Mémoires historiques/46

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Maisons héréditaires
Seizième maison
T'ien King Tchong Wan

CHAPITRE XLVI (101)

Seizième maison héréditaire

T'ien King Tchong Wan (102).


p.224 Tch’en Wan (103) était le fils de T’o, duc Li, de Tch’en. A la naissance de Wan (705) le grand astrologue des Tcheou ayant passé par (le pays de) Tch’en, le duc Li, de Tch’en, p.225 le chargea de consulter les sorts au sujet de Wan ; dans les hexagrammes il obtint koan combiné à p’i :

— Cela donne : Contempler l’éclat d’un royaume. Il est avantageux d’être un hôte auprès d’un roi. Cela signifie que cet (enfant), au lieu de Tch’en, aura un royaume ; ce ne sera pas ici, mais dans un royaume étranger ; ce ne sera pas à cet (enfant) en personne, mais c’est à ses descendants (qu’écherra ce royaume). Quant au fait que ce sera dans un royaume étranger, ce sera certainement (dans un royaume dont) le nom de clan est Kiang ; le clan Kiang est celui des descendants (du chef) des quatre montagnes. Il n’est rien qui puisse être grand en deux endroits à la fois ; quand Tch’en tombera en décadence, c’est alors que celui-ci deviendra florissant (104).

Le duc Li était le fils cadet du duc Wen, de Tch’en ; sa mère était une fille (du prince) de Ts’ai (105). A la mort du duc Wen (745), Pao, frère aîné du duc Li, prit le pouvoir ; ce fut le duc Hoan. Le duc Hoan était né d’une autre mère que T’o ; aussi, lorsque le duc Hoan tomba malade, les gens de Ts’ai, agissant en faveur de T’o, tuèrent Pao, duc Hoan (707), ainsi que l’héritier présomptif Mien, et mirent ainsi sur le trône T’o qui fut le duc Li (106). Quand le duc Li fut monté sur le trône, il épousa une fille (du prince) de Ts’ai ; cette fille de Ts’ai se livrait à la débauche avec des gens de Ts’ai et retourna plusieurs fois (dans son pays) ; le duc Li, lui aussi, se rendit à plusieurs reprises dans le pays de Ts’ai. Lin, fils cadet du p.226 duc Hoan, était irrité de ce que le duc Li avait fait périr son père et son frère aîné : il invita donc des gens de Ts’ai à attirer le duc Li dans une embûche et à le tuer (700). Lin s’empara alors du pouvoir ; ce fut le duc Tchoang. C’est ainsi que Tch’en Wan ne put pas monter sur le trône ; il devint un grand officier (ta-fou) du pays de Tch’en. Quand le duc Li fut mis à mort, il était sorti de son royaume pour se livrer à la débauche ; c’est pourquoi le Tch’oen-ts’ieou dit :

— Les gens de Ts’ai tuèrent Tch’en T’o.

Ainsi il l’incrimine (107).

A la mort du duc Tchoang (693), on mit sur le trône son frère cadet Tch’ou-kieou qui fut le duc Siuen. La onzième année (682) (108) de son règne, le duc Siuen tua son héritier présomptif Yu-k’eou ; Yu-k’eou était l’ami de Wan ; craignant donc que le malheur l’atteignît lui-même, Wan s’enfuit dans le pays de Ts’i (109). Le duc Hoan, p.227 de Ts’i, voulut le nommer haut dignitaire ; il refusa en disant :

— Moi, qui suis un hôte étranger retenu (en ce lieu), si, par bonheur, j’ai pu éviter d’être accablé (par mes ennemis), c’est grâce à la bienveillance de Votre Altesse ; mais je ne saurais remplir un poste élevé.

Le duc Hoan le nomma directeur des artisans. I-tchong, (du pays) de Ts’i voulut donner (sa fille) en mariage à Wan ; il consulta les sorts à ce sujet ; l’oracle fut :

« Cela signifie :

Le phénix mâle et le phénix femelle volent ensemble ;

Ils chantent harmonieusement avec un son semblable à celui du jade (110).

« Le descendant de la famille Koei sera nourri dans la famille Kiang (111). A la cinquième génération il sera florissant et il aura le rang d’un haut dignitaire de première catégorie. Après la huitième génération, personne ne sera aussi grand que lui (112).

En définitive (I-tchong) donna en mariage sa fille à Wan. — Quand Wan s’enfuit à Ts’i, c’était la quatorzième année (672) du duc Hoan, de Ts’i. Wan mourut ; son nom posthume fut King-tchong. Il engendra Tche Mong-i (113). Quand King-tchong fut entré p.228 dans le pays de Ts’i, il changea le caractère de son nom de famille Tch’en en T’ien (114).

T’ien Tche Mong-i engendra (T’ien) Min Mong-tchoang. — T’ien Min Mong-tchoang engendra (T’ien) Wen-tse Siu-ou ; T’ien Wen-tse servit le duc Tchoang, de Ts’i. — Un grand officier (du pays) de Ts’in, nommé Loan Yng (115), ayant suscité des troubles dans (le royaume de) Tsin, vint se réfugier (551) dans (le pays) de Ts’i ; le duc Tchoang, de Ts’i, le traita en hôte de distinction ; Yen Yng (116), et T’ien Wen-tse l’en blâmèrent, mais le duc Tchoang ne les écouta pas. — (T’ien) Wen-tse mourut ; il avait engendré (T’ien) Hoan-tse Ou-yu.

T’ien Hoan-tse Ou-yu fut un homme fort ; il servit le duc Tchoang, de Ts’i, et fut en grande faveur auprès de lui. Ou-yu mourut ; il avait engendré (T’ien) Ou-tse Kai et T’ien Hi-tse K’i.

T’ien Hi-tse K’i servit le duc King, de Ts’i, et fut nommé grand officier ; quand il percevait des redevances et des taxes sur le peuple, il les recevait en se servant d’un p.229 petit boisseau ; mais quand il donnait du grain au peuple il employait un grand boisseau ; (ainsi) il répandait secrètement des bienfaits sur le peuple et le duc King ne l’en empêchait pas ; à partir de ce moment, les T’ien gagnèrent le cœur de la foule dans le pays de Ts’i ; les membres de cette famille devinrent de plus en plus puissants et le peuple pensait avec affection à la famille T’ien. Yen-tse (117) adressa plusieurs fois des remontrances à ce sujet au duc King, mais le duc King ne les écouta pas ; plus tard (539), (Yen Yng) ayant été envoyé en mission dans le pays de Tsin, eut avec Chou-Hiang un entretien particulier dans lequel il lui dit :

— Le gouvernement du royaume de Ts’i finira par revenir à la famille T’ien (118).

Après la mort de Yen Yng, les (chefs des familles) Fan et Tchong-hang se révoltèrent contre (le duc de) Tsin (119). (Le duc de) Tsin les ayant attaqués avec vigueur, ils demandèrent du grain à Ts’i (493). T’ien Ki, qui désirait fomenter une rébellion et se créer un parti parmi les seigneurs (120), conseilla donc le duc King en ces termes :

— Fan et Tchong-hang ont à plusieurs reprises bien mérité de Ts’i ; Ts’i ne peut pas se dispenser de les secourir.

(Le duc de) p.230 Ts’i chargea T’ien K’i de les secourir et de leur faire parvenir du grain.

L’héritier présomptif du duc King mourut (490) (121). Après (avoir engendré ce fils), le duc King avait eu une concubine favorite nommée Joei-tse, qui avait enfanté le prince T’ou ; le duc King étant tombé malade, ordonna à ses conseillers Kouo Hoei-tse et Kao Tchao-tse de nommer le prince T’ou héritier présomptif ; quand le duc King fut mort (490), les deux conseillers Kao et Kouo mirent sur le trône T’ou ; ce fut Yen Jou-tse. Cependant T’ien K’i ne fut pas satisfait et voulut mettre sur le trône Yang-cheng, fils de T’o, duc King, car Yang-cheng entretenait depuis longtemps des relations d’amitié avec (T’ien) K’i. Quand Yen Jou-tse était monté sur le trône, Yang-cheng s’était enfui dans le pays de Lou. T’ien K’i feignit d’être un homme dévoué à Kao Tchao-tse et à Kouo Hoei-tse ; chaque fois que l’un d’eux allait à la cour, il prenait la place de celui qui se tenait à côté de lui sur le char et lui disait :

— Au début, les grands officiers ne voulaient pas mettre sur le trône Jou-tse ; après que Jou-tse fut monté sur le trône, vous êtes devenu son conseiller ; les grands officiers se sentent tous en péril et projettent une rébellion.

D’autre part, il trompait les grands officiers en leur disant :

— Kao Tchao-tse est redoutable ; avant qu’il se soit manifesté, prévenez-le.

Les grands officiers suivirent ses conseils. T’ien K’i, Pao Mou et les grands officiers entrèrent en armes dans la demeure ducale pour attaquer Kao Tchao-tse. (Kao) Tchao-tse informé de ce qui se passait, vint avec Kouo Hoei-tse au secours du duc. Les soldats du duc furent battus. Les partisans de T’ien K’i poursuivirent Kouo Hoei-tse qui s’enfuit dans p.231 (la ville de) Kiu (122) ; revenant aussitôt, ils tuèrent Kao Tchao-tse ; Yen Jou-tse (123) s’enfuit dans (le pays de) Lou. T’ien K’i chargea des gens de se rendre dans le pays de Lou pour aller chercher Yang-cheng ; quand Yang-cheng fut arrivé dans (le pays de Ts’i), il se cacha dans la maison de T’ien K’i. T’ien K’i invita les grands officiers en leur disant :

— La mère de (T’ien) Tch’ang (124) va offrir un sacrifice de poisson et de haricots ; faites-moi la faveur de venir vous réunir pour un banquet.

On se réunit pour le banquet chez la famille T’ien ; T’ien K’i avait mis Yang-cheng dans un sac et le plaça au milieu des assistants ; il ouvrit le sac, fit sortir Yang-cheng et dit :

— Celui-ci est le prince de Ts’i.

Les grands officiers le reçurent tous prosternés. Au moment de faire avec eux une convention jurée pour le mettre sur le trône, T’ien K’i dit faussement :

— Moi et Pao Mou avons projeté ensemble de mettre sur le trône Yang-cheng.

Pao Mou, irrité, dit :

— Ô grands officiers, avez-vous oublié l’ordre donné par le duc King ?

Les grands officiers eurent envie de regretter (ce qu’ils avaient fait). Yang-cheng alors, frappant de son front le sol, leur dit :

— Si c’est possible, faites la nomination, sinon, restons-en là.

Pao-Mou, craignant d’attirer sur lui le malheur, reprit alors :

— Vous êtes tous fils du duc King. Pourquoi serait-ce impossible ?

On donna alors le titre de prince à Yang-cheng dans la p.232 maison de T’ien K’i ; ce fut le duc Tao. (Le duc Tao) chargea des gens de transporter Yen Jou-tse à T’ai, puis de tuer Jou-tse T’ou (125). Quand le duc Tao fut monté sur le trône, T’ien K’i fut son conseiller et concentra entre ses mains tout le gouvernement de Ts’i.

La quatrième année (485), T’ien K’i mourut. Son fils, (T’ien) Tch’ang, lui succéda ; ce fut T’ien Tch’eng-tse (126). — Pao Mou, étant en mésintelligence avec le duc Tao, de Ts’i, assassina le duc Tao. Les gens de Ts’i s’entendirent pour mettre sur le trône son fils, Jen ; ce fut le duc Kien. T’ien Tch’ang Tch’eng-tse et K’an Tche (127) furent ensemble conseillers, l’un de gauche, l’autre de droite, et conseillèrent le duc Kien. T’ien Tch’ang haïssait de tout son cœur K’an Tche ; mais K’an Tche jouissait de la faveur du duc Kien ; il était puissant et on ne pouvait l’écarter. Alors T’ien Tch’ang pratiqua de nouveau les moyens de gouvernement de Hi-tse (128) ; il se servait d’un grand boisseau pour donner, d’un petit boisseau pour recevoir. Les gens de Ts’i firent à ce sujet la chanson suivante :

« Quand une vieille femme cueille du millet,

elle p.233 l’apporte à T’ien Tch’eng-tse (129).

Les grands officiers de Ts’i étant venus à la cour, le cocher Yang (130) adressa des remontrances au duc Kien en lui disant :

— T’ien (Tch’ang) et K’an (Tche) ne peuvent rester ensemble : que Votre Altesse choisisse entre eux.

Le prince ne l’écouta pas. — Tse-ouo était un membre de la famille de K’an Tche (131) ; il était sans cesse en inimitié avec T’ien (Tch’ang). Un parent éloigné de T’ien (Tch’ang) nommé T’ien Pao, était au service de Tse-ouo et jouissait de sa faveur ; Tse-ouo lui dit :

— Je veux détruire entièrement l’hostilité des T’ien et remplacer par vous, (T’ien) Pao, le chef de la famille T’ien.

(T’ien) Pao répondit :

— Mes relations de parenté avec T’ien (Tch’ang) sont éloignées.

Il n’accepta pas (cette proposition) ; ensuite, Pao dit à T’ien Tch’ang :

— Tse-ouo se propose d’exterminer la famille T’ien ; si les T’ien ne prennent pas les devants, le malheur fondra sur eux.

Tse-ouo était logé dans le palais ducal ; T’ien Tch’ang et ses trois frères, montés sur des chars, entrèrent dans le palais ducal avec l’intention de tuer Tse-ouo ; Tse-ouo ferma la porte (132). Le duc Kien et sa femme étaient en train de boire sur le belvédère en bois de t’an ; il se disposait à combattre contre T’ien Tch’ang, mais le t’ai-che Tse-yu lui dit :

— T’ien Tch’ang ne se permet point de se révolter ; il se propose de supprimer une chose nuisible (133).

Alors le duc Kien renonça (à la lutte). p.234 T’ien Tch’ang, étant sorti (du palais, apprit que le duc Kien était irrité : il craignit d’être mis à mort et se disposa à s’enfuir au loin. T’ien Tse-hang lui dit :

— L’hésitation est la ruine des entreprises.

Alors T’ien Tch’ang attaqua Tse-ouo ; Tse-ouo, à la tête de ses partisans, combattit contre les T’ien, mais il ne fut pas vainqueur et s’enfuit au loin ; les partisans des T’ien poursuivirent et tuèrent Tse-ouo ainsi que K’an Tche (134). Le duc Kien sortit (de la capitale) et prit la fuite ; les partisans des T’ien poursuivirent le duc Kien et l’arrêtèrent à Siu-tcheou (135). Le duc Kien dit :

— Si j’avais dès le début suivi les conseils de mon cocher Yang, je n’aurais pas été réduit à cette extrémité.

Les partisans des T’ien, craignant que le duc Kien ne montât de nouveau sur le trône et ne les fît périr, tuèrent donc le duc Kien. Le duc Kien était au pouvoir depuis quatre ans quand il fut tué (481).

T’ien Tch’ang mit alors sur le trône Ngao, frère cadet du duc Kien ; ce fut le duc P’ing. Quand le duc P’ing fut monté sur le trône, T’ien Tch’ang devint son conseiller. Après avoir tué le duc Kien, T’ien Tch’ang craignit que les seigneurs ne s’unissent pour le faire périr lui-même ; il rendit donc à Lou et à Wei [b] tous les territoires qui leur avaient été enlevés ; du côté de l’ouest, il conclut des conventions avec les familles Han, I, Yei et Tchao du pays de Tsin ; du côté du sud, il entra en rapport par des ambassades avec Ou et Yue ; il mit en honneur le mérite et distribua des récompenses ; il se montra bon pour le peuple ; par ces moyens, le calme se rétablit dans le pays de Ts’i.

p.235 T’ien Tch’ang dit au duc P’ing, de Ts’i :

— Les bienfaits sont ce que les hommes désirent ; ô prince, occupez-vous en. Les châtiments sont ce que les hommes redoutent ; permettez que ce soit moi qui les applique. 

Quand ils eurent fait ainsi pendant cinq ans, le gouvernement du royaume de Ts’i se trouva pour toutes les affaires entre les mains de T’ien Tch’ang. Alors T’ien Tch’ang extermina Pao, Yen (136), K’an Tche ainsi que ceux qui étaient puissants parmi les membres de la famille ducale. Puis il coupa le territoire de Ts’i, et, à partir de Ngan-p’ing (137), tout ce qui s’étendait vers l’est jusqu’à Lang-ya, il en fit son propre fief ; son fief était plus considérable que les terres dont jouissait le duc P’ing.

