Mémoires historiques/39

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Maisons héréditaires
Neuvième maison
Tsin

CHAPITRE XXXIX

Neuvième maison héréditaire

Tsin (101).


p.249 Le puîné Yu, (prince) de T’ang, était fils du roi Ou, p.250 de (la dynastie) Tcheou, et frère cadet du roi Tch’eng. Autrefois, à un moment où le roi Ou se trouvait réuni avec (celle qui devait être) la mère du puîné Yu, il rêva (102) que le Ciel disait au roi Ou :

— Je vous ordonne d’engendrer un fils qui s’appellera Yu ; je lui donnerai (le pays de) T’ang.

Quand (le roi Ou) eut engendré un fils, celui-ci portait tracé sur sa main le caractère yu ; on lui donna donc le nom de Yu.

p.251 A la mort du roi Ou, le roi Tch’eng prit le pouvoir. (Le prince de) T’ang fit des troubles ; le duc de Tcheou extermina et anéantit (la maison princière de) T’ang (103). Le roi Tch’eng, jouant avec le puîné Yu, tailla une feuille d’éléococca en forme de tablette d’investiture et la donna au puîné Yu, en lui disant :

— Par cela, je vous confère un fief.

Alors le clerc I demanda qu’on choisît un jour pour donner l’investiture au puîné Yu ; le roi Tch’eng dit :

— Je ne faisais que jouer avec lui.

Le clerc I répliqua :

— Le Fils du Ciel ne dit rien par plaisanterie ; quand il parle, le clerc note ses paroles par écrit ; les rites les accomplissent ; la musique les chante.

C’est pourquoi donc on conféra au puîné Yu le fief de T’ang ; T’ang était un territoire de cent li carrés situé à l’est du Ho et de (la rivière) Fen ; de là vint la dénomination du « puîné Yu, (prince) de T’ang ». Son nom de famille était Ki ; son appellation était Tse-yu (103e).

Le fils du puîné (prince de) T’ang fut Sie ; ce fut le marquis de Tsin. Le fils du marquis de Tsin fut Ning-tsou ; ce fut le marquis Ou. Le fils du marquis Ou fut Fou-jen ; ce fut le marquis Tch’eng. Le fils du marquis Tch’eng fut Fou ; ce fut le marquis Li. Le fils du marquis Li fut I-kieou ; ce fut le marquis Tsing. A partir du marquis Tsing, on peut poursuivre le compte des années ; mais pour les cinq générations qui vont du puîné (prince de) T’ang au marquis Tsing, on n’a pas les nombres d’années qui leur correspondent.

La dix-septième année (842) du marquis Tsing, le roi Li, de (la dynastie) Tcheou, fut stupide et cruel ; les gens p.252 du royaume se révoltèrent ; le roi Li sortit (de sa capitale) et s’enfuit à Tche ; les principaux ministres exercèrent le gouvernement ; c’est pourquoi on appela (cette régence) « mutuelle harmonie » (kong-ho). — La dix-huitième année (841), le marquis Tsing mourut. Son fils, Se-t’ou, qui fut le marquis Hi, prit le pouvoir. — La quatorzième année (827) du marquis Hi, le roi Siuen, de (la dynastie) Tcheou, prit le pouvoir. — La dix-huitième année (823), le marquis Hi mourut. Son fils, Tsi, qui fut le marquis Hien, prit le pouvoir. — Le marquis Hien mourut dans la onzième année de son règne (812). Son fils, Fei-wang, qui fut le marquis Mou, prit le pouvoir.

La quatrième année de son règne (808), le marquis Mou prit pour femme la fille (du prince) de Ts’i, du clan Kiang. — La septième année (805), il combattit à T’iao (104) et engendra l’héritier présomptif Tch’eou (105) ; la dixième année (802), il combattit à Ts’ien-meou (106) et y remporta de la gloire ; il engendra son fils cadet qu’il nomma Tch’eng-che (107). Che-fou, (du pays) de Tsin, dit :

— Combien étranges sont les noms que le prince a donnés à ses fils ! L’héritier présomptif s’appelle Tch’eou ; or Tch’eou signifie « ennemi ». Le fils cadet s’appelle Tch’eng-che ; Tch’eng-che est une grande dénomination qui désigne un p.253 homme qui aura du succès. Les noms portent en eux-mêmes leur destinée (108), comme les êtres portent en eux-mêmes leur sort assuré. Or les noms du fils qui est le premier par la naissance et du fils de naissance secondaire sont contraires (à ce qu’ils devraient être). Dans la suite, comment Tsin pourrait-il être exempt de troubles ?

— La vingt-septième année (785), le marquis Mou mourut. Son frère cadet Chang-chou s’arrogea le pouvoir ; l’héritier présomptif Tch’eou sortit (du royaume) et s’enfuit.

La troisième année (782) de Chang-chou, le roi Siuen, de (la dynastie) Tcheou, mourut. — La quatrième année (781), Tch’eou, héritier présomptif du (défunt) duc Mou, à la tête de ses partisans attaqua par surprise Chang chou et prit le pouvoir ; ce fut le marquis Wen.

La dixième année (771) du marquis Wen, le roi Yeou, de (la dynastie) Tcheou, se conduisit contrairement à la raison ; les K’iuen-jong le tuèrent ; les Tcheou se transportèrent du côté de l’est et le duc Siang, de Ts’in, pour la première fois, fut mis au rang des seigneurs. — La trente-cinquième année (746), Tch’eou, marquis Wen, mourut ; son fils, Po, qui fut le marquis Tchao, prit le pouvoir.

La première année (745) de son règne, le marquis Tchao donna en fief à Tch’eng-che, frère cadet du (défunt) marquis Wen, (la ville de) K’iu-ou (109) ; la ville de K’iu-ou était plus grande que I (110), la capitale des princes de Tsin. Quand Tch’eng-che eut reçut en fief K’iu-ou, il prit le surnom de Hoan-chou. Il eut pour conseiller p.254 Loan Pin, petit-fils de naissance secondaire du (défunt) marquis Tsing. Hoan-chou, en ce temps, était déjà âgé de cinquante-huit ans ; il aimait la vertu ; toute la multitude du royaume de Tsin lui était attachée. Les sages dirent :

— Les troubles (qui désoleront) Tsin auront leur origine à K’iu-ou ; quand la branche cadette est plus grande que la tige principale et quand elle s’est gagné le cœur du peuple, comment pourrait-on s’attendre à ce qu’il n’y ait pas de troubles ?

— La septième année (739), P’an-fou, un des principaux ministres de Tsin, assassina son prince, le marquis Tchao, et alla chercher Hoan-chou à K’iu-ou ; Hoan-chou voulait entrer dans (la capitale de) Tsin, mais les gens de Tsin mirent une armée en campagne et l’attaquèrent ; Hoan-chou fut battu, se retira et revint à K’iu-ou . Les gens de Tsin s’entendirent pour donner le titre de prince à P’ing, fils du marquis Tchao ; ce fut le marquis Hiao. Il extermina P’an-fou et les siens.

La huitième année (111) (731) du marquis Hiao, Hoan-chou, (prince) de K’iu-ou, mourut ; son fils, Chan, le remplaça ; ce fut le comte Tchoang, de K’iu-ou. — La quinzième année (724) du marquis Hiao, le comte Tchoang, de K’iu-ou, assassina son prince, le marquis Hiao, de Tsin, à I ; les gens de Tsin attaquèrent le comte Tchoang, de K’iu-ou, qui rentra à K’iu-ou. Les gens de Tsin donnèrent derechef le titre de prince à K’i, fils du marquis Hiao ; ce fut le marquis Ngo.

La deuxième année (722) du marquis Ngo, le duc Yn, de Lou, monta sur le trône. — La sixième année (718) de son règne, le marquis Ngo mourut. Le comte Tchoang, p.255 de K’iu-ou, apprenant que le marquis Ngo était mort, leva des troupes et attaqua Tsin ; le roi P’ing, de Tcheou, envoya le duc de Kouo, à la tête d’une armée, combattre le comte Tchoang, de K’iu-ou ; celui-ci alla se garder à K’iu-ou. Les gens de Tsin s’entendirent pour mettre sur le trône Koang, fils du marquis Ngo ; ce fut le marquis Ngai (112).

La deuxième année (716) du marquis Ngai, le comte Tchoang, de K’iu-ou, mourut. Son fils, Tch’eng, prit le pouvoir à sa place ; ce fut le duc Ou, de K’iu-ou. — La sixième année (712) du marquis Ngai, des gens de Lou assassinèrent leur prince, le duc Yn. — La huitième année (710) du marquis Ngai, Tsin (113) envahit le territoire de Hing-t’ing ; (les gens de) Hing-t’ing s’entendirent avec le duc Ou, de K’iu-ou, et la neuvième année (709), ils attaquèrent Tsin au bord de (la rivière) Fen et firent prisonnier le marquis Ngai. Alors les gens de Tsin donnèrent le titre de prince à Siao-tse, fils du marquis Ngai ; ce fut le marquis Siao-tse.

La première année (709) de Siao-tse, le duc Ou, de K’iu-ou, chargea Han Wan (114) de tuer le marquis Ngai, de Tsin, qui avait été fait prisonnier. K’iu-ou devenait de plus en plus fort ; Tsin ne savait que devenir. — La quatrième année (706) de Siao-tse, de Tsin, le duc Ou, de K’iu-ou, manda sous un faux prétexte Siao-tse, de Tsin, et le tua. Le roi Hoan, de (la dynastie) Tcheou, chargea p.256 (le prince descendant de) Kouo-tchong (115) d’attaquer le duc Ou, de K’iu-ou ; le duc Ou rentra dans K’iu-ou. Alors on donna le titre de marquis de Tsin à Min, frère cadet du marquis Ngai, de Tsin.

La quatrième année (703) de Min, marquis de Tsin, (les gens de) Song se saisirent de Tchai Tchong, (du pays) de Tcheng, et nommèrent Tou prince de Tcheng (116). — La dix-neuvième année (688) du marquis de Tsin, Koan Tche-fou, (du pays) de Ts’i, assassina son prince, le duc Siang (117). — La vingt-huitième année (679) du marquis de Tsin, le duc Hoan, de Ts’i, pour la première fois eut l’hégémonie. Le duc Ou, de K’iu-ou, attaqua Min, marquis de Tsin, et l’anéantit. Il prit tous ses ustensiles précieux pour en faire cadeau au roi Hi, de (la dynastie) Tcheou ; le roi Hi décréta que le duc Ou, de K’iu-ou, deviendrait prince de Tsin et aurait rang de seigneur ; alors (le duc Ou) s’annexa tout le territoire de Tsin et le posséda. A ce moment, le duc Ou, de K’iu-ou, p.257 avait déjà été trente-sept ans au pouvoir. Il changea son titre et s’appela le duc Ou, de Tsin ; c’est alors que, pour la première fois, le duc Ou, de Tsin, prit pour capitale celle du royaume de Tsin (118) ; il était dans la trente-huitième année de son règne, si on fait entrer en ligne de compte les années pendant lesquelles il avait auparavant régné à K’iu-ou. Tch’eng, duc Ou, était l’arrière-petit-fils de l’ancien marquis Mou, de Tsin, et le petit-fils de Hoan-chou, (prince) de K’iu-ou ; Hoan-chou fut le premier qui reçut en fief (la ville de) K’iu-ou ; le duc Ou était le fils du comte Tchoang. Depuis l’époque où Hoan-chou reçut pour la première fois en fief (la ville de) K’iu-ou (745) jusqu’au moment où le duc Ou anéantit Tsin (679), il s’était écoulé soixante-sept années ; alors en définitive (le représentant de la branche cadette) supplanta (les princes de) Tsin et devint seigneur. — Le duc Ou mourut deux ans (677) après avoir supplanté (le prince de) Tsin ; si on fait entrer en ligne de compte les années passées à K’iu-ou, il avait été au pouvoir pendant en tout trente-neuf années quand il mourut. Son fils, Koei-tchou, qui fut le duc Hien, prit le pouvoir.

La première année (676) du duc Hien, le roi Hoei, de (la dynastie) Tcheou, fut attaqué par son frère cadet, T’oei ; il sortit (de son. royaume), s’enfuit et se fila dans la ville de Li (119), (du pays) de Tcheng. — La cinquième année (672), (le duc Hien) attaqua les Li-Jong (120) ; il prit (la femme p.258 appelée) Li-Ki et sa sœur cadette ; il les aima toutes deux et leur accorda ses faveurs. — La huitième année (669), Che Wei dit au duc :

— Les kong-tse (descendants) des anciens princes (121) de Tsin sont très nombreux ; si on ne les extermine pas, des troubles vont s’élever.

Alors (le duc) le chargea de tuer tous les kong-tse ; puis il éleva des remparts à Tsiu et y fixa sa capitale ; il appela (cette ville) Kiang ; c’est alors, pour la première fois, que la capitale fut à Kiang (122). — La neuvième année (668), comme plusieurs kong-tse de Tsin avaient pu s’enfuir dans (le pays de) Kouo, (le prince de) Kouo, prenant leur cause en main, attaqua à deux reprises Tsin, mais ne fut pas vainqueur. — La dixième année (667), (le duc de) Tsin voulait attaquer Kouo, mais Che Wei lui dit :

— Attendez qu’il s’y produise des troubles.

— La douzième année (665), (la femme appelée) Li-Ki enfanta Hi-ts’i ; le duc Hien eut l’intention de dégrader l’héritier présomptif ; il dit donc :

— K’iu-ou (123) est (la ville) où se trouve le temple ancestral de mon premier ancêtre ; en outre, (la ville de) P’ou (124) est sur la frontière de Ts’in, (la ville de) K’iu (125) est sur la frontière des Ti ; si je n’envoie pas mes fils y p.259 résider, j’aurai peur.

Alors il envoya l’héritier présomptif Chen-cheng demeurer à K’iu-ou, le kong-tse Tch’ong-eul demeurer à P’ou, et le kong-tse I-ou demeurer à K’iu. Le duc Hien demeura à Kiang avec Hi-ts’i, fils de Li-Ki. Le royaume de Tsin connut ainsi que l’héritier présomptif ne monterait pas sur le trône. Pour ce qui est de l’héritier présomptif Chen-cheng, sa mère était fille du duc Hoan, de Ts’i, et s’appelait Ts’i-Kiang ; elle était morte prématurément ; la sœur cadette de Chen-cheng, née de la même mère que lui, était devenue la femme du duc Mou, de Ts’in. La mère de Tch’ong-eul était une fille de la famille Hou, des (barbares) Ti. La mère de I-ou était sœur cadette de la mère de Tch’ong-eul. Le duc Hien avait huit fils ; mais l’héritier présomptif Chen-cheng, ainsi que Tch’ong-eul et I-ou, se conduisaient tous comme des sages ; quand (le duc Hien) eut eu (la femme appelée) Li-Ki, il éloigna ces trois fils.

La seizième année (661), le duc Hien, de Tsin, [(126) constitua deux armées (127) ; il prit le commandement de la première et l’héritier présomptif Chen-cheng eut le commandement de la seconde. Tchao Sou conduisait le char de guerre (du duc) ; Pi Wan était l’homme de droite (128). Ils attaquèrent et anéantirent Houo (129) ; ils anéantirent Wei (130) ; ils anéantirent Keng (131). A son tour, (le duc Hien) éleva un p.260 rempart à Kiu-ou pour l’héritier présomptif ; il donna à Tchao Sou (le territoire de) Keng ; il donna à Pi Wan (le territoire de) Wei (132) ; ils les nomma grands officiers. Che Wei dit :

— L’héritier présomptif ne pourra pas monter sur le trône. On lui a donné en partage une ville capitale et on l’a élevé au grade de haut dignitaire ; on l’a fait par avance monter au faîte ; comment pourrait-il encore arriver au trône Il vaudrait mieux qu’il échappât par la fuite pour ne pas se laisser atteindre par une inculpation de crime. Agir comme T’ai-po (133), de Ou, n’est-ce pas un bon parti ? D’ailleurs il aurait une renommée excellente.

L’héritier présomptif ne suivit pas cet avis.

[(134) Le devin Yen dit :

— Les descendants de Pi Wan seront certainement grands. Wan (= dix mille] est le nombre complet ; Wei (=haut) est un grand nom. Que (Pi Wan) ait reçu comme première récompense ce (pays de Wei), c’est la preuve que le Ciel lui ouvre (le chemin du bonheur). Quand on parle du Fils du Ciel, on dit « les millions de son peuple (135) » ; quand on parle d’un seigneur, p.261 on dit « les myriades (wan) de son peuple (136) ». Maintenant, on a décerné (à Pi Wan) un grand nom (Wei) qui suit le nombre complet (=wan) ; il ne peut donc manquer d’avoir une multitude (à qui il commandera) (137). »]

Auparavant, Pi Wan avait consulté les sorts au sujet de la place officielle qu’il occuperait dans le royaume de Tsin ; il avait obtenu (le diagramme) tchoen combiné au (diagramme) pi (138). Sin Leao interpréta (ces diagrammes) en disant :

— C’est de bon augure. Tchoen, c’est la « fermeté » ; pi, c’est « entrer » ; quel augure peut être plus grandement favorable ? ses descendants seront certainement nombreux et prospères.

La dix septième année (660), le prince de Tsin (voulut) charger l’héritier présomptif Chen-cheng de combattre (les gens de) Tong-chan (139). [(140) Li K’o adressa des p.262 remontrances au duc Hien, en lui disant :

— L’héritier présomptif s’acquitte du soin d’offrir les vases pleins de millet (141) aux grands sacrifices en l’honneur des dieux du sol et des moissons ; matin et soir il inspecte les mets préparés pour le prince (142) ; c’est pourquoi on l’appelle « le grand fils ». Quand le prince est en route, il garde (la capitale) ; s’il y a quelqu’un pour la garder, il accompagne (le prince) ; quand il accompagne le prince, on l’appelle « le bienfaiteur de l’armée » ; quand il garde (la capitale), on l’appelle « le surveillant du royaume ». Tels sont les anciens règlements. Conduire des troupes, c’est assumer la responsabilité des mouvements et des plans (qu’on leur fait exécuter) ; les proclamations à l’armée, c’est le prince et ceux qui exercent le gouvernement (143) qui les combinent ; ce n’est point l’affaire de l’héritier présomptif. L’art militaire consiste uniquement à décider des ordres ; si (l’héritier présomptif) reçoit des ordres (144), il n’a plus de prestige ; s’il assume la responsabilité de donner des ordres, il n’a plus de piété filiale ; c’est pourquoi l’héritier et premier fils du prince par la naissance ne peut pas commander des troupes. Si le prince lui confère des fonctions pour lesquelles il n’est point fait, quand il sera à la tête des troupes, il n’aura pas de prestige ; comment pourrez-vous vous p.263 servir de lui ?

Le duc répondit :

— J’ai des fils ; je ne sais point encore lequel sera nommé héritier présomptif.

Li K’o se retira sans répondre. Il vit l’héritier présomptif qui lui dit :

— Je suis donc dégradé ?

Li K’o répliqua :

— Ô héritier présomptif, faites tous vos efforts ; enseignez (à vos hommes) les devoirs militaires ; que votre seule crainte soit de ne pas les observer avec respect. Pourquoi (pensez-vous à) la dégradation ? D’ailleurs, un fils doit craindre de manquer de piété filiale ; il ne craint pas de ne pouvoir monter sur le trône. Veillez sur votre conduite et ne portez pas d’accusations contre les autres, alors vous éviterez les difficultés.

L’héritier présomptif prit le commandement des troupes ; le duc le revêtit d’un vêtement mi-parti (145) et lui fit porter un demi-cercle en or.] Li K’o prétexta une maladie et n’accompagna pas l’héritier présomptif. Alors l’héritier présomptif attaqua (les gens de) Tong-chan.

La dix-neuvième année (658), le duc Hien dit :

— Autrefois, quand les princes mes prédécesseurs, le comte Tchoang et le duc Ou, ont exterminé ceux qui troublaient (le royaume de) Tsin, (les princes de) Kouo n’ont cessé d’aider Tsin à nous combattre ; en outre, ils ont donné refuge aux kong-tse fugitifs de Tsin qui, effectivement, ont suscité des troubles ; si on n’extermine pas (tous ces gens), les fils et petits-fils qu’ils laisseront après eux nous causeront de l’anxiété.

Alors il chargea Siun Si de demander (au prince de) Yu l’autorisation de passer p.264 sur son territoire, en lui offrant en présent son attelage de chevaux de K’iu-tch’an (146) ; (le prince de) Yu autorisa le passage, et (le duc de Tsin) attaqua Kouo ; il lui prit (la ville de) Hia-yang (147) et s’en revint.

Le duc Hien dit secrètement à (sa femme) Li-Ki :

— Je désire dégrader l’héritier présomptif et mettre à sa place Hi-ts’i

Li-Ki se mit à pleurer et dit :

— Que l’héritier présomptif ait été nommé, c’est ce que les seigneurs savent déjà tous ; en outre, il a à plusieurs reprises commandé les soldats, et le peuple lui est attaché ; pourquoi, à cause d’une misérable concubine, dégraderiez-vous le fils qui est le premier par la naissance et nommeriez-vous le fils de naissance secondaire ? Ô prince, si vous le faites réellement, votre concubine se tuera.

C’était par fourberie que Li-Ki faisait ainsi l’éloge de l’héritier présomptif, car secrètement elle avait chargé des gens de le calomnier et de dire du mal de lui, et elle désirait mettre sur le trône son propre fils.

La vingt et unième année (656), Li-Ki tint à l’héritier présomptif le langage suivant :

— Le prince a vu en p.265 songe Ts’i-Kiang (148) ; allez promptement sacrifier à K’iu-ou (149) et faites revenir la prospérité (produite par ce sacrifice) sur le duc.

Alors l’héritier présomptif alla faire un sacrifice à K’iu-ou en l’honneur de sa mère Ts’i-Kiang ; il offrit au duc Hien de la viande qu’il avait présentée au sacrifice ; le duc Hien était alors sorti pour chasser ; on plaça la viande du sacrifice dans le palais ; Li-Ki chargea un homme d’y mettre une drogue vénéneuse. Au bout de deux jours, le duc Hien revint de la chasse ; l’intendant des vivres offrit la viande du sacrifice au duc Hien qui voulut en manger. Li-Ki l’arrêta de côté en lui disant :

— Cette viande du sacrifice vient de loin ; il faut l’essayer.

On en répandit en libation sur la terre ; la terre se gonfla ; on en donna à un chien ; le chien mourut ; on en donna à un employé subalterne ; celui-ci mourut. Li-Ki dit en pleurant :

— Quel cœur dur a l’héritier présomptif ! Son propre père, il veut l’assassiner pour prendre sa place ; que ne ferait-il pas contre d’autres hommes ! Bien plus, le prince est âgé ; c’est un homme qui est au soir de sa vie ; malgré cela, il ne peut attendre et veut l’assassiner !

