèrent :

— Nommer d’avance un héritier présomptif, c’est le moyen d’affermir le temple ancestral et les dieux de la terre et des moissons et de sauver l’empire de la ruine.

L’empereur dit :

— Le roi de Tch’ou est mon oncle ; il est avancé en âge ; il a fort observé les raisons qui constituent l’empire ; il voit clairement l’essence du gouvernement. Le roi de Ou est mon aîné (132) ; p.456 il unit la compassion et la bonté à l’amour de la vertu. Le roi de Hoai-nan est mon frère cadet ; il pratique la vertu de manière à me seconder (133). Comment (ces trois hommes) ne seraient-ils pas désignés d’avance (pour me remplacer) ? Parmi les rois-vassaux, membres de la famille impériale, mes frères, il y a des sujets de grand mérite qui sont fort sages et sont doués de vertus et de justice. Si j’appelais tous ceux qui pratiquent la vertu pour qu’ils me secondent, je ne pourrais en finir. C’est là un effet de l’influence surnaturelle des dieux de la terre et des moissons ; c’est là un bienfait pour tout l’empire. Si maintenant je ne les choisis point pour les élever et si je dis que ce doit être un de mes fils (qui me succédera), les hommes jugeront que j’ai oublié les sages inspirés par la vertu et que je n’ai pensé qu’à mes fils. Ce n’est pas de cette manière que j’affligerai l’empire : je ne puis admettre (qu’il en soit ainsi).

Les officiers le prièrent tous avec instances, disant :

— Dans l’antiquité, les Yn et les Tcheou régnèrent : (ces deux dynasties) gouvernèrent et maintinrent le calme toutes deux pendant plus de mille années. Ceux qui autrefois possédèrent l’empire eurent tous, sans exception, une longue durée (134) ; or ils suivaient tous cette méthode : celui qu’ils nommaient leur successeur était toujours leur p.457 fils ; l’origine de cette coutume date de loin. L’empereur Kao se mit en personne à la tête de ses guerriers et de ses grands officier et le premier il pacifia l’empire. Il établit des seigneurs. Lui-même devint le grand aïeul de la dynastie impériale et, de leur côté, les rois-vassaux et les seigneurs qui les premiers reçurent des États devinrent tous les aïeux (des chefs) de leurs États. Les fils et les petits-fils se sont succédé les uns aux autres et, de génération en génération, il n’y a eu aucune interruption. C’est là le grand principe de l’empire ; c’est pourquoi l’empereur Kao l’a institué afin d’assurer le calme à l’intérieur des mers. Maintenant, repousser celui qu’il faut nommer et aller choisir quelque autre personne parmi les seigneurs ou dans la famille impériale, ce n’est point (conforme à) la volonté de l’empereur Kao. Faire une nouvelle délibération est inutile. Votre fils un tel est l’aîné ; il possède une réelle perfection, une aimable bonté. Nous vous prions de le nommer héritier présomptif.

L’empereur alors y consentit. A cette occasion, il donna un degré dans la hiérarchie à tous les fils du peuple de l’empire qui devaient succéder à leurs pères (135).

(L’empereur) conféra au général Pouo Tchao le titre de marquis de Tche (136). Le troisième mois (11 avril -10 mai 179), les officiers proposèrent qu’on nommât une impératrice. p.458 L’impératrice-douairière Pouo dit :

— Les vassaux ayant tous le même nom de famille, il faut nommer impératrice la mère de l’héritier présomptif (137).

Le nom de famille de l’impératrice était Teou. A l’occasion de la nomination de l’impératrice, l’empereur fit des dons dans tout l’empire aux hommes qui n’avaient pas de femmes et aux femmes qui n’avaient pas de maris, aux orphelins et aux abandonnés, à ceux qui étaient dans la misère et dans la détresse, et aussi aux vieillards de plus de quatre-vingts ans et aux orphelins de moins de neuf ans, et pour chacune de ces catégories il assigna en quantité déterminée des pièces de toile et de soie, du riz et de la viande.

Depuis que l’empereur était venu de Tai et qu’il avait pris le pouvoir, il avait répandu ses bienfaits sur l’empire ; il avait raffermi les vassaux ; les barbares des quatre points cardinaux étaient tous amicaux et satisfaits. Alors (l’empereur) traita avec bonté ceux de ses sujets qui avaient eu le mérite de venir avec lui de Tai ; l’empereur dit :

— Lorsque les principaux ministres eurent mis à mort les membres de la famille Lu et vinrent me chercher, j’étais défiant comme le renard (138) et tout le p.459 monde me retenait de partir. Seul le tchong-wei Song Tch’ang m’y engagea : c’est ainsi que j’ai pu me charger de la garde du temple ancestral : j’ai déjà honoré (Song) Tch’ang du titre de commandant de la garde ; je lui confère le titre de marquis de Tchoang-ou (139). Quant aux six personnes qui m’ont accompagné je les élève tous au rang des neuf grands dignitaires (140).

L’empereur dit :

— Les seigneurs qui sont entrés à la suite de l’empereur Kao dans les pays de Chou et de Han (141) étaient au nombre de soixante-huit ; j’ajoute trois cents foyers au fief de chacun d’eux. Parmi les anciens officiers payés plus de deux mille che qui suivirent l’empereur Kao, je donne les revenus de six cents foyers aux dix personnes qui sont Tsoen, préfet du Yng-tch’oan, etc. , cinq cents foyers aux dix personnes qui sont Chen-t’ou Kia, préfet du Hoai-yang, etc., quatre cents foyers aux dix personnes qui sont le wei-wei Ting, etc.

(L’empereur) conféra à Tchao Kien, oncle maternel du roi de Hoai-nan, le titre de marquis de Tcheou-yang ; p.460 et à Se Kiun, oncle maternel du roi de Ts’i, le titre de marquis de Ts’ing-kouo (142).

En automne, (l’empereur) conféra à Ts’ai Kien, ex-conseiller d’État (du roi) de Tch’ang-chan, le titre de marquis de Fan. Quelqu’un dit au conseiller de droite :

— Vous avez d’abord exterminé les membres de la famille Lu ; vous avez été chercher le roi de Tai. Maintenant, vous vous êtes enorgueilli de votre gloire ; vous avez reçu de hautes récompenses ; vous occupez une place honorée. Le malheur ne peut tarder à vous atteindre.

Le conseiller de droite (Tcheou) P’o donna alors sa démission en prétextant une maladie (143). On le laissa aller et le conseiller de gauche (Tch’en) P’ing devint le seul conseiller d’État.

La deuxième année, au dixième mois (5 nov. - 3 déc. 179), le conseiller d’État (Tch’en) P’ing mourut ; de nouveau on nomma conseiller (Tcheou) P’o, marquis de Kiang. L’empereur dit :

— J’ai entendu dire que, dans l’antiquité, les seigneurs qui établissaient leurs royaumes pour une durée de plus de mille années restaient chacun dans leurs terres et n’entraient (à la capitale) que pour apporter le tribut aux époques fixées. Le peuple ne souffrait pas ; les supérieurs et les inférieurs étaient satisfaits ; il n’y avait personne qui délaissât (144) la vertu. p.461 Aujourd’hui, les seigneurs demeurent pour la plupart à Tch’ang-ngan ; leurs terres sont éloignées ; leurs officiers et leurs soldats ne les approvisionnent qu’au prix de beaucoup de dépenses et d’efforts. D’autre part, les seigneurs n’ont plus aucun moyen d’instruire leur peuple. J’ordonne donc que les seigneurs se rendent dans leurs États respectifs. Ceux qui remplissent un office (à la cour) et ceux qui sont retenus par un décret (spécial) y enverront leurs héritiers présomptifs.

Le onzième mois, au dernier jour du mois (2 janvier 178), il y eut une éclipse de soleil. Le douzième mois, au quinzième jour du mois (17 janvier 178), il y eut encore une éclipse de soleil (145). L’empereur dit :

— Voici ce que j’ai entendu dire : Le Ciel fait naître la multitude du peuple : en sa faveur il établit des princes pour qu’ils le nourrissent et le gouvernent ; si le souverain des hommes n’est pas vertueux et si son administration n’est pas équitable, alors le Ciel le montre par des calamités, afin d’avertir qu’on ne gouverne pas bien. Or le onzième mois, au dernier jour du mois, il y a eu une éclipse de soleil ; quelle calamité peut être plus grande que celle-ci, à savoir un reproche qui se manifeste dans le Ciel même ? Pour moi, je suis le gardien et le protecteur du temple ancestral ; ma personne faible et chétive a été mise dans un poste de confiance au dessus de la foule du peuple et au dessus des princes et des rois. Si le gouvernement de l’empire est troublé, la faute en est à moi seul et peut-être aux deux ou trois personnes qui tiennent en main p.462 l’administration et sont comme mes jambes et mes bras. En bas, je n’ai point pu diriger et élever la multitude des êtres ; en haut, j’ai nui à l’éclat des trois luminaires (146). C’est donc, que mon manque de vertu a été grand ! Quand cet ordre (147) vous sera parvenu, réfléchissez à toutes les fautes que j’ai pu commettre et aux imperfections de mes connaissances, de mes vues et de mes pensées. Déclarez-les moi nettement. En outre, recommandez-moi ceux qui sont d’une vertu sage et d’une intégrité absolue ceux qui sont capables de parler franc et de faire ouvertement des remontrances, afin qu’ils corrigent mes manquements. Puis que chacun s’acquitte bien des devoirs de sa charge et se préoccupe de diminuer les corvées et les dépenses afin de mettre le peuple à l’aise. Pour moi, comme je suis incapable de porter au loin mes bienfaits, je songe avec inquiétude à la mauvaise conduite des étrangers et c’est pourquoi mes préparatifs (de guerre) sont incessants. Maintenant, quoique je ne puisse pas licencier les troupes qui forment des colonies militaires et tiennent garnison à la frontière, (comment pourrais-je) faire montre de mes armes et donner de l’importance à mes gardes ? Je licencie donc l’armée du commandant de la garde. Les chevaux qui se trouvent actuellement dans le haras impérial y seront maintenus et dès maintenant devront suffire ; tous les autres, j’en fais don aux relais de la poste (148).

p.463 Au mois initial (1er fév. - 2 mars 178) (149), l’empereur dit :

— L’agriculture est le principe de l’empire ; ouvrez le champ prescrit (150) ; j’y donnerai en personne l’exemple du p.464 labourage afin de fournir au temple ancestral de quoi remplir de grain ses ustensiles.

