Mémoires historiques/40

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Maisons héréditaires
Dixième maison
Tch’ou

CHAPITRE XL

Dixième maison héréditaire

Tch’ou (101).


p.337 Le premier ancêtre (des princes) de Tch’ou est issu p.338 de l’empereur Tchoan-hiu (qu’on appelle aussi) Kao-yang (102). Kao-yang était le petit-fils de Hoang-ti et le fils de Tch’ang-i. Kao-yang engendra Tch’eng, qui engendra Kiuen-tchang, qui engendra Tchong-li. Tchong-li remplit sous l’empereur K’ou, (qu’on appelle aussi) Kao-sin, les fonctions de gouverneur du feu (103) ; il rendit des services signalés ; il fut capable d’éclairer brillamment l’empire ; l’empereur K’ou lui donna le titre de Tchou-yong (104). Kong-kong s’étant révolté, l’empereur K’ou chargea Tchong-li de le punir ; il n’y parvint pas entièrement ; alors l’empereur, au jour keng-yn, fit périr Tchong-li et nomma successeur de Tchong-li le frère cadet de ce dernier, Ou-hoei ; il lui rendit les fonctions de gouverneur du feu et le titre de Tchou-yong.

Ou-hoei engendra Lou-tchong. Lou-tchong engendra six fils qui furent mis au monde en déchirant (le ventre de leur mère) (105). L’aîné s’appelait Koen-ou (106) ; le second, p.339 Ts’an-hou (107) ; le troisième, P’ong-tsou (108) ; le quatrième, Hoei-jen (109) ; le cinquième eut pour nom de famille Ts’ao (110) ; le sixième s’appelait Ki-lien et son nom de famille était Mi (111) ; (les princes de) Tch’ou sont ses descendants. A l’époque de (la dynastie) Hia, (les descendants de) Koen-ou furent chefs de seigneurs ; à l’époque de (l’empereur) Kie, T’ang les anéantit. A l’époque de (la dynastie) Yn, (les descendants de) P’ong-tsou furent chefs de seigneurs ; sous les derniers souverains de (la dynastie) Yn, on anéantit la famille de P’ong-tsou.

Ki-lien engendra Fou-tsou ; Fou-tsou  engendra p.340 Koei-hiong ; leurs descendants furent médiocres et obscurs ; les uns résidèrent dans le royaume du Milieu ; les autres, chez les (barbares) Man et I. On ne peut mettre en ordre leurs généalogies.

Au temps du roi Wen, de (la dynastie) Tcheou, le descendant de Ki-lien s’appelait Yu-hiong. Yu-hiong tse (111e)  servit le roi Wen ; il mourut prématurément. Son fils s’appela Hiong-li. Hiong-li engendra Hiong-k’oang. Hiong-k’oang engendra Hiong-i. Hiong-i vivait au temps du roi Tch’eng, de (la dynastie) Tcheou ; (le roi Tch’eng) éleva aux honneurs les descendants de ceux qui avaient travaillé avec dévouement pour (les rois) Wen et Ou et donna un fief à Hiong-i dans (le territoire des) Man, (du pays) de Tch’ou ; (Hiong-i) reçut en fief une terre de vicomte ou de baron ; son nom de famille fut Mi ; il résida à Tan-yang (112). Hiong-i, vicomte de Tch’ou, fut au service du roi Tch’eng en même temps que Po-k’in, duc de Lou, Meou, fils de Wei K’ang-chou, Sie, marquis de Tsin et Lu-ki, fils de T’ai-kong, (prince) de Ts’i.

Hiong-i engendra Hiong-ngai. Hiong-ngai engendra Hiong-tan. Hiong-tan engendra Hiong-cheng. Hiong-cheng prit pour successeur son frère cadet Hiong-yang. Hiong-yang engendra Hiong-k’iu. Hiong-k’iu engendra trois fils. C’était alors l’époque du roi I, de (la dynastie) Tcheou ; la maison royale était affaiblie ; les seigneurs parfois ne venaient pas rendre hommage à la cour et se combattaient les uns les autres. Hiong-k’iu sut se concilier au plus haut point l’amitié de la population qui habitait entre le Kiang et la (rivière) Han ; il entra alors en campagne, attaqua (les localités de) Yong (113) et p.341 Yang-yue (114), et arriva jusqu’à Ngo (115). Hiong-k’iu dit :

— Je suis un barbare et je ne prends point part aux titres et aux noms posthumes des royaumes du Milieu (116).

Il nomma alors son fils aîné, K’ang roi de Keou-tan (117) ; son second fils, Hong, roi de Ngo (118) ; son plus jeune fils, Tche-ts’e, roi de Yue-tchang (119). Tous étaient sur les bords du Kiang, dans la région des Man, (du pays) de Tch’ou. Quand régna le roi Li, de (la dynastie) Tcheou, il se montra cruel ; Hiong-k’iu eut peur qu’il n’attaquât (le pays de) Tch’ou ; aussi renonça-t-il au (titre de) roi. Son successeur aurait dû être Hiong Mou-k’ang (120) ; mais celui-ci mourut prématurément ; à la mort de p.342 Hiong-k’iu, ce fut (donc) son fils Hiong Tche-hong (121) qui prit le pouvoir. — Tche-hong mourut ; son frère cadet, qui l’avait assassiné, prit le pouvoir à sa place ; il s’appelait Hiong Yen, Hiong Yen engendra Hiong Yong.

La sixième année (842) de Hiong Yong, les gens de Tcheou firent une révolution et attaquèrent le roi Li ; le roi Li sortit (de sa capitale) et s’enfuit à Tche. La dixième année (838) de son règne, Hiong Yong mourut. Son frère cadet, Hiong Yen, fut son successeur. — Hiong Yen mourut dans la dixième année de son règne (828). Il avait quatre fils ; le plus âgé était « l’aîné Choang » ; le second était « le second fils Siue » ; le suivant était « le puîné K’an » ; le plus jeune était « le cadet Siun ». A la mort de Hiong Yen, son fils le plus âgé, l’aîné Choang, prit le pouvoir à sa place ; ce fut Hiong Choang. La première année (827) de Hiong Choang, le roi Siuen, de (la dynastie) Tcheou, monta sur le trône. Hiong Choang mourut dans la sixième année de son règne (822). — Ses trois frères cadets se disputèrent le pouvoir ; le second fils Siue périt ; le puîné K’an s’exila et évita le danger en se rendant à Pou (122). Alors le plus jeune frère, le cadet Siun, prit le pouvoir ; ce fut Hiong Siun. — La seizième année (806) de Hiong Siun, le duc Hoan, de Tcheng, reçut pour la première fois en fief (le pays de) Tcheng. La vingt-deuxième année (800), Hiong Siun mourut. Son fils, Hiong Ngo, prit le pouvoir. — Hiong Ngo mourut la neuvième année de son règne (791). Son fils, Hiong I, prit le pouvoir ; ce fut Jo-ngao. — La vingtième année (771) de Jo-ngao, le roi Yeou, de (la dynastie) Tcheou, fut mis à mort par les K’iuen-jong ; les Tcheou p.343 se transportèrent vers l’orient ; c’est alors que pour la première fois le duc Siang, de Ts’in, fut nommé seigneur. La vingt-septième année (764), Jo-ngao mourut. Son fils, Hiong K’an, prit le pouvoir ; ce fut Siao-ngao. — Siao-ngao mourut la sixième année de son règne (758). Son fils, Hiong Choen (123), prit le pouvoir ; ce fut Fen-mao. — La treizième année (745) de Fen-mao, (l’établissement des princes de) K’iu-ou fut la cause première des troubles (du pays) de Tsin (124). Fen-mao mourut dans la dix-septième année de son règne (741). Son frère cadet, Hiong T’ong, assassina le fils de Fen-mao et prit le pouvoir à sa place ; ce fut le roi Ou, de Tch’ou.

La dix-septième année (724) du roi Ou, le comte Tchoang, de K’iu-ou, (dans le pays) de Tsin, assassina le chef du royaume, le marquis Hiao, de Tsin. La dix-neuvième année (722), Toan, frère cadet du comte de Tcheng, fit des troubles. La vingt et unième année (720), (le prince de) Tcheng empiéta sur les champs du Fils du Ciel. La vingt-troisième année (718), (les gens de) Wei assassinèrent leur prince, le duc Hoan (125). La vingt-neuvième année (712), les gens de) Lou assassinèrent leur prince, le duc Yn. La trente et unième année (710), Hoa Tou, premier ministre de Song, assassina son prince, le duc Chang. La trente-cinquième année (706), (le prince de) Tch’ou attaqua (le prince de) Soei (126) ; celui-ci p.344 dit :

— Je n’ai fait aucune faute.

(Le roi de) Tch’ou répliqua :

— Je suis un barbare. Maintenant les seigneurs sont tous en révolte ; ils empiètent sur les territoires les uns des autres ; il en est qui s’entretuent. Pour moi, je désire profiter de ce que j’ai de mauvaises (127) cuirasses pour observer quel est le gouvernement des royaumes du Milieu et pour demander à la maison royale de rendre plus honorable le titre que je porte.

(Le prince de) Soei s’entremit à ce sujet auprès du roi (de la dynastie) Tcheou et lui demanda d’honorer (le prince de) Tch’ou ; la maison royale n’écouta pas (cette requête) ; (le prince de) Soei revint en rendre compte (au prince de) Tch’ou. La trente-septième année (704), Hiong T’ong, (prince de) Tchou, se mit en colère et dit :

— Mon ancêtre Yu-hiong a été le précepteur du roi Wen, mais il mourut prématurément ; le roi Tch’eng éleva en dignité le duc mon ancêtre, et, lui conférant une terre de vicomte ou de baron, l’invita à s’établir dans (le pays de) Tch’ou ; les barbares le reconnurent tous pour leur guide et pour leur chef ; cependant le roi n’a pas augmenté notre dignité ; je m’honorerai donc moi-même.

Alors il se donna lui-même le titre de roi Ou ; il fit un traité avec les gens de Soei, puis se retira. C’est alors que pour la première fois il s’ouvrit le territoire de Pou et le posséda. La cinquante et unième année (690), (le roi de la dynastie) Tcheou manda le marquis de Soei et lui reprocha d’avoir donné le titre de roi (au prince de) Tch’ou ; (le prince de) Tch’ou, irrité de ce que (le prince de) Soei s’était révolté contre lui, l’attaqua. Le roi Ou mourut dans son camp (128) et ses soldats cessèrent les p.345 hostilités. Son fils, Hiong Tse, qui fut le roi Wen, prit le pouvoir ; il fut le premier à fixer sa capitale à Yng (129).

La deuxième année (688) de son règne, le roi Wen attaqua Chen (130) ; il passa par Teng (131) ; des gens de Teng dirent :

— Il serait facile de s’emparer du roi de Tch’ou. Le marquis de Teng ne consentit pas à la chose. — La sixième année (684), (le roi de Tch’ou) attaqua Ts’ai (132) ; il fit prisonnier le marquis Ngai, de Ts’ai, et s’en retourna en l’emmenant avec lui ; mais ensuite il lui rendit la liberté. Tch’ou était alors puissant ; il opprimait les petits royaumes situés entre le Kiang et le Han ; tous ces petits royaumes le redoutaient. — La onzième année (679), le duc Hoan, de Ts’i, prit pour la première fois l’hégémonie ; Tch’ou, de son côté, commença à être grand. La douzième année (678), (le roi de) Tch’ou attaqua (la principauté de) Teng et l’anéantit. — La treizième année (677), (le roi Wen) mourut (133) ; son fils, Hiong Kien prit le pouvoir ; ce fut Tou-ngao.

La cinquième année de son règne (672), Tou-ngao voulut tuer son frère cadet, Hiong Yun ; celui-ci s’enfuit à Soei, et, avec (le secours des gens de) Soei, il attaqua p.346 à l’improviste et assassina Tou-ngao ; il prit le pouvoir à sa place ; ce fut le roi Tch’eng.

La première année de son règne (671), (Hiong) Yun, roi Tch’eng, qui venait de prendre le pouvoir, répandit ses bienfaits et manifesta sa bienveillance ; il resserra ses anciennes amitiés avec les seigneurs ; il envoya des messagers offrir des présents au Fils du Ciel ; le Fils du Ciel lui donna de la viande des sacrifices et lui dit :

— Maintenez l’ordre dans vos pays du sud troublés par les (barbares) I et Yue, mais n’envahissez pas les royaumes du Milieu.

Le territoire de Tch’ou eut alors une étendue de mille li. — La seizième année (656), le duc Hoan, de Ts’i, envahit en armes (le pays de) Tch’ou et arriva jusqu’à la montagne Hing (134). Le roi Tch’eng, de Tch’ou, envoya son général Kiu Hoan s’opposer à lui avec des soldats ; il conclut un traité avec le duc Hoan ; le duc Hoan lui reprocha de n’avoir point envoyé à la maison royale les redevances qui étaient dues aux Tcheou ; (le roi de) Tch’ou consentit (à les envoyer) ; alors (le duc Hoan) s’en alla. — La dix-huitième année (654), le roi Tch’eng alla au nord attaquer Hiu avec ses soldats ; le prince de Hiu vint, le buste dénudé, lui demander pardon ; alors il le laissa aller. — La vingtdeuxième année (650), (le roi Tch’eng) attaqua Hoang (135). — La vingt-sixième année (646), il anéantit (la principauté de) Yng (136). — La trente-troisième année (639), le p.347 duc Sian de Song voulut tenir une assemblée des seigneurs pour conclure un traité et manda (le roi) de Tch’ou ; le roi de Tch’ou se mit en colère et dit :

— Puisqu’il me mande, j’irai comme un ami ; mais je l’attaquerai à l’improviste et l’outragerai.

Il se mit donc en marche et arriva à Yu (137) ; il se saisit aussitôt du duc de Song et l’outragea ; mais ensuite il le renvoya (dans son pays). — La trente-quatrième année (638), le duc Wen, de Tcheng, vint dans le sud rendre hommage (au roi de) Tch’ou. — Le roi Tch’eng, de Tch’ou, alla au nord combattre Song ; il le battit à Hong (138) ; il blessa d’un coup de flèche le duc Siang, de Song ; le duc Siang tomba alors malade et mourut de sa plaie. — La trente-cinquième année (637), Tch’ong-eul, kong-tse de Tsin, traversa (le pays de) Tch’ou ; le roi Tch’eng l’entretint avec les rites qui s’appliquent à un hôte qui serait un seigneur ; il l’envoya avec de riches présents dans (le pays de) Ts’in. — La trente-neuvième année (633) (139), le duc Hi, de Lou, vint demander des soldats pour attaquer Ts’i ; (le roi de) Tch’ou envoya le marquis de Chen, à la tête de soldats, attaquer Ts’i ; (le marquis de Chen) prit (la ville de) Kou (140) et mit sur le trône Yong, fils du duc Hoan, de p.348 Ts’i ; les sept fils du duc Hoan, de Ts’i, s’étaient tous réfugiés dans (le pays de) Tch’ou ; (le roi de) Tch’ou les avait tous nommés grands officiers de premier rang. — (Le roi de Tch’ou) anéantit (le prince de) K’oei (141) parce qu’il ne faisait pas les sacrifices à Tchou-yong et à Yu-hiong. — En été, (le roi de Tch’ou) attaqua (le prince de) Song qui avertit du danger où il se trouvait (le prince de) Tsin ; celui-ci vint à son secours ; le roi Tch’eng cessa les hostilités et s’en retourna. Le général Tse-yu lui demanda de livrer bataille, mais le roi Tch’eng lui dit :

— Tch’ong-eul (142) a été exilé et est demeuré à l’étranger pendant longtemps ; en définitive cependant il a pu revenir dans son royaume ; c’est le Ciel qui lui a ouvert (la voie) ; on ne saurait s’opposer à lui.

Tse-yu répétant sa prière avec insistance, il lui donna un petit nombre de soldats, puis s’en alla. (Le duc de) Tsin battit effectivement Tse-yu à Tch’eng pou (143). Le roi de Tch’ou, irrité, fit périr Tse-yu.

La quarante-sixième année (626), (survinrent les événements suivants) ; [(144) auparavant, le roi Tch’eng, voulant nommer Chang-tch’en son héritier présomptif, en parla au grand conseiller Tse-chang qui lui lit :

— Votre Altesse n’est pas encore âgée, et, d’autre part, vous avez dans votre harem beaucoup de favorites (145) ; si vous venez à dégrader (Chang-tch’en après l’avoir nommé héritier présomptif), il y aura des troubles. La règle constante du pays de Tch’ou est de choisir parmi les plus p.349 jeunes (fils du prince) celui qu’on promouvra (au rang d’héritier présomptif). D’ailleurs Chang-tch’en a les yeux d’une guêpe et la voix d’un loup ; c’est un homme au cœur dur ; on ne saurait le nommer (héritier présomptif).

Le roi n’écouta pas ce conseil et nomma (Chang-tch’en) ; dans la suite, il désira nommer le prince Tche et dégrader l’héritier présomptif Chang-tch’en. Chang-tch’en l’apprit, mais n’avait pu encore s’en assurer ; il rapporta la chose à son précepteur P’an Tch’ong et lui dit :

— Comment savoir la vérité ? 

(P’an) Tch’ong lui dit :

— Offrez à la femme favorite du roi, Kiang-Mi, un banquet pendant lequel vous lui manquerez de respect.

Chang-tch’en suivit ce conseil ; Kiang-Mi, irritée, dit :

— C’est avec raison que le roi désire vous tuer et nommer Tche.

Chang-tch’en rapporta ce qui s’était passé à P’an Tch’ong en lui disant :

— (La nouvelle) était véritable !

(P’an) Tch’ong dit :

— Êtes-vous capable de servir (Tche quand il sera monté sur le trône) ?

Il répondit :

— J’en serais incapable.

— Êtes-vous capable de vous exiler ?

Il répondit :

— J’en serais incapable.

— Êtes-vous capable d’accomplir une grande action ?

Il répondit :

— J’en serais capable.

En hiver, le dixième mois, Chang-tch’en, à la tête des soldats de garde de son palais, cerna le roi Tch’eng ; celui-ci demanda à manger des pattes d’ours (146) avant de mourir ; on ne le lui accorda pas ; au jour ting-wei, le roi Tch’eng mourut en s’étranglant lui-même. Chang-tch’en prit le pouvoir à sa place ; ce fut le roi Mou. Quand le roi Mou eut pris le pouvoir, il donna à P’an Tch’ong son palais d’héritier présomptif ; il le nomma p.350 grand-maître] et le chargea d’administrer les affaires de l’État.

La troisième année de son règne (623), le roi Mou anéantit (la principauté de) Kiang (147), la quatrième année (622), il anéantit Leou (148) et Leao (149) (dont les princes étaient) des descendants de Kao-yao. La huitième année (618), il attaqua Tch’en. La douzième année (614), il mourut. Son fils, Lu, qui fut le roi Tchoang, prit le pouvoir.

Quand le roi Tchoang fut monté sur le trône, il resta trois ans sans promulguer aucune ordonnance ; jour et nuit il se livrait aux plaisirs ; il avait annoncé dans son royaume que, si quelqu’un se permettait de le blâmer, il mourrait sans rémission. Ou Kiu entra (dans son palais) pour le réprimander ; le roi Tchoang, du bras gauche, tenait embrassée Tcheng-Ki, et du bras droit tenait embrassée une fille de Yue ; il était assis parmi les cloches et les tambours. Ou Kiu lui dit :

— Je désire vous proposer une énigme ; la voici : Il y a un oiseau qui est sur la colline ; pendant trois ans il n’a pas volé et n’a pas chanté ; quel est cet oiseau ?

Le roi Tchoang dit :

— Si pendant trois années il n’a pas volé, quand il volera il s’élèvera jusqu’au ciel ; si pendant trois ans il n’a pas chanté, quand il chantera il étonnera les hommes. Kiu, retirez-vous ; je vous ai compris (150).

Pendant plusieurs mois encore, ses débauches augmentèrent fort ; le grand officier Sou Ts’ong entra alors pour lui adresser des p.351 reproches ; le roi lui dit :

— Ne connaissez-vous pas mes ordres ?

Il répondit :

— Perdre mon corps pour éclairer mon prince, tel est mon désir.

Alors (le roi) renonça à la débauche et au plaisir et s’occupa du gouvernement ; ceux qu’il fit périr furent au nombre de plusieurs centaines ; ceux à qui il donna de l’avancement furent au nombre de plusieurs centaines ; il fit participer au gouvernement Ou Kiu et Sou Ts’ong ; les gens du pays furent très satisfaits.

Cette année (611), il anéantit Yong (151). — La sixième année (608) (152), il attaqua Song et s’empara de cinq cents chars de guerre. — La huitième année (606), il attaqua les Jong de Lou-hoen (153), et arriva jusqu’à (la rivière) Lo ; il passa en revue ses soldats dans la banlieue (de la capitale) des Tcheou ; le roi Ting, de (la dynastie) Tcheou, envoya Wang Suen-man (154) porter ses compliments au roi de Tch’ou ; le roi de Tch’ou s’informa des dimensions et du poids des trépieds (155) ; (Wang Suen-man) lui répondit :

— (L’essentiel se trouve) dans la vertu et non dans les trépieds.

Le roi Tchoang dit :

— Ne m’opposez pas d’obstacle pour les neuf trépieds ; les pertuisanes du royaume de Tch’ou qui ont perdu leurs crocs et qui n’ont conservé que leur pointe (156) suffiraient à m’assurer p.352 les neuf trépieds.