Elle dit encore au duc Hien :

— Si l’héritier présomptif agit ainsi, c’est uniquement à cause de votre concubine et de (son fils) Hi-ts’i ; je désire que nous, le fils et la mère, nous l’évitions en allant dans un autre royaume ; que ne me suis-je tuée de bonne heure, pour ne pas faire seulement que la mère et le fils soient traités par l’héritier présomptif comme du poisson et de la viande (150) ! Au début, p.266 Votre Altesse voulait le dégrader et j’en avais encore du déplaisir : mais maintenant je reconnais qu’en cela je me trompais étrangement.

L’héritier présomptif apprit ce qui s’était passé et s’enfuit dans la nouvelle ville (151). Le duc Hien, irrité, fit périr son précepteur Tou Yuen-k’oan. Quelqu’un dit à l’héritier présomptif :

— Celle qui a mis le poison, c’est Li-Ki ; ô héritier présomptif, pourquoi ne vous êtes-vous pas expliqué clairement ?

L’héritier présomptif répondit :

— Notre prince est vieux ; s’il n’a pas Li-Ki, sa chambre à coucher ne sera pas paisible, sa nourriture ne lui sera pas agréable. Quand je lui aurai expliqué (ce qui est arrivé), le prince se fâchera contre elle. Je ne saurais le faire.

On dit à l’héritier présomptif :

— Pourquoi ne vous enfuyez-vous pas dans un autre royaume ?

Il répondit :

— Si je sors (du royaume) chargé de cette mauvaise renommée, quel est l’homme qui m’accueillera ? Je me tuerai.

Le douzième mois, au jour ou-chen, (l’héritier présomptif) Chen-cheng se tua dans la nouvelle ville.

En ce temps, Tch’ong-eul et I-ou vinrent à la cour. Il y eut un homme qui dit à Li-Ki :

— Ces deux fils du duc sont irrités de ce que vous avez causé par vos calomnies la mort de l’héritier présomptif.

Li-Ki eut peur, et c’est pourquoi elle calomnia les deux kong-tse en disant qu’ils avaient connu l’affaire de la viande empoisonnée de Chen-cheng. Les deux kong-tse l’apprirent et furent saisis de crainte ; Tch’ong-eul s’en alla à P’ou ; I-ou s’en alla à K’iu (152) ; ils gardèrent leurs remparts et se tinrent sur la défensive. Auparavant, le duc Hien avait chargé Che Wei de construire des remparts pour les deux kong-tse à P’ou et à K’iu ; comme il n’avait pas exécuté (ce p.267 travail), I-ou s’en plaignit au duc, qui se mit en colère contre Che Wei ; Che Wei s’excusa en disant :

— Aux villes murées de la frontière il y a peu de brigandages ; à quoi servent-elles ?

S’étant retiré, il fit ce chant :

Le poil de la fourrure en peau de renard est tout embrouillé (153) ;

Dans un seul royaume il y a trois ducs ;

Lequel de ces rivaux (154) suivrai-je ?

En définitive, il exécuta les remparts. Quand survint la mort de Chen-cheng, les deux kong-tse se réfugièrent et se gardèrent derrière leurs remparts.

La vingt-deuxième année (655), le duc Hien, irrité de ce que ses deux fils étaient partis sans prendre congé et complotaient effectivement contre lui, envoya des soldats attaquer (la ville de) P’ou ; un homme de P’ou, l’eunuque Pou Ti, ordonna à Tch’ong-eul de se tuer sur-le-champ ; Tch’ong-eul sauta par dessus le mur ; l’eunuque, en le poursuivant, coupa (avec son épée) la manche de son habit ; alors Tch’ong-eul s’enfuit chez les (barbares) Ti. (Le duc Hien) envoya des gens attaquer K’iu ; le rempart de K’iu fut bien gardé et on ne put soumettre (cette ville).

Cette même année (655), Tsin de nouveau demanda à Yu l’autorisation de passer sur son territoire pour attaquer Kouo. Kong Tche-k’i, grand officier de Yu, adressa des remontrances au prince de Yu, disant :

Tsin ne p.268 doit pas avoir l’autorisation de passer, car ce serait la perte prochaine de Yu.

Le prince de Yu répliqua :

— [(155) (Le prince de) Tsin et moi appartenons au même clan ; il ne serait pas convenable qu’il m’attaquât.

Kong Tche-k’i dit :

T’ai-po et Yu-tchong étaient fils de T’ai-wang (156) ; T’ai-po s’enfuit et c’est pourquoi il ne succéda pas (à son père). Kouo-tchong et Kouo-chou (157) étaient fils du roi Ki ; ils furent hauts dignitaires à la cour du roi Wen ; le récit des services éclatants qu’ils rendirent à la maison royale est conservé dans les archives diplomatiques. Si (Tsin) s’apprête à anéantir Kouo, quelle affection peut-il avoir pour Yu ? D’ailleurs la parenté (du prince de Tsin) avec Yu, peut-elle être plus proche que sa parenté avec les familles de Hoan et Tchoang (158) ? quel crime avaient commis les familles de Hoan et Tchoang ? (et cependant, ) il les extermina entièrement. Yu est à Kouo comme les lèvres sont aux dents ; si les lèvres disparaissent, les dents ont froid. »]

Le duc de Yu n’écouta pas (cet avis) et autorisa Tsin (à passer). Kong Tche-k’i quitta Yu avec toute sa famille. L’hiver de cette année, (le duc de) Tsin anéantit Kouo ; le duc de Kouo, Tch’eou s’enfuit auprès (du roi de la dynastie) Tcheou. A son retour, (le duc de Tsin) attaqua par surprise et anéantit Yu ; il fit prisonnier le duc de Yu et son grand officier Po-li Hi (159), originaire de Tsing-po ; (Po-li Hi) fut chargé d’escorter la femme du duc Mou, de Ts’in, et d’accomplir les sacrifices (de la famille princière) de Yu. Siun Si amena l’attelage de K’iu-tch’an qui avait été p.269 autrefois donné en présent (au prince de) Yu et l’offrit au duc Hien qui dit en riant :

— Ces chevaux sont bien mes chevaux ; mais leurs dents ont vieilli.

La vingt-troisième année (651), le duc Hien envoya Kia Hoa et d’autres attaquer (la ville de) K’iu ; (la population de) K’iu s’écartant de lui, I-ou voulut s’enfuir chez les Ti ; Ki Joei dit :

— Il ne faut pas le faire. Tch’ong-eul est déjà là ; si maintenant vous y allez, Tsin ne manquera pas de transporter ses troupes à l’attaque des Ti ; les Ti redoutent Tsin ; le malheur sera près de vous atteindre. Il vaut mieux que vous alliez dans (le pays de) Leang (160) ; Leang est près de Ts’in ; Ts’in est puissant ; après la mort de notre prince (161), il pourra vous aider à rentrer (dans votre pays).

(I-ou) s’en alla donc dans (le pays de) Leang.

La vingt-cinquième année (652), Tsin attaqua les Ti. Les Ti, de leur côté, prenant le parti de Tch’ong-eul, combattirent contre Tsin à Ye sang (162) ; les soldats de Tsin se débandèrent et lâchèrent pied. — En ce temps, Tsin était puissant ; à l’ouest il possédait le (territoire de) Ho-si (163) et son territoire était contigu à celui de Ts’in ; au nord, il était limitrophe des Ti ; à l’ouest, il arrivait p.270 jusqu’au Ho-nei (164). — La sœur cadette de Li-Ki enfanta Tao-tse.

La vingt-sixième année (651), en été, le duc Hoan, de Ts’i, tint une grande assemblée des seigneurs à K’oei-k’ieou (165) ; le duc Hien, de Tsin, avait été malade et s’était mis en route avec du retard ; avant qu’il fût arrivé, il rencontra K’ong, premier ministre des Tcheou, qui lui dit :

— Le duc Hoan, de Ts’i, est de plus en plus arrogant ; il ne s’inquiète pas de la vertu et s’occupe de projets lointains (166) ; les seigneurs ne sont pas tranquilles ; ô prince, si seulement vous n’allez pas à la réunion, (le duc de Ts’i) n’aura aucun moyen d’action contre Tsin.

Le duc Hien, qui d’ailleurs était malade, s’en revint et retourna chez lui.

Sa maladie s’étant fort aggravée, (le duc Hien) dit à Siun Si :

— Je nomme Hi-ts’i mon successeur ; mais il est jeune et les principaux ministres ne lui sont pas soumis ; je crains que des troubles ne s’élèvent ; seriez-vous capable de le mettre sur le trône ?

— J’en serais capable, répondit Siun Si.

— Quelle preuve m’en donnez-vous ?, demanda le duc.

(Siun Si) répondit :

— Si on pouvait faire que les morts revinssent à la vie, devant vous revenu à la vie je n’aurais point à rougir ; telle est la preuve que je vous donne.

Alors (le duc Hien) confia Hi-ts’i à Siun Si qui fut nommé conseiller et présida au gouvernement du royaume.

En automne, le neuvième mois, le duc Hien mourut. Li K’o et P’ei Tcheng voulurent faire rentrer Tch’ong-eul ; ils fomentèrent des troubles avec les partisans des p.271 trois kong-tse (167) ; ils dirent à Siun Si :

— Trois haines vont s’élever (contre vous) ; Ts’in et Tsin les soutiendront ; que pourrez-vous faire ?

Siun Si dit :

— Je ne saurais violer la parole que j’ai donnée au prince précédent.

Le dixième mois, Li K’o tua Hi-ts’i dans la chambre de deuil (168) ; le duc Hien n’avait point encore été enterré. Siun Si se préparait à mourir, mais on lui dit :

— Il vaudrait mieux mettre sur le trône Tao-tse, frère cadet de Hi-ts’i et lui servir de précepteur.

Siun Si  mit Tao-tse sur le trône et fit les funérailles du duc Hien. Le onzième mois, Li K’o assassina Tao-tse en pleine cour ; Siun Si en mourut. Les sages dirent :

— Cette parole du Che (king) :

Une tache dans un jade blanc On peut encore l’enlever en frottant ; Mais pour une tache dans la parole Il n’y a rien à faire (169).

C’est à Siun Si qu’on peut l’appliquer, lui qui ne viola point sa parole.

Autrefois, quand le duc Hien allait attaquer les Li-Jong, les sorts consultés au moyen de l’écaille de tortue donnèrent cette réponse :

« Des dents supérieures et des dents inférieures (170) produiront la calamité.

Quand p.272 (le duc) eut écrasé les Li-Jong, il fit prisonnière Li-Ki et l’aima ; c’est de là en définitive que vinrent les troubles qui désolèrent Tsin.

Quand Li K’o et les siens eurent tué Hi-ts’i et Tao-tse, ils envoyèrent des gens chercher le kong-tse Tch’ong-eul chez les Ti, dans l’intention de le mettre sur le trône. Tch’ong-eul s’excusa, disant :

— J’ai résisté aux ordres de mon père et je me suis enfui en sortant (du royaume) ; quand mon père est mort, je n’ai pu pratiquer les rites qui s’imposent à un fils et je n’ai pas assisté (aux cérémonies du) deuil. Comment moi, Tch’ong-eul, oserais-je rentrer ? Grands officiers, nommez quelque autre fils.

(Les envoyés) revinrent faire leur rapport à Li K’o qui envoya chercher I-ou dans (le pays de) Leang. I-ou voulait aller ; Lu Cheng et K’i Joei (171) lui dirent :

— A l’intérieur (du royaume), il y a encore d’autres fils du duc qu’on pourrait mettre sur le trône ; cependant, c’est au dehors qu’on vient vous chercher ; c’est difficile à croire. Nous estimons que si vous ne vous rendez pas (dans le pays de) Ts’in, afin de rentrer appuyé par le prestige d’un royaume puissant, il y a lieu de redouter un péril.

Alors (I-ou) envoya K’i Joei faire des présents considérables au (prince de) Ts’in et conclure avec lui la convention suivante :

« Si je puis entrer (dans le pays de Tsin), je vous demanderai la permission de donner à Ts’in le territoire de Ho-si qui appartient à Tsin.

(I-ou) fit présent à Li K’o d’un écrit ainsi conçu :

« Si en vérité je puis monter sur le trône, je vous demanderai la p.273 permission de vous donner en fief la ville de Fen-yang (172).

Alors le duc Mou, de Ts’in, envoya des soldats escorter I-ou dans (le pays de) Tsin. Le duc Hoan, de Ts’i, apprenant les troubles intérieurs de Tsin, se mit à son tour à la tête des seigneurs et entra (dans le pays de) Tsin ; de leur côté, les soldats de Ts’in et I-ou étaient parvenus jusqu’à (la capitale de) Tsin : (le duc de) Ts’i chargea alors Si P’ong de se réunir (aux soldats de) Ts’in et tous ensemble ils firent rentrer I-ou et le nommèrent prince de Tsin ; ce fut le duc Hoei. Le duc Hoan, de Ts’i, parvint jusqu’à Kao-leang (173), (ville) de Tsin, puis il s’en retourna.

La première année (650) de son règne, I-ou, duc Hoei, chargea P’ei Tcheng de l’excuser auprès (du duc) de Ts’in, en disant :

— Au début, moi, I-ou, j’ai promis le territoire de Ho-si à Votre Altesse. Maintenant, j’ai eu le bonheur de pouvoir rentrer (dans mon pays) et monter sur le trône. Les principaux ministres m’ont dit :

« Ce territoire appartenait au prince votre prédécesseur ; vous étiez fugitif à l’étranger ; comment pouviez-vous vous arroger le droit de le promettre à Ts’in ? »

J’ai contesté cette opinion, mais je n’ai pu obtenir (gain de cause) ; je m’excuse donc auprès de Ts’in.

(Le duc Hoei) ne donna pas non plus à Li Ko la ville de Fen-yang et il lui enleva toute autorité.

Le quatrième mois, le roi Siang, de (la dynastie) Tcheou, chargea Ki-fou, duc de Tcheou, de réunir les grands officiers de Ts’i et de Ts’in pour qu’ils p.274 accomplissent ensemble les rites (d’intronisation) auprès du duc Hoei, de Tsin. Le duc Hoei, considérant que Tch’ong-eul était à l’étranger et craignant que Li K’o ne fit un changement, accorda la mort (174) à Li K’o en lui disant :

— Sans vous, je n’aurais pu monter sur le trône ; cependant, vous avez aussi tué deux princes et un grand officier (175) ; être votre prince, n’est-ce point, d’autre part, difficile ?

Li K’o répondit :

— S’il n’y avait pas eu ces suppressions, comment Votre Altesse aurait-elle triomphé ? Si on veut faire périr quelqu’un, comment manquerait-on de prétexte ? Puisque vous avez ainsi parlé, votre sujet obéit à votre ordre.

Il se jeta aussitôt sur son épée et mourut. En ce temps, P’ei Tcheng avait été envoyé porter des excuses à Ts’in et n’était pas encore revenir ; c’est pourquoi il ne fut pas atteint par ces difficultés.

Le prince de Tsin changea la sépulture du (défunt) héritier présomptif Chen-cheng (dont le nom posthume était) Kong. En automne, Hou Tou, qui se rendait à la capitale inférieure (176), rencontra Chen-cheng ; Chen-cheng monta avec lui en char (177) et lui dit :

I-ou méconnaît les rites ; j’ai pu adresser une prière à l’Empereur (du ciel) qui s’apprête à donner Tsin à Ts’in ; c’est Ts’in qui fera les sacrifices en mon honneur.

Hou Tou répondit :

— J’ai appris que les esprits ne mangent pas d’autres p.275 offrandes que celles qui leur sont faites par des hommes issus de la même souche ancestrale qu’eux ; ô prince, les sacrifices en votre honneur ne seront-ils pas interrompus ? Prince, réfléchissez-y.

Chen-cheng dit :

— Vous avez raison ; j’adresserai une seconde prière à l’Empereur (du ciel) ; dans dix jours, sur le côté ouest de la nouvelle cité (178), il y aura un sorcier qui vous fera me voir.

La chose étant convenue, soudain (Chen-cheng) disparut. L’époque venue, (Hou Tou) alla (au lieu indiqué) et revit Chen-cheng qui lui dit :

— L’Empereur (du ciel) a consenti à punir celui(-là seul) qui est coupable ; il sera renversé à Han (179).

Les enfants chantaient alors cette chanson :

« L’héritier présomptif Kong a changé de sépulture ; quatorze ans plus tard, (le prince de) Tsin à son tour ne sera plus florissant ; la prospérité sera chez son frère aîné (180).

Pendant sa mission dans (le pays de) Ts’in, P’ei Tcheng, apprenant que Li K’o avait été mis à mort, donna ce conseil au duc Mou, de Ts’in :

— Lu Cheng, K’i Tch’eng et Ki Joei ont été en réalité ceux qui n’ont pas cédé (quand il s’est agi de livrer au duc de Ts’in le territoire de Ho-si). Si on leur fait des présents considérables et qu’on s’entende avec eux, on réussira certainement à faire sortir (de son royaume) le prince de Tsin et à faire entrer Tch’ong-eul.

Le duc Mou, de Ts’in, approuva cet avis ; il envoya avec (P’ei Tcheng) qui revenait à Tsin pour y rendre compte de sa mission, des gens qui firent des présents considérables à ces trois hommes (181) ; ces trois hommes dirent :

— Leurs cadeaux sont p.276 considérables et leurs paroles sont douces ; c’est une preuve évidente que P’ei Tcheng nous a vendus à Ts’in.

Alors ils tuèrent P’ei Tcheng, ainsi que les grands officiers des sept chars (182) qui appartenaient à la faction de Li Ko et de P’ei Tcheng. (P’ei) Pao, fils de P’ei Tcheng, s’enfuit (auprès du prince de) Ts’in et lui parla d’attaquer Tsin ; mais le duc Mou ne prêta pas l’oreille (à ces conseils). — Depuis que le duc Hoei avait pris le pouvoir, il avait violé ses engagements relatifs au territoire à donner à Ts’in et vis-à-vis de Li Ko ; il avait fait périr les grands officiers des sept chars. Les gens du royaume ne lui étaient pas attachés.

La deuxième année (649), (le roi de la dynastie) Tcheou envoya le duc de Chao et Kouo (183) s’acquitter des rites auprès du duc Hoei, de Tsin ; le duc Hoei les traita avec arrogance ; le duc de Chao l’en blâma.

La quatrième année (647), Tsin souffrit de la famine et demanda à acheter du grain à Ts’in. Le duc Mou demanda son avis à Po-li Hi qui dit :

— Les calamités célestes vont en se propageant ; vos États en souffriront à leur tour ; secourir ceux qui sont frappés par les calamités et avoir compassion de ses voisins, telle est la p.277 bonne méthode de gouvernement. Donnez (à Tsin ce qu’il demande).

(P’ei) Pao, fils de P’ei Tcheng, dit :

— Attaquez-le.

Le duc Mou dit :

— Le prince (de Tsin) est méchant ; mais son peuple, quel crime a-t-il commis ?

En définitive il accorda le grain (demandé) ; (les transports) se succédèrent sans interruption depuis Yong jusqu’à Kiang (184). — La cinquième année (646), Ts’in souffrit de la famine et demanda à acheter du grain à Tsin. Le duc de Tsin tint une délibération à ce sujet. K’ing Tcheng dit (au prince de Tsin) :

— C’est grâce à Ts’in que vous avez pu monter sur le trône ; mais ensuite vous avez violé votre engagement concernant le territoire que vous deviez lui donner. (En outre, ) quand Tsin a souffert de la famine, Ts’in nous a prêté (ce dont nous avions besoin). Maintenant Ts’in est dans la disette et demande à acheter du grain. Qu’il faille le lui donner, y a-t-il lieu d’en douter et d’instituer une délibération à ce sujet ?

Kouo I dit :

— L’année dernière, le Ciel avait fait don de Tsin à Ts’in ; Ts’in ne sut pas le prendre et nous prêta (du grain). Maintenant le Ciel fait don de Ts’in à Tsin. Tsin peut-il résister au Ciel ? Attaquons immédiatement (Ts’in).

Le duc Hoei suivit l’avis de Kouo I et ne donna pas de grain à Ts’in, mais il mit en campagne des soldats dans l’intention d’attaquer Ts’in. (Le duc de) Ts’in entra dans une grande colère et mit de son côté des soldats en campagne pour attaquer Tsin. — La sixième année (645), au printemps, le duc Mou, de Ts’in, à la tête de son armée, attaqua Tsin. Le duc Hoei, de Tsin, dit à K’ing Tcheng :

— Les troupes de Ts’in sont entrées bien profondément (dans notre territoire) ! Que p.278 faire ?

(K’ing) Tcheng dit :

Ts’in a fait rentrer Votre Altesse (dans son pays) et vous lui avez refusé la récompense promise. Quand Tsin a souffert de la disette, Ts’in lui a envoyé des chars de grain, mais quand Ts’in a souffert de la disette, Tsin s’est opposé (à ce qu’on lui donnât du grain) et a même voulu profiter de sa disette pour l’attaquer. Si (Ts’in) a pénétré profondément (dans votre territoire), aussi bien n’était-ce pas ce qui devait arriver ?

(Le prince de) Tsin consulta les sorts pour savoir qui serait son cocher et qui serait l’homme de droite (185) ; pour ces deux fonctions les sorts donnèrent une réponse favorable en ce qui concernait K’ing Tcheng. Le duc dit :

— (K’ing) Tcheng n’est pas docile.

De préférence à lui, il nomma donc Pou Yang pour conduire son char de guerre, et Kia Pou-t’ou pour être l’homme de droite. Il fit avancer ses soldats. Le neuvième mois, au jour jen-siu, le duc Mou, de Ts’in, et le duc Hoei, de Tsin, se livrèrent bataille à Han-yuen (186). Les chevaux du duc Hoei s’embourbèrent et n’avancèrent plus ; les soldats de Ts’in arrivaient ; le duc, se trouvant en détresse, appela K’ing Tcheng pour lui servir de cocher. (K’ing) Tcheng dit :

— Ce n’était pas la peine de consulter les sorts (187). Vous êtes battu ; n’était-ce pas d’ailleurs ce qui devait arriver ?

A ces mots, il s’en alla. A son défaut, (le duc) ordonna à Leang Yao-mei d’être son cocher et à Kouo I d’être l’homme de droite et s’avança à la rencontre du duc Mou, de Ts’in (188). Les p.279 vaillants guerriers (189) du duc Mou, s’exposant au danger, battirent l’armée de Tsin ; l’armée de Tsin étant battue, (le duc de Tsin) manqua donc (l’occasion de s’emparer du) duc Mou, de Ts’in, et ce fut au contraire (ce dernier qui) prit le duc de Tsin et revint en l’emmenant avec lui. (Le duc de) Ts’in se proposait de sacrifier à la place (du prince de Tsin) à l’Empereur d’en haut (190). La sœur aînée du prince de Tsin était femme du duc Mou ; elle prit le pectoral et la ceinture de deuil et versa des larmes. Le duc dit :

— J’ai fait prisonnier le prince de Tsin et j’allais en faire une occasion de réjouissance ; mais maintenant voilà ce qui se passe. D’ailleurs, j’ai appris que lorsque le vicomte de Ki vit le puîné, (prince de) T’ang (191), au moment où il venait de recevoir son fief, il lui dit que ses descendants devraient certainement être grands. Comment donc Tsin pourrait-il être anéanti ?