Le troisième mois (1er avril - 30 avril 178), des fonctionnaires demandèrent qu’on nommât rois-vassaux des fils de l’empereur. L’empereur dit :

— Le roi Yeou de Tchao (151) est mort emprisonné ; j’ai fort pitié de lui ; j’ai déjà nommé roi de Tchao son fils aîné, Soei ; Pi-k’iang, frère cadet de Soei, ainsi que Tchang, marquis de Tchou-hiu, et Hing-kiu, marquis de Tong-meou, tous deux fils du roi Tao-hoei de Ts’i, ont bien mérité et sont dignes d’être faits rois. Je donne donc à Pi-k’iang, fils cadet du roi Yeou de Tchao, le titre de roi de Ho-kien ; je me sers du territoire de Ki, dépendant de Ts’i, pour donner au marquis de Tchou-hiu le titre de roi de Tch’eng-yang ; je donne au marquis de Tong-meou le titre de roi de Tsi-pei. Le fils d’empereur, Ou, sera roi de Tai ; le fils Ts’an sera roi de T’ai-yuen ; le fils I sera roi de Leang (152). L’empereur dit (153) :

— Dans l’ancien gouvernement, il y avait à la cour le drapeau pour proposer les améliorations p.465 et le poteau pour exprimer les critiques (154). Par ce moyen on comprenait la voie qu’il fallait suivre pour gouverner et on attirait les remontrances. Maintenant, c’est un crime prévu par le code que celui de critiques et de paroles inconsidérées ; il en résulte que tous mes sujets n’osent point dévoiler le fond de leurs sentiments et que le souverain n’a plus aucun moyen d’apprendre quelles sont ses fautes ; comment donc pourrait-on faire venir de loin les gens de haute vertu ? J’abroge cette loi. Il arrive que des gens du peuple prononcent des imprécations contre l’empereur pour former entre eux une conjuration, mais qu’ensuite ils se manquent de parole les uns aux autres ; les juges estiment que c’est un cas de grande rébellion et, quoique ces hommes tiennent des propos tout autres, les juges considèrent encore que ce sont des critiques ; ainsi ces gens stupides du menu peuple encourent la mort sans le savoir (155). C’est là ce que je ne puis admettre ; à partir d’aujourd’hui, ceux qui commettront cette sorte de faute ne passeront pas en jugement.

Le neuvième mois (25 sept. - 24 oct. 178), pour la première fois on fit, afin de les donner aux gouverneurs de commanderies et aux conseillers de royaumes, des contremarques en bronze avec l’image d’un tigre p.466 et des contremarques de délégation en bambou (156).

p.467 La troisième année, au dixième mois, au jour ting-yeou qui était le dernier du mois (22 déc. 178 av. J.-C.), il y eut une éclipse de soleil.

Le onzième mois (23 déc. 178 - 20 janv. 177), l’empereur dit (157) :

— Jadis j’ai formé le dessein d’envoyer les seigneurs dans leurs États ; il en est qui ont trouvé des excuses pour ne point encore partir ; le grand conseiller est fort estimé de moi ; qu’il me fasse le plaisir de donner l’exemple aux seigneurs en se rendant dans ses États.

Le marquis de Kiang, (Tcheou) P’o, donna sa démission de grand conseiller et se rendit dans ses États ; on nomma grand conseiller le t’ai-wei (Koan) Yng, marquis de Yng-yn ; on supprima la charge de t’ai-wei dont les attributions furent rattachées à celle de grand conseiller.

Le quatrième mois (19 mai - 17 juin 177), Tchang (158), roi p.468 de Tch’eng-yang, mourut. — Tchang (159), roi de Hoai-nan, et Wei King, homme de sa suite, tuèrent Chen I-ki, marquis de Pi-yang. Le cinquième mois (18 juin - 17 juillet 177), les Hiong-nou entrèrent sur le territoire septentrional ; ils s’établirent au sud du Fleuve et y exercèrent leurs ravages. — Pour la première fois, l’empereur favorisa de sa venue Kan-ts’iuen (160). Le sixième mois (18 juillet - 15 août 177), l’empereur dit :

— Les Han et les Hiong-nou avaient conclu un traité par lequel ils devenaient frères, pour éviter que nos frontières fussent désolées, et c’est pourquoi nous avions fait porter de grands présents aux Hiong-nou. Maintenant cependant le roi sage de droite (161) s’est éloigné de ses États ; à la tête d’une multitude (de guerriers), il s’est établi au sud du Fleuve et a soumis ce territoire ; ce ne sont plus nos relations habituelles (162) ; s’approchant de notre barrière, il arrête et tue les officiers et les soldats ; il refoule les barbares de nos retranchements et de notre barrière (163) et les empêche de rester dans leur p.469 ancienne résidence ; il a passé sur le corps (164) des officiers placés à la frontière et est entré faire des déprédations. Cette conduite est fort arrogante et contraire à la raison. C’est la violation du traité.

(L’empereur) envoya donc aux officiers placés à la frontière quatre-vingt-cinq mille cavaliers qui se rendirent à Kao-nou (165) ; il fit partir le grand conseiller Koan Yng, marquis de Yng-yn, avec l’ordre d’attaquer les Hiong-nou ; les Hiong-nou se retirèrent.

On enleva (166) les ts’ai-koan (167) au tchong-wei et on les p.470 mit sous les ordres du général commandant la garde ; ils campèrent à Tch’ang-ngan. Au jour sin-mao (12 août 177 av. J.-C.), l’empereur se rendit de Kan-ts’iuen à Kao-nou ; il en profita pour favoriser de sa venue le T’ai-yuen (168) ; il y donna audience à ses anciens officiers et leur fit à tous des largesses ; il mit en lumière les services rendus et distribua des récompenses ; il donna à la foule du peuple des bœufs et du vin dans chaque village ; il exempta la population de Tsin-yang (169) et de Tchong-tou (170) de trois années de redevances ; il passa une dizaine de jours en réjouissances dans le T’ai-yuen. Hing-kiu, roi de Tsi-pei, apprenant que l’empereur s’était rendit dans (le pays de) Tai avec le dessein d’aller attaquer les barbares, se révolta ; il envoya des p.471 soldats afin de surprendre Yong-yang (171). Alors (l’empereur) licencia par décret l’armée du grand conseiller ; il envoya Tch’en Ou, marquis de Ki-p’ou (172), avec le titre de général en chef, pour que, à la tête de cent mille hommes, il allât attaquer (le roi de Tsi-pei) ; Ho (173), marquis de K’i (174), était à la tête d’une armée et campait à Yong-yang.

Le septième mois, au jour sin-hai (1er septembre 177 av. J.-C.), l’empereur vint de T’ai-yuen à Tch’ang-ngan. Il adressa alors cet édit aux fonctionnaires :

« Le roi de Tsi-pei s’est opposé à la vertu et s’est révolté contre l’empereur ; il a abusé ses officiers et son peuple pour faire une grande rébellion. Parmi les officiers et le peuple de Tsi-pei ceux qui, avant que mes soldats soient arrivés, rentreront d’eux-mêmes dans le calme et se rendront avec leurs troupes, leurs terres et leurs villes, je les amnistierai tous et leur rendrai leurs charges et leurs dignités ; ceux qui ont fait cause commune avec le roi Hing-kiu, mais qui l’abandonneront pour venir à moi, je leur pardonnerai aussi.

Le huitième mois (14 sept. - 13 oct. 177), (l’empereur) écrasa l’armée de Tsi-pei et fit prisonnier son roi ; il pardonna à tous les officiers et gens du peuple de Tsi-pei qui s’étaient révoltés avec le roi.

La sixième année (176 av. J.-C.), des fonctionnaires dirent que Tchang, roi de Hoai-nan méconnaissait les lois établies par les empereurs précédents, qu’il n’obéissait pas aux édits du Fils du Ciel, qu’il se conduisait habituellement sans aucune règle, que, dans toutes ses allées et venues, il se comportait comme l’égal du Fils du Ciel, que ses décisions arbitraires lui tenaient lieu de lois et d’ordonnances, qu’il avait comploté avec Ki, héritier présomptif du marquis de Ki-p’ou (175), de se révolter, qu’il avait envoyé des émissaires pour engager (le roi de) Min-yue (176) et les Hiong-nou à lancer en avant leurs soldats, voulant ainsi mettre en péril le temple ancestral et les dieux de la terre et des moissons. L’assemblée des ministres ayant délibéré (sur ce cas), ils dirent tous :

« Tchang doit être mis à mort sur la place publique (177).

L’empereur ne voulut pas appliquer le code au roi et il lui pardonna ses crimes ; il le dégrada et lui enleva son titre de roi. L’assemblée des ministres proposa d’interner le roi à K’iong-tou, dans le district de Yen, du pays de Chou (178). L’empereur y consentit ; avant d’être parvenu p.473 au lieu fixé pour sa résidence, Tchang tomba malade en voyage et mourut (179) ; l’empereur eut pitié de son sort (180) ; plus tard, la seizième année (164 av. J.-C.) de son règne, il conféra un honneur rétrospectif à Tchang, roi de Hoai-nan, et lui donna le titre posthume de « roi Li » ; il nomma ses trois fils, l’un (181) roi de Hoai-nan, l’autre (182) roi de Heng-chan, le troisième (183) roi de Lou-kiang. La treizième année (167 av. J.-C.), en été, l’empereur dit :

— Voici ce que j’ai entendu dire : La Providence (184) veut que les calamités naissent des actions détestables, et que la prospérité vienne à la suite de la vertu. Les fautes de tous les fonctionnaires doivent avoir leur origine en moi-même. Or maintenant les fonctionnaires appelés prieurs secrets (185) reportent la responsabilité des fautes p.474 sur des inférieurs et, par là, mettent en lumière mon manque de vertu. C’est là ce que je ne saurais aucunement admettre ; je supprime cette fonction.

Le cinquième mois (29 mai - 27 juin 167), l’honorable Choen-yu (I) (186), intendant en chef du grenier public dans le pays de Ts’i, se rendit coupable d’une faute et fut condamné au supplice ; des agents de la prison envoyés par décret impérial vinrent se saisir de lui pour le transporter et l’enchaîner à Tch’ang-ngan. L’intendant du grenier public n’avait pas de fils, mais il avait cinq filles ; au moment de partir, quand on venait de l’arrêter, il injuria ses filles en disant :

— Quand on a des enfants, mais qu’on n’a pas de fils, cela n’est d’aucune utilité soit dans la prospérité, soit dans l’infortune.

Sa plus jeune fille, T’i-yong, en fut affligée et pleura ; elle suivit donc son père à Tch’ang-ngan ; elle adressa à l’empereur une requête en ces termes :

« Le père de votre servante est un p.475 fonctionnaire ; tous les gens du pays de Ts’i louent son désintéressement et sa justice. Maintenant il est tombé sous le coup de la loi et doit être supplicié ; votre servante s’en afflige. Un homme qui a été mis à mort ne peut revenir à la vie ; un homme qui a été mutilé ne peut retrouver ses membres ; quand même il voudrait se corriger de ses fautes et se réformer, il n’en a plus le moyen. Votre servante désire être incorporée jusqu’à la fin de ses jours dans le nombre des esclaves publics afin de racheter la condamnation de son père et de lui permettre de se réformer.