Wang Suen-man répliqua :

— Hélas, ô roi (157), avez-vous oublié ce qui en est ? [(158) Autrefois, au temps où Yu et Hia (159) étaient florissants, les contrées éloignées vinrent toutes (160) ; ils offrirent en tribut du métal, les neuf pasteurs (161) ; on fondit les trépieds et on y représenta les objets (162) ; ainsi les cent sortes d’objets furent exposés pour que le peuple pût reconnaître ce qui est divin et ce qui est mauvais. Kie ayant troublé la vertu, les trépieds furent transférés aux Yn (qui les eurent) pendant six cents années. Tcheou, de (la dynastie) Yn, s’étant montré cruel et insolent, les trépieds p.353 furent transférés aux Tcheou. Quand la vertu est bonne et claire, même si (les trépieds) sont petits, ils sont lourds ; quand c’est la perversité et la décadence qui jettent l’obscurité et le trouble, même si (les trépieds) sont grands, ils sont légers (163). Autrefois, le roi Tch’eng établit les trépieds à Kia-jou (164) et devina par les sorts que (sa dynastie) les posséderait pendant trente règnes successifs et pendant sept cents années. Tel était le décret du Ciel. Quoique la vertu des Tcheou soit tombée en décadence, le décret du Ciel n’est point encore changé. On ne saurait point encore s’enquérir de savoir si les trépieds sont légers ou lourds.]

Le roi de Tch’ou alors s’en retourna.

La neuvième année (605), (le roi de Tch’ou) nomma conseiller Jo-ngao (165) ; il y eut des gens qui le calomnièrent auprès du roi ; (Jo-ngao) eut peur d’être mis à mort et c’est lui au contraire qui attaqua le roi ; le roi combattit et extermina tout le clan de la famille Jo-ngao.

p.354 La treizième année (601), (le roi de Tch’ou) anéantit (la principauté de) Chou (166).

La seizième année (598), il attaqua (la principauté de) Tch’en et tua Hia Tcheng-chou ; (Hia) Tcheng-chou avait assassiné son prince ; c’est pourquoi on le mit à mort. Quand (le roi de Tch’ou) eut vaincu Tch’en, il en fit une préfecture ; tous ses ministres l’en félicitèrent. Chen Chou se trouvait alors en mission dans le pays de Ts’i ; quand il revint, il ne félicita pas le roi qui lui demanda de s’expliquer ; il répondit :

— Il y a un dicton populaire ainsi conçu : En tirant derrière lui son bœuf, il traversa le champ d’un homme ; le maître du champ lui enleva son bœuf. Traverser (le champ), c’était commettre une faute ; mais lui enlever son bœuf, n’était-ce pas cependant exagéré ? Maintenant, ô roi, considérant les troubles (du pays) de Tch’en, vous vous êtes mis à la tête des seigneurs et vous l’avez attaqué ; c’est au nom de la justice que vous l’avez attaqué ; mais ensuite vous convoitez cette préfecture ; dès lors comment pourriez-vous de nouveau commander à tout l’empire ?

Alors le roi Tchoang rendit à un descendant des princes de Tch’en son royaume (167).

La dix-septième année (597), le roi Tchoang, de Tch’ou, assiégea (la capitale de) Tcheng : au bout de trois mois il en triompha ; il fit son entrée par la porte souveraine (168).

p.355 [(169) Le comte de Tcheng, ayant le buste nu et tirant un mouton, vint à sa rencontre et dit :

— Privé de (l’appui du) Ciel, je n’ai pas su servir Votre Majesté ; c’est pourquoi Votre Majesté a accumulé dans son cœur un ressentiment qui est venu atteindre ma ville. C’est entièrement ma faute. Je n’ose plus rien faire, sinon obéir à vos ordres. Si vous m’envoyez sur les rivages (170) de la mer du Sud et si vous donnez mes sujets et mes concubines aux seigneurs (171), je ne pourrai encore qu’obéir à vos ordres. Mais si Votre Majesté, n’oubliant pas (les rois) Li et Siuen et (les ducs) Hoan et Ou (172), n’interrompt pas (les sacrifices de) mes dieux du sol et des moissons et me permet de changer de conduite pour vous servir, c’est là ce que je souhaite, mais ce que je n’ose espérer. J’ose du moins vous exposer mes sentiments intimes (173).

Tous les ministres de Tch’ou dirent :

— O roi, ne lui accordez pas (ce qu’il demande).

Le roi Tchoang dit :

— Le prince de ce (pays) sait s’humilier devant un homme ; il doit donc savoir administrer son peuple avec bonne foi ; comment pourrais-je interrompre (son règne) ?

Le roi Tchoang prit lui-même en main l’étendard et à gauche et à droite donna le signal à l’armée ; il retira ses soldats à trente li p.356 de distance et s’arrêta ; puis il consentit à faire la paix (avec Tcheng) ; P’an Wang (174), entra (dans la ville) pour conclure le traité ; Tse-leang (175) en sortit pour être otage].

En été, au sixième mois, Tsin vint au secours de Tcheng et livra bataille à Tch’ou ; (le roi de Tch’ou) fit essuyer une grande défaite aux soldats de Tsin sur les bords du Fleuve ; il arriva alors à Heng-yong (176) puis s’en retourna.

La vingtième année (594), (le roi de Tch’ou) assiégea (le prince de) Song qui avait tué son ambassadeur. Quand le siège eut duré cinq mois, les aliments furent épuisés dans la ville ; on échangea des enfants pour les manger ; on fendit des ossements pour faire du feu. Hoa Yuen, (du pays) de Song, étant sorti (de la ville), déclara exactement ce qui en était. Le roi Tchoang dit :

— Voilà un sage.

Il fit alors retirer ses soldats et s’en alla.

La vingt-troisième année (591), le roi Tchoang mourut. Son fils, Chen, qui fut le roi Kong, prit le pouvoir.

La seizième année (575) du roi Kong, Tsin attaqua Tcheng qui déclara (à Tch’ou) le danger dans lequel il se trouvait. Le roi Kong secourut Tcheng ; il combattit contre les soldats de Tsin à Yen-ling (177) ; Tsin battit Tch’ou ; une flèche atteignit le roi Kong à l’œil. Le roi Kong manda son général Tse-fan ; Tse-fan aimait le vin ; le serviteur qui l’accompagnait, Yang Kou (178), lui avait offert du vin et il était ivre ; le roi irrité tua Tse-fan à coups de p.357 flèche (179) ; puis il fit retirer ses soldats et s’en retourna.

La trente et unième année (560) le roi Kong mourut. Son fils, Tchao, qui fut le roi K’ang, prit le pouvoir. Le roi K’ang mourut dans la quinzième année (545) de son règne. Son fils, Yun, prit le pouvoir ; ce fut Kia-ngao. Les frères cadets du roi K’ang qui étaient en grande faveur étaient le kong-tse Wei, Tse-pi, Tse-tche et K’i-tsi.

La troisième année (542) de son règne, Kia-ngao donna à son oncle, le kong-tse Wei, frère cadet du roi K’ang, le titre de ling-yn et le mit à la tête des affaires militaires. — La quatrième année (541), (le kong-tse) Wei fut envoyé en mission dans (le pays de) Tcheng ; en chemin, il apprit que le roi était malade et revint. Le douzième mois, au jour ki-yeou, Wei vint demander des nouvelles de la maladie du roi et l’assassina en l’étranglant, il tua aussi ses fils Mo et P’ing. En été, il envoya un ambassadeur annoncer la mort (du roi) dans (le pays de) Tcheng. Ou Kiu (180) demanda :

— Qui sera le successeur ?

Il répondit :

— C’est moi, le grand officier Wei.

Ou Kiu changea (les termes de cette réponse) et dit :

— Parmi les fils du roi Kong, c’est Wei qui est l’aîné.

Tse-pi s’enfuit dans (le pays de) Tsin, et Wei monta sur le trône ; ce fut le roi Ling. — La troisième année (538) du roi Ling, au sixième mois, Tch’ou envoya un ambassadeur à Tsin pour lui déclarer son désir de réunir les seigneurs. Les seigneurs se réunirent tous avec Tch’ou p.358 à Chen (181). Ou Kiu (182) dit :

— [(183) Autrefois K’i, de (la dynastie) Hia, donna un banquet à Kiun-t’ai (184) ; T’ang, de (la dynastie) Chang, donna ses ordres à King-po (185) ; le roi Ou, de (la dynastie) Tcheou, fit la harangue du gué de Mong (186) ; le roi Tch’eng passa une revue militaire au nord de (la montagne) K’i (187) ; le roi K’ang tint sa cour dans le palais de Fong (188) ; le roi Mou tint la réunion de la montagne T’ou (189) ; (le duc) Hoan, de Ts’i, rangea ses troupes à Chao-ling (190) ; (le duc) Wen, de Tsin, fit faire la convention de Tsien-t’ou (191). Lequel de ces exemples Votre Majesté p.359 suivra-t-elle ?]

Le roi dit :

— J’imiterai le duc Hoan.

En ce temps, Tse-tch’an, (du pays) de Tcheng, se trouvait présent ; en cette occasion, (les princes de) Tsin, Song (192), Lou et Wei ne vinrent pas. Quand le roi Ling eut fait faire la convention, il se montra arrogant. Ou Kiu (193) lui dit :

— [(194) Quand Kie eut tenu la réunion de Jeng (195), Min (196) se révolta contre lui ; quand Tcheou (197) eut tenu la réunion de la montagne Li (198), les (barbares) I orientaux se révoltèrent contre lui ; quand le roi Yeou eut fait la convention de T’ai-che (199), les Jong et les Ti se révoltèrent contre lui.] Que Votre Majesté prenne garde comment cela finira.

Le septième mois, Tch’ou, avec les soldats des seigneurs, attaqua Ou ; il assiégea Tchou-fang (200) ; le huitième mois, il en triompha, fit prisonnier K’ing Fong et extermina sa famille ; il chargea (K’ing) Fong de répandre ses instructions en ces termes :

— N’imitez pas K’ing Fong, (du pays) de Ts’i, qui a assassiné son prince (201) et profité de la faiblesse de son fils orphelin pour imposer une p.360 convention aux grands officiers.

Mais (K’ing) Fong dit au contraire :

— Que personne de vous ne fasse comme Wei, fils de naissance secondaire du roi Kong, de Tch’ou ; il a assassiné son prince, Yun (202), fils de son frère aîné, et il a pris le pouvoir à sa place (203).

Alors le roi Ling chargea K’i-tsi de tuer (K’ing Fong).

La septième année (534), (le roi Ling) acheva la terrasse de Tchang-hoa (204) ; il promulgua une ordonnance pour qu’on s’emparât de tous les fugitifs et qu’on les internât là. — La huitième année (533), il chargea le kong-tse K’i-tsi de se mettre à la tête d’une armée et d’anéantir (l’État de) Tch’en. — La dixième année (531), il attira auprès de lui le marquis de Ts’ai, l’enivra et le tua ; il chargea K’i-tsi de rétablir l’ordre dans le pays de Ts’ai et le nomma duc de Tch’en et de Ts’ai.

La onzième année (530), (le roi Ling) attaqua Siu (205) pour effrayer (le prince de) Ou. Le roi Ling s’arrêta à Kan-k’i (206) pour attendre (l’issue de cette expédition). Le roi dit :

— Ts’i, Tsin, Lou et Wei, lorsqu’ils obtinrent leurs fiefs reçurent tous des objets précieux (207) ; nous seuls n’avons p.361 rien reçu. [(208) Maintenant, j’enverrai un ambassadeur au (roi de la dynastie) Tcheou demander les trépieds pour qu’ils soient ma part. Me les donnera-t-il ?

Si-fou lui répondit :

— Il les donnera à Votre Majesté. Autrefois, notre ancien roi Hiong I vivait à l’écart sur la montagne King (209). Exposé à la rosée (210) et les vêtements en haillons (211), il demeurait dans la jungle. Il marchait à travers les herbes et, les marécages (212), dans les montagnes et dans les forêts, pour servir le Fils du Ciel. Il avait seulement un arc de bois de pêcher et des flèches d’épine pour s’acquitter de ses devoirs de roi (213). (Au contraire, le prince de) Ts’i était l’oncle maternel du roi (214) ; (le prince de) p.362 Tsin ainsi que ceux de Lou et de Wei étaient les frères cadets du roi, nés de la même mère que lui (215). Voilà pourquoi Tch’ou ne reçut rien en partage, tandis que tous ces autres étaient pourvus. Mais maintenant les Tcheou et ces quatre royaumes eux-mêmes sont soumis à Votre Majesté et la servent ; vous n’avez qu’à ordonner pour qu’ils obéissent. Comment (le roi de la dynastie Tcheou) oserait-il tenir à ses trépieds ?

Le roi Ling dit :

— Autrefois Koen-ou, notre ancêtre souverain et notre oncle aîné (216), eut pour résidence l’ancien territoire de Hiu (217). Maintenant, les gens de Tcheng ont pris ces terres dans leur avidité, et ne nous les ont pas données. Si je les leur demande, me les donneront-ils ?

(Si-fou) répondit :

— Si Tcheou ne tient pas à ses trépieds, comment Tcheng oserait-il tenir à ces terres ?

Le roi Ling dit :

— Autrefois les seigneurs se tenaient éloignés de moi et redoutaient Tsin. Maintenant, j’ai élevé de grandes fortifications dans (les capitales de) Tch’en et de Ts’ai et dans (les deux villes de) Pou-lang (218) qui p.363 fournissent chacune une contribution de mille chars de guerre. Les seigneurs me redouteront-ils ?

(Si-fou) répondit :

— Ils vous redouteront.

Le roi Ling fut satisfait et dit :

Si-fou parle fort bien de choses de l’antiquité.

La douzième année (529), au printemps, le roi Ling, de Tch’ou, se plut à Kan-k’i et ne put s’en aller ; les gens de son royaume furent accablés de corvées. Auparavant, quand le roi Ling avait réuni des armées à Chen (219), il avait fait un affront à Tch’ang Cheou-kouo, grand officier de Yue. Il avait tué Koan K’i, grand officier de Ts’ai ; (Koan) Ts’ong, fils de (Koan) K’i, s’était enfui dans (le pays de) Ou ; il exhorta alors le roi de Ou à attaquer Tch’ou ; il réussit à détacher (de Tch’ou) le grand officier de Yue, Tch’ang Cheou-kouo, qui suscita des troubles ; il réussit à détacher Ou (de Tch’ou) ; il envoya un ordre fictif du kong-tse K’i-tsi (220) pour mander à Ts’ai le kong-tse Pi qui était dans le pays de Tsin, sous le prétexte d’attaquer à l’improviste Ts’ai avec les soldats de Ou et de Yue ; ainsi il fit que le kong-tse Pi eut une entrevue avec K’i-tsi et il conclut avec eux une convention à Teng (221). Alors ils entrèrent (dans la capitale de p.364 Tch’ou) et tuèrent Lou, héritier présomptif du roi Ling ; on nomma roi le prince Pi ; le kong-tse Tse-tche eut le titre de ling-yn ; K’i-tsi eut le titre de se-ma et commença par faire évacuer le palais royal. Koan Ts’ong alla auprès de l’armée à Kan-k’i ; il signifia aux gens de Tch’ou un ordre ainsi conçu :

« Le royaume a un roi ; ceux qui reviendront les premiers, on leur rendra leurs dignités et leurs apanages, leurs champs et leurs maisons ; ceux qui viendront en retard, on les déportera.

Les gens de Tch’ou se débandèrent tous, quittèrent le roi Ling et revinrent.

[(222) En apprenant que son héritier présomptif Lou était mort, le roi Ling se jeta à bas de son char et dit :

— Les hommes aiment-ils leurs fils autant que j’aimais le mien ?

— Plus profondément encore, répondit un de ceux qui étaient auprès de lui.

Le roi dit :

— Les fils que j’ai tués à d’autres hommes sont nombreux ; pouvait-il ne pas m’en arriver autant ?

Le Directeur de droite lui dit :

— Je vous propose d’attendre dans la banlieue pour entendre (quelles sont les dispositions des) gens du pays.

Le roi dit :

— Le peuple est irrité ; on ne saurait s’opposer à lui.

— Entrons dans une grande ville, dit l’autre, et demandons des soldats aux seigneurs.

Le roi dit :

— Tous se sont tournés contre moi.

— Fuyons chez un seigneur, dit son interlocuteur, pour écouter les plans que combinera un grand royaume.

Le roi dit :

— Le grand bonheur ne vient pas deux fois ; je ne ferais que m’attirer un affront.

Alors le roi monta en bateau (223) dans p.365 l’intention d’entrer à Yen (224). Le Directeur de droite, estimant que le roi ne suivait pas ses avis et craignant de périr avec lui, quitta à son tour le roi et disparut.]

Le roi Ling erra (225) alors solitaire dans les montagnes ; aucun paysan n’osait l’accueillir. Dans sa marche, le roi rencontra un de ses anciens serviteurs (226) et lui dit :

— Demandez de la nourriture pour moi ; voilà trois jours que je n’ai pas mangé.

Le serviteur dit :

— Le nouveau roi a rendu une ordonnance pour dire que celui qui oserait donner à manger au roi ou accompagner le roi, commettrait un crime qui entraînerait sa mort et celle de ses trois degrés de parenté. D’ailleurs il n’y a pas d’endroit où je puisse trouver de la nourriture.

Le roi alors appuya sa tête sur la cuisse de son serviteur et s’endormit ; le serviteur mit une motte de terre à la place de son corps et s’enfuit ; quand le roi s’éveilla, il ne le vit plus ; il était affamé et ne put se lever. Chen p.366 Hai, fils du yu-yn (227) Chen Ou-yu, dit :

— Mon père a violé par deux fois les ordres du roi et celui-ci ne l’a pas fait périr (228) ; quel bienfait pourrait être plus grand ?

Il alla donc à la recherche du roi, il le trouva mourant de faim près de l’étang de Li ; il lui offrit à manger et le ramena chez lui. En été, au cinquième mois, au jour koei-tch’eou, le roi mourut dans la maison de Chen Hai ; Chen Hai le fit suivre dans la mort par ses deux filles et les enterra avec lui (229).

En ce temps, quoique le royaume de Tch’ou eût donné le titre de roi à Pi, il craignait que le roi Ling ne revint et il n’avait pas été informé de la mort du roi Ling. C’est pourquoi Koan Ts’ong dit au nouveau roi Pi :

— Si vous ne tuez pas K’i-tsi, vous éprouverez, quoiqu’ayant obtenu le trône, un malheur.

Le roi dit :

— Je ne puis y consentir.

(Koan) Ts’ong répliqua :

— D’autres y consentiront quand il s’agira de Votre Majesté.

Le roi n’écouta pas son conseil ; alors il s’en alla et K’i-tsi revint. Les gens du pays s’effrayaient chaque nuit, disant :

— Le roi Ling rentre.

Au jour i-mao pendant la nuit, K’i-tsi chargea des bateliers de parcourir le Fleuve en criant :

— Le roi Ling est arrivé !

Les craintes des gens du pays redoublèrent. Puis (K’i-tsi) envoya Wan Tch’eng-jan (230) dire au nouveau roi Pi et au ling-yn Tse-tche :

— p.367 Le roi est arrivé ; les gens du pays vont tuer Votre Altesse ; le se-ma va arriver (231). Ô prince, prenez promptement une décision pour ne pas attirer sur vous le déshonneur. La foule est furieuse comme l’eau et le feu ; on ne peut vous secourir.

Alors le nouveau roi et Tse-tche se tuèrent.

Au jour ping-tch’en, K’i-tsi monta sur le trône et devint roi ; il changea son nom en celui de Hiong Kiu ; ce fut le roi P’ing. Le roi P’ing, qui avait tué par fourberie deux rois pour prendre lui-même le pouvoir, craignait que les gens du pays et les seigneurs ne se tournassent contre lui ; il répandit donc sa bienveillance sur le peuple ; il rendit leurs territoires à Tch’en et à Ts’ai et restaura les descendants de ces princes comme auparavant ; il rendit à Tcheng les terres qui lui avaient été enlevées ; il manifesta sa sollicitude et sa compassion dans son royaume ; il pratiqua le bon gouvernement et la piété filiale. — Ou, profitant des troubles (du pays) de Tch’ou, lui prit ses cinq commandants (232) et s’en retourna. — Le roi P’ing dit à Koan Ts’ong de déclarer à son gré ce qu’il désirait être ; il voulut être le chef de la divination et le roi y consentit.

[(233) Auparavant, le roi Kong avait cinq fils qu’il chérissait et aucun d’eux n’était désigné pour lui succéder par droit de naissance. Alors il sacrifia de loin à la foule des dieux et demanda aux dieux de décider la chose et de montrer celui qui devrait présider aux dieux du sol et des p.368 moissons ; puis, avec Pa-Ki (234), il enterra secrètement un anneau de jade dans la demeure (235) : il ordonna aux cinq princes d’entrer après s’être purifiés ; le roi K’ang passa par dessus (l’anneau) ; le roi Ling le toucha du coude ; le prince Pi et le prince Tche en restèrent éloignés ; le roi P’ing, qui était tout jeune, entra porté dans les bras (d’une autre personne) ; il se prosterna par deux fois en pressant sur le bouton de (l’anneau de jade)]. Ainsi, le roi K’ang, étant l’aîné, prit le pouvoir ; puis son fils étant venu à manquer, Wei devint le roi Ling ; quand lui-même eut péri, le prince Pi fut roi pendant une dizaine de jours ; le prince Tche ne put monter sur le trône ; en outre, tous ayant été exterminés avec leurs parents, la descendance de ces quatre princes s’interrompit et ils n’eurent pas de descendants. Il n’y eut que le seul K’i-tsi qui monta le dernier sur le trône et qui devint le roi P’ing ; en définitive, il continua les sacrifices de Tch’ou comme il en avait eu le présage divin (236).

[(237) Auparavant, quand le prince Pi était revenu du pays de Tsin (238), Han Siuen-tse avait demandé à Chou-hiang :

— Le prince Pi réussira-t-il ?

— Il n’y parviendra pas, répondit l’autre.