Alors il conclut avec le prince de Tsin une convention à Wang-tch’eng (192) et lui permit de s’en retourner.

De son côté, le prince de Tsin envoya Lu Cheng et d’autres faire de sa part aux gens de son royaume la proclamation suivante :

« Quoique je puisse rentrer (dans mon royaume), je n’ai plus le front de me présenter devant les dieux du sol et des moissons ; choisissez au moyen des sorts le jour où vous mettrez sur le p.280 trône mon fils Yu.

En entendant ces paroles, tous les gens de Tsin se lamentèrent.

Le duc Mou, de Ts’in, demanda à Lu Cheng si le royaume de Tsin était uni. Il répondit :

— (Ce royaume) n’est pas uni. Les gens du peuple craignent de perdre leur prince et de voir disparaître (celui qui leur tient lieu de) parents (193) ; ils ne redoutent pas de mettre sur le trône le prince Yu, car ils disent : « Il faut nous venger (de Ts’in) ; (plutôt que de ne pas nous venger), il vaudrait mieux être asservis aux (barbares) Jong et Ti. »

Quant aux hommes supérieurs, ils aiment leur prince, mais savent quelles sont ses fautes ; ils attendent donc les ordres de Ts’in, en disant : « Il nous faut reconnaître ses bienfaits ».

Il y a ces deux tendances (194) (dans le pays de Tsin), et c’est pourquoi il n’est pas uni.

Alors le duc Mou, de Ts’in, donna une autre résidence (195) au duc Hoei de Tsin et lui offrit en présent sept groupes de victimes (196).

Le onzième mois, il renvoya chez lui le prince de Tsin. Lorsque le prince de Tsin fut arrivé dans son royaume, il fit périr K’ing Tcheng. Il réforma son gouvernement et son enseignement. Il songea que Tch’ong-eul était à l’étranger et que les seigneurs avaient grand intérêt à le faire rentrer. Il voulut envoyer des gens le tuer chez les Ti ; Tchong-eul l’apprit et se rendit dans (le pays de) Ts’i.

p.281 La huitième année (643), (le duc Hoei) envoya son héritier présomptif, Yu, en otage à Ts’in. Autrefois, lorsque le duc Hoei était exilé dans le pays de Leang (197), le comte de Leang lui avait donné sa fille en mariage ; elle enfanta un fils et une fille ; le comte de Leang consulta les sorts à leur sujet et (apprit que) le fils devait être serviteur d’un autre homme, et la fille concubine ; on appela donc le fils Yu (palefrenier), et la fille Ts’ie (concubine). — La dixième année (641), Ts’in anéantit (la principauté de) Leang ; le comte de Leang aimait les travaux de terrassement ; il faisait faire des remparts et des fossés ; son peuple était à bout de forces et le haïssait ; plusieurs fois la multitude avait été prise de panique, disant :

— Les brigands de Ts’in arrivent !

Le peuple vivait dans la crainte et l’incertitude. En définitive, Ts’in anéantit (cette principauté). — La treizième année (638), le duc Hoei, de Tsin, tomba malade ; à l’intérieur (du royaume) il y avait plusieurs de ses fils ; l’héritier présomptif Yu dit :

— La famille de ma mère se trouvait à Leang ; or Leang a été anéanti par Ts’in ; à l’étranger, j’ai peu d’importance dans (le pays) de Ts’in ; à l’intérieur, je n’ai aucune aide dans le royaume (de Tsin). Si donc le prince ne relève pas de maladie, les grands officiers feront peu de cas de moi et mettront sur le trône quelque autre fils du duc.

Alors il proposa à sa femme de fuir avec lui et de retourner (dans le pays de Tsin) ; (sa femme, qui était) fille (du prince) de Ts’in, lui dit :

— Vous êtes l’héritier présomptif d’un royaume et vous êtes ici sans honneur (198). (Le prince de) Ts’in a chargé p.282 votre servante de se tenir auprès de vous afin de fixer votre cœur. Si vous fuyez, je ne vous suivrai pas, mais, d’autre part, je ne me permettrai pas de dire (où vous êtes allé).

Le prince Yu s’enfuit alors et revint (dans le pays de Tsin). — La quatorzième année (637), au neuvième mois, le duc Hoei mourut. L’héritier présomptif Yu prit le pouvoir ; ce fut le duc Hoai.

Quand le prince Yu se fut enfui, (le duc de) Ts’in en conçut du ressentiment contre lui et chercha le kong-tse Tch’ong-eul dans l’intention de le faire rentrer (dans le pays de Tsin). Quand le prince Yu eut pris le pouvoir, il craignit d’être attaqué par Ts’in et promulgua dans le royaume une ordonnance par laquelle il assignait un délai (pour revenir) à tous ceux qui s’étaient enfuis à la suite de Tch’ong-eul ; le délai expiré, il exterminerait entièrement les familles de tous ceux qui ne seraient pas venus. (Hou) Hao et (Hou) Yen, fils de Hou Tou, se trouvaient à la suite de Tch’ong-eul  dans (le pays de) Ts’in ; (leur père) ne voulut pas les rappeler. Le duc Hoai, irrité, emprisonna Hou Tou qui lui dit :

— Mes fils servent Tch’ong-eul depuis de nombreuses années. Si maintenant je les rappelle, ce sera leur enseigner à se révolter contre leur prince. Comment leur donnerais-je un tel enseignement ?

En définitive, le duc Hoai tua Hou Tou.

Alors le duc Mou, de Ts’in, envoya des soldats accompagner et faire rentrer Tch’ong-eul ; il chargea des gens de dire au parti de Loan (Tche) et de Ki (Hou) d’être d’intelligence avec lui à l’intérieur (de la ville) ; il tua le duc Hoai à Kao-leang (199) ; il fit entrer (dans la capitale de Tsin) Tch’ong-eul, qui prit le pouvoir ; ce fut le duc Wen.

p.283 Tch’ong-eul, duc Wen, de Tsin, était fils du duc Hien, de Tsin. Dès sa jeunesse, il aima les hommes de valeur ; à l’âge de dix-sept ans, il avait avec lui cinq hommes sages qui se nommaient Tchao Tch’oei, Hou Yen, (dont l’appellation était) Kieou-fan et qui était l’oncle maternel du duc Wen, Kia T’o, Sien Tchen et Wei Ou-tse. Dès l’époque où le duc Hien (n’était encore qu’)héritier présomptif, Tch’ong-eul était déjà un homme fait ; lorsque le duc Hien monta sur le trône, Tch’ong-eul avait vingt et un ans. La treizième année du duc Hien, Tch’ong-eul, craignant la Li-Ki, mit en état de défense le rempart de P’ou et se fit protéger par Ts’in. La vingt et unième année de son règne, le duc Hien tua l’héritier présomptif Chen-cheng ; Li-Ki calomnia (Tch’ong-eul) qui eut peur et, sans prendre congé du duc Hien, alla se garder derrière le rempart de P’ou. La vingt-deuxième année de son règne, le duc Hien chargea l’eunuque Li Ti (200) de tuer à l’improviste Tch’ong-eul ; Tch’ong-eul sauta pardessus le mur ; l’eunuque le poursuivit et coupa (avec son épée) la manche de son vêtement. Tch’ong-eul s’enfuit aussitôt chez les Ti, royaume dont sa mère était originaire ; en ce temps, Tch’ong-eul était âgé de quarante-trois ans ; il était suivi des cinq hommes que nous avons cités et de plusieurs dizaines d’autres hommes moins connus. Lorsqu’il fut arrivé chez les Ti, ceux-ci attaquèrent (la tribu) Kao-jou (201), et lui prirent deux filles ; on donna l’aînée en mariage à Tch’ong-eul ; elle enfanta Po-tcheou et Chou-lieou ; on donna la cadette en mariage à Tchao Tch’oei ; elle enfanta Toen. Quand Tch’ong-eul p.284 eut demeuré cinq ans chez les Ti, le duc Hien, de Tsin, mourut. Après avoir tué Hi-ts’i et Tao-tse, Li K’o envoya des gens chercher Tch’ong-eul, dans l’intention de le mettre sur le trône. Tch’ong-eul craignait d’être tué ; aussi refusa-t-il absolument et n’osa-t-il pas rentrer (dans la capitale de) Tsin. A la suite de cela, (les gens de) Tsin allèrent chercher à sa place son frère cadet I-ou et le mirent sur le trône ; ce fut le duc Hoei. La septième année de son règne, le duc Hoei, qui redoutait Tch’ong-eul, envoya l’eunuque Li Ti avec des spadassins, dans l’intention de tuer Tch’ong-eul. Tch’ong-eul l’apprit et délibéra avec Tchao Tch’oei et les autres, disant :

— Je me suis d’abord enfui chez les Ti ; ce n’est pas que je crusse pouvoir y remplir une charge et y réussir ; mais, parce qu’ils étaient voisins (du pays de Tsin) et qu’il était facile d’y communiquer (avec ce pays), j’y ai provisoirement reposé mes pieds. Voici longtemps que j’y ai reposé mes pieds ; je désire donc les transporter dans un grand royaume. Or le duc Hoan, de Ts’i, aime tout ce qui est excellent ; sa volonté est de devenir roi hégémon ; il accueille les seigneurs et prend soin d’eux. Maintenant, j’ai appris que Koan Tchong et Si P’ong étaient morts ; lui, de son côté, doit désirer trouver un sage pour l’aider ; je vais donc y aller.

Alors il se mit en route.

Tch’ong-eul parla à sa femme en ces termes :

— Attendez-moi vingt-cinq ans ; si alors je ne suis pas venu, mariez-vous.

Sa femme dit en riant :

— Hé ! dans vingt-cinq ans, les cyprès sur ma tombe seront devenus grands. Néanmoins je vous attendrai.

Tch’ong-eul était resté en tout douze ans chez les Ti quand il s’en alla. Il passa par (le pays de) Wei ; le duc Wen, de Wei, n’observa pas les rites à son égard ; il s’en alla. — Passant par p.285 Ou-lou (202), il eut faim et demanda à manger à un paysan ; le paysan remplit de terre un vase et le lui présenta. Tch’ong-eul s’irrita, mais Tchao Tch’oei lui dit :

— Cette terre (est une marque que) vous posséderez de la terre. Que Votre Altesse la reçoive en se prosternant.

— (Tch’ong-eul) arriva (dans le pays de) Ts’i ; le duc Hoan, de Ts’i, l’honora fort et lui donna pour femme une fille de son sang ; il eut vingt attelages de quatre chevaux ; Tch’ong-eul se plut (dans ce pays). Deux ans après que Tch’ong-eul fut arrivé à Ts’i, le duc Hoan mourut ; il arriva que le serviteur Tiao et les siens causèrent des dissensions intestines ; après que le duc Hiao, de Ts’i, eut pris le pouvoir, les soldats des seigneurs vinrent à plusieurs reprises (203). Tch’ong-eul resta (dans le pays de) Ts’i en tout cinq années ; il aimait la fille de (la maison princière de) Ts’i et ne songeait pas à s’en aller. Tchao Tch’oei et Kieou-fan, se trouvant sous un mûrier, projetèrent de partir ; une servante de la fille de (la maison princière de) Ts’i se trouvait sur le mûrier ; elle entendit leur conversation et la rapporta à sa maîtresse, sa maîtresse la tua (204), puis elle exhorta Tch’ong-eul à partir au plus tôt. Tch’ong-eul lui dit :

— De naissance, l’homme se plaît dans la joie ; qui lui connaît une autre (destinée) ? Je suis résolu à mourir ici et je ne saurais m’en aller.

La fille de (la maison princière de) Ts’i lui dit :

— Vous êtes kong-tse d’un royaume et ce n’est qu’à bout de p.286 ressources que vous êtes venu ici. Plusieurs hommes de valeur ont fait dépendre de vous leur sort. Si vous ne retournez pas promptement dans votre pays pour y récompenser ceux de vos sujets qui ont peiné pour vous, et si vous aimez les charmes d’une femme, j’aurai honte de vous. D’ailleurs, si vous n’en cherchez pas l’occasion, quand obtiendrez-vous de la gloire ?

Alors elle s’entendit avec Tchao Tch’oei et les autres qui enivrèrent Tch’ong-eul, le mirent dans un char et partirent. Quand ils furent déjà loin, Tch’ong-eul reprit ses sens et entra dans une grande colère ; il attira à lui sa lance dans le dessein de tuer Kieou-fan ; celui-ci lui dit :

— Que je périsse pour vous faire réussir, c’est ce que moi, (Hou) Yen (205), je désire.

Tch’ong-eul dit :

— Si je ne réussis pas, je mangerai de la chair de mon oncle maternel (206).

Kieou-fan répliqua :

— Si vous ne réussissez pas, ma chair aura mauvaise odeur (207) ; comment serait-elle bonne à manger ?

Il l’empêcha ainsi (de le tuer) et ils se mirent en route.

(Tch’ong-eul) traversa (le pays de) Ts’ao ; le duc Kong, de Ts’ao, manqua aux rites à son égard et voulut voir les côtes soudées de Tch’ong-eul ; un de ses grands officiers, Hi Fou-ki, lui dit : 

— Le kong-tse de Tsin est sage ; en outre il est du même clan que vous ; c’est à bout de ressources qu’il est venu passer chez nous ; pourquoi manquer aux rites à son égard ?

Le duc Kong ne suivit pas cet avis. (Hi) Fou-ki envoya alors secrètement en présent à Tch’ong-eul de la nourriture sous laquelle il avait placé un anneau de jade. Tch’ong-eul accepta la nourriture et renvoya l’anneau de jade. Il s’en alla.

p.287 Il passa par (le pays de) Song ; le duc Siang, de Song, venait de subir à la guerre un échec que lui avait infligé Tch’ou ; il avait été blessé à Hong (208) ; apprenant que Tch’ong-eul était un sage, il s’acquitta envers lui des rites qui sont prescrits pour un (chef de) royaume. Le se-ma de Song, Kong-suen Kou, était dans d’excellents termes avec Kieou-fan et lui dit :

— Song est un petit royaume ; il vient d’être mis à mal ; il n’est pas assez fort pour que vous lui demandiez de vous faire rentrer. Allez dans quelque autre grand royaume.

Ils s’en allèrent donc.

(Tch’ong-eul) passa par (le pays de) Tcheng ; le duc Wen, de Tcheng, n’observa pas les rites à son égard ; Chou-tchan, (du pays) de Tcheng, blâma son prince, disant :

— Le kong-tse de Tsin est un sage et ceux qui l’accompagnent sont tous (dignes d’être) des conseillers d’État. D’ailleurs, il appartient au même clan que vous, car (les princes de) Tcheng sont issus du roi Li et (les princes de) Tsin sont issus du roi Ou.

Le prince de Tcheng dit :

— Les kong-tse des royaumes seigneuriaux qui passent par ici en exilés sont une multitude ; comment pourrais-je les honorer tous ?

Chou-tchan répliqua :

— Que Votre Altesse n’observe pas les rites à son égard, c’est pire que si vous le tuiez, car, plus tard, il sera un tourment pour votre pays.

Le prince de Tcheng ne l’écouta pas.

Tch’ong-eul s’en alla et se rendit (dans le pays de) Tch’ou. Le roi Tch’eng, de Tch’ou, le traita avec les rites qui sont prescrits pour un seigneur de rang égal ; Tch’ong-eul s’y refusa, disant qu’il n’en était pas digne ; Tchao Tch’oei lui dit :

— Vous êtes exilé à l’étranger depuis plus de dix années ; de petits royaumes vous ont méprisé ; à combien plus forte raison devraient le faire de grands royaumes ! p.288 Maintenant, Tch’ou, qui est un grand royaume, est résolu à vous bien traiter ; ne vous y refusez pas, car c’est ainsi que le Ciel vous ouvre (la voie).

Ce fut avec les rites qui conviennent aux hôtes que Tch’ong-eul fut reçu en audience. Le roi Tch’eng le traita magnifiquement ; Tch’ong-eul se montra fort humble. Le roi lui dit :

— Quand vous serez retourné dans votre royaume, comment me récompenserez-vous ?

Tch’ong-eul dit :

— Les plumes et les poils (qui servent à faire les guidons), les dents (d’éléphant) et les cornes (de rhinocéros), les jades et les soies, Votre Majesté en a de reste ; je ne sais point comment je pourrais vous récompenser.

Le roi dit :

— Quoiqu’il en soit ainsi, comment me (209) récompenserez-vous ?

Tch’ong-eul dit :

— Puisque je ne puis faire autrement, (voici ce que je promets) : si je rencontre Votre Altesse avec des chars de guerre soit dans la plaine unie, soit dans les vastes marais, je vous demanderai la permission de m’éloigner de vous de trois étapes (210).

Tse-yu, général de Tch’ou, s’irrita et dit :

— O roi, vous avez traité le kong-tse de Tsin avec les plus grands honneurs ; maintenant, les propos de Tch’ong-eul ne sont pas des paroles soumises ; je vous demande la permission de le p.289 tuer.

Le roi Tch’eng répondit :

— Le kong-tse de Tsin est un sage et il a été pendant longtemps dans une situation difficile à l’étranger. Ceux qui l’accompagnent sont tous de véritables hommes d’État (212). C’est un homme qui est soutenu par le Ciel ; comment pourrais-je le tuer ? D’ailleurs la parole (que j’ai donnée), comment la changerais-je ?

Après que (Tch’ong-eul) fut resté plusieurs mois dans (le pays de) Tch’ou, Yu, héritier présomptif de Tsin, s’enfuit (du pays) de Ts’in ; (le duc de) Ts’in en conçut du ressentiment contre lui, et, apprenant que Tch’ong-eul se trouvait dans (le pays de) Tch’ou, il le manda. Le roi Tch’eng dit (à Tch’ong-eul) :

— Tch’ou est éloigné ; (il faut traverser) plusieurs États successifs pour arriver jusqu’à Tsin. (Au contraire), Ts’in et Tsin sont limitrophes ; le prince de Ts’in est un sage ; faites tous vos efforts pour aller (auprès de lui).

Il renvoya Tch’ong-eul avec des présents considérables.

Lorsque Tch’ong-eul fut arrivé dans (le pays de) Ts’in, le duc Mou lui donna en mariage cinq filles de son sang ; parmi elles se trouvait l’ex-épouse du prince Yu (213) ; Tch’ong-eul ne voulait pas la recevoir, mais le se-k’ong Ki-tse lui dit :

— Son royaume, vous allez l’attaquer ; à combien plus forte raison (ne devez-vous pas hésiter à prendre) son ancienne femme. D’ailleurs, en l’acceptant, vous vous lierez d’amitié avec Ts’in et vous (pourrez alors) lui demander de vous faire rentrer (dans votre royaume). Voulez-vous vous attacher à des rites secondaires et oublier votre grande honte ?

Alors (Tch’ong-eul) accepta (cette femme). Le duc Mou en fut très content. — Tandis qu’il se trouvait à boire avec p.290 Tch’ong-eul, Tchao Tch’oei chanta la poésie intitulée chou miao (214). Le duc Mou dit :

— Je vois que vous désirez retourner au plus vite dans votre royaume.

Tchao Tch’oen et Tch’ong-eul descendirent (les degrés), se prosternèrent par deux fois et dirent :

— Vos sujets abandonnés regardent à Votre Altesse, de même que les diverses céréales espèrent la pluie de la saison.

En ce temps, c’était la quatorzième année (637) du duc Hoei, de Tsin. En automne, le duc Hoei mourut au neuvième mois. Son fils, Yu, monta sur le trône ; le onzième mois, il fit les funérailles du duc Hoei. Le douzième mois, les grands officiers de Tsin, Loan (Tche) et K’i (Hou) et leurs partisans, apprenant que Tch’ong-eul se trouvait dans (le pays de) Ts’in, allèrent tous secrètement exhorter Tch’ong-eul et Tchao Tch’oei à revenir dans leur pays ; ceux qui étaient d’intelligence avec eux à l’intérieur (du royaume) étaient extrêmement nombreux. Alors le duc Mou de Ts’in, fit partir des troupes avec lesquelles Tch’ong-eul revint (dans le pays de) Ts’in. (Le duc Hoai, de) Tsin, apprenant que les soldats de Ts’in arrivaient, envoya de son côté des troupes pour s’opposer à eux. Cependant tous savaient en secret que le kong-tse Tch’ong-eul allait rentrer (dans son royaume) ; seuls les anciens principaux ministres du duc Hoei, Lu (Cheng), K’i (Joei) et autres ne désiraient pas mettre Tch’ong-eul sur le trône. Tch’ong-eul était resté exilé pendant en tout dix-neuf années lorsqu’il put rentrer ; il était alors âgé de soixante-deux ans. Les gens de Tsin lui étaient attachés en très grand nombre.

p.291 La première année (636) du duc Wen, au printemps, Ts’in escorta Tch’ong-eul. Lorsqu’ils furent arrivés au (Hoang) Ho, Kieou-fan, dit :

— J’ai fait avec Votre Altesse le tour de tout l’empire ; mes fautes ont d’ailleurs été nombreuses ; si elles me sont connues, combien plus doivent-elles l’être de Votre Altesse ! Permettez-moi, à partir de maintenant, de vous quitter.

Tch’ong-eul dit :

— Quand je serai revenu dans mon royaume, il n’y aura pas de raison pour que je ne sois pas d’accord avec vous, Tse-fan, que le Comte du Fleuve en soit témoin (215).

Alors il jeta un anneau de jade dans le Fleuve et ainsi il fit une convention jurée avec Tse-fan. En ce moment, Kie-tse Tch’oei les accompagnait et se trouvait dans leur bateau. Il dit en riant :

— C’est le Ciel en vérité qui a ouvert (la voie) au prince ; cependant Tse-fan pense que c’est son propre mérite et il veut faire un marché avec le prince ; assurément c’est fort honteux ; pour moi, je ne voudrais point être le collègue d’un tel homme.

Après cela, il se cacha. Quand ils eurent traversé le Ho, les soldats de Ts’in assiégèrent Ling-hou (216) ; (les soldats de) Tsin campèrent à Lu-lieou (217). Le deuxième mois, au jour sin-tch’eou, Kieou-fan et les grands officiers de Ts’in et de Tsin conclurent une convention à Siun (218). Au jour jen-yn (219), Tch’ong-eul se rendit p.292 dans l’armée de Tsin. Au jour ping-ou (220), il entra dans K’iu-ou ; au jour ting-wei (221), il alla rendre hommage dans le palais (funéraire du duc) Ou (222) ; il monta donc sur le trône comme prince de Tsin ; ce fut le duc Wen. Tous les principaux sujets vinrent à lui. Yu, duc Hoai, s’enfuit à Kao-leang (223) ; au jour ou-chen (224), (le duc Wen) envoya des gens tuer le duc Hoai.

