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Mémoires historiques et physiques sur les tremblemens de terre/Mémoire 2

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Edition de Pierre Gosse, Junior (p. 22-102).
SECOND MEMOIRE.


RELATION CHRONOLOGIQUE DES TREMBLEMENS DE TERRE, QU’ON A RESSENTI DANS LA SUISSE, DEPUIS LE VI. SIÉCLE JUSQU’A NOS JOURS : DANS LAQUELLE ON A JOINT LES TREMBLEMENS DES AUTRES PAÏS, QUI COÏNCIDENT AVEC CEUX DE LA SUISSE, ET OU L’ON FAIT OBSERVER CES ÉBRANLEMENS, QUI PAROISSENT PARCOURIR TOUT LE GLOBE.


Dessein de ce Mémoire.C’est dans l’histoire des faits qu’on peut puiser les vrais principes de l’explication des phenomenes de la nature. Si même on n’en peut pas pénétrer les mystères les plus cachés, les relations instruisent utiement : Ce sont autant d’échafaudages & des matériaux préparés, qui serviront quelque jour à bâtir un système. C’est dans cette vuë que nous avons rassemblé des rélations de tous les tremblemens, dont on a conservé le souvenir, en Suisse, dans les Chroniques imprimées ou manuscrites, & dans les Auteurs modernes, qui ont travaillé à l’histoire civile, ou naturelle, du Païs. Ce mémoire pourra au moins être regardé comme un chapitre intéressant de l’histoire naturelle de la Patrie. Nous avons eu soin, en même tems, de raporter les divers phénomènes, qui semblent avoir quelques rélations avec les tremblemens, ou qui ont été observés dans le même tems. Afin qu’on pût saisir la marche de ces tremblemens & leur popagation, nous avons joint ceux qui ont été observés dans les autres pays, dans le même tems qu’en Suisse. Enfin, pour mettre à lieu de distinguer les tremblemens particuliers de ces secousses qui semblent embrasser tout le globe, ou la plus grande partie, nous les avons distingués, autant que nous l’avons pu, en marquant leur étenduë & leur simultanéité[1].

Pourquoi la Suisse n’est pas plus souvent & plus violemment agitée.La Suisse en général est très abondante en souffre, en nitre, & en pyrites. Il semble, qu’à raison de cette abondance, elle devroit être autant exposée aux tremblemens de terre que l’Italie. Mais je crois d’un côté que ces matières ne sont pas par grandes couches, ou par lits, seulement par filets, disposés en tout sens dans les fissures des rochers. D’un autre côté ces mêmes lieux sont trop abondans en eaux, pour que ces matières pyriteuses puissent aisément s’enflammer, ou fermenter avec une certaine violence. Si nous considérons nos montagnes les plus fertiles en minéraux, nous verrons aussi que ce sont les plus abondantes en eaux, ou en sources, & que ce sont les lieux, où il tombe le plus de pluye & de neige.

Les lieux de la Suisse les plus sujets aux tremblemens.Le Canton de Glaris, celui de Bâle, dans le Canton de Berne tout le Gouvernement d’ Aigle, & le Bailliage de Froutigue ; dans le Canton de Zurich les Seigneuries de Sax & d'Eglisau ; le Comté de Bade ; dans le Valais, Leuch, Brigue, sont les lieux de la Suisse les plus exposés à de fréquens tremblemens de terre.

IlBâle plus tranquile depuis un siècle. semble cependant que depuis environ un siècle Bâle y soit moins sujette. Les matières inflammables ou effervescibles, seroient-elles épuisées ou consumées ? Des Cavernes seroient-elles bouchées ou comblées ?

TousPourquoi ces lieux y sont plus sujets. ces lieux où l’on a si souvent éprouvé de ces effrayantes sécousses, sont plus caverneux que le reste de la Suisse ; plus abondans en sources minérales; & la terre y est plus remplie de souffres & de minéraux de diverses espèces. Depuis le Schwanden, au Lintbal, toutes les vallées font arrosées de sources sulphureuses. A Busmig, proche du Château de Forstegk, il y a une source sulphureuse froide, dont l’odeur est très-forte. Aux environs de Bâle, on voyoit autrefois très-frequemment des feux folets, des vapeurs enflammées & des météores ardens ; en mille-cinq-cent-vingt, le vingt-& troisième Novembre, en mille-six-cent soixante & onze le dix-neuvième Novembre, & en divers autres temps on a principalement observé de ces phénomènes.

NousChûtes des montagnes. regardons les chûtes des montagnes comme des suites ordinaires, ou des effets, des tremblemens de terre. D’autres causes y concourent, il est vrai, les eaux, le gel, la nature du terrein & celle des rochers, la chûte des cavernes, tout cela y contribue, plus ou moins. Mais c’est toujours quelque commotion de la terre, qui a précédé, qui accélére, ou determine, la séparation de ces masses, donc le poids fait une partie de la solidité.

Suite Chrono- logique des tremblemens de la Suisse.Voici la suite chronologique des tremblemens, dont les Historiens ont conservé les dates, autant du moins que j’ai pu les recueillir des divers Auteurs, que j’ai eu occasion de consulter[2].