Cette requête fut présentée au Fils du Ciel ; le Fils du Ciel fut ému des sentiments qui y étaient exprimés ; il rendit alors un édit en ces termes :

« J’ai entendu dire qu’au temps de Yu (187), on peignait les habits et les bonnets (des condamnés) d’une couleur autre que celle des vêtements ordinaires, afin de leur faire honte, et le peuple n’enfreignait pas la loi ; comment cela se fait-il ? c’est qu’il y avait un gouvernement parfait. Maintenant le code prescrit trois sortes de mutilations (188) et la perversité ne s’arrête pas ; à qui en est la faute ? n’est-ce pas parce que ma vertu est insuffisante et que mes instructions ne sont pas claires ? Je m’en repens extrêmement. p.476 En effet, c’est parce que la voie à suivre n’est pas enseignée d’une façon parfaite que le peuple ignorant tombe (en faute). Le Che (king) dit :

Énergique et aimable est le souverain ; il est pour le peuple un père et une mère (189).

Maintenant, quand un homme est en faute, avant qu’on lui ait départi l’instruction, le supplice lui est appliqué ; s’il arrive qu’il veuille corriger sa conduite et devenir bon, il n’en a plus aucun moyen. J’ai fort pitié de cet état de choses. En effet, quand le supplice a été jusqu’à couper les membres et le corps et jusqu’à déchirer la chair et la peau, (les parties enlevées) ne repousseront jamais. A quoi servent ces souffrances cruelles et ce manque de bienfaisance ? Cela répond-il à l’idée qu’on se fait d’un père et d’une mère du peuple ? Je supprime donc les mutilation pénales (190).

p.477 L’empereur dit :

— L’agriculture est le fondement de l’empire ; il n’y a aucune occupation plus importante. Maintenant ceux qui épuisent toutes leurs forces à la pratiquer ont encore à payer les redevances des impôts sur la terre et des impôts en grain ; de cette manière on ne fait aucune différence entre ce qui est principal et ce qui vient en dernier lieu (191) ; cela est bien peu propre à encourager l’agriculture. Je supprime les impôts et les taxes qui pèsent sur les champs.

La quatorzième année, en hiver, les Hiong-nou projetèrent de franchir la frontière pour exercer leurs déprédations ; ils attaquèrent la barrière de Tch’ao-no (192) et tuèrent (Suen) Ang, commandant militaire du Pei-ti septentrional. L’empereur envoya alors trois généraux camper dans le Long-si et dans les commanderies de Pei-ti et de Chang. Le tchong-wei Tcheou Ché était général de la garde ; le lang-tchong-ling Tchang Ou était général des cavaliers et des chars ; ils campèrent au nord de la rivière Wei ; ils avaient mille chars et cent mille cavaliers et soldats ; l’empereur alla en personne réconforter l’armée et exciter les soldats en leur exposant ses instructions et en donnant des récompenses aux troupes et aux officiers. L’empereur voulait prendre lui-même le commandement et marcher contre les Hiong-nou ; tous ses ministres l’en dissuadèrent, mais il n’écouta aucun d’eux ; l’impératrice-douairière exigea avec insistance qu’il ne le fit pas ; l’empereur alors, y renonça. Puis il nomma général en chef Tchang Siang-jou, p.478 marquis de Tong-yang ; il donna le titre de nei-che à (Tong) Tch’e, marquis de Tch’eng, et le titre de général à Loan Pou. Ils attaquèrent les Hiong-nou qui se retirèrent et s’enfuirent.

Au printemps, l’empereur dit :

— C’est moi qui prends les victimes, les pièces de jade et les rouleaux d’étoffe pour les offrir aux Empereurs d’en haut et au temple ancestral. Quatorze ans se sont écoulés jusqu’à présent et la suite des jours a été fort longue (193) ; malgré mon peu d’application et mon peu d’intelligence, voici longtemps que j’administre l’empire. J’en suis fort confus. J’augmente donc dans tous les sacrifices les autels et les aires consacrées, les pièces de jade et les rouleaux d’étoffe (194). Autrefois, les anciens rois répandaient leurs bienfaits au loin et n’en recherchaient pas la récompense ; dans les sacrifices wang (195), ils ne demandaient pas leur propre bonheur. Ils faisaient passer les gens p.479 sages avant leurs parents (196) ; ils mettaient le peuple avant eux-mêmes ; c’était là la perfection de la raison achevée. Or, j’apprends que lorsque les fonctionnaires préposés aux sacrifices prient pour le bonheur (197), ils font converger toutes les félicités sur ma personne et n’agissent pas en faveur du peuple. J’en suis fort honteux. En effet, quand, malgré mon peu de vertu c’est moi-même qui jouis et c’est moi seul qui profite de ces bonheurs, tandis que le peuple n’y a aucune part, c’est là une aggravation de mon manque de vertu. J’ordonne donc aux fonctionnaires préposés aux sacrifices d’être fort attentifs à ne rien implorer (pour moi).

En ce temps, Tchang Ts’ang, marquis de Pei-p’ing, était grand conseiller ; il se trouvait être versé dans la connaissance des tubes musicaux et du calendrier (198). Kong-suen Tch’en, originaire du pays de Lou, adressa à l’empereur une requête où il exposait ce qui concerne les cinq vertus dans leur évolution cyclique ; il disait qu’on était justement alors à l’époque de la vertu de la terre, que le gage de la vertu de la terre serait l’apparition d’un dragon jaune, qu’il fallait changer le premier jour initial (de l’année), la couleur des vêtements, les règles et les mesures. L’empereur déféra cette affaire à l’examen du grand conseiller ; le grand conseiller repoussa la proposition de Kong-suen Tch’en en p.480 considérant que, puisque la vertu de l’eau venait de se manifester, le mois initial était le dixième et la couleur en honneur était le noir ; estimant donc que ce que disait (Kong-suen Tch’en) était faux, il demanda qu’on le rejetât.

La quinzième année (165 av. J.-C.), un dragon jaune apparut à Tch’eng-ki (199) ; le Fils du Ciel manda alors de nouveau Kong-suen Tch’en ; il le nomma po-che pour qu’il développât et expliquât ce qui concerne la vertu de la terre. Alors l’empereur rendit un édit en ces termes :

« Une divinité sous la forme d’un être singulier est apparue à Tch’eng-ki. Ce n’est point funeste pour le peuple, mais c’est le signe que l’année produira sa moisson. Pour moi, j’irai en personne faire le sacrifice kiao aux Empereurs d’en haut et à tous les dieux. Que les officiers préposés aux rites délibèrent à ce sujet ; qu’ils ne me taisent rien par crainte de me donner trop de peine.

Les fonctionnaires et les officiers préposés aux rites dirent tous :

— Dans l’antiquité, le Fils du Ciel allait lui-même, en été, accomplir les rites et les sacrifices en l’honneur des Empereurs d’en haut dans la banlieue ; c’est pourquoi (ce sacrifice) s’appelait kiao.

Alors le Fils du Ciel se rendit pour la première fois à Yong et fit en personne le sacrifice kiao aux cinq Empereurs (200) ; ce fut au quatrième mois (6 mai - 4 juin 165), qui p.481 était le premier mois de l’été, qu’il accomplit ces rites. Sin-yuen P’ing, originaire du pays de Tchao, fut reçu en audience (par l’empereur) parce qu’il percevait de loin les émanations ; il en profita pour conseiller à l’empereur d’établir cinq temples au nord de la rivière Wei (201) ; il se proposait de faire sortir les trépieds des Tcheou (202) ; il devait y avoir l’apparition de la perfection du jade (203).

La seizième année (164 av. J.-C.) l’empereur alla en personne faire le sacrifice kiao dans les temples des cinq Empereurs, au nord de la rivière Wei ; ce fut aussi en été qu’il accomplit les rites et il mit en honneur le rouge.

La dix-septième année (163 av. J.-C.) on trouva une tasse de jade sur laquelle étaient gravés ces mots :

« Que le souverain des hommes ait une longévité prolongée.

Alors le Fils du Ciel changea pour la première fois (le calcul des années et fit de cette année) la première (204) ; il ordonna qu’il y eût un grand banquet dans tout l’empire. p.482 Cette année même, les artifices de Sin-yuen P’ing furent découverts ; on le mit à mort avec ses parents aux trois degrés.

La deuxième année (162 av. J.-C.) de la seconde période, l’empereur dit :

— C’est parce que je ne suis pas parfait que je suis incapable de porter au loin ma vertu ; c’est ce qui a fait que parfois les pays extérieurs à mon territoire n’ont pas été en repos ; ainsi ceux qui habitent en dehors des quatre contrées incultes (205) n’ont pas vécu tranquillement leur vie ; ceux qui habitent dans les fiefs et le domaine impérial se sont épuisés de peine sans demeurer en paix ; les infortunes de ces deux catégories de gens proviennent uniquement de ce que ma vertu est mince et ne peut pas pénétrer au loin. Ces derniers temps, pendant plusieurs années de suite, les Hiong-nou sont venus en foule exercer leurs ravages sur nos frontières ; ils ont tué des officiers et des gens du peuple en grand nombre ; mes sujets de la frontière et les officiers de mes soldats n’ont pu d’ailleurs les informer de mon (206) désir intime ; cela n’a fait qu’aggraver mon manque de vertu. Or, quand les difficultés se sont invétérées et que les hostilités ont été continues, comment le royaume du Milieu et les États du dehors pourraient-ils trouver par là le repos ? Maintenant, je me lève dès l’aube et je ne me couche que dans la nuit (207) ; je consacre p.483 toutes mes forces à l’empire ; je m’afflige et je souffre pour la multitude du peuple ; à cause d’elle, je suis tourmenté d’inquiétudes et ne suis pas tranquille ; il n’y a pas un seul jour où cette préoccupation sorte de mon cœur. C’est pourquoi j’ai envoyé des émissaires en nombre tel qu’ils apercevaient de loin les bonnets et les dais les uns des autres et que les traces de leurs roues se confondaient sur la route, afin d’exposer ma pensée au chen-yu (208) ; maintenant le chen-yu est revenu (209) aux principes de conduite de l’antiquité ; il a pris en considération le repos des dieux et des moissons ; il a favorisé l’intérêt de la multitude du peuple ; tout récemment (210), lui et moi avons oublié des torts légers pour revenir ensemble aux grands principes. Nous avons contracté des rapports de frères afin de préserver le bon peuple (211) dans tout le monde. L’alliance et l’apparentage ont été décidés et commencent cette année.

p.484 La sixième année de la seconde période, en hiver (212), les Hiong-nou pénétrèrent au nombre de trente mille dans la commanderie de Chang et au nombre de trente mille dans le Yun-tchong. Le tchong-ta-fou Ling Mien (213) fut nommé général des chars et des cavaliers et campa à Fei-kou (214) ; l’ex-conseiller (du roi) de Tch’ou, Sou I, fut nommé général et campa à Kiu-tchou (215) ; le général Tchang Ou plaça ses postes dans le Pei-ti ; l’administrateur du Ho-nei, Tcheou Ya-fou (216), fut nommé général et s’établit à Si-leou (217) ; le tsong-tcheng Lieou Li fut nommé p.485 général et s’établit au bord de la rivière Pa ; le marquis de Tchou-tse campa à Ki-men (218) ; ils tinrent tête ainsi aux barbares (219) ; au bout de quelques mois, les barbares se retirèrent ; (les troupes impériales) de leur côté furent licenciées.