T’ien Tch’ang choisit dans le royaume de Ts’i les femmes qui avaient sept pieds de haut ou davantage et en peupla son harem ; son harem comptait une centaine de femmes ; il laissait ses hôtes et ses clients entrer dans son harem ou en sortir, sans y mettre opposition. Quand T’ien Tch’ang mourut, il avait plus de soixante-dix fils.

A la mort de T’ien Tch’ang (138), son fils, (T’ien) p.236 Siang-tse P’an lui succéda et fut conseiller de Ts’i. (T’ien) Tch’ang reçut le nom posthume de Tch’eng-tse. Quand T’ien Siang-tse fut devenu conseiller du duc Siuen, de Ts’i, les trois Tsin (139) tuèrent Tche-po (453) et se partagèrent ses terres. (T’ien) Siang-tse nomma ses frères et ses parents gouverneurs de toutes les villes et places de Ts’i ; il entretint des rapports par ambassadeurs avec les trois Tsin (140) ; il s’apprêtait ainsi à entrer en possession du royaume de Ts’i.

A la mort de T’ien Siang-tse, son fils, (T’ien) Tchoang-tse Po prit le pouvoir. T’ien Tchoang-tse fut le conseiller du duc Siuen, de Ts’i. — La quarante-troisième année (413) du duc Siuen, (Ts’i) attaqua Tsin, détruisit Hoang-tch’eng (141) et assiégea Yang-hou (142). — L’année suivante p.237 (412), il attaqua les villes de Lou (143), Ko (144) et Ngan-ling (145). — L’année suivante (411), il prit une ville (du royaume) de Lou.

A la mort de (T’ien) Tchoang-tse, son fils, (T’ien) T’ai-kong Ho, prit le pouvoir (146). T’ien T’ai-kong fut le conseiller du duc Siuen, de Ts’i. — La quarante-huitième année (408) du duc Siuen, (Ts’i) prit à Lou (la ville de) Tch’eng (147). — L’année suivante (407), le duc Siuen eut une entrevue avec les gens de Tcheng à Si-tch’eng. Il attaqua Wei [b] p.238 et prit la ville de Che-k’ieou (148). — La cinquante et unième année du duc Siuen (405), T’ien Hoei se révolta à (149) Ling-k’ieou (150). — Le duc Siuen mourut (405) ; son fils, Tai, qui fut le duc K’ang monta sur le trône (151). Quand Tai eut été sur le trône pendant quatorze ans (391), comme il se livrait à des excès avec le vin et les femmes, et comme il ne s’occupait pas du gouvernement, p.239 (T’ien) T’ai-kong alors déporta le duc Kang sur le bord de la mer en lui donnant pour apanage une seule ville afin qu’il pût s’acquitter des sacrifices à ses ancêtres.

L’année suivante (390), Lou attaqua P’ing-Lou (152), (ville) de Ts’i. — Trois ans plus tard (387) (153), T’ai-kong eut une entrevue avec le marquis Wen, de Wei, à Tchouo-tse (154) et lui demanda à être seigneur ; le marquis Wen, de Wei, envoya alors des ambassadeurs exposer l’affaire au Fils du Ciel de (la dynastie) Tcheou ainsi qu’aux seigneurs, et leur demander de mettre sur le trône T’ien Ho, conseiller de Ts’i, en en faisant un seigneur. Le Fils du Ciel de (la dynastie) Tcheou y consentit. — La dix-neuvième année (386) du duc K’ang, T’ien Ho prit le pouvoir comme marquis de Ts’i ; il eut son rang marqué auprès de la maison des Tcheou ; on compta les années d’après son règne dont ce fut la première année. — Quand T’ai-kong Ho, marquis de Ts’i, eut été sur le trône pendant deux ans, il mourut (385). Son fils, Ou, qui fut le duc Hoan, prit le pouvoir.

La cinquième année (380) de Ou, duc Hoan, Ts’in et Wei attaquèrent Han ; [(155) Han demanda le secours de Ts’i. Le duc Hoan, de Ts’i, convoqua ses principaux officiers et leur proposa ce sujet de délibération :

— Vaut-il p.240 mieux le secourir tôt ou tard ?]

Tseou Ki (156) dit :

— Le mieux est de ne pas le secourir du tout.

Toan-kan P’ong (157) [dit :

— Si on ne le secourt pas, Han cédera et sera annexé à Wei. Il vaut mieux le secourir.]

T’ien Tch’en-se (158) dit :

— Ils sont fautifs, vos avis, messieurs. Si Ts’in et Wei attaquent Han, (alors) Tch’ou et Tchao ne manqueront pas de le secourir. Ainsi le Ciel livrera Yen à Ts’i (159).

Le duc Hoan approuva ces paroles. Il avertit p.241 donc secrètement (160) l’ambassadeur de Han et le renvoya. Han, pensant qu’il était assuré du secours de Ts’i, engagea les hostilités contre Ts’in et Wei ; Tch’ou et Tchao, l’ayant appris, mirent en effet des soldats en campagne pour venir à son secours. Ts’i en profita pour partir en guerre, attaquer à l’improviste le royaume de Yen et lui prendre (la ville de) Sang-k’ieou (161). — La sixième année (379), (Ts’i) secourut Wei [b]. — Le duc Hoan mourut. Son fils, Yn-ts’i, qui fut le roi Wei, monta sur le trône. — Cette année-là, l’ex-duc Kang, de Ts’i, mourut ; sa lignée s’interrompit et il n’eut pas de descendants. Les places qui lui appartenaient tombèrent toutes entre les mains de la famille T’ien.

La première année (378) du roi Wei, les trois Tsin, profitant du deuil de Ts’i, vinrent attaquer notre (ville de) Ling-k’ieou (162). — La troisième année (376), les trois Tsin anéantirent la descendance de Tsin et se partagèrent ses territoires. — La sixième année (373), Lou p.242 nous attaqua et pénétra dans (la ville de) Yang-koan (163). Ts’in nous attaqua et arriva à Po-ling (164). — La septième année (372), Wei [b] nous attaqua et prit (la ville de) Sie-ling (165). — La neuvième année (370), Tchao nous attaqua et prit (la ville de) Kiuen (166).

Depuis le moment où le roi Wei était monté sur le trône jusqu’à ce jour, il ne s’était pas occupé du gouvernement et avait remis l’administration de l’État aux p.243 hauts dignitaires et aux grands officiers. Pendant ces neuf années, les seigneurs attaquèrent tous son royaume ; son peuple n’avait plus de direction. En ce temps, le roi Wei appela auprès de lui le gouverneur de Tsi-mo (167), et lui dit :

— Depuis que vous résidez à Tsi-mo, des malédictions contre vous me parvenaient journellement ; cependant j’ai envoyé des gens faire une inspection : les champs et la campagne de Tsi-mo étaient productifs ; les habitants vivaient dans l’abondance ; les fonctionnaires n’étaient pas négligents ; la région orientale jouissait ainsi du calme. (Si on a mal parlé de vous), c’est parce que vous n’avez pas gagné par des bons offices ceux qui m’entourent afin de leur demander de faire votre éloge.

Il lui donna une terre de dix mille foyers. Il appela auprès de lui le gouverneur de Ngo (168) et lui dit :

— Depuis que vous administrez Ngo, j’ai entendu chaque jour votre louange ; cependant j’ai envoyé des émissaires faire une inspection : les champs et la campagne de Ngo n’étaient pas productifs ; le peuple était accablé de souffrances. Autrefois, quand Tchao attaqua Kiuen (169), vous avez été incapable de secourir (cette ville) ; quand Wei prit (la ville de) Sie-ling (170), vous n’en avez rien su. (Si on vous a loué), c’est parce que vous avez gagné par de riches présents ceux qui m’entourent afin de leur demander de faire votre éloge.

Ce jour-là même, il jeta dans la chaudière bouillante le gouverneur de Ngo, et bouillit en même temps avec lui tous ceux de son entourage qui avaient coutume de faire p.244 l’éloge (de cet homme). Puis il leva des soldats et attaqua dans l’ouest Tchao et Wei [b] ; il battit Wei à Tchouo-tse (171) et assiégea le roi Hoei. Le roi Hoei demanda à lui faire présent de Koan (172) pour obtenir la paix et être délivré. Les gens de Tchao nous rendirent le long mur (173). Alors tout le royaume de Ts’i fut frappé de crainte ; personne n’osa plus dissimuler les fautes ; on s’efforça d’être absolument sincère. Le royaume de Ts’i fut très bien gouverné ; les seigneurs l’ayant appris, aucun d’eux n’osa ouvrir les hostilités contre Ts’i pendant plus de vingt années (174).

Tseou Ki-tse (175), à cause de son habileté à jouer du luth, p.245 fut admis en présence du roi Wei. Il plut au roi Wei qui le logea dans la chambre de droite (176). Quelque temps après, comme le roi jouait du luth, Tseou Ki-tse poussa la porte et entra en disant :

— C’est bien joué du luth. 

Le roi, changeant de visage, fut mécontent ; il repoussa le luth, mit la main sur son épée et dit :

— Vous n’avez vu que l’apparence extérieure et vous n’avez point eu le temps de faire un examen (attentif) ; comment pouvez-vous savoir que c’est bien ?

Tseou Ki-tse dit :

— Les grandes cordes donnaient un son vague et en même temps doux comme le printemps : (elles symbolisaient) le prince ; les petites cordes rendaient des sons distincts et nets et en même temps purs : (elles symbolisaient) le conseiller. Quand vous pinciez les cordes, vous les tiriez profondément ; quand vous les relâchiez, vous le faisiez sans brusquerie : (cela symbolisait) les ordres du gouvernement. Toutes étant d’accord dans leur résonance, les grandes et les petites s’entr’aidaient ; en revenant et en obliquant, elles ne se nuisaient pas les unes aux autres : (cela symbolisait) les quatre saisons. Voilà comment j’ai su que c’était bien (joué du luth).

Le roi lui dit :

— Vous discourez habilement sur la musique.

Tseou Ki-tse répliqua :

— Comment serait-ce là ne parler que de musique ? En effet le gouvernement du royaume et l’art d’assurer le calme de la population sont entièrement contenus dans (cette explication).

Le roi changea de nouveau de visage et, irrité, dit :

— Lorsque vous discourez sur les règles des cinq notes musicales, en vérité il n’est personne qui vous vaille ; mais, pour ce qui est du gouvernement du royaume et de l’art p.246 d’assurer le calme de la population, comment cela serait-il compris dans les cordes musicales et le bois d’éléococca (177) ?

Tseou Ki-tse dit :

— Les grandes cordes donnant un son vague et en même temps doux comme le printemps (symbolisent) le prince ; les petites cordes rendant des sons distincts et nets et en même temps purs (symbolisent) le conseiller, (les cordes) étant pincées en les tirant profondément et relâchées sans brusquerie (symbolisent) les ordres du gouvernement ; toutes étant d’accord dans leur résonance de manière à ce que grandes et petites s’entraident, revenant et obliquant sans se nuire les unes aux autres, (cela symbolise les quatre saisons. Or, quand (les sons) se répètent sans se confondre, c’est par là que le gouvernement est prospère ; quand (les sons) se trouvent liés entre eux et vont droit à leur but, c’est par là qu’on conserve ce qui pourrait être ruiné ; c’est pourquoi on dit : quand les sons du luth sont harmonieux, l’empire est bien gouverné. Ainsi, pour gouverner l’État et pour assurer le calme du peuple, rien ne vaut les cinq notes musicales.

Le roi dit :

— C’est fort bien. 

Quand Tseou Ki-tse eut vu le roi pendant trois mois, il reçut le sceau de conseiller.

Choen-yu K’oen (178) eut une entrevue avec (Tseou Ki-tse) et lui dit :

— Vous excellez à discourir. Moi, K’oen, j’ai des pensées sans valeur que je désire exposer en votre présence.

Tseou Ki-tse dit :

— Je reçois avec respect p.247 vos instructions (179).

Choen-yu K’oen dit :

— Celui qui garde l’intégralité, intégralement réussit ; celui qui perd l’intégralité, intégralement se ruine (180).

Tseou Ki-tse dit :

— Avec respect je reçois cet ordre ; permettez-moi de veiller à ne pas m’écarter de la présence (du prince) (181).

Choen-yu K’oen dit :

— La graisse de porc et l’essieu en bois de jujubier sont ce qui fait glisser (la roue autour de son axe) ; ils ne pourraient cependant la faire tourner autour d’un trou carré (182).

Tseou Ki-tse dit :

— Avec respect je reçois cet ordre ; permettez-moi de veiller à servir ceux qui entourent (le prince).

Choen-yu K’oen dit :

— De la colle à arc et des matériaux anciens sont ce qui sert à faire la réunion ; cependant cela ne peut pas réunir ce qui est fendu (183).

Tseou Ki-tse dit :

— Avec respect je reçois cet ordre ; permettez-moi de veiller à me tenir attaché à la foule du peuple.

Choen-yu K’oen p.248 dit :

— Même quand un vêtement en peau de renard est usé, on ne peut le réparer avec une peau de chien jaune (184).

Tseou Ki-tse dit :

— Avec respect je reçois cet ordre ; permettez-moi de veiller à choisir des sages et à ne pas mêler avec eux des hommes méprisables.

Choen-yu K’oen dit :

— Si un grand char n’a pas été contrôlé, il est incapable de porter sa charge normale ; si un luth n’a pas été contrôlé, il ne peut rendre les cinq notes musicales pour lesquelles il est fait (185).

Tseou Ki-tse dit :

— Avec respect je reçois cet ordre ; permettez-moi de veiller à mettre en vigueur les lois et les règles et à réprimer les mauvais fonctionnaires.

Choen-yu K’oen ayant fini de parler sortit rapidement ; parvenu à la porte, il rencontra son cocher à qui il dit :

— Cet homme, je lui ai dit cinq paroles subtiles et il m’a répondu comme l’écho répond au son ; cet homme recevra certainement un titre nobiliaire avant qu’il soit longtemps (186).

Au bout d’un an, (le roi) donna en apanage p.249 (le territoire de) Hia-p’ei (187) (à Tseou Ki-tse), qui eut le titre de marquis Tch’eng.

La vingt-troisième année (356) de son règne, le roi Wei eut une entrevue avec le roi de Tchao à P’ing-lou (188). — p.250 La vingt-quatrième année (355), [ (189) il chassa en compagnie du roi de Wei dans les environs (de sa capitale). Le roi de Wei lui demanda :

— O roi, vous aussi avez-vous des joyaux ?

Le roi Wei répondit :

— Je n’en ai pas.

Le roi de Leang (190), reprit :

— Pour moi, quoique mon royaume soit petit, j’ai cependant des perles d’un pouce de diamètre ; il y en a dix dont l’éclat est tel qu’ils éclairent douze chars en avant et douze chars en arrière ; comment se fait-il que, possédant un royaume avec dix mille chars de guerre, vous n’ayez point de joyaux ?

Le roi Wei répliqua :

— Ce que je considère comme des joyaux, ce n’est pas la même chose que Votre Majesté (191). Parmi mes sujets se trouve T’an-tse (192) ; je l’ai chargé de garder (la ville de) Nan-tch’eng (193) ; depuis lors, les gens de Tch’ou n’ont plus osé faire de brigandages et aller du côté de l’Est pour piller ; les douze seigneurs des bords de la rivière Se (194) sont tous venus me rendre p.251 hommage. Parmi mes sujets se trouve aussi P’an-tse (195) ; je l’ai chargé de garder (la ville de) Kao-t’ang (196) ; depuis lors, les gens de Tchao n’ont plus osé aller à l’orient pêcher dans le Ho. Parmi mes officiers, il y a encore K’ien Fou ; je l’ai chargé de garder (la ville de) Siu-tcheou (197) ; depuis lors, les gens de Yen (198) sacrifient à notre porte du nord, et les gens de Tchao sacrifient à notre porte de l’ouest ; ceux qui ont émigré pour suivre (Kien-Fou) sont au nombre de plus de sept mille familles. Parmi mes sujets, se trouve Tchong-Cheou ; je l’ai chargé de prévenir les vols ; depuis lors, sur les grandes routes on n’a pas ramassé ce qui avait été perdu (199). Je prends (ces hommes éminents) pour éclairer à mille li de distance ; comment ne s’agirait-il que de douze chars ?