563.Le prémier tremblement, dont il soit fait mention dans nos Annales, est celui, dont parle Marius, Evêque d’Avanche, dans sa Chronique. En cinq-cent-soixante & trois, dit-il, une grande montagne dans le Valais-inférieur s’écroula subitement. Un Château voisin, plusieurs Villages & leurs habitans furent ensevelis. Le Lac-Léman, dans la longueur de soixante-milles & la largueur de vingt, fut agité d’une telle violence, qu’il sortit atternativement de ses bords, submergea d’anciens bourgs & quelques villages, & noya les hommes & les bestiaux. Plusieurs Eglises furent renversées & ceux qui les desservoient périrent. Le pont de Geneve & les Moulins furent détruits. Le Lac entra dans la ville & y noya plusieurs personnes.

Il faut observer sur cette narration, que le Lac étoit plus grand alors qu’il ne l’est aujourd’hui, ou qu’il y a une erreur dans les nombres, ou bien que les milles étoient alors plus petits qu’aujourd’hui. Sa longueur de Genève à Villeneuve, par le pays de Vaud est de 18. lieuës communes de France. Sa largeur, depuis une Baye entre Morges & Préverange, jusques à une autre Baye proche d’Amphyon, est de trois des mêmes lieuës, ou un peu plus[3].

802.On sentit, le trentième Avril huit-cent & deux, un très-grand tremblement de terre dans la Suisse[4]. Il fut suivi de maladies, qui firent beaucoup de ravage.

829.L’année huit-cent-vingt & neuf on éprouva un tremblement de terre, qui fut suivi en Suisse de Vents si vehements que les arbres & les maisons en furent renversées. L’année suivante fut très-fertile.

858.Il se fit, en huit-cent-cinquante & huit, un tremblement de terre si violent en Suisse que plusieurs maisons tombèrent.

849.
867.
944.
En huit-cent-quarante & neuf, huit-cent-soixante & sept, & neuf-cent-quarante & quatre, il doit y avoir eu en Suisse des tremblemens de terre très-considérables ; mais dont il ne reste, que je sache, aucun détail.

1001.En mille & un plusieurs bâtimens furent renversés dans la Suisse par un tremblement de terre. On y vit aussi des météores ignées, dont les Chroniques parlent comme de quelque chose d’extraordinaire, sans cependant les décrire. Il fit dans l’hiver un froid excessif.

1021.L’an mille-vingt & un, le douzième de May, un tremblement de terre très-violent se fit sentir à Bale : L’Eglise Cathédrale[5] & plusieurs maisons furent renversées dans le Rhin : les fontaines furent troublées dans presque toute la Suisse, plusieurs parurent rouges comme du sang. On vit en divers endroits de Suisse des météores ignées. Il y eut en divers lieux de grandes inondations.

1062.Au mois de Février mille-soixante & deux, on ressentit en Suisse un tremblement de terre; il fut accompagné à Neufchatel de tonnerres & d’éclairs[6]. Bale n’en fut point exempte.

1117.En mille-cent & dix-sept, on éprouva en Suisse un tremblement des plus violens ; il fut presqu’universel. Il renversa des maisons & des châteaux en divers lieux de l’Europe.

1128.En mille-cent-vingt & huit, on sentit en Suisse & ailleurs des tremblemens, qui durèrent quarante jours ; on remarqua des retours de secousses par intervalles ; grand nombre de maisons furent ébranlées.

1146.En mille-cent-quarante & six, il y eut en Suisse & dans presque toute l’Europe un tremblement de terre, plus ou moins violent, selon les lieux.

1170.En mille-cent-soixante & dix, un affreux tremblement fit perir beaucoup de monde en Sicile. Plusieurs villes de l’Allemagne furent fort ébranlées. Il causa quelque dommage en Suisse.

1180.En mille-cent & quatre vingt, il y eut un tremblement de terre en Suisse. Il fut suivi d’orages & de pluyes.

Une partie de la ville de Naples fut détruite, celle d'Arian fut engloutie & quelques autres entièrement renversées.

1183.
1290.
En mille-cent-quatre-vingt deux & trois, & en mille-deux-cent quatre-vingt & dix, on essuya des tremblemens de terre, qui furent à peu près universels. La Suisse n’en fut point exempte. Un tremblement causa beaucoup de dommage en Savoye, en 1248[7]. La plupart des villes de la Syrie furent détruites ; en 1182. la terre s’ouvrit dans la campagne de Lépante.

1322.Sur la fin du Mois de Novembre 1322. Geneve essuya un tremblement[8].

1346.En mille-trois-cent quarante & six, le 24. de Novembre, & suivant Mr. Buxtorf le vingt-cinquième, (ce fut peut-être la nuit du vingt-quatrième au vingt-cinquième) il y eut un tremblement de terre en Suisse, particulièrement à Bâle. plusieurs bâtimens, entr’autres le Palais Episcopal, furent renversés.

1348.La même ville souffrit encore d’un autre tremblement, au mois de Janvier mille-trois-cent quarante & huit. Trois vers, qui se lisent encore sur un mur de l’Eglise de St. Jacques, ont perpétué la mémoire de ce désastre.

Il y eut trente & six villes ou châteaux qui en furent renversés dans la Hongrie, la Stirie, la Carinthie, la Bavière & la Souabe. La terre s’entr’ouvrit en divers lieux.

On crut que les exhalaisons puantes, que ce tremblement produisit, furent cause de cette peste, qui se répandit par toute la terre, qui dura trois ans, & qui, à ce que l’on estimoit, fit perir le tiers du genre humain.