(Han) Siuen-tse répliqua :

— Quand ceux qui font ensemble le mal se recherchent les uns les autres ainsi que des marchands sur la place publique, comment ne parviendraient-ils pas à leurs fins ?

(Chou-hiang) dit :

— Ceux qui n’ont pas été d’accord ensemble pour faire le bien, comment s’accorderaient-ils p.369 ensemble pour faire le mal ? Pour s’emparer d’un royaume, il y a cinq difficultés : la première se rencontre lorsqu’on a des favoris, mais non des hommes (capables) ; la seconde, lorsqu’on a des hommes (capables), mais qu’on n’a pas d’appuis ; la troisième, lorsqu’on a des appuis, mais qu’on n’a pas de bons plans ; la quatrième, lorsqu’on a de bons plans, mais qu’on n’a pas le peuple ; la cinquième, lorsqu’on a le peuple, mais qu’on n’a pas de vertu. Le prince Pi a été dans (le pays de) Tsin pendant treize années ; mais parmi ceux qui le suivent, que ce soient des gens de Tsin ou des gens de Tch’ou, je n’ai pas entendu dire qu’il y en eût qui fussent d’une intelligence supérieure ; on peut donc dire qu’il n’a pas d’hommes (capables). Sa famille est anéantie et ses parents sont contre lui ; on peut dire qu’il n’a pas d’appuis. Sans avoir une occasion favorable il se met en mouvement ; on peut dire qu’il n’a pas de bons plans. Il a vécu à l’étranger pendant toute sa vie ; on peut dire qu’il n’a pas le peuple. Dans son exil, on ne lui a pas donné de témoignages d’affection ; on peut dire qu’il n’a pas de vertu. Le roi (Ling) est tyrannique et n’est pas circonspect ; le prince Pi pourra passer par dessus ces cinq difficultés pour assassiner le souverain, mais qui pourra le faire réussir ? Celui qui possédera le royaume de Tch’ou, c’est K’i-tsi ; il règne sur (les pays de) Tch’en et de Ts’ai (239) ; tout ce qui est en dehors de (la montagne) Fang-tch’eng (240) dépend de lui ; les vexations ne se produisent pas ; les brigandages se sont apaisés ; p.370 les désirs privés (du prince) ne se sont pas opposés (au bien public) ; le peuple n’a pas de sentiments de haine contre lui. Auparavant, les dieux l’ont désigné (241) ; le peuple du royaume a confiance en lui. Quand il se produit des troubles dans la famille Mi (242), c’est certainement le cadet qui monte sur le trône ; telle est la règle constante de Tch’ou. (Si on considère) la charge que remplissait le prince Pi, il n’était que Directeur de droite ; si on suppute le degré de noblesse et de faveur dont il jouit, il n’est que le fils d’une concubine ; si on tient compte de la désignation des dieux, il s’est trouvé loin (de l’anneau de jade) ; le peuple ne le chérit pas ; comment pourrait-il monter sur le trône ?

(Han) Siuen-tse dit :

— (Le duc) Hoan, de Ts’i, et (le duc) Wen, de Tsin, ne furent-ils pas dans le même cas que lui ?

(Chou-hiang) répondit :

— (Le duc) Hoan, de Ts’i, était le fils de la Wei-Ki ; il fut le favori du duc Hi. Il avait Pao Chou-ya, Pin Siu-ou et Si P’ong pour l’assister ; il avait (les princes de) Kiu (243) et de Wei qui étaient ses appuis au dehors ; il avait (les représentants des familles) Kao et Kouo qui étaient ses appuis au dedans. Il se portait au bien comme une rivière suit son cours ; il répandait sa bienveillance et n’était pas négligent. Qu’il possédât le royaume, n’était-ce donc pas ce qui devait arriver ? Quant à notre ancien prince, le duc Wen, il était le fils de Hou-Ki la cadette ; il eut la faveur du duc Hien ; il aimait l’étude et n’était pas négligent. Quand il fut âgé de dix-sept ans, il eut cinq hommes de valeur (qui s’attachèrent à sa personne) (244) ; il eut les anciens grands p.371 officiers Tse-yu et Tse-fan (245) qui furent comme son ventre et son cœur ; il eut Wei Tch’eou (246) et Kia T’o qui furent comme ses jambes et ses bras ; il eut (les princes de) Ts’i, Song, Ts’in et Tch’ou qui furent son appui au dehors ; il eut Loan (Tche), K’i (Hou), Hou (Tou), Sien (Tchen), qui furent ses appuis au dedans. Pendant son exil qui dura dix-neuf années, il garda sa résolution avec une fermeté de plus en plus grande. (Cependant, les ducs) Hoei et Hoai, négligeaient le peuple. Le peuple le suivit et se joignit à lui et c’est ainsi que le duc Wen obtint le royaume ; n’était-ce donc pas aussi ce qui devait arriver ? Le prince Pi n’est pas bienfaisant envers le peuple ; il n’a pas de secours au dehors. Quand il a quitté Tsin, (les gens de) Tsin ne l’ont pas accompagné ; quand il est revenu dans (le pays de) Tch’ou, (les gens de) Tch’ou ne sont pas venus à sa rencontre. Comment posséderait-il le royaume ?]

En effet, le prince Pi n’atteignit pas son but et ce fut en définitive K’i-tsi qui monta sur le trône, comme l’avait dit Chou-hiang.

La deuxième année (527) de son règne, le roi P’ing envoya Fei Ou-ki dans le pays de Ts’in afin d’y prendre une femme pour l’héritier présomptif Kien ; cette femme était belle ; quand elle vint, alors qu’elle n’était pas encore arrivée, (Fei) Ou-ki partit en avant pour retourner auprès du roi P’ing et lui donna ce conseil :

— La fille de Ts’in est belle ; pourquoi ne la prenez-vous pas pour vous et ne cherchez-vous pas une autre femme pour l’héritier présomptif ?

Le roi P’ing suivit ce conseil, et, en définitive, il épousa lui-même la fille de Ts’in, qui enfanta Hiong Tchen ; il fit faire un autre mariage à p.372 l’héritier présomptif. En ce temps, Ou Cho était premier précepteur de l’héritier présomptif ; (Fei) Ou-ki était second précepteur ; (Fei) Ou-ki n’était pas dans les bonnes grâces de l’héritier présomptif Kien et sans cesse il le calomniait. Kien était alors âgé de quinze ans ; sa mère était une fille (du pays) de Ts’ai ; elle n’était pas en faveur auprès du roi ; le roi éloigna Kien graduellement et de plus en plus.

La sixième année (523), (le roi P’ing) envoya l’héritier présomptif résider à Tch’eng-fou (247) pour garder la frontière. Cependant (Fei) Ou-ki calomniait jour et nuit l’héritier présomptif Kien auprès du roi, disant :

— Depuis que moi, Ou-ki, j’ai fait entrer ici la fille de Ts’in, l’héritier présomptif me déteste ; il ne peut aussi s’empêcher d’espérer (la mort du) roi (248) ; ô roi, prenez quelques précautions. En outre, l’héritier présomptif réside à Tch’eng-fou ; il dispose à son gré d’une armée ; au dehors, il est en relations avec les seigneurs ; il désire d’ailleurs rentrer (dans la capitale).

Le roi P’ing manda le précepteur Ou Cho et lui adressa des reproches ; Ou Cho connaissait les calomnies de (Fei) Ou-ki ; il dit donc :

— Ô roi, pourquoi, à cause d’un officier subalterne, vous éloignez-vous de celui qui est vos os et votre chair ?

(Fei) Ou-ki dit :

— Si maintenant vous n’y mettez pas bon ordre, ensuite vous vous en repentirez.

Alors le roi fit emprisonner Ou Cho, puis il manda ses deux fils en leur disant que, (en venant), ils sauveraient leur père de la mort ; puis il ordonna au se-ma Fen Yang de quérir l’héritier présomptif Kien, car il voulait le faire périr ; l’héritier présomptif l’apprit et disparut en s’enfuyant p.373 dans (le pays de) Song. (Fei) Ou-ki dit :

— Ou Cho a deux fils ; si on ne les tue pas, ils seront funestes au royaume de Tch’ou ; mandez-les donc sous le prétexte qu’ils sauveront leur père ; ils ne manqueront pas de venir.

Le roi envoya alors un messager dire à (Ou) Cho :

— Si vous pouvez faire venir vos deux fils, vous vivrez ; si vous ne le pouvez pas, vous mourrez.

(Ou) Cho dit :

— (Ou) Chang viendra ; (Ou) Siu ne viendra pas.

— Pourquoi ?, demanda le roi.

(Ou) Cho dit :

— (Ou) Chang est un homme désintéressé et qui observe son devoir jusqu’à la mort ; il est affectueux, pratique la piété filiale et est bon ; s’il apprend qu’il est mandé pour sauver son père, il viendra certainement et ne s’inquiétera pas de sa propre mort. (Ou) Siu est un homme sage et de bon conseil, brave et fier de ses exploits ; sachant que, s’il vient, il mourra certainement, il se gardera de venir ; cependant, celui qui fera la désolation du royaume de Tch’ou, c’est certainement ce fils.

Alors le roi envoya des gens les mander en leur disant :

— Venez ; je gracierai votre père.

Ou Chang dit à Ou Siu :

— Apprendre qu’on peut sauver son père et n’y pas courir, c’est manquer de piété filiale ; quand le père est mort, ne pas le venger, c’est manquer d’habileté. Savoir apprécier (lequel de nous deux) est capable de s’acquitter de chacune de ces tâches, c’est la sagesse. Vous, allez-vous-en ; moi, je m’en retournerai mourir (249).

Ou Chang retourna donc (dans le pays de Tch’ou). Ou Siu avec son arc tendu et une flèche encochée sortit à la rencontre de l’envoyé et lui dit :

— Si notre père est coupable, pourquoi faire p.374 mande-t-on ses fils (250) ?

Comme il allait tirer, l’envoyé s’en retourna. Alors (Ou Siu) sortit (du pays) et s’enfuit dans (le royaume de) Ou. Ou Cho, apprenant ce qui s’était passé, dit :

— (Ou) Siu est parti ; c’est là ce qui mettra en danger le royaume de Tch’ou. Alors les gens de Tch’ou tuèrent Ou Cho et (Ou) Chang (251).

La dixième année (519), la mère de l’héritier présomptif Kien, se trouvant à Kiu-tch’ao (252), en ouvrit (les portes) à Ou. (Le roi de) Ou envoya le kong-tse Koang attaquer Tch’ou ; il vainquit alors (les troupes de) Tch’en et de Ts’ai, puis se retira en emmenant la mère de l’héritier présomptif Kien. (Le roi de) Tch’ou eut peur et fit élever des remparts à Yng (253).

Auparavant, entre Pi-leang, ville sur la frontière de Ou, et Tchong-li (254), ville sur la frontière de Tch’ou, il y avait eu une dispute de jeunes gens à propos de mûriers ; les familles des deux partis furent en inimitié et s’attaquèrent ; les gens de Pi-leang furent écrasés ; le gouverneur de Pi-leang, irrité, envoya les soldats de la ville attaquer Tchong-li. En l’apprenant, le roi de Tch’ou se mit en colère et envoya les soldats de son royaume anéantir Pi-leang. Quand le roi Ou en eut connaissance, il p.375 fut fort irrité et mit à son tour ses soldats en campagne ; il chargea le kong-tse Koang de profiter (des ouvertures que lui faisait) la famille de la mère de Kien pour attaquer Tch’ou ; il détruisit donc Tchong-li et Kiu-tch’ao ; c’est alors que (le roi de) Tch’ou eut peur et fit élever des remparts à Yng (255).

La treizième année (516), le roi P’ing mourut. Le général Tse-tch’ang (256) dit :

— L’héritier présomptif Tchen est jeune ; en outre, sa mère est la femme qui devait autrefois épouser l’héritier présomptif Kien. Je désire qu’on mette sur le trône le ling-yn Tse-si qui est un frère cadet de naissance inférieure du roi P’ing, et qui est un homme juste.

Tse-si répondit :

— Il y a une règle fixe dans l’État ; si on met sur le trône un autre (que celui qu’elle désigne), des troubles se produiront ; celui qui a parlé de le faire mérite la mort.

Alors on mit sur le trône l’héritier présomptif Tchen ; ce fut le roi Tchao.

La première année (515) du roi Tchao (se passèrent les événements suivants) : le peuple de Tch’ou n’aimait pas Fei Ou-ki, parce qu’il avait par ses calomnies causé la perte de l’héritier présomptif Kien, parce qu’il avait tué Ou Cho et (Ou) Chang, ainsi que K’i Yuan et toute la parenté de (K’i) Yuan, parce que Tse p’i, dont le nom de famille était Po (257), et (Ou) Tse-siu avaient tous deux dû s’enfuir (dans le royaume de) Ou, parce que les soldats de Ou avaient ravagé à plusieurs reprises (le territoire de) Tch’ou. Les gens de Tch’ou haïssaient donc fort (Fei) Ou-ki. Le ling-yn de Tch’ou, Tse-tch’ang, tua (Fei) p.376 Ou-ki pour plaire au peuple et le peuple en fut content. La quatrième année (512), trois kong-tse (258) de Ou s’enfuirent (dans le pays de) Tch’ou ; (le roi de) Tch’ou leur donna un fief (259) afin de nuire à Ou. — La cinquième année (511), Ou attaqua Tch’ou et lui prit (les villes de) Leou et Ts’ien (260). — La septième année (509), Tch’ou envoya Tse-tch’ang attaquer Ou ; Ou remporta une grande victoire sur Tch’ou à Yu-tchang (261).

La dixième année (506), en hiver, Ho-lu, roi de Ou, Ou Tse-siu, Po P’i et (les princes de) T’ang et de Ts’ai (262) attaquèrent tous ensemble Tch’ou ; Tch’ou essuya une grande défaite. Les soldats de Ou entrèrent alors dans Yng ; ils outragèrent la tombe du roi P’ing pour (venger) Ou Tse-siu (263). Au moment où les soldats de Ou arrivaient, Tch’ou avait chargé Tse-tch’ang de se porter avec une armée à leur rencontre ; (Tse-tch’ang) avait rangé ses troupes sur les deux rives de la rivière Han ; Ou attaqua et battit Tse-tch’ang qui se sauva dans (le pays de) Tcheng ; les soldats de Tch’ou s’enfuirent ; profitant de sa victoire, Ou les poursuivit, et, après avoir livré cinq batailles, il arriva à Yng. Au jour ki-mao, le roi Tchao sortit (de la ville) et s’enfuit ; au jour keng-tch’en (264), les gens de Ou firent leur entrée dans Yng.

Dans sa fuite, le roi Tchao arriva à Yun-mong. (Les p.377 gens de) Yun-mong (265), ne sachant pas qu’il était le roi, tirèrent sur lui à coups de flèches et le blessèrent. Le roi s’enfuit à Yun (266). Hoai, frère cadet du gouverneur de Yun, dit :

— Le roi P’ing a tué notre père (267) ; si maintenant je tue son fils (268), ne sera-ce pas justice ?

Le gouverneur de Yun le retint ; craignant cependant qu’il n’assassinât le roi Tchao, il sortit avec le roi et s’enfuit à Soei. Quand le roi de Ou apprit que le roi Tchao était allé là, il avança aussitôt pour attaquer Soei ; il fit dire aux gens de Soei (269) :

— Les descendants des Tcheou qui avaient reçu des fiefs dans la région comprise entre le Kiang et (la rivière) Han, Tch’ou les a tous anéantis (270). Je désire tuer le roi Tchao.

Tse-k’i, un des officiers qui suivaient le roi (Tchao), cacha alors le roi, se fit passer pour lui et dit aux gens de Soei :

— Livrez-moi à Ou.

Les gens de Soei consultèrent les sorts pour savoir s’ils devaient le livrer à Ou ; la réponse fut que ce ne serait pas propice ; alors ils s’excusèrent auprès du roi de Ou, disant :

— Le roi Tchao a disparu et n’est pas dans (la ville de) Soei.

(Le p.378 roi de) Ou demanda à entrer pour le chercher lui-même ; mais Soei n’y consentit pas ; Ou, de son côté, se retira.

Quand le roi Tchao était sorti de Yng, il avait envoyé Chen Pao-siu demander des secours à Ts’in ; Ts’in le secourut avec un renfort de cinq cents chars de guerre ; Tch’ou, de son côté, rassembla ce qui restait de ses soldats dispersés, et, avec Ts’in, il attaqua Ou. La onzième année (505), au sixième mois, il battit Ou à Tsi (271).

Sur ces entrefaites, Fou-kai, frère cadet du roi de Ou, voyant que les soldats du roi de Ou étaient affaiblis et battus, s’enfuit et rentra dans son pays où il se proclama roi. Lorsque Ho-lu l’apprit, il emmena ses soldats, quitta (le pays de) Tch’ou et revint attaquer Fou-kai ; Fou-kai, battu, s’enfuit (auprès du roi de) Tch’ou qui lui donna en fief (le territoire de) T’ang-k’i (272) ; il prit le surnom de T’ang-k’i qui devint son nom de famille.

Le roi Tchao, de Tch’ou, anéantit (la principauté de) T’ang (273) ; le neuvième mois il fit sa rentrée à Yng.

La douzième année (504), Ou attaqua de nouveau Tch’ou et lui prit (la ville de) P’an (274). (Le roi de) Tch’ou, saisi de peur, abandonna Yng et transporta sa capitale plus au nord, à Jo (275). — La seizième année (500), p.379 K’ong-tse fut conseiller de Lou. — La vingtième année (496), Tch’ou anéantit Toen (276) ; il anéantit Hou (277). — La vingt et unième année (495), Ho-lu, roi de Ou, attaqua Yue ; Keou-tsien, roi de Yue, blessa d’une flèche le roi de Ou qui en mourut. A la suite de cela, Ou voua sa haine à Yue et n’alla plus dans l’ouest attaquer Tch’ou.

La vingt-septième année (489), au printemps, Ou attaqua Tch’en ; le roi Tchao, de Tch’ou, vint à son secours ; il campa à Tch’eng-fou. Le dixième mois, le roi Tchao tomba malade dans son camp ; il y eut une nuée rouge de la forme d’un oiseau qui vola des deux côtés du soleil ; le roi Tchao interrogea le grand astrologue des Tcheou qui dit :

— (277e) Cela (présage) une calamité pour le roi de Tch’ou ; cependant on peut transférer (cette calamité) sur un général ou sur un conseiller.

Les généraux et les conseillers, apprenant ce propos, demandèrent à adresser eux-mêmes des prières aux dieux en leur offrant leurs personnes. Le roi Tchao dit :

— Les généraux et les conseillers sont mes jambes et mes bras. Maintenant si je transfère la calamité (sur eux), comment ne serait-ce pas supprimer ma personne elle-même ?]

Il n’y consentit pas. On consulta les sorts (et on sut ainsi) que c’était le Ho (278) qui était la cause du mal ; les grands officiers proposèrent d’adresser des prières au Ho ; le roi Tchao dit :

— Depuis que les rois mes ancêtres ont reçu leur fief, les sacrifices wang (qu’ils ont célébrés) p.380 n’ont pas dépassé le Kiang et (la rivière) Han ; quant au Ho, je ne lui ai fait aucune offense.

Il arrêta (ceux qui voulaient prier le Ho) et ne consentit pas (à leur requête). K’ong-tse, qui se trouvait à Tch’en, apprit ce propos et dit :

— Le roi Tchao, de Tch’ou, a compris la grande raison ; s’il n’a pas perdu son royaume, c’est que cela lui était bien dû (279).

La maladie du roi Tchao s’étant aggravée, il manda auprès de lui les kong-tse et les grands officiers et leur dit :

— J’ai été sans talent ; par deux fois j’ai couvert de honte les soldats du royaume de Tch’ou ; maintenant, grâce au Ciel, je puis mourir de vieillesse ; c’est là une faveur qui m’est faite.

Il céda le pouvoir royal à son frère cadet, le kong-tse Chen, qui le refusa ; il le céda à son second frère cadet, le kong-tse Kie, qui le refusa aussi ; alors il le céda derechef à son troisième frère cadet, le kong-tse Lu, qui ne consentit à être roi qu’après qu’il le lui eût offert cinq fois. On allait combattre ; au jour keng-yn, le roi Tchao mourut dans son camp ; le prince Lu dit :

— Le roi était fort malade lorsqu’il a rejeté son fils pour offrir le pouvoir à ses sujets ; si moi, un sujet, j’ai donné mon assentiment au roi, c’était afin de mettre son esprit à l’aise. Maintenant le roi notre souverain est mort ; moi, un sujet, comment aurais-je pu négliger la volonté du roi, notre souverain ?

Alors il tint conseil avec Tse-si et Tse-k’i ; on cacha (le décès) aux soldats et on ferma les chemins (280) ; on alla chercher p.381 Tchang (281) dont la mère était une fille (du prince) de Yue et on le mit sur le trône ; ce fut le roi Hoei. Après cela, on retira les soldats et on les fit revenir ; on célébra les funérailles du roi Tchao.