Le roi Hoei, de Leang, fut couvert de confusion et se retira mécontent.]

La vingt-sixième année (353), le roi Hoei, de Wei, assiégea Han-tan (200). [(201) Tchao implora le secours de p.252 Ts’i. Le roi Wei, de Ts’i, manda auprès de lui ses principaux ministres et délibéra avec eux, disant :

— Vaut-il mieux secourir Tchao ou ne pas le secourir (202) ?

Tseou Ki-tse dit :

— Le mieux est de ne pas le secourir.

Toan-kan P’ong dit :

— Ne pas le secourir n’est pas juste et d’ailleurs ce n’est pas avantageux.

— Comment cela ? demanda le roi.

Il répondit :

— Si le prince de Wei s’annexe Han-tan, quel profit en retirera Ts’i ? Si d’autre part nous secourons Tchao et que nous campions dans la banlieue (de Han-tan), il en résultera que Tchao ne sera pas vaincu, tandis que Wei restera intact. C’est pourquoi, le mieux est d’aller au sud attaquer Siang-ling (203) pour épuiser Wei. Quand Han-tan aura été pris, vous profiterez de l’épuisement de Wei.

Le roi Wei suivit ce conseil (204).]

p.253 Quelque temps plus tard, comme [(205) Tseou Ki, marquis Tch’eng, était en mauvais rapports avec T’ien Ki, Kong-suen Yue dit à (Tseou) Ki, marquis Tch’eng :

— Pourquoi ne conseillez-vous pas (au roi) d’attaquer Wei ? (Si on attaque Wei,) T’ien Ki sera certainement mis à la tête de l’armée ; si, lorsque la bataille sera livrée, il est vainqueur et se couvre de gloire, ce sera la réussite de vos plans ; si, lorsque la bataille sera livrée, il n’est pas vainqueur, au cas où il ne serait pas mort au premier rang de l’armée, il aura reculé et se sera enfui, et alors sa destinée sera entre vos mains.

Alors le marquis Tch’eng conseilla au roi Wei d’envoyer T’ien Ki dans le sud attaquer (la ville de) Siang-ling (206).] Le dixième mois, Han-tan fut pris. Ts’i p.254 profita de l’occasion pour entrer en campagne et combattre Wei ; il lui fit essuyer une grande défaite à Koei-ling (207). Alors Ts’i se trouva le plus puissant parmi les seigneurs ; il prit le titre de roi afin de commander à tout l’empire.

La trente-troisième année (346), (le roi Wei) tua son grand officier Meou Sin (208).

La trente-cinquième année (344). Kong-suen Yue dit encore à (Tseou) Ki, marquis Tch’eng :

— [(209) Pourquoi n’ordonnez-vous pas à un homme de prendre en main dix livres d’or et d’aller consulter les sorts sur la place publique en disant : « Je suis au nombre des gens de T’ien Ki ; (T’ien Ki m’a chargé de dire en son nom :) J’ai livré trois combats et j’ai remporté trois fois la victoire ; ma renommée en impose à tout l’univers ; je désire faire une grande entreprise ; (les sorts), de leur côté, sont-ils favorables ou défavorables ? » Quand l’homme qui aura p.255 consulté les sorts sera sorti, vous ordonnerez à des gens de se saisir du devin qui lui aura donné cette consultation et vous attesterez en présence du roi la véracité de ses accusations.]

T’ien Ki, apprenant ce qui se passait se mit aussitôt à la tête de ses partisans et attaqua à l’improviste (la ville de) Lin-tse (210) dans le but de prendre le marquis Tch’eng ; mais il ne fut pas vainqueur et s’enfuit.

La trente-sixième année (343), le roi Wei mourut ; son fils, Pi-k’iang, qui fut le roi Siuen, prit le pouvoir.

La première année (342) du roi Siuen, (le roi de) Ts’in prit à son service Yang, (prince) de Chang (211). (Le Fils du Ciel, de la dynastie) Tcheou conféra le titre d’hégémon au duc Hiao, de Ts’in (212).

La deuxième année (341), Wei attaqua Tchao ; Tchao s’allia à Han, et ensemble ils combattirent contre Wei. Tchao fut vaincu dans une bataille qui se livra à Nan-leang (213). Le roi Siuen appela auprès de lui T’ien Ki et lui rendit ses anciennes dignités. [(214)Le prince de Han ayant p.256 demandé à Ts’i de lui prêter secours, le roi Siuen (215) convoqua ses principaux ministres et délibéra avec eux disant :

— Vaut-il mieux le secourir tôt ou le secourir tard ?]

Tseou Ki-tse dit :

— Le mieux est de ne pas le secourir (216).

[T’ien Ki (217) dit :

— Si on ne le secourt pas, Han va faire volte-face et entrer dans le parti de Wei ; il vaut mieux le secourir promptement.

Suen-tse (218) dit :

— Si, avant que les soldats de Han et de Wei se soient épuisés, nous secourons (Han), c’est nous qui, au lieu de Han, subirons le choc des armées de Wei, et c’est alors nous au contraire qui devrons obéir aux ordres de p.257 Han (219). D’ailleurs Wei a résolu de détruire ce royaume (220). Quand Han se verra perdu, il ne manquera pas de se tourner vers l’Est pour se plaindre à Ts’i. Nous alors, nous nouerons avec Han une étroite amitié, et, grâce à ce que nous aurons tardé, nous trouverons Wei épuisé ; ainsi vous pourrez en retirer un bénéfice important et acquérir un glorieux renom.

Le roi Siuen dit :

— C’est bien.

Il fit donc secrètement des promesses aux émissaires de Han, puis les renvoya ; c’est pourquoi Han, comptant sur l’appui de Ts’i, livra cinq fois bataille sans être vainqueur ; alors il remit à l’Est son royaume à (la garde de) Ts’i. Ts’i entra donc en campagne ;] il nomma T’ien Ki et T’ien Yng généraux et Suen-tse fut leur directeur, il secourut Han et Tchao en attaquant Wei auquel il fit subir une grande défaite à Ma-ling (221) ; il tua le général (de Wei) P’ang Kiuen, et fit prisonnier Chen, héritier présomptif de Wei. A la suite de cela, les rois des trois Tsin (222), à cause de (l’habileté de) T’ien Yng, p.258 vinrent rendre hommage au roi de Ts’i à Po-wang (223) ; après avoir conclu un traité, ils se retirèrent.

La septième année (336), (le roi Siuen) eut une entrevue avec (le roi de) Wei au sud de P’ing-ngo (224). — L’année suivante (335), il eut une nouvelle entrevue avec lui à Kiuen (225). — Le roi Hoei, de Wei, mourut (226). — L’année suivante (334), le roi Siuen eut une entrevue avec le roi Siang, de Wei, à Siu-tcheou (227). Les seigneurs se décernèrent les uns aux autres le titre de roi. — La dixième année (333), Tch’ou assiégea notre (ville de) Siu-tcheou (228). — La onzième année (332), (Ts’i) s’allia à Wei pour attaquer Tchao ; Tchao ouvrit une brèche aux eaux du Fleuve de manière à inonder les soldats de Ts’i et de Wei qui se retirèrent (229). — La dix-huitième année (325), le roi Hoei, de Ts’in, prit le titre de roi.

Le roi Siuen aimait les hommes instruits qui voyageaient (de pays en pays) pour donner des conseils. Soixante-seize hommes, parmi lesquels Tseou Yen (230), p.259 Choen-yu K’oen (231), T’ien P’ien (232), Tsie Yu (233), Chen Tao (234), Hoan Yuen (235) reçurent tous de lui des palais particuliers et p.260 furent nommés grands officiers de premier rang. Ils ne participaient pas au gouvernement, mais ils discutaient (sur les affaires d’État). Ainsi, dans le pays de Ts’i, les savants au pied de (la porte) Tsi (236) redevinrent abondants ; ils se comptèrent par centaines et furent près de mille.

La dix-neuvième année (324), le roi Siuen mourut. Son fils, Ti, qui fut le roi Min, monta sur le trône. — La première année (323) du roi Min, Ts’in chargea Tchang d’avoir une entrevue à Ye-sang (237) avec ceux qui exerçaient p.261 le gouvernement chez les seigneurs (238). — La troisième année (321), (le roi Min) conféra en apanage nobiliaire (la ville de) Sie à T’ien Yng (239). — La quatrième année (321), il alla chercher une épouse dans (le pays de) Ts’in. — La septième année (317), il attaqua Wei et le battit à Koan-tse (240). — La douzième année (312), il attaqua Wei. Tch’ou assiégea (la ville de) Yong-che (241). Ts’in vainquit K’iu Kai (242).

Sou Tai dit à T’ien Tchen (243) :

— Je désire avoir une audience de vous. Ce que (j’ai à vous proposer) est une affaire très sûre pour engager Tch’ou à vous être profitable ; si elle réussit, ce sera heureux (pour vous) ; si elle ne réussit pas, ce sera aussi heureux (pour vous). En ce moment, comme j’étais debout devant la porte (244), un étranger dit : « Le roi de Wei a dit à Han P’ing et à Tchang I (245) : « (La ville de) Tchou-tsao (246) va être prise, et p.262 les soldats de Ts’i s’avanceront davantage encore ; si vous venez me secourir (247), je pourrai m’en tirer ; si vous ne me secourez pas, je ne pourrai pas empêcher (que Tchou-tsao) soit pris. » Ce n’est là qu’un discours sujet à être modifié ; si en effet il s’écoule plus de dix jours sans que les soldats de Ts’in et de Han aillent dans l’Est, alors le prince de Wei se détournera de Han pour suivre Ts’in (248). Ts’in chassera Tchang I (249), et, bras-dessus bras-dessous avec Ts’i et Tch’ou, il se mettra à leur service. Dans ce cas, votre affaire aura réussi (250).

T’ien Tchen dit :

— Mais s’il n’y a pas moyen de faire que (Han et Ts’in) n’aillent pas dans l’Est (251) ?

(Sou Tai) répondit :

— Quand Han P’ing parlera de secourir Wei, il ne dira certainement pas au roi de Han :

— Moi, (Han) P’ing, j’agis dans l’intérêt de Wei.

Il dira certainement :

— Moi, (Han) P’ing, je me propose de me servir des soldats de Ts’in et de Han pour aller dans l’Est repousser p.263 Ts’i et Song (252) ; comme j’aurai réuni ensemble les soldats de trois royaumes (253), je profiterai de l’affaiblissement de K’iu Kai (254) pour enlever dans le Sud (des terres) à Tch’ou et notre ancien territoire sera entièrement récupéré.

Quand Tchang I parlera de secourir Wei il ne dira certainement pas au roi de Ts’in :

— Moi, (Tchang) I, j’agis dans l’intérêt de Wei.

Il dira certainement :

— Moi, (Tchang) I, je vais me servir des soldats de Ts’in et de Han pour aller dans l’Est repousser Ts’i et Song ; moi, (Tchang) I, je me propose de réunir les soldats de trois royaumes (255), et, profitant de l’affaiblissement de K’iu Kai, d’enlever au Sud (des terres) à Tch’ou. Vous vous serez donné l’air de sauver un royaume qui allait à sa perte (256), et en réalité vous reviendrez en vous étant substitué (257) au San-tch’oan. C’est là une œuvre digne d’un roi souverain.

Vous cependant (258), invitez le roi de Tch’ou à donner un territoire au prince de Han et faites que (le roi de) Ts’in organise la concorde ; (pour cela), dites au roi de Ts’in :

— Je vous demande la permission de donner à Han un territoire, et quant à vous, ô roi, vous pouvez p.264 vous en faire gloire dans le San-tch’oan (259).

Lorsque le prince de Han, sans se servir de ses soldats, aura obtenu de Tch’ou un territoire, quel langage Han P’ing tiendra-t-il à Ts’in (260) pour expliquer qu’il convient d’envoyer des soldats dans l’Est ? Il dira :

— Sans que les soldats de Ts’in aient été employés, (Ts’in) a obtenu le San-tch’oan ; attaquez Tch’ou ; Han vous servira à réduire Wei à l’extrémité ; le prince de Wei n’osera pas se tourner vers l’Est, et ainsi Ts’i se trouvera isolé.

D’autre part, quel langage tiendra Tchang I pour expliquer qu’il convient d’envoyer des soldats dans l’Est ? Il dira :

Ts’in et Han désirent des territoires et leurs soldats sont prêts ; le prestige de leur renommée s’est étendu jusque dans le pays de Wei ; telle est la raison pour laquelle Wei désire ne pas perdre (l’amitié de) Ts’i et Tch’ou.

Le prince de Wei se détournera donc de Ts’in et de Han et s’empressera de servir Ts’i et Tch’ou. Le roi de Tch’ou (ayant obtenu) ce qu’il désirait (261), ne donnera plus (à Han) le territoire (qu’il lui avait promis). Vous (262), (cependant), en faisant que Ts’in et Han obtiennent des territoires sans avoir recours à leurs soldats, vous leur aurez rendu un grand service. Si les rois de Ts’in et de Han, forcés par Han P’ing et Tchang I, font une expédition militaire dans l’Est pour soumettre à leurs ordres le pays p.265 de Wei, vous aurez toujours en main votre créance (263) pour réclamer votre paiement à Ts’in et à Han. Ainsi il y aura là ample matière à ce que (ces deux rois) vous aiment et haïssent Tchang-tse (264).

La treizième année (311), le roi Hoei, de Ts’in, mourut. — La vingt-deuxième année (303), (Ts’i), allié à Ts’in, attaqua et vainquit Tch’ou à Tch’ong-k’ieou (265). — La vingt-quatrième année (300), Ts’in envoya le prince de King-yang (266) en otage dans le pays de Ts’i. — La vingt-cinquième année (299), on renvoya le prince de King-yang dans le pays de Ts’in ; Wen, (seigneur de) Sie et prince de Mong-tch’ang (267), se rendit dans le pays de Ts’in p.266 et devint conseiller (du roi) de Ts’in ; Wen s’enfuit (du pays de Ts’in) (268). — La vingt-sixième année (298), Ts’i s’allia à Han et à Wei, et ensemble ils attaquèrent Ts’in ; ils arrivèrent à (la passe) Han-kou et y campèrent (269). — La vingt-huitième année (296), Ts’in donna à Han (le territoire de) Ho-wai (270) pour faire la paix ; les hostilités cessèrent. — La vingt-neuvième année (295), Tchao tua son « père du souverain » (271). Ts’i aida Tchao à anéantir le Tchong-chan (272).

La trente-sixième année (288), le roi (de Ts’i) prit le titre d’Empereur d’Orient, tandis que le roi Tchao, de Ts’in, prenait le titre d’Empereur d’Occident. [(273) Sou Tai (274), venant de Yen, entra dans le pays de Ts’i ; il se rencontra (avec le roi de Ts’i) à la porte orientale Tchan-hoa (275). p.267 Le roi de Ts’i lui dit :

— Hé ! vous venez bien à point. Ts’in a envoyé Wei Jan me conférer le titre d’empereur. Qu’en pensez-vous ?

(Sou Tai) répondit :

— La question que me pose Votre Majesté est inopinée et ce qui peut être l’origine de tourments est encore invisible. Je désire que Votre Majesté reçoive (ce titre), mais que vous n’en fassiez pas étalage ; si Ts’in en fait étalage et que l’empire ne s’en émeuve pas, vous pourrez alors vous en parer ; il ne sera point trop tard pour le faire ; d’ailleurs, soit que vous cédiez le pas à Ts’in, soit que vous rivalisiez avec lui, cela ne portera aucune atteinte au titre d’empereur (276). Si Ts’in se pare de ce titre et que l’empire en soit mécontent, vous en profiterez pour ne pas vous en parer vous-même afin de vous gagner (les sympathies de) l’empire ; ce sera là pour vous une grande ressource. D’ailleurs, si dans l’empire se lèvent deux empereurs, pensez-vous, ô roi, que l’empire honorera davantage Ts’i ou honorera davantage Ts’in ?

— Il honorera davantage Ts’in, dit le roi.