Il y eut des pluyes qu’on regardoit comme de sang, en divers lieux ; c’est-à-dire, des pluyes teintes d’une matière minérale rougeatre, ou chargée d’un ochre rouge, comme on l’a vu dans le mois d’Octobre de l’année mille-sept-cent & cinquante cinq, dans l'Oberland & ailleurs. 1356.Divers Auteurs parlent d’un autre tremblement, qui se fit sentir très-violemment à Bâle, en mille-trois-cent-cinquante & six. C’étoit le dix-huitième d’Octobre, à dix heures du soir. Un grand nombre de maisons furent renversées. Bientôt après les sécousses, le feu prit en divers endroits de la ville. L’incendie dura plusieurs jours. Le peuple effrayé de la continuation des sécousses n’osa plus rentrer en ville, pour éteindre le feu. Même chose est arrivée à Lisbonne, dans le dernier tremblement. Les sécousses cessèrent & recommencèrent onze fois à Bâle pendant cette nuit là. Grand nombre de villages furent ou détruits ou endommagés. Pendant près d’une année on éprouvoit presque tous les jours de nouvelles agitations. Souvent on entendoit du murmure ou de l’éclat, tantôt sous la terre, quelques-fois dans l’air.

Ce tremblement avoit, ce semble, le centre & le foyer de son explosion à Bâle, qui en fut renversée. Mais il y eut bien peu d’endroits, de la Suisse, où il n’ait fait quelque dommage. Les voutes de l’Eglise Cathédrale de Berne furent enfoncées & tombèrent ; la tour des cloches, ou le Vendelstein, fut aussi renversée en partie ; on fut obligé de suspendre les cloches par le moyen d’échafauts jusqu’à ce qu’elle fut rebâtie. Cette Eglise étoit fondée depuis douze-cent-trente & deux. Dans la campagne il y eut plus de mal. Quarante & deux Châteaux du Canton, ou des environs, furent renversés, ou considérablement endommagés.

A Lausanne & à Yverdon on sentit ces secousses, sans beaucoup de perte.

Il y eut trente & huit châteaux détruits dans le seul Evêché de Constance[9]. Pendant tout le reste de l’année il y eut divers retours de secousses.

1357.L’année suivante, mille-trois-cent-cinquante & sept, le quatorzième de May, survint un nouveau tremblement fort violent, qui ébranla beaucoup la Cathédrale de Bâle & diverses maisons. On ressentit ces secousses à Soleure, & en d’autres endroits de la Suisse. Neufchatel fut aussi vivement secouée.

Ce tremblement fut très-violent aussi à Strasbourg & dans toute l’Alsace. Ce fut par-tout entre sept & huit heures du matin. Les montagnes ne furent point ébranlées, les Vallées le furent toutes, plus ou moins.

1373.Il y eut moins de frayeur & de dommage à Bâle, en mille-trois-cent-soixante & douze, le premier de Juin. On y sentit quelques ébranlemens, qui durèrent peu de tems & qu’on n’aperçut que dans la Ville & aux environs. Mr. Buxtorf place dans cette année-là un tremblement de terre, le premier de Juillet, qui renversa la Statuë de Saint George dans l’Eglise Cathédrale de Bâle. C’est peut-être le même que d’autres Auteurs placent au premier de juin, par équivoque de dates, à moins que d’autres cousses ne soient revenuës le premier de Juillet, un mois après les premières.

1380.En mille-trois-cent & quatre vingt, il y eut le premier de Juillet un grand tremblement de terre en Suisse. Toute l’année fut orageuse.

1382.Deux ans après, la Suisse & l’Italie furent en allarme par des tremblemens réïterés. Il y eut cette année de grandes maladies en Suisse.

1394.Le tremblement de mille-trois-cent quatre-vingt & quatorze fut bien plus général. Il embrassa non seulement la Suisse ; mais tous les païs voisins. Toutes les montagnes depuis leurs cimes furent sécouées. On le sentit le vingt & deuxième Mars. Un Eté chaud suivit. Tous les fruits furent printaniers. Ce fut une année d’abondance.

1415.Le vingt & unième de Juin mille-quatre-cent & quinze, la plûpart des habitans de Bâle, effrayés d’un tremblement de terre, prirent la fuite.

1416.Bale fut encore ébranlé, en mille-quatre-cent & seize, le vingt & unième Juillet. Tous les environs s’en ressentirent; mais sans dommage.

1428.En mille-quatre-cent-vingt & huit, le Dimanche avant Ste. Lucie, sur le soir, un tremblement causa beaucoup de dommage dans le Canton de Bâle.

1444.Le trentième Novembre mille-quatre-cent-quarante & quatre, avant le Soleil levé, on eut un léger tremblement à Bâle & aux environs.

1456.En mille-quatre-cent-cinquante & six, le Royaume de Naples fut presque ruiné par un tremblement de terre. On le sentit dans tout le Pays de Vaud. Il fut suivi d’une inondation, qui mit la ville d’Orbe en danger ; toutes les campagnes des environs furent couvertes d’eau>

Les flots de la mer d’Ancone s’élevèrent à une hauteur extraordinaire. Une Montagne fut renversée dans le Lac de Garde.

1470.Le sixième Février mille-quatre-cent-soixante & dix, on sentit à Bâle un tremblement de terre, à cinq heures après midi. Il y avoit beaucoup de neige, & le froid étoit excessif.

1492.On éprouva dans la même ville un tremblement violent, le septième de Novembre mille-quatre-cent-quatre-vingt & douze.

1500.En mille-cinq-cent, la terre trembla en divers lieux. Plusieurs endroits de la Suisse l’éprouvèrent.

1504.En 1504. le 27. May & le 10. Juin. Geneve essuia des tremblemens de terre[10].