L’empire souffrit de la sécheresse et des sauterelles ; l’empereur redoubla de bienveillance ; sur ses ordres, les seigneurs n’eurent pas à apporter tribut ; les défenses concernant les montagnes et les marais (220) furent levées ; il diminua les frais pour les vêtements, les équipages, les chiens et les chevaux ; il restreignit le nombre de ses secrétaires et de ses officiers ; il livra le contenu des greniers (221) afin de secourir les pauvres ; le peuple fut autorisé à acheter des titres dans la hiérarchie (222).

Il y avait vingt-trois ans que l’empereur Hiao-wen était venu de Tai et avait pris le pouvoir ; dans ses palais et ses parcs, ses chiens et ses chevaux, ses vêtements et ses équipages, il n’avait pas fait la moindre p.486 augmentation ; s’il y avait (une dépense) qui fût difficile à supporter, il la diminuait aussitôt pour le plus grand bien du peuple. — Il avait voulu un jour élever une Terrasse de la rosée ; il ordonna à des artisans de lui faire un devis qui fut fixé à cent kin (223). L’empereur dit :

— Cent kin, c’est le patrimoine de dix familles moyennes du peuple ; j’ai reçu les palais des empereurs mes prédécesseurs et je crains toujours d’en être indigne ; à quoi bon cette terrasse ?

L’empereur s’habillait toujours de vêtements en soie grossière de couleur noire ; la femme qu’il aimait, la fou-jen Chen, il lui ordonna que ses vêtements ne traînassent pas à terre, et que les tentures (de ses appartements) n’eussent pas d’ornements ni de broderies ; il montrait par là son sérieux et sa simplicité et il était le modèle de l’empire. — Quand il construisit la sépulture de Pa (224), il la fit tout entière avec des matériaux de terre cuite et n’y souffrit aucun ornement en or, en argent, en cuivre ou en étain ; il ne fit pas élever de tumulus, dans le désir de réaliser une économie et de ne pas importuner le peuple. — Le wei T’o, roi du Nan-yue, se donna à lui-même le titre d’Empereur guerrier ; l’empereur cependant appela auprès de lui les frères du wei T’o, et les combla d’honneur, répondant ainsi par des bienfaits ; T’o renonça alors au titre d’empereur et se déclara sujet (225). — Après qu’il eut conclu alliance et apparentage avec les Hiong-nou, ceux-ci violèrent le traité et entrèrent pour faire leurs brigandages ; il ordonna cependant aux commandants préposés à la garde des frontières de ne pas envoyer des soldats pénétrer profondément (dans le territoire ennemi) ; il craignait en effet de molester le p.487 peuple. — Le roi de Ou prétexta faussement une maladie pour ne pas venir rendre hommage à la cour ; (l’empereur) lui fit aussitôt présent d’un escabeau et d’un bâton (226). — Quoique plusieurs officiers, tels que Yuen Ang et d’autres, eussent un langage très libre, l’empereur leur demandait toujours leur avis pour le suivre. — Divers officiers, tels que Tchang-ou et d’autres, s’étaient laissés gagner par des présents d’argent ; l’affaire fut découverte ; l’empereur leur envoya alors de l’argent de son propre trésor et leur en fit présent pour couvrir leur cœur de confusion ; il ne les déféra pas aux tribunaux. — Son unique préoccupation était de réformer le peuple par sa vertu ; c’est pourquoi tout le pays à l’intérieur des mers fut prospère et fut florissant par les rites et la justice.

La septième année de la seconde période, au sixième mois, au jour ki-hai (6 juillet 157 av. J.-C.) (227), l’empereur mourut dans le palais Wei-yang. Il laissait un édit posthume ainsi conçu :

«  Voici ce que j’ai appris : Dans l’univers, parmi tous les êtres qui se multiplient et qui naissent, il n’en est aucun qui ne meure ; la mort est p.488 une loi du Ciel et de la Terre ; c’est la destinée naturelle des êtres. Comment serait-elle un sujet de grande affliction ? — Au temps où nous vivons, tout le monde loue la vie et hait la mort ; on célèbre des funérailles si magnifiques qu’on se ruine ; on porte un deuil si rigoureux qu’on nuit à sa propre existence. C’est ce que je ne puis admettre. — D’ailleurs, puisque j’ai manqué de vertu et que je n’ai aidé en rien le peuple, si, maintenant que je meurs, je suis encore cause qu’on porte un deuil rigoureux et qu’on se lamente longtemps, de telle façon qu’on reste dans cet état pendant la durée d’années entières, que les pères comme les enfants soient plongés dans la tristesse, que les esprits des vieux comme des jeunes soient aigris, que leur boire et leur manger soient diminués, que les sacrifices aux mânes et aux dieux soient interrompus, tout cela ne sera qu’une aggravation de mon manque de vertu ; comment m’en expliquerai-je à l’empire ? — J’ai protégé le temple ancestral : malgré que ma personne fût très chétive, j’ai été investi pendant plus de vingt années d’une place au-dessus des princes et des rois de l’empire ; grâce à l’influence surnaturelle du Ciel et de la Terre et à la bénédiction des dieux de la terre et des moissons, tout le pays à l’intérieur des quatre directions a joui du repos et il n’y a pas eu de guerre (228). — Comme je n’étais pas diligent, je craignais toujours de commettre dans ma conduite quelque faute par laquelle j’aurais déshonoré la vertu que m’ont léguée les empereurs mes prédécesseurs ; plus les p.489 années (de mon règne) duraient longtemps, plus je craignais de ne pas arriver à bonne fin ; or maintenant j’ai eu le bonheur de terminer les années de vie que m’avait assignées le Ciel et je peux à mon tour recevoir les offrandes dans le temple ancestral de Kao (-tsou), Quand mon manque d’intelligence est ainsi récompensé, comment y aurait-il un sujet d’affliction ? — Voici ce que j’ordonne aux officiers et au peuple dans tout l’empire : quand mon ordre leur sera parvenu, que, trois jours après être sortis de chez eux pour se lamenter, ils quittent tous les habits de deuil ; il ne sera défendu à personne de prendre femme, de marier les filles, de sacrifier, de boire du vin et de manger de la viande. Quant à ceux qui doivent s’acquitter des cérémonies funéraires, prendre le deuil et pleurer, qu’aucun d’eux ne marche pieds nus ; que le bonnet et la ceinture de deuil ne dépassent pas trois pouces ; qu’on ne recouvre pas de toile les chars et les armes de guerre ; qu’on n’envoie ni hommes ni femmes se lamenter dans le palais. Quant aux personnes qui doivent se lamenter dans le palais, que quinze d’entre elles élèvent la voix le matin et quinze d’entre elles le soir ; quand le rite sera terminé, qu’on cesse (de gémir) ; excepté aux heures fixées le matin et le soir pour les lamentations, il sera interdit à qui que ce soit de se mettre à pleurer de son propre mouvement. Quand (le cercueil) aura été descendu p.490 dans la terre, on revêtira le grand deuil pendant quinze jours, le petit deuil pendant quatorze jours, les vêtements de toile mince pendant sept jours (229), puis on quittera le deuil. Pour toutes les autres choses qui ne sont pas prévues dans cet édit, qu’on se conforme à l’esprit de cet édit. Qu’on le promulgue dans tout l’empire afin qu’on connaisse clairement mes intentions. Que la montagne et le cours d’eau à la tombe de Pa restent comme auparavant et qu’on n’y change rien. Qu’on renvoie (dans leurs familles) toutes les femmes au-dessous du grade de fou-jen jusqu’à celui de chao-che (230). J’ordonne que le tchong-wei (Tcheou) Ya-fou ait le commandement des chars et des cavaliers, que le chou-kouo (Siu) Han ait le commandement des postes militaires, que le lang-tchong-ling Ou soit le général chargé de remettre la terre (231). Qu’on envoie seize mille hommes des troupes actuellement présentes dans les préfectures voisines et quinze mille hommes des troupes du nei-che (232). Inhumer le sarcophage, creuser le trou et remettre la terre, c’est le général Ou qui en sera chargé.

Au jour i-se (12 juillet 157). tous les ministres, se p.491 prosternant le front contre terre, proposèrent un titre honorifique qui fut Hiao-wen-hoang-ti. L’héritier présomptif prit alors le pouvoir dans le temple ancestral de Kao (-tsou) ; au jour ting-wei (14 juillet 157), il prit par droit d’hérédité le titre de souverain-empereur.

La première année de l’empereur King, au dixième mois (1er nov. - 29 nov. 157), l’empereur adressa aux yu-che l’édit suivant :

« Voici ce que j’ai appris : Dans l’antiquité, le fondateur (tsou) était celui qui avait de la gloire et l’ancêtre (tsong) était celui qui avait de la vertu (233). Dans les rites et les musiques qu’on avait institués, chacun d’eux avait ce qui le caractérisait : les chants qui s’adressent à l’ouïe étaient ce par quoi on célébrait la vertu ; les danses étaient ce par quoi on montrait la gloire. Dans le temple ancestral de Kao(-tsou), à l’époque où on offre le vin tcheou (234), on exécute les danses de la Vertu guerrière, du Commencement pacifique et des Cinq éléments ; dans le temple de Hiao-hoei, à l’époque p.492 où on offre le vin tcheou, on exécute les danses du Commencement pacifique et des Cinq éléments (235). L’empereur Hiao-wen, quand il a gouverné l’empire, a ouvert les passes et les ponts et n’a pas fait de lois d’exception pour les contrées éloignées (236) ; il a supprimé (l’accusation de) critique inconsidérée (237) ; il a aboli les mutilations (238) ; il a fait des présents aux vieillards (239) ; il a recueilli et pris en pitié les orphelins et les délaissés, afin de pouvoir nourrir tous les êtres, il a restreint ses propres désirs ; il n’a pas reçu de cadeaux et n’a pas recherché son propre intérêt ; les femmes et les enfants des condamnés n’ont pas été faits esclaves ; on n’a pas mis à mort les innocents ; il a supprimé la castration (240) ; il a renvoyé ses concubines ; il a considéré comme une chose grave d’enlever à un homme toute postérité. Pour moi, qui ne suis pas intelligent, je ne puis le bien comprendre. Tout cela, la haute antiquité ne l’a jamais égalé et cependant l’empereur Hiao-wen l’a réalisé lui-même. La profondeur de sa vertu a été de pair avec le Ciel et la Terre ; ses bienfaits ont fécondé le pays à l’intérieur des quatre mers et se sont répandus sur lui ; il n’est personne qui n’ait obtenu le bonheur. Son éclat est comparable à celui du p.493 soleil et de la lune. Cependant la musique de son temple ancestral ne répond pas (à ses mérites) ; j’en suis fort effrayé. Je veux donc que, pour le temple ancestral de l’empereur Hiao-wen, on fasse la danse de la Vertu éclatante, afin de mettre en lumière sa vertu parfaite. Ensuite la gloire du fondateur (tsou) et la vertu de l’ancêtre (tsong) seront écrites sur le bambou et sur la soie (241) ; elles se répandront sur dix mille générations et ne prendront point fin de toute éternité. Ce sera ce que j’approuverai fort. Que les grands conseillers, les seigneurs, les tchong-eul-ts’ien-che (242) et les fonctionnaires préposés aux rites me fassent un rapport complet au sujet des rites à accomplir et des maintiens à observer (243).