Les anciens principaux ministres du duc Hoai, Lu Cheng et K’i Joei, dès l’origine ne s’étaient pas rattachés au duc Wen. Quand le duc Wen eut pris le pouvoir, ils craignirent qu’il ne les mît à mort ; ils voulurent donc comploter avec leurs partisans d’incendier le palais ducal et de tuer le duc Wen. Le duc Wen n’en savait rien. L’eunuque Li Ti qui, auparavant avait voulu tuer le duc Wen (225), connaissait leurs projets ; il désira en informer le duc Wen pour effacer ses crimes antérieurs, et lui demanda une audience. Le duc Wen refusa de le voir et envoya des gens lui faire des reproches en ces termes :

— Dans l’aventure de la ville de P’ou, vous avez coupé la manche de mon vêtement ; quand, plus tard, j’étais à la chasse, accompagnant le prince des Ti, vous êtes venu chercher à me tuer pour le compte du duc Hoei ; le duc Hoei vous avait imposé un délai de trois jours pour m’atteindre et vous m’avez atteint en un jour ; quelle n’était pas votre hâte ! Songez à tout cela.

L’eunuque p.293 répondit :

— Je suis ce qui est resté du couteau et de la scie (226) ; je n’osais pas servir mon prince avec un cœur double et me révolter contre mon souverain ; c’est pourquoi je me suis rendu coupable envers Votre Altesse. Maintenant que Votre Altesse est revenue dans son royaume, n’y a-t-il pas quelqu’un à P’ou ou chez les Ti (227) ? D’ailleurs, quoique Koan Tchong l’eût atteint d’une flèche à la boucle de sa ceinture, c’est en se servant de lui que le duc Hoan devint hégémon (228). Maintenant, moi qui suis ce qui est resté de la mutilation pénale, j’ai à vous informer d’une affaire et Votre Altesse refuse de me voir ; le malheur est près de vous atteindre.

Alors (le duc Wen) le reçut en audience et il lui déclara (tout ce que projetaient) Lu (Cheng), K’i (Joei) et les leurs. Le duc Wen aurait voulu mander Lu (Cheng) et K’i (Joei) ; mais leur faction était nombreuse ; le duc Wen craignit que, nouvellement entré dans le royaume, il ne fût vendu par les gens du pays ; il partit donc incognito et alla rejoindre le duc Mou, de Ts’in, à Wang-tch’eng ; les gens du pays n’en savaient rien. Le troisième mois, au jour ki-tch’eou, Lu (Cheng), K’i (Joei) et leurs partisans se révoltèrent en effet ; ils incendièrent le palais ducal, mais ne trouvèrent pas le duc Wen. Les gardes et les serviteurs du duc Wen combattirent contre eux ; Lu (Cheng), K’i (Joei) p.294 et leurs partisans ramenèrent leurs soldats et voulurent s’enfuir ; le duc Mou, de Ts’in, les attira vers lui par un subterfuge et les tua au bord du Ho. Le royaume de Tsin revint (dans son état normal) et le duc Wen put y retourner.

En été, (le duc Wen) alla chercher sa femme dans (le pays de) Ts’in ; en définitive, la femme que (le duc de) Ts’in avait donnée en mariage au duc Wen devint son épouse principale. (Le duc de) Ts’in la fit escorter par trois mille hommes qui servirent de gardes, afin de prévenir les troubles (du pays) de Tsin.

Le duc Wen pratiqua un bon gouvernement ; il répandit ses bienfaits sur les cent familles ; il récompensa ceux qui l’avaient accompagné dans l’exil et ceux de ses sujets qui avaient bien mérité ; aux plus grands il donna des villes en apanage ; aux petits il conféra des distinctions honorifiques. Avant qu’il eût achevé la distribution des récompenses, le roi Siang, de (la dynastie) Tcheou, dut sortir (de sa capitale) à cause des difficultés suscitées par son frère cadet Tai et s’établit dans une localité (du pays) de Tcheng ; il vint dire la situation critique dans laquelle il se trouvait au (duc de) Tsin ; celui-ci venait de s’assurer (du pouvoir) ; il aurait voulu mettre ses soldats en campagne, mais il craignit que d’autres troubles ne s’élevassent ; c’est pourquoi, (il continua à s’occuper de) récompenser ceux qui l’avaient suivi dans l’exil. (Ses faveurs) n’avaient point encore atteint Kie-tse Tch’oei qui se tenait caché ; d’ailleurs, Kie-tse Tch’oei ne parlait pas de gratification, aussi aucune gratification ne lui parvenait-elle. Il dit :

— Des neuf fils du duc Hien, il n’y a plus que le prince (actuel) qui soit encore de ce monde ; les ducs Hoei et Hoai n’avaient pas de gens qui leur fussent attachés ; ils furent abandonnés au dehors (de leur p.295 famille) et au dedans. (Cependant) le Ciel n’avait point encore (résolu d’)interrompre (l’existence de) Tsin ; il fallait donc qu’il y eût un chef ; un chef pour présider aux sacrifices de Tsin, qui d’autre que le prince (actuel) aurait pu l’être ? En vérité, c’est le Ciel qui lui a ouvert (la voie) ; ces quelques hommes (229) pensent que c’est leur propre force (qui a produit) un pareil résultat ; n’est-ce pas de leur part une tromperie ? si vous vous appropriez le bien d’autrui, on dira que vous êtes un voleur ; combien plus grave est le fait de convoiter le mérite qui revient au Ciel et d’attribuer à sa propre force (ce qui est l’effet de ce mérite) ! Ceux d’en bas cachent leurs fautes ; celui d’en haut récompense leur perversité ; prince et sujets se trompent mutuellement. Il me serait difficile de demeurer avec eux.

Sa mère lui dit :

— Que ne demandez-vous, vous aussi, (une récompense) ? Par votre mort, qui sera indigné (230) ?

Il répondit :

— Si j’imitais (ces hommes que je désapprouve), ma faute serait encore plus extrême. D’ailleurs, j’ai prononcé des paroles de haine et je ne (veux pas) jouir d’un traitement (que me donnerait le prince).

Sa mère lui dit :

— Si vous chargiez quelqu’un de faire connaître (ce qui en est) ? qu’en pensez-vous ?

Il répondit :

— Les paroles font l’éloge de la personne ; quand la personne désire rester cachée, à quoi bon en faire l’éloge ? en faire l’éloge ce serait chercher à la mettre en lumière.

Sa mère lui p.296 dit :

— Si vous êtes capable d’agir ainsi, j’irai avec vous dans la retraite et jusqu’à la mort on ne nous reverra pas.

Les familiers de Kie-tse Tch’oei eurent pitié de lui et suspendirent à la porte du palais un écriteau avec ces mots :

« Un dragon voulant s’élever au ciel, cinq serpents furent ses soutiens (231) ; quand le dragon fut monté sur les nuages, quatre serpents entrèrent chacun dans leur demeure ; un seul serpent se fâcha et jamais on ne vit où il était.

Le duc Wen vit, en sortant, cet écriteau et dit :

— C’est Kie-tse Tch’oei (qui est ainsi désigné). Je me trouvais préoccupé par la maison royale (232) et je n’ai point encore eu le temps de songer aux mérites (de cet homme).

Il envoya des gens le chercher, mais il avait disparu ; il demanda alors où il se trouvait et apprit qu’il était entré dans la montagne Mien-chang (233). Alors le duc Wen traça une circonférence autour du massif montagneux de Wen-chang et donna en fief (à Kie-tse Tch’oei le territoire ainsi délimité) pour que ce fût « le champ de Kie Tch’oei ».

— On l’appellera, dit-il, la montagne Kie pour conserver le souvenir de ma faute et pour rendre illustre un homme excellent.

Hou Chou, officier de rang inférieur, qui avait suivi (le duc Wen) dans son exil, lui dit :

— Votre Altesse a trois fois distribué des récompenses ; mais, les récompenses n’ont point atteint votre sujet ; j’ose vous p.297 demander de me punir (234).

Le duc Wen répliqua en ces termes :

— Ceux qui m’ont guidé par leur bonté et leur justice et qui m’ont protégé par leur vertu et leur bienfaisance, ceux-là ont reçu les premières récompenses. Ceux qui m’ont aidé par leurs actes de manière à me faire enfin réussir à monter sur le trône, ceux-là ont reçu des récompenses du second rang. Ceux qui ont affronté les dangers des flèches et des pierres (de fronde) et qui ont peiné au milieu des chevaux en sueur (235), ceux-là ont revu derechef des récompenses d’un rang inférieur. S’il y a des gens qui ont mis leurs forces à mon service, mais sans réparer mes fautes, ceux-là recevront une récompense inférieure. Ainsi, après les trois (premières distributions de récompenses), il y en aura une qui vous atteindra.

Les gens de Tsin, apprenant cet incident, en furent tous réjouis.

La deuxième année (635), au printemps, (le duc de) Ts’in se trouvait campé au bord du Ho (236) et s’apprêtait à faire rentrer le roi (Siang dans sa capitale). Tchao Tch’oei dit (au duc Wen) :

— Si vous rechercher l’hégémonie, il n’y a rien de tel que de faire rentrer le roi et d’honorer les Tcheou. Les (rois de) Tcheou et les (ducs de) Tsin appartiennent au même clan. Si Tsin ne prend pas les devants pour faire rentrer le roi, et si ensuite c’est Ts’in qui le fait rentrer, (Tsin) n’aura aucun moyen de commander à l’empire. Juste en ce moment honorer le roi, c’est ménager une ressource à Tsin.

Le troisième mois, au jour kia-tch’en, (le duc de) Tsin mit donc en p.298 campagne ses soldats qui arrivèrent à Yang-fan (237) et assiégèrent Wen (238) ; il fit rentrer le roi Siang dans (le pays de) Tcheou. Le quatrième mois, il tua Tai, frère cadet du roi. Le roi Siang, de (la dynastie) Tcheou, donna en présent à Tsin le territoire de Yang-fan, dans le Ho-nei.

La quatrième année (633), le roi Tch’eng, de Tch’ou, et les seigneurs, assiégèrent (la capitale de) Song. Kong-suen Kou (239), (du pays) de Song, se rendit (auprès du duc de) Tsin pour lui dire la situation critique (dans laquelle se trouvait son prince). Sien Tchen dit (au duc Wen) :

— Vous assurer l’hégémonie en récompensant un bienfait (240), l’occasion s’en trouve maintenant ici.

Hou Yen dit :

— (Le roi de) Tch’ou vient de se gagner l’amitié de Ts’ao et il a autrefois contracté mariage dans (le pays de) Wei. Si vous attaquez Ts’ao ou Wei, Tch’ou ne manquera pas de venir à leur secours et, par suite, Song évitera (la ruine).

Alors (le duc de) Tsin forma trois armées. Tchao Tch’oei recommanda K’i Hou pour le commandement de l’armée du centre ; K’i Tchen fut son second. Hou Yen fut chargé du commandement de la première armée ; Hou Mao fut son second. Tchao Tch’oei fut nommé haut dignitaire. Loan Tche commanda la troisième armée ; Sien Tchen fut son second. Siun Lin-fou conduisit le char de guerre (du duc Wen) ; Wei Tch’eou p.299 fut l’homme de droite (241). On partit en guerre. En hiver, au douzième mois, l’avant-garde des soldats de Tsin descendit à l’est des montagnes et (le duc Wen) donna en fief à Tchao Tch’oei (la ville de) Yuen (242).

La cinquième année (632), au printemps, le duc Wen de Tsin voulant attaquer Ts’ao, demanda au (prince de) Wei l’autorisation de passer (sur son territoire) ; les gens de Wei refusèrent ; (le duc Wen) revint sur ses pas et, prenant le passage méridional du Ho (243), il envahit Ts’ao, (puis) attaqua Wei. Le premier mois, il prit Ou-lou (244). Le deuxième mois, le prince de Tsin et le prince de Ts’i conclurent un pacte à Lien-yu (245). Le prince de Wei demanda à traiter avec Tsin, mais les gens de Tsin n’y consentirent pas ; il voulut s’allier à Tch’ou, mais les gens de son royaume ne le désiraient pas et c’est pourquoi ils expulsèrent leur prince, afin de plaire à Tsin. Le prince de Wei s’établit à Siang-nieou (246). Le kong-tse p.300 Mai eut la garde (du pays) de Wei. Tch’ou (tâcha de) venir au secours de Wei, mais sans y réussir.

Le prince de Tsin assiégea (la capitale de) Ts’ao ; le troisième mois, au jour ping-ou, les troupes de Tsin y firent leur entrée. (Le duc Wen) reprocha (au prince de Ts’ao) de n’avoir pas suivi les avis de Hi Fou-ki (247) et d’avoir fait monter trois cents belles femmes dans des chars de hauts fonctionnaires (248). Il interdit à ses troupes de pénétrer dans la demeure ancestrale de Hi Fou-ki et récompensa ainsi sa conduite vertueuse.

Comme Tch’ou tenait Song assiégé, (le prince de) Song déclara de nouveau la situation périlleuse dans laquelle il se trouvait ; le duc Wen, de Tsin, aurait voulu le secourir, mais alors il fallait attaquer Tch’ou ; or, à cause de la bonté que (le roi de) Tch’ou lui avait autrefois témoignée, il ne désirait pas le combattre ; il aurait voulu délivrer Song, car (le prince de) Song avait été autrefois bon envers lui ; il en était tourmenté. Sien Tchen lui dit :

— Retenez prisonnier le comte de Ts’ao ; retranchez des territoires à Ts’ao et à Wei pour les donner à Song. Tch’ou trouvera urgent (de secourir) Ts’ao et Wei ; dans ces conjonctures, il lui faudra lâcher Song.

Le duc Wen suivit donc ce conseil ; alors le roi Tch’eng, de Tch’ou, ramena ses soldats et se retira. Tse-yu, général de Tch’ou, dit (au roi de Tch’ou) :

— Votre Majesté a fort bien traité (le prince de) Tsin ; maintenant, celui-ci sait que Tch’ou considérera comme urgent (de secourir) Ts’ao et Wei, et c’est pourquoi il les attaque. C’est là mépriser Votre Majesté.

Le roi dit :

— Le prince de Tsin a été exilé à l’étranger pendant dix-neuf années ; les jours où il a souffert ont duré p.301 longtemps ; il a réussi en fait à rentrer dans son royaume. Il n’est pas de péril ni de difficulté qu’il ne connaisse ; il sait se servir de son peuple ; c’est le Ciel qui lui a ouvert (la voie) ; je ne puis m’opposer à lui.

Tse-yu adressa (au roi) cette prière :

— Ce n’est pas que j’ose garantir que je serai victorieux ; mais je voudrais avoir le moyen de fermer la bouche à ceux qui me calomnient et me haïssent (249) !

Le roi de Tch’ou se fâcha et lui donna peu de soldats.

Tse-yu envoya alors Yuan Tch’oen dire (au duc de) Tsin :

— Je vous demande de rendre ses terres au prince de Wei et de donner son fief (au prince de) Ts’ao ; votre sujet de son côté lâchera Song.

Kieou-fan dit (au duc Wen) :

— Tse-yu méconnaît les rites ; vous, un prince, n’auriez qu’un avantage et lui, un sujet, en aurait deux (250). N’y consentez pas.

Sien Tchen dit :

— Ce qui assure le calme aux hommes, c’est ce qu’on appelle les rites. Tch’ou, d’une seule parole, assure le calme à trois royaumes ; si d’une parole, vous causez leur ruine, c’est nous qui méconnaissons les rites. Ne pas consentir à (la proposition de) Tch’ou, c’est abandonner Song. Il vaut mieux accorder secrètement à Ts’ao et à Wei (ce qu’ils désirent), afin de les attirer à vous ; (d’autre part), retenez prisonnier Yuan Tch’oen, afin d’exciter la colère de Tch’ou. Quand on aura livré bataille, alors il sera temps d’aviser.

Le prince de Tsin emprisonna donc Yuan Tch’oen dans (le pays de) Wei ; en outre, il consentit secrètement à rendre à Ts’ao et à Wei (leurs territoires). Ts’ao et Wei déclarèrent qu’ils rompaient avec Tch’ou. To-tch’en (251), de p.302 Tch’ou, fut irrité et attaqua les troupes de Tsin. Les troupes de Tsin se retirèrent ; les officiers de l’armée (de Tsin) demandant pour quelle cause on se retirait, le duc Wen leur dit :

— Autrefois, lorsque j’étais dans (le pays de) Tch’ou, je me suis engagé à reculer de trois étapes (252) ; (puis-je violer cette promesse) ?

Les troupes de Tch’ou auraient désiré s’en aller, mais To-tch’en, ne le voulut pas. Le quatrième mois, au jour ou-tch’en, le duc de Song, le général de Ts’i et le général de Ts’in, unis au prince de Tsin, s’arrêtèrent à Tch’eng-pou (253). Au jour ki-se, ils livrèrent bataille aux soldats de Tch’ou. Les soldats de Tch’ou furent battus ; To-tch’en recueillit ceux qui restaient et s’en alla.

Au jour kia-ou, les troupes de Tsin opérèrent leur retraite ; elles arrivèrent à Heng yong (254) ; elles édifièrent un palais pour le roi à Tsien-t’ou (255). Auparavant, (le prince de) Tcheng avait aidé Tch’ou ; mais, quand Tch’ou eut été battu, il eut peur et envoya (les gens pour demander à traiter avec le prince de Tsin ; le prince de Tsin fit un traité avec le comte de Tcheng. Le cinquième mois, au jour ting-wei, (le duc Wen) offrit au (roi de la dynastie) Tcheou des prisonniers de Tch’ou, à savoir cent quadriges avec leurs chevaux caparaçonnés et mille fantassins. Le Fils du Ciel chargea le wang-tse Hou (256), de p.303 conférer au prince de Tsin le titre d’hégémon ; il lui fit présent d’un char d’apparat, d’un arc rouge avec cent flèches et d’un arc noir avec mille flèches, d’un vase de vin aromatisé et d’une tasse à manche de jade (257), de trois cents soldats ardents comme des tigres (258). Le prince de Tsin refusa par trois fois, mais ensuite il accepta (ces présents) en se prosternant le front contre terre. Le roi fit « l’ordre donné au prince Wen, de Tsin (259) » ; il y parlait en ces termes : 

— [(260) O mon oncle I-ho (261), illustres furent (les rois) Wen et Ou ; ils surent prendre soin de leur brillante vertu qui monta avec éclat en haut (vers le Ciel), et dont la renommée se répandit en bas, (parmi les hommes). C’est pourquoi l’Empereur d’en haut a fait p.304 réussir le mandat (souverain) dans (les rois) Wen et Ou. Ayez compassion de ma personne ; faites que je continue (mes ancêtres), moi, l’homme unique, et que perpétuellement (moi et mes descendants) nous soyons sur le trône (262). »] Alors le duc Wen, de Tsin, se proclama hégémon. Au jour koei-hai, le wang-tse Hou fit une convention avec les seigneurs dans la salle royale (263). (Le duc de) Tsin incendia le camp de Tch’ou ; le feu dura plusieurs jours sans s’arrêter. Le duc Wen se prit à soupirer ; ceux qui l’entouraient lui dirent :

— Après avoir vaincu Tch’ou, quel motif peut avoir encore Votre Altesse de s’affliger ?

Le duc Wen répondit :

— J’ai appris que le sage seul peut trouver le calme dans une victoire remportée sur le champ de bataille ; c’est pourquoi j’ai peur. En outre, Tse-yu est encore en vie ; comment pourrais-je me réjouir ?

Quand Tse-yu revint après avoir été battu, le roi Tch’eng, de Tchou, irrité de ce qu’il n’avait pas suivi ses avis et de ce qu’il avait désiré ardemment combattre contre Tsin, l’accabla de reproches ; Tse-yu se tua. Le duc Wen, de Tsin, dit :

— J’ai combattu (celui que je redoutais) quand il était au dehors ; (le roi de) Tch’ou l’a fait périr quand il était au dedans (de son pays). Le dehors et le dedans se sont correspondu.

Alors donc il se réjouit. — Le sixième mois, les gens de Tsin réintégrèrent dans son royaume le prince de Wei.

Au jour jen-ou, le prince de Tsin traversa le Ho et revint au nord dans son royaume. Il distribua des p.305 récompenses et Hou Yen fut le premier (à en recevoir une) ; quelqu’un dit :

— Dans l’affaire de Tch’eng-pou, c’est le conseil de Sien Tchen (qui nous a donné l’avantage) (264).

Le duc Wen dit :

— Dans l’affaire de Tch’eng-pou, (Hou) Yen m’a engagé à ne pas manquer à ma parole (265). Sien Tchen m’a dit que, dans les choses militaires, la victoire était le principal (266) ; j’ai suivi son avis pour vaincre ; mais c’est là une parole qui (n’a été avantageuse que) pour un moment, tandis que l’avis de (Hou) Yen m’assure un mérite qui s’étendra sur dix mille générations. Comment donc mettrais-je un avantage qui ne vaut que pour un moment au-dessus d’un mérite qui s’étendra sur dix mille générations ? Voilà pourquoi j’ai mis (Hou Yen) en premier.

En hiver, le prince de Tsin réunit les seigneurs à Wen ; il aurait voulu les mener rendre hommage (au roi de la dynastie) Tcheou ; mais il n’était pas encore assez puissant pour le faire et craignit la révolte de quelques seigneurs ; alors il envoya des messagers dire au roi Siang, de (la dynastie) Tcheou, (de venir passer l’inspection des) fiefs à Ho-yang (267). Au jour jen-chen, il mena donc les seigneurs rendre hommage au roi à Tsien-t’ou (268). — Lorsque K’ong-tse lisait les Mémoires des p.306 historiens et qu’il arriva (à l’histoire du) duc Wen, il dit :

— Les seigneurs n’ont point à mander le roi. C’est pour passer sous silence (une infraction à cette règle) que le Tch’oen ts’ieou (expose les faits en disant) : Le roi tint une inspection des fiefs à Ho-yang.

Au jour ting-tch’eou, les seigneurs assiégèrent Hiu (269).

Un officier du comte de Ts’ao (270) dit au prince de Tsin :

— Le duc Hoan, de Ts’i, rassembla les seigneurs et conféra des royaumes (271) à des princes qui n’étaient pas du même clan que lui. Maintenant Votre Altesse tient une p.307 assemblée (de seigneurs) et anéantit un prince qui est de son clan. (En effet, les princes de) Ts’ao sont descendants du puîné Tchen-to, (fils du roi Wen), et (les princes de) Tsin sont descendants de T’ang-chou, (fils du roi Ou). Réunir les seigneurs et anéantir ceux qui sont vos frères, ce n’est pas conforme aux rites.

(Ce discours) plut au prince de Tsin qui rétablit le comte de Ts’ao (dans son royaume).

C’est alors que, pour la première fois, Tsin forma trois colonnes (272) ; Siun Lin-fou commanda la colonne du centre ; Sien Hou commanda la colonne de droite ; Sien Mie commanda la colonne de gauche.