La deuxième année (487) du roi Hoei, Tse-si fit venir du pays de Ou, Cheng, fils de Kien, lequel avait été l’héritier présomptif du roi P’ing ; on le nomma grand officier de Tch’ao (282) et son surnom fut « le gouverneur de Po » (283). Le gouverneur de Po aimait la guerre et savait servir les hommes de valeur ; il désirait s’acquitter de sa vengeance ; la sixième année (483), il demanda des soldats au ling-yn Tse-si pour attaquer Tcheng. Auparavant, lorsque Kien, père du gouverneur de Po, s’était enfui dans (le pays de) Tcheng, (les gens de) Tcheng l’avaient mis à mort ; le gouverneur de Po s’était alors enfui dans (le pays de) Ou, d’où Tse-si le fit revenir ; voilà pourquoi il avait du ressentiment contre Tcheng et désirait l’attaquer. Tse-si lui accorda (ce qu’il demandait), mais les soldats n’avaient pas encore été mis en campagne, lorsque, la huitième année (481), Tsin attaqua Tcheng qui déclara à Tch’ou dans quel danger il se trouvait. (Le roi de) Tch’ou envoya Tse-si secourir Tcheng ; (Tse-si) accepta un cadeau (du prince de Tcheng), puis se retira. Cheng, gouverneur de Po, en fut irrité (284) ; p.382 s’associant alors des braves qui n’avaient pas peur de mourir, tels que Che K’i et d’autres, il tua par surprise les ling-yn Tse-si et Tse-k’i en pleine cour (285) et en profita pour s’emparer du roi Hoei qu’il logea dans le palais Kao avec l’intention de l’assassiner. Un des suivants du roi Hoei, K’iu Kou, prit le roi sur son dos et s’enfuit dans le palais de la femme du roi Tchao (286). Le gouverneur de Po se proclama roi. Au bout de plus d’un mois, il arriva que le gouverneur de Che vint au secours de Tch’ou ; les partisans du roi Hoei, de Tch’ou, s’unirent à lui pour attaquer le gouverneur de Po ; ils le tuèrent et le roi Hoei reprit le pouvoir.

Cette année-là (479) (287), (Tch’ou) anéantit Tch’en et en fit une préfecture. — La treizième année (476), le roi de Ou, Fou-tch’ai, étant devenu puissant, insulta Ts’i et Tsin et vint attaquer Tch’ou. — La seizième année (473), Yue anéantit Ou (288). — La quarante-deuxième année (447), Tch’ou anéantit Ts’ai (289). — La quarante-quatrième année (445), Tch’ou anéantit K’i (290) ; il fit la paix avec Ts’in. — En ce temps, quoique Yue eût anéanti Ou, il ne pouvait s’étendre au nord du Kiang et de (la rivière) Hoai ; Tch’ou fit des empiétements du côté de l’est et agrandit son territoire jusqu’aux bords de (la rivière) Se. — La cinquante-septième année (432), le roi Hoei mourut. Son fils, Tchong, qui fut le roi Kien, prit le pouvoir.

La première année (431) de son règne, le roi Kien fit p.383 une expédition militaire dans le nord et anéantit Kiu (291). — La huitième année (424), le marquis Wen, de Wei, Ou-tse, de Han, et Hoan-tse, de Tchao, furent mis pour la première fois au rang des seigneurs (292). — La vingt-quatrième année (408), le roi Kien mourut. Son fils, Tang, qui fut le roi Cheng, prit le pouvoir.

La sixième année de son règne (402), le roi Cheng fut tué par des brigands. Son fils, Hiong I, qui fut le roi Tao, prit le pouvoir.

La deuxième année (400) du roi Tao, les trois Tsin (293) vinrent attaquer Tch’ou ; ils arrivèrent jusqu’à Tch’eng-k’ieou (294), puis s’en retournèrent. — La quatrième année (398), Tch’ou attaqua (le roi de la dynastie) Tcheou (295). — Tcheng tua Tse-yang. — La neuvième année (393), (Tch’ou) attaqua Han et prit Fou-chou (296). — La onzième année (391), les trois Tsin attaquèrent Tch’ou ; ils nous battirent à la passe de Yu, (qui est près) de Ta-leang (297). Tch’ou p.384 fit de riches présents à Ts’in et conclut la paix avec lui. — La vingt et unième année (381), le roi Tao mourut ; son fils Tsang, qui fut le roi Sou, prit le pouvoir.

La quatrième année (377) du roi Sou, Chou attaqua Tch’ou et lui prit (la localité de) Tse-fang (298) ; alors Tch’ou organisa (des défenses à) la passe de Han (299) pour le tenir en échec. — La dixième année (371), Wei prit notre (ville de) Lou-yang (300). — La onzième année (370), le roi Sou mourut. Comme il n’avait pas de fils, on mit sur le trône son frère cadet, Hiong Leang-fou, qui fut le roi Siuen.

La sixième année (364) du roi Siuen, le Fils du Ciel, de (la dynastie) Tcheou, complimenta le roi Hien, de Ts’in ; Ts’in commença à redevenir puissant ; d’autre part, les trois Tsin devenaient de plus en plus grands ; c’étaient surtout le roi Hoei, de Wei, et le roi Wei, de Ts’i, qui étaient puissants. — La trentième année (340), Ts’in donna en apanage à Wei Yang (le territoire de) Yu et de Chang (301). Au sud il envahit (le pays de) Tch’ou. — p.385 Cette année-là, le roi Siuen mourut. Son fils, Hiong Chang, qui fut le roi Wei, prit le pouvoir.

La sixième année (334) du roi Wei, le roi Hien, de (la dynastie) Tcheou, fit parvenir de la viande des sacrifices (des rois) Wen et Ou au roi Hoei, de Ts’in. — La septième année (333), T’ien Yng, père du prince de Mong-tch’ang (302), trompa Tch’ou ; le roi Wei, de Tch’ou, attaqua Ts’i et le battit à Siu-tcheou (303) ; puis il exigea de Ts’i qu’il expulsât T’ien Yng ; T’ien Yng eut peur ; (à son instigation), Tchang Tch’eou vint tenir ce langage trompeur au roi de Tch’ou :

— Ô roi, si vous avez remporté la victoire lors de la bataille que vous avez livrée à Siu-tcheou, c’est parce que T’ien P’an n’a pas été employé (par le roi de Ts’i). (T’ien) P’an a rendu des services éclatants à son pays et le peuple est à ses ordres ; mais (T’ien) Yng est en mauvais termes avec lui ; aussi a-t-on employé Chen Ki ; ce Chen Ki, les grands officiers ne lui sont pas soumis et le peuple n’est pas à ses ordres ; c’est pourquoi Votre Majesté l’a vaincu. Si maintenant, ô roi, vous faites expulser (T’ien) Yng, quand (T’ien) Yng aura été expulsé, (T’ien) P’an sera certainement employé ; il reprendra ses soldats pour se rencontrer avec Votre Majesté ; cela n’est certainement pas avantageux p.386 pour vous.

A la suite de (cette conversation), le roi de Tch’ou ne fit pas expulser (T’ien) Yng.

La onzième année (329), le roi Wei mourut ; son fils, Hiong Hoei, qui fut le roi Hoai, prit le pouvoir.

Wei, apprenant que Tch’ou était en deuil, l’attaqua et nous prit (la localité de) Hing-chan (304). — La première année (328) du roi Hoai, Tchang I commença à être le conseiller du roi Hoei, de Ts’in. — La quatrième année (325), le roi Hoei, de Ts’in, prit pour la première fois le titre de roi. — La sixième année (323), Tch’ou envoya le tchou-kouo Tchao Yang à la tête d’une armée attaquer Wei ; il l’écrasa à Siang-ling (305) et lui prit huit places. Puis il fit changer de place à son armée et attaqua Ts’i. Le roi de Ts’i en fut fort inquiet ; Tch’en Tchen se trouvait précisément alors dans le pays de Ts’i, comme ambassadeur de Ts’in ; le roi de Ts’i lui dit :

— Que dois-je faire ?

Tch’en Tchen lui répondit :

— O roi, ne vous affligez pas. Permettez-moi de faire en sorte que je fasse partir (votre ennemi).

[(305e) Il alla donc voir Tchao Yang dans son camp et lui dit :

— Je désirerais apprendre de vous quelles sont les règles en usage dans le royaume de Tch’ou. Celui qui a vaincu une armée et tué son général, comment l’honore-t-on ?

— Son titre officiel, répondit Tchao Yang, devient celui de chang-tchou-kouo ; on lui confère une dignité supérieure et le droit de tenir en mains la tablette de jade.

Tch’en Tchen dit :

— Y a-t-il plus noble que cela ?

— (La dignité de) ling-yn, répondit I chao Yang.

Tch’en Tchen dit :

—  Maintenant, vous avez déjà le titre de ling-yn ; c’est là être au-dessus de ceux qui sont les premiers p.387 dans l’État. Permettez-moi de me servir d’un apologue :

Un homme avait donné aux gens de sa maison une coupe de vin ; ces gens se dirent entre eux :

— Si nous nous mettons à plusieurs pour boire cela, cela ne suffira pas à nous satisfaire ; proposons de dessiner par terre un serpent ; celui qui aura le premier fini son serpent boira seul (la coupe).

Un homme dit :

— Mon serpent est fini le premier.

Il prit le vin et se leva, mais il ajouta :

— Je puis lui faire des pieds.

Quand il lui eut fait des pieds, celui qui avait terminé (son serpent) après lui enleva le vin et le but, disant :

— Un serpent n’a assurément pas de pieds ; maintenant que vous lui avez fait des pieds, ce n’est pas un serpent.

Or, seigneur, vous étiez conseiller de Tch’ou quand vous avez attaqué Wei ; vous avez écrasé son armée et tué son général ; aucune gloire ne peut être plus grande ; vous êtes au-dessus de ceux qui sont les premiers et on ne saurait rien vous ajouter. Maintenant vous avez encore fait changer de place à vos soldats pour attaquer Ts’i ; si en attaquant Ts’i, vous êtes vainqueur, vos titres et vos dignités ne seront pas plus élevés qu’actuellement ; si, en l’attaquant, vous n’êtes pas vainqueur, votre corps périra, vos dignités vous seront enlevées et vous serez un objet de malédiction dans le pays de Tch’ou. C’est à ce propos qu’on peut parler de faire des pieds en faisant un serpent. Il vaut mieux ramener vos soldats et vous retirer ; ainsi vous rendrez un bienfait à Ts’i. Telle est la manière dont il faut savoir vous en tenir là quand vos désirs sont comblés.

Tchao Yang approuva ce discours ; il ramena ses soldats et se retira.

Les princes de Yen et de Han prirent pour la première fois le titre de roi. — Ts’in envoya Tchang I se réunir avec les conseillers de Tch’ou, de Ts’i et de Wei pour p.388 faire un traité à Ye-sang (306). — La onzième année (318), Sou Ts’in réunit en une ligue du nord au sud les soldats des six royaumes (307) situés à l’est des montagnes, afin d’attaquer Ts’in ; le roi Hoai, de Tch’ou, fut le chef de la ligue. Ils arrivèrent à la passe Hien-kou (308) ; Ts’in fit sortir ses soldats pour combattre les six royaumes ; les soldats des six royaumes firent tous leur retraite et s’en retournèrent ; seul Ts’i resta en arrière. — La douzième année (317), le roi Min, de Ts’i, attaqua et battit les armées de Tchao et de Wei ; Ts’in, de son côté, attaqua et battit Han ; il disputa à Ts’i la suprématie.

La seizième année (313), Ts’in voulut attaquer Ts’i ; mais Tch’ou et Ts’i formaient entre eux une ligue du nord au sud et s’étaient apparentés l’un à l’autre ; le roi Hoei, de Ts’in, en était inquiet ; il dit alors publiquement que Tchang I avait résigné ses fonctions de conseiller, puis il l’envoya dans le sud rendre visite au roi de Tch’ou. (Tchang I) parla au roi de Tch’ou en ces termes :

— Le roi de notre méprisable ville (309) ne se plaît en personne plus qu’en Votre Majesté ; quant à (moi, Tchang) I, celui dont je désirerais fort être le serviteur gardant la fermeture de la porte, c’est, plus que tout autre, Votre Majesté. Il n’est personne que le roi de notre méprisable ville haïsse plus que le roi de Ts’i ; quant à (moi, Tchang) I, p.389 celui que je hais fort, c’est aussi, plus que tout autre, le roi de Ts’i. Cependant Votre Majesté est en bonne intelligence avec lui ; c’est pourquoi le roi de notre méprisable ville ne peut servir Votre Majesté, et cela fait aussi que (moi, Tchang) I, je ne puis être le serviteur gardant la fermeture de votre porte. Si, ô roi, tenant compte de ce que (moi, Tchang) I, (je désire), vous barrez les passes (de votre royaume) et vous rompez avec Ts’i, vous pouvez dès maintenant envoyer un émissaire qui viendra à ma suite dans l’ouest pour prendre le territoire de Chang et de Yu (310) qui a six cents li carrés et qui a été autrefois arraché par Ts’in à Tch’ou. Si vous agissez de la sorte, Ts’i sera affaibli. Ainsi, au nord vous aurez affaibli Ts’i ; à l’ouest, vous vous serez attiré la reconnaissance de Ts’in ; vous aurez la possession personnelle (du territoire) de Chang et Yu pour vous enrichir ; par ce seul stratagème, trois avantages vous seront revenus simultanément.

Le roi Hoai fut très satisfait et il conféra à Tchang I le sceau de conseiller ; chaque jour il banquetait avec lui ; il disait publiquement :

— J’ai repris notre territoire de Chang et de Yu.

Tous ses ministres le félicitèrent ; seul Tch’en Tchen manifesta de l’affliction ; le roi Hoai lui en ayant demandé la raison, il répondit :

— Si Ts’in faisait grand cas de vous, ô roi, c’est parce que vous aviez (l’amitié de) Ts’i. Maintenant, sans avoir encore obtenu le territoire (de Chang et de Yu), vous avez commencé par rompre tout rapport avec Ts’i ; ainsi Tch’ou reste solitaire ; or comment Ts’in ferait-il encore cas d’un royaume solitaire ? Certainement il méprisera Tch’ou. Si vous vous étiez fait d’abord livrer le territoire (de Chang et de Yu) et qu’ensuite vous eussiez rompu p.390 avec Ts’i, le plan de Ts’in n’eût point réussi ; mais en commençant par rompre avec Ts’i pour réclamer ensuite le territoire (de Chang et de Yu), vous vous verrez certainement dupé par Tchang I. Quand vous vous serez vu dupé par Tchang I, vous ne manquerez pas de le haïr. Quand vous le haïrez, alors vous vous trouverez avoir excité à l’ouest l’inquiétude de Ts’in et avoir rompu au nord vos relations avec Ts’i. Quand vous aurez excité à l’ouest l’inquiétude de Ts’in et que vous aurez rompu au nord vos relations avec Ts’i, alors les armées de ces deux royaumes arriveront sûrement. C’est pourquoi je m’afflige.

Le roi de Tch’ou n’écouta pas cet avis.

Puis (le roi de Tch’ou) envoya un général pour aller dans l’ouest recevoir le territoire qui lui avait été donné ; lorsque Tchang I arriva dans le pays de Ts’in, il feignit d’être tombé de char dans un moment d’ivresse ; il se dit malade et ne sortit plus ; au bout de trois mois, on n’avait pas encore pu obtenir le territoire. Le roi de Tch’ou dit :

— (Tchang) I penserait-il que ma rupture avec Ts’i n’est encore que superficielle ?

Il envoya donc dans le nord un homme brave, nommé Song I, pour outrager le roi de Ts’i ; le roi de Ts’i, fort irrité, brisa l’insigne de son alliance avec Tch’ou et s’unit à Ts’in ; lorsque l’union de Ts’in et de Ts’i fut contractée, Tchang I se leva (311) et vint à la cour (312) pour dire au général de Tch’ou :

— Pourquoi ne prenez-vous pas livraison du territoire ; de tel point à tel point il a six li en long et en large.

Le général de Tch’ou dit :

— L’ordre que je me suis vu donner (concerne un territoire de) six cents li ; je n’ai pas entendu parler de six li.

Alors il retourna faire son rapport au roi Hoai.

p.391 Le roi Hoai se mit fort en colère et leva des soldats pour attaquer Ts’in. Tch’en Tchen dit encore :

— Attaquer Ts’in n’est pas un sage plan. Il vaudrait mieux profiter (des circonstances actuelles) pour lui faire présent d’une place renommée (313) et s’allier à lui pour attaquer Ts’i ; ainsi ce que nous aurions perdu du fait de Ts’in (314), nous en obtiendrions compensation du fait de Ts’i ; notre royaume pourrait conserver son intégrité. Mais maintenant, ô roi, si, après avoir rompu avec Ts’i, vous accusez Ts’in de vous avoir trompé, nous ne ferons que cimenter l’alliance entre Ts’in et Ts’i et attirer ici les soldats de tout l’empire, ce qui sera grandement nuisible à votre royaume.

Le roi de Tch’ou n’écouta pas cet avis. Il rompit la paix avec Ts’in et envoya des soldats dans l’ouest pour l’attaquer. Ts’in, de son côté, envoya des soldats le combattre (315).

La dix-septième année (312), au printemps, (Tch’ou) livra bataille à Ts’in au nord de (la rivière) Tan (316). Ts’in fit essuyer une grande défaite à notre armée ; il décapita quatre-vingt mille soldats armés de cuirasses ; il fit prisonnier notre général en chef, K’iu Kai, et plus de soixante-dix généraux en second, parmi lesquels se trouvait Fong Heou-tch’eou ; il s’empara alors de la commanderie de Han-tchong. Le roi Hoai, de Tch’ou, fort irrité, prit tous les soldats de son royaume et renouvela à l’improviste son attaque contre Ts’in ; la bataille se livra à Lan-t’ien (317) et fut une grande défaite de l’armée de p.392 Tch’ou. (Les princes de) Han et de Wei, apprenant la situation difficile dans laquelle se trouvait Tch’ou, allèrent au sud attaquer Tch’ou à l’improviste ; ils parvinrent jusqu’à Teng (318). A cette nouvelle (le roi de) Tch’ou ramena ses soldats et s’en retourna.

La dix-huitième année (311), Ts’in envoya un ambassadeur faire un traité pour renouer des relations d’amitié avec Tch’ou ; il lui offrait de lui céder la moitié du (territoire de) Han-tchong pour faire la paix avec Tch’ou. Le roi de Tch’ou dit :

— Je désire avoir Tchang I, et non un territoire.

En apprenant ce propos, Tchang I demanda à aller (dans le pays de) Tch’ou ; le roi de Ts’in lui dit :

— (Le roi de) Tch’ou veut assouvir (les sentiments de vengeance de) son cœur sur vous ; comment ferez-vous ?

Tchang I répliqua :

— Je suis l’ami de Kin Chang, un des familiers (du roi de Tch’ou) ; en outre, Kin Chang a pu rendre service à Tcheng-Sieou, concubine favorite du roi de Tch’ou ; à tout ce que dit (Tcheng-)Sieou on se conforme aussitôt. D’ailleurs, lors de ma précédente ambassade, j’ai fait tort à Tch’ou avec le pacte relatif au (territoire de) Chang et de Yu ; maintenant, Ts’in et Tch’ou se sont livré de grandes batailles et il en est résulté du mal. Si je ne vais pas m’excuser en sa présence, Tch’ou n’abandonnera pas la partie. D’ailleurs, tant que Votre Majesté est de ce monde, (le roi de) Tch’ou ne doit point oser s’emparer de moi. (Enfin, ) si réellement ma mort pouvait être profitable à l’État, votre sujet la désirerait.

(Tchang) I se rendit donc en mission dans (le pays de) Tch’ou ; quand il arriva, le roi Hoai refusa de le voir et l’emprisonna incontinent ; [(319) il voulait le tuer. (Tchang) I communiqua secrètement avec Kin Chang qui intercéda en sa faveur auprès du roi Hoai, disant :

— Si p.393 vous retenez Tchang I, le roi de Ts’in en sera certainement irrité. L’empire, voyant que Tch’ou n’a pas (l’amitié de) Ts’in, ne manquera pas de vous mépriser, ô roi.

Il dit en outre à la fou jen Tcheng-Sieou :

— Le roi de Ts’in aime fort Tchang I ; comme (notre) roi veut le tuer, (le roi de Ts’in) se propose maintenant de faire présent à Tch’ou des six préfectures du territoire de Chang-yong (320) et d’offrir au roi de Tch’ou une belle femme qu’il fera accompagner par des suivantes choisies parmi les meilleures chanteuses de son palais. Le roi de Tch’ou fera grand cas du territoire (qui lui aura été donné ; ; la fille de Ts’in ne manquera pas d’être honorée, et vous, vous serez certainement rejetée. Le mieux serait que vous disiez qu’on laisse sortir (Tchang I).]

En définitive Tcheng-Sieou parla au roi en faveur de Tchang I et on fit sortir (ce dernier de prison). Quand (Tchang) I fut sorti (de prison), le roi Hoai le traita bien ; il donna alors au roi Hoai le conseil de se détacher de la ligue du nord au sud et de faire amitié avec Ts’in en contractant avec lui un mariage. Quand Tchang I fut parti, K’iu Yuen (321), qui avait été envoyé en mission, revint (du pays) de Ts’i ; il blâma le roi, disant :

— Pourquoi n’avez-vous pas fait périr Tchang I ?