— Si vous renoncez au titre d’empereur, reprit (Sou Tai), l’empire aimera-t-il mieux Ts’i ou aimera-t-il mieux Ts’in ?

— Il aimera Ts’i et détestera Ts’in, dit le roi.

(Sou Tai) dit :

— Si les deux empereurs font une convention pour attaquer Tchao, cela sera-t-il plus profitable que de combattre (le prince de) Song (semblable à) Kie (277) ?

Le roi dit :

— Il serait plus avantageux de combattre (le prince de) Song (semblable à) Kie.

(Sou Tai) répliqua :

— Ainsi donc, si vous faites p.268 une convention pour que également vous et Ts’in deveniez empereurs, l’empire honorera seulement Ts’in et méprisera Ts’i ; si vous renoncez au titre d’empereur, l’empire aimera Ts’i et détestera Ts’in ; attaquer Tchao n’est pas aussi profitable que d’attaquer (le prince de) Song (semblable à) Kie. Pour ces raisons, je désire que Votre Majesté rejette nettement le titre d’empereur pour se gagner (les sympathies de) l’empire. Renoncez à la convention et rejetez Ts’in ; ne rivalisez pas d’importance avec lui ; mais profitez de l’occasion pour enlever Song. En effet, quand vous posséderez Song (278), le territoire de (P’ou-)yang (279) qui appartient à Wei [b] sera en danger ; quand vous aurez (le territoire à) l’ouest de (la rivière) Tsi, Ngo (280), qui appartient à Tchao et qui est la partie orientale de ce royaume sera en péril ; quand vous posséderez (le territoire au) nord de (la rivière) p.269 Hoai, la partie orientale du royaume de Tch’ou sera en péril ; quand vous posséderez T’ao et P’ing-lou, les portes de Leang ne s’ouvriront plus (281). Si vous renoncez au titre d’empereur et que vous vous en indemnisiez par l’attaque du (prince de) Song (semblable à) Kie, votre royaume croîtra en importance et votre nom sera glorieux. Yen et Tch’ou, à cause de cela s’inclineront devant votre prestige : dans l’empire il n’y aura personne qui ose ne pas vous obéir. C’est là une entreprise (digne) de T’ang et de Ou. Respecter Ts’in de manière à ce que vous ayez la réputation (de l’avoir respecté), mais faire ensuite que l’empire le haïsse ; c’est là le moyen de transformer l’humiliation en honneur. Je désire que Votre Majesté y réfléchisse mûrement.

Alors (le roi de) Ts’i abandonna (le titre d’)empereur et reprit celui de roi. Ts’in à son tour renonça à la dignité royale.

La trente-huitième année (286), (le roi de Ts’i) attaqua Song ; le roi Tchao, de Ts’in, en fut irrité et dit :

— Je tiens à Song autant qu’(aux villes de) Sin-tch’eng (282) et p.270 Yang-tsin (283). Han Nie (284) est mon ami ; comment se fait-il qu’il attaque ce à quoi je tiens ?

Sou Tai, étant l’agent de Ts’i, tint au roi de Ts’in ce langage :

— Si Han Nie attaque Song, c’est pour vous être utile, ô roi. Ts’i est puissant ; s’il est renforcé de Song (285), Tch’ou et Wei ne manqueront pas de le craindre ; le craignant, ils se tourneront certainement vers l’Ouest pour servir Ts’in ; ainsi, ô roi, sans avoir la peine de vous servir d’une seule arme de guerre, sans blesser un seul de vos soldats, sans que vous agissiez, vous détacherez (à votre profit le territoire de) Ngan-i (286). Tel est le résultat que Han Nie demande dans ses prières aux dieux pour Votre Majesté.

Le roi de Ts’in répliqua :

— Je m’afflige de ce que (les dispositions de) Ts’i sont difficiles à connaître ; tantôt (il se rattache à la ligue) tsong ; tantôt (il est pour le système) heng (287). Qu’est-ce à dire ?

(Sou Tai) répondit :

— Est-ce que les royaumes de l’empire permettent que (les dispositions de) Ts’i puissent vous être connues (288) ? Quand Ts’i attaque Song, il sait qu’il sert Ts’in ; quand en effet il se sera renforcé d’un royaume comprenant dix mille chars de guerre, s’il ne se tourne p.271 pas vers l’Ouest pour servir Ts’in, il ne pourra pas administrer Song (289) tranquillement. Dans les royaumes du milieu, les sophistes voyageurs à têtes blanches (290) ont tous une sagesse acquise par l’expérience et désirent désunir Ts’i et Ts’in ; parmi ceux qui, appuyés sur la barre d’appui de leur char et entrecroisant leurs ornières (291), vont en toute hâte vers l’Ouest, il ne s’en est pas encore trouvé un seul qui ait bien parlé de Ts’i ; parmi ceux qui, appuyés sur la barre d’appui de leur char et entrecroisant leurs ornières, vont en toute hâte vers l’Est, il ne s’en est pas encore trouvé un seul qui ait bien parlé de Ts’in. Quelle en est la raison ? c’est que tous redoutent que Ts’i et Ts’in soient unis. Pourquoi Tsin et Tch’ou sont-ils perspicaces tandis que Ts’i et Ts’in sont aveuglés ? Tsin et Tch’ou sont unis et ne manqueront pas de comploter contre Ts’i et Ts’in ; si Ts’i et Ts’in étaient unis, ils feraient certainement des plans contre Tsin et Tch’ou. Je vous prie de prendre une décision en tenant compte de cela.

Le roi de Ts’in dit :

— Je vous approuve.

Alors donc Ts’i attaqua Song ; le roi de Song sortit (de sa capitale) et s’enfuit ; il mourut à Wen (292). Du côté du Sud, Ts’i détacha à son profit le territoire du nord de la rivière Hoai qui appartenait à Tch’ou ; du côté de p.272 l’Ouest, il envahit (le pays des) trois Tsin dans l’intention de s’annexer la maison des Tcheou et de devenir Fils du Ciel ; les seigneurs des bords de la rivière Se (293) tels que les princes de Tseou et de Lou, se dirent tous ses sujets ; les seigneurs furent saisis de crainte.

La trente-neuvième année (285), Ts’in vint nous attaquer et nous prit neuf villes d’importance. — La quarantième année (284), Yen, Ts’in, Tch’ou et les trois Tsin, après s’être concertés ensemble (294), firent sortir chacun de leur côté des troupes d’élite pour nous attaquer ; ils nous battirent à l’ouest de (la rivière) Tsi. (Les troupes du) roi (de Ts’i) (295) se dispersèrent et quittèrent la place. Le général de Yen, Yo I, entra alors dans Lin-tse (296) et s’empara de tous les trésors de Ts’i. Le roi Min sortit (de son pays) et s’enfuit dans (le pays de) Wei [b]; le prince de Wei [b] quitta son propre palais pour l’y loger ; il se disait son sujet et fournissait à tous ses besoins ; mais, le roi Min s’étant conduit sans condescendance, les gens de Wei [b] l’assaillirent. Le roi Min partit et se rendit dans (les principautés de) Tseou et de Lou (297) ; il eut une attitude arrogante ; aussi les p.273 princes de Tseou et de Lou ne l’accueillirent-ils pas. Il s’enfuit alors à Kiu (298). (Le roi de) Tch’ou envoya Nao Tch’e à la tête de soldats secourir (le roi de) Ts’i ; (Nao Tch’e) devint ainsi conseiller du roi Min, de Ts’i. Nao Tch’e alors tua le roi Min et partagea avec Yen le territoire enlevé à Ts’i ainsi que les objets précieux qu’on lui avait pris (299).

p.274 [(300) Quand le roi Min eut été mis à mort (284), son fils Fa-tchang changea de nom personnel et de nom de famille et se fit domestique dans la famille de Kiao qui était t’ai-che dans (la ville de) Kiu. La fille du t’ai-che Kiao trouva que l’attitude et la physionomie de Fa-tchang étaient fort remarquables et jugea qu’il n’était pas un homme ordinaire. Elle eut compassion de lui et constamment elle lui donnait des vêtements et de la p.275 nourriture ; puis elle eut avec lui des rapports secrets.] Quand Nao Tch’e fut parti de Kiu, [les gens de Kiu et les officiers fugitifs de Ts’i se rassemblèrent pour rechercher le fils du roi Min avec l’intention de le mettre sur le trône. Fa-tchang] craignit (d’abord) qu’ils ne voulussent le faire périr et ce ne fut qu’après quelque temps qu’il osa [déclarer qu’il était le fils du roi Min. Alors les gens de Kiu d’un commun accord mirent sur le trône Fa-tchang, qui fut le roi Siang,] afin qu’il défendît la ville de Kiu ; puis ils annoncèrent dans tout le royaume de Ts’i que le roi était monté sur le trône à Kiu. Quand le roi Siang eut pris le pouvoir, il nomma reine la fille du t’ai-che ; ce fut la reine Heou (301) ; elle p.276 enfanta un fils nommé Kien. Le t’ai-che Kiao dit :

— Une fille qui ne se sert pas d’un entremetteur et qui se marie d’elle-même n’est pas de ma race et déshonore ma famille.

Jusqu’à sa mort il refusa de voir la reine Heou. La reine Heou était une femme sage ; elle ne prit point prétexte de ce que (son père) refusait de la voir pour cesser d’avoir envers lui les égards qu’un enfant doit à ses parents (302).]

Le roi Siang était à Kiu depuis cinq années (279), lorsque T’ien Tan, en se servant (des gens) de Tsi-mo, attaqua et battit l’armée de Yen ; il alla chercher le roi Siang à Kiu et le fit rentrer à Lin-tse ; l’ancien territoire de Ts’i fut de nouveau entièrement soumis à Ts’i ; (le roi de) Ts’i conféra à T’ien Tan le titre de prince de p.277 Ngan-p’ing (303). — La quatorzième année (270), Ts’in attaqua nos (villes de) Kang et Cheou (304). — La dix-neuvième année (265), le roi Siang mourut. Son fils Kien prit le pouvoir.

Kien, roi, était au pouvoir depuis six ans (259) lorsque Ts’in attaqua Tchao ; Ts’i et Tch’ou secoururent ce dernier. (Le roi de) Ts’in fit ce calcul :

— Ts’i et Tch’ou viennent au secours de Tchao ; s’ils sont unis avec lui, je retirerai mes soldats ; s’ils ne sont pas unis avec lui, je l’attaquerai.

Tchao était à bout de vivres ; il demanda du grain au (roi de) Ts’i ; celui-ci refusa ; Tcheou tse (305) lui dit :

— Il vaudrait mieux le lui accorder afin d’obliger les soldats de Ts’in à se retirer ; si vous ne le lui accordez pas, les soldats de Ts’in ne s’en iront pas. Ainsi les calculs de Ts’in auront réussi et ceux de Ts’i et de Tch’ou auront été déjoués. En outre, Tchao est pour Ts’i et Tch’ou une barrière protectrice ; il est pour eux ce que les lèvres sont aux dents ; si les lèvres disparaissent, les dents auront froid ; si aujourd’hui on cause la perte de Tchao, demain le malheur atteindra Ts’i et Tch’ou. En outre l’affaire de secourir Tchao est aussi urgente que si on vous présentait une jarre dont l’eau p.278 fuit pour arroser une marmite que le feu fait déjà rougir. Enfin, secourir Tchao est une œuvre de haute justice ; obliger à se retirer les soldats de Ts’in rendra illustre votre nom ; il est juste de secourir un royaume qui va périr ; il est glorieux d’obliger à la retraite les soldats du puissant Ts’in. Si vous n’attachez pas d’importance à faire cela et que vous attachiez de l’importance à tenir à votre grain, ceux qui dirigent votre politique auront un échec.

Le roi de Ts’i ne l’écouta pas. Ts’in écrasa plus de quatre cent mille soldats de Tchao à Tch’ang-p’ing, et, aussitôt après, assiégea Han-tan.

La seizième année (249), Ts’in anéantit les Tcheou (306). La reine Heou mourut (307). — La vingt-troisième année (242), Ts’in institua la commanderie de Tong (308). — La vingt-huitième année (237), le roi vint rendre hommage à Ts’in ; Tcheng (309), roi de Ts’in, donna (en son honneur) un banquet à Hien-yang. — La trente-cinquième année (230), Ts’in anéantit Han.— La trente-septième année (228), Ts’in anéantit Tchao. — La trente-huitième année (227) (l’héritier présomptif de) Yen chargea King K’o d’assassiner le roi de Ts’in ; le roi de Ts’in s’aperçut (des intentions p.279 de King K’o) et le tua. — L’année suivante (226), Ts’in, écrasa Yen ; le roi de Yen s’enfuit dans le Leao-tong. — L’année suivante (225), Ts’in anéantit Wei. Les soldats de Ts’in firent halte sous (les murs de) Li (310). — La quarante-deuxième année (223), Ts’in anéantit Tch’ou. — L’année suivante (222), il fit prisonnier Kia, roi de Tai, et anéantit Hi, roi de Yen. — La quarante-quatrième année (221), les soldats de Ts’in attaquèrent Ts’i. Le roi de Ts’i, écoutant les avis de son conseiller Heou Cheng, ne combattit pas et se rendit avec son armée à Ts’in. Ts’in fit prisonnier Kien, roi, et le déporta à Kong (311) ; il anéantit alors (le royaume de) Ts’i et en fit des commanderies ; l’empire se trouva réuni sous la domination de Ts’in. Tcheng, roi de Ts’in, prit alors le titre de Souverain-empereur.

Auparavant, la reine Heou, qui était sage, servit Ts’in avec attention et fut de bonne foi avec les seigneurs ; Ts’i, d’ailleurs, était bordé à l’Est par le rivage de la mer ; Ts’in jour et nuit combattait contre les cinq royaumes qui étaient les trois Tsin, Yen et Tch’ou, et p.280 chacun de ces royaumes aidait les autres contre Ts’in ; c’est grâce à ces circonstances que Kien, roi, put être sur le trône pendant plus de quarante années sans souffrir de la guerre (312). Après la mort de la reine Heou (249), Heou Cheng devint conseiller de Ts’i ; il accepta l’or que Ts’in lui offrit secrètement en quantité considérable ; il envoya dans le pays de Ts’in des hôtes nombreux auxquels Ts’in aussi donna beaucoup d’or ; ces hôtes devinrent tous des agents de désunion ; ils exhortèrent le roi à abandonner la ligue tsong, à rendre hommage à Ts’in, à ne plus faire de préparatifs de guerre, à ne plus aider les cinq royaumes dans leur lutte contre Ts’in ; c’est ainsi que Ts’in parvint à anéantir les cinq royaumes. Quand les cinq royaumes eurent péri, les troupes de Ts’in en définitive pénétrèrent dans Lin-tse et il n’y eut personne parmi le peuple qui pût leur faire obstacle. Kien, roi, se soumit alors et fut déporté à Kong (313). C’est pourquoi, les gens de Ts’i, irrités de ce que Kien, roi, ne s’était pas hâté de former avec les seigneurs la ligue tsong pour lutter contre Ts’in, et de ce qu’il avait causé la perte de son royaume en écoutant des ministres pervers et des hôtes étrangers, firent cette chanson :

— Parmi les pins, parmi les cyprès, celui qui a établi Kien à Kong, c’est l’étranger (314).

Ils p.281 regrettaient en effet que Kien eût suivi sans défiance les avis d’un étranger.

Le duc grand astrologue dit : K’ong-tse, sur le tard, se plut au I (king) ; le I (king) renferme une doctrine profonde, lumineuse et s’étendant au loin ; qui pourra y appliquer sa réflexion sinon les hommes intelligents p.282 doués d’une grande perspicacité ? Ainsi, quand le grand astrologue des Tcheou consulta les diagrammes au sujet de T’ien King-tchong Wan (315), la prédiction qu’il fit s’étendit jusqu’au delà de la dixième génération. Puis, après que Wan se fut enfui dans le pays de Ts’i, quand I-tchong consulta à son sujet les sorts (316), ils dirent aussi comment T’ien K’i et (T’ien) Tch’an,  devraient se révolter l’un après l’autre contre deux princes (317) et accapareraient le gouvernement du royaume de Ts’i.