La septième année (630), le duc Wen, de Tsin, et le duc Mou, de Ts’in, assiégèrent ensemble (le prince de) Tcheng parce qu’il avait manqué aux rites envers le duc Wen lorsque celui-ci était exilé et ensuite parce qu’il avait aidé Tch’ou lors de (la bataille de) Tch’eng-pou. En assiégeant, Tcheng, (le duc Wen) désirait s’emparer de Chou-tchan (273) ; celui-ci l’apprit et se tua ; (le prince de) Tcheng prit (le corps de) Chou-tchan pour annoncer (sa mort) à Tsin ; (mais le duc de) Tsin dit :

— Il faut que je prenne le prince de Tcheng pour que mon cœur soit satisfait. 

(Le prince de) Tcheng eut peur ; usant donc de ruse, il chargea un messager d’aller dire au duc Mou, de Ts’in :

— Ruiner Tcheng pour engraisser Tsin, pour Tsin c’est tout avantage ; mais Ts’in n’y trouvera aucun bénéfice. Pourquoi Votre Altesse ne relâche-t-elle pas p.308 Tcheng pour obtenir qu’il facilite ses relations sur la route orientale (274) ?

(Ces paroles) plurent au chef de Ts’in qui retira ses soldats. Tsin, à son tour, retira ses soldats.

La neuvième année (628), en hiver, le duc Wen, de Tsin, mourut. Son fils, Hoan, qui fut le duc Siang, prit le pouvoir. Cette année-là, le comte de Tcheng mourut aussi ; il y eut des gens de Tcheng qui vendirent leur pays à Ts’in ; le duc Mou, de Ts’in, envoya des soldats attaquer Tcheng par surprise ; le douzième mois, les soldats de Ts’in traversèrent notre banlieue.

La première année (627) du duc Siang, au printemps, les troupes de Ts’in traversèrent (le pays de) Tcheou et se conduisirent contrairement aux rites ; Wan-suen Man les critiqua. Ces soldats arrivèrent à Hoa (275) ; un marchand de Tcheng, nommé Hien Kao, allait au marché dans (le pays de) Tcheou ; il les rencontra ; il donna ses douze bœufs aux troupes de Ts’in pour les réconforter de leurs fatigues ; les troupes de Ts’in eurent peur et revinrent en arrière. Elles anéantirent Hoa (276) et se retirèrent. Sien Tchen, (du pays de) Tsin, dit (au duc Siang) :

— Le chef de Ts’in ne suit pas les avis de Kien-chou et agit contrairement aux désirs de son peuple ; dans ces conditions, on peut l’attaquer.

Loan Tche dit :

— Nous n’avons point encore payé Ts’in de retour pour ses bienfaits envers le prince précédent ; l’attaquer est impossible.

Sien Tchen répliqua :

Ts’in outrage notre orphelin ; il p.309 attaque (un prince qui est) du même clan que nous (277). De quel bienfait avons-nous à le payer de retour ? Attaquons-le aussitôt.

Le duc Siang noircit son pectoral et sa ceinture de deuil (278) ; le quatrième mois, il battit l’armée de Ts’in à Hiao ; il fit prisonniers les trois généraux de Ts’in, Mong-ming Che, Si-k’i Chou et Po-i Ping, et revint en les emmenant avec lui. Alors, avec (ses vêtements de deuil) teints en noir, il fit les funérailles du duc Wen.

La principale épouse du (défunt) duc Wen était une fille de Ts’in : elle dit au duc Siang :

— (Le duc de) Ts’in voudrait avoir ces trois généraux afin de les punir de mort (279).

Le duc y consentit et les renvoya. Sien Tchen, en apprenant cela, dit au duc Siang :

— Le malheur va naître de là.

(Sien) Tchen se mit donc à la poursuite des généraux de Ts’in ; les généraux de Ts’in traversaient le Ho et étaient déjà en bateau ; ils se prosternèrent et s’excusèrent (de ne pouvoir obéir aux ordres du duc Siang), et en définitive ils ne revinrent pas. Trois ans plus tard, Ts’in envoya en effet Mong-ming (Che) attaquer Tsin, il vengea la défaite de Hiao et s’en revint après avoir pris à Tsin (la ville de) Wang (280).

La quatrième année (624), le duc Mou, de Ts’in, fit une grande levée de troupes pour nous attaquer ; il franchit le Ho, prit Wang-koan (281), éleva un tertre sur les corps p.310 (des soldats morts) à Hiao, puis se retira. Tsin, saisi de peur, n’osa pas faire de sortie et se borna à se garder derrière ses remparts.

La cinquième année (623), Tsin attaqua Ts’in, prit Sin-tcheng (282), et se vengea de l’expédition militaire de Wang-koan.

La sixième année (622), Tchao Tch’oei Tch’eng-tse, Loan Tcheng-tse, Kieou, Ki-tse Fan (283) et Houo Po moururent tous. Tchao Toen (284) prit en main le gouvernement à la place de Tchao Tch’oei.

La septième année (621), au huitième mois, le duc Siang mourut. L’héritier présomptif, I-kao, était un enfant ; les gens de Tsin, à cause de la situation difficile dans laquelle ils se trouvaient, désiraient mettre sur le trône un prince adulte. Tchao Toen leur dit :

— Mettez sur le trône Yong, frère cadet du duc Siang ; il aime le bien et est adulte ; le prince précédent le chérissait ; d’ailleurs il s’est rapproché de Ts’in, et c’est pourquoi Ts’in a de l’affection pour lui. Mettre sur le trône un homme de bien, c’est la vraie solidité ; servir un (prince) adulte, c’est la vraie obéissance ; recevoir avec respect celui que chérissait (le prince précédent), c’est la vraie piété filiale ; resserrer d’anciennes relations d’affection, c’est la vraie sécurité.

Kia Ki dit :

— (Yong) ne vaut pas son frère cadet, Lo, (dont la mère), Tch’en-Yng, a été la favorite de deux princes (285). Si vous mettez ce fils sur le p.311 trône, le peuple certainement l’acceptera avec calme.

Tchao Toen dit :

— Tch’en-Yng est de condition humble ; son rang la place au-dessous de neuf autres (femmes) ; son fils, quelle crainte pourrait-il inspirer ? D’ailleurs, si elle a été la favorite de deux princes, c’est de la débauche. (Quant à Lo), étant fils d’un prince précédent (286), il n’a pas été capable de rechercher un grand (protecteur), mais il s’en est allé dans un petit royaume (287) ; c’est s’être mis à l’écart. La mère étant débauchée, le fils s’étant mis à l’écart, ils n’auront pas de prestige. (Le royaume de) Tch’en est petit et éloigné ; il ne leur donnera aucune aide ; comment une telle combinaison pourrait-elle réussir ?

(Tchao Toen) envoya Che Hoei dans (le pays de) Ts’in pour y chercher le kong-tse Yong. Kia Ki, de son côté envoya des gens chercher le kong-tse Lo dans (le pays de) Tch’en. Tchao Toen dégrada Kia Ki sous le prétexte qu’il avait tué Yang Tch’ou-fou. — Le dixième mois, on fit les funérailles du duc Siang. — Le onzième mois, K’ia Ki s’enfuit chez les Ti. — Cette année-là (621), le duc Mou, de Ts’in, mourut aussi.

La première année (620) du duc Ling, au quatrième mois, le duc K’ang, de Ts’in, dit (au kong-tse Yong) :

— Autrefois, lorsque le duc Wen fut réintégré (dans son royaume), il n’avait pas de gardes du corps, et c’est pourquoi Lu (Cheng) et Ki (Joei) lui causèrent des inquiétudes.

Il donna donc un grand nombre de gardes du corps au kong-tse Yong. — Mou-Yng, mère de l’héritier présomptif, tenait jour et nuit son fils dans ses bras et se lamentait dans la salle du trône, disant :

— Le prince précédent, quelle faute a-t-il commise ? son successeur désigné, lui aussi quelle faute a-t-il commise ? Si on p.312 laisse l’héritier légitime pour aller chercher un prince au dehors, que s’apprête-t-on à faire de celui-ci (288) ?

Elle sortit de la salle du trône et, tenant toujours son fils dans ses bras, se rendit à la demeure de Tchao Toen ; là, se prosternant le front contre terre, elle dit :

— Le prince précédent vous a présenté ce fils, et vous l’a confié en disant :

« Si ce fils devient habile, j’accepterai cela comme un don que vous me faites ; s’il ne devient pas habile, je vous haïrai. »

Maintenant, le prince est mort, mais ses paroles sont encore dans vos oreilles ; cependant vous rejetez (cet enfant) ; qu’est-ce à dire ?

Tchao Toen et les grands officiers étaient tous inquiétés par Mou-Yng ; en outre, ils craignirent qu’on ne les fît périr ; alors ils tournèrent le dos à celui qu’ils avaient été chercher et mirent sur le trône l’héritier présomptif I-kao ; ce fut le duc Ling. Ils envoyèrent des soldats s’opposer aux troupes de Ts’in qui accompagnaient le kong-tse Yong ; Tchao Toen, qui les commandait, alla attaquer Ts’in et le battit à Ling-hou (289). Sien Mie et Soei Hoei s’enfuirent dans (le pays de) Ts’in. En automne, les princes de Ts’i, Song, Wei, Tcheng, Ts’ao et Hiu se réunirent tous avec Tchao Toen et conclurent une convention à Hou (290), à cause de l’accession au trône du duc Ling.

La quatrième année (617), (Tsin) attaqua Ts’in et lui prit Chao-leang (291) ; Ts’in, de son côté, prit à Tsin (la ville de) Hiao (292).

p.313 La sixième année (615), le duc K’ang, de Ts’in, attaqua Tsin et lui prit (la ville de) Ki-ma (293). Le prince de Tsin, irrité, envoya Tchao Toen, Tchao Tch’oan et K’i K’iue attaquer Ts’in ; ils livrèrent une grande bataille à Hok’iu (294) ; ce fut Tchao Tch’oan qui y remporta le plus de gloire.

La septième année (614), les six hauts dignitaires de Tsin étaient inquiets de voir que Soei Hoei restait dans (le pays de) Ts’in et qu’il suscitait constamment des troubles à Tsin ; ils invitèrent Cheou-yu, (de la maison) de Wei, à feindre de se révolter contre Tsin et de se soumettre à Ts’in ; (le duc de) Ts’in envoya Soei Hoei dans (le pays de) Wei ; ainsi (Cheou-yu) s’empara de (Soei) Hoei et le ramena dans (le pays de) Tsin.

La huitième année (613), le roi K’ing, de (la dynastie) Tcheou, mourut ; les ducs du palais et les hauts dignitaires se disputèrent l’autorité ; c’est pourquoi on n’annonça pas (la mort du roi aux seigneurs). (Le duc de) Tsin envoya Tchao Toen, avec huit cents chars de guerre, calmer les troubles (du pays) de Tcheou et mettre sur le trône le roi K’oang. — Cette année-là fut celle où le roi Tchoang, de Tch’ou, monta sur le trône.

La douzième année (600), les gens de Ts’i assassinèrent leur prince, le duc I.

La quatorzième année (607), le duc Ling, qui était devenu adulte, se livra au faste ; il leva des taxes considérables afin de faire sculpter ses murailles ; du haut d’une tour, il tirait à l’arbalète contre les gens et les regardait éviter les balles. Son cuisinier, en apprêtant des pattes d’ours, ne les avait pas cuites suffisamment ; le duc Ling s’en irrita et tua son cuisinier ; il ordonna à ses femmes p.314 de porter le corps dehors et de le jeter loin ; elles traversèrent la salle du trône ; Tchao Toen et Soei Hoei avaient déjà auparavant adressé plusieurs fois des remontrances (au prince) sans qu’il les écoutât ; quand après cela ils aperçurent les mains du mort (295), ces deux hommes vinrent devant (le prince) et lui adressèrent des reproches ; ce fut Soei Hoei qui lui fit le premier des remontrances ; ils ne furent pas écoutés. Le duc Ling, ennuyé de cette affaire, chargea Tch’ou Mi, de frapper Tchao Toen d’un coup de poignard ; la porte de l’appartement intérieur de (Tchao) Toen était ouverte ; il se tenait là dans l’attitude prescrite ; Tch’ou Mi recula et dit en soupirant :

— Tuer un ministre loyal ou violer l’ordre de son prince, c’est un crime identique.

Alors il se frappa la tête contre un arbre et mourut.

Autrefois, (Tchao) Toen, qui avait coutume de chasser sur la montagne Cheou (296), aperçut sous un mûrier un homme affamé qui n’était autre que K’i (297)-mi Ming ; il lui donna de la nourriture ; l’homme n’en mangea que la moitié, et comme (Tchao Toen) lui en demandait la raison, il dit :

— J’ai appris pendant trois ans les connaissances administratives ; je ne sais point si ma mère est encore vivante ou non ; je désire envoyer à ma mère (cette nourriture).

(Tchao) Toen admira sa justice et lui donna en plus grande quantité du riz et de la viande. Plus tard, (K’i-mi) Ming devint chef de cuisine (du p.315 prince) de Tsin, mais Tchao Toen ne le reconnut pas. Le neuvième mois, le duc Ling, de Tsin, offrit du vin à boire à Tchao Toen ; il avait caché des hommes armés qui devaient l’assaillir ; le cuisinier du duc, K’i-mi Ming, le savait ; il craignit que (Tchao) Toen s’enivrât et ne pût pas se lever ; il s’approcha donc de lui et lui dit :

— Quand le prince offre (à boire) à un ministre, après que la coupe a passé trois fois, on peut (considérer la cérémonie comme) terminée.

Il désirait ainsi éloigner Tchao Toen, lui faire prendre les devants et l’empêcher de tomber dans l’embûche. Quand (Tchao) Toen s’en alla, les spadassins cachés par le duc Ling ne s’étaient pas encore réunis. (Le duc) lâcha d’abord contre lui un chien féroce appelé dogue (298) ; (K’i-mi) Ming, pour (sauver Tchao) Toen, empoigna le chien et le tua. (Tchao) Toen dit :

— (Le duc) rejette l’homme et se sert du chien ; mais quelque féroce que soit celui-ci, que pourra-t il faire (299) ?

Cependant il ne s’était pas aperçu du service secret que lui avait rendu (K’i-mi) Ming. Ensuite le duc Ling lança à la poursuite de Tchao Toen les soldats qu’il avait cachés ; K’i-mi Ming retourna combattre les soldats cachés du duc Ling, qui ne purent avancer et en définitive il sauva (Tchao) Toen. Tchao (Toen), lui ayant demandé pourquoi il avait agi ainsi, il dit :

— J’étais l’homme affamé sous le mûrier.

Mais il ne dit point son nom que (Tchao Toen) lui demandait. A cause de ces événements, K’i-mi Ming s’en alla aussi et disparut ; quant à (Tchao) Toen, il prit la fuite. Avant qu’il fût sorti du territoire de Tsin, au jour i-tch’eou, le général Tchao Tch’oan, p.316 frère cadet de (Tchao) Toen, attaqua par surprise et tua le duc Ling dans le jardin des pêchers, puis il alla chercher Tchao Toen. Tchao Toen était honoré depuis longtemps et avait gagné le bon vouloir du peuple ; le duc Ling était jeune et d’une conduite extravagante ; le peuple ne lui était pas attaché ; c’est pourquoi l’assassiner fut chose facile. (Tchao) Toen reprit ses titres. Le grand historien de Tsin, Tong Hou, écrivit ceci :

« Tchao Toen a assassiné son prince.

Il montra cette rédaction dans l’assemblée de la cour. (Tchao) Toen dit :

— Celui qui a commis l’assassinat, c’est Tchao Tch’oan ; je ne suis point coupable.

Le grand historien dit :

— Vous étiez haut dignitaire de premier rang ; en vous enfuyant, vous n’étiez point sorti du territoire ; quand vous êtes revenu, vous n’avez pas fait périr ceux qui ont troublé le royaume ; si ce n’est pas vous (qui êtes cause de la mort du prince), qui est-ce ?

K’ong-tse, quand il apprit ces faits, dit :

— Tong Hou était un excellent historien de l’antiquité ; en écrivant ce qui était la loi, il ne dissimula rien ; (Tchao Toen) Siuen-tse était un excellent grand officier ; à cause de la loi, il accepta (d’être accusé de) méchanceté. C’est regrettable : s’il fût sorti du territoire, il aurait évité (cette accusation) (300).

Tchao Toen chargea Tchao Tch’oan d’aller chercher Hei-t’oen, frère cadet du duc Siang, dans (le pays de) Tcheou, puis il le mit sur le trône : ce fut le duc Tch’eng. Le duc Tch’eng était un fils cadet du duc Wen ; sa mère était une fille (du roi de la dynastie) Tcheou, au jour p.317 jen-chen, il alla rendre hommage dans le palais (funéraire du duc) Ou (301).

La première année (606) de son règne, le duc Tch’eng conféra à Tchao (Toen) le titre de membre de la famille ducale. — Il attaqua Tcheng, parce que (ce royaume) s’était révolté contre Tsin. — La troisième année (604), le comte de Tcheng, qui venait de monter sur le trône, se rattacha à Tsin et abandonna Tch’ou. Tch’ou, irrité, l’attaqua ; Tsin alla à son secours. — La sixième année (601), (le duc de Tsin) attaqua Ts’in et fit prisonnier son général, Tch’e. — La septième année (600), le duc Tch’eng, qui disputait la suprématie au roi Tchoang, de Tch’ou, réunit les seigneurs à Hou (302). Tch’en, par crainte de Tch’ou, ne vint pas à la réunion. Tsin envoya (Siun Lin-fou) Hoan-tse, (commandant de) la colonne du centre, attaquer Tch’en ; il en profita pour secourir Tcheng et livrer bataille à Tch’ou ; il battit les troupes de Tch’ou. — Cette année-là, le duc Tch’eng mourut ; son fils, Kiu, qui fut le duc King, prit le pouvoir.

La première année (599) du duc King, au printemps, Hia Tcheng-chou, grand officier (du pays) de Tch’en, assassina son prince, le duc Ling. — La deuxième année (598), le roi Tchoang, de Tch’ou, attaqua Tch’en et fit périr (Hia) Tcheng-chou. — La troisième année (597), le roi Tchoang, de Tch’ou, assiégea (la capitale de) Tcheng ; (le prince de) Tcheng déclara à Tsin le danger dans lequel il se trouvait ; Tsin envoya Siun Lin-fou, à la tête de l’armée du centre, Soei Hoei, à la tête de l’armée supérieure, et Tchao Cho, à la tête de l’armée inférieure ; K’i Ko, Loan p.318 Chou, Sien Hou, Han Kiue et Kong Cho les assistaient. Le sixième mois, (ces généraux) arrivèrent au Ho ; ils apprirent que Tch’ou avait obtenu la soumission de Tcheng ; le comte de Tcheng, le buste dénudé, avait conclu un traité avec (le roi de Tch’ou), puis s’était retiré. Siun Lin-fou voulait se retirer, mais Sien Hou dit :

— De toute manière, nous sommes venus pour secourir Tcheng ; nous ne saurions nous dispenser d’aller jusque-là.

Les généraux étaient tous divisés d’opinion ; en définitive, ils franchirent le Ho. (Le roi de) Tch’ou, après avoir soumis Tcheng, désirait abreuver ses chevaux dans le Ho, pour s’en faire un titre de gloire, puis se retirer. Tch’ou livra une grande bataille à l’armée de Tsin ; Tcheng, qui venait de se rattacher à Tch’ou, et qui avait peur de lui, contrairement (à ce qu’on attendait), aida Tch’ou à combattre Tsin ; l’armée de Tsin s’enfuit en déroute vers le Ho ; on lutta pour le passage ; les doigts d’homme qui se trouvèrent dans les bateaux furent en très grand nombre (303). Tch’ou s’en alla après avoir fait prisonnier notre général Tche Yng. (Siun) Lin-fou dit alors :

— C’est moi qui étais commandant en chef ; l’armée a été battue ; je dois être mis à mort ; je demande à mourir.

Le duc King était disposé à y consentir, mais Soei Hoei lui dit :

— Autrefois, lorsque le duc Wen combattit contre Tch’ou à Tch’eng-pou, le roi Tch’eng, à son retour, tua Tse-yu et le duc Wen en fut joyeux (304). Maintenant, Tch’ou a déjà battu nos troupes ; si en outre vous faites périr leur général, ce sera aider Tch’ou à tuer ses ennemis.

Alors (le duc King) renonça à son projet. — p.319 La quatrième année (596), Sien Hou craignit d’être mis à mort parce qu’il avait été l’instigateur du plan qui avait causé la défaite de l’armée de Tsin sur le bord du Ho ; il s’enfuit donc chez les Ti et complota avec eux d’attaquer Tsin ; (le duc de) Tsin l’apprit et extermina toute la famille de (Sien) Hou ; (Sien) Hou était fils de Sien Tchen.

La cinquième année (595), (Tsin) attaqua Tchen pour avoir aidé Tch’ou. En ce temps, le roi Tchoang, de Tch’ou, était puissant parce qu’il avait humilié les soldats de Tsin au bord du Ho. — La sixième année (594), Tch’ou attaqua (le prince de) Song qui vint déclarer à Tsin le danger dans lequel il se trouvait. (Le duc de) Tsin était disposé à le secourir, mais Po-tsong dit dans la délibération :

Tch’ou, c’est le Ciel qui vient de lui ouvrir (la voie) ; on ne saurait lui résister.

Alors (le duc de Tsin) envoya Hie Yang feindre que (Tsin) allait secourir Song ; les gens de Tcheng se saisirent de (Hie Yang) et le livrèrent à Tch’ou ; Tch’ou lui fit de grands présents et le chargea de dire le contraire (de ce que lui avait mandé le duc de Tsin) et d’inviter Song à se soumettre promptement ; Hie Yang feignit d’y consentir, mais en définitive ce furent les paroles (du prince) de Tsin qu’il fit parvenir (aux gens de Song). (Le roi de) Tch’ou voulait le tuer, mais quelqu’un l’en blâma et il renvoya Hie Yang (305).

La septième année (593), (le duc de) Tsin envoya Soei Hoei anéantir les Ti rouges (306). — La huitième année (592), il envoya K’i K’o en mission dans (le pays de) Ts’i ; la mère du duc K’ing, de Ts’i, le vit du haut d’un pavillon p.320 et rit de lui ; la raison en était que K’i K’o était bossu, taudis que l’envoyé de Lou était boiteux et que l’envoyé de Wei était borgne ; aussi (le duc de) Ts’i avait-il, de son côté, ordonné à un homme de la même sorte de conduire ses hôtes. K’i K’o en fut irrité, et, à son retour, lorsqu’il arriva du Ho, il dit :

— Si je ne me venge pas de Ts’i, que le Comte du Fleuve en soit témoin !

Arrivé dans son pays, il exprima au prince son désir d’attaquer Ts’i ; le duc King, s’étant informé, apprit quelle en était la raison et lui dit :

— Votre ressentiment ne saurait être un motif suffisant pour troubler tout le royaume.