Le roi Hoai regretta ce qu’il avait fait et envoya des gens à la poursuite de (Tchang) I ; mais ils ne purent l’atteindre. — Cette année-là (311), le roi Hoei, de Ts’in, mourut.

p.394 La vingtième année (309), le roi Min, de Ts’i, voulut être le chef de la ligue du nord au sud ; il trouvait détestable que Tch’ou s’unît à Ts’in ; il envoya donc un messager porter au roi de Tch’ou une lettre dans laquelle il lui disait :

— Je m’inquiète de voir que Tch’ou ne s’occupe pas de maintenir l’honneur de son nom. Maintenant, le roi Hoei, de Ts’in, est mort et le roi Ou a pris le pouvoir ; Tchang I s’en est allé dans (le pays de) Wei ; Tch’ou-li Tsi (322) et Kong-suen Yen sont en charge ; cependant Tch’ou est au service de Ts’in. Or Tch’ou-li Tsi est en très bons rapports avec Han, et Kong-suen Yen avec Wei ; si Tch’ou est au service de Ts’in, Han et Wei auront peur, et, par l’intermédiaire de ces deux hommes, ils demanderont à s’unir à Ts’in ; alors Yen et Tchao devront aussi se mettre au service de Ts’in ; quand ces quatre royaumes serviront à l’envi Ts’in, alors Tch’ou sera réduit en commanderies et en préfectures (323). Ô roi, pourquoi n’unissez-vous pas vos forces aux miennes ; nous accueillerons Han, Wei, Yen et Tchao, nous ferons avec eux une ligue du nord au sud et nous soutiendrons l’honneur de la maison des Tcheou. Ainsi vous apaiserez les guerres et vous donnerez le calme au peuple ; vous commanderez à tout l’empire et il n’y aura personne qui ose ne pas vous obéir avec joie ; alors la renommée de Votre Majesté sera à son comble. Votre Majesté se mettra à la tête des seigneurs pour faire une attaque (avec toutes leurs armées) coalisées et l’écrasement de Ts’in est p.395 certain ; vous prendrez la passe de Ou et le territoire de Chou et de Han ; vous vous approprierez (ce qui fait) la richesse de Ou et de Yue ; vous mettrez la main sur les sources de profit qui sont dans le Kiang et dans la mer ; Han et Wei détacheront (pour vous le donner, le territoire de) Chang-tang ; à l’ouest, vous toucherez à (la passe) Hien-kou ; alors la puissance de Tch’ou sera d’un million (de guerriers). En outre, ô roi, vous avez été dupé par Tchang I ; vous avez perdu le territoire de Han-tchong ; vos soldats ont subi un échec à Lan-t’ien ; dans tout l’empire il n’est personne qui, à la place du roi Hoai, ne serait irrité. Maintenant cependant vous désirez avant tout servir Ts’in ; je voudrais que Votre Majesté réfléchisse mûrement à cela.

Le roi de Tch’ou désirait auparavant être en bonne harmonie avec Ts’in ; mais, quand il eut vu la lettre du roi de Ts’i, il fut hésitant et ne put se décider ; il soumit cette affaire à la délibération de ses ministres ; les uns dirent qu’il fallait être en harmonie avec Ts’in ; les autres, qu’il fallait écouter (les avis de) Ts’i. Tchao Ts’iu, dit :

— Quand bien même, ô roi, vous prendriez à l’est un territoire à Yue, cela ne suffirait pas à laver l’affront (que vous avez subi) ; il vous faut prendre un territoire à Ts’in pour que cela suffise à laver votre affront aux yeux des seigneurs. Ô roi, il vaut mieux que vous soyez étroitement lié d’amitié avec Ts’i et Han, de manière à donner de l’importance à Tch’ou-li Tsi ; quand il en sera ainsi, vous aurez l’appui important de Han et de Ts’i pour réclamer un territoire. Ts’in a vaincu Han à I-yang (324) ; si p.396 cependant Han continue à servir Ts’in, c’est parce que les sépultures de ses anciens rois se trouvent à P’ing-yang, dont Ou-soei (325), (ville) de Ts’in, n’est distante que de soixante-dix li ; voilà pourquoi (Han) redoute encore Ts’in. S’il en était autrement (326), Ts’in attaquerait (le territoire de) San-tch’oan (327) ; Tchao attaquerait (le territoire de) Chang-tang (328) et Tch’ou attaquerait (le territoire de) Ho wai (329) ; Han serait alors certainement perdu et si Tch’ou venait au secours de Han, il ne pourrait l’empêcher d’être perdu. Cependant, celui qui (peut maintenant) sauver Han, c’est Tch’ou ; (si, en effet), Han avait pris (la ville de) Ou-soei à Ts’in et s’il s’était fait un rempart du Ho et des montagnes, il n’est personne envers qui il aurait plus de reconnaissance qu’envers Tch’ou ; aussi estimé-je qu’il s’empresserait de servir Votre Majesté. Si Ts’i a confiance en Han, c’est parce que Mei, kong-tse de Han, est conseiller de Ts’i ; lorsque Han aura pris (la ville de) Ou-soei à Ts’in et que Votre Majesté sera en excellents rapports avec lui, il en résultera que Ts’i et Han donneront de l’importance à Tch’ou-li Tsi ; quand (Tch’ou-li) Tsi aura l’importance que lui donneront Ts’i et Han, son souverain (330) n’osera pas le renvoyer. Si maintenant il s’y ajoute encore l’importance que lui donnera Tch’ou, Tch’ou-li-tse dira certainement au (roi de) Ts’in de rendre à Tch’ou les territoires qu’il lui a enlevés.

Alors le roi Hoai donna son assentiment ; en définitive, il ne s’allia pas à Ts’in et s’allia à Ts’i pour être en bons rapports avec Han.

p.397 La vingt-quatrième année (305), (le roi Hoai) rompit avec Ts’i et s’allia à Ts’in. — Le roi Tchao, de Ts’in, qui était monté sur le trône récemment, fit des présents considérables à Tch’ou ; (le roi de) Tch’ou alla à la rencontre d’une épouse (que lui donnait le roi de Ts’in). — La vingt-cinquième année (304), le roi Hoai se rendit auprès du roi Tchao, de Ts’in, et fit avec lui une convention jurée à Hoang-ki (331) ; Ts’in rendit à Tch’ou (le territoire de) Chang-yong (332). — La vingt-sixième année (303), Ts’i, Han et Wei, estimant que Tch’ou avait violé (les clauses de) l’alliance du nord au sud en s’alliant à Ts’in, se réunirent tous trois pour attaquer Tch’ou. (Le roi de) Tch’ou envoya son héritier présomptif en otage à Ts’in et demanda à être secouru ; Ts’in dépêcha alors le haut dignitaire à titre étranger T’ong, qui vint, à la tête d’une armée, secourir Tch’ou ; les trois royaumes retirèrent leurs soldats et s’en allèrent. — La vingt-septième année (302), un grand officier de Ts’in eut une rixe, pour des motifs d’ordre privé, avec l’héritier présomptif de Tch’ou ; celui-ci le tua et revint en fugitif (dans le pays de Tch’ou). — La vingt-huitième année (301) (333), Ts’in s’allia donc à Ts’i, Han et Wei pour attaquer Tch’ou ; ils tuèrent T’ang Mei, général de Tch’ou, prirent notre (ville de) Tch’ong-k’ieou, puis se retirèrent. — La vingt-neuvième année (300), Ts’in attaqua de nouveau Tch’ou et lui fit essuyer une grande défaite ; vingt mille hommes de l’armée de Tch’ou périrent ; notre général King K’iue fut tué. Le roi Hoai, saisi de crainte, envoya alors son p.398 héritier présomptif en otage dans (le pays de) Ts’i, afin de demander la paix.

La trentième année (299), Ts’in combattit de nouveau contre Tch’ou et lui prit huit villes. Le roi Tchao, de Ts’in, remit au roi de Tch’ou une lettre conçue en ces termes :

— Au début, moi et vous, ô roi, avons fait un pacte aux termes duquel nous nous considérions comme deux frères ; nous avons conclu une convention à Hoang-ki ; votre héritier présomptif est devenu mon otage ; notre harmonie était parfaite. Votre héritier présomptif a injurié et tué un de mes sujets les plus considérables et, sans s’excuser, il s’est enfui ; en vérité, je n’ai pu surmonter ma colère et j’ai envoyé des soldats envahir la frontière de Votre Majesté. Maintenant, j’apprends que Votre Majesté a ordonné à son héritier présomptif d’aller en otage dans (le pays de) Ts’i, afin de demander la paix. Je me trouve avoir avec Tch’ou des frontières dont les limites sont contiguës ; c’est pourquoi nous avons contracté des intermariages et l’origine de notre amitié réciproque est ancienne. Or maintenant Ts’in et Tch’ou ne sont plus en bonne harmonie et n’ont plus le moyen de commander aux seigneurs. Je voudrais me rencontrer avec vous, ô roi, à la passe Ou (334) et faire face à face un pacte avec vous ; une fois la convention conclue, je me retirerais. Tel est mon désir ; je me permets d’en informer ceux de mes subordonnés qui dirigent les affaires.

Quand le roi Hoai, de Tch’ou, eut vu la lettre du roi de Ts’in, il fut anxieux ; il désirait aller (au rendez-vous), mais craignait de se voir trompé ; s’il n’allait pas, il craignait que Ts’in fût irrité. Tchao Ts’iu lui dit :

— O roi, n’allez pas ; mettez plutôt des soldats en campagne pour vous p.399 garder ; Ts’in est un tigre et un loup et on ne peut se fier à lui ; il a l’intention de s’annexer tous les seigneurs.

Tse-lan, fils du roi Hoai, exhorta le roi à se mettre en route en lui disant :

— A quoi bon froisser les dispositions amicales de Ts’in ?

Alors (le roi Hoai) alla se rendre auprès du roi Tchao, de Ts’in ; le roi Tchao, usant de fourberie, avait ordonné à un général de cacher des soldats dans la passe Ou et de se faire passer pour le roi de Ts’in. Quand le roi de Tch’ou arriva, on ferma la passe Ou, puis on alla avec lui dans l’ouest jusqu’à Hienyang ; (le roi Tchao) lui donna audience sur la terrasse de Tchang (335) ; il le traita comme s’il eût été un vassal et non avec des rites d’égalité. Le roi Hoai, de Tch’ou, en fut fort irrité et regretta de n’avoir pas suivi le conseil de Tchao (Ts’iu). Ts’in retint donc le roi de Tch’ou, voulant l’obliger par ce moyen à détacher (et à lui livrer) les commanderies de Ou (336) et de K’ien-tchong (337). Le roi de Tch’ou voulait faire un traité, mais Ts’in voulait d’abord obtenir le territoire. Le roi de Tch’ou se mit en colère et dit :

Ts’in m’a trompé ; il veut encore exiger de moi par la violence un territoire ; je ne consentirai plus (aux demandes de) Ts’in.

Alors Ts’in le retint prisonnier.

Les principaux ministres de Tch’ou, saisis d’inquiétude à cause de ces événements, tinrent conseil entre eux et dirent :

— Notre roi est dans (le pays de) Ts’in et ne peut revenir ; on veut le forcer à détacher un territoire ; quant à l’héritier présomptif, il est en otage dans p.400 (le pays de) Ts’i. Si Ts’i et Ts’in se mettent d’accord dans leurs plans, Tch’ou ne sera plus un royaume (338).

Ils voulurent donc mettre sur le trône un fils du roi Hoai qui se trouvait dans le pays. Tchao Ts’iu leur dit :

— Quand le roi et l’héritier présomptif sont tous deux dans une situation difficile chez des seigneurs, violer maintenant l’ordre royal en mettant sur le trône son fils de naissance secondaire, c’est ce qu’il ne faut pas faire.

Alors il annonça faussement la mort (du roi Hoai) à Ts’i. Le roi Min, de Ts’i, dit à son conseiller (339) :

— Le mieux est de retenir l’héritier présomptif afin de demander (en échange) le territoire que Tch’ou possède au nord de (la rivière) Hoai.

— [(340) N’agissez pas ainsi, lui dit son conseiller ; à Yng (341) on nommerait un roi et nous ne garderions plus qu’un otage sans valeur ; en outre, nous nous serions conduits d’une manière indigne aux yeux de l’empire.

Une autre personne dit :

— Non pas. Si à Yng on nomme un roi, nous en profiterons pour marchander avec ce nouveau roi en lui disant : Donnez-nous le bas pays qui est à l’est de votre royaume (342), et, en votre faveur, ô roi, nous tuerons l’héritier présomptif ; sinon, nous nous réunirons aux trois royaumes (343) pour le mettre sur le trône. Par ce moyen, nous obtiendrons certainement la partie orientale du royaume (de Tch’ou).]

En p.401 définitive le roi de Ts’i suivit l’avis de son conseiller et renvoya l’héritier présomptif de Tch’ou. L’héritier présomptif Heng arriva (donc dans le royaume de Tch’ou) et fut nommé roi ; ce fut le roi K’ing-siang. Il annonça (son avènement) à Ts’in en ces termes :

— Grâce à l’influence surnaturelle des dieux du sol et des moissons, notre royaume a un roi.

La première année (298) de Heng, roi K’ing-siang, comme Ts’in faisait violence au roi Hoai mais ne pouvait obtenir le territoire (qu’il convoitait), (les gens de) Tch’ou mirent sur le trône un roi pour répondre (aux manœuvres de) Ts’in. Le roi Tchao, de Ts’in, en fut irrité ; il envoya des soldats qui sortirent par la passe Ou et attaquèrent Tch’ou ; ils firent essuyer une grande défaite à l’armée de Tch’ou, coupèrent cinquante mille têtes, prirent quinze villes, au nombre desquelles était celle de Si (344), puis se retirèrent.

La deuxième année (297), le roi Hoai, de Tch’ou, s’échappa et (tenta de) revenir en s’enfuyant ; Ts’in s’en aperçut et fit barrer les routes qui menaient dans (le pays de) Tch’ou ; le roi Hoai eut peur et, par des chemins détournés, se rendit dans (le pays de) Tchao pour lui demander de le faire revenir (dans sa patrie). Le père du souverain de Tchao (345) se trouvait dans (le pays de) Tai ; son fils, le roi Hoei, qui venait de monter sur le trône et qui commençait d’exercer le pouvoir royal, eut peur et n’osa pas faire rentrer le roi de Tch’ou (dans son pays). Le roi de Tch’ou voulut s’en aller dans (le pays de) Wei ; mais Ts’in le poursuivit et l’atteignit ; il revint donc avec les émissaires de Ts’in dans (le pays de) Ts’in. A la suite p.402 de cela le roi Hoai tomba malade ; il mourut dans (le pays de) Ts’in, la troisième année du roi K’ing-siang (296). Ts’in renvoya son corps à Tch’ou ; les gens de Tch’ou le pleurèrent tous comme s’ils se fussent lamentés sur un parent. A partir de ce moment, les seigneurs n’estimèrent plus que Ts’in fût juste. Ts’in et Tch’ou rompirent tout rapport.

La sixième année (293), Ts’in envoya Po Ki attaquer Han à I-k’iue (346) ; il remporta une grande victoire et coupa deux cent quarante mille têtes. Ts’in remit alors au roi de Tch’ou une lettre dans laquelle il lui disait :

— Tch’ou a rompu avec Ts’in ; Ts’in s’apprête à se mettre à la tête des seigneurs pour attaquer Tch’ou et pour contester avec lui dans une lutte où son destin sera décidé en un matin ; je désire que Votre Majesté prépare bien ses soldats pour que nous ayons un joyeux combat.

Le roi K’ing-siang, de Tch’ou, fut fort inquiet à cause de cela et il projeta de faire de nouveau la paix avec Ts’in. — La septième année (292), Tch’ou alla à la rencontre d’une épouse dans le pays de Ts’in ; Ts’in et Tch’ou furent de nouveau en paix.

La onzième année (288), (les rois de) Ts’i et de Ts’in prirent chacun le titre d’empereur ; au bout d’un mois environ, ils renoncèrent de nouveau au titre d’empereur et reprirent celui de roi. — La quatorzième année (285), le roi K’ing-siang, de Tch’ou, eut une entrevue amicale à Yuan (347) avec le roi Tchao, de Ts’in ; ils contractèrent une alliance. — La quinzième année (284), le roi de Tch’ou s’unit à Ts’in, aux trois Tsin et à Yen (348) pour attaquer Ts’i et lui prendre le territoire au nord de (la rivière) Hoai. — p.403 La seizième année (283), il eut une entrevue amicale à Yen avec le roi Tchao, de Ts’in. L’automne de cette même année, il se réunit de nouveau à Jang (349) avec le roi de Ts’in.

La dix-huitième année (281), il se trouva dans le pays de Tch’ou un homme qui, avec un petit arc et une fine ficelle (attachée à la flèche), excellait à atteindre dans les airs les oies sauvages de passage (350). Le roi K’ing-siang, ayant entendu parler de lui, le manda et l’interrogea. Il lui répondit :

— Ce à quoi excelle votre infime sujet, c’est à tirer de l’arc sur les oies sauvages et sur les canards de l’espèce lo (351) ; l’art de décocher une petite flèche est-il digne qu’on l’explique à un grand roi tel que vous ? D’ailleurs, par rapport à la grandeur de Tch’ou et eu égard à la sagesse de Votre Majesté, ce sur quoi vous tirez des flèches n’est pas précisément ce (gibier-là). Dans l’antiquité, il y eut les trois dynasties (352) pour tirer leurs flèches sur la raison et la vertu ; il y eut les cinq hégémons pour tirer leurs flèches sur les royaumes p.404 combattants (353). Ainsi, Ts’in, Wei (354), Yen et Tchao sont les oies sauvages ; Ts’i, Lou, Han et Wei (355) sont les (canards à) tête verte ; Tseou (356), Pi (357), Tan (358) et P’ei (359) sont les canards de l’espèce lo ; ceux qui restent en dehors de ceux-là ne valent pas le coup de flèche. En présence de ces six paires d’oiseaux (360), vous, étant roi, comment les prendrez-vous ? Pourquoi Votre Majesté ne fait-elle pas d’un homme sage (361) son arc, et d’un brave guerrier (362) la ficelle de sa flèche ? Le moment propice venu, vous banderiez votre arc) et tireriez, et ces six paires (d’oiseaux) pourraient être saisies et mises dans votre carnassière ; la p.405 joie (que vous éprouveriez) ne serait pas une joie qui ne durerait que du matin jusqu’au soir (d’un seul jour) ; ce dont vous vous seriez emparé n’aurait pas seulement la réalité des canards et des oies. Le matin, Votre Majesté bandera son arc et tirera au sud de Ta-leang (363), (capitale) de Wei (364) ; vous l’atteindrez à l’avant-bras droit, et en droite ligne vous irez par suite jusqu’à Han ; alors le chemin des royaumes du Milieu sera interrompu et la commanderie de Chang-ts’ai (365) s’effondrera. En vous retournant, vous tirerez à l’est de Yu (366) et vous détacherez le coude gauche de Wei ; puis, au dehors, vous attaquerez Ting-t’ao (367) ; alors tout ce que Wei possède au dehors du côté de l’est, il l’abandonnera et les deux commanderies de Ta-song (368) et de Fang-yu (369) seront emportées (par vous). Or Wei, ayant les deux épaules cassées, fera la culbute. Vous attaquerez de front le royaume de T’an (370) et vous pourrez vous emparer de Ta-leang et le posséder. p.406 Vous enroulerez, ô roi, la ficelle de votre flèche autour du Lan-t’ai (371) ; vous ferez boire vos chevaux dans le Ho occidental ; vous aurez conquis Ta-leang, (capitale) de Wei ; telle sera la joie que vous aurez à la suite de votre première expédition. Si Votre Majesté prend réellement plaisir au tir à la flèche et n’en est point lasse, vous sortirez alors un arc précieux et vous mettrez une pointe de pierre à une nouvelle flèche (372) ; vous tirerez sur l’oiseau à bec recourbé (373) qui est au bord de la mer orientale ; en vous retournant, vous renverserez (374) la grande muraille (375) dont il fait son rempart. Le matin, vous tirerez sur le Kiu oriental (376) ; le soir, vous lancerez (vos coups) sur la colline de P’ei (377) ; la nuit, vous atteindrez Tsi-mo (378) ; tournant la p.407 tête en arrière, vous vous emparerez du carrefour (379). Alors, tout ce qui est à l’est de la grande muraille vous le garderez, et tout ce qui est au nord du T’ai-chan, vous l’emporterez. A l’ouest vous rattacherez vos frontières à Tchao, et au nord vous pénétrerez jusqu’à Yen. Ces trois royaumes étendront leurs ailes (380) ; alors la ligue du nord au sud pourra se réaliser sans même qu’on ait à faire un traité. Au nord, vous promènerez vos regards sur le Leao-tong (381), (territoire) de Yen ; au sud, vous monterez pour voir de loin sur le Koei-ki (382), (montagne) de Yue ; telle est la joie que vous retirerez de votre seconde expédition. Quant aux douze seigneurs (383) qui sont sur (les bords de la rivière) Se, de la main gauche vous les roulerez et de la main droite vous les chasserez ; en une matinée vous pourrez en venir à bout. Maintenant Ts’in a écrasé Han, mais c’est pour lui un sujet d’inquiétude constante, car il a pris toute une série de villes et n’ose pas les garder ; il a attaqué Wei et n’a pas remporté de succès ; il a combattu Tchao et, contrairement (à ce qu’il espérait), s’est trouvé mis à mal ; ainsi la force vaillante de Ts’in et de Wei a été humiliée. Les territoires qui appartenaient autrefois à Tch’ou, à savoir le Han-tchong (384), p.408 Si (385) et Li (386), vous pouvez les prendre et les posséder de nouveau ; Votre Majesté sortira donc un arc précieux et mettra une pointe de pierre à une nouvelle flèche ; vous franchirez la barrière de Meng (387) et vous attendrez que Ts’in soit à bout de forces. (Le territoire) à l’est de la montagne (388) et celui de Ho-nei (389), vous pourrez les prendre et les unir (à votre royaume). Vous consolerez le peuple et vous calmerez la multitude ; vous tournant vers le sud, vous vous proclamerez roi. Ainsi donc je dis : Ts’in est un grand oiseau ; il s’appuye sur le pays à l’intérieur des mers et l’occupe ; tourné vers l’est, il se dresse ; son aile gauche s’est emparée du sud-ouest de Tchao ; son aile droite s’applique sur Yen-yng (390), (capitale) de Tch’ou ; de front il attaque Han et Wei ; il incline sa tête sur les royaumes du Milieu. Il habite un pays d’une configuration favorable ; il est dans une situation qui présente des avantages naturels du sol ; s’il déploie ses ailes et agite ses plumes, il occupe une superficie de trois mille li ; ainsi, vous ne sauriez vous emparer de Ts’in à vous seul et en le tirant pendant la nuit.