Notes


(101. ) Ce chapitre fait suite au chap. XXXII, car il expose l’histoire du pays de Ts’i sous les princes issus de la famille T’ien qui s’étaient substitués à l’ancienne maison souveraine dont le nom de famille était Lu. Dès la première moitié du Ve siècle, les T’ien avaient pris un tel pouvoir dans le pays de Ts’i qu’ils nommaient ou déposaient les ducs à leur gré. Ce ne fut cependant qu’en 391 qu’ils usurpèrent définitivement le trône de Ts’i, et en 386 que le titre de seigneur leur fut reconnu par le Fils du Ciel. Comme les Lu, les T’ien eurent leur capitale à Lin-tse qui est aujourd’hui la s.-p. de ce nom (préf. de Ts’ing-tcheou, prov. de Chan-tong). En 284, le roi Min, de Ts’i, fut dépouillé de sa capitale et de la plus grande partie de ses États. Ses descendants, qui n’eurent plus qu’un territoire fort restreint, furent incapables de résister aux attaques de Ts’in, et, en 221, le dernier roi de Ts’i abandonna tout son pouvoir entre les mains du roi de Ts’in qui prit, cette même année, le titre de Ts’in Che-hoang-ti.

(102. ) T’ien est le nom de famille ; King-tchong, le nom posthume ; Wan, le nom personnel.

(103. ) On verra plus bas comment le nom de famille Tch’en fut changé plus tard en T’ien.

(104. ) Cette prédiction, où se trouve annoncée la grandeur future des descendants de Tch’en Wan dans le pays de Ts’i, a déjà figuré dans le chap. XXXVI des Mém. hist. ; le lecteur est donc prié de se reporter aux notes 36.108. et 36.109. du tome IV.

(105. ) Cf. tome IV, n. 35.102.

(106. ) Cf. tome IV, n. 36.106.

(107. ) Cf. Tch’oen-ts’ieou, 6e année du duc Hoan (706). Ainsi, d’après Se-ma Ts’ien, c’est dans l’intention de blâmer le duc Li que le Tch’oen ts’ieou l’appelle Tch’en T’o, au lieu de l’appeler « T’o, marquis de Tch’en ». Cependant cette explication du grand historien ne paraît pas exacte ; le Tch’oen-ts’ieou fait mourir T’o en 706, l’année même qui suit l’assassinat du duc Hoan, de Tch’en, et peut-être, comme l’explique Legge (C. C., t. V, p. 49 b) ; est-ce parce que T’o n’avait pas encore été reconnu comme marquis de Tch’en qu’on le mentionne ici sans son titre ; d’autre part, le Tch’oen-ts’ieou annonce en l’année 700 (12e année du duc Hoan) la mort de Yo, marquis de Tch’en, et c’est ce personnage qui, d’après le Tso tchoan (22e année du duc Tchoang) eut le titre posthume de duc Li et fut le père de Tch’en Wan. Cf. tome IV, n. 36.106.

(108. ) La vingt et unième année (672), d’après le che kia de Tch’en (cf. t. IV, p. 173), et cette leçon est la seule exacte, puisque nous lisons ici même, quelques lignes plus bas, que Wan se réfugia dans le pays de Ts’i la 14e année du duc Hoan, c’est-à-dire en 672.

(109. ) Pour tout ce qui suit, voyez tome IV, p. 174, et Tso tchoan, 22e année du duc Tchoang.

(110. ) Cf. tome IV, n. 36.113.

(111. ) Cf. tome IV, n. 36.114.

(112. ) Il semble qu’il soit fait allusion ici, d’une part à T’ien K’i, d’autre part à T’ien Ho, qui eut le titre posthume de T’ai-kong. Mais la généalogie indiquée plus loin par Se-ma Ts’ien rapporte T’ien K’i à la sixième génération et T’ien Ho à la dixième.

(113. ) D’après Se-ma Tcheng, Tche serait le nom personnel, et Mong-i l’appellation.

(114. ) Quand Tch’en Wan fut entré dans le pays de Ts’i, il ne voulut pas que son nom de famille Tch’en rappelât le pays d’où il était originaire, et c’est pourquoi il échangea le caractère Tch’en contre le caractère T’ien dont la prononciation était assez analogue ; à partir de ce moment, lui et ses descendants forment donc la famille T’ien. Il est à remarquer cependant que le Tso tchoan continue à désigner les membres de cette famille sous le nom de Tch’en, ce qui tendrait à faire croire que l’adoption du nom T’ien fut postérieure à l’époque Tch’oen-ts’ieou.

(115. ) Le caractère [] se prononce ici yng (cf. Dict. de K’ang-hi). Le Tso tchoan et Se-ma Ts’ien lui-même en d’autres passages (cf. t. IV, p. 69), appellent ce personnage Loan Yng.

(116. ) Cf. Mém. hist., chap. LXII.

(117. ) Yen Yng.

(118. ) Cf. t. IV, p. 74-75, et Tso tchoan, 3e année du duc Tchao. — A la date de 516, les Tableaux chronologiques rapportent une autre anecdote qui montre quelles suspicions la famille T’ien excitait dans l’esprit de Yen Yng : Une comète apparut. Yen-tse dit :

— Les bienfaits que la famille T’ien a rendus au (peuple de) Ts’i sont à redouter.

(119. ) Ce paragraphe se retrouve dans le che kia de Ts’i : Cf. t. IV, p. 78.

(120. ) «... parmi les sujets révoltés », dit le che kia de Ts’i, et cette leçon est plus exacte, puisque Fan et Tchong-hang n’avaient pas le titre de seigneur et n’étaient, malgré leur puissance, que des sujets révoltés du duc de Tsin.

(121. ) Pour tout ce qui suit, cf. t. IV, p. 79-81.

(122. ) Auj. préf. sec. de Kiu (préf. de I-tcheou, prov. de Chan-tong).

(123. ) Au lieu de Yen Jou-tse, le che kia de Ts’i (t. IV, p. 80) dit : « Yen Yu » et cette leçon est préférable, car, ainsi qu’on le verra par la suite du récit, Yen Jou-tse ne put pas s’enfuir et resta entre les mains des conjurés. Quant à Yen Yu, c’était, d’après Kia K’oei, le fils de Yen Yng ; il n’est cependant pas mentionné dans la biographie de ce personnage (Mém. hist., chap. LXII).

(124. ) Cf. tome IV, n. 32.248.

(125. ) Yen Jou-tse, c.-à-d. « l’enfant Yen », et « Jou-tse T’ou », c.-à-d. « l’enfant T’ou », sont un seul et même individu ; T’ou est son nom personnel ; Yen paraît être son nom posthume.

(126. ) Le Tch’oen-ts’ieou (supplément pour l’année 481) appelle ce personnage Tch’en Heng.

(127. ) Le Tso tchoan et le Che kia de Ts’i (cf. t. IV, p. 82) l’appellent K’an Tche. Se-ma Tcheng indique que le caractère [] peut se prononcer ici soit Kien, soit K’an ; j’adopte la seconde prononciation.

(128. ) Cf. p. 228, lignes 17 et suiv.

(129. ) D’après Se-ma Tcheng, cette chanson serait satirique et donnerait à entendre que le gouvernement de Ts’i était sur le point de tomber entre les mains de T’ien Tch’eng-tse.

(130. ) C’est évidemment le cocher du duc lui-même.

(131. ) D’après Se-ma Tcheng, l’historien se trompe, et Tse-ouo ne peut être que l’appellation de K’an Tche lui-même.

(132. ) Dans le che kia de Ts’i, ces événements sont racontés d’une manière différente et d’ailleurs plus vraisemblable ; cf. tome IV, n. 32.262.

(133. ) Cf. tome IV, n. 32.264.

(134. ) Cf. n. 131.

(135. ) Cf. tome IV, n. 32.273.

(136. ) Pao doit être Pao Mou ; Yen est peut-être Yen Yu ou quelque autre descendant de Yen Yng.

(137. ) D’après le Kouo ti tche, la ville de Ngan-p’ing était à 19 li à l’est de la sous-préfecture de Lin-tse (préf. de Ts’ing-tcheou, prov. de Chan-tong). — La note 4 de la page 86 du tome IV est donc fautive. — Cette ville de Ngan-p’ing portait autrefois le nom de Hoei et appartenait à la principauté de Ki ; le Tch’oen ts’ieou nous apprend que, en 691 av. J.-C., un frère cadet du prince de Ki fit sa soumission au duc de Ts’i en lui livrant la ville de Hoei (cf. tome II, n. 06.558).

(138. ) Nous ne savons pas la date exacte de la mort de T’ien Tch’ang. Les Tableaux chronologiques (chap. XV, p. 4 v°) nous apprennent qu’il vivait encore en 464 : cette année-là, en effet, Tche po attaqua Tcheng ; Se Hoan-tse se rendit dans le pays de Ts’i pour demander du secours ; le secours fut accordé et les soldats de Tsin durent se retirer ; Tchonghang Wen-tse dit alors à T’ien Tch’ang : « Maintenant certes Tche (c.-à-d. Tche po), à cause de cela, est perdu ».

(139. ) Han, Tchao et Wei.

(140. ) T’ien Siang-tse qui projetait de se substituer au duc de Ts’i, fait cause commune avec Han, Tchao et Wei qui, dans le pays de Tsin, avaient des visées semblables aux siennes.

(141. ) Le Kouo ti tche place Hoang-tch’eng à 10 li au S. de l’ancienne sous-préfecture de Koan-che qui était au N. de la s.-p. actuelle de Koan (préf. de Tong-tch’ang, prov. de Chan-tong).

(142. ) D’après le Kouo ti tche, Yang-hou se trouvait à 30 li au N.-E. de l’ancienne sous-préfecture de Yuen-tch’eng qui était à l’est de la s.-p. actuelle de ce nom (préf. de Ta-ming, prov. de Tche-li.

(143. ) La ville de Lou (ainsi nommée parce qu’elle servait autrefois de lieu de halte aux princes de Lou quand ils venaient rendre hommage à la cour) était, d’après le Kouo ti tche, à 40 li au S. de l’ancienne s.-p. de Hiu-tch’ang (au N.-E. de la préf. sec. actuelle de Hiu, prov. de Ho-nan).

(144. ) L’ancienne ville de Ko ou Tch’ang-ko était, selon le Kouo ti tche, à 12 li au N. de la s.-p. de Tch’ang-ko (qui dépend de la préf. sec. de Hiu, prov. de Ho-nan).

(145. ) Ngan-ling, est le nom que prit, à l’époque des six royaumes, l’ancienne ville de Yen-ling (cf. tome IV, n. 39.319), laquelle se trouvait à 15 li au N.-O. de la s.-p. actuelle de Yen-ling (préf. de K’ai-fong, prov. de Ho-nan).

(146. ) Il y a ici une divergence entre les Mémoires historiques et le Tchou chou ki nien ; voir l’Appendice à la fin de ce volume.

(147. ) D’après le Kouo ti tche, la ville de Tch’eng était à 50 li au N.-O. de la s.-p. de Se-choei (préf. de Yen-tcheou, prov. de Chan-tong). Au commencement du Ve siècle avant notre ère, elle avait été la place forte d’une des puissantes familles de l’État de Lou, la famille Mong (cf. tome IV, n. 33.237). Il semble bien d’ailleurs que cette ville doive être identifiée avec l’ancienne principauté de Tch’eng qui fut l’apanage d’un des fils du roi Wen (cf. tome IV, n. 35.105, où la localisation indiquée s’appuie sur l’autorité du Tch’oen ts’ieou ti li k’ao che de Kiang Yong, H. T. K. K., chap. CCLII, p. 6 v°).

(148. ) Cette localité était à 56 li au sud de l’ancienne s.-p. de Tsi-yn, laquelle se trouvait au N.-O. de la s.-p. actuelle de Ts’ao (préf. de Ts’ao-tcheou, prov. de Chan-tong).

(149. ) Le mot [] est peu clair ; il est remplacé dans les Tableaux chronologiques par le mot [] qui est plus usuel lorsqu’il s’agit d’exprimer l’idée qu’un homme se révolte en prenant pour centre et pour instrument de sa rébellion une ville dévouée à sa cause.

(150. ) Cf. tome IV, n. 32.277. . — Cet événement est présenté sous une forme différente dans le Tchou chou ki nien :

« La dix-septième année (409) du roi Wei-lie,... Kong-suen Hoei se révolta à Ling k’ieou (litt. : en se servant de Ling-k’ieou) contre Tchao. T’ien Pou assiégea Ling-k’ieou. Ti-kio, K’ong Siao de Tchao, et les soldats de Han vinrent au secours de Ling-k’ieou ; ils livrèrent bataille à T’ien Pou près de l’étang de Long ; les soldats de T’ien (Pou) furent vaincus et s’enfuirent.

(151. ) Les Tableaux chronologiques disent que, la onzième année (394) du duc K’ang, Ts’i attaqua Lou et lui prit la ville de Tsoei.

(152. ) Au N. de la s.-p. actuelle de Wen-chang (préf. de Yen-tcheou, prov. de Chan-tong).

(153. ) C’est par erreur, comme le fait remarquer Se-ma Tcheng, que les Tableaux chronologiques indiquent ici la date de 389.

(154. ) Cette localité paraît être identique au [] mentionné dans le che kia de Tchao (cf. n. 43.262. ).

(155. ) Le début de ce passage est emprunté au Tchan kouo ts’e (section de Ts’i ; chap. VIII, p. 2, v°) et est reproduit plus loin, à la date de 341, avec la suite qu’il comporte dans le Tchan kouo ts’e. Cette répétition est une inadvertance de l’historien ; ce texte ne devrait figurer qu’à la date de 341.

(156. ) Tseou Ki fut au service du roi Wei (378-343) de Ts’i (cf. Mém. hist., chap. LXXIV, p. 1 v°). Le Tchan kouo ts’e ne mentionne ici ni Tseou Ki ni sa réponse.

(157. ) Au lieu de Toan-kan P’ong, Se-ma Tcheng dit que le Tchan kouo ts’e donne la leçon Toan-kan Luen, ce qui n’est qu’à moitié vrai, car Toan-kan Luen est mentionné par le Tchan kouo ts’e dans le paragraphe qui précède celui-ci ; lors de la délibération relative aux secours demandés par Han, le Tchan kouo ts’e actuel présente la leçon Tchang Mien. Dans la répétition de ce passage qu’on trouve plus loin à la date de 341, Se-ma Ts’ien met la réponse de Toan-kan P’ong dans la bouche de T’ien Ki.

(158. ) A la date de 341 (voyez plus loin), les paroles de T’ien Tch’en-se sont remplacées par d’autres paroles qui sont mises dans la bouche de Suen-tse et qui se retrouvent dans le Tchan kouo ts’e, mais attribuées à T’ien Tch’en-se. — Se-ma Tcheng dit ici que, au lieu de la leçon T’ien Tch’en-se, le Tchan kouo ts’e donne la leçon T’ien K’i-se ; or le Tchan kouo ts’e actuel écrit, comme Se-ma Ts’ien, T’ien Tch’en-se ; on en peut conclure, avec les commentateurs du Tchan-kouo ts’e, que le texte que nous possédons de cet ouvrage est différent de celui que connaissait Se-ma Tcheng. Enfin, d’après Se-ma Tcheng, qui cite une phrase du Tchou chou ki nien, absente dans ce livre tel qu’il est actuellement, T’ien Tch’en-se ou T’ien K’i-se ne serait autre que T’ien Ki.

(159. ) Tch’ou et Tchao étant occupés à secourir Han, Ts’i n’aura plus à craindre d’être attaqué par eux et aura ses coudées franches pour agir contre Yen.

(160. ) Il l’avertit faussement qu’il accordera son appui à Han, mais comme il a l’intention de ne pas tenir son engagement, il ne parle qu’en secret à l’ambassadeur.

(161. ) Cf. n. 44.157. .

(162. ) Cf. n. 43.244. . Nous trouvons pour Ling-k’ieou deux identifications ; d’une part, P’ei Yn (Mém. hist., chap. XLIII, p. 6 v°) assimile cette localité à la sous-préfecture de Ling-k’ieou dans la commanderie de Tai, ce qui revient à la placer dans la sous-préfecture actuelle de Ling-k’ieou, à l’E. de la préf. de Ta-t’ong, dans la province de Chan-si ; d’autre part, Tchang Cheou-tsie identifie Ling k’ieou avec la sous-préfecture de Wei-tcheou, qui est aujourd’hui la préf. sec. de Wei au S.-O. de la préf. de Siuen-hoa, dans la prov. de Tche-li. Il suffit cependant de jeter les yeux sur la carte pour constater que ces deux localisations sont fort voisines l’une de l’autre et qu’il n’y a pas contradiction réelle entre les commentateurs. Je reviens sur l’opinion que j’ai exprimée dans la note 43.244, et, en présence de l’unanimité des commentateurs à placer Ling-k’ieou dans la région que nous venons d’indiquer, je me demande si les possessions du royaume de Ts’i ne s’étendaient pas effectivement jusque-là.