Il ne l’écouta donc pas. Wei Wen-tse demanda à prendre sa retraite pour cause de vieillesse et se retira devant K’i K’o ; K’i K’o exerça le gouvernement. — La neuvième année (591), le roi Tchoang, de Tch’ou, mourut. — Tsin attaqua Ts’i. Le prince de Ts’i envoya son héritier présomptif K’iang en otage à Tsin ; les soldats de Tsin cessèrent les hostilités.

La onzième année (589), au printemps, Ts’i attaqua Lou et lui prit (la ville) de Long (307). (Le prince de) Lou déclara au (prince de) Wei la situation critique dans laquelle il se trouvait. (Les princes de) Lou et de Wei demandèrent tous deux secours au (prince de) Tsin en passant par l’entremise de K’i K’o. (Le prince de) Tsin envoya alors K’i K’o, Loan Chou et Han Kiue, à la tête de huit cents chars de guerre, se réunir (aux troupes de) Lou et de Wei pour attaquer ensemble Ts’i. En été, ils livrèrent bataille au duc K’ing, à Ngan (308) ; ils blessèrent et mirent dans une situation critique le duc K’ing ; le duc K’ing changea alors de place avec l’homme qui était à sa droite ; il descendit (du char sous prétexte d’aller) p.321 chercher à boire et par ce moyen il parvint à s’échapper. Les troupes de Ts’i furent défaites et lâchèrent pied ; Tsin poursuivit l’armée en déroute jusque dans (le pays de) Ts’i. Le duc K’ing offrit des ustensiles précieux pour demander la paix ; mais on ne la lui accorda pas et K’i K’o dit :

— Il faut qu’on nous donne en otage la nièce de T’ong, (prince de) Siao (309).

L’envoyé de Ts’i répliqua :

— La nièce de T’ong, (prince de) Siao, est la mère du duc K’ing ; la mère du duc K’ing est l’égale de la mère du prince de Tsin ; comment exigeriez-vous qu’on vous la livre ? ce n’est point juste ; nous demandons à combattre de nouveau.

Tsin consentit alors à accorder la paix et se retira. — Ou-tch’en, préfet de (la ville de) Chen, (dans le pays) de Tch’ou, enleva Hia-Ki et s’enfuit avec elle dans (le pays de) Tsin ; Tsin le nomma commandant (de la ville) de Hing.

La douzième année (588), en hiver, le duc K’ing, de Ts’i, se rendit dans (le pays de) Tsin ; il voulut exalter le duc King, de Tsin, en l’honorant du titre de roi ; le duc King déclina (cet honneur) et n’osa pas (l’accepter). — (Le duc de) Tsin pour la première fois constitua six hauts dignitaires (310). Han Kiue, Kong Cho, Tchao Tch’oan (311), Siun Tchoei, Tchao Kouo et Tchao Tchan furent tous nommés hauts dignitaires. — Tche Yng revint (du pays) de Tch’ou. — La treizième année (587), le duc Tch’eng, de Lou, vint rendre hommage (au duc de) Tsin ; celui-ci ne p.322 l’honora pas ; (le duc de) Lou en fut irrité ; après être parti, il se révolta contre Tsin. — Tsin attaqua Tcheng et lui prit (la ville de) Fan (312). — La quatorzième année (586), la montagne Leang (313) s’éboula. (Le duc de Tsin) interrogea Po-tsong qui estima qu’il n’y avait pas lieu de considérer cela comme un prodige. — La seizième année (584), Tse-fan, général de Tch’ou, qui avait du ressentiment contre Ou-tch’en, anéantit toute sa parenté. Ou-tch’en, irrité, envoya à Tse-fan une lettre dans laquelle il lui disait : 

— Je ferai certainement en sorte que vous vous épuiserez à courir pour exécuter les ordres (de votre prince).

Il demanda alors à être envoyé en mission dans (le pays de) Ou et fit en sorte que son fils devint l’officier chargé de recevoir les ambassadeurs dans (le pays de) Ou ; il apprit (aux gens de) Ou à monter dans les chars de guerre et à se servir des armes. Les envoyés de Ou et de Tsin entrèrent pour la première fois en relations et contractèrent une alliance pour attaquer Tch’ou. — La dix-septième année (583), (le duc de Tsin) fit périr Tchao T’ong et Tchao Kouo et extermina toute leur parenté. Han Kiue dit :

— Comment pourrait-on oublier les actions méritoires qui furent accomplies par Tchao Tch’oei et Tchao Toen ? Est-il possible d’interrompre leurs sacrifices ?

Alors (le duc) donna derechef p.323 le titre de descendant des Tchao à (Tchao) Ou, un fils de naissance secondaire de la famille Tchao ; il lui rendit ses terres. — La dix-neuvième année (581), en été, le duc King tomba malade ; il nomma prince son héritier présomptif Cheou-man, qui fut le duc Li. Environ un mois après, le duc King mourut.

La première année (580) de son règne, le duc Li, qui venait de prendre le pouvoir et qui désirait se concilier les seigneurs, fit un traité avec le duc Hoan, de Ts’in, lui et le duc restant sur les deux rives opposées du (Hoang-)ho. Quand ils s’en furent retournés, (le duc de) Ts’in viola le traité et complota avec les Ti d’attaquer Tsin. — La troisième année (578), (le duc) Li envoya Lu Siang (314) faire des reproches à Ts’in, puis, avec l’aide des seigneurs, il attaqua Ts’in ; il parvint jusqu’à (la rivière) King (315), battit Ts’in à Ma-soei (316), et fit prisonnier son général Tch’eng Tch’ai. — La cinquième année (576), les trois K’i (317) calomnièrent Po-tsong et causèrent sa mort. C’est parce que Po-tsong aimait à faire ouvertement des remontrances qu’il obtint ce malheureux sort ; les gens du pays, à cause de cela, ne furent plus attachés au duc Li.

La sixième année (575), au printemps, Tcheng se révolta contre Tsin et fit alliance avec Tch’ou ; (le prince de) Tsin s’en irrita ; Loan Chou lui dit :

— Nous ne p.324 saurions, dans le temps où nous vivons, perdre (l’appui des) seigneurs (318).

Alors les soldats furent mis en campagne ; le duc Li les commandait en personne ; le cinquième mois, il traversa le (Hoang-)ho ; il apprit que les soldats de Tch’ou arrivaient au secours (de Tcheng) ; Fan Wen-tse voulait que le duc battit en retraite et lui demanda de le faire ; K’i Tche dit :

— Quand on a mis des troupes en campagne pour punir un rebelle, si on se retire dès qu’on aperçoit un (adversaire) fort, il n’y a plus moyen de commander aux seigneurs.

On alla donc livrer bataille à (l’armée de Tch’ou). Au jour koei-se, un coup de flèche atteignit à l’œil le roi Kong, de Tch’ou ; les soldats de Tch’ou furent battus à Yen-ling (319) ; Tse-fan (320) rassembla ce qui restait des soldats et les réconforta ; il voulait de nouveau livrer bataille et (le duc de) Tsin en était fort ennuyé. Le roi Kong manda Tse-fan ; le serviteur de celui-ci, Yang Kou, lui avait servi du vin et Tse-fan était ivre et ne pouvait voir clair ; le roi s’irrita et fit des reproches à Tse-fan ; Tse-fan se tua. Le roi ramena alors ses soldats et se retira ; à partir de ce moment, Tsin eut un grand prestige aux yeux des seigneurs ; il voulut en profiter pour commander à tout l’empire et rechercha l’hégémonie.

Le duc Li avait en dehors (de ses femmes régulières) p.325 beaucoup de concubines de basse extraction ; à son retour, il voulut éloigner tous ses grands officiers et nommer à leur place les frères de ses concubines. Le frère aîné de sa concubine favorite s’appelait Siu T’ong ; il avait une vieille inimitié contre K’i Tche ; d’autre part Loan Chou détestait aussi K’i Tche, parce que celui-ci avait refusé de suivre son avis et avait ainsi vaincu Tch’ou (321). (Siu T’ong et Loan Chou) envoyèrent donc un messager porter secrètement leurs compliments à Tch’ou ; (un émissaire de) Tch’ou vint dire faussement au duc Li :

— Lors de la bataille de Yen-ling, c’est en vérité (K’i) Tche qui a invité Tch’ou (à venir combattre) ; il voulait susciter une révolution, faire rentrer le prince Tcheou (322) et le mettre sur le trône ; il s’est trouvé que les gens du royaume n’étaient pas unanimes avec lui et c’est pourquoi l’affaire n’a pas réussi.

Le duc Li rapporta ces paroles à Loan Chou qui lui dit :

— Il est probable qu’il en a été ainsi ; je désire que Votre Altesse fasse l’essai d’envoyer des gens dans (le pays de) Tcheou (323) pour y surveiller secrètement (K’i Tche).

(Le duc Li) envoya en effet K’i Tche dans (le pays de) Tcheou ; Loan Chou, de son côté, chargea le kong-tse Tcheou d’aller voir K’i Tche ; K’i Tche ne savait pas qu’en acceptant sa visite il se vendait ; le duc Li le faisait épier et reconnut que véritablement (il avait vu le prince Tcheou) ; il prit donc en haine K’i Tche et voulut le tuer. — La huitième année (573), le duc Li, étant à la p.326 chasse, banquetait avec ses concubines ; K’i Tche, qui avait tué un sanglier, vint l’offrir ; un eunuque le lui arracha des mains ; K’i Tche tua l’eunuque d’un coup de flèche ; le duc irrité dit :

— K’i-tse (324) m’outrage.

Il se disposa à faire périr les trois K’i, mais n’avait point encore exécuté (ce projet) ; K’i I voulait attaquer le duc, disant :

— Quoique j’y doive trouver la mort, le duc aussi en souffrira.

K’i Tche répondit :

— Un sujet loyal ne se révolte pas contre son prince ; un sage ne nuit pas au peuple ; un homme vaillant ne suscite pas de troubles. Si nous manquons de ces trois qualités, qui sera avec nous ? Pour moi, j’attends la mort.

Le douzième mois, au jour jen-ou, le duc ordonna à Siu T’ong d’aller avec huit cents soldats attaquer par surprise et mettre à mort les trois K’i. Siu T’ong en profita pour entraîner de force Loan Chou et Tchong-hang Yen à la cour ; il dit (au duc) :

— Si vous ne tuez pas ces deux hommes, le malheur atteindra certainement Votre Altesse.

Le duc dit :

— En une matinée, j’ai fait périr trois hauts dignitaires ; je ne saurais y ajouter.

(Siu T’ong) répliqua :

— Ces hommes sauront bien (se débarrasser de) Votre Altesse.

Le duc n’écouta pas (cet avis) ; il s’excusa auprès de Loan Chou et de son collègue en leur disant :

— J’ai puni les crimes de la famille K’i ; grands officiers, reprenez vos dignités.

Ces deux hommes se prosternèrent le front contre terre en disant :

— Vous nous faites une grande faveur ! vous nous faites une grande faveur !

Le duc nomma Siu T’ong haut dignitaire. Le mois intercalaire, au jour i-mao, alors que le duc Li se promenait (dans le domaine de) la famille Tsiang-li, Loan Chou et Tchong-hang Yen à la tête de leurs p.327 partisans le surprirent et s’emparèrent de lui ; ils le mirent en prison et tuèrent Siu T’ong ; puis ils chargèrent des émissaires d’aller chercher le kong-tse Tcheou dans (le pays de)Tcheou et le mirent sur le trône ; ce fut le duc Tao.

La première année (572) du duc Tao, le premier mois, au jour keng-chen, Loan Chou et Tchong-hang Yen assassinèrent le duc Li ; ils firent ses funérailles avec un seul char. Le duc Li était depuis six jours en prison lorsqu’il mourut ; dix jours après sa mort, au jour keng-ou, Tche Yng alla à la rencontre du kong-tse Tcheou qui arriva à Kiang et qui fit une convention jurée avec les seigneurs en immolant un poulet ; alors on le mit sur le trône ; ce fut le duc Tao. Au jour sin-se, il alla rendre hommage dans le palais (funéraire du duc) Ou (325) ; le deuxième mois, au jour i-yeou (326), il prit le pouvoir. — Voici qui était Tcheou, duc Tao : son grand-père, Tsie, était un fils cadet du duc Siang, de Tsin ; il n’avait pu monter sur le trône ; son surnom était Hoan-chou ; Hoan-chou avait été le favori (du duc Siang) ; Hoan-chou avait engendré Hoei-po T’an et celui-ci avait engendré Tcheou, qui fut le duc Tao. Quand Tcheou monta sur le trône, il était âgé de quatorze ans. Le duc Tao tint ce discours :

— Mon grand-père et mon père n’ont pu ni l’un ni l’autre monter sur le trône ; ils ont évité les dangers (qui les p.328 menaçaient en se réfugiant) à (la cour des) Tcheou ; ils sont morts à l’étranger ; comme j’étais éloigné (du trône), je n’avais aucun espoir de devenir prince. Maintenant, ô grands officiers, vous n’avez pas oublié quelle avait été la volonté des ducs Wen et Siang et vous avez eu la bonté de mettre sur le trône le descendant de Hoan-chou ; grâce à l’appui surnaturel du temple ancestral et des grands officiers, j’ai pu être chargé d’accomplir les sacrifices (aux princes défunts) de Tsin. Comment oserais-je n’être pas saisi de crainte ? Ô grands officiers, de votre côté donnez-moi votre aide.

Après cela, il chassa sept hommes qui ne se conduisaient pas en sujets loyaux ; il remit en honneur les anciennes actions méritoires ; il exerça la vertu et la bonté ; il accueillit les descendants des sujets qui s’étaient glorieusement conduits au temps où le duc Wen était rentré (dans le royaume). — En automne, (le duc Tao) attaqua Tcheng ; les soldats de Tcheng furent battus et (le duc Tao) parvint jusque (dans le pays de) Tch’en.

La troisième année (570), Tsin tint une réunion des seigneurs (327). — Le duc Tao demandant quel était parmi ses sujets celui qu’il devait employer, K’i Hi recommanda Hie Hou qui était son ennemi ; sur une seconde demande (du duc), il recommanda son propre fils, K’i Ou ; les sages dirent :

— On peut appeler K’i Hi un homme impartial ; quand il s’est agi de recommander quelqu’un en dehors de sa famille, il n’a pas caché (les mérites de) son ennemi ; quand il s’est agi de recommander quelqu’un dans sa famille, il n’a pas caché (les mérites de) son propre fils.

— Lors de la réunion des seigneurs, Yang-kan, frère cadet du duc Tao, mit le désordre dans les rangs (des troupes de Tsin) ; Wei Kiang (328) fit mettre à mort celui qui conduisait son char ; le duc Tao s’en irrita, mais, quelqu’un lui ayant fait des remontrances, il estima en définitive la sagesse de (Wei) Kiang et lui confia une charge dans le gouvernement ; il l’envoya maintenir l’harmonie avec les (barbares) Jong, les Jong furent fort amis et soumis. — La onzième année (562), le duc Tao dit :

— Depuis que je me sers de Wei Kiang, j’ai réuni neuf fois les seigneurs ; j’ai maintenu la bonne harmonie avec les Jong et les Ti ; tout cela, je le dois à Wei (Kiang) ; je lui confère une musique (329).

(Wei Kiang) déclina par trois fois (cet honneur), puis l’accepta. — En hiver, Ts’in nous prit (la ville de) Li (330). — La quatorzième année (559), (le duc de) Tsin envoya les six hauts dignitaires se mettre à la tête des seigneurs pour attaquer Ts’in ; ils franchirent la rivière King (331) et infligèrent une grande défaite à l’armée de Ts’in ; ils arrivèrent jusqu’à Yu-lin (332), puis se retirèrent. — La quinzième année (558), le duc Tao interrogea le maître de musique K’oang sur l’art de bien gouverner ; le maître de musique K’oang dit :

— La bonté et la justice en sont les seuls principes.

— En hiver, le duc Tao mourut. Son fils Pieou, qui fut le duc P’ing, prit le pouvoir.

La première année (333) (557) de son règne, le duc P’ing p.330 attaqua Ts’i ; le duc Ling, de Ts’i, lui livra bataille au pied de (la montagne) Mei (334) ; les soldats de Ts’i furent battus et lâchèrent pied ; Yen Yng (335) dit :

— Notre prince n’est d’ailleurs point brave ; comment pourrait-il ne pas cesser le combat ?

(En effet, le duc de Ts’i) s’en alla aussitôt. Tsin le poursuit et alla jusqu’à investir (la ville de) Lin-tse (336) ; il incendia et saccagea tout dans les faubourgs ; poussant du côté de l’est, il arriva au sud de (la rivière Kiao)  (337), puis à (la rivière) I (338) ; dans tous ces lieux, (les habitants du pays de) Ts’i se gardèrent derrière leurs remparts ; alors Tsin ramena ses soldats et s’en retourna.

La sixième année (552), le duc Siang, de Lou, vint rendre hommage (au prince de) Tsin. — Loan Yng (339), (du pays) de Tsin, commit une faute et s’enfuit dans (le pays de) Ts’i. — La huitième année (550), le duc Tchoang, de Ts’i, envoya secrètement Loan Yng à K’iu-ou et p.331 le fit accompagner par des soldats ; les soldats de Ts’i gravirent (les montagnes) T’ai-hang, et Loan Yng ayant levé l’étendard de la révolte dans K’iu-ou, attaqua par surprise (la ville de) Kiang et y pénétra, car cette ville n’était pas sur ses gardes. Le duc P’ing voulait se tuer ; Fan Hien-tse l’en empêcha ; avec ses partisans il attaqua (Loan) Yng qui fut battu et se retira à K’iu-ou ; (les gens de) K’iu-ou assaillirent (Loan) Yng et celui-ci périt. Alors on extermina le clan des Loan. (Loan) Yng était petit-fils de Loan Chou. Lorsqu’il était entré dans (la ville de) Kiang, c’était en se concertant avec Wei (Hien-tse). Lorsque le duc Tchoang, de Ts’i, apprit que (Loan) Yng avait été battu, il opéra sa retraite ; il se retira après avoir pris (au prince de) Tsin (la ville de) Tchao-ko, afin de se venger de l’expédition de Lin-tsé. — La dixième année (548), Ts’oei Tchou, (du pays) de Ts’i, assassina son prince, le duc Tchoang ; (le duc de) Tsin, mettant à profit les troubles (du royaume) de Ts’i, l’attaqua et le battit à Kao-t’ang (340) ; il se retira après s’être ainsi vengé de l’expédition de T’ai-hang. — La quatorzième année (544), Ki-tse, (prince) de Yen-ling, (du pays) de Ou, vint en ambassade ; il s’entretint avec Tchao Wen-tse, Han Siuen-tse et Wei Hien-tse ; il dit :

— Le gouvernement du royaume de Tsin reviendra en définitive à ces trois familles.

— La dix-neuvième année (539), (le prince de) Ts’i envoya Yen Yng dans le (pays de) Tsin ; (Yen Yng) s’entretint avec Chou-hiang, qui lui dit :

— (La maison princière de) Tsin est à ses dernières générations ; le prince exige des redevances considérables pour faire des terrasses p.332 et des étangs et il gouverne sans pitié ; son gouvernement ne tend qu’à ses intérêts particuliers ; comment pourrait-il durer longtemps ?

Yen-tse approuva ces paroles. — La vingt-deuxième année (536), (le duc de Tsin) attaqua Yen. — La vingt-sixième année (532), le duc P’ing mourut. Son fils, I, qui fut le duc Tchao, prit le pouvoir.

Le duc Tchao mourut dans la sixième année de son règne (526). Les six hauts dignitaires étaient devenus puissants ; la maison ducale s’était affaiblie. Le fils (du duc Tchao), K’iu-tsi, qui fut le duc K’ing, prit le pouvoir.

La sixième année (520) du duc K’ing, le roi King, de (la dynastie) Tcheou, mourut. Les princes royaux se disputèrent le trône ; les six hauts dignitaires (341) de Tsin pacifièrent les troubles de la maison royale et mirent sur le trône le roi King. — La neuvième année (517), le chef de la famille Ki, (dans le pays) de Lou, chassa son prince, le duc Tchao ; le duc Tchao fixa sa résidence à Kan-heou (342). — La onzième année (515), (les princes de) Wei et de Song envoyèrent des émissaires proposer (au duc de) Tsin de restaurer le prince de Lou ; Ki P’ing-tse offrit secrètement des présents à Fan Hien-tse qui les accepta et qui dit au prince de Tsin :

— Le chef de la famille Ki n’est point coupable.

On ne fit point effectivement rentrer le prince de Lou (dans ses États). — La douzième année (514), le petit-fils de K’i Hi et le fils de Chou-hiang, qui faisaient partie de la maison princière de Tsin, s’aidèrent l’un et l’autre pour se mal conduire envers le prince (343) ; les six hauts dignitaires p.333 désiraient affaiblir la maison ducale ; ils en profitèrent donc pour exterminer entièrement au nom des lois les familles (de ces deux hommes) ; ils partagèrent leurs terres dont ils firent dix préfectures et chacun d’eux nomma ses fils gouverneurs (de ces villes) ; (la famille princière de) Tsin devint de plus en plus faible ; les six hauts dignitaires furent tous puissants. — La quatorzième année (512), le duc K’ing mourut. Son fils, Ou, qui fut le duc Ting, prit le pouvoir.

La onzième année (501) du duc Ting, Yang Hou, (du pays) de Lou, vint se réfugier dans (le pays de) Tsin. Tchao Yang Kien-tse lui donna accueil. — La douzième année (500), K’ong-tse devint conseiller de Lou. — La quinzième année (497), Tchao Yang chargea d’une mission Ou, gouverneur de Han-tan ; celui-ci ayant manqué à sa parole, il voulut le tuer. Ou était apparenté à Tchong-hang Yn (344) et à Fan Ki-i (345), qui attaquèrent Tchao Yang ; Tchao Yang s’enfuit et alla s’abriter dans (la ville de) Tsin-yang. Le duc Ting assiégea Tsin-yang (346). Siun Li, Han Pou-sin et Wei Tch’e étaient hostiles (aux chefs des familles) Fan et Tchong-hang ; ils transportèrent donc des soldats pour attaquer Fan et Tchong-hang qui se révoltèrent ; le prince de Tsin attaqua et battit Fan et Tchong-hang qui s’enfuirent à Tchao-ko et s’y gardèrent. (Les chefs des familles) Han et Wei p.334 intercédèrent en faveur de Tchao Yang auprès du prince de Tsin, qui pardonna alors à Tchao Yang et lui rendit ses dignités. — La vingt-deuxième année (490), (le prince de) Tsin battit (les chefs des familles) Fan et Tchong-hang qui se réfugièrent dans (le pays de) Ts’i. — La trentième année (482), le duc Ting se rencontra avec Fou-tch’ai, roi de Ou, à Hoang-tch’e : ils se disputèrent la prééminence ; en ce temps Tchao Yang accompagnait (le duc Ting) ; en définitive on accorda la prééminence (au roi de) Ou (347). — La trente et unième année (481), T’ien Tch’ang, (du pays) de Ts’i, assassina son prince, le duc Kien, et mit sur le trône Ngao, frère cadet du duc Kien ; ce fut le duc P’ing. — La trente-troisième année (479), K’ong-tse mourut. — La trente-septième année (475), le duc Ting mourut. Son fils, Tso, qui fut le duc Tch’ou, prit le pouvoir.