(Cet homme) voulait exciter la colère du roi Siang et p.409 c’est pourquoi il lui répondit par ces paroles ; le roi Siang l’ayant donc mandé pour s’entretenir avec lui, il lui dit encore :

— Le roi votre prédécesseur a été trompé par Ts’in et il est mort en étranger au dehors ; il n’y a pas de plus grand motif de haine. Or même de simples particuliers qui avaient un tel motif de haine ont réussi à se venger sur (des princes commandant à) dix mille chars de guerre ; tels ont été le gouverneur de Po et (Ou) Tse-siu (391). Maintenant, le territoire de Tch’ou couvre une superficie de cinq mille li ; il a un million d’hommes porteurs de cuirasses ; il est encore de force à bondir sur les territoires du Milieu (392) ; cependant il reçoit des outrages en restant assis ; c’est ce que, pour ma part, à la place de Votre Majesté, je ne souffrirais pas.

A la suite de cela, le roi K’ing-siang envoya des ambassadeurs aux seigneurs et reconstitua la ligue du nord au sud, avec l’intention de s’en servir pour attaquer Ts’in. A la nouvelle de ce qui se passait, Ts’in mit en campagne des soldats qui vinrent attaquer Tch’ou.

Tch’ou voulut faire un accord avec Ts’i et Han pour attaquer Ts’in, et, par la même occasion il désirait comploter contre Tcheou ; le roi Nan, de (la dynastie) Tcheou, envoya le duc Ou (393) dire à Tchao-tse, conseiller de Tch’ou :

— Les trois royaumes (projettent d’)enlever à Tcheou le territoire de sa banlieue, afin de rendre commode le p.410 transport vers le sud des ustensiles (sacrés) pour honorer Tch’ou (394) ; j’estime que vous ne devriez pas agir ainsi. En effet, si vous assassinez celui qui est le souverain universel et si vous faites un sujet de celui chez qui la dignité de prince est héréditaire, les grands royaumes ne seront pas vos amis ; si, par votre multitude, vous opprimez ceux qui sont solitaires, les petits royaumes ne vous seront pas attachés. Si les grands royaumes ne sont pas vos amis et si les petits royaumes ne vous sont pas attachés, vous ne pourrez acquérir la réalité de la gloire ; si la réalité de la gloire n’est pas obtenue par vous, vous serez incapable de dominer (395) sur le peuple ; en effet, avoir la réputation de comploter contre Tcheou ce n’est pas ce qui constitue une bonne renommée.

Tchao-tse dit :

— De complot contre Tcheou, il n’y en a aucun. Néanmoins, quelle est la raison pour laquelle on ne saurait comploter contre Tcheou ?

Son interlocuteur répliqua :

— Devant une armée, si on n’est pas cinq (fois plus fort), on ne l’attaque pas ; devant une ville, si on n’est pas dix (fois plus fort), on ne l’assiège pas. Or un seul (royaume de) Tcheou vaut vingt (royaumes de) Tsin ; c’est ce que vous savez bien ; Han naguère avec une foule de deux cent mille (soldats) p.411 essuya un affront au pied des remparts de Tsin ; ses soldats d’élite périrent ; ses soldats ordinaires furent blessés et (la capitale de) Tsin ne put être prise. Vous ne valez pas cent royaumes de Han (396) pour (vous permettre de) comploter contre Tcheou ; c’est là ce que sait bien tout l’empire. Si votre haine s’attache aux deux Tcheou (397), vous vous fermerez ainsi le cœur de Tseou et de Lou (398), vos rapports seront interrompus avec Ts’i (399) et vous serez perdu de réputation dans tout l’empire. C’est là une entreprise qui est dangereuse. Si vous mettez en péril les deux Tcheou pour accroître le San-tch’oan (400), le territoire en dehors de Fang-tch’eng (401) sera certainement affaibli par Han. Comment sais-je qu’il en est ainsi ? Les Tcheou occidentaux ont un territoire qui, tout p.412 compensé (402), ne dépasse pas cent li, mais ils ont le titre de souverain universel de tout l’empire ; si vous leur enlevez leur territoire, cela ne suffira pas à engraisser votre royaume ; si vous leur prenez leur peuple, cela ne suffira pas à renforcer votre armée. Si, ce nonobstant, vous les attaquez, vous aurez la réputation d’avoir assassiné votre souverain ; alors, tous les princes qui aiment agir et tous les sujets qui se plaisent à combattre publieront l’appel aux armes et ne cesseront point de faire des Tcheou le commencement et la fin (de leur politique) (403). Pourquoi en sera-t-il ainsi ? C’est parce qu’ils verront que les ustensiles des sacrifices (404) sont chez vous, qu’ils désireront faire venir chez eux ces ustensiles et qu’ils ne feront pas attention aux troubles qui résultent de l’assassinat du souverain (405). Maintenant, Han (désire que) ces ustensiles se trouvent chez Tch’ou, mais je crains que, à cause de ces ustensiles, tout l’empire ne traite Tch’ou en ennemi (406). Permettez-moi de me servir d’une comparaison : la chair du tigre a mauvaise odeur et ses armes lui sont avantageuses (407) ; cependant les hommes l’attaquent ; mais si on suppose qu’il y ait dans un marais un cerf revêtu d’une peau de tigre, les hommes l’attaqueront certainement dix mille [fois] plus volontiers qu’un tigre (408). Enlever à Tchou son territoire suffirait à p.413 engraisser un royaume ; abaisser la renommée de Tch’ou suffirait à couvrir d’honneur un souverain. Maintenant, vous allez agir dans le désir de détruire et de supprimer celui qui est le souverain universel de l’empire, de loger chez vous les ustensiles qui ont été transmis pendant trois dynasties, d’engloutir les trois pieds et les six ailes (409), afin de vous élever au-dessus de celui qui est le souverain par droit d’hérédité. Qu’est-ce là, sinon de l’ambition déréglée ? (c’est à vous qu’on pourrait appliquer) ce que dit le livre des Tcheou : Il veut s’élever en sorte que personne ne soit avant lui. Ainsi, si les ustensiles vont dans le sud, les armées fondront sur vous.

Alors le projet de Tch’ou fut abandonné et ne fut pas mis à exécution.

La dix-neuvième année (280), Ts’in attaqua Tch’ou dont l’armée fut battue et qui détacha les territoires de Chang-yong (410) et du nord de (la rivière) Han (411) pour les donner à Ts’in. — La vingtième année (273), Po K’i, général de Ts’in, nous prit (la ville de) Si-ling (412). — La p.414 vingt-et-unième année (278), Po K’i, général de Ts’in, s’empara de notre (capitale), Yng (413) ; il brûla la sépulture de I (414) où se trouvait la tombe du précédent roi. Les soldats du roi Siang de Tch’ou se dispersèrent ; ils ne revinrent pas livrer bataille et, allant vers le nord-ouest, ils se mirent à l’abri derrière les remparts de Tch’en. — La vingt-deuxième année (277), Ts’in nous prit encore les commanderies de Ou et de K’ien-tchong (415). — La vingt-troisième année (276), le roi Siang rassembla les soldats de son territoire oriental et en trouva plus de cent mille ; il revint du côté de l’ouest, prit quinze places que Ts’in nous avait enlevées à côté de Kiang et en fit une commanderie (destinée à) arrêter Ts’in. — La vingt-septième année (272), il envoya trente mille hommes aider les trois Tsin à attaquer Yen (416) ; il fit de nouveau la paix avec Ts’in et lui remit son héritier présomptif en otage ; (le roi de) Tch’ou chargea son tso-t’ou (417) de servir l’héritier présomptif dans (le pays de) Ts’in. — La trente-sixième année (263), le roi K’ing-siang tomba malade ; p.415 l’héritier présomptif s’enfuit et revint ; en automne, le roi K’ing-siang mourut ; l’héritier présomptif, Hiong Yuen, prit le pouvoir à sa place ; ce fut le roi K’ao-lie.

Le roi K’ao-lie donna au tso-t’ou le grade de ling-yn ; il lui remit en fief (le pays de) Ou ; on l’appela « le prince de Tch’oen-chen ». — La première année (262) de son règne, le roi K’ao-lie livra Tcheou (418) à Ts’in pour avoir la paix. En ce temps, Tch’ou s’affaiblissait de plus en plus. — La sixième année (257) (419), Ts’in assiégea Han-tan ; Tchao déclara à Tch’ou dans quel danger il se trouvait ; Tch’ou envoya son général King Yang au secours de Tchao. — La septième année (256), (King Yang) arriva à Sin-tchong (420) et les soldats de Ts’in s’en allèrent. — La douzième année (251), le roi Tchao, de Ts’in, mourut. Le roi de Tch’ou envoya le prince de Tch’oen-chen (421) apporter ses condoléances et ses offrandes sacrificatoires à Ts’in. — La seizième année (247) le roi Tchoang-siang, de Ts’in, mourut. Tchao Tcheng (422), roi de Ts’in, prit le pouvoir. — La vingt-deuxième année (241), (Tch’ou) s’allia aux seigneurs pour attaquer Ts’in ; ils n’eurent p.416 pas l’avantage et se retirèrent. Tch’ou transféra sa capitale du côté de l’est à Cheou-tch’oen (423) et donna (à cette ville) le nom de Yng. — La vingt-cinquième année (238), le roi K’ao-lie mourut. Son fils, Han, qui fut le roi Yeou, prit le pouvoir. Li Yuen tua le prince de Tch’oen-chen.

La troisième année (235) du roi Yeou, Ts’in et Wei attaquèrent Tch’ou. — Le conseiller de Ts’in, Lu Pou-wei mourut. — La neuvième année (229), Ts’in anéantit (le royaume de) Han. — La dixième année (228), le roi Yeou mourut. Son frère cadet Yeou, né de la même mère que lui, prit le pouvoir à sa place ; ce fut le roi Ngai. Le roi Ngai était sur le trône depuis deux mois environ lorsqu’il fut attaqué à l’improviste et tué par les partisans de Fou-tch’ou, son frère aîné de naissance secondaire ; on donna le titre de roi à Fou-tch’ou. — Cette année-là (228), Ts’in fit prisonnier Ts’ien, roi de Tchao.

La première année (227) du roi Fou-tch’ou, Tan, héritier présomptif de Yen, envoya King K’o (tenter d’) assassiner le roi de Ts’in. — La deuxième année (226), Ts’in envoya ses généraux attaquer Tch’ou ; l’armée de Tch’ou essuya un grande défaite ; plus de dix villes furent perdues. — La troisième année (225), Ts’in anéantit (le royaume de) Wei (424). — La quatrième année (224), Wang Tsien, général de Ts’in, écrasa notre armée à K’i (425) et tua le général Hiang Yen. — La cinquième année (223), Wang Tsien et Mong Ou, généraux de Ts’in, écrasèrent le royaume de Tch’ou ; ils firent prisonnier Fou-tch’ou, roi de Tch’ou, et anéantirent Tch’ou, dont le nom devint « la commanderie de Tch’ou ».

p.417 Le duc grand astrologue dit : A l’époque où le roi Ling, de Tch’ou, réunissait les seigneurs à Chen (426), faisait périr K’ing Fong (427), (du pays) de Ts’i, construisait la terrasse Tchang-hoa (428) et réclamait aux Tcheou les neuf trépieds (429), sa volonté faisait peu de cas de l’empire tout entier ; ensuite (cependant) il mourut de faim dans la maison de Chen Hai (430) et fut la risée de l’empire. Dans la conduite qu’il tint, il ne sut pas avoir compassion (des autres) ; or celui qui est investi de l’autorité parmi les hommes peut-il ne pas être attentif ? — K’i-tsi monta sur le trône grâce aux troubles (qu’il suscita) ; il eut un amour débauché pour la fille de Ts’in (431). Cela est fort grave ; par deux fois il causa presque la perte de son royaume.




Notes


(101. ) Le royaume de Tch’ou commença d’exister au temps du roi Tch’eng, de la dynastie Tcheou ; son centre politique fut d’abord situé à Tan-yan, à 7 li à l’est de la préfecture secondaire de Koei, préfecture de I-tch’ang, province de Hou-pei. Les princes de Tch’ou se transportèrent ensuite à Tche-kiang, préfecture de King-tcheou, province de Hou pei. Puis le roi Wen (689-677) transféra sa capitale à Yng qui est aujourd’hui la ville de Ki-nan, à 10 li au nord de la ville préfectorale de King-tcheou, dans le Hou-pei. Le roi Tchao (515-489) demeura à Jo, qu’on appelle aussi Yen-yng, et qui est aujourd’hui la sous-préfecture de I-tch’eng, préfecture de Siang-yang, province de Hou pei. En 278 avant J.-C., Yen yng fut pris par les armées de Ts’in, et le roi K’ing-siang se réfugia à Tch’en, qui est aujourd’hui la préfecture de Tch’en-tcheou, dans la province de Honan. En 241, le roi K’ao-lie dut aller encore plus à l’est ; il se retira à Cheou-tch’oen, qui est aujourd’hui la préfecture secondaire de Cheou, dans la province de Ngan-hoei (cf. H. T. K. K., chap. CCLV, p. 6 r°).

(102. ) Cf. tome I, p. 37.

(103. ) Tchong-li est ici considéré comme un personnage unique. Une autre tradition veut que Tchong et Li soient deux personnages distincts. Cf. tome III, n. 26.122 et tome II, n. 05.511, Tso Tchoan, 29e année du duc Tchao, et les notes critiques de l’édition de K’ien-long des Mémoires historiques à la fin de ce chapitre.

(104. ) Suivant les commentateurs, ce titre signifierait « le grand éclaireur » ou « le premier éclaireur ». Sur d’autres légendes relatives à Tchou-yong, cf. tome I, p. 10, n. 3 et p. 11, n. 3.

(105. ) Cf. tome I, n. 03.128.

(106. ) Koen-ou (cf. tome I, n. 03.128) est considéré comme l’ancêtre des princes de Pou-yang, dont le nom de famille était Ki. L’ancienne sous-préfecture de Pou-yang était au sud-ouest de la préfecture secondaire de K’ai, préfecture de Ta-ming, province de Tche-li. Dans le Tso tchoan (17e année du duc Ngai), on voit mentionné « l’observatoire de Koen-ou ». Les descendants de Koen-ou passent pour s’être transportés ensuite à Hiu et c’est ainsi qu’on explique le propos qui est attribué à un prince de Tch’ou (Tso tchoan, 12e année du duc Tchao) : « Autrefois Hia fut la demeure de Koen-ou, oncle de notre ancêtre souverain ».

(107. ) Les descendants de Ts’an-hou avaient pour nom de famille Se.

(108. ) Les descendants de P’ong-tsou avaient pour nom de famille P’ong ; ils demeuraient à P’ong-tcheng qui est aujourd’hui la ville préfectorale de Siu-tcheou, province de Kiang-sou.

(109. ) Les descendants de Hoei-jen furent les princes de Koei ; cette principauté occupait le territoire des sous-préfectures actuelles de Mi et de Sin-tcheng, préfecture de K’ai-fong, province de Ho-nan ; elle fut détruite par le duc Ou (770-744), de Tcheng, qui y établit son royaume.

(110. ) Le cinquième fils de Leou-tchong s’appelait Ngan ; il fut l’ancêtre des princes de Tchou, dont le nom de famille était Ts’ao. Tchou est aujourd’hui la sous-préfecture de Tseou, préfecture de Yen-tcheou, province de Chan-tong.

(111. ) Cf. tome II, n. 05.387.

(111. e) Errata : Yu Hiong tse n’est autre que Yu Hiong lui-même. Dans la section du Ts’ien Han chou consacrée à la littérature, à l’article des écrivains taoïstes (chap. XXX, p. 12 r°), on trouve cité l’ouvrage de Yu tse en 29 chapitres, et au-dessous on lit la note suivante :

« (Yu tse) eut pour nom personnel Hiong ; (Yu Hiong) étant précepteur des Tcheou, (ce livre renferme) les questions que lui posèrent le roi Wen et ses successeurs. Les Tcheou lui donnèrent un fief grâce auquel il devint l’ancêtre (des rois) de Tch’ou.

(112. ) Cf. n. 101.

(113. ) Aujourd’hui, sous-préfecture de Tchou-chan, préfecture de Yun-yang, province de Hou-pei.

(114. ) Yang-yue faisait partie de l’ancienne province de Yang mentionnée dans le tribut de Yu.

(115. ) La ville de Ngo était sur le territoire de la sous-préfecture actuelle de Ou-tch’ang, qui fait partie de la ville préfectorale de même nom, dans la province de Hou-pei.

(116. ) Cette phrase explique aux yeux des Chinois que Hiong-k’iu se permette de donner à ses fils le titre de roi qui devait être réservé au Fils du Ciel.

(117. ) Aujourd’hui, sous-préfecture de Kiang-ling, faisant partie de la ville préfectorale de King-tcheou, province de Hou-pei. — Le nom complet de K’ang paraît être Ou-k’ang ; voyez plus loin, n. 120.

(118. ) Cf. n. 115.

(119. ) Ce pays de Yue-tchang ne serait-il pas identique au pays de Yue-tchang qui est cité dans le Tchou chou ki nien (Legge, C. C., vol. III, prolég., p. 146) ?

(120. ) K’ang, roi de Keou-tan. — Il est probable que, dans le nom de Mou-k’ang, il faut substituer le caractère ou au caractère mou, car les Tableaux chronologiques et le chapitre Ti hi pien des Rites de Tai l’aîné appellent ce personnage Ou-k’ang.

(121. ) Hong, roi de Ngo.

(122. ) Kong Ngan-kouo dit assez vaguement que cette localité était au sud de la rivière Han.

(123. ) Cette prononciation est indiquée par Siu Koang.

(124. ) En donnant en fief à son oncle Tch’eng-che la ville de K’iu-ou, le marquis Tchao, de Tsin, prépara la ruine de sa propre maison.

(125. ) Les Tableaux chronologiques rapportent cet événement à l’an 719.

(126. ) Soei était au sud de la préfecture secondaire actuelle de Soei, préfecture de -ngan, province de Hou pei. Les princes de Soei appartenaient au clan Ki.

(127. ) Terme d’humilité. La phrase signifie : « je désire profiter des armes que je possède ».

(128. ) La sépulture du roi Ou passe pour se trouver dans la bourgade de Ko-p’o, à 60 li au nord-ouest de la sous-préfecture actuelle de Sin-ts’ai, préfecture de Jou-ning, province de Ho-nan.

(129. ) Aujourd’hui, sous-préfecture de Kiang-ling, faisant partie de la ville préfectorale de King-tcheou, province de Hou-pei.

(130. ) Cf. tome II, n. 05.263 (dans cette note, la date 687 doit être remplacée par la date 688).

(131. ) Aujourd’hui, préfecture secondaire de Teng, à 120 li au sud-ouest de la ville préfectorale de Nan-yang, province de Ho-nan.

(132. ) Cf. p. 156-157.

(133. ) Le Tso tchoan rapporte la mort du roi Wen à la 19e année du duc Tchoang (675) et le fait ainsi régner quinze ans.

(134. ) Cf. n. 32.163. .

(135. ) Cette principauté était à 12 li à l’ouest de l’ancienne sous-préfecture de Ting-tch’eng, préfecture secondaire de Koang, province de Ho-nan. Les princes de Hoang appartenaient au clan Yng. — Les Tableaux chronologiques et le Tso tchoan rapportent l’expédition contre Hoang à l’année 649.

(136. ) D’après Tchang Cheou-tsie, la principauté de Yng est identique à la principauté de Lao, laquelle correspond à la sous-préfecture actuelle de Kou-che, préfecture secondaire de Koang, province de Ho-nan. Il est à remarquer cependant que le Tso tchoan rapporte à l’année 622 la destruction de la principauté de Leao par le roi de Tch’ou.

(137. ) C’était le lieu où s’étaient réunis les seigneurs. Yu se trouvait dans le pays de Song, sur le territoire de la préfecture secondaire actuelle de Soei, préfecture de Koei-, province de Ho-nan.

(138. ) Cf. n. 38.180. .

(139. ) En 634, d’après le Tch’oen ts’ieou.

(140. ) A 26 li à l’est de la sous-préfecture de Tong-ngo, préfecture de T’ai-ngan, province de Chan-tong.

(141. ) A 3 li au sud-ouest de la préfecture secondaire de Koei, préfecture de I-tch’ang, province de Hou-pei. Les princes de Koei étaient de la famille des rois de Tch’ou et auraient dû sacrifier à leurs ancêtres communs Tchou-yong et Yu-hiong.

(142. ) Devenu duc de Tsin.

(143. ) En 632, d’après le Tso tchoan. Cf. p. 302 et tome II, n. 05.218.

(144. ) Citation du Tso tchoan : 1e année du duc Wen.

(145. ) En d’autres termes, vous avez le temps et l’occasion de modifier votre choix.

(146. ) Les pattes d’ours étaient un plat dont la cuisson était fort longue ; le roi Tch’eng espérait ainsi gagner du temps et permettre aux secours d’arriver.

(147. ) A 80 li au sud-ouest de la sous-préfecture de Si, préfecture secondaire de Koang, province de Ho-nan.

(148. ) Cf. tome I, n. 02.300.

(149. ) Au nord-est de la sous-préfecture de Kou-che, préfecture secondaire de Koang, province de Ho-nan.

(150. ) Dans le chapitre CXXVI des Mémoires historiques, on retrouve cette anecdote, mais les interlocuteurs sont le roi Wei, de Ts’i, et Tch’oen-yu K’oen.

(151. ) Yong était une principauté qui dépendait de Tch’ou ; elle correspondait aux sous-préfectures actuelles de Tchou-chan de Tchou-k’i , dans la préfecture de Yun-yang, province de Hou-pei.

(152. ) En 607, d’après le Tso tchoan.

(153. ) Cf. tome I, n. 04.480. Le nom de clan de cette tribu était Kiang ; cf. Tso tchoan, 14e année du duc Siang.