(163. ) Le Kouo ti tche place la ville de Yang-koan sur la rive orientale de la rivière Wen, à 29 li au S. de la s.-p. de Po-tch’eng, laquelle se trouvait au S.-E. de la ville préfectorale de T’ai-ngan (prov. de Chan-tong).

(164. ) Tchang Cheou-tsie place Po-ling à l’O. de l’arrondissement de Tsi, lequel se trouvait au S.-O, de la s.-p. actuelle de Kiu-ye (préf. de Ts’ao-tcheou, prov. de Chan-tong). Au lieu de Po-ling, les Tableaux chronologiques donnent la leçon Choan-ling (ou Tchoan-ling). En cette même année 373, les Tableaux chronologiques mentionnent encore que Yen battit Ts’i à Lin-yng (cf. t. IV, p. 139).

(165. ) Le Ta Ts’ing i t’ong tche, chap. CXXX, p. 2 v°, place Sie-ling au N.-E. de la s.-p. de Yang-kou (préf. de Yen-tcheou, prov. de Chan-tong).

(166. ) Cf. n. 43.257. .

(167. ) Auj., s.-p. de Tsi-mo (préf. de Lai-tcheou, prov. de Chan-tong),

(168. ) Auj., s.-p. de Tong-ngo (préf. de T’ai-ngan, prov. de Chan-tong).

(169. ) En 370 ; cf. plus haut, p. 242, ligne 5.

(170. ) En 372 ; cf. plus haut, p. 242, ligne 4.

(171. ) Cf. n. 43.262. , et n. 154.

(172. ) Il est vraisemblable que la ville de Koan dont il est ici question correspond à l’ancien royaume de Koan, qui fut sous les Han orientaux la s.-p. de Wei, et qui se trouvait à l’O. de la s.-p. actuelle de Koan-tch’en (préf. de Ts’ao-tcheou, prov. de Chan-tong).

(173. ) Il est difficile de savoir à quel long mur il est fait ici allusion ; il est peu vraisemblable que ce long mur soit celui qui avait été construit dans la seconde moitié du Ve siècle par le roi Siuen (cf. tome IV, n. 40.375), car, même dans sa partie la plus occidentale (s.-p. de P’ing-yn, préf. de T’ai-ngan), cette muraille était assez éloignée du pays de Tchao.

(174. ) Le Lie niu tchoan attribue la conversion soudaine du roi Wei à l’une de ses femmes, Yu-ki, qui le mit en garde contre son mauvais ministre Tcheou P’o-hou et lui recommanda un sage nommé maître Pei-kouo ; Tcheou P’o-hou accusa à son tour Yu-ki de tenir ce langage parce qu’elle avait été autrefois la maîtresse de maître Pei-kouo et il réussit à la faire enfermer dans une tour à neuf étages ; mais le roi reconnut l’innocence de sa femme et fit bouillir vif Tcheou P’o-hou.

(175. ) Sur Tseou Ki, voyez le chap. LXXIV des Mémoires historiques.

(176. ) C’est-à-dire dans la chambre qui était à droite de la sienne propre.

(177. ) Le bois d’éléococca servait à faire les boîtes de résonance des instruments à cordes.

(178. ) Sur Choen-yu K’oen, cf. Mém. hist., chap. LXXXIV. Dans le livre de Mencius (IV, a, chap. 17, et VI, b, chap. 6), on trouve relatées deux conversations de ce célèbre sophiste avec Mencius. Le Han che wai tchoan (chap. VI, p. 7 r°-v°) met aussi en scène ces deux interlocuteurs.

(179. ) Dans les lignes qui suivent, Choen-yu K’oen va proposer sous une forme très énigmatique cinq préceptes relatifs au gouvernement, et Tseou Ki-tse montrera par ses réponses qu’il a immédiatement compris le sens de ces paroles obscures.

(180. ) Le ministre qui observe sans aucune défaillance tous ses devoirs envers son prince, réussit ; celui qui omet quelques-unes de ses obligations envers son prince se perd.

(181. ) Tseou Ki-tse prouve qu’il a saisi le sens caché des paroles de Choen-yu K’oen en disant qu’il ne s’écartera jamais du prince afin d’être toujours prêt à le servir.

(182. ) La graisse de porc et l’essieu en bois de jujubier symbolisent les conseillers du prince ; mais, de même qu’un essieu, quoique solide et bien graissé, ne tournera pas si on l’engage dans un moyeu percé d’un trou carré, de même les ministres du souverain ne pourront pas faire avancer le char de l’État si on leur fait obstacle.

(183. ) Pour faire un arc, on se sert de bois sec et vieux qu’ont réunit au moyen de colle forte ; si cependant le bois est fendu, les parties de l’arc ne resteront pas jointes. De même, le peuple est uni par l’autorité du souverain ; mais il ne faut pas que les diverses parties constitutives du peuple se dissocient et c’est pourquoi il est nécessaire de veiller à ce que les rites et les lois maintiennent la concorde entre elles.

(184. ) La fourrure de renard était chère ; un vêtement en peau de renard ne pouvait donc être réparé avec une peau de qualité fort grossière. De même on ne saurait introduire des gens méprisables parmi les hommes sages qui participent au gouvernement de l’État.

(185. ) Il faut contrôler les matériaux avec lesquels on fabrique un char ou un instrument de musique, si on veut que le char ou l’instrument réponde à ce qu’on attend de lui. De même, pour que l’État soit prospère, il faut avoir soin d’éliminer les mauvais fonctionnaires et d’appliquer avec exactitude les lois.

(186. ) On peut comparer ce texte de Se-ma Ts’ien au passage suivant du Sin siu (chap. II, p. 5 r° et v°) de Lieou Hiang (80-9 av. J.-C.) :

« Autrefois Tseou Ki, à cause de son habileté à jouer du luth, fut admis en présence du roi Siuen, de Ts’i ; le roi Siuen l’apprécia fort, Tseou Ki lui dit :

— Le luth est ce qui symbolise le gouvernement.

Il expliqua alors au roi la manière dont le luth symbolisait le gouvernement, ainsi que la façon dont se conduit un roi hégémon. Le roi Siuen, très satisfait, conversa avec lui pendant trois jours et le nomma aussitôt conseiller. Il y avait à Ts’i les maîtres au pied de (la porte) Tsi (voyez plus loin l’explication de ce terme, à la date de 325), qui aimaient à discuter sur les affaires d’État. Quand Tseou Ki fut devenu conseiller de Ts’i, le maître au pied de (la porte) Tsi, Choen-yu K’oen, et ses adhérents au nombre de 72 hommes (sur le nombre 72, cf. tome II, n. 08.108), méprisaient tous (Tseou) Ki en disant que, si on instituait un débat, Tseou Ki ne pourrait les égaler ; s’entraînant donc les uns les autres, ils allèrent ensemble voir Tseou Ki ; les partisans de Choen-yu K’oen se montraient arrogants, tandis que Tseou Ki les traitait avec humilité. Choen-yu K’oen et les siens dirent :

— Un vêtement fourré en renard blanc, si on le répare avec une peau de mauvais mouton, qu’est-ce que cela signifie ?

Tseou Ki répondit :

— Je comprends bien. Permettez-moi de ne pas oser mêler avec des sages des gens indignes.

Choen-yu K’oen dit :

— Dans un carré un cercle d’essieu rond, qu’est-ce que cela signifie ?

Tseou Ki dit :

— Je comprends bien. Permettez-moi d’avoir soin de ne pas oser retenir des étrangers dans ma demeure.

Choen-yu K’oen et les siens dirent :

— Trois hommes gardaient ensemble un mouton ; le mouton ne pouvait pas manger et les hommes de leur côté ne pouvaient pas se reposer ; qu’est-ce que cela signifie ?

Tseou Ki dit :

— Je comprends bien. (Il faut) réduire (le nombre des) fonctionnaires et diminuer (le nombre des) magistrats pour qu’ils ne tourmentent pas le peuple (c.-à-d. que, de même qu’il ne faut pas trois hommes pour garder un seul mouton, il est mauvais qu’il y ait un trop grand nombre de fonctionnaires pour surveiller le peuple).

Choen-yu K’oen et les siens prononcèrent ainsi trois (énigmes) et Tseou Ki les expliqua trois fois comme un écho qui répond. Choen-yu K’oen et les siens, vaincus dans la discussion, se retirèrent ; Tseou Ki les traitait avec arrogance et Choen-yu K’oen et les siens se comportaient avec humilité.

(187. ) Cf. tome II, n. 07.129.

(188. ) Cette ville de P’ing-lou, qui est appelée ailleurs (t. III, p. 434) le P’ing-lou oriental était à la limite occidentale du pays de Ts’i ; elle se trouvait au N. de la s.-p. de Wen-chang (préf. de Yen-tcheou, prov. de Chan-tong).

(189. ) Han che wai tchoan ; chap. X, p. 4 v°. Le Han che wai tchoan suppose que la conversation qui va suivre eut lieu entre le roi Siuen (342-324), de Ts’i, et le roi Hoei (370-335), de Wei. Comme Se-ma Ts’ien cite (chap. CXXI, p. 3 v°-4 r°) le Che wai tchoan de maître Han, son contemporain, il a pu le lire, et c’est pourquoi cet ouvrage peut être mis au nombre des sources dont s’est inspiré l’historien.

(190. ) C’est-à-dire le roi de Wei (capitale Ta-leang).

(191. ) Pour le roi de Ts’i, les vrais joyaux d’un royaume ce sont les hommes éminents qui font sa grandeur.

(192. ) T’an est un nom de famille ; tse est un terme honorifique qu’on employait en parlant des grands officiers (ta fou).

(193. )  Peut-être faut-il traduire « mes villes méridionales ».

(194. ) D’après Se-ma Tcheng, on compterait parmi les douze seigneurs les princes de Tchou, Kiu, Song et Lou. cf. tome IV, n. 40.383.

(195. ) P’an-tse n’est autre que T’ien P’an qui est mentionné dans le che kia de Tch’ou à la date de 333 (cf. t. IV, p. 385).

(196. ) Cf. tome IV, n. 32.214. Cette ville était à l’Est du pays de Ts’i et se trouvait voisine de l’ancien cours du Hoang ho.

(197. ) Cf. tome IV, n. 32.273. Cette ville était à l’extrême nord du pays de Ts’i.

(198. ) Les gens de Yen et de Tchao redoutent d’être attaqués par Ts’i ; pour attaquer Yen, les soldats de Ts’i seraient sortis par la porte septentrionale de la ville capitale de Ts’i ; pour attaquer Tchao, ils seraient sortis par la porte occidentale ; c’est pourquoi les gens de Ts’i adressent des sacrifices à la porte septentrionale et les gens de Tchao à la porte occidentale, afin d’empêcher qu’elles livrent passage à des armées dirigées contre eux.

(199. ) Non seulement on ne vole pas, mais même on ne ramasse pas les objets qui ont égarés sur la grande route.

(200. ) Capitale de Tchao ; cf. n. 43.101. .

(201. ) Tchan kouo ts’e ; section de Ts’i ; chap. VIII, p. 2 v°.

(202. ) Cf. n. 216.

(203. ) Tchang Cheou-tsie place Siang-ling sur le territoire de la s.-p. de Tseou (préf. de Yen-tcheou, prov. de Chan-tong).

(204. ) Ce texte étant peu clair dans les Mémoires historiques, je vais traduire ici la rédaction du Tchan kouo ts’e qui est plus intelligible :

« Lorsque Han-tan était en péril, Tchao implora le secours de Ts’i. Le prince (dont le nom de famille était) T’ien (c.-à-d. le roi de Ts’i) convoqua ses principaux ministres et délibéra avec eux, disant :

— Vaut-il mieux secourir Tchao ou ne pas le secourir ?

Tseou tse dit :

— Le mieux est de ne pas le secourir.

Toan-kan Luen dit :

— Ne pas le secourir ne serait pas avantageux pour nous.

— Comment cela ? demanda le prince (dont le nom de famille était) T’ien.

— Si le prince de Wei, (répliqua Toan-kan Luen), s’annexe Han-tan, quel profit Ts’i en retirera-t-il ?

Le prince (dont le nom de famille était) T’ien approuva ces paroles ; il leva alors des troupes en disant qu’il allait camper dans la banlieue de Han-tan. Toan-kan Luen dit :

— Lorsque je recherchais ce qui était avantageux et ce qui n’était pas avantageux, ce n’est pas à cela (que je voulais arriver). En effet, si vous secourez Han-tan et que vous campiez dans sa banlieue, il en résultera que Tchao ne sera pas conquis et que Wei restera intact. C’est pourquoi le mieux est d’aller au Sud attaquer Siang-ling pour épuiser Wei, quand Han-tan aura été pris (par Wei), vous profiterez de l’épuisement de Wei ; de cette manière, Tchao aura été détruit et Wei sera affaibli.

Le prince (dont le nom de famille était) T’ien approuva cet avis ; il leva donc des soldats et alla au Sud attaquer Siang-ling ; le septième mois, Han-tan fut pris ; Ts’i profita alors de l’épuisement de Wei et lui fit subir une grande défaite à Koei-ling.

(205. ) Tchan kouo ts’e ; section de Ts’i ; chap. VIII, p. 3 r°.

(206. ) Ici encore, le texte du Tchan kouo ts’e est notablement différent et réunit le passage que nous avons ici avec celui qu’on lira neuf lignes plus bas :

— Tseou Ki, marquis Tch’eng, qui était conseiller de Ts’i, et T’ien Ki, qui était général, ne s’aimaient pas. Kong-suen Han dit à Tseou Ki :

— Pourquoi ne conseillez-vous pas au roi d’attaquer Wei ? Si on est vainqueur, ç’aura été grâce à vos conseils et vous pourrez en tirer de la gloire. Si on est vaincu dans le combat et si T’ien Ki ne s’est pas avancé dans la mêlée et n’est pas mort, on trouvera quelque détour pour le faire périr.

Tseou Ki approuva ce langage et parla au roi pour qu’il envoyât T’ien Ki attaquer Wei. T’ien Ki livra trois combats et remporta trois victoires. Tseou Ki en informa Kong-sien Han : celui-ci envoya alors un homme, tenant en main dix livres d’or, consulter les sorts sur la place publique ; (cet homme) dit :

— Je suis au nombre des gens de T’ien Ki ; (T’ien Ki m’a chargé de dire en son nom :) J’ai livré trois combats et j’ai remporté trois fois la victoire ; ma renommée en impose à tout l’univers ; je désire faire une grande entreprise (c.-à-d. me révolter pour m’emparer du trône de Ts’i) ; les sorts sont-ils propices ou non ?

« Quand celui qui était venu consulter les sorts fut sorti, (Kong-suen Han) ordonna à des gens de se saisir du devin qui lui avait donné cette consultation, et prouva ainsi en présence du roi son accusation. T’ien Ki alors s’enfuit.

(207. ) Tchang Cheou-tsie place Koei-ling à 21 li au N.-E. de la s.-p. de Tch’eng-che (laquelle se trouvait elle-même au S.-O. de la s.-p. actuelle de Kiu ye, préf. de Ts’ao-tcheou, prov. de Chan-tong). Le Tchou chou ki nien écrit Koei-yang (ce qui est fautif), et rapporte cette bataille à la 15e année (354) du roi Hien de la dynastie Tcheou.

(208. ) D’après Se-ma Tcheng, il s’agirait ici d’un grand officier dont le nom de famille serait Meou et l’appellation Sin. Les Tableaux chronologiques font cependant de Meou Sin le nom d’une femme du roi.

(209. ) Tchan kouo ts’e ; section de Ts’i ; chap. VIII, p. 2 v°.

(210. ) Lin-tse était la capitale de Ts’i. Dans le chap. LXXV des Mém. hist., il est dit que T’ien Ki attaqua à l’improviste une ville sur la frontière du pays de Ts’i.