« Le grand conseiller, votre sujet, Kia, et les autres, disent : Votre Majesté, dans sa préoccupation constante d’agir conformément à la piété filiale, a institué la danse de la Vertu éclatante afin de mettre en lumière la vertu achevée de l’empereur Hiao-wen. C’est là une mesure que nous tous, vos sujets, Kia et les autres, n’aurions pas été capables de prendre. Vos sujets ont délibéré avec respect et ont dit : Pour la gloire, nul n’est aussi grand que l’empereur Kao ; pour la vertu, nul n’est aussi parfait que l’empereur Hiao-wen ; le temple de l’empereur Kao doit devenir le temple de l’illustre fondateur de la dynastie ; le temple de l’empereur Hiao-wen doit p.494 devenir le temple de l’illustre ancêtre de la dynastie. Les Fils du Ciel devront de génération en génération faire leurs offrandes dans les temples du fondateur et de l’ancêtre ; dans chaque commanderie, dans chaque royaume et dans chaque terre seigneuriale, il faudra élever un temple de l’illustre ancêtre en l’honneur de l’empereur Hiao-wen ; les délégués des rois-vassaux et des seigneurs assisteront au sacrifice ; le Fils du Ciel fera chaque année les offrandes dans les temples du fondateur et de l’ancêtre. Nous demandons d’écrire cela sur le bambou et sur la soie et de le répandre dans tout l’empire.

Le décret fut : « Approuvé ».

Le duc grand astrologue dit : Confucius a dit : « Ce n’est toujours qu’après une génération qu’apparaît la bonté. Si des hommes excellents gouvernaient un royaume, aussi bien ce n’est qu’après cent années qu’ils pourraient triompher de la perversité et supprimer la peine capitale. Très vraie est cette parole (244). » Depuis l’avènement des Han jusqu’à Hiao-wen, il s’était écoulé plus de quarante années ; la vertu atteignit alors son p.495 apogée. (Mais l’empereur) se montra fort timide pour changer le premier jour de l’année, les vêtements et les sacrifices fong et chan. Il céda la tâche à un autre et elle est restée inaccomplie jusqu’à aujourd’hui. Hélas, n’est-ce pas là (ce qu’on appelle) la bonté (245) ?



Notes[modifier]

(101. ) Cf. n. 08.350. .

(102. ) A 12 li au sud-ouest de la sous-préfecture de P’ing-yao préfecture de Fen-tcheou, province de Chān-si. Plus haut cependant, Se-ma Ts’ien a dit que la capitale du roi de Tai était à Tsin-yang (cf. note 08.349. ad fin.).

(103. ) Cf. note 09.168. .

(104. ) L’expression [ab] n’a pas ici le sens de « se frotter les lèvres du sang de la victime » (cf. note 09.125. ).

(105. ) D’après Se-ma Tcheng, Song Tch’ang serait le petit-fils de Song I (cf. p. 262).

(106. ) C’est-à-dire que tous ceux qui, dans l’empire, avaient pu espérer conquérir le pouvoir, renoncèrent à leurs rêves ambitieux quand ils eurent vu le triomphe de Kao-tsou.

(107. ) Les dents du chien ne sont pas toutes sur un même plan comme les dents de l’homme, mais, celles d’en haut s’entrecroisent avec celles d’en bas. De là cette comparaison qu’on retrouve souvent chez les historiens chinois pour désigner des territoires de forme irrégulière qui s’enchevêtrent entre eux.

(108. ) C’est à peu près la même métaphore que nous avons en français dans l’expression « la pierre de l’angle ».

(109. ) Cf. note 09.192. .

(110. ) Parmi les hauts fonctionnaires qui ont été les instigateurs de la révolution, il y en a deux qui sont les parents du roi de Tai ; ce sont Lieou Tchang, marquis de Tchou-hiu et Lieou Hing-kiu, marquis de Tong-meou, qui sont tous deux des frères cadets du roi de Ts’i et des neveux du roi de Tai. Ainsi, quand bien même les hauts fonctionnaires auraient des desseins cachés, ils devraient redouter, à la capitale même, deux des leurs qui sont des membres de la famille Lieou et, d’autre part, ils devraient craindre, au dehors, les soldats commandés par les membres de la famille Lieou qui ont le titre de roi.

(111. ) Au lieu de [], qui est la leçon des Mémoires historiques, le Ts’ien Han chou donne la leçon [] qui est préférable. Cette expression signifie « hésitant, incertain », parce que le singe (yeou) et l’éléphant (yu) sont d’un naturel indécis et méfiant.

(112. ) Fou K’ien dit que le mot keng représente la figure de la grande transversale ; mais cette explication reste obscure pour moi. D’après une autre interprétation, le mot keng est la formule divinatoire qui correspond à la ligne appelée la grande transversale ; Tchang Yen montre comment ce mot peut s’appliquer aux circonstances présentes :

« La barre transversale, c’est l’irréflexion et l’insoumission ( ?) ; le mot keng est l’équivalent du mot [] (changer) ; cela signifie : supprimer les seigneurs et s’emparer de la dignité impériale. Autrefois, les cinq empereurs, quand ils avaient gouverné l’empire et qu’ils étaient vieux, cédaient le pouvoir à un sage pour qu’il régnât. K’i (fils de Yu le grand, et second empereur de la dynastie Hia), le premier, hérita de la dignité de son père et put se conformer d’une manière glorieuse à I’œuvre du prince son prédécesseur. De même, l’empereur Wen (qui n’était encore que roi de Tai) succédant à son père (Kao-tsou), on dit qu’il ressemble à K’i, de la dynastie Hia.

(113. ) On sait que, dans le Tch’oen ts-ieou, l’expression désigne toujours le Fils du Ciel de la dynastie Tcheou.

(114. ) Aujourd’hui, sous-préfecture de Kao-ling, préfecture de Si-ngan, province de Chàn-si.

(115. ) Ce pont se trouvait sur la rivière Wei, au nord de Tch’ang-ngan. Le San fou kou che (c’est-à-dire le livre sur les choses anciennes des trois districts de la capitale, du Yeou fou fong et du Tso fong i) dit :

« Le palais Hien-yang était au nord du Wei ; le palais Hing-lo était au sud du Wei. Le roi Tchao (306-251 av. J.-C.), de Ts’in, réunit l’intervalle entre les deux palais en faisant sur la rivière Wei un pont qui était long de trois cent quatre-vingts pas.

Ce pont est assurément un des plus anciens ouvrages d’art dont l’histoire chinoise ait conservé le souvenir d’une manière certaine.

(116. ) Cf. note 09.119.

(117. ) Hong est le nom personnel qu’avait pris I, roi de Tch’ang-chan, lorsque l’impératrice Lu lui avait donné le titre d’empereur (cf. p. 420 et note 09.137).

(118. ) D’après les commentateurs Sou Lin, Siu Koang et Wei Tchao, le marquis de Yn-ngan et la femme du roi K’ing seraient deux personnages distincts. Mais, d’après Jou Choen, c’est la femme du roi K’ing qui avait le titre de marquise de Yn-ngan ; cet ennoblissement d’une femme n’est pas un fait unique à cette époque ; on a vu plus haut que Lu Siu avait été nommée marquise de Lin-koang(Cf. note 09.140. ) ; de même la femme de Siao Ho était marquise de Tsoan.

— Il nous reste à expliquer comment le mari de cette femme portait à la fois les titres de seigneur et de roi : elle avait épousé Lieou Hi ou Lieou Tchong (cf. note 08.335. ) qui était le frère aîné de Kao-tsou ; Lieou Tchong avait été d’abord roi, mais ensuite il fut dégradé et nommé marquis de Ho-yang (cf. note 08.336) ; il n’était donc plus qu’un seigneur quand il mourut. Dans la suite, son fils Lieou Pi fut nommé roi de Ou (cf. p. 398) et fit décerner à son père le titre posthume de roi K’ing ; c’est pourquoi Lieou Tchong est désigné dans notre texte à la fois sous les titres de seigneur (lie heou) et de roi (wang). — La marquise de Yn-ngan étant la veuve de l’aîné de la famille impériale, il était naturel qu’elle fût consultée dans une question de succession au trône.

(119. ) Lieou Tsé ; cf. p. 423.

(120. ) Le roi de Tc’hou, Lieou Kiao si, était le frère cadet de Kao-tsou ; c’était en ce temps le plus vénérable des membres de la famille impériale.

(121. ) Un maître qui reçoit un hôte se tourne vers l’ouest ; un souverain qui reçoit son sujet se tourne vers le sud. En se tournant vers l’ouest, le roi de Tai commence par se comporter comme un simple maître de maison ; lorsqu’il se tourne vers le sud, il montre qu’il en vient graduellement à traiter les assistants comme ses sujets.

(122. ) Cf. note 09.217. .

(123. ) Cf. note 09.119. .

(124. ) Aux hommes, on donnait un degré dans la hiérarchie (cf. Appendice I, § 2) ; non pas à tous les hommes, mais aux chefs de famille. Aux femmes, on donnait des bceufs et du vin ; d’après Yen Che-kou, on faisait ce don à l’épouse du chef de famille qui avait reçu un degré dans la hiérarchie ; d’après l’interprétation moins vraisemblable de Yo Yen, ce présent était destiné aux femmes qui n’avaient ni mari ni fils. Le nombre des bœufs et des che (cf. note 05.411. ) de vin qu’on donnait par groupe de cent foyers était variable ; dans le Traité sur les sacrifices fong et chan, on lit que l’empereur Ou, après avoir accompli ces cérémonies, donna au peuple un bœuf et dix che de vin par groupe de cent foyers.

(125. ) D’après les lois des Han, dit Wen Yng, quand trois personnes ou plus se réunissaient pour boire sans motif, elles commettaient un délit qui était puni d’une amende de quatre onces d’or. L’autorisation de banqueter pendant cinq jours était donc une licence extraordinaire. Le mot [] indique une distribution de nourriture, par opposition au mot [] qui indique une distribution d’argent.