(154. ) Cf. tome I, n. 04.482.

(155. ) Cf. tome I, n. 04.481.

(156. ) La pertuisane était une arme dont l’extrémité avait la forme d’une pointe au milieu de deux crocs. A la guerre, c’étaient naturellement les crocs qui se brisaient le plus aisément ; l’arme ainsi mutilée avait perdu de son efficacité mais pouvait encore servir. Le roi de Tch’ou, qui se vante de sa puissance militaire, déclare que, même avec des pertuisanes ayant perdu leurs crocs, il se fait fort de s’emparer des neuf trépieds des Tcheou ; c’était engager Wang Suen-man à les lui livrer de bonne grâce ; le roi ne s’était d’ailleurs informé des dimensions et du poids des trépieds que pour obtenir qu’on les lui remît.

(157. ) L’expression [][] désigne ici le roi de Tch’ou ; on retrouve cette expression s’appliquant au roi de Ou dans le Li ki, chap. T’an kong, trad. Couvreur, I, p. 219. Dans une ode du Che king, au contraire (cf. Legge, C. C., vol. IV, p. 306), les mots [][] ont chacun une valeur propre et désignent, le premier les princes feudataires, le second le Fils du Ciel.

(158. ) Citation du Tso tchoan : 3e année du duc Siuen.

(159. ) Yu n’est autre que Choen ; Hia désigne ici Yu le Grand, fondateur de la dynastie Hia.

(160. ) C’est-à-dire qu’elles envoyèrent à la cour des ambassadeurs porteurs de tribut.

(161. ) Les neuf pasteurs de peuples, c’est-à-dire les chefs des neuf provinces, offrirent en tribut du métal avec lequel on fondit les neuf trépieds.

(162. ) Cette phrase mal comprise paraît avoir été l’origine de la croyance que les neuf trépieds présentaient sur leurs flancs des cartes géographiques des neuf provinces ; Legge a montré que cette légende était sans aucun fondement (C. C., vol. III, prol., p. 67) ; il est regrettable que Richthofen (China, vol. I, p. 368-369) ne se soit pas rangé à son opinion.

(163. ) Les mots lourd et léger donnent à entendre qu’il est difficile dans le premier cas, facile dans le second, de transporter les trépieds. Ainsi, quand une dynastie est vertueuse, les trépieds sont lourds, c’est-à-dire qu’il serait difficile de faire passer à une autre famille ce palladium du pouvoir ; au contraire, la perversité du souverain rendra les trépieds légers, car il sera facile à un prince juste de s’en emparer. On voit par là quel était le sens caché de la demande du roi de Tch’ou ; en s’enquérant si les trépieds étaient lourds ou légers, il mettait en doute le droit de la dynastie Tcheou à les conserver et se proposait lui-même pour en recevoir le dépôt.

(164. ) C’est l’ancienne ville de Ho-nan, à l’ouest de la sous-préfecture de Lo-yang, qui fait partie de la ville préfectorale de Ho-nan.

Errata : Dans son édition du Tchou chou ki nien (à la date de la 14e année du roi Tch’eng), Tch’en Fong-heng a discuté la question assez obscure des deux villes voisines l’une de l’autre qui occupaient l’emplacement de l’actuel Ho-nan fou ; il arrive aux conclusions suivantes : A l’ouest de la rivière Tch’an, se trouvait Lo-i appelée aussi Wang-tch’eng (la ville royale) et Kia-jou. A l’est de cette même rivière était Tch’eng-tcheou, appelée aussi Tong-tou et Hia-tou. — En 770, lorsque le roi P’ing se transporta dans l’Est à Lo-i et fixa sa capitale à Wang-tch’eng, l’ancienne capitale, Hao (dans le Chàn-si), fut connue sous le nom de Tcheou occidental, tandis que Lo-i devenait le Tcheou oriental ; mais ce n’est pas à dire que le roi P’ing ait eu sa capitale à Tong-tou. — D’autre part, après les troubles qui signalèrent le règne du roi King (544-520), son fils et successeur, le roi King (519-477), résida à Tch’eng-tcheou, tandis que le prince Tchao régna à Wang-tch’eng. C’est à partir de ce moment qu’il y eut deux Tcheou, le Tcheou oriental qui était Tch’eng-tcheou, et le Tcheou occidental qui était Wang-tch’eng. Cf. tome I, n. 04.497, où les explications données sont quelque peu différentes.

(165. ) Jo-ngao est le nom de famille de ce personnage ; le Tso tchoan l’appelle, de son nom personnel, Tse-yue Tsiao ; cf. Tso tchoan, 4e année du duc Siuen, où ces événements sont racontés avec plus de détails.

(166. ) Cette principauté était aussi appelée Chou-leao, mais il ne faut pas la confondre avec la principauté de Leao dont il a été question plus haut (cf. p. 350, n. 3) ; elle se trouvait sur le territoire de la sous-préfecture de Lu-kiang, préfecture de Lu-kiang, province de Ngan-hoei (H. T. K. K., chap. CCLIII, p. 19 r°).

(167. ) Cf. p. 176-177 et Tso tchoan, 11e année du duc Siuen.

(168. ) Nom d’une des portes de la ville ; la capitale de Tcheng était la sous-préfecture actuelle de Sin-tcheng, préfecture de K’ai-fong, province de Ho-nan.

(169. ) Citation du Tso tchoan : 12e année du duc Siuen.

(170. ) Littéralement : « Si vous me faites riverain de la mer du Sud ».

(171. ) Le texte est ici notablement différent de celui du Tso tchoan et nécessite une autre traduction.

(172. ) Le duc Hoan (806-771) et le duc Ou (770-744) sont les deux premiers princes de Tcheng ; le duc Hoan était un fils cadet du roi Li et un frère cadet du roi Siuan, de la dynastie Tcheou. Les rois Li et Siuen et les ducs Hoan et Ou peuvent donc être considérés comme les ancêtres de la maison princière de Tcheng.

(173. ) Littéralement : « mon ventre et mon cœur ».

(174. ) Grand officier de Tch’ou.

(175. ) Frère cadet du comte de Tcheng.

(176. ) Heng-yong était une ville du pays de Tcheng, à 5 li au nord-ouest de la sous-préfecture actuelle de Yuen-ou, préfecture de Hoai-k’ing, province de Ho-nan.

(177. ) Cf. n. 39.319. .

(178. ) Le Tso tchoan appelle ce personnage Kou Yang.

(179. ) D’après le Tso tchoan (16e année du duc Tch’eng), Tse-fan se suicida ; cf. p. 324.

(180. ) Ou Kiu était un officier de Tch’ou, adjoint à l’ambassadeur ; avant de partir, il demanda qui devait être annoncé comme le successeur de Kia-ngao ; à la réponse dépourvue d’artifices que lui fit le kong-tse Wei, il substitua, lorsqu’il eut à s’acquitter de sa mission, une phrase diplomatique qui indiquait les droits du kong-tse Wei à monter sur le trône.

(181. ) Cf. tome II, n. 05.263.

(182. ) Ce personnage est appelé Tsiao Kiu dans le Tso tchoan.

(183. ) Citation du Tso tchoan : 4e année du duc Tchao.

(184. ) K’i est le fils et le successeur de Yu le Grand, fondateur de la dynastie Hia. Kiun-t’ai est aujourd’hui la préfecture secondaire de Yu, préfecture de K’ai-fong, province de Ho-nan. La préfecture secondaire de Yu s’appelait autrefois Kiun, nom qui rappelait celui de Kiun-t’ai ; le nom de Kiun fut changé contre celui de Yu en 1575 de notre ère, pour éviter l’emploi d’un caractère frappé de tabou (H. T. K, K., chap. CCLIV, p. 13 v°).

(185. ) King po signifie proprement la ville de Po qui est près de la montagne King ; cette montagne King est mentionnée dans le Che king, odes sacrificatoires des Chang, ode 5, strophe 6. La ville de Po, près de la montagne King, est aussi appelée le Po occidental elle correspond à la sous-préfecture actuelle de Yen-che, préfecture et province de Ho-nan (H. T. K. K., chap. CCLIV, p. 14 r° ; — il serait donc inexact d’identifier King-po avec le Po septentrional, comme nous l’avons fait dans le tome I, p. 176, n. 3).

(186. ) Cf. tome I, p. 224 et suiv.

(187. ) Cf. tome I, n. 02.210, ad fin.

(188. ) Le palais de Fong était à 35 li, suivant les uns, à 5 li, suivant les autres, à l’est de la sous-préfecture de Hou, préfecture de Si-ngan, province de Chàn-si.

(189. ) A 8 li au sud-est de la sous-préfecture de Hoai-yuen préfecture de Fong-yang, province de Ngan-hoei.

(190. ) Cf. tome II, n. 05.185.

(191. ) Cf. tome I, n. 04.477.

(192. ) D’après le Tch’oen ts’ieou (4e année du duc Tchao), le prince de Song se fit représenter à la réunion de Chen par son héritier présomptif.

(193. ) Cf. n. 180.

(194. ) Dernier souverain de la dynastie Hia.

(195. ) Jeng est le nom d’une principauté dont l’emplacement est indéterminé.

(196. ) La principauté de Min est vraisemblablement celle dont parle le Tso tchoan, dans la 23e année du duc Hi, et qui se trouvait à 30 li au nord-est de la sous-préfecture de Kin-hiang, préfecture secondaire de Tsi-ning, province de Chan-tong.

(197. ) Dernier souverain de la dynastie Yn.

(198. ) Li était une principauté des I orientaux ; ses princes appartenaient au clan Tse.

(199. ) Le T’ai-che est la cime principale de la montagne Song-kao ; cf. tome III, n. 28.112 et p. 440, ligne 16.

(200. ) Cf. n. 31.122. .

(201. ) K’ing Fong avait pris le parti de Ts’oei Tchou lorsque celui-ci avait assassiné le duc Tchoang, de Ts’i ; cf. p. 71 et suiv.

(202. ) Yun, ou Kia-ngao, était le fils du duc K’ang, lequel était le frère aîné du kong-tse Wei ; on a vu comment le kong-tse Wei assassina son neveu et devint le roi Ling ; cf. p. 357.

(203. ) Cf. Tso tchoan, 4e année du duc Tchao ; Legge, C. C., vol. V, p. 598, 1e colonne.

(204. ) A 60 li au nord de la sous-préfecture de Kien-li, préfecture de King-tcheou, province de Hou-pei. — Le Tso tchoan rapporte l’achèvement de la terrasse Tchang-hoa à l’année 535.

(205. ) Près de la préfecture secondaire de Se, province de Ngan-hoei.

(206. ) Cf. n. 31.166. . D’après les Tableaux chronologiques, le roi Ling se serait arrêté deux fois à Kan-k’i, une fois en 536 et une autre fois en 530.

(207. ) Les objets précieux qui furent donnés aux princes de Tsin, Lou et Wei sont énumérés dans le Tso tchoan, 4e année du duc Ting.

(208. ) Citation du Tso tchoan : 12e année du duc Tchao.

(209. ) Cf. tome I, n. 02.173.

(210. ) [css : note abrégée, les caractères chinois étant indispensables à sa compréhension] … l’expression [][] désignerait alors un char fait avec des branchages. Si on adopte cette manière de voir, il faut traduire : « avec un char fait de branchages et des vêtements en haillons, il demeurait dans la jungle ».

(211. ) Ce sens de l’expression [][] … est indiqué par les commentateurs, mais ne semble guère pouvoir être dérivé du sens propre de ces caractères.

(212. ) Le mot [] désigne l’action de marcher à travers de hautes herbes ; le mot [] désigne l’action de marcher dans l’eau.

(213. ) Le pays de Tch’ou était si pauvre que le roi Hiong-i n’avait besoin que d’un arc et de flèches de fabrication grossière ; il s’en servait pour écarter les êtres malfaisants et c’était à cela que se bornaient ses devoirs de roi.

(214. ) La mère du roi Tch’eng était la fille de T’ai-kong ; Lu Ki, fils de T’ai-kong, et prince de Ts’i, était donc l’oncle maternel du roi Tch’eng.

(215. ) Le puîné Yu, prince de T’ang, qui est l’ancêtre des princes de Tsin, était le frère cadet du roi Tch’eng. Le duc de Tcheou, ancêtre des princes de Lou, et le puîné prince de Wei étaient tous deux des frères cadets du roi Ou.

(216. ) Koen-ou passe pour avoir été l’aîné des six frères dont Ki-lien, ancêtre des princes de Tch’ou, est le cadet (cf. p. 338-339). Il peut donc être appelé l’oncle aîné (c’est-à-dire l’oncle plus âgé que le père) des princes de Tch’ou.

(217. ) Cf. n. 106.

(218. ) La ville du Pou-lang occidental était au sud-est de la sous-préfecture de Siang-tch’eng, dans la province de Ho-nan ; la ville du Pou-lang oriental était au nord de la sous-préfecture de Ou-yang, préfecture de Nan-yang, province de Ho-nan (H. T. K. K., chap. CCLIV, p. 18 r°). Le texte du Tso tchoan prouve qu’il est ici question des deux villes de Pou-lang, et non d’une seule.

(219. ) Cf. tome II, n. 05.263.

(220. ) On se rappelle que K’i-tsi avait alors le titre de duc de Ts’ai ; cf. p. 360, ligne 15. Koan Ts’ong fait donc croire au kong-tse Pi que son frère K’i-tsi réclame son secours pour attaquer, avec les troupes de Ou et de Yue, la population de Ts’ai révoltée contre son autorité.

(221. ) Aujourd’hui, sous-préfecture de Yen-tch’eng, préfecture de Hiu-tcheou, province de Ho-nan. — L’objet de cette convention était de promettre l’appui des gens de Ts’ai au prince Pi et au prince K’i-tsi pour les aider à détrôner leur frère le roi Ling, ; de leur côté, les deux princes s’engageaient, s’ils réussissaient, à rendre son indépendance au royaume de Ts’ai. Cf. Tso tchoan, 13e année du duc Tchao.

(222. ) Citation du Tso tchoan  : 13e année du duc Tchao.

(223. ) Le roi Ling navigua sur la rivière Hia, autre nom de la rivière Han qui se jette dans le Yang-tse-kiang à Han-k’eou cf. H. T. K. K., chap. CCLIV, p. 14 v° et 19 v°.

(224. ) Yen, qu’on appela plus tard Yen-yng, était dès cette époque la capitale secondaire du pays de Tch’ou. C’est aujourd’hui la sous-préfecture de I-tch’eng, préfecture de Siang-yang, province de Hou-pei.

(225. ) L’expression se retrouve, avec l’orthographe, dans Tchoang-tse, chap. Ta tsong che, p. 15 r° ; Legge, S. B. E., vol. XXXIX, p. 252, la traduit par le mot « vaguely », qui implique l’idée de vaguer à l’aventure.

(226. ) … L’expression kiuen jen est identique à l’expression moderne tchong jen ( = homme du palais) ; en effet (ceux qui étaient ainsi appelés) s’acquittaient de la tâche de nettoyer et de balayer la cour principale et les escaliers ; c’est pourquoi on les appelait tchong kiuen ».

(227. ) Yu est le nom d’une plante ; ce nom de plante avait été pris pour désigner une fonction, mais on n’en sait pas la raison ; cf. commentaire du Tso tchoan, 7e année du duc Tchao.

(228. ) Cf. Tso tchoan, 7e année du duc Tchao.

(229. ) On sait que la coutume d’immoler des femmes et des serviteurs sur la tombe d’un prince a été longtemps en usage en Chine.

(230. ) Ce personnage s’appelait Teou Tch’eng-jan ; mais, comme il avait en apanage la ville de Wan, Wan devint son nom de famille. Cf. Dictionnaire de K’ang-hi.

(231. ) Avec la leçon du Tso tchoan, il faudrait traduire : « Les gens du pays ont tué le se-ma de Votre Altesse et vont arriver ». K’i-tsi, qui avait le titre de se-ma, aurait donc fait dire faussement, pour effrayer le roi, qu’il avait été massacré par la multitude.

(232. ) Le marquis de T’ang, le vicomte de P’an, le se-ma Tou, le hiao-yn Ou et le ling-yn Hi. Cf. Tso tchoan, 12e année du duc Tchao ; Legge, C. C., vol. V, p. 640, 2e colonne.

(233. ) Cf. Tso tchoan, 13e année du duc Tchao.

(234. ) Une de ses concubines.

(235. ) La demeure dont il est ici question est le [], c’est-à-dire le temple ancestral.

(236. ) En se prosternant deux fois au-dessus de l’endroit où était enterré l’anneau de jade.

(237. ) Cf. Tso tchoan, 13e année du duc Tchao.

(238. ) Le prince Pi était revenu du pays de Tsin pour s’entendre avec K’i-tsi sur les moyens de détrôner le roi Ling. Cf. p. 363.

(239. ) Cf. p. 360, ligne 15.

(240. ) La montagne Fang-tch’eng était à 18 li à l’ouest de la sous-préfecture de Ye (ou Che), qui dépend aujourd’hui de la préfecture de Nan-yang, province de Ho-nan.

(241. ) Cf. n. 236.

(242. ) Nom de clan des princes de Tch’ou.

(243. ) Cf. n. 32.140.

(244. ) Cf. p. 283, lignes 3 et suivantes.

(245. ) Tse yu est l’appellation de Tchao Tch’oei ; Tse-fan, celle de Hou Yen.

(246. ) Wei Ou-tse.

(247. ) Cf. n. 36.137. .

(248. ) Littéralement : « d’attendre en ce qui concerne le roi », c’est-à-dire d’espérer la mort du roi.

(249. ) Ou Chang retourne dans le pays de Tch’ou pour tâcher de sauver son père ; si le père meurt, Ou Siu restera pour le venger.

(250. ) Je suis ici la leçon du Che ki luen wen.

(251. ) Ce récit se retrouve, avec une rédaction différente, dans le Tso tchoan, 20e année du duc Tchao.

(252. ) Cf. n. 31.169. . D’après le Tso tchoan (23e année du duc Tchao), la mère de Kien se trouvait à Ki, ville du pays de Ts’ai qui se trouvait sur le territoire de Sin-ts’ai, préfecture de Jou-ning, province de Ho-nan. C’est cette place dont elle aurait ouvert les portes aux soldats de Ou.

(253. ) Sa capitale ; cf. n. 101.

(254. ) Cf. n. 31.171. .

(255. ) Ce paragraphe ne fait que compléter le paragraphe précédent.

(256. ) Appellation de Nang Wa. Cf. p. 22, ligne 11.

(257. ) C’est le Po P’i dont il a été question dans le chapitre sur le royaume de Ou ; voyez plus haut, p. 21, ligne 28.

(258. ) Le mot « trois » est une erreur ; il n’y eut que deux fils de duc, à savoir Tchou-yong et Kai-yu, qui vinrent se réfugier en l’an 515 (et non en l’an 512, comme il est dit ici) dans le pays de Tch’ou. Cf. p. 21, lignes 18 et suiv.

(259. ) Cf. n. 31.182. .

(260. ) Cf. n. 31.176.

(261. ) Cf. n. 31.187. . Le Tso tchoan rapporte cette bataille à l’année 508.

(262. ) Cf. n. 31.188. .

(263. ) Cf. p. 23, lignes 24-27.

(264. ) Le lendemain.

(265. ) Il y avait deux localités appelées Yun-mong ; l’une était située au nord du Yang-tse, sur le territoire de la préfecture de -ngan, province de Hou-pei ; l’autre était au sud du Yang-tse, dans le voisinage de la sous-préfecture actuelle de Tche-kiang. C’est dans le Yun-mong méridional que dut s’enfuir le roi Tchao (H. T. K. K., chap. CCLIV, p. 30 r°).

(266. ) Cf. n. 31.190. .

(267. ) D’après Fou Tien, le père du gouverneur de Yun était ce Wan Tch’eng jan dont il a été question plus haut ; cf. p. 366, lignes 23-24.

(268. ) Le roi Tchao.

(269. ) Cf. tome II, n. 05.271.

(270. ) Les princes de Soei, appartenant au clan Ki, étaient des descendants des Tcheou ; le roi de Ou cherche à exciter leur animosité contre le roi de Tch’ou.

(271. ) Cette localité devait se trouver sur le territoire de la sous-préfecture actuelle de T’ong-pe, préfecture de Nan-yang, province de Ho-nan.

(272. ) Cf. n. 31.192. .

(273. ) D’après le Kouo ti tche, la principauté de T’ang était à 150 li au sud-est de la sous-préfecture de Tsao-yang, préfecture de Siang-yang, province de Hou pei. Cf. cependant n. 31.188. , l’identification proposée par Kiang Yong dans ses Recherches sur la géographie du Tch’oen-ts’ieou (H, T. K. K., chap. CCLIII, p. 20 v°). Les princes de T’ang appartenaient au clan Ki.

(274. ) Cf. n. 31.193. .

(275. ) Cf. n. 31.194. et n. 101.

(276. ) A 50 li au nord de la sous-préfecture de Hiang-tch’eng, préfecture secondaire de Tch’en, province de Ho-nan. Les princes de Toen appartenaient au clan Ki.

(277. ) Sur le territoire de la sous-préfecture actuelle de Yen-tch’eng, préfecture secondaire de Hiu, province de Ho-nan.

(277. e) Cf. tome II, p. 473 et tome II, p. 454.

(278. ) Le Fleuve Jaune.

(279. ) Toute cette anecdote est racontée avec plus de détails dans le Tso tchoan, 7e année du duc Ngai.

(280. ) Afin de prévenir les troubles qui auraient pu s’élever pendant l’interrègne.

(281. ) Fils du roi Tchao.

(282. ) Cette ville de Tch’ao n’est autre que la ville de Kiu-tch’ao dont il a été question plus haut ; cf. n. 31.169. .