(211. ) Sur le prince de Chang, dont le nom de famille était Kong-suen, et le nom personnel Yang, cf. Mém. hist., chap. LXVIII.

(212. ) Cf. t. I, p. 304, et t. II, p. 66, où ce fait est rapporté à l’année 343.

(213. ) D’après le Kouo ti tche (chap. VI, p. 17 v°), cette ville de Leang était nommée, à l’époque des royaumes combattants, Nan-leang c.-à-d. Leang méridional, pour la distinguer de Ta-leang (K’ai-fong fou) et de Chao-leang (près de Han-tch’eng hien). Nan-leang était à 200 pas au S.-O. de la préf. sec. de Jou, (prov. de Ho-nan), c.-à-d. qu’elle était pratiquement identique à la ville actuelle de Jou. Elle appartenait autrefois aux chefs Man qui avaient le titre de vicomte et qui apparaissent à diverses reprises dans le Tso tchoan (cf. Legge, Chinese Classics, vol. V, prolégomènes, p. 125, § 5). La résidence de ces chefs Man était dans la ville de Ma-tch’eng dont le nom n’est qu’une corruption de la dénomination Ma-tch’eng « la ville des Man » ; Ma-tch’eng se trouvait aussi dans le voisinage de la préf. sec. de Jou.

(214. ) Tchan kouo ts’e ; section de Ts’i ; chap. VIII, p. 2 v°-3 r°.

(215. ) Le Tchan kouo ts’e dit : « le prince dont le nom de famille était T’ien », ce qui n’indique point de quel souverain de Ts’i il est question. Il est douteux que Se-ma Ts’ien ait raison en datant ce texte du Tchan kouo ts’e de la seconde année (341) du roi Siuen. D’après le Tchou chou ki nien, en effet, c’est la 26e année (343) du roi Hien de la dynastie Tcheou, que l’armée de Wei combattit à Ma-ling contre T’ien P’an, général de Ts’i.

(216. ) Cette phrase ne se retrouve pas ici dans le Tchan kouo ts’e ; cf. p. 240, lignes 1-2 et n. 156. C’est dans la délibération relative aux secours demandés par Tchao, délibération qui précède immédiatement celle qui est relative aux secours demandés par Han, que le Tchan kouo ts’e (chap. VIII, p. 2 v°) cite la réponse de Tseou Ki. Cf. n. 204.

(217. ) Le Tchan kouo ts’e dit : Tchang Mien. Cf. n. 157.

(218. ) D’après Se-ma Tcheng, il s’agirait ici de Suen Pin. Le Tchan kouo ts’e met ces paroles dans la bouche de T’ien Tch’en-se. D’après le commentateur Ou Che-tao, Se-ma Tcheng dit, dans son commentaire Souo yn, que le Tchan kouo ts’e donne la leçon T’ien K’i-se ; ceci prouve une fois de plus que Se-ma Tcheng connaissait un texte du Tchan kouo ts’e différent de celui que nous avons aujourd’hui et sur lequel déjà Ou Che-tao faisait son commentaire à l’époque mongole.

(219. ) C’est nous qui aurons besoin du secours de Han, et qui devrons par conséquent subir ses conditions.

(220. ) Tchan kouo ts’e : « D’ailleurs Wei a résolu de détruire Han ».

(221. ) Ou Che-tao discute la question controversée de l’emplacement de Ma-ling et se rattache à l’opinion de Yu Hi qui le met à 60 li au N.-E. de la ville de Kiuen (préf. sec. de P’ou, préf. de Ts’ao-tcheou, prov. de Chan-tong).

(222. ) Tchao, Wei, Han.

(223. ) Le Kouo ti tche (chap. VII, p. 3 r°) place l’ancienne ville de Po-wang à 45 li au S,-E. de la s.-p. de Hiang-tch’eng laquelle se trouvait au S. de la s.-p. actuelle du Nan-tchao (préf. de Nan-yang, prov. de Ho-nan).

(224. ) Cf. n. 44.201. .

(225. ) Cf. n. 43.257. .

(226. ) Se-ma Tcheng signale ici encore la grave divergence qui existe entre Se-ma Ts’ien et le Tchou chou ki nien au sujet du roi Hoei. Cf. n. 44.205. .

(227. ) Cf. tome IV, n. 33.245.

(228. ) Cf. t. IV, n. 33.245.

(229. ) Cf. p. 64, lignes 1-4.

(230. ) Cf. Mém. hist., chapitre LXXIV. Dans le chapitre sur les monuments de la littérature (I wen tche : chap. XX, p. 13 v°), le Ts’ien Han chou cite le livre de Tseou-tse, en 49 chap. et le Tseou tse tchong che en 56 chap. Une addition en petits caractères nous apprend que Tseou-tse avait pour nom personnel Yen ; qu’il était originaire du pays de Ts’i, qu’il fut le maître du roi Tchao de Yen, qu’il fut au nombre des (savants qui se rassemblaient) au pied de (la porte) Tsi (cf. plus loin, n. 236), enfin qu’on le surnomma « Yen divin dans la discussion ». Ces deux ouvrages de Tseou Yen sont classés par le Ts’ien Han chou dans l’école du yn et du yang.

(231. ) Cf. Mém. hist., chap. LXXIV.

(232. ) Le I wen tche du Ts’ien Han chou (chap. XXX, p. 12 v°) cite l’ouvrage de T’ien-tse en 25 chapitres, qu’il range dans l’école du tao. Il ajoute que T’ien-tse avait pour nom personnel P’ien, qu’il était originaire du pays de Ts’i, qu’il fut au nombre des voyageurs (qui se rassemblaient) au pied de (la porte) Tsi (voyez plus bas, n. 236), et qu’il eut le surnom de « P’ien à la bouche divine ». Ce surnom, dit le Ts’i lio de Lieou Hiang cité dans le Che ki p’ing lin, lui fut décerné à cause de son habileté dans la discussion.

(233. ) D’après Tchang Cheou tsie, le I wen tche du Ts’ien Han chou citerait le livre de Tsie Yu en 2 chapitres au nombre des ouvrages de l’école du tao. Mais je ne trouve mentionné dans le I wen tche (p. 13 r°) que le livre en 2 chapitres d’un certain Tsie-tse qui est de l’époque de l’empereur Ou, de la dynastie Han, et ne doit donc pas être confondu avec Tsie Yu.

(234. ) Dans le I wen tche du Ts’ien Han chou (p. 14 v°) on trouve rappelé, parmi les ouvrages de l’école des lois, le livre de Chen tse en 42 chapitres.

(235. ) Dans le chap. LXXIV (p. 2 v°) des Mém. hist., on voit que Hoan Yuen composa son livre en 2 chapitres. On remarquera que, dans cette énumération, ne figure pas le nom de Mencius qui cependant eut de nombreuses conversations avec le roi Siuen ; cette omission s’explique si on remarque que les relations de Mencius et du roi se tendirent assez rapidement et aboutirent à une rupture ; cf. Legge, C. C., t. II, prolég., p. 25-29.

(236. ) Cette expression que nous avons eu déjà l’occasion de mentionner dans des notes précédentes (cf. n. 230 et n. 232) est expliquée dans le Pie lou de Lieou Hiang (cité par P’ei Yn) de la manière suivante : [a][b] Tsi men était le nom d’une des portes de la capitale du royaume de Ts’i ; les discoureurs se donnaient rendez- vous au pied de cette porte. D’après Se-ma Tcheng, qui se fonde sur le Ts’i, la porte Tsi était la porte occidentale de la capitale ; comme elle était à côté de [c] la rivière, on la nomma la porte Tsi, à cause de la prononciation analogue des mots [a] et [c]. Cette hypothèse me paraît d’ailleurs peu vraisemblable. Se-ma Tcheng cite encore l’opinion d’un certain Yu Hi : dans le pays de Ts’i, dit cet auteur, il y avait une montagne appelée la montagne Tsi au pied de laquelle on avait construit une hôtellerie pour y recevoir les sophistes voyageurs.

(237. ) Cf. tome II, n. 05.357.

(238. ) Cf. n. 44.221. .

(239. ) Cf. tome II, n. 07.135. T’ien Yng est aussi connu sous son nom posthume de prince de Tsing-kouo (cf. Mém. hist., chap. LXXV). — D’après le Tchan kouo ts’e (chap. VIII, section de Ts’i), lorsque le roi de Ts’i voulut donner Sie en fief à T’ien Yng, le roi de Tch’ou en fut irrité et se disposait à s’y opposer lorsqu’un certain Kong-suen Han le fit changer d’avis en lui montrant que le roi de Ts’i s’affaiblissait lui-même lorsqu’il détachait de ses possessions une ville importante pour la donner à T’ien Yng.

(240. ) Cette localité est aussi appelée Koan-tsin. Cf. n. 44.226. .

(241. ) Cf. tome II, n. 05.375.

(242. ) Général de Tch’ou ; cf. t. II, p. 74.

(243. ) Haut dignitaire du pays de Ts’i.

(244. ) Sans doute, la porte de la ville ; peut-être s’agit-il de la porte Tsi (cf. n. 236).

(245. ) Han P’ing était conseiller de Han ; Tchang I était conseiller de Ts’in. Le prince de Wei s’adresse à ces deux hommes pour qu’ils conseillent aux princes de Han et de Ts’in de le secourir contre Ts’i.

(246. ) Tchou-tsao devait être une ville de Wei ; Siu Koang la place dans la commanderie de Tsi-yn (dont le centre administratif était à 4 li au N.-O. de la s.-p. de Ting-t’ao, préf. de Ts’ao-tcheou, prov. de Chan-tong).

(247. ) Si Han et Ts’in viennent à son secours.

(248. ) Il me semble que la suite des idées exigerait qu’on dît : « Le prince de Wei se détournera de Han et de Ts’in pour suivre Ts’i ». En effet, le prince de Wei ayant vainement imploré le secours de Han et de Ts’in, fera soudain volte-face et acceptera les conditions de paix que lui imposera Ts’i.

(249. ) Le prince de Ts’in n’aura plus aucun besoin des conseils de Tchang I, puisque Tchang I l’invitait à secourir Wei et que cette politique est rendue impossible par le changement d’attitude de Wei.

(250. ) Tandis qu’auparavant Ts’i luttait contre Wei, et Tch’ou, contre Ts’in, maintenant au contraire (si on admet la correction proposée dans la note 248) Wei s’est soumis à Ts’i, et Ts’in, n’ayant plus à intervenir en sa faveur, est devenu l’ami de Ts’i et de Tch’ou. Dans ce cas, Ts’i aura remporté un succès complet.

(251. ) T’ien Tchen fait observer à son interlocuteur que son raisonnement suppose que Han et Ts’in ont refusé de venir au secours de Wei ; mais si Han et T’sin viennent au secours de Wei, que va-t-il se passer ?

(252. ) On ne voit pas bien ce que Song vient faire dans cette galère.

(253. ) Ts’in, Han et Wei.

(254. ) K’iu Kai était le général de Tch’ou qui venait d’être battu par Ts’in.

(255. ) Cf. n. 253.

(256. ) Le royaume de Wei.

(257. ) Il faut lire [], comme dans l’édition japonaise du Che ki p’ing lin, et non [], comme dans l’édition de Chang-hai. Si je comprends bien ce texte fort embrouillé, Tchang I veut dire que, en secourant Wei, le roi de Ts’in se sera substitué au Fils du Ciel dont la capitale (Lo-yang) était dans la région de San-tch’oan (cf. n. 45.184. ), car il aura fait précisément ce qu’aurait dû faire le Fils du Ciel.

(258. ) C’est Sou Tai qui parle en s’adressant à T’ien Tchen, conseiller de Ts’i.

(259. ) Cf. n. 45.184. , où le mot est expliqué de la même manière. Le sens semble être que le roi de Ts’in pourra se vanter auprès du Fils du Ciel (dont la capitale était dans le San-tch’oan) d’avoir rétabli le bon ordre dans l’empire et pourra obtenir le titre d’hégémon.

(260. ) Pourquoi Han Ping, qui était conseiller de Han, apparaît-il maintenant comme conseiller de Ts’in, c’est ce que je renonce à comprendre. Tout ce qui suit est fort obscur.

(261. ) Il aura obtenu que le prince de Wei vienne à lui.

(262. ) Sou Tai s’adresse à T’ien Tchen.

(263. ) Le mot [] désigne la double planchette de bois sur laquelle on inscrivait un compte ; ainsi, dans les Annales principales de Kao-tsou (t. II, p. 327, lignes 1 et 2), on lit l’histoire de deux marchandes qui « brisaient leur compte », c.-à-d. qui annulaient leurs factures. La planchette de droite était entre les mains de celui qui avait reçu une marchandise ; la planchette de gauche appartenait à celui qui l’avait livrée et qui était par conséquent le créancier. C’est ainsi que le Tao king (§ 79) compare le sage qui répand ses bienfaits sur les hommes sans demander aucun paiement, à un créancier qui « tient la moitié de gauche du contrat et qui ne réclame rien aux autres ». La phrase que nous avons ici dans les Mémoires historiques est toute semblable. En d’autres termes, Ts’i aura rendu service à Ts’in et à Han en leur faisant acquérir des territoires ; il sera donc dans la posture d’un créancier qui tient en main la partie gauche du contrat pour prouver qu’il a droit à un paiement.

(264. ) C’est-à-dire Tchang I.

(265. ) Les Tableaux chronologiques et le Che kia de Tch’ou rapportent ces événements à l’année 301 ; cf. tome IV, n. 40.333.

(266. ) Cf. tome II, n. 05.394.

(267. ) T’ien Wen, prince de Mong-tch’ang, était le fils de T’ien Yng et avait hérité de son père le fief de Sie (cf. n. 44.241. ). Sa biographie se trouve dans le chap. LXV des Mém. hist.

(268. ) Cf. Mém. hist., chap LXXV.

(269. ) Cf. n. 44.255. .

(270. ) Cf. n. 44.256. .

(271. ) Cf. p. 94-95.

(272. ) Cf. p. 89. C’est en 296 que le Tchong-chan fut anéanti.

(273. ) Tchan kouo ts’e : section de Ts’i ; chap. XI, p. 5 r°-v°.

(274. ) L’édition du Tchan kouo ts’e de l’époque des Yuen et l’édition de Yao Hong en 1145 (réimpression de Chang-hai 1896) donnent la leçon fautive « Sou Ts’in ». L’édition de 1581 écrit « Sou tse », ce qui ne préjuge rien. La leçon « Sou Tai » des Mémoires historiques est correcte.

(275. ) Le Tchan kouo ts’e dit « la porte méridionale Tchang-hoa » (Hoa-tchang, d’après la leçon de l’édition de 1145). Mais cette leçon est fautive, car le Kouo ti che, cité par Ou Che-tao, nous informe que, dans la ville de Ts’i (c.-à-d. à Lin-tse, capitale de Ts’i) à l’Est, il y a la porte Lu et les portes Ou-lou et Tchang-hoa. le commentaire de Tchang Cheou-tsie me paraît citer inexactement le texte du Kouo ti tche en disant : Dans la ville de Ts’i, à l’Est de Tchang-hoa, il y a la porte Lu et la porte Ou-lou.

(276. ) Le titre d’empereur restera intact, soit que vous laissiez Ts’in s’en parer le premier, soit que vous prétendiez l’assumer en même temps que lui.

(277. ) Le prince Yen, de Song, commettait de telles orgies qu’on lui avait donné le surnom de Kie Song, c’est-à-dire Song semblable à Kie, le souverain dont les crimes amenèrent la chute de la dynastie Hia ; cf. tome IV, n. 38.206.

(278. ) La capitale du royaume de Song correspond à la s.-p. actuelle de Chang-k’ieou (préf. de Koei-, prov. de Ho-nan).

(279. ) P’ou-yang était la capitale des princes de Wei, et d’ailleurs le seul territoire qui leur fût resté ; cf. tome IV, n. 37.101.

(280. ) Tong-ngo (cf. n. 43.267. ) ; comme cette ville appartenait alors à Tchao et qu’elle était située dans l’Est de ce royaume, on l’appelait « le royaume oriental », c.-à-d. la partie orientale du royaume : Le Tchan kouo ts’e écrit « la partie (du royaume) de Tchao qui est à l’Est du Ho sera en danger ».