(126. ) C’est-à-dire le lendemain même du jour où le roi de Tai avait accepté le titre d’empereur.

(127. ) Le territoire de Lang-ya fut rendu au roi de Ts’i.

(128. ) Cf. note 09.127. .

(129. ) On a vu plus haut (p. 447), que Pouo Tchao était le frère cadet de la reine-mère.

(130. ) Cf. note 06.524. .

(131. ) L’empereur fait observer qu’en nommant un héritier présomptif, il donne à entendre qu’il gardera le pouvoir jusqu’à ce que cet héritier puisse lui succéder. Or il se reconnaît indigne du trône ; ne ferait-il pas mieux d’abdiquer et, imitant l’exemple des anciens empereurs Yao et Choen, de céder le gouvernement à celui qui en est le plus digne dans l’empire ?

(132. ) Lieou Pi, roi de Ou, était fils du frère ainé de Kao-tsou (cf. note 08.362. ).

(133. ) Le roi de Hoai-nan s’appelait Lieou Tchang.

(134. ) La leçon des Mémoires historiques est [] ; la leçon du Ts’ien Han chou (chap. IV, p. 4 r°) est [] ; si l’on adopte cette dernière lecture, il faudra comprendre la phrase de la manière suivante :

« De tous ceux qui autrefois possédèrent l’empire, il n’y eut aucune dynastie qui dura aussi longtemps que les Yn et les Tcheou. Se-ma Tcheng commente, par inadvertance, le texte des Mémoires historiques comme s’il était identique à celui du Ts’ien Han chou.

(135. ) On a vu plus haut (note 124) que cette faveur était conférée en général aux chefs de famille. L’empereur Wen, au moment où il donne à son fils aîné le titre d’héritier présomptif, veut que, dans tout l’empire, les fils qui doivent succéder un jour à leurs pères reçoivent aussi un avantage. et c’est pourquoi il leur confère un degré dans la hiérarchie.

(136. ) C’était alors, dit Siu Koang, le jour i-se du premier mois (10 mars 179).

(137. ) Le Che ki luen men donne de cette phrase une explication qu’on peut exposer de la manière suivante : Dans l’antiquité, le Fils du Ciel prenait ses femmes chez les seigneurs qui avaient un nom de famille autre que le sien ; il nommait impératrice celle qui était issue de la famille la plus honorable. Maintenant cependant tous les rois-vassaux ont le même nom de famille que l’empereur, car ils sont membres de la famille Lieou ; le Fils du Ciel ne peut plus épouser leurs filles ou leurs sœurs ; dès lors, les femmes qu’il prendra ne pourront se distinguer entre elles parla noblesse plus ou moins grande de leur extraction ; celle qu’on nommera impératrice sera simplement la mère de l’héritier présomptif ; c’est le fils qui ennoblira sa mère.

(138. ) Le renard, disent les Chinois, est très défiant ; lorsqu’il veut traverser une rivière gelée, il commence par prêter l’oreille ; s’il entend le bruit de l’eau courant sous la glace, il ne s’aventure pas sur la couche gelée qu’il comprend être de trop peu d’épaisseur pour le porter. Ce trait de sagacité a fait du renard le symbole de la prudence méfiante.

(139. ) Tchoang-ou était à l’ouest de la sous-préfecture de Ki-mo, préfecture de Lai-tcheou, province de Chan-tong

(140. ) Les neuf hauts dignitaires de l’époque de Han étaient les titulaires des charges suivantes : 1. t’ai-tch’ang ; 2. koang-lou ; 3. wei-wei ; 4. t’ai-p’ou ; 5. ting-wei ; 6. ta-hong-lou ; 7. tsong-tcheng ; 8. ta-se-nong ; 9. chao-fou. Cf. Appendice I, § 1.

(141. ) C’est-à-dire à l’époque où le gouverneur de P’ei avait été nommé roi de Han par Hiang Yu.

(142. ) L’empereur avait nommé marquis de Tche son oncle maternel Pouo Tchao ; pour ne pas exciter de jalousie, il confère une dignité équivalente aux oncles maternels du roi de Hoai-nan, son frère, et du roi de Ts’i, son neveu.

(143. ) Cf. Mémoires historiques, chap. LVII.

(144. ) Au lieu du mot [], le Ts’ien Han chou donne le mot [], éloigner, de s’écarter de.

(145. ) Le Ts’ien Han chou ne mentionne pas cette éclipse ; en effet, il ne peut y avoir d’éclipse de soleil le quinzième jour d’un mois lunaire.

(146. ) Le soleil, la lune et les étoiles.

(147. ) C’est-à-dire le présent édit.

(148. ) Le mot [] a le même sens que le mot [] relai. Tous les trente li, il y avait un relai. Le mot fait allusion à la transmission continue qui s’opérait par le moyen de ces relais. — La fin de cet édit me paraît avoir le sens suivant : Après avoir exhorté tous les fonctionnaires à alléger les charges qui pèsent sur le peuple, l’empereur voudrait lui-même prêcher d’exemple en réduisant les dépenses militaires ; s’il était suffisamment vertueux, le prestige de sa bonté s’étendrait au loin et soumettrait les peuples barbares, qui sont ici les Hiong-nou ; mais, à cause de son imperfection morale, les Hiong-nou, loin de reconnaître sa supériorité, menacent incessamment l’empire ; leur mauvaise conduite, c’est-à-dire leurs incursions continuelles, lui causent des soucis jour et nuit ; il ne peut donc songer à diminuer le nombre des soldats qui tiennent garnison sur la frontière ; mais il pourra du moins faire des économies sur les troupes d’apparat, et c’est pourquoi il licencie sa garde ; il ne conserve que les chevaux strictement nécessaires pour ses équipages et donne tous les autres au service des postes.

(149. ) Le Ts’ien Han chou dit : Le mois initial, au jour ting-hai (24e du cycle). Cette date correspond au 15 février 178. Cf. Note rectificative sur la chronologie chinoise, ap. T’oung pao, vol. VII, pp. 509-525.

(150. ) C’était une coutume fort ancienne en Chine (cf. Li Ki, chap. Yue ling, trad. Legge, Sacred Books of the East, vol. XXVII, p. 254-255) que l’empereur labourât lui-même au printemps afin de donner l’exemple à son peuple, en l’invitant aux travaux de l’agriculture, et afin de fournir au temple ancestral les produits du sol, qui y devaient être présentés en offrande ; un champ spécial était réservé pour l’accomplissement de ce rite ; c’était le champ de mille meou (cf. tome I, note 04.384. ) ; on l’appelait aussi le tsi tien : c’est le terme que nous trouvons ici ; les commentateurs sont d’avis différents sur le sens du mot ; d’après Yng Chao, il signifierait que ce rite était une règle constante observée par les empereurs et les rois ; d’après Wei Tchao, le mot tsi signifierait emprunter ; l’empereur aurait emprunté les forces de son peuple pour labourer ; mais cette explication est certainement inadmissible, puisque nous savons au contraire que, lors de ce rite, l’empereur labourait en personne ; — le commentateur Tsan (on ne connaît pas son nom de famille ; il commenta le Livre des Han antérieurs) donne une autre explication qui est approuvée par Yen Che-kou et que nous adopterons à notre tour : Le mot tsi signifie marcher sur ; cela veut dire que l’empereur marchait en personne sur le champ et le labourait (T’ong kien kang mou, 2e année de Hiao-wen, 1er mois du printemps).

(151. ) Le roi Tchao dont il est ici question est ce Lieou Yeou que l’impératrice Lu avait fait mourir de faim (cf. p. 421).

(152. ) L’empereur consent, sur la demande qui lui en a été faite, à nommer rois trois de ses fils ; mais, auparavant, il nomme rois trois de ses neveux, afin de ne pas paraître se réserver des avantages exclusifs. — Le tableau chronologique du Ts’ien Han chou (chap. XIV, pp. 9 r° et 11 r°) rapporte ces nominations, non au troisième mois, mais au jour i-mao du deuxième mois (15 mars 178).

(153. ) Le Ts’ien Han chou rapporte ce décret au cinquième mois.

(154. ) L’empereur Yao, raconte la légende, avait fait dresser un drapeau dans un carrefour où se dressaient cinq routes ; si quelqu’un avait une amélioration à proposer, il allait se placer au pied de ce drapeau et parlait. De même, il y avait au temps de l’empereur Yao un poteau sur lequel tout homme pouvait aller inscrire ses critiques sur le gouvernement.

(155. ) L’empereur veut qu’on fasse une distinction entre ceux qui, de propos délibéré, ont formé des complots contre lui et ceux qui, dans un moment de colère, ont proféré des menaces qu’ils ne songeront jamais à mettre à exécution.

(156. ) Les contremarques en bronze (on en cuivre) portaient l’image d’un tigre, emblème de la valeur militaire ; elles servaient à lever des soldats ; elles mesuraient six pouces de longueur. Les contremarques en bambou n’avaient que cinq pouces de long.

Ces contremarques n’étaient en réalité que la moitié d’un insigne dont la partie droite restait à la capitale et dont la partie gauche était remise à celui qu’on voulait charger d’une mission ; en rapprochant l’une de l’autre les deux parties, on pouvait toujours contrôler si la contremarque n’était pas fausse. Yuen Yuen, dans le Tsi kou tchai tchong ting i k’i k’oan che (chap. X, p. 7° r° ; sur cet ouvrage, cf. Wylie, Notes on Chinese Literature, p. 116), reproduit l’inscription qui était gravée sur l’une de ces contremarques en bronze ; nous en donnons l’image ci-contre ; on lisait au dos de la contremarque sept petits caractères qui signifient : « Contremarque ornée d’un tigre remise à l’administrateur de la commanderie de Nan. » Sur l’autre face étaient gravés quatre gros caractères qui signifient : « Commanderie de Nan. Deuxième de gauche ( ?). » Ces caractères sont incrustés d’argent. Yuen Yuen rapproche de cet objet le texte même des Mémoires historiques que nous venons d’expliquer ; il ajoute que l’usage des contremarques ornées d’un tigre ne date pas de l’empereur Wen ; nous lisons en effet dans les Mémoires historiques eux-mêmes (chap. LXXVII, p. 2 r°) que le prince de Sin-ling enleva au roi de Wei sa contremarque ornée d’un tigre ; or le prince de Sin-ling, Wei Ou-ki, vivait à l’époque qui précéda l’établissement de la dynastie Ts’in. L’empereur Wen ne fut donc pas l’inventeur des contremarques ornées d’un tigre ; la seule innovation qu’il introduisit fut de les faire fabriquer en cuivre, au lieu qu’autrefois elles étaient en jade.

— Le bel ouvrage archéologique publié la 14e année de K’ien-long (1749) sous le titre de Si ts’ing kou kien présente (chap. XXXVIII, p. 8) le dessin d’un hou-fou de l’époque des Han ; nous l’avons reproduit ci-dessus, à droite de l’inscription que nous a fournie Yuen Yuen.