1512.En mille-cinq-cent & douze, dans la Vallée de Palenza, deux montagnes jointes se séparèrent. Je ne sai si ce fut l’effet d’un tremblement de terre.

1523.Le dix & neuvième de May mille-cinq-cent-vingt & trois, à trois heures du matin, il se fit un grand tremblement de terre dans la Suisse. On fut fort effrayé à Neufchâtel, & dans le Pays de Vaud, en particulier à Yverdon.

La même année, trois secousses se firent sentir à Bâle, le vingt-septième de Décembre.

1531.Au commencement de l’année mille-cinq-cent-trente & un, nouveau tremblement de terre en Suisse. Quelques maisons furent renversées en divers lieux.

La ville de Lisbonne fut renversée cette année-là par un tremblement, qui depuis le vingt & sixième Janvier dura huit jours de suite. Il se fit sentir dans une partie de l’Europe & de l’Afrique. Toute cette année & la suivante fut troublée par des phénomènes de cette nature.

1533.Le septième Mars mille-cinq-cent trente & trois, on sentit à Bâle un tremblement violent ; mais sans dommage. Au mois de Novembre de la même née, toute la Suisse fut en allarme par un tremblement de terre, qui y causa cependant peu de mal. Dans le Comté de Neufchâtel il y eut quelque dommage. Le cours d’une riviére de la Thurgowie fut détourné. Ce fut une année orageuse en Suisse.

1534.Le vingt & deuxième Octobre mille-cinq-cent trente & quatre, pendant la nuit, Zuric fut dans la consternation. Un tremblement sécoua violemment la ville & tous les environs.

Le vingt & unième & le vingt & deuxième Octobre suivant, un orage affreux fit du dommage, renversa & déracina bien des arbres, dans les Cantons de Zuric & de Lucerne.

Il parut cette année une Comète. C’étoit la sixième pendant les années 1530. 31. 33. & 34.

1538.En mille-cinq-cent-trente & huit, nouveau tremblement à Bâle & dans tout ce Canton. Ce fut le 28. Janvier. On aperçut divers météores ignées après ces secousses.

La même année le neuvième Juin, le bourg d'Ardenna fut couvert par la chûte d’une montagne. Une montagne se forme en Italie sur la fin de Septembre[11] de la même année.

1548.Le neuvième Février mille-cinq-cent quarante & huit, on sentit à Bâle un tremblement de terre.

1552.Un autre fut aperçu dans la même ville le seizième Septembre ; mille-cinq-cent-cinquante & deux, sans malheur. Dans le même mois tout le Valais fut ébranlé.

1557.En mille-cinq-cent-cinquante & sept, le vingt & quatrième Avril, autre tremblement à Zuric & à Vinthertur. Il fut accompagné de beaucoup d’éclat ; mais sans dommage.

L’année précédente dans la dernière de ces villes on avoit vû un météore ignée, au dessus d’une tour, le quatrième Juin, à sept heures du matin. Ce phénomène avoit-il quelque raport avec le tremblement qui devoit suivre ?

Le tremblement fut aperçu au Pays de Vaud, à Yverdon &c. dans les environs.

1560.En mille-cinq-cent & soixante, le vingt & huitième Décembre, on vit une Aurore boréale en Suisse & en Allemagne.

1571.Le dix & nieuvième Février mille-cinq-cent soixante & onze, entre huit & neuf heures du matin, on éprouva à Bâle un tremblement violent.

On le sentit dans toute l’Alsace. L’année fut printanière & fertile. L’hiver froid, l’été chaud.

1572.Pendant l’année mille-cinq-cent-soixante & douze, plusieurs endroits de la Suisse essuyèrent des tremblemens de terre, qui firent peu de mal.

On le sentit à Lausanne & dans les lieux circonvoisins. Il fut plus sensible à Aigle ; mais nulle part aussi violent que dans le Haut-Valais.

1573.L’année suivante, mille-cinq-cent-soixante & treize, le vingtième de Septembre, Zuric & tous les environs de son Lac furent agités.

Le jour de la St. Thomas tout le Canton de Glaris essuya d’effrayantes secousses, accompagnées de bruit, & suivies de quelques dommages.

1574.Le troisième de May de l’année suivante, mille-cinq-cent-soixante & quatorze, Genève & son voisinage furent ébranlés. La porte de Cornevin fut renversée dans le fossé. On sentit les secousses à Villeneuve.

1575.Le vingt & quatrième Avril mille-cinq-cent-soixante & quinze, Genève fut de nouveau exposée au même effroi.

1576.Le vingtième & le vingt & unième Décembre, mille-cinq-cent-soixante & seize, la ville de Bâle éprouva diverses secousses. Le froid étoit grand.

1577.En mille-cinq-cent-soixante-dix & sept, Genève essuya encore quelques secousses. Le Pays de Vaud les ressentit, à plusieurs reprises.

Bâle fut violemment ébranlée le vingt & deuxième Septembre de cette année. On y éprouva le même jour trois tremblemens. Le prémier entre deux & trois heures du matin. Le second à cinq heures du soir, moins violent. Le troisième la même nuit, plus fort que le second.

Toute la Suisse sentit plus ou moins ces secousses; on les aperçut dans le pays de Vaud, sur-tout du côté d’Aigle. Le château de Froutigue fut fort ébranlé, à plusieurs reprises, pendant le cours de cette année.

1578.L’année suivante, mille-cinq-cent-soixante & dix-huit, le vingt & huitième de Septembre, Zuric en particulier fut dans l’épouvante. Toute la Suisse trembla.