(281. ) T’ao, qui est aujourd’hui la s.-p. de Tsing-t’ao, et P’ing-lou, qui était au N. de la s.-p. de Wen-chang (cf. tome III, n. 28.203), étaient toutes deux à l’Est de Ta-leang (K’ai-fong fou), capitale du royaume de Wei. Si Ts’i s’emparait de T’ao et de P’ing-lou, le roi de Wei, sentant l’ennemi si proche, n’oserait plus ouvrir les portes de sa ville.

(282. ) Le Kouo ti tche (chap. VI, p. 2 r°) place Sin-tch’eng sur le territoire de la s.-p. de Song-tch’eng (laquelle se trouvait au S. de la s.-p. actuelle de Chang-k’ieou, préf. de Koei-, prov. de Ho-nan).

(283. ) D’après le Kouo ti tche (chap. VI, p. 6 v°), Yang-tsin était à 37 li au N.-O. de la s.-p. de Tch’eng-che (laquelle se trouvait au S.-O. de la s.-p.. actuelle de Kiu-ye, préf. de Ts’ao-tcheou, prov. de Chan-tong).

(284. ) Il semble que ce Han Nie était le général ou le conseiller de Ts’i.

(285. ) C’est-à-dire : s’il s’annexe tout le territoire de Song.

(286. ) En 286, en effet, Wei offrit à Ts’in la ville de Ngan-i (cf. t. II, p. 84).

(287. ) Cf. p. 2, lignes 13-19.

(288. ) Si les dispositions de Ts’i ne vous sont pas bien connues, c’est que tous les autres États ont intérêt à vous les montrer sous un faux jour.

(289. ) D’après Se-ma Tcheng, le Tchan kouo ts’e écrirait [] au lieu de [] ; il faudrait alors traduire : « le territoire Song ne pourra pas jouir du calme ». Cette remarque de Se-ma Tcheng prouve qu’il connaissait une édition du Tchan kouo ts’e où figurait le texte que je ne puis pas retrouver dans les éditions de 1581 et de 1896 du Tchan kouo ts’e.

(290. ) Les plus âgés, et par suite les plus expérimentés, parmi les sophistes qui voyageaient de pays en pays pour proposer aux princes leurs plans machiavéliques.

(291. ) C’est-à-dire : se succédant à intervalles rapprochés sur les routes.

(292. ) Cf. tome IV, n. 39.238.

(293. ) Cf. n. 194, et t. IV, p. 407.

(294. ) Se-ma Ts’ien omet ici de rappeler que le roi de Yen fut l’instigateur de l’attaque dirigée contre Ts’i et qu’il ne fit d’ailleurs que venger la grande défaite infligée au roi son père par Ts’i en l’an 314 ; cf. t. IV, p. 143 et suiv.

(295. ) Le mot [] est insuffisant ; il faut suppléer, après ce mot, le mot [] « les soldats ».

(296. ) Capitale de Ts’i ; cf. n. 101.

(297. ) Cf. tome IV, n. 31.209. Tseou et Lou, quoique formant deux principautés distinctes, étaient fort voisins l’un de l’autre ; aussi sont-ils souvent, comme ici, nommés de compagnie ; cf. tome IV, n. 40.398.

(298. ) Cf. tome IV, n. 32.140. Kiu était une ville de Ts’i dont Yen n’avait pu s’emparer. Nous lisons en effet dans le Tchan kouo ts’e (chap. XIII, p. 1 v° ; section de Ts’i) :

« Yen attaqua Ts’i et lui prit soixante-dix villes ; seules, les villes de Kiu et Tsi-mo ne se rendirent pas.

(299. ) Tout ceci est assez obscur. Le texte suivant du Tchan kouo ts’e (chap. XIII, p. 1 r°) nous fournit quelques indications nouvelles qui ne suffisent pas cependant à tout éclaircir :

« Parmi les gens du peuple qui habitaient les faubourgs de (la capitale de) Ts’i, il y avait un certain Hou Hiuen qui énonçait ouvertement ses critiques ; le roi Min le fit décapiter dans le carrefour de T’an. La population cessa d’être attachée au (roi de) Ts’i. Un certain Tch’en Kiu, qui était un membre d’une famille issue d’un petit-fils de souverain 1, dit franchement :

— (Le roi) a tué cet homme à Tong-lu ; la famille royale n’est plus de cœur avec lui.

Se-ma Jang-ts’iu 2 était à la tête du gouvernement ; (le roi Min) le tua ; les principaux ministres ne furent plus attachés (au roi). C’est pourquoi (le roi de) Yen leva des soldats, mit à leur tête le prince de Tch’ang-kouo 3 et l’envoya attaquer (Ts’i). (Le roi de) Ts’i chargea Hiang tse de prendre le commandement de ses troupes pour lui tenir tête. L’armée de Ts’i fut défaite ; Hiang tse s’enfuit avec un seul char ; Ta tse recueillit les soldats qui restaient et les remit en campagne ; il combattit contre Yen ; il demanda à recevoir quelque récompense ; le roi Min ne voulut point lui en accorder. L’armée fut battue et se débanda. Le roi s’enfuit (dans la ville de) Kiu. Nao Tch’e lui fit des remontrances, disant :

— Entre Ts’ien-tch’eng et Po-tch’ang 4 sur une superficie de plusieurs centaines de li, il a plu du sang qui a mouillé les vêtements ; ô roi, le savez-vous ?

Le roi dit :

— Je l’ignorais.

(Nao Tch’e reprit) :

— Entre Yng et Po 1, la terre s’est fendue jusqu’aux sources 2 ; ô roi, le savez-vous ?

— Je l’ignorais, dit le roi.

(Nao Tch’e dit encore) :

— Il y a des gens qui devant la porte de votre palais se lamentent ; quand on les cherche, on ne les trouve pas ; quand on s’éloigne, on entend leurs voix ; ô roi, le savez-vous ?

— Je l’ignorais, répondit le roi.

Nao Tch’e dit :

— Quand le Ciel fait pleuvoir du sang jusqu’à en mouiller les vêtements, c’est le Ciel qui ainsi vous accuse ; quand la Terre se fend jusqu’aux sources, c’est la Terre qui ainsi vous accuse ; quand il y a des hommes qui se lamentent devant la porte de votre palais, c’est l’Homme qui ainsi vous accuse. Ainsi, le Ciel, la Terre et l’Homme vous accusent tous trois et vous ignorez leurs avertissements ! Comment pourriez-vous éviter le dernier supplice ?

Alors il tua le roi Min dans le quartier de Kou 3 . L’héritier présomptif quitta ses tuniques et enleva ses habits et se réfugia dans la famille du t’ai-che où il fut occupé à arroser le jardin ; la fille du t’ai-che, dame Heou, qui fut (plus tard) la reine Heou, reconnut qu’il était un homme de haute condition et le traita fort bien. T’ien Tan, grâce à la ville de Tsi-mo 4 et à ce qui restait des soldats précédemment battus et fugitifs, vainquit les soldats de Yen et fit tomber dans une embûche Ki Kie 5 ; il reconstitua le royaume de Ts’i ; il se hâta d’aller chercher à Kiu l’héritier présomptif et le nomma roi. Quand le roi Siang fut monté sur le trône, la reine Heou devint reine 6 ; elle enfanta Kien, roi de Ts’i ».

(300. ) Tchan kouo ts’e : section de Ts’i ; chap. XIII, p. 4r°-v°.

(301. ) [a][b][c]Cette fille du t’ai -che s’appelait dame Heou ; quand elle fut devenue reine, on ne put lui donner le titre ordinaire de [b][c], car alors il aurait fallu répéter le mot [c] et l’appeler [b][c][c], ce qui eût été inintelligible ; on substitua donc le titre de [a][b], à celui de [b][c] (note de l’édition de 1581 du Tchan kouo ts’e).

(302. ) Le Tchan kouo ts’e ajoute ici ce qui suit :

« A la mort du roi Siang, son fils, Kien, monta sur le trône et fut roi de Ts’i. La reine Heou servit Ts’in avec attention et fut de bonne foi envers les seigneurs ; c’est pourquoi Kien régna pendant plus de quarante ans sans avoir à souffrir de la guerre. Ts’in Che-hoang envoya un jour un émissaire offrir à la reine Heou des anneaux de jade entrelacés en disant :

— A Ts’i on est fort savant ; mais peut-on détacher ces anneaux ?

La reine Heou les montra à ses officiers assemblés, mais ils ne surent pas les détacher. La reine Heou prit un marteau et en frappa les anneaux qu’elle brisa ; puis elle remercia l’envoyé de Ts’in en lui disant :

— J’ai eu soin de les détacher. (Cf. l’anecdote d’Alexandre le Grand et du nœud gordien).


Quand la reine Heou fut malade et près de mourir, elle avertit Kien en lui disant :

— Parmi nos officiers, ceux qui sont dignes d’être employés par vous sont tels et tels.

Kien dit :

— Permettez-moi d’écrire leurs noms.

— Fort bien, répondit la reine Heou.

(Kien) prit un style et une tablette pour recueillir ses paroles, mais la reine Heou dit :

— Moi, vieille femme, je suis morte.

Après la mort de la reine Heou, Heou Cheng devint conseiller de Ts’i ; il reçut en grande quantité de l’or et des objets précieux que Ts’in lui donnait secrètement ; il envoya dans le pays de Ts’in des étrangers qui (à leur retour), tenaient tous des discours mensongers pour exhorter le roi à rendre hommage à Ts’in et à ne pas faire de préparatifs de guerre.

(303. ) Ngan-p’ing, dit Tchang Cheou-tsie, était à 19 li à l’E. de la s.-p. de Lin-tse (préf. de Ts’ing-tcheou, prov. de Chan-tong) ; c’était autrefois la ville de Hi qui appartenait à la principauté de Ki.

(304. ) Cf. tome II, n. 05.464.

(305. ) D’après Se-ma tcheng, le Tchan kouo ts’e placerait ce discours dans la bouche de Sou Ts’in, ce qui est une erreur, car, à cette époque, Sou Ts’in était mort depuis longtemps. En outre, le Tchan kouo ts’e substituerait dans tout ce texte le nom du royaume de Yen à celui du royaume de Tch’ou. Je n’ai pas retrouvé dans le Tchan kouo ts’e le passage auquel fait allusion Se-ma Tcheng.

(306. ) Dans les Annales principales des Tcheou on lit (t. I, p. 317-318) que ce fut sept années après l’année 256 que le roi Tchoang-siang anéantit les Tcheou orientaux et les Tcheou occidentaux. Il est certain que cet événement eut lieu la première année du roi Tchoang-siang ; mais c’est une question de savoir si cette première année correspond à l’année 249 ou à l’année 250. D’après les Tableaux chronologiques, qui n’attribuent que trois années de règne au roi Tchoang-siang, ce roi dut commencer à régner en 249 ; mais si l’on s’en rapporte aux Annales principales des Ts’in qui font durer ce règne pendant quatre années, il faut dire que la première année du roi Tchoang-siang est l’année 250 (cf. tome II, p. 96, n. 3).

(307. ) Cf. p. 275, dernière ligne.

(308. ) Cf. n. 44.380. .

(309. ) Le futur Ts’in Che-hoang-ti.

(310. ) Il ne peut être question ici de la montagne Li qui se trouvait dans la s.-p. actuelle de Yong-tsi (préf. de P’ou-tcheou, prov. de Chan-si). Je ne crois pas non plus qu’il s’agisse de la ville de Li, qui fut une sous-préfecture à l’époque des Han, et qui était au nord de la s.-p. actuelle de Kou-tch’eng (préf. de Ho-kien, prov. de Tche-li). Peut-être faut-il admettre que Li désigne ici l’ancienne sous-préfecture de Li-tch’eng qui porte aujourd’hui encore ce nom (préf. de Tsi-nan, prov. de Chan-tong).

(311. ) Kong fut, sous les T’ang, la s.-p. de Kong-tch’eng ; c’est aujourd’hui la s.-p. de Hoei (préf. de Wei-hoei, prov. de Ho-nan).

(312. ) Cf. p. 276, lignes 2-5 de la note 302.

(313. ) Cf. n. 311.

(314. ) L’étranger auquel il est fait allusion est Tch’en Tch’e qui sut attirer dans le pays de Ts’in le roi de Ts’i, et qui le fit interner à Kong dans un bois d’arbres funéraires où il mourut de faim, comme nous l’apprenons par le passage suivant du Tchan kouo ts’e (chap. XIII, p. 4 v°-5 r°) :

« Quand Kien, roi de Ts’i, (se disposait à) aller rendre hommage au (roi de) Ts’in, le se-ma de la porte Yong s’avança et lui dit :

— Quand on met un roi sur le trône, est-ce pour les dieux du sol et des moissons, ou est-ce pour le roi lui-même qu’on le nomme roi ?

— C’est pour les dieux du sol et des moissons, répondit le roi.

Le se-ma reprit :

— Si on le nomme roi pour les dieux du sol et des moissons, pourquoi, ô roi, abandonnez-vous vos dieux du sol et des moissons pour aller auprès de Ts’in ?

Le roi fit tourner son char et revint à Tsi-mo. Le gouverneur de Tsi-mo, apprenant que le se-ma de la porte Yong lui avait adressé des remontrances et avait été écouté, pensa que le (roi) pouvait être conseillé. Il se rendit donc en présence du roi de Ts’i et lui dit :

— Le territoire de Ts’i a une superficie de plusieurs milliers de li ; il a plusieurs millions d’hommes capables de porter la cuirasse ; or les grands officiers des trois Tsin sont tous mal disposés pour Ts’in et ceux qui se trouvent entre Ngo et Kiuen sont au nombre d’une centaine. Si, ô roi, vous les accueillez et si vous leur donnez une multitude d’un million d’hommes, vous ferez qu’ils recouvreront l’ancien territoire des trois Tsin et alors la passe de Lin-tsin pourra être franchie. Les grands officiers de Yen-yng (ancienne capitale de Tch’ou, prise par Ts’in en 278) qui ne désirent pas agir en faveur de Ts’in et qui se trouvent au pied et au sud de notre muraille sont au nombre d’une centaine ; si vous les accueillez et si vous leur donnez une armée d’un million d’hommes, vous ferez qu’ils récupéreront l’ancien territoire de Tch’ou, et la passe Ou pourra être franchie. De cette manière le prestige de Ts’i pourra être établi et le royaume de Ts’in pourra être ruiné. D’ailleurs, renoncer à vous tourner le visage vers le Sud pour donner des ordres souverains, et vous tourner vers l’Ouest pour servir Ts’in, je pense, ô grand roi, que vous ne sauriez vous y résoudre.

Le roi de Ts’i n’écouta pas ces avis. (Le roi de) Ts’in envoya Tch’en Tch’e attirer le roi de Ts’i par de fausses promesses et le faire entrer (dans le pays de Ts’in) en lui garantissant le don d’un territoire de cinq cents li. Le roi de Ts’i n’écouta pas le gouverneur de Tsi-mo et crut aux paroles de Tch’en Tch’e ; il se rendit donc dans le pays de Ts’in ; on le plaça à Kong dans un bois de pins et de cyprès où il mourut de faim. Avant (qu’il fût mort), les gens de Ts’i firent sur lui une chanson ainsi conçue :

« Parmi les pins, parmi les cyprès, celui qui a établi Kien à Kong, c’est l’étranger ».

(315. ) Cf. p. 225, lignes 1-14.

(316. ) Cf. p. 227, lignes 6-18.

(317. ) Dans la prédiction telle que nous l’avons actuellement, il n’est pas question de révolte. — Les événements auxquels fait allusion Se-ma Ts’ien sont sans doute l’assassinat de Yen Jou-tse à l’instigation de T’ien K’i (489), et celui du duc Kien lors de la révolte de T’ien Tch’ang (481). Se-ma Tcheng prétend cependant que le premier des deux princes assassinés est le duc Tao, et non Yen Jou-tse ; cette opinion est sans doute dictée au commentateur par la considération que Yen Jou-tse n’eut pas de nom posthume et ne fut pas véritablement duc de Ts’i ; mais elle ne peut guère se soutenir, car le duc Tao fut tué par Pao Mou en 485, et T’ien K’i, qui était déjà mort à cette époque, ne peut être rendu responsable de ce meurtre.