(157. ) Le Ts’ien Han chou rapporte ce décret, en même temps qu’une éclipse de soleil, au dernier jour du onzième mois, et dit que ce jour était ting-mao (21 janvier 177) ; puisque le dernier jour du mois précédent était ting-y-eou ; le onzième mois dut avoir trente jours ; or, dans mon Tableau chronologique (T’oung-pao, vol. VII), j’ai supposé arbitrairement que le onzième mois avait uniformément 29 jours, quelle que fût l’année, et c’est pourquoi lé jour ting-mao serait, d’après ce tableau, le 1er du 12e mois ; il est probable que le Tableau est ici fautif et que le Ts’ien Han chou a raison ; aussi le tableau que j’ai donné ne prétend-il à l’exactitude qu’à un jour près, car les mêmes mois n’ont pas eu toujours les uns 29 et les autres 30 jours dans des années différentes.

(158. ) Lieou Tchang, troisième fils de Lieou Fei, roi Tao-hoei de Ts’i.

(159. ) Lieou Tchang fils de Kao-tsou et frère de l’empereur Wen. Sur le meurtre dont il se rendit coupable, cf. Mémoires historiques, chap. CXVIII.

(160. ) Le palais Kan-ts’iuen était à 120 li au nord-ouest de la sous-préfecture de King-yang, préfecture de Si-ngan, province de Chàn-si. A l’origine, c’était sous les Ts’in le palais Lin-koang ; l’empereur Ou devait l’agrandir plus tard et lui donner le nom de palais Yun-yang.

(161. ) On verra plus loin (chap. CX) que le mot chinois hien = sage traduit le turc doghri ; le roi sage de droite était le roi doghri de l’Occident.

(162. ) Le Che ki luen wen fait une phrase des mots : fei tch’ang kou wang lai.

(163. ) Il faut comprendre que les Barbares dont il est ici question sont ceux qui étaient soumis à la Chine et qui résidaient sur sa frontière. Dans le chapitre CX, p. 5 v°, on lit [] :

« il envahit et ravagea (le territoire des) barbares qui habitaient dans la commanderie de Chang auprès de nos retranchements et de notre barrière. » Le Dictionnaire de K’ang-hi, qui cite cette dernière phrase, dit que le mot [] est ici l’équivalent du mot [] qui signifie « rempart, retranchement ».

(164. ) Le mot [] signifie proprement « ce qu’écrase la roue d’un char ».

(165. ) Cf. note 07.239.

(166. ) Le mot [] doit être ici l’équivalent du mot [] qui a constamment le sens de « supprimer ou abolir une charge » dans le Po koan piao du Ts’ien Han chou.

(167. ) On appelait ts’ai koan des soldats d’élite qui étaient chargés du maniement des grosses arbalètes : il fallait être très vigoureux pour bander ces armes ; pour tirer, le soldat s’asseyait à terre, retenait l’arme avec ses deux pieds et, se renversant en arrière, tirait à lui de toute sa force la corde de l’arbalète ; on peut voir cette manœuvre exécutée par deux personnages sur un des bas-reliefs qui furent exécutés dans le Chan-tong au milieu du IIe siècle après notre ère (cf. La sculpture sur pierre en Chine, pl. XIII, registre supérieur, extrémité de droite ; la partie supérieure du corps des personnages est effacée, mais on voit nettement l’arbalète sur laquelle ils ont posé leurs pieds et on se rend compte de la manière dont ils s’y prenaient pour tirer).

— L’expression ts’ai-koan se retrouve dans d’antres passages de Se-ma Tsien : § Chap. LVII, p. 1 r° : « il était ts’ai-koan et bandait le gros arc ». § Chap. XCVI, p. 3 r° : « en qualité de ts’ai-koan, il bandait avec les pieds l’arbalète ».

(168. ) Le T’ai-yuen était une commanderie. Aujourd’hui, T’ai-yuen-fou, province de Chān-si.

(169. ) Cf. note 08.349. , ad fin.

(170. ) Cf. note 102. Tsin-yang et Tchong-tou étaient les villes principales du royaume de Tai que gouvernait l’empereur Wen avant de prendre le pouvoir suprême.

(171. ) Cf. note 06.109. .

(172. ) Aujourd’hui, préfecture secondaire de Tchao, province de Tche-li.

(173. ) Siu Koang dit : Son nom de famille était Tseng ; il mourut la onzième année (169 av. J.-C.), de l’empereur Wen ; son titre posthume fut King.

(174. ) Au sud-est de la sous-préfecture actuelle de K’i, préfecture de T’ai-yuen, province de Chàn-si.

(175. ) Cf. note 172.

(176. ) Cf. Mém. hist. , chap. CXIV.

(177. ) Cf. Introduction, note 177, et tome II, note 08.206. .

(178. ) K’iong-tou est mentionné dans le chapitre CXV des Mémoires historiques comme l’une des plus importantes entre ces principautés des barbares du sud-ouest qui ne furent soumises que par l’empereur Ou ; au temps de l’empereur Wen, la Chine n’avait point encore établi son administration dans ce pays et le roi de Hoai-nan était, en fait, exilé au delà des limites de l’empire ; K’iong-tou se trouvait à l’extrême-sud de la province de Se-tch’oan, à quelque distance au sud-est de la sous-préfecture de Si-tch’ang qui fait partie de la ville préfecturale de Ning-yuen. — Le district de Yen, dont le centre administratif était plus au nord (à quelque distance à l’ouest de la sous-préfecture de Ya-ngan, préfecture de Ya-tcheou, province de Se-tch’oan), marquait la vraie limite des possessions chinoises du sud ; on appelait « district » une région habitée par des populations barbares, mais soumise à l’autorité chinoise.

(179. ) Le roi se laissa mourir de faim dans le char qui l’emportait ; sur les circonstances dramatiques de cet événement, cf. Mémoires historiques, chap. CXVIII.

(180. ) Le roi de Hoai-nan était le propre frère de l’empereur Wen.

(181. ) Lieou Ngan, marquis de Feou-ling.

(182. ) Lieou P’o, marquis de Ngan-yang.

(183. ) Lieou Ts’e, marquis de Tcheou-yang.

(184. ) Le mot « Providence » me paraît être celui qui rend le mieux l’expression chinoise [].

(185. ) Cette institution jette quelque jour sur la conception toute juridique que les Chinois se faisaient alors de la responsabilité morale ; pour toute faute commise, il fallait un coupable qui en portât la peine ; afin d’éviter que le châtiment céleste atteignit l’empereur lui-même, des prieurs officiels avaient pour mission de détourner la calamité sur quelque tête de moindre importance ; la justice divine était satisfaite par ce stratagème puisqu’elle obtenait une expiation, un rachat de l’offense qui lui avait été faite. Le châtiment était compris, non comme une punition infligée au vrai coupable, mais comme un dédommagement offert à la personne lésée. L’empereur Wen vit ce que cette notion avait de grossier ; il revendiqua hautement pour lui-même la responsabilité de ses actes et refusa de détourner la colère des dieux par une supercherie qui n’était qu’une enfantine superstition.

(186. ) Ce Choen-yu I laissa la réputation d’un médecin illustre ; cf. Mém. hist., chap. CV. Il avait dans le pays de Ts’i la charge d’intendant en chef du grenier public ; cette fonction existait aussi à la cour des Han où l’intendant en chef et l’intendant en second du grenier public dépendaient du ministère de l’agriculture ou ta-se-nong (cf. Appendice, I, § 1). Cette anecdote est racontée en termes presque identiques à ceux que nous trouvons ici dans le chapitre Hing fa tche du Ts’ien Han chou (chap. XXIII, p. 5 v°-6 r°).

(187. ) Choen. Ce texte justifierait une interprétation de la phrase […] autre que celle que nous avons donnée dans les Annales principales des cinq empereurs (cf. tome I, note 01.243. ) ; le mot [] aurait le sens de « forme, apparence » donnée aux coupables par les habits spéciaux dont on les revêtait.

(188. ) Mong Kang dit que les trois sortes de mutilation étaient : 1° la marque ; 2° l’ablation du nez ; 3° l’ablation du pied gauche ou du pied droit. — Le commentaire du T’ong kien kang mou prétend que l’empereur Wen ne supprima pas la peine de la castration. Mais cette assertion est en contradiction avec un texte que nous trouverons vers la fin de ce chapitre.

(189. ) Ces deux vers se trouvent à la fin de la première strophe de l’ode 7 de la deuxième décade du Ta-ya. M. Legge (Chinese Classics, vol. IV. p. 490, note) traduit « happy and courteous » ; mais il renvoie en même temps au texte du Li ki (cf. Legge, Sacred Books of the East, vol. XVIII, p. 340), où le commentaire donne à entendre que ces deux mots attribuent au prince dans l’éducation de son peuple l’énergie d’un père et la douceur d’une mère dans l’éducation de leurs enfants. C’est bien là le sens dans lequel l’empereur Wen doit comprendre la citation qu’il fait du Che king.

(190. ) On trouvera, dans le chapitre Hing fa tche du Ts’ien Han chou (chap. XXIII, p. 6), l’énumération des châtiments qui furent substitués, dans le code, aux mutilations.

(191. ) C’est-à-dire qu’on ne fait aucune différence entre les agriculteurs et les marchands.

(192. ) T’chao-no était au sud-est de la ville préfecturale de P’ing-leang, province de Kan-sou.

(193. ) Le mot [] peut exprimer la continuité dans le temps et dans l’espace, c’est-à-dire la longue durée et la grande distance. Le Chouo-wen phonétique (chap. XIV, p. 36 r°) en donne plusieurs exemples.

(194. ) La suite des idées est celle-ci : C’est moi qui suis chargé de faire les offrandes aux dieux. Quoique je gouverne mal, voici quatorze ans que mon règne est prospère ; ce n’est pas moi, ce sont les dieux qui en sont cause ; je suis confus de reconnaître si mal leurs bienfaits ; j’augmente donc la valeur des dons que je leur offre.

(195. ) Le sacrifice wang se faisait de loin ; quoique les anciens rois étendissent au loin leurs bienfaits et leurs sacrifices, ce n’était pas afin de s’assurer à eux-mêmes le bonheur.

(196. ) « Ils mettaient à droite les sages et à gauche leurs propres parents. » On a vu (note 09.127. ) que la droite était la place d’honneur à l’époque de Se-ma Ts’ien.

(197. ) Le mot [] se prononce ici comme le mot [] et signifie « bonheur ».

(198. ) Sur tout ce paragraphe, cf. le Traité sur les sacrifices fong et chan (Mémoires historiques, chap. XXVIII).

(199. ) A 30 li au nord de la sous-préfecture de Ts’in-ngan, préfecture secondaire de Ts’in, province de Kan-sou. — Cette localité passait pour le lieu de naissance de l’empereur mythique Fou-hi (cf. tome I, p. 5).