La dix-septième année (458) du duc Tch’ou, Tche Po (348) et (les chefs des familles) Tchao, Han et Wei, s’entendirent pour se partager les terres des (familles) Fan et Tchong-hang et s’en faire des fiefs. Le duc Tch’ou, irrité, se plaignit (aux princes de) Ts’i et de Lou, dans l’intention d’attaquer les quatre hauts dignitaires ; les quatre hauts dignitaires, saisis de peur, se révoltèrent aussitôt ; ils attaquèrent le duc Tchou qui s’enfuit dans (le pays de) Ts’i et mourut en chemin. C’est pourquoi Tche Po donna alors le titre de prince de Tsin à Kiao, arrière-petit-fils du duc Tchao ; ce fut le duc Ngai.

Yong, grand-père du duc Ngai, avait été le fils cadet du duc Tchao, de Tsin ; son surnom était Tai-tse ; Tai-tse avait engendré Ki ; Ki avait été fort ami de Tche Po ; il p.335 était mort prématurément ; aussi Tche Po, qui voulait s’annexer tout le pays de Tsin, mais ne l’osait pas encore, donna-t-il le titre de prince à Kiao, fils de Ki. En ce temps, les affaires d’État dans le royaume de Tsin étaient toutes décidées par Tche Po ; le duc Ngai, de Tsin, ne pouvait rien régler par lui-même. Alors Tche Po, étant en possession des territoires (des familles) Fan et Tchong-hang, se trouva au faîte de la puissance.

La quatrième année (453) du duc Ngai, Tchao Siang-tse, Han K’ang-tse et Wei Hoan-tse s’allièrent pour tuer Tche Po ; ils s’annexèrent tous ses territoires. — La dix-huitième année (349) (438), le duc Ngai mourut. Son fils, Lieou, qui fut le duc Yeou, prit le pouvoir.

Au temps du duc Yeou, (le prince de) Tsin, saisi de crainte, allait, contrairement à ce qui aurait dû être, rendre hommage aux princes de Han, de Tchao et de Wei ; il ne possédait plus que (les villes de) Kiang et K’iu-ou ; tout le reste (du pays) était tombé dans la possession des trois Tsin. — La quinzième année (424) ; le marquis Wen, de Wei, monta sur le trône. — La dix-huitième année (420) (350), le duc Yeou, qui se livrait à la débauche avec des femmes, sortit secrètement de nuit dans la ville ; des brigands le tuèrent. Le marquis Wen, de Wei, se servit de ses soldats pour étouffer dans le sang les désordres de Tsin ; il mit sur le trône Tche, fils du duc Yeou ; ce fut le duc Lie.

La dix-neuvième année (403) du duc Lie, le roi Wei-lie, de (la dynastie) Tcheou, conféra le titre de seigneurs p.336 aux (princes de) Tchao, Han et Wei. — La vingt-septième (393), le duc Lie mourut. Son fils, K’i, qui fut le duc Hiao, prit le pouvoir.

La neuvième année (386) du duc Hiao, le marquis Ou, de Wei, prit le pouvoir ; il attaqua par surprise (la ville de) Han-tan, mais n’eut pas l’avantage et se retira. — La dix-septième année (378), le duc Hiao mourut. Son fils, K’iu-tsieou, qui fut le duc Tsing, prit le pouvoir. Cette année fut la première du règne du roi Wei, de Ts’i.

La deuxième année (376) du duc Tsing, le marquis Ou, de Wei, le marquis Ngai, de Han, et le marquis King, de Tchao, mirent fin à la descendance (de la maison princière) de Tsin et se partagèrent entre eux trois ses territoires. Le duc Tsing fut mis de côté et devint un simple particulier. (La maison princière de) Tsin fut interrompue et n’eut plus de sacrifices.

Le duc grand astrologue dit : Le duc Wen, de Tsin, fut ce que les anciens appelaient un prince intelligent ; il resta fugitif à l’étranger pendant dix-neuf années et fut dans la détresse et la gêne extrêmes ; puis, quand il fut monté sur le trône et qu’il distribua les récompenses, il oublia encore Kie-tse Tch’oei. Combien plus (graves sont les erreurs que doit commettre) un prince arrogant ! — Après que le duc Ling eut été assassiné, (les ducs) Tch’eng et King se montrèrent fort sévères ; lorsque vint le duc Li, il fut très rigoureux ; les grands officiers craignirent d’être mis à mort et le malheur (de la rébellion) se produisit. A partir du duc Tao et de ses descendants, (la maison princière) s’affaiblit de jour en jour ; les six hauts dignitaires s’arrogèrent toute l’autorité. Ainsi, dans la conduite d’un prince, (la manière dont il doit) gouverner ses officiers et ses inférieurs n’est certes point chose facile.




Notes


(101. ) Si nous nous en tenons aux indications qui nous sont fournies par Se-ma Ts’ien lui-même, nous voyons que le puîné Yu, frère cadet du roi Tch’eng, reçut en fief le domaine des princes de T’ang, descendants de l’empereur Yao ; ce domaine avait pour centre la ville de T’ang, à 25 li à l’est de la sous-préfecture de I-tch’eng, préfecture de P’ing-yang, province de Chan-si ; c’était, dit l’historien, un territoire de cent li de côté situé à l’est du Hoang-ho et de la rivière Fen. A la date de 745, nous lisons que la capitale du royaume de Tsin était la ville de I, laquelle se trouvait au sud-est de la sous-préfecture actuelle de I-tch’eng ; la capitale était donc toujours dans la même région que lors de la fondation du royaume de Tsin. En 745, le marquis Tchao conféra à son oncle la ville de K’iu-ou (aujourd’hui sous-préfecture de Wen-hi, préfecture secondaire de Kiang, province de Chan-si), et créa ainsi un pouvoir rival qui devait finir par triompher ; en 679, en effet, le duc Ou, chef de la branche cadette établie à K’iu-ou, supplanta le représentant de la branche aînée et vint se fixer à I. En 669, le duc Hien transféra sa capitale de I à Kiang ; d’après Kiang Yong (H. T. K. K., chap. CCLII, p. 20 r°) cette ville se serait trouvée au nord de la préfecture secondaire de Kiang et à 25 li au sud de la sous-préfecture de T’ai-p’ing, par conséquent au nord de la rivière Fen ; je me rattacherais cependant plus volontiers à l’opinion des critiques qui identifient Kiang avec la ville de ce nom à l’époque des Han, c’est-à-dire au sud-ouest de la sous-préfecture actuelle de K’iu-ou, préfecture de P’ing-yang, par conséquent au sud de la rivière Fen. Enfin, d’après le Tso tchoan, en 585, le duc King transféra sa capitale à Sin-t’ien, au sud de la sous-préfecture actuelle de K’iu-ou. En 403, l’État de Tsin fut partagé entre les trois familles de Han, Wei et Tchao. Si on adopte les identifications proposées ci-dessus, on voit que la capitale de Tsin fut toujours située dans le territoire qui dépend administrativement de la préfecture actuelle de []. Plusieurs érudits chinois disent cependant que le royaume de Tsin eut d’abord sa capitale à T’ai-yuen hien, car, d’après le Tso tchoan (4e année du duc Ting), le fief qui fut assigné au puîné Yn avait pour centre l’ancienne capitale des Hia, qui fait partie de la ville préfectorale du même nom ; mais il est évident que cette opinion ne repose que sur l’identification fort sujette à caution de l’ancienne capitale des Hia avec la ville de T’ai-yuen (cf. p. 3, n. 2) ; aussi nous semble-t-il difficile, en l’absence de textes précis, de l’accepter.

(102. ) Quoique la construction de la phrase fasse du roi Ou le sujet du verbe « rêver », il serait plus conforme à la tradition de dire que c’est sa femme qui eut ce songe ; cf. les annotations critiques de l’édition de K’ien-long.

(103. ) Les princes de T’ang passaient pour être les descendants de l’empereur Yao ; cf. Tso tchoan, 24e année du duc Siang et 29e année du duc Tchao. Sur l’emplacement de leur fief, cf. n. 101, au début.

(103. e) Errata : On trouvera d’autres versions de cet épisode dans le commentaire du Ts’ien Han chou (chap. XXVIII, a, p. 9 v°, au nom de la ville de Fou-tch’eng).

(104. ) Dans le voisinage de la sous-préfecture de Ngan-i, préfecture secondaire de Kie, préfecture de Chan-si. — Pour tout ce récit, cf. Tso-tchoan, 2e année du duc Hoan.

(105. ) Le caractère [], prononcé tch’eou, signifie « ennemi ».

(106. ) D’après Kiang Yong (H. T. K. K, chap. CCLII, p. 11 v, Ts’ien-meou était sur le territoire de la sous-préfecture de Kie-hieou, préfecture de Fen-tcheou, province de Chan-si.

(107. ) Tou Yu explique ce nom en disant qu’il signifie « qui peut assurer le succès de la foule des siens ».

(108. ) Remarquer ce texte qui attribue aux noms propres une puissance mystérieuse.

(109. ) Cf. n. 101.

(110. ) Cf. n. 101.

(111. ) Les Tableaux chronologiques disent  « la neuvième année », parce qu’ils considèrent l’année 739, comme la première du marquis Hiao.

(112. ) Le Tso tchoan (6e année du duc Yn) appelle ce prince le marquis de Ngo et semble faire de Ngo un nom de lieu.

(113. ) Par Tsin, il faut entendre ici les gens de la ville de I, la capitale. Hing-ting était une localité au sud de I.

(114. ) Han Wan était fils de Hoan-chou, frère cadet du comte Tchoang et oncle du duc Ou.

(115. ) Kouo-tchong était un frère cadet du roi Wen ; il fut nommé prince du Kouo occidental qui passe pour avoir été situé à 60 li à l’est de la sous-préfecture de Pao-ki, préfecture de Fong-siang, province de Chàn-si ; plus tard, le Kouo occidental occupa le territoire de la préfecture secondaire de Chàn, province de Ho-nan ; c’est là qu’il se trouvait à l’époque dont il est parlé dans ce texte (H. T. K. K., chap. CCLII, p. 4 r°).

(116. ) Le Tso tchoan rapporte ces événements à l’année 701, et les Tableaux chronologiques donnent l’année 700, comme la première du règne de Tou, duc Li, de Tcheng.

(117. ) Cet événement eut lieu en réalité en 686. Ici, comme pour le fait précédent, il y a une erreur de deux ans qui disparaîtrait si on faisait, ainsi que le texte nous y autorise, de l’année 708 la première année de Siao-tse, et de l’année 704, la première année de Min, marquis de Tsin. D’autre part, cependant, il faut absolument que la 28e année de Min, marquis de Tsin, soit l’année 679, et c’est pourquoi nous avons conservé ici les équivalences de dates qui résultent des Tableaux chronologiques.

(118. ) La ville de I ; cf. n. 101.

(119. ) Cf. tome I, n. 04.446.

(120. ) Ces barbares de l’ouest étaient ainsi nommés parce qu’ils demeuraient près de la montagne Li (cf. tome I, n. 04.428). A 24 li à l’est de la sous-préfecture de Lin-t’ong, préfecture de Si-ngan, province de Chàn-si, se trouve la ville de Li-jong qui conserve le nom de ce peuple.

(121. ) Il s’agit, comme on le verra plus loin, des princes descendants de Hoan-chou, arrière-grand-père du duc Hien, et du comte Tchoang, son grand-père.

(122. ) Ainsi le duc Hien transféra sa capitale de I à Kiang (cf. n. 101).

(123. ) Cf. n. 101.

(124. ) La ville de P’ou (qui ne doit pas être confondue avec la ville de P’ou-fan) était au nord-est de la préfecture secondaire de Si, province de Chan-si.

(125. ) La ville de K’iu, ou K’iu septentrional, était 27 li au nord-est de la préfecture de Ki, préfecture de P’ing-yang, province de Chan-si. — P’ou et K’iu étaient sur la rive gauche du Hoang-ho, à la frontière occidentale du pays de Tsin.

(126. ) Citation du Tso tchoan, 1e année du duc Min.

(127. ) C’était la première fois que le duc de Tsin se permettait d’avoir deux armées ; quand le roi Hi avait conféré, en 679, au duc Ou, de K’iu-ou, le titre de prince de Tsin, il avait stipulé qu’il n’aurait qu’une armée ; cf. Tso tchoan, 16e année du duc Tchoang.

(128. ) Cf. tome I, n. 02.314.

(129. ) Houo avait été le fief du puîné Tch’ou, fils du roi Wen ; cf. n. 35.106. .

(130. ) A 5 li au nord de la sous-préfecture de Joei-tch’eng, préfecture secondaire de Kie, province de Chan-si.

(131. ) Au sud-est de la sous-préfecture de Ho-tsin, préfecture secondaire de Kiang, province de Chan-si. Cette ville passait pour avoir été la capitale de l’empereur Tsou-i, de la dynastie Yn ; cf. tome I, n. 03.178.

(132. ) Tchao Sou est l’ancêtre des princes de Tchao ; Pi Wan est l’ancêtre des princes de Wei ; les fiefs conférés par le duc Hien à ces deux hommes sont l’origine de la puissance de leurs descendants qui, avec la famille Han, devaient, en 403 avant J.-C., se partager l’État de Tsin et former les trois États de Han, Tchao et Wei, connus sous le nom collectif de « trois Tsin ».

(133. ) Cf. p. 2. T’ai-po était le fils aîné de l’Auguste roi ; mais, voyant que son père désirait avoir pour successeur son frère cadet Ki-li, il s’enfuit dans le pays de Ou.

(134. ) Citation du Tso tchoan, 1e année du duc Min.

(135. ) Cf. Chou king, chap. Ou tse tche ho, Tchong hoei tche kao, T’ang kao, etc, ; Legge, C. C., vol. III, p. 158, 180, 188.

(136. ) Cf. Che king, Kouo fong, 2e ode de Tang ; Legge, C. C., vol IV, p. 514. On trouve cependant aussi cette expression dans la bouche de l’empereur parlant à son peuple ; cf. Chou king ; chap. P’an keng ; Legge, C. C., vol. III, p. 239 et 245.

(137. ) En d’autres termes, le devin prédit que les descendants de Pi Wan seront mis un jour au rang des seigneurs.

(138. ) L’hexagramme tchoen est le 3e du I king ; l’hexagramme pi est le 8e ; le rapprochement de ces deux hexagrammes montre que le pronostic doit être tiré du texte du I king, correspondant à la première ligne inférieure de l’hexagramme tchoen, car c’est cette ligne qui seule est différente dans les deux hexagrammes.

(139. ) Le Tso tchoan (2e année du duc Min) appelle ces barbares « la tribu Kao-lo de Tong-chan, c’est-à-dire des montagnes orientales » ils demeuraient à 70 li à l’est de la sous-préfecture de Lo p’ing, préfecture de T’ai-yuen, à la limite orientale de la province de Chan-si. Kao-lo était proprement le nom de la montagne près de laquelle ils habitaient. Ils se rattachaient au groupe ethnique des Ti rouges qui occupait le territoire de la préfecture actuelle de Lou-ngan.

(140. ) Citation du Tso tchoan, 2e année du duc Min.

(141. ) On retrouve cette expression dans Mencius, III, b, 3 et III, b, 5 ; VII, b, 14.

(142. ) C’est ce que le roi Wen, quand il n’était encore qu’héritier présomptif, faisait pour son père ; cf. Li ki, chap. Wen wang che tse.

(143. ) Les hauts dignitaires de premier rang.

(144. ) Le mot [] se prononce ici pin, est au chang cheng et signifie « recevoir ».

(145. ) La partie gauche et la partie droite du vêtement étaient de couleurs différentes. Cet étrange costume et le bizarre ornement que le duc y ajouta furent interprétés par ses sujets comme des marques de son désir de voir disparaître l’héritier présomptif ; cf. Tso tchoan, 2e année du duc Min.

(146. ) Le duc de Tsin avait un attelage d’excellents chevaux venus de K’iu-tch’an ; il les donna au prince de Yu pour obtenir le droit de passer sur son territoire et dans l’espérance de les reprendre quand il l’aurait lui-même attaqué et vaincu, ce qui arriva en effet. K’iu-tch’an  était à 4 li au sud-est de la sous-préfecture de Che-leou, préfecture de Fen-tcheou, province de Chan-si.

(147. ) A 45 li au nord-est de la sous-préfecture de P’ing-lou, préfecture secondaire de Kie, province de Chan-si. Cette ville était la plus importante de l’État de Kouo, après la capitale qui s’appelait Chang-yang et qui était au sud-est de la préfecture secondaire de Chàn, province de Ho-nan.

(148. ) La mère défunte de l’héritier présomptif.

(149. ) K’iu-ou était la ville dans laquelle se trouvait le temple funéraire de Ts’i-Kiang.

(150. ) Cf. tome II, p. 281 : « ces hommes étaient le couteau et l’étal, et nous, nous étions le poisson et la viande ».

(151. ) K’iu-ou, dont le rempart avait été récemment construit.

(152. ) Cf. n. 124 et 125.

(153. ) Il y a peut-être ici une réminiscence de ce vers du Che king (Legge, C. C., vol. IV, p. 60). Che Wei prévoit que les remparts des villes de P’ou et de K’iu permettront aux deux princes de maintenir leur indépendance, qu’il y aura alors comme trois ducs dans l’État et que la situation du royaume sera fort embrouillée.

(154. ) Cf. Tso tchoan, 5e année du duc Hi.

(155. ) Citation du Tso tchoan, 5e année du duc Hi.

(156. ) Il semble qu’ici Se-ma Ts’ien fasse de Yu-tchong le frère de T’ai-po ; cf. n. 31.109. .

(157. ) tome I, n. 04.382, et n. 115.

(158. ) Cf. n. 121.

(159. ) Cf. tome II, p. 26.

(160. ) Les princes de Leang appartenaient au clan Yng ; leur territoire fut annexé par Ts’in en l’an 641 avant J.-C. ; il correspond à la sous-préfecture actuelle de Han-tch’eng, préfecture de T’ong-tcheou, province de Chàn-si.

(161. ) Littéralement : « Après les cent années de notre prince ».

(162. ) Ye-sang est vraisemblablement une leçon fautive à laquelle il faut substituer la leçon Ts’ai-sang du Tso tchoan. Ts’ai-sang était à l’ouest de la sous-préfecture de Hiang-ning, préfecture secondaire de Ki, province de Chan-si.

(163. ) Cf. tome II, n. 05.213.

(164. ) Le territoire de la préfecture actuelle de Wei-hoei qui appartient à la province de Ho-nan, quoique situé au nord du Hoang-ho.

(165. ) Cf. p. 54.

(166. ) Le texte de Tso tchoan (9e année du duc Hi) est plus explicite.

(167. ) Tch’ong-eul, I-ou et le défunt héritier présomptif Chen-cheng.

(168. ) La chambre de deuil est celle dans laquelle se trouvait déposé provisoirement le cercueil et c’est ce que confirme la phrase suivante : « le duc Hien n’avait point encore été enterré ».

(169. ) Cf. Ta ya, 3e décade, ode 2, strophe 5.

(170. ) Les fissures formées sur l’écaille de tortue affectaient la forme d’une rangée de dents supérieures et d’une rangée de dents inférieures ; entre ces deux rangées, des lignes longitudinales symbolisaient la calomnie qui sortait de cette bouche. L’oracle prédisait les maux que produiraient les calomnies de Li-Ki.

(171. ) C’est le même personnage que nous avons vu plus haut (p. 269, ligne 7) appelé Ki Joei.

(172. ) A 90 li au nord de la sous-préfecture actuelle de Yang-k’iu, préfecture de T’ai-yuen, province de Chan-si.

(173. ) Au sud de la sous-préfecture de Hong-tong, préfecture de P’ing-yang, province de Chan-si.

(174. ) « Gratifier de la mort ». Cette expression désigne l’acte par lequel le prince ordonnait un officier de se suicider ; c’était une faveur puisqu’il ne le faisait pas mourir de la main du bourreau.

(175. ) Les princes Hi-ts’i et Tao-tse et le grand officier Siun Si.

(176. ) La ville de K’iu-ou ; suivant une autre explication, [] désignerait une « principauté soumise » par le royaume de Tsin.

(177. ) Hou Tou avait été cocher de l’héritier présomptif Chen-cheng, du vivant de ce dernier. Le revenant monte donc en char avec lui comme il le faisait autrefois. Cf. Tso tchoan, 10e année du duc Hi.

(178. ) La ville de K’iu-ou.

(179. ) Cf. tome II, n. 05.204.

(180. ) Tch’ong-eul, qui devint prince de Tsin en 636.

(181. ) Lu Cheng, K’i Tch’eng et Ki Joei.

(182. ) D’après le Tcheou li (article du ta hing jen, trad. Biot, vol. II, p. 401), un seigneur du rang de heou a sept chars supplémentaires ; chacun de ces chars est commandé par un grand officier ; telle est l’origine de la dénomination « les grands officiers des sept chars ». Ici, ces officiers sont ceux qui formaient l’entourage de l’ancien héritier présomptif Chen-cheng. Cf. les commentaires au Tso tchoan, 10e année du duc Hi et 23e année du duc Siang.

(183. ) D’après le texte du Tso tchoan (11e année du duc Hi), le duc Ou, de Chao et le nei-che Kouo allaient, au nom du roi, conférer au duc de Tsin la tablette d’investiture.

(184. ) C’est-à-dire : depuis la capitale du pays de Ts’in (cf. tome III, 421, n. 28.136) jusqu’à la capitale du pays de Tsin (cf. n. 101).

(185. ) Cf. n. 32.198. .

(186. ) Cf. tome II, n. 05.208.

(187. ) Ce n’était pas la peine de consulter les sorts puisque, lorsqu’ils m’ont désigné, vous avez refusé de ratifier leur choix.

(188. ) Dans le Tso tchoan, c’est Han Kien qui, avec Leang Yao-mei et Kouo I, s’avance contre le duc Mou et qui manque l’occasion de s’emparer de lui parce que K’ing Tcheng l’envoie porter secours au duc de Tsin. Le texte du Tso tchoan paraît plus clair et plus correct que celui des Mém. hist.

(189. ) Cette phrase fait peut-être allusion aux trois cents hommes qui étaient particulièrement dévoués au duc Mou ; cf. tome II, p. 32-33.

(190. ) C’est-à-dire qu’il se proposait d’anéantir entièrement le royaume de Tsin. Cf. tome II, n. 05.208.

(191. ) Le premier ancêtre des princes de Tsin.

(192. ) Localité du pays de Ts’in ; à l’est de la sous-préfecture de Tch’ao-i, préfecture de Si-ngan, province de Chàn-si.

(193. ) C’est le prince qui est le père et la mère du peuple ; dans leur crainte de n’avoir plus de prince, les gens du peuple seraient disposés à mettre sur le trône Yu, fils du duc Hoei.