(283. ) Des indications du Kouo ti tche, il résulte que la ville de Po devait se trouver dans le voisinage de la sous-préfecture actuelle de Si, préfecture secondaire de Koang, province de Ho-nan.

Sur le sens de « gouverneur » qu’il faut attribuer au mot [] dans la titulature du pays de Tch’ou, cf. tome II, n. 08.136.

(284. ) Parce qu’il voyait lui échapper la vengeance qu’il espérait exercer sur le prince de Tcheng.

(285. ) D’après les Tableaux chronologiques, ces événements se passèrent en l’an 479.

(286. ) La femme du défunt roi Tchao était la mère du roi Hoei.

(287. ) Cf. n. 36.143. .

(288. ) Cf. p. 32.

(289. ) Cf. p. 162.

(290. ) Cf. p. 185.

(291. ) Cf. n. 32.140. .

(292. ) Ce n’est qu’en l’an 403 que les princes de Han, Tchao et Wei furent officiellement mis au rang des seigneurs ; cf. tome I, p. 301, ligne 7.

(293. ) Han, Tchao et Wei.

(294. ) A 35 li au nord-ouest de l’ancienne sous-préfecture de Hia-k’ieou, qui était elle-même à 25 li à l’ouest de la sous-préfecture actuelle de Tse-yang, préfecture de Yen-tcheou, province de Chan-tong.

(295. ) D’après les annotations critiques de l’édition de K’ien-long, il y aurait ici une erreur et, au lieu de Tcheou, il faudrait lire Tcheng.

(296. ) Cf. tome V, n. 45.119.

(297. ) La passe de Yu devait se trouver à l’ouest de Ta-leang, qui est aujourd’hui la ville préfectorale de K’ai-fong, dans le Ho-nan.

(298. ) Cette localité est identifiée par Tchang Cheou-tsie avec l’ancienne sous-préfecture de Song-tse, qui était à 50 li au nord de la sous-préfecture actuelle de Sou-song, préfecture de Nan-k’ing, province de Ngan-hoei.

(299. ) Cette passe était sur le territoire de l’ancienne sous-préfecture de Yu-fou, qui était au nord-est de la ville préfectorale actuelle de K’oei-tcheou, province de Se-tch’oan.

(300. ) Aujourd’hui, sous-préfecture de Lou-chan, préfecture secondaire de Jou, province de Ho-nan.

(301. ) La biographie de Wei Yang, prince de Chang, se trouve dans le chapitre LXVIII des Mémoires historiques. On y lit que Wei Yang reçut en apanage quinze places parmi lesquelles celles de Yu et de Chang. Yu était à 7 li à l’est de la sous-préfecture actuelle de Nei-hiang, préfecture de Nan-yang, province de Ho-nan ; Chang était à 85 ou à 89 li à l’est de la préfecture secondaire de Chang, province de Chàn-si.

(302. ) Cf. Mém. hist., chap. LXXV.

(303. ) Cette ville de Siu-tcheou ne doit pas être confondue avec celle qui est mentionnée dans le Tso tchoan sous le nom de Chou-tcheou (cf. n. 32.273. et H. T. K. K., chap. CCLIV, p. 38 r° et v°). La ville dont il est ici question correspond à la ville de Sie, qui est au sud-est de la sous-préfecture de Teng, préfecture de Yen-tcheou, province de Chan-tong.

(304. ) A 30 li au sud-ouest de la sous-préfecture actuelle de Sin-tcheng, préfecture de K’ai-fong, province de Ho-nan.

(305. ) Aujourd’hui, sous-préfecture de Siang-ling, préfecture de P’ing-yang, province de Chan-si.

(305. e) Errata. Tout ce passage est inspiré du Tchan kouo ts’e (chap. IX, p. 2 r° ; section de Ts’i).

(306. ) Cf. tome II, n. 05.357. Cependant la note à laquelle nous renvoyons le lecteur, note fondée sur le commentaire du T’ong kien kang mou (46e année du roi Hien) est peut-être inexacte, car, ici, Siu Koang dit que Ye-sang se trouvait entre Leang-yu et P’ong-tch’eng ; je n’ai pas pu déterminer l’emplacement de Leang yu ; mais on sait que P’ong-tch’eng correspond à la ville préfectorale de Siu-tcheou, province de Kiang-sou (cf. tome II, n. 06.289).

(307. ) Wei, Han, Tchao, Tch’ou, Yen et Ts’i.

(308. ) Cf. tome II, n. 06.504.

(309. ) Le roi de Ts’in.

(310. ) Cf. n. 301. Ce territoire avait été donné en apanage à Tchang I lui-même.

(311. ) Il se leva du lit où il feignait depuis trois mois d’être malade.

(312. ) A la cour du roi de Ts’in.

(313. ) C’est-à-dire : une ville importante.

(314. ) A savoir la ville importante que nous aurions dû lui donner ; cf. les annotations critiques de l’édition de K’ien-long.

(315. ) C’est à cette époque qu’il faut, selon toute vraisemblance, rapporter l’inscription des « imprécations de Ts’in contre Tch’ou » ; cf. tome II, p. 544-549.

(316. ) Cf. tome II, n. 05.373.

(317. ) Cf. tome II, n. 08.203.

(318. ) Cf. tome II, n. 05.420.

(319. ) Citation du Tchan Kouo ts’é : section de Tch’ou, 2e partie.

(320. ) Chang-yong était une des préfectures de cette commanderie de Han-tchong qui avait été prise à Tch’ou par le roi de Ts’in en l’an 312. Chang-yong était au sud-est de la sous-préfecture actuelle de Tchou-chan, préfecture de Yun-yang, province de Hou-pei.

(321. ) La biographie de K’iu Yuen, poète et homme d’État, se trouve dans le chapitre LXXXIV des Mémoires historiques.

(322. ) Cf. tome II, n. 05.366.

(323. ) C’en sera fait de l’indépendance de Tch’ou. — Le roi de Ts’i fait craindre au roi de Tch’ou que son alliance avec Ts’in ne rende ce dernier tout-puissant et ne cause en fin de compte la perte même de Tch’ou.

(324. ) La ville de I-yang était à 50 li à l’ouest de la sous-préfecture actuelle de ce nom, préfecture et province de Ho-nan.

(325. ) P’ing-yang et Ou-soei devaient se trouver le premier à l’est et le second à l’ouest de I-yang ; cf. la note précédente. Errata : cette note a été rectifiée dans le tome V, n. 45.162.

(326. ) C’est-à-dire si Han se refusait à servir Ts’in.

(327. ) Cf. tome II, n. 05.384.

(328. ) Cf. tome II, n. 05.472.

(329. ) Cf. tome II, n. 05.509.

(330. ) C’est-à-dire le roi de Ts’in.

(331. ) Cf. tome II, n. 05.390.

(332. ) Cf. n. 320.

(333. ) Cette date est aussi celle qui est indiquée dans les Tableaux chronologiques. Les Annales principales des Ts’in (tome II, p. 79) donment la date de 299 avant J, -C.

(334. ) Cf. tome II, n. 06.296.

(335. ) Cf. tome II, n. 06.233.

(336. ) Cf. tome II, n. 05.454.

(337. ) La commanderie de K’ien-tchong comprenait le territoire de la préfecture de Tch’en-tcheou, dans la province de Hou-nan, et celui de la préfecture secondaire de Yeou-yang, dans la province de Se-tch’oan.

(338. ) C’est-à-dire que le royaume de Tch’ou cessera d’exister.

(339. ) D’après le Tchan kouo ts’é (sur lequel, cf. tome I, Introduction, p. CLII), ce conseiller s’appelait T’ien Wen.

(340. ) Citation du Tchan kouo ts’é : section de Ts’i, 3e partie.

(341. ) C’est-à-dire dans la capitale du pays de Tch’ou. Il s’agit ici de Yeng-yng ; cf. n. 101.

(342. ) Le commentaire du Tchan kouo ts’e explique cette expression en disant que c’était la partie orientale de Tch’ou, la plus voisine de Ts’i, et qu’en outre cette région était plus basse que le reste du pays de Tch’ou.

(343. ) Ts’in, Hou et Wei.

(344. ) Cf. tome II, n. 08.198.

(345. ) Le roi Ou-ling, de Tchao, avait abdiqué le pouvoir en faveur de son fils et on l’appelait « le père du souverain ».

(346. ) Cf. tome I, n. 04.525.

(347. ) Cf. tome II, n. 05.188.

(348. ) Cf. tome II, n. 05.439.

(349. ) Cf. tome II, n. 05.440.

(350. ) Littéralement : « celles des oies sauvages revenant qui étaient en haut ». Le mot « revenant » est l’équivalent de notre expression française « de passage » dans le terme « oiseau de passage ».

(351. ) Le mot long désigne un petit oiseau, disent les commentateurs ; le dictionnaire Koang ya précise davantage et dit que ce mot est synonyme de canard. — Quant au mot lo, il signifie proprement « un filet d’oiseleur » ; on pourrait donc être tenté de traduire : « ce à quoi excelle votre infime sujet, c’est à tirer de l’arc sur les oies sauvages et à prendre au filet les canards » ; mais la suite du texte montre qu’il ne s’agit que du tir à l’arc et l’expression lo long se retrouve plus bas dans des conditions telles qu’elle ne peut guère signifier que « les canards de l’espèce lo ».

(352. ) Littéralement « les trois rois ». On sait que cette expression désigne les trois dynasties Hia, Yn, Tcheou.

(353. ) En d’autres termes, les trois premières dynasties surent s’assurer la possession de la raison et de la vertu ; les cinq hégémons (cf. tome I, n. 00.162) surent dominer les royaumes rivaux.

(354. ) Wei[a] [css : cf tome I, n. 05.168]

(355. ) Wei[b][css : État formé en 403, des débris de celui de Tsin, cf. tome I, n. 05.168].

(356. ) La principauté de Tseou est aujourd’hui la sous-préfecture de ce nom, préfecture de Yen-tcheou, province de Chan-tong.

(357. ) La principauté de Pi (ce mot se prononce ici Pi, et non Fei) correspond à la sous-préfecture actuelle de ce nom, préfecture I-tcheou, province de Chan-tong. Elle ne doit pas être confondue avec la ville de Fei (ce mot se prononce ici Fei) qui est aussi mentionnée dans le Tso tchoan, et qui correspond à la sous-préfecture actuelle de Yu-t’ai, préfecture de Tsi-ning, province de Chan-tong (H. T. K. K., chap. CCLII, p. 2 v° et chap. CCLIII, p. 1 v°).

(358. ) Aujourd’hui sous-préfecture de T’an-tch’eng, préfecture de I-tcheou, province de Chan-tong.

(359. ) Aujourd’hui, préfecture secondaire de P’ei, préfecture de I-tcheou, province de Chan-tong.

(360. ) Les douze royaumes ou principautés qui viennent d’être énumérés.

(361. ) Un conseiller.

(362. ) Un général.

(363. ) K’ai-fong fou.

(364. ) Wei[a].

(365. ) D’après le chapitre Ti li tche du Ts’ien Han chou, le territoire de Chang-ts’ai correspond à l’ancien royaume de Ts’ai ; cf. n. 35.102. . Il appartenait au royaume de Han.

(366. ) D’après le chapitre Kiun houo tche du Heou Han chou, Yu se trouvait dans la commanderie de Tch’en-lieou dont le nom s’est conservé dans celui de la sous-préfecture actuelle de Tch’en-lieou, préfecture de K’ai-fong, province de Ho-nan.

(367. ) Aujourd’hui, sous-préfecture de Ting-t’ao, préfecture de Ts’ao-tcheou, province de Chan-tong.

(368. ) Ce territoire doit vraisemblablement correspondre à celui de l’ancien État de Song ; cf. n. 38.102. .

(369. ) Fang-yu, qui fut une préfecture à l’époque des Han, se trouvait au nord de la sous-préfecture actuelle de Yu-t’ai, préfecture de Tsi-ning, province de Chan-tong.

(370. ) Cf. n. 358.

(371. ) Autre nom du Heng-chan. Le Heng-chan était sur le territoire de l’ancienne sous-préfecture de Heng-yang ( = au sud du Heng), qui est aujourd’hui la sous-préfecture de K’iu-yang, préfecture secondaire de Ting, province de Tche-li.

(372. ) Le mot [], qui signifie proprement la ficelle attachée à la flèche, désigne ici la flèche elle-même.

(373. ) Le royaume de Ts’i.

(374. ) Le mot a ici le sens de « renverser ».

(375. ) Le roi Siuen (455-405 av. J.-C.) avait élevé une grande muraille pour se mettre à l’abri des incursions de Tch’ou ; cette construction partait de la sous-préfecture actuelle de P’ing-yn (préfecture de T’ai-ngan, province de Chan-tong) et, après un parcours de plus de 1000 li, aboutissait à la mer près de la Terrasse Lang-ya ; (cf. tome II, n. 06.261). La géographie Kouo ti tche, citée par Tchang Cheou-tsie, donne du tracé de cette muraille une description qu’il est difficile de suivre sur la carte.

(376. ) Cf. n. 32.140. .

(377. ) Cette colline était à 25 li au nord-ouest de la sous-préfecture de Lin-tse, préfecture de Ts’ing-tcheou, province de Chan-tong.

(378. ) Aujourd’hui, sous-préfecture de Tsi-mo, préfecture de Lai-tcheou, province de Chan-tong.

(379. ) L’expression [] désigne un endroit où des chemins se croisent à angle droit ; on ne sait pas où se trouvait exactement le carrefour dont il est ici question.

(380. ) Les trois royaumes de Ts’i, Tchao et Yen étendront leurs ailes comme des oiseaux blessés.

(381. ) Cf. tome II, p. 537, n° 37.

(382. ) Cf. tome I, n. 02.301.

(383. ) On ne sait pas exactement quelles sont ces douze principautés ; parmi elles devaient se trouver celles de Lou, Tseou, Pi et P’ei.

(384. ) Cf. n. 320 et tome II, n. 05.313.

(385. ) Cf. tome II, n. 08.198.

(386. ) Cf. tome II, n. 08.199.

(387. ) La barrière de Meng était un défilé qui se trouvait sur le territoire de la sous-préfecture de Lo-chan, préfecture de Jou-ning, province de Ho-nan. C’est ce même défilé qui est appelé « le passage étroit de Meng » dans le Tso tchoan (4e année du duc Ting).

(388. ) A l’est de la montagne Hoa ; cf. tome I, n. 02.192.

(389. ) Préfecture de Hoai-k’ing, province de Ho-nan.

(390. ) Il faut entendre par là que Ts’in menaçait la capitale de Tch’ou mais il ne s’en empara qu’en 278, c’est-à-dire trois ans après la date à laquelle est rapporté ce discours.

(391. ) On a vu plus haut (p. 381-382) comment le gouverneur de Po, c’est-à-dire Cheng, fils de l’ex-héritier présomptif Kien, et (p. 376) comment Ou Tse-siu vengèrent tous deux la mort de leurs pères respectifs.

(392. ) L’expression doit désigner l’ensemble des royaumes du Milieu.

(393. ) D’après Siu Koang, le duc Ou était l’arrière-petit-fils du roi Ting et le fils du duc Hoei, des Tcheou occidentaux.

(394. ) En d’autres termes, les trois royaumes de Tch’ou, Ts’i et Han projettent d’enlever aux Tcheou les neuf trépieds, symboles de la puissance souveraine et de les envoyer dans le pays de Tch’ou qui se trouvera par là porté au faîte des honneurs.

(395. ) Le mot [] ne laisse pas que d’être embarrassant ; dans un texte du Ts’ien Han chou (chap. XLIX, p. 8 v°), l’expression [] signifie « ne pas nuire par là au peuple ». Mais ce sens de « nuire » ne convient pas ici ; j’adopte le sens de « dominer sur », tout en reconnaissant qu’il serait difficile de le justifier par d’autres exemples.

(396. ) Le raisonnement est le suivant : Pour avoir chance de succès, il faut être cinq fois plus fort qu’une armée ou dix fois plus fort que la garnison d’une ville ; Han n’a pu vaincre Tsin ; pour remporter la victoire, il aurait dû être au moins cinq fois plus fort qu’il n’était ; cependant Tcheou vaut, à lui seul, vingt royaumes de Tsin. Par conséquent, celui qui prétendrait vaincre Tcheou devrait valoir cent royaumes de Han, puisqu’il faut valoir cinq royaumes de Han pour triompher de Tsin, et vingt royaumes de Tsin pour triompher de Tcheou.

(397. ) Les Tcheou orientaux et occidentaux ; cf. tome I, n. 04.497.

(398. ) Tseou et Lou étaient deux principautés qui respectaient les rites et la justice ; si Tch’ou voue sa haine aux Tcheou et prétend leur enlever les neuf trépieds, Tseou et Lou le détesteront.

(399. ) Ts’i s’était allié à Tch’ou pour attaquer Ts’in, mais non pour comploter contre Tcheou.

(400. ) Cf. tome II, n. 05.384. A la date à laquelle nous rapporte ce texte, le royaume de Han s’était déjà emparé de la plus grande partie du San-tch’oan ; la phrase signifie donc : si vous mettez en péril les Tcheou orientaux et occidentaux pour accroître le territoire de Han.

(401. ) Cf. n. 40.240. . La partie de Tch’ou qui était en dehors, c’est-à-dire au nord-est, de Fang-tch’eng correspond à la préfecture secondaire de Hiu et à la sous-préfecture de Ye, dans la province de Ho-nan. Cette phrase signifie que, lorsque Han sera devenu puissant grâce à l’extension de territoire que Tch’ou lui aura permis de prendre, il sera redoutable pour Tch’ou lui-même et menacera la partie septentrionale de son territoire.

(402. ) Littéralement : « en retranchant ce qui est trop long et en complétant ce qui est trop court ».

(403. ) En d’autres termes, tout l’empire s’armera contre Tch’ou sous le prétexte de venger la maison royale des Tcheou.

(404. ) Les neuf trépieds.

(405. ) Lorsque Tch’ou se sera emparé des trépieds sacrés, chaque prince voudra le dépouiller à son tour et ne craindra pas de renverser sa souveraineté usurpée.

(406. ) Le prince de Han est le seul qui soit disposé à laisser Tch’ou se saisir des trépieds ; tout le reste de l’empire entrera en lutte avec lui.

(407. ) Ses dents et ses griffes lui permettent de se bien défendre.

(408. ) En d’autres termes, si Tch’ou attaque les Tcheou dont les dépouilles n’ont que bien peu de valeur, à combien plus forte raison les autres princes attaqueront-ils Tch’ou qui se défendrait moins vaillamment et qui serait une riche proie.

(409. ) Cette expression désigne les trépieds qui avaient chacun trois pieds et six oreilles.

(410. ) Cf. n. 320.

(411. ) Tchang Cheou-tsie dit : Cela signifie qu’il détacha les trois arrondissements de Fang (aujourd’hui, sous-préfecture de Fang, préfecture de Yun-yang, province de Hou-pei), de Kin (aujourd’hui, sous-préfecture de Ngan-k’ang, préfecture de Hing-ngan, province de Chàn-si), et de Kiun (aujourd’hui, sous-préfecture de Kiun, préfecture de Siang-yang, province de Hou-pei), ainsi que le terriroire au nord de la rivière Han, et les donna à Ts’in.

(412. ) Près de la sous-préfecture actuelle de Hoang-kang, préfecture de Hoang-tcheou, province de Hou-pei.

(413. ) C’est à partir de ce moment que le roi de Tch’ou transféra sa capitale à Tch’en. Cf. n. 101.

(414. ) La sépulture de I, ou Ming, était ainsi nommée parce qu’elle était au sud-est de la montagne I ; cette localité fut, sous les T’ang, la sous-préfecture de I-ling, qui se trouvait au nord-ouest de la sous-préfecture de Tong-hou, préfecture d’I-tch’ang, province de Hou pei.

(415. ) Cf. n. 337.

(416. ) D’après le Tchan kouo ts’é, les événements auraient été tout autres : les royaumes de Ts’i, Han et Wei ayant attaqué ensemble Yen, le roi de Yen envoya son héritier présomptif demander l’aide de Tch’ou ; le roi de Tch’ou chargea un de ses généraux de le secourir.

(417. ) Comme on le verra plus tard, ce tso-t’ou n’était autre que Hoang Hie, qui eut plus tard le titre de prince de Tcho’en-chen ; la biographie de ce personnage se trouve dans le chapitre LXXVIII des Mémoires historiques.

(418. ) D’après Siu Koang, la localité de Tcheou serait identique à l’ancienne sous-préfecture de Tcheou-ling, qui était au sud-est de la préfecture secondaire de Mien-yang, préfecture de Han-yang, province de Hou-pei.

(419. ) Cf. tome II, n. 05.481. La date de 257 est aussi celle qui est indiquée par les Tableaux chronologiques.

(420. ) Sin-tchong était une ville du pays de Tchao ; d’après Tchang Cheou-tsie, elle est identique à la ville de Ngan-yang, qui est aujourd’hui la sous-préfecture de ce nom, faisant partie de la cité préfectorale de Tchang-, province de Ho-nan.

(421. ) Cf. n. 417.

(422. ) Le futur Ts’in Che-hoang-ti s’appelait Tcheng de son nom personnel ; son nom de famille était Tchao, parce qu’il était né dans le pays de Tchao ; cf. tome II, p. 100, ligne 7.

(423. ) Cf. n. 101, ad fin.

(424. ) Wei [a] [cf. tome I, n. 05.168].

(425. ) Cf. tome II, n. 08.131.

(426. ) Cf. p. 358.

(427. ) Cf. p. 360.

(428. ) Cf. n. 204.

(429. ) Cf. p. 361-362.

(430. ) Cf. p. 366.

(431. ) K’i-tsi prit pour lui la fille de Ts’in qui était destinée à son héritier présomptif ; cf. p. 371.