(200. ) D’après les commentaires du T’ong kien kang mou, c’est à cette date que fut régulièrement constitué le culte des cinq Empereurs d’en haut. Cependant la théorie, sinon la pratique du culte, semble avoir admis l’existence de cinq Empereurs d’en haut dès le temps des Ts’in et, à coup sûr, dès le début de la dynastie Han (cf. le Traité sur les sacrifices fong et chan, 1e trad. , p. 20 et p. 36).

(201. ) Ces temples étaient à 30 li à l’est de Hien-yang, Sur tout ce qui a trait à ces innovations religieuses, cf. le Traité sur les sacrifices fong et chan.

(202. ) Cf. note 06.290. .

(203. ) On appelait perfection du jade une sorte de jade qui n’apparaissait que lorsque les cinq vertus fondamentales élaienl pratiquées. La perfection du jade est mentionnée dans le Traité sur les objets merveilleux de bon augure dans l’Histoire des Song ; elle est représentée sous la forme d’une tablette carrée dans les bas-reliefs de l’époque des Han postérieurs (cf. La sculpture sur pierre en Chine, p. 34 ; la représentation de cette tablette devrait se trouver à droite de la planche VI a ; mais l’estampage est incomplet et il faut recourir aux dessins du Kin che souo). — Au temps de l’empereur Wen, la perfection du jade apparut sous la forme d’une tasse ; cf. Six lignes plus bas.

(204. ) C’est-à-dire que la dix-septième année du règne de l’empereur Wen fut comptée comme la première d’une nouvelle période.

(205. ) C’est-à-dire les pays barbares des quatre points cardinaux.

(206. ) Au lieu de [], le Ts’ien Han chou (chap. IV, p. 7 v°) donne la leçon [] ; il faudrait alors traduire : « . . . n’ont pu les informer de leur désir intime ». Le sens que suppose la leçon de Se-ma Ts’ien me paraît préférable. Sur tout ce qui concerne les relations de l’empereur Wen avec les Hiong-nou, cf. le chap. CX des Mémoires historiques.

(207. ) Cf. note 06.252. .

(208. ) Titre du grand chef des Hiong-nou ; cf. Mém. hist. , chap. CX.

(209. ) Le mot [] qui peut signifier aussi « se révolter contre » est amphibologique ; Yen Che-kou l’explique en disant qu’il a ici le sens de « revenir ».

(210. ) L’édition des Ming et l’édition de K’ien-long donnent la leçon [] qui ne me paraît présenter aucun sens ; le Che ki luen wen écrit [] « nouveau, récent » ; cette leçon, qui est aussi celle du Ts’ien Han chou, doit sans doute être adoptée.

(211. ) Dans l’expression [aabc], le mot [a] est expliqué par Kao Yeou, commentateur du Tchan kouo ts’é comme signifiant « bon, excellent ». Cette interprétation est adoptée par Yen Che-kou. Si le mot [a] est répété deux fois, c’est dit Yao Tch’a, pour indiquer qu’il ne s’agit pas d’un seul homme, mais d’une multitude.

(212. ) La sixième année de la seconde période de l’empereur Wen correspond en gros à l’année 158 avant J.-C. ; mais l’hiver, qui était le commencement de l’année, est presque tout entier compris dans les derniers mois de l’année 159.

(213. ) D’après Siu Koang, il faudrait lire : le tchong-ta-fou-ling Mien. Mais Yen Che-kou remarque avec raison que le titre de tchong-ta-fou-ling ne fit son apparition que sous le règne de l’empereur King, successeur de l’empereur Wen ; Ling est donc le nom de famille du personnage dont le nom personnel était Mien ; il exerçait la charge de tchong-ta-fou ; cette fonction qui était subordonnée au lang-tchong-ling, rentrait dans la classe des fonctions « assimilées à celles qui étaient payées 2000 che ».

(214. ) Fei-kou ou la passe de Fei-kou était au nord de la sous-préfecture actuelle de Koang-tch’ang, préfecture secondaire de I, province de Tche-li.

(215. ) Kiu (et non Keou)-tchou était le nom d’une montagne qui fut aussi appelée Si-king ; elle se trouvait à 25 li à l’ouest de la préfecture secondaire de Tai dans le Chān-si.

(216. ) Tcheou Ya-fou était le second fils de ce Tcheou P’o, marquis de Kiang, que nous avons vu si souvent cité dans les pages précédentes.

(217. ) Les commentateurs sont divisés sur la question de savoir où se trouvait exactement Si-leou ; d’après le T’ong kien kang mou, Si-leou était le nom d’une source qui était dans l’intérieur de la ville préfecturale de Si-ngan, au sud de l’étang auquel l’empereur Ou donna le nom d’étang Koen-ming ; si l’on admet cette hypothèse, Si-leou aurait été au sud de la rivière Wei. C’est au contraire au nord de ce cours d’eau que le T’ong kien tsi lan place Si-leou, en disant que c’était un grenier au sud-ouest de la sous-préfecture de Hien-yang. Quoi qu’il en soit, ce qui est certain, c’est que cette localité était fort voisine de la capitale.

(218. ) A 18 li au nord-est de Hien-yang, l’ancienne capitale de Ts’in Che-hoang-ti.

(219. ) Nous trouvons ici pour la première fois ce terme de Hou, que, pendant de longs siècles encore, les historiens chinois appliqueront aux peuplades de race turque qui succédèrent aux Hiong-nou.

(220. ) C’est-à-dire les interdictions de ramasser du bois dans les forêts et de pêcher dans les étangs.

(221. ) Les greniers sont désignés ici par les deux mots [ab] : d’après Hou Koang, on nommait [a] les greniers qui étaient dans les villes, et [b] les greniers qui étaient dans la campagne.

(222. ) Cf. Appendice I, § 2.

(223. ) C’est-à-dire cent livres d’or.

(224. ) A 35 li à l’est de la ville préfecturale de Si-ngan.

(225. ) Cf. Mémoires historiques, chap. CXIII.

(226. ) Cf. Mém. hist. , chap. CVI. Lieou Pi, roi de Ou, était fils de Lieou Tchong, frère aîné de Kao-tsou. Il était donc cousin germain de l’empereur Wen.

— L’escabeau et le bâton étaient les présents que le souverain faisait à un officier âgé de plus de soixante-dix ans, lorsqu’il voulait l’honorer en le retenant à son service (cf. Li ki, chap. k’iu li, tr. Legge, Sacred Books of the East, vol. XXVII, p. 66).

(227. ) D’après ma chronologie, le jour ki-hai serait le premier du sixième mois. Il est assez singulier que ni Se-ma T’sien, ni Pan Kou ne mentionnent que ce jour était le premier du mois ; peut-être était-ce le second, car la chronologie que je propose peut toujours comporter une erreur d’un jour au commencement et à la fin de chaque mois.

— D’après le commentateur Tsan, l’empereur était âgé de quarante-six ans quand il mourut ; d’après Siu Koang, il était agé de quarante-sept ans.

(228. ) Littéralement « les armes offensives et les cuirasses », c’est-à-dire la guerre.

(229. ) Le deuil devait donc durer en tout trente-six jours ; d’après Yng Chao, l’empereur Wen aurait changé en jours les mois du deuil qui devait normalement durer trois ans, c’est-à-dire trente-six mois. Yen Che-kou condamne cependant cette explication en disant que, dès l’antiquité, le deuil dit de trois ans n’a jamais duré que vingt-sept mois.

(230. ) D’après Yng Chao (cité par le commentaire du Tong kien kang mou), dans la hiérarrhie des concubines impériales, après les fou-jen venaient les mei-jen, puis les leang-jen, les pa-tse, les ts’i-tse, les tch’ang-che et enfin les chao-che.

(231. ) Cf. note 06.441. .

(232. ) C’est-à-dire de la capitale ; le nei-che était le fonctionnaire qui administrait le district où se trouvait la capitale.

(233. ) En d’autres termes, on donnait le nom de tsou au conquérant qui avait fondé une dynastie par la force ; on appelait tsong l’empereur qui organisait et affermissait le gouvernement de la dynastie par ses institutions équitables et ses vertueuses décisions.

(234. ) Le vin tcheou était un vin destiné aux sacrifices ; on le fabriquait le premier jour du premier mois et il se trouvait terminé dans le courant du huitième mois. L’empereur Ou profita de la cérémonie dans laquelle on goûtait le vin tcheou au huitième mois, pour exiger des seigneurs une redevance qui devait être payée à cette date sous le prétexte d’aider aux dépenses des sacrifices ; cette redevance était appelée l’or du tcheou.

(235. ) La danse de la Vertu guerrière était une danse où l’on symbolisait des combats ; elle avait été instituée par l’empereur Kao-tsou. La danse du Commencement pacifique était attribuée à l’empereur Choen et la danse des cinq éléments à la dynastie Tcheou. Cf. le chapitre li yo tche du Ts’ien Han chou.

(236. ) Allusion à la suppression des passeports décidée par l’empereur Wen la douzième année de son règne.

(237. ) Cf. p. 465.

(238. ) Cf. p. 475-476.

(239. ) Cf. p. 458.

(240. ) Se-ma Ts’ien écrit ici [], ce qui n’est qu’une répétition inadmissible. Le Ts’ien Han chou (chap. V, p. 1 r°) écrit ici [] ; cette phrase ne fait pas double emploi avec la précédente, car dans l’un il s’agit des trois mutilations (cf. note 09.127. ) et dans l’autre de la castration.

(241. ) Les deux matières sur lesquelles on écrivait alors les livres.

(242. ) Cf. Appendice I.

(243. ) La différence de sens entre les mots [] et [] est bien marquée dans le début du chapitre XXIII des Mémoires historiques. Nous reviendrons sur ce sujet dans nos notes à ce chapitre. — Le décret de l’empereur est ici suivi immédiatement de la requête que lui adressèrent ses ministres.

(244. ) Ce texte se retrouve avec de légères variantes dans le Luen yu, livre XIII, chap. XI et chap. XII. Mais la phrase que Se-ma Ts’ien cite en premier lieu est placée la dernière dans le Luen yu. Le sens de cette citation est assez clair : ce n’est qu’après une génération, c’est-à-dire après trente ans, qu’apparaît la bonté ; c’est ainsi que la bonté apparut avec l’empereur Wen qui régna une quarantaine d’années après la fondation de la dynastie Han. Cependant, quelque excellents que soient des princes, il faut au moins cent ans pour que leur gouvernement produise la perfection dans leurs États et c’est pourquoi l’empereur Wen ne put réaliser les grandes réformes qu’il avait projetées ; il laissa la gloire de les accomplir à l’empereur qui régna en effet une centaine d’années après l’avènement des Han, c’est-à-dire à l’empereur Ou au temps de qui écrivait Se-ma Ts’ien.

(245. ) La bonté, définie comme un état intermédiaire entre la violence qui préside aux débuts de la dynastie et la perfection qui ne peut apparaître qu’après un siècle environ de bon gouvernement.



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