(194. ) Le peuple est hostile à Ts’in ; les hautes classes lui sont favorables. Le récit du Tso tchoan (15e année du duc Hi) est plus détaillé.

(195. ) Il lui donna une résidence plus honorable.

(196. ) Chaque groupe comprenant un bœuf, un mouton et un porc.

(197. ) Cf. tome II, n. 05.176.

(198. ) Par conséquent, il est légitime que vous songiez à retourner dans votre pays ; mais, comme mon père, le duc de Ts’in, m’a donné à vous pour que je vous retienne ici, je ne puis vous accompagner ; du moins, je ne trahirai pas le secret de votre fuite.

(199. ) Cf. n. 173.

(200. ) Nous avons vu plus haut (p. 267) ce personnage appelé Pou Ti.

(201. ) C’était une tribu des Ti rouges.Son nom de clan était Wei.

(202. ) Localité du pays de Wei ; aujourd’hui, Ou-lou-tch’eng, préfecture secondaire de K’ai, préfecture de Ta-ming, province de Tche-li.

(203. ) Pour rétablir l’ordre incessamment troublé dans le pays de Ts’i.

(204. ) Pour qu’elle ne pût divulguer ce qu’elle avait entendu et pour que le duc Hiao ne fût pas prévenu du départ de Tch’ong-eul qu’il aurait cherché à empêcher.

(205. ) Cf. p. 283, lignes 4-5.

(206. ) C’est-à-dire de Hou Yen Kieou-fan.

(207. ) Si Tch’ong-eul ne réussit pas, Hou Yen Kieou-fan aura trouvé la mort ; en combattant pour lui et son corps sera déjà décomposé.

(208. ) Cf. n. 38.180. .

(209. ) L’expression [] « indigne » est l’expression par laquelle les chefs des contrées barbares doivent se désigner quand ils sont dans leur propre territoire : cf. Li ki, chap. K’iu li ; Legge, S. B. E., vol, XXVII, p. 111.

(210. ) Lorsque Tch’ong-eul sera monté sur le trône de Tsin, si le destin veut qu’il ait à combattre soit sur la terre, soit sur l’eau, contre le roi de Tch’ou, il s’engage à s’éloigner de lui de trois étapes, c’est-à-dire de quatre-vingt-dix li ; il lui cédera donc la place et, si le roi de Tch’ou ne le poursuit pas, il n’y aura pas de bataille livrée ; mais, comme l’explique le texte du Tso tchoan, si le roi de Tch’ou ne se tient pas pour satisfait de cette concession et continue à marcher contre les troupes de Ts’in, Tch’ong-eul l’attaquera avec la dernière énergie.

(212. ) Littéralement : « des instruments d’État ».

(213. ) Cf. p. 281-282.

(214. ) Che king, Siao ya, VIIIe décade, ode 3. Les deux premiers vers de cette poésie sont ainsi conçus :

Florissant pousse le jeune millet engraissé par les pluies fertilisantes.

Dans le cas présent, Tch’ong-eul est représenté par le millet et c’est le secours du duc de Ts’in qui sera la pluie fertilisante dont il a besoin.

(215. ) Sur cette formule d’imprécation, cf. n. 32.267. , où se trouve cité le texte du Tso tchoan. Sur le comte du Fleuve, cf. tome III, n. 29.153 ; dans le texte du Tso tchoan, cette divinité n’est pas nommée.

(216. ) A 15 li à l’ouest de la sous-préfecture de I-che, préfecture de P’ou-tcheou, province de Chan-si.

(217. ) Au nord-ouest de la sous-préfecture de I-che (cf. la note précédente).

(218. ) A 15 li au nord-est de la sous-préfecture de Lin-tsin, préfecture de P’ou-tcheou, province de Chan-si.

(219. ) Le lendemain.

(220. ) Quatre jours plus tard.

(221. ) Le lendemain.

(222. ) Le duc Ou (678-677) était le grand-père de Tch’ong-eul et le fondateur de la dynastie des princes de Tsin issus de la branche cadette ; cf. p. 257.

(223. ) Cf. n. 32.171. .

(224. ) Le lendemain du jour où il avait assumé solennellement le pouvoir dans le temple funéraire de son aïeul, le duc Ou.

(225. ) Cf. p. 267 et n. 200.

(226. ) C’est-à-dire : Je ne suis qu’un eunuque. La même expression se retrouve dans la lettre de Se-ma Ts’ien à Jen Ngan ; tome I, Introduction, p. CCXXVIII, lignes 21-22.

(227. ) Lorsque Tch’ong-eul était dans la ville de P’ou, et plus tard chez les Ti, l’eunuque servait son maître légitime en cherchant à l’assassiner ; maintenant que Tch’ong-eul est revenu dans son royaume et qu’il est monté sur le trône, c’est lui qui est le maître légitime et l’eunuque souhaiterait qu’il eût quelqu’un à faire assassiner à P’ou ou chez les Ti pour avoir l’occasion de lui montrer son dévouement.

(228. ) Quoique Koan Tchong eût failli le tuer à la bataille de Kan, le duc Hoan, de Ts’i, le prit pour conseiller et, grâce à lui, parvint à l’hégémonie.

(229. ) L’expression [] ne signifie pas « deux ou trois personnes », mais « plusieurs personnes ». Ainsi dans le Kouo-yu, section Tsin yu, IIIe partie, 4e discours, elle désigne les « sept grands officiers des chars ». Ailleurs (Tsin yu, Ve partie, 6e discours ; VIIe partie, 1er discours), elle désigne tous les hauts dignitaires ou tous les grands officiers du pays de Tsin.

(230. ) C’est-à-dire : Si vous mourez sans avoir reçu de récompense et sans en avoir demandé, qui s’en indignera ?

(231. ) Le dragon est Tch’ong-eul, duc Wen. Les cinq serpents sont Hou Yen, Tchao Tch’oei, Wei Ou-tse, le se-kong Ki-tse et Kie-tse Tch’oei.

(232. ) Le roi Siang, de la dynastie Tcheou, lui avait demandé de venir à son secours,

(233. ) A 80 li au nord de la sous-préfecture de Tch’en-yuen, préfecture secondaire de Tch’en, province de Chan-si, et non loin de la sous-préfecture de Kie-hieou dont le nom, qui signifie « le repos de Kie », rappelle que Kie-tse Tch’oei vint trouver le calme et l’oubli dans ces parages.

(234. ) Si je n’ai reçu aucune récompense, c’est que j’ai commis quelque faute ; alors punissez-moi.

(235. ) Ceux qui ont pris part à des batailles.

(236. ) D’après Se-ma Tcheng, Ho-chang serait le nom d’une localité du pays de Tsin.

(237. ) Yang-fan, qu’on appelle aussi Fan, était à 38 li au sud-est de la sous-préfecture de Tsi-yuen, préfecture de Hoai-k’ing, province de Ho-nan.

(238. ) A 30 li au sud-ouest de la sous-préfecture actuelle de Wen, préfecture de Hoai-k’ing, province de Ho-nan.

(239. ) On a vu plus haut (p. 287, ligne 6) que Kong-suen Kou avait eu autrefois des relations d’amitié avec le futur duc Wen qui n’était alors que le kong-tse Tch’ong-eul.

(240. ) Le duc de Song s’était montré plein d’égards pour Tch’ong-eul.

(241. ) Cf. n. 32.198.  ; n. 128 ; n.187.

(242. ) Au nord-ouest de l’ancienne sous-préfecture de Tch’e-choei, laquelle était elle-même au nord-est de la sous-préfecture actuelle de Tsi-yuen, préfecture de Hoai-k’ing, province de Ho-nan.

(243. ) Ce passage méridional est le gué de Ki, au sud de la préfecture de Wei-hoei, province de Ho-nan. Après avoir traversé le Hoang-ho en ce point, le duc Wen passa au sud du royaume de Wei et put ainsi attaquer Ts’ao ; après quoi, il se retourna contre Wei.

(244. ) Cf. n. 203.

(245. ) Lien-yu était sur le territoire de Wei, au sud-est de la préfecture secondaire de K’ai, préfecture de Ta-ming, province de Tche-li.

(246. ) Sur le territoire de la préfecture secondaire de Pou, préfecture de Ts’ao-tcheou, province de Chan-tong.

(247. ) Cf. p. 286, lignes 22-29.

(248. ) Cf. n. 35.133. .

(249. ) Tse-yu insiste pour combattre le duc Wen ; il veut fermer la bouche à ceux qui le déclarent incapable de remporter une victoire.

(250. ) Tse-yu obtiendrait de sauver Wei et Ts’ao ; le duc Wen ne délivrerait que le seul prince de Song.

(251. ) To-tch’en est un autre nom de Tse-yu, général de Tch’ou.

(252. ) Cf. n. 210.

(253. ) Cf. tome II, n. 05.218.

(254. ) A 5 li au nord-ouest de la sous-préfecture de Yuen-ou, préfecture de Hoai-k’ing, province de Ho-nan. C’était une localité du pays de Tcheng.

(255. ) Localité du pays de Tcheng ; à 15 li au nord-ouest de la sous-préfecture de Yong-tsé, préfecture de K’ai-fong, province de Ho-nan. — Le roi Siang, de la dynastie Tcheou, fut mandé à Tsien-t’ou par le duc Wen et c’est pourquoi on éleva un palais pour le recevoir. Cf. tome I, n. 04.478.

(256. ) Le wang-tse (fils de roi) Hou était frère du roi Siang.

(257. ) Ce vin et cette tasse étaient destinés aux sacrifices. Le roi Siuen avait fait des présents semblables à Hou, duc de Chao ; cf. Che king, Ta ya, 3e décade, ode 8, strophe 5 :

Je vous donne en présent une tasse à manche de jade et un vase de vin aromatisé. — On trouvera dans le Dictionnaire chinois-français du P. Couvreur (p. 922) un dessin de la tasse à manche de jade. — Dans le tome I (p. 294, lignes 15-16) de ma traduction, les mots [][] ont été expliqués comme signifiant : « une tablette de jade, un fourreau d’arc ». On voit maintenant qu’il faut les traduire de la manière suivante : « (une tasse à) manche de jade et du vin aromatisé ». La n. 04.475. du tome I doit être annulée.

(258. ) Cette expression désigne les gardes du roi. Cf. Chou king, chap. Kou ming et Mencius, VII, b, 4. Legge, C. C., vol. III, p. 549 et vol. II, p. 356.

(259. ) Chou king : chap. Wen heou tche ming.

(260. ) La préface du Chou king attribue le chapitre du Chou king intitulé Wen heou tche ming au roi P’ing s’adressant au marquis Wen (780-746), de Tsin ; on voit que Se-ma Ts’ien le met dans la bouche du roi Siang parlant en 632 avant J.-C. au duc Wen (636-628), de Tsin.

(261. ) Le duc de Tsin et le roi de Tcheou appartiennent au même clan ; c’est pourquoi le roi appelle le duc son oncle. I-ho est expliqué comme étant le surnom du prince de Tsin, « celui qui peut par la justice réunir les seigneurs ».

(262. ) Le roi demande au prince de Tsin de lui donner son appui. — Le texte du Chou king est ici fort écourté.

(263. ) Cette salle royale était celle du palais qu’on avait édifié pour le roi (cf. n. 255). Tous ces événements se passent à Tsien-t’ou.

(264. ) C’est sur le conseil de Sien Tchen que le duc Wen avait gagné secrètement à sa cause les princes de Wei et de Ts’ao (cf. p. 301), ce qui lui avait assuré la victoire sur Tch’ou à Tch’eng-pou.

(265. ) Du texte du Tso tchoan (Legge, C. C., vol. V, p. 209) il résulte que c’est Hou Yen (Kieou-fan) qui engagea le duc Wen à reculer de trois étapes pour ne pas manquer à la parole qu’il avait donnée au roi de Tch’ou.

(266. ) La droite était plus honorable que la gauche dans l’antiquité.

(267. ) Cf. tome I, p. 295.

(268. ) Le nom de Tsien-t’ou paraît être ici une erreur ; il faut sans doute lire Ho-yang.

(269. ) Aujourd’hui, ville préfectorale de Hiu, province de Ho-nan. — Les princes de Hiu appartenaient au clan Kiang, et passaient pour avoir le même ancêtre que les princes de Ts’i. C’est le roi Ou de la dynastie Tcheou, qui conféra le fief de Hiu à Wen-chou, descendant du Chef des quatre montagnes. A l’époque tcho’en-ts’ieou, les princes de Hiu se trouvaient opprimés par leurs voisins plus puissants, les princes de Tcheng ; en 576, ils se transportèrent à Ye (aujourd’hui, sous-préfecture de Ye, préfecture de Nan-yang, province de Ho-nan) ; en 533, ils émigrèrent à Tch’eng-pou (cf. tome II, n. 07.355) ; en 524, ils s’établirent à Pe-yu (aujourd’hui sous-préfecture de Nei-hiang, préfecture de Nan-yang, province de Ho-nan) ; en 506, ils vinrent à Jong-tch’eng (aujourd’hui, sous-préfecture de Kien-li, préfecture de King-tcheou, province de Hou-pei). La principauté de Hiu fut anéantie par le royaume de Tch’ou au début de la période des Royaumes combattants (480-222).

(270. ) Le duc Wen s’était acquitté de sa promesse envers le prince de Wei, mais non envers le prince de Ts’ao.

(271. ) Cf. n. 33.124. .

(272. ) Le duc de Tsin avait déjà trois armées (cf. p. 298, ligne 15) ; il y ajoute trois armées nouvelles, mais il les appelle des colonnes afin de ne pas être accusé d’empiéter sur les prérogatives du Fils du Ciel qui seul avait droit à six armées.

(273. ) Chou-tchan est cet officier qui avait conseillé au prince de Tcheng de faire périr Tch’ong-eul. Cf. p. 287.

(274. ) Si le duc de Ts’in lève le siège, le prince de Tcheng lui promet de faciliter le passage de son royaume à tous ceux qu’il aura à envoyer en mission du côté de l’est.

(275. ) Cf. tome II, p. 39.

(276. ) Hoa était une principauté dépendante du royaume de Tsin ; cf. tome II, n. 05.225.

(277. ) C’est-à-dire le prince de Hoa.

(278. ) Le duc Siang portait encore le deuil de son père ; mais la couleur blanche du deuil aurait pu être de mauvais présage pour les opérations militaires et c’est pourquoi il noircit son pectoral et sa ceinture.

(279. ) Cf. tome II, p. 40.

(280. ) Il résulte du texte du Tso Tchoan (2e année du duc Wen, § 7) que Wang était une ville de Ts’in, et non de Tsin.

(281. ) Cf. tome II, n. 05.232.

(282. ) Ville du pays de Ts’in à 20 li au nord-est le la sous-préfecture actuelle de Tch’eng-tch’eng, préfecture de T’ong-tcheou, province de Chàn-si.

(283. ) Loan Tche. Kieou Ki n’est autre que Siu Tch’en (cf. Tso Tchoan, 5e année du duc Wen) ; Tse-fan doit être ici l’appellation de Hou Yen.

(284. ) Tchao Siuen-tse.

(285. ) De Yu, duc Hoai, et de Tch’ong-eul, duc Wen.

(286. ) Il était fils du duc Wen.

(287. ) Le royaume de Tch’en.

(288. ) L’héritier présomptif I-kao qu’on fera sans doute périr si on met un autre prince sur le trône.

(289. ) Cf. tome II, n. 05.247.

(290. ) Ville du pays de Tcheng ; au nord-ouest de la sous-préfecture actuelle de Yuen-ou, préfecture de Hoai-k’ing, province de Ho-nan.

(291. ) Cf. tome II, n. 05.249.

(292. ) Ce nom de lieu est ici une erreur.

(293. ) Cf. tome II, n. 05.250.

(294. ) Cf. tome II, n. 05.193.

(295. ) Au moment où les femmes, qui emportaient le corps dans un panier, traversaient la salle du trône.

(296. ) Siu Koang identifie cette montagne avec la montagne Lei-cheou près de la ville préfectorale de P’ou-tcheou, province de Chan-si.

(297. ) Dans ce nom propre, le caractère [] se prononce comme [] K’i. Le Tso tchoan écrit T’i(-mi Ming).

(298. ) On appelle ngao, dit le commentaire, un chien de quatre pieds (de haut).

(299. ) C’est-à-dire : quelque féroce que soit le chien, il ne pourra rendre au duc les services d’un bon ministre.

(300. ) S’il était sorti du territoire de Tsin avant l’assassinat du duc, les relations de prince et de sujet auraient été considérées comme interrompues, et il n’aurait plus pu être tenu pour responsable de ce qui se serait passé après sa sortie du pays.

(301. ) Cf. n. 222.

(302. ) Ville du pays de Tcheng ; au nord-ouest de la sous-préfecture actuelle de Yuen-ou, préfecture de Hoai-k’ing, province de Ho-nan.

(303. ) Les hommes se jetaient dans le fleuve et se cramponnaient aux bateaux qui faisaient la traversée ; ceux qui étaient à bord leur tranchaient les doigts pour éviter de chavirer ; c’est ainsi que les embarcations se trouvaient pleines de doigts humains.

(304. ) Cf. p. 304.

(305. ) Cet incident est raconté d’une manière plus détaillée et plus claire dans le Tso tchoan (15e année du duc Siuen).

(306. ) Cf. n. 201. A partir de l’expédition de Soei Hoei, le territoire des Ti rouges fut annexé au pays de Tsin.

(307. ) Cf. n. 33.208. .

(308. ) Cf. n. 32.207. .

(309. ) C’est-à-dire la propre mère du duc de Ts’i ; n. 32.211. .

(310. ) Le Tso tchoan dit : « six armées ». On voit par là que les six hauts dignitaires étaient les chefs des six armées que le prince de Tsin avait formées, quoique ce fût un privilège réservé au Fils du Ciel.

(311. ) Le Tso tchoan appelle ce personnage Han Tch’oan.

(312. ) Cette ville est identifiée avec la sous-préfecture de Se-choei, préfecture de K’ai-fong, province de Ho-nan. Une confusion paraît s’être produite entre les caractères [] fan et [] se et c’est pourquoi la rivière, qui donne son nom à la ville, s’est appelée d’abord Fan-choei, et ensuite Se-choei.

(313. ) Cette montagne était à 90 li au nord-est de la sous-préfecture de Han-tch’eng, préfecture de T’ong-tcheou, province de Chàn-si.

(314. ) Le discours de Lu Siang nous a été conservé dans le Tso tchoan (13e année du duc Tch’eng).

(315. ) La rivière King est un affluent de gauche de la rivière Wei dans laquelle elle se jette en aval de la ville préfectorale de Si-ngan. Cf. tome I, n. 02.207.

(316. ) Au sud de la sous-préfecture actuelle de King-yang, préfecture de Si-ngan, province de Chàn-si.

(317. ) K’i, K’i Tch’eou et K’i Tche.

(318. ) En d’autres termes, Loan Chou conseille au duc de s’assurer l’appui des seigneurs pour attaquer Tcheng.

(319. ) Yen-ling était une localité du pays de Tcheng ; c’était autrefois l’État de Yen, dont les princes appartenaient au clan Yun ; cet État avait été anéanti par le duc Ou (770-744), de Tcheng, et était devenu partie intégrante du royaume de Tcheng. Aujourd’hui, sous-préfecture de Yen-ling, préfecture de K’ai-fong, province de Ho-nan.

(320. ) Général de Tch’ou.

(321. ) Lors de l’affaire de Yen-ling, Loan Chou aurait voulu que l’armée de Tsin ne livrât pas bataille ; K’i Tche insista pour combattre et remporta la victoire.

(322. ) Arrière-petit-fils du duc Siang, de Tsin.

(323. ) Le prince Tcheou s’était réfugié sur le territoire du roi de la dynastie Tcheou.

(324. ) Ki-tse est l’appellation de K’i Tche.

(325. ) Cf. n. 222.

(326. ) Le jour i yeou, d’après le Tso tchoan, était le premier du deuxième mois. Voici comment les événements s’était passés : au jour i-mao, qui devait être le dernier de la lune intercalaire, le duc Li avait été fait prisonnier ; cinq jours après, au jour keng-chen, il avait été mis à mort ; dix jours après, au jour keng-ou, le prince Tcheou était arrivé à Kiang ; onze jours après, au jour sin-se, il avait été rendre hommage dans le palais funéraire de son ancêtre ; quatre jours après, au jour i-yeou qui était le premier du deuxième mois, il avait assumé le pouvoir.

(327. ) A Ki-tsé. Aujourd’hui, sous-préfecture de Ki-tsé, préfecture de Koang-p’ing, province de Tche-li.

(328. ) Commandant en chef des troupes de Tsin.

(329. ) On honorait les hommes de haute valeur en leur accordant le droit de se faire jouer certains airs musicaux. La musique était un privilège politique.

(330. ) Li était une ville du pays de Tsin, sur le Hoang-ho.

(331. ) Cf. n. 315.

(332. ) Cf. tome II, n. 05.260.

(333. ) Le Tso tchoan rapporte à l’année 555 les événements dont il va être parlé. Cf. aussi p. 68.

(334. ) Cette montagne paraît être identique à la montagne Mei-ki dont il est question dans le Tso tchoan, à la date de la 2e année du duc Tch’eng. Cf. n. 32.205. .

(335. ) Yen Yng était au service du duc de Ts’i.

(336. ) Capitale de l’État de Ts’i.

(337. ) La rivière Kiao coule du nord au sud dans la presqu’île de Chan-tong ; elle se jette dans la mer près de la préfecture secondaire de Kiao, ou Kiao-tcheou. Le Tso tchoan donne la leçon meilleure, « au sud de la rivière Wei » ; la rivière Wei est moins orientale que la rivière Kiao ; elle coule du sud au nord ; elle se jette dans la mer au nord de la sous-préfecture de Tch’ang-i.

(338. ) La rivière I prend sa source au nord-ouest de la sous-préfecture de I-choei, préfecture de I-tcheou, province de Chan-tong ; cf. tome I, n. 02.152, ad fin.

(339. ) Cf. tome V, n. 46.115.

(340. ) A 40 li au sud-ouest de la sous-préfecture de Yu-tch’eng préfecture de Tsi-nan, province de Chan-tong.

(341. ) Cf. tome II, n. 05.270.

(342. ) Cf. n. 33.215. .

(343. ) La phrase devrait signifier « cherchèrent à se nuire l’un à l’autre auprès du prince » ; mais ce sens est exclu par le texte du Tso tchoan.

(344. ) Petit-fils de Siun Yen.

(345. ) Fan Ki-i était le fils de Fan Hien-tse Che-yang.

(346. ) Cette ville appartenait en fief à Tchao Yang ; elle correspond à la sous-préfecture actuelle de T’ai-yuen ; cf. tome II, n. 06.113.

(347. ) Cf. tome II, n. 05.279.

(348. ) Cf. tome I, n. 04.496.

(349. ) Cette indication nous donnerait l’année 439 avant J.-C. ; mais, d’après les Tableaux chronologiques, la date de la mort du duc Ngai est l’année 438.

(350. ) Dans la conversion des dates, je suis les Tableaux chronologiques.