Il avoit paru une comète en mille-cinq-cent-soixante & seize, & on en vit une autre cette année mille-cinq-cent-soixante & dix-huit.

1584.Le tremblement du prémier de Mars mille-cinq-cent-quatre-vingt & quatre fut plus général encore & plus violent. Il embrassa toute la Suisse & les païs voisins. C’étoit un Dimanche.

A la même heure après midi Genève fut dans l’effroi. Les secousses y durèrent dix à douze minutes. Le tems y étoit serein, l’air tranquile. Plusieurs cheminées furent renversées.

Le bourg & le lac de Gryffensée, à deux lieuës de Zuric, furent violemment agités & souffrirent du dommage.

Le Gouvernement d'Aigle, dans le Canton de Berne, fut fortement secoué. Le tremblement redoubla trois jours de suite, & le quatrième de Mars survint la chûte d’une montagne qui couvrit les villages d’Yvorne & de Corbeiry. Une grêle de pierre & de terre, poussée sans doute par des feux ou des vents soûterrains, s’éleva avec force & couvrit toutes les campagnes voisines. Le Lac Léman, agité sans aucun vent extérieur, s’élança dans les terres plus de vingt pas[12].

Il faut que les secousses soient encore revenuës plusieurs jours après, puisque la Rélation de Mr. le Vénérable Pasteur Buxtorf place au dixième Mars, un tremblement, qui fut aperçû, non seulement à Bâle, mais dans le reste de la Suisse & dans la Savoye. Pendant cet été il y eut plusieurs grèles & beaucoup de tonnerres.

1593.Le cinquième Novembre, mille-cinq-cent-quatre-vingt & treize, on sentit un tremblement de terre à Neufchâtel & en divers autres lieux voisins.

Le 9. Janvier on avoit déja ressenti quelques secousses à Genève.

1594.En mille-cinq-cent-quatre-vingt & quatorze, le Canton de Glaris éprouva un tremblement de terre. Une montagne y tomba & fit quelque dommage.

Il y eut la même année de violentes agitations à Pouzol dans le Royaume de Naples[13].

1597.L’année mille-cinq-cent-quatre-vingt-dix & sept, le dernier du mois d’Août, le village de Simpila, du district de Brigue, dans le Haut-Valais, fut couvert par la chute d’une montagne voisine.

1600.En mille-six-cent, le seizième de Septembre, le cours du Rhône, près de Genève, fut suspendu par un tremblement de terre ; il y eut, à trois ou quatre reprises, une sorte de flux & de reflux. Le terrein sous l’endroit, d’où le Rhône sort du lac, fut soulevé ; ce soulévement & l’abaissement, qui succeda, donnèrent lieu à ce flux & à ce reflux.

1601.En mille-six-cent & un, le huitième Septembre, entre une & deux heures après minuit, on ressentit dans toute la Suisse un tremblement.

Il ébranla, non seulement la Suisse, mais l'Europe entière & même l’Asie. Il causa partout beaucoup d’effroi & en divers lieux non moins de dommage.

À Genève il donna d’autant plus d’épouvante qu’une année auparavant, au même mois, ils en avoient essuyé un pareil. Le lac fut fort émû sans apparence de vent.

Les secousses dans tout le Païs de Vaud se firent appercevoir, accompagnées d’un bruit dans l’air; à Morges, à Lausanne, à Yverdon, à Orbe, à Aigle. Il y eut ensuite de grandes pluyes : Elles furent suivies d’une inondation considérable à Orbe & en divers autres lieux.

A Lucerne le cours de la Reuss fut interrompu , ensorte qu’une partie tomboit dans le lac & l’autre partie rebroussa & qu’on aurait pû passer à sec dans le lit, pendant un instant.

Zuric fut violemment agitée. Les Magistrats saisirent sagement ces circonstances pour faire des ordonnances pour les mœurs.

A Bâle la maison-de-Ville fut extraordinairement ébranlée. On entendit un grand fracas.

A Berne toutes les maisons furent ébranlées; mais sans aucun renversement. Il y eut seulement quelques ornemens extérieurs de l’Eglise cathédrale renversés. 1602.Le vingt & huitième Juin mille-six-cent & deux, à 6 heures du matin, Zuric & ses environs furent de nouveau sécoués.

1604.En mille-six-cent & quatre, le quatorzième d’Avril entre neuf & dix heures, nouveau tremblement à Bâle.

1607.Trois ans après, tremblement de terre dans tout le Pays de Vaud, en particulier à Yverdon. Il fut suivi de plusieurs orages. C’étoit le 2. Avril 1607.

On eut aussi divers tremblemens dans l’Europe durant cette année, qui fut très-orageuse. Il y eut beaucoup de maladies en divers lieux.

1610.En mille-six-cent & dix, le vingt & neuvième de Novembre, Bâle éprouva encore un tremblement, qui renversa une partie des murs de la ville. On entendit un murmure soûterrain, qui augmenta l’épouvante.

1612.Deux ans après, en mille-six-cent & douze, le vingt & neuvième Février, la même ville éprouva un nouveau tremblement, mais sans dommage.

1614.Dans le cours de l’année mille-six-cent & quatorze, Bâle essuya deux tremblemens de terre assez violens ; l’un le dix & septième Février, pendant la nuit ; & l’autre le vingt & quatrième Septembre après minuit, l’un & l’autre furent accompagnés d’un grand bruit[14].

L’isle de Tercère, l’une des Açores éprouva dans le même tems d’affreux tremblemens. Ces isles y sont fort sujettes.

On vit dans le Canton de Bâle cette année des météores ignées en l’air, qu’on appelle dragons-ardens, le vingt & cinquième Juin, à neuf heures du matin. Y avoit-il quelque rélation entre ces phénomènes ?

1617.En mille-six-cent-dix & sept, le cinquième Juillet, un grand rocher tomba à Fribourg sur une maison, qui en fut écrasée.

La même année Gassendi observe un tremblement à Aix en Provence[15].

1618.En mille-six-cent-dix-huit, Pleurs fut enseveli par la chûte de la montagne de Conto. Cet accident funeste arriva le 25. Août, pendant la nuit. Les habitans avec leurs maisons furent ensevelis. Il périt plus de douze-cent personnes. On a varié sur le nombre. Nous suivons l’autorité de la rélation d’un Pasteur[16], qui, la même année, publia la description de cet accident neste. On voit un étang ou étoit ce bourg[17].

On essuya aussi le même tremblement dans la Valteline. On en sentit les secousses dans la plûpart des villes du Pays de Vaud, & à Neufchâtel. On vit ensuite divers météores ignées en l’air.

1619.Le vingt & neuvième Janvier mille-six-cent & dix-neuf, il y eut un tremblement de terre assez sensible à Neufchâtel, plus violent en d’autres lieux. Il faisoit un vent violent, qui fut suivi de pluyes. 1620.Au mois de Janvier mille-six-cent & vingt, nouveau tremblement dans le Canton de Berne : Froutigue fut particulièrement sécoué. On le sentit à Genève, où on éprouva encore de nouvelles secousses en Décembre.

1621.En mille six-cent-vingt & un, pendant le sermon du soir, le vingtième de May, jour de la Pentecôte, Genève & les environs, dans la Savoye & le Païs de Vaud, furent aussi fort sécoués. Le même tremblement se fit sentir à Bâle & à Neufchâtel. Il y eut dans le dernier de ces endroits divers cheminées renversées.

Le douzième de Septembre parut une Aurore-boréale, depuis neuf heures du soir à quatre heures du matin. On y distinguoit des colonnes obscures, posées alternativement & relevées par des espaces plus blancs. On appercevoit aussi un mouvement d’Orient en Occident.

1622.Au mois de Mars mille-six-cent vingt & deux, on ressentit un tremblement dans la haute & basse-Engadine. Il fut suivi de pluyes & d’orages.

1623.En mille-six-cent-vingt & trois, depuis le vingtième au vingt & quatrième Février, on sentit diverses secousses de tremblement de terre dans toute la Valteline, dans la communauté de Pergell dans les Grisons. Les monts Septimer & Major furent ébranlés. Il s’en détacha des pierres. Ce tremblement fut aperçu bien loin dans le païs de Cléves & ailleurs.

1625.Le vingt & deuxième Février mille-six-cent-vingt & cinq, à onze heures avant midi, il y eut un tremblement très-sensible, en divers lieux de la Suisse.

L’année précédente une Isle étoit sortie du fond de la mer par un tremblement, près de celle de St. Michel, l’une des Açores.

1630.En mille-six-cent & trente, le cinquième Juillet, on sentit à Bâle un tremblement de terre, pendant la nuit. Le tems étoit froid.

La même année & dans la même ville il y eut un tremblement violent, le jour de Noël.

1633.En mille-six-cent-trente & trois, on sentit dans le Haut-Valais un tremblement, qui n’y fit point de mal.

Il fut aperçu en Italie & au-de-là de la Méditerranée en Egypte[18].

Le Royaume de Naples avoit été très violemment agité deux années auparavant[19], il essuya encore quelques secousses celle-ci.

1638.Au mois de Mars mille-six-cent trente & huit, on ressentit des secousses d’un tremblement de terre dans le Canton d’Uri, à Bellinzone & en quelques autres lieux.

Dans le même tems, il y eut d’horribles tremblemens dans la Calabre, pendant quatorze jours[20].

1642.Le vingt-deuxième Novembre mille-six-cent quarante & deux, on sentit trois secousses de tremblement de terre, pendant la nuit, dans le Comté de Neufchâtel.

1644.Le seizième Février mille-six-cent-quarante & quatre, il y eut un tremblement de terre, qui se fit sentir à Genève & aux environs[21].

Mr. Jalabert m’indique un autre tremblement ressenti à Genève le 13. Juin, à 5 heures du matin.

1645.Le dix-neuvième Janvier mille-six-cent-quarante & cinq, il y eut dans toute la Suisse un vent d’Ouest, si violent, qu’en plusieurs lieux on crut avoir senti trembler la terre. Il renversa des arbres, des murs & des tours. Les eaux du Rhône rebroussèrent à Genève.

1648.Le vingt & troisième de Novembre, mille-six-cent-quarante & huit, on apperçut quelques secousses dans le Comté de Neufchâtel. Il faisoit du vent. L’hiver fut fort pluvieux. On ressentit les mêmes secousses à Yverdon.

1650.En mille-six-cent & cinquante, le Canton de Berne éprouva deux tremblemens de terre ; le prémier qu’on aperçut à Morges le dixième Janvier se fit sentir aussi, quoique légérement, à Neufchâtel ; le second fut plus violent; il se fit sentir le 10. Septembre à Berne, à Lausanne, à Vevey, à Lutry, à Morges & dans d’autres lieux. Ce tremblement avoit été précédé, le jour auparavant, d’un orage furieux, qui fit beaucoup de ravages.

Le Canton de Bâle éprouva aussi cette année-là plusieurs tremblemens, savoir le quinzième Mars, dans la nuit ; le seizième May, à midi ; le onzième Juillet à 4. heures du matin ; le onzième Septembre, à la même heure 5 ; le neuvième, le dixième, le treizième, le seizième, & le vingtième Novembre à différentes heures. Le plus violent de tous fut celui du onzième Septembre, cependant sans beaucoup de dommage.

Cette même année la Seigneurie de Hohensaa, dans le Canton de Zuric, éprouva dix-huit tremblemens de terre différens. Ce fut une année pluvieuse.

1651.On sentit à Genève un tremblement le 7. Decembre 1651, entre 4 & 5 heures après midi[22].

1652.En mille-six-cent-cinquante & deux, le quatrième Février, les Cantons de Zuric, de Bâle, de Schaffouse furent agités par un tremblement de terre assez violent.

Il y eut aussi cette année-là divers tremblemens de terre dans le Canton de Berne. Le Comté de Neufchâtel fut aussi ébranlé, le dixième de Décembre. Il y tomba immédiatement après beaucoup de neige.

L’année précédente, mille-six-cent cinquante & un, le septième de Janvier, on avoit vû un météore ignée près de Wedischwill, qui voloit avec un bruit effrayant. C’étoit entre une & deux heures après minuit. N’étoit-ce point une Comète, qui parut cette année-là, & qu’on suppose avoir reparu 46 ans après[23] ?

1653.Le quatorzième Janvier mille-six-cent-cinquante & trois, à minuit, il y eut à Bâle un tremblement de terre violent.

1654.Le dix & septième Mars, mille-six-cent-cinquante & quatre, on sentit un tremblement, en divers lieux de la Suisse. Le Canton de Glaris en particulier essuya quinze tremblemens différens. Il y eut aussi de fréquens orages cette année & la suivante.

On éprouva de même de violens tremblemens en Italie cette année, au mois de Juillet[24].

1656.Dans le mois de Février mille-six-cent-cinquante & six, Bâle & tous ses environs furent exposés, dans une nuit, à trois tremblemens différens ; & le seizième May, entre trois & quatre heures du matin, à un nouveau. Mr. le Ven. Pasteur Buxtorf en indique un troisième, dans le mois d’Août, par un tems pluvieux & froid, qui devint chaud bientôt après.

On ressentit aussi à Neufchâtel & ailleurs, les trois secousses du tremblement de Février. Ce fut le vingt & troisième du mois. 1660.En mille-six-cent & soixante, la terre trembla six fois à Neufchâtel, depuis le premier de Novembre jusqu’au cinquième Décembre suivant. Les recoltes furent abondantes.

1661.En mille-six-cent-soixante & un, le huitième ou le neuvième Janvier, entre dix & onze heures du soir, tout le territoire de Glaris fut en allarme, à cause d’un tremblement, qui fît quelque dommage.

La même année, près de Soleure, un grand rocher tomba, près du mont Jura, & fit beaucoup de mal.

Le vingtième Janvier, à sept heures du matin, un globe de feu très-ardent, parut tomber du ciel dans le Canton de Glaris.

On en vit autant à Wedischwyll à la même heure.

Le vingt & cinquième, on sentit de légères secousses à Neufchâtel.

Dans le mois de Mars on essuya des secousses violentes de tremblemens du côté d'Aigle & dans le Valais. Le lendemain 28. il y eut des tonnerres, qui furent suivis d’une grèle, d’une grosseur énorme.

1663.Léger tremblement du côté d’Aigle, dans le Canton de Berne, le cinquième Janvier mille-six-cent-soixante & trois. Retour au 10. Juin.

Depuis cette datte jusqu’au mois de Juillet de la même année, le Canada, & toute l’Amérique septentrionale furent fort agités[25]. Il y eut un bouleversement effroyable sur une surface de plus de 400 lieuës.

Le dixième Septembre de la même année, à dix heures de la nuit, toutes les Alpes du Canton de Glaris furent ébranlées. Les bestiaux mêmes furent effrayés du murmure. Le treizième il revint de nouvelles secousses, précédées & accompagnées d’éclats, comme ceux du tonnerre.

1665.Deux ans après, en mille-six-cent-soixante & cinq, le prémier de Mars, à deux heures après minuit, ce même pays éprouva les mêmes accidens.

Le trente & unième Mars & au mois de May de la même année, quelques secousses se firent sentir à Neufchâtel, sur-tout dans les montagnes.

Les éruptions de l’Etna furent plus terribles cette année-là. Trois nouvelles bouches s’ouvrirent.

1666.En mille-six-cent-soixante & six, le premier de Septembre, il y eut un tremblement de terre à Arbon, ancienne ville sur le lac de Constance. Les eaux du lac s’avancèrent sur le rivage de plus de 25 à 30 pieds, & se retirèrent subitement.

Le deuxième, huitième & quatorzième Décembre, même accident à Eglisau dans le Canton de Zuric.

Le onzième Décembre, on éprouva à Bâle un tremblement fort sensible.

L’année suivante Raguse fut détruite par un tremblement[26] de terre.

1668.En mille-six-cent-soixante & huit, le vingtième Avril, entre trois & quatre heures après midi, Glaris fut encore agité. On entendit un grand bruit soûterrain : grande vapeur après les secousses.

1670.Le sixième Juillet mille-six-cent-soixante & dix, à deux heures après minuit, on sentit dans le Comté de Neufchâtel un tremblement de terre.

Le Canton de Glaris essuya encore la même année des tremblemens, le septième Juillet, à trois heures du matin, & le dix-huitième Septembre : Murmure dans l’air.

1672.Le neuvième Janvier soixante & douze, à trois heures après midi, & le douzième May, à onze heures & demi du matin, la Seigneurie de Hohen-Saa fut agitée par deux tremblemens : le dernier fut accompagné d’un bruit éclatant & fit du dommage. Il s’étendit aux environs.

Le deuxième Décembre de la même année, à trois heures du soir, il y eut un tremblement très-sensible à Uster, à Eglisau, à Kybourg, & autres endroits du Canton de Zuric. II faisoit fort froid. Le tems dévint incontinent plus doux.

J. J. Wagner place encore un tremblement à Zuric, le dixième Décembre de cette année. Je ne sai s’il est différent du précédent[27].

1673.En mille-six-cent-soixante & treize, on vit le retour des tremblemens dans le Canton de Glaris. Celui du treizième Février fut le plus sensible. II fut suivi d’une grande chûte de neige.

1674.Au mois de Mars mille-six-cent-soixante & quatorze, on entendit à Yverdon, dans le Canton de Berne, un bruit dans l’air, qui fut suivi d’un tremblement de terre, & les secousses d’une vapeur.

Le sixième Décembre, dans la même année, c’étoit un Dimanche, presque toute la Suisse & divers pays voisins, furent secoués. Le tremblement fut sur-tout violent à Bâle. On étoit au sermon du matin. Tout le monde sortit effrayés des Eglises.

Hohen-Saa dans le Canton de Zuric sentit plus vivement ce tremblement[28].

Le Canton de Glaris fut aussi particulièrement agité. A Näfels les secousses furent les plus violentes.

On vit peu après le tremblement deux espèces de globes de feu, ou deux météores ignées, tomber du Ciel.

Deux ans auparavant, un phénomène, à peu près pareil, avoit été observé à Zuric & dans les environs, le vingt & quatrième Janvier, à cinq heures du soir : Il étoit accompagné d’un bruit éclatant. Il reparut le vingt & deuxième Février, à dix heures du soir, & le vingt & unième Mars, à huit heures du soir, en divers lieux. Quelque chose d’approchant fut vû dans la Turgovie deux ans après, le vingt & neuvième de Mars mille-six-cent-soixante & seize, à onze heures de la nuit. C’étoit sans doute des traînées de vapeurs sulphureuses qui s’enflammèrent dans l’atmosphère.

1678.Le dixième Juillet mille-six-cent-soixante & dix huit, au dessus de Hohen-Saa, une portion de montagne avec les arbres, dont elle étoit couverte, tomba avec éclat. On voit maintenant dans l’endroit de la montagne détachée un rocher nud & abrupte. Cétoit sans doute une suite des tremblemens, auxquels ce lieu étoit auparavant sujet. C’est ainsi que se forment dans les montagnes ces précipices, ou ces terrains perpendiculairement coupés, qu’on ne voit pas sans frissonner.

Le 17. de Juin de cette année Lima avoit en partie été détruite par un tremblement.

1679.Le vingt & cinquième Janvier, entre deux & trois heures après minuit, de l’an mille-six-cent-soixante & dix-neuf, le Canton de Glaris reçut encore de nouvelles secousses. On entendit un murmure soûterrain, avant, pendant & après.

1680.Le vingt & quatrième Juillet de l’année suivante, mille-six-cent-quatre-vingt, plusieurs endroits de la Suisse furent agités, & en particulier ' Neufchâtel. À Yverdon on fut si effrayé par la violence des secousses que diverses personnes abandonnèrent leur maison. À Orbe l’agitation fut suivie d’un long murmure, qui dura plusieurs minutes. Le tremblement fut suivi immédiatement d’orages, de grêles & de pluyes extraordinaires. Il y eut des inondations en divers lieux. Le Païs de Vaud y fut particulièrement exposé. Jamais on n’avoit vû tant d’eau aux environs d’Orbe & d’Yverdon.

Il y eut cette même année de violentes agitations de la terre en divers lieux de l’Europe & de l’Asie, en particulier dans l’Italie.

1681.L’année suivante, mille-six-cent-quatre-vingt & un, le vingt & septième Janvier, entre dix & onze heures de la nuit, la Suisse fut de nouveau ébranlée, sur-tout le Canton de Glaris. On sentit les secousses à Neufchâtel. Il faisoit un grand froid.

1682.Bâle, Neufchâtel, & toute la Suisse, éprouvèrent, plus ou moins, des secousses, accompagnées en divers lieux d’un bruit soûterrain & en quelques endroits d’une agitation dans l’air, le douxième May mille-six-cent-quatre-vingt & deux, entre deux & trois heures du matin.

Ces secousses furent apperçues dans la Savoye, la Bourgogne, le Lyonois, depuis Lyon à Paris, & dans divers autres lieux[29]. On avoit déjà essuyé quelques sécousses à Genève le 2. May à deux heures & demi après midi. Celles du 12. furent moins fortes dans ce lieu-là.

Dans le Canton de Glaris on apperçut plus sensiblement ces effrayans phénomènes. Les secousses y furent suivies d’un grand éclat. Le septième du même mois de May un bruit comme celui du plus grand coup de Canon s’y fit entendre tout-à-coup : Il fit trembler tous les environs. Etoit-ce une éruption subite d’un air échauffé, ou enflammé ? Etoit