Mémoires historiques/Note Ch. 47

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Note additionnelle au chapitre XLVII
Sur la biographie de Confucius
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Note additionnelle au chapitre XLVII


p.436 La biographie de Confucius est un des chapitres les plus importants des Mémoires historiques. Se-ma Ts’ien lui-même a bien compris l’influence considérable que Confucius a exercée dans le monde et c’est pourquoi il a réservé à ce sage qui fut investi d’une véritable royauté intellectuelle et morale un des chapitres qui sont affectés aux maisons seigneuriales. On a donc tort de représenter Se-ma Ts’ien comme ayant préféré les enseignements de Lao tse à la doctrine de Confucius ; telle avait pu être l’opinion de son père Se-ma T’an, mais, pour lui, il sut reconnaître en Confucius le prince de la pensée chinoise, et l’éloge qu’il fait de lui à la fin des pages qu’il lui a consacrées témoigne de la profonde vénération qu’il lui avait vouée (639).

Pour écrire la biographie de Confucius, Se-ma Ts’ien dut soumettre à un examen critique les documents nombreux et divers dont il disposait et les arranger suivant un plan qui lui est entièrement personnel ; cette biographie en effet n’existait pas avant lui ; il est le premier à l’avoir constituée ; quels que soient les défauts de son essai de systématisation, on devra toujours en tenir compte, car c’est à travers le texte de Se-ma Ts’ien que nous voyons encore aujourd’hui la vie de Confucius. Les matériaux que Se-ma Ts’ien trouvait sous sa main étaient de deux sortes. d’une part, les Commentaires du Tch’oen ts’ieou, et plus particulièrement le Tso tchoan, lui fournissaient, avec certaines indications se rapportant à Confucius lui-même, le récit chronologique des événements qui se passèrent de son temps ; d’autre part, une grande quantité de propos attribués à Confucius étaient, soit groupés en recueil, soit épars dans la littérature et quelques-uns d’entre eux étaient p.437 susceptibles d’être replacés dans leur cadre historique et de figurer dans une biographie. Une étude attentive de ce chapitre nous révèle comment Se-ma Ts’ien s’est inspiré de cette double série de témoignages.

Pour ce qui est des Commentaires du Tch’oen ts’ieou, Se-ma Ts’ien paraît en avoir extrait tous les renseignements qu’ils étaient susceptibles de fournir. Cependant, il commet parfois des inadvertances : c’est ainsi qu’il rapporte à l’année 535 la mort de Mong Hi-tse parce qu’il n’a pas remarqué que le Tso tchoan relate par anticipation à cette date une anecdote qui doit être placée en 518 ; l’historien est donc amené à dire faussement que Confucius était âgé de 17 ans quand il fut désigné par Mong Hi-tse pour être le conseiller de son fils ; en réalité, Confucius était alors un homme de 34 ans (640). En outre, Se-ma Ts’ien ne s’est pas servi exclusivement du Tso tchoan ; il a également mis à contribution les Commentaires de Kong-yang et de Kou-leang quoiqu’ils aient moins d’autorité ; c’est dans ces deux derniers ouvrages que, lorsqu’il raconte l’entrevue des princes de Lou et de Ts’i à Kia-kou en 500 av. J.-C., il recueille certains détails peut-être suspects que le Tso tchoan avait cru devoir omettre (641).

C’est surtout dans l’interprétation et l’agencement des propos ou logia attribués à Confucius que l’intervention de Se-ma Ts’ien est sensible. Ces propos peuvent être répartis en deux groupes suivant qu’ils ont été recueillis par l’école de Confucius ou qu’ils émanent d’ouvrages étrangers à cette école. Le premier groupe se distingue nettement du second par une certaine homogénéité de langage et de doctrine, et la différence entre les deux séries de témoignages est fort visible dans l’assemblage qu’en fait Se-ma Ts’ien.

Si nous considérons d’abord le second groupe, nous voyons l’historien tirer du Kouo yu trois textes dans lesquels Confucius nous apparaît comme donnant des explications au sujet d’êtres ou d’objet merveilleux (642), p.438 ce qui est en contradiction formelle avec l’affirmation du Luen yu que le Maître ne discourait pas sur les prodiges (643) ; un de ces textes est d’ailleurs assigné à une date manifestement erronée (644). A Yen-tse (ou Yen Yng), mort en 493 av. J.-C.), Se-ma Ts’ien emprunte une des critiques les plus pénétrantes qui aient jamais été faites de la doctrine des lettrés (645), à telle enseigne que Mo-tse (ou Mo Ti) a eu soin de la recueillir dans le chapitre où il combat les lettrés. A quelque auteur taoïste aujourd’hui perdu, il demande un récit de cette fameuse entrevue de Lao-tse et de Confucius (646) qui est la scène probablement fictive que l’école taoïste a souvent choisie pour opposer triomphalement ses théories à celles de ses rivaux (647). Enfin dans l’ouvrage de Han Yng, qui était contemporain de Se-ma T’an, Se-ma Ts’ien prend une anecdote peu vraisemblable qui représente Confucius comme doué d’une sorte de faculté surnaturelle de divination en matière de musique (648). Se-ma Ts’ien aurait pu aisément multiplier ces textes qui sentent l’hérésie, car ils abondent dans la littérature non-confucéenne (649) ; c’est du moins chose remarquable qu’il ait cru devoir accueillir dans son œuvre quelques-uns d’entre eux. Sa bonne foi d’historien ne lui permettait pas en effet de négliger entièrement des traditions qui étaient fort répandues ; mais il ne leur a fait que de discrets emprunts parce qu’il devait sentir que la légende ou l’esprit de polémique y jouaient p.439 un trop grand rôle. Nous voyons ici de près comment fonctionne sa méthode critique qui, s’abstenant de jamais modifier un témoignage pour dégager par une discussion raisonnée l’âme de vérité qu’il renferme, se borne à opérer dans les livres des prélèvements plus ou moins considérables suivant le degré de crédit qu’elle leur accorde.

Entre les textes non-confucéens et les textes confucéens, il faut faire une place à part à deux ouvrages dont certains passages se retrouvent dans le chapitre XLVII de Se-ma Ts’ien ; ce sont le Kia yu (650) et le Li ki. Il serait difficile de considérer le Kia yu actuel comme une des sources auxquelles puisa Se-ma Ts’ien ; déjà Yen Che-kou (579-645) déclarait que le Kia yu qu’il connaissait n’avait rien de commun avec l’ouvrage malheureusement perdu qui est catalogué sous ce nom dans le Ts’ien Han chou (chapitre XXX, p. 7 r°), et la critique chinoise moderne s’accorde à reconnaître dans le Kia yu actuel l’œuvre de Wang Sou, mort en 256 de notre ère. Mais, si le Kia yu n’a reçu sa forme définitive que trois siècles environ après la publication des Mémoires historiques. et si par conséquent on ne peut le regarder comme une des sources de Se-ma Ts’ien, il serait également faux de soutenir la proposition inverse et de dire que c’est Wang Sou qui a fait des emprunts directs à Se-ma Ts’ien. Il semble plutôt que Wang Sou ait recueilli un certain nombre de documents plus anciens qui avaient déjà été utilisés par son illustre prédécesseur ; les variantes que présentent les deux rédactions des Mémoires historiques d’une part et du Kia yu d’autre part prouvent qu’elles sont indépendantes l’une de l’autre ; peut-être leur source commune est-elle précisément ce Kia yu aujourd’hui perdu qui apparaît dans le catalogue littéraire du p.440 Ts’ien Han chou. Une conclusion analogue s’impose lorsqu’il s’agit du Li ki dont les recensions successives se poursuivirent jusqu’au premier et au second siècle de notre ère ; les points de contact entre le texte du Li ki et celui des Mémoires historiques sont d’ailleurs peu nombreux et n’atteignent à l’identité verbale que dans le récit de la mort de Confucius, Ainsi donc bien que le Kia yu et le Li ki actuels ne soient pas au nombre des sources immédiates des Mémoires historiques, ils reproduisent cependant quelques documents anciens qui peuvent être tenus à juste titre pour être ceux-là mêmes dont s’inspira Se-ma Ts’ien.

Si les textes du Kia yu aussi bien que ceux du Li ki ne sont pas à proprement parler hétérodoxes, on ne saurait cependant les ranger dans la catégorie des textes purement confucéens que nous allons maintenant étudier. En dehors de deux courts passages qui proviennent de Mencius (651), tous les textes confucéens dont se sert Se-ma Ts’ien sont tirés du Luen yu. Les paroles de Confucius qui nous ont été conservées dans le Luen yu sont souvent fort énigmatiques parce que nous ne savons pas exactement dans quelles circonstances elles ont été prononcées ; or, quand Se-ma Ts’ien les cite, il les rapporte à des épisodes déterminés de la vie de Confucius, et, par là même, il en fixe le sens ; aussi peut-on dire qu’il a puissamment contribué à établir l’explication devenue traditionnelle du Luen yu. Cependant, la critique moderne chinoise a dénoncé ce qu’il y avait de factice dans bon nombre des interprétations de Se-ma Ts’ien ; elle a dégagé les textes du Luen yu de la gangue des Mémoires historiques, et, en les considérant dans leur pureté, elle a été amenée à leur attribuer des sens nouveaux. Pour ne citer qu’un des exemples les plus topiques, tandis que Se-ma Ts’ien voyait dans la formule [] l’énoncé de la théorie philosophique d’après laquelle les dénominations doivent être conformes à la réalité des choses, l’exégèse actuelle (652) y reconnaît le p.441 précepte que les caractères de l’écriture doivent être corrects (653). Dans d’autres cas, Se-ma Ts’ien ajoute aux textes du Luen yu des indications qui, bien qu’ayant fini par acquérir droit de cité dans la glose communément admise du livre classique, n’en sont pas moins adventices ; ainsi, le Luen yu nous apprend que Confucius et ses disciples se trouvèrent en danger lorsqu’ils étaient dans la région comprise entre Tch’en et Ts’ai ; mais l’histoire dramatique dans laquelle Confucius encadre ce fait est fort sujette à caution (654).

Il nous reste à dire quelques mots de l’importance philologique du chapitre XLVII de Se-ma Ts’ien pour l’établissement du texte du Luen yu. De même que pour le Chou king, quoiqu’à un moindre degré, les Mémoires historiques peuvent fournir pour le Luen yu des leçons qui méritent d’être prises en considération. Se-ma Ts’ien s’est servi du Luen yu, non seulement dans la biographie de Confucius, mais encore dans son étude sur les disciples du Maître. A la fin de ce dernier chapitre (chap. LXVII, p. 11 r°), Se-ma Ts’ien dit :

« Le signalement des disciples est tiré du texte ancien de K’ong ; il est suffisamment exact. Pour moi, me servant (comme d’un principe de groupement) des noms personnels, des noms de famille et des appellations des disciples, j’ai recueilli dans le Luen yu toutes les questions des disciples et je les ai ordonnées de manière à en former un chapitre. Ce qui était douteux, je l’ai omis.

Le texte p.442 ancien de K’ong, c’est le texte en caractères antiques qui fut trouvé dans un mur de la maison de Confucius (655) et qui fut publié par K’ong Ngan-kouo († 91 av. J.-C.). Nous ne devons point être surpris que Se-ma Ts’ien s’en soit servi, car nous savons par Pan Kou qu’il avait recu les enseignements de K’ong Ngan-kouo (656). Faut-il admettre que toutes les différences qu’on relève entre le texte actuel du Luen yu et les citations que les Mémoires historiques font de cet ouvrage proviennent de ce que Se-ma Ts’ien a toujours recours au texte antique, tandis que le texte actuel est fondé essentiellement sur la recension dite de Lou ? c’est l’opinion qu’ont soutenue certains critiques chinois (657), mais nous ne p.443 saurions la partager. Se-ma Ts’ien lui-même nous dit qu’il s’est servi du texte antique lorsqu’il a dressé la liste des disciples en indiquant leurs signalements, c’est-à-dire leurs noms de famille, leurs noms personnels, leurs appellations et aussi quelquefois leur âge (658) ; ces indications en effet paraissent ne s’être trouvées que dans le texte antique et c’est pourquoi Se-ma Ts’ien a dû les en tirer ; il a pris ensuite cette liste comme un principe de groupement pour disposer les documents que lui fournissait le Luen yu relativement à chacun des disciples ; mais, dans cette seconde partie de sa tâche, il s’est servi, dit-il, du Luen yu qu’il distingue ainsi nettement du texte antique auquel il avait eu recours pour la première partie de son travail. Ainsi, de l’aveu de Se-ma Ts’ien lui-même, il n’a emprunté au texte antique que des renseignements qui manquaient au Luen yu ; mais p.444 quand il eut à faire des citations de passages existant dans le Luen yu, ce n’est plus le texte antique qui les lui a procurées. En conclusion donc, les variantes de Se-ma Ts’ien ne sont pas nécessairement tirées du texte antique ; elles nous indiquent plutôt quel était l’état du manuscrit du Luen yu avant que les travaux des érudits qui se succédèrent du premier siècle av. J.-C. au deuxième siècle ap. J.-C., en eussent définitivement arrêté le texte (659) ; ce manuscrit devait être sans doute celui de la recension de Lou, qui a servi de base à toutes les éditions ultérieures, quelles que soient les modifications de détail qu’on ait pu y apporter par la collation tant de la recension de Ts’i que du texte antique (660).




Notes


(639. ) Cf. t. I, Introduction, p. XLIX-LI.

(640. ) Cf. n. 119.

(641. ) Cf. n. 230.

(642. ) Cf. p. 310, p. 312 et p. 340.

(643. ). Cf. p. 412.

(644. ) Cf. n. 200.

(645. ) Cf. p. 307.

(646. ) Cf. p. 300.

(647. ) Cf. n. 141.

(648. ) Cf. p. 349.

(649. ) On trouvera la plupart de ces textes groupés par ordre de matières dans le K’ong-tse tsi yu publié en 1816 par Suen Sing-yen (1752-1818) ; cet ouvrage ne comprend pas moins de 17 chapitres.

(650. ) Le Kia yu a été partiellement et d’ailleurs assez mal traduit d’abord par le Rev. A. B. Hutchinson sous le titre The family sayings of Confucius (Chinese Recorder, vol. IX, 1878, X, 1879, et XI, 1880) puis par Mgr. De Harlez sous le titre The familiar Sayings of Kong-fu tze (Babylonian and oriental Record, vol. VI, 1893, et VII, 1894).

(651. ) Cf. p. 343, et p. 423.

(652. ) Parmi les travaux de l’exégèse du XIXe siècle, ceux dont j’ai fait le plus fréquent usage sont le Luen yu kou tchou tsi tsien (S. H. T. K. K., chap. 909-928) de P’an Wei-tch’eng (sans date) et le Luen yu tcheng i (S. H. T. K. K., chap. 1051-1074) que Lieou Pao-nan laissa inachevé à sa mort survenue en 1855, et que son fils Lieou Kong-mien termina et publia en 1866.

(653. ) Cf. n. 439.

(654. ) Cf. n. 401.

(655. ) Le Ts’ien Han chou (chap. XXX, p. 6 v°) mentionne le texte antique du Luen yu en 21 chapitres, et il ajoute :

« (Ce texte) fut tiré d’un mur (de la maison de) K’ong-tse ; il divise en deux (le chapitre) Tse tchang

Cette dernière indication nous explique pourquoi le texte antique comprenait 21 chapitres, c’est-à-dire 1 chapitre de plus que le Luen yu actuel. Il semble cependant résulter du témoignage de Se-ma Ts’ien que le texte antique ne se bornait pas à dédoubler le chapitre 19 du Luen yu, mais qu’en outre il devait comprendre toute une partie contenant le signalement des disciples, partie qui faisait défaut dans le Luen yu traditionnel.

(656. ) Cf. Ts’ien Han chou, chap. LXXXVIII, p. 7 r°. C’est à propos des travaux de Kong Ngan-kouo sur le texte antique du Chou king qu’on nous dit que Se-ma Ts’ien prit auprès de lui ses informations ; mais il paraît légitime d’admettre que Se-ma Ts’ien s’initia aussi au texte antique du Luen yu en se mettant à l’école de K’ong Nga.n-kouo. (aj. Mao-ts’ai

(657. ) C’est l’avis qu’exprime Tsang Lin  (app. Mao-ts’ai ; fin du XVIIe siècle) dans son King i tsa ki ; il dit en effet (H. T. K. K., chap. 195, p. 22 r°) :

«  Dans les Mémoires historiques, le che kia de K’ong-tse et la monographie sur les disciples de Tchong-ni, ainsi que le Chouo wen de Hiu (Chen) s’inspirent tous du texte antique du Luen yu.

C’est aussi la thèse que soutient Chen T’ao (app. Si-yong) dans la préface à l’ouvrage qu’il publia en 1821 (S. H. T. K. K., chap. 627-628) pour démontrer que le commentaire du Luen yu attribué à K’ong Ngan-kouo a été imaginé par Ho Yen (app. Ping-chou, 3e siècle ap. J-C) ; ce dernier aurait eu recours à cet artifice afin de donner plus de poids aux arguments par lesquels il se proposait de combattre les dires de Tcheng Hiuen (app. K’ang-tch’eng ; 127-200).

(658. ) Wang Ming-cheng (1720-1798), dans son Che ts’i che chang hio (chap. V, p. 2 v° ; sur cet ouvrage, cf. t. I, Introduction, p. CCXX), explique la phrase :

« Le signalement des disciples est tiré du texte ancien de K’ong ; il est suffisamment exact,

en disant :

« C’est à savoir que des phrases telles que celle-ci : « (Tel disciple) était plus jeune que K’ong-tse de tant d’années », sont exactes et dignes de foi.

Ainsi, d’après Wang Ming cheng, ce.que Se-ma Ts’ien appelle le signalement des disciples comprend. non seulement la liste de leurs noms mais encore les indications relatives à leur âge. [css : voir la liste des disciples dans Legge, Chinese Classics, vol. I, Prolégomènes, [css : édition/rechercher : ‘section III’]

(659. ) Sur ces travaux, voyez Legge, Chinese Classics, vol. I, Prolégomènes, p. 12-14 et p. 19 [css : édition/rechercher : ‘chapter II’],.

47.(660. ) Dans un ouvrage publié en 1823 et intitulé « Examen des leçons de (la recension de) Lou du Luen yu » (S. H. T. K. K., chap. 525), Siu Yang-yuen a dressé, d’après le Che wen de Lou Yuen-lang (app. Te-ming, 550-625) la liste des 23 leçons (en fait il y en a 25) de la recension de Lou qui ont été remplacées dans le Luen yu actuel par des leçons tirées du texte antique ; il a en outre comparé le texte du Luen yu actuel avec les fragments du texte gravé sur pierre à l’époque des Han, fragments qui nous ont été conservés dans le Li che publié en 1167 par Hong Kouo ; ce texte gravé sur pierre devait s’inspirer de la recension de Lou, mais il paraît présenter des variantes qui lui sont propres. Quoi qu’il en soit, le travail de Sia Yang-yuen nous prouve que les modifications apportées à la recension de Lou dans le Luen yu actuel sont rares et de peu d’importance.

— En ce qui concerne le Luen yu actuel, les éditions dont on peut disposer pour en établir le texte ont été énumérées comme suit par Yuen Yuen (1764-1849) en tête du [] (H. T. K. K., chap. 1016) ou « Etudes critiques sur le texte du Luen yu et des commentaires » [de Ho Yen (3e siècle ap. J.-C.) et de Hing Ping (932-1010)] :

1° le texte gravé sur pierre à l’époque des Han (voir plus haut, lignes 8-10 de la présente note) ;

2° le texte gravé sur pierre pendant la période k’ai-tch’eng (836-840) des T’ang (ces stèles font partie du Musée épigraphique Pei-lin de Si-ngan fou) ;

3° le texte gravé sur pierre pendant la période chao-hing (1131-1162) des Song (ces stèles sont conservées à Hang tcheou) ;

4° le texte avec commentaire de Hoang K’an, désigné souvent sous le nom de : texte de Hoang ; Hoang K’an vivait à l’époque des Leang (1e moitié du VIe siècle) ; cet ouvrage a été retrouvé au Japon et publié par un Japonais nommé [] en 1850 ;

5° le texte coréen dont Yuen Yuen n’indique pas la date et dont il ne connaît que les citations faites par Tch’en Tchan dans l’ouvrage intitulé [] ;

6° le Che hang pen, qui est de l’époque des Song, quoique quelques modifications aient pu être apportées à un petit nombre de planches sur les Yuen et les Ming, car une des pages présente la date de 1327 ;

7° le Min pen, édition faite au Fou-kien pendant la période kia-tsing (1522-1566) par Li Yuen-yang

8° le Pei kien pen, édition faite par le Kouo tse kien de Péking en 1586 ;

9° le Mao pen, édition publiée pendant la période tchong-tcheng (1628-1644) par Mao Tsin.

— A ces neuf textes, il convient maintenant d’en ajouter deux autres d’abord, le manuscrit de l’époque des T’ang qui a été retrouvé dernièrement au Japon par Tch’en Kiu, et publié en 1889 par Fou Yun-long (cf. Pelliot, BEFEO, t. II, p. 318 et 340) ; en second lieu, le Luen yu avec les Explications de Ho Yen (3e siècle ap. J.-C.), édition publiée au Japon en 1364, et réimprimée en 1884 dans le Kou i ts’ong chou sous le titre de « Reproduction du texte du Luen yu tsi kie de la période shôhei » (cf. Pelliot, BEFEO, t. II, p. 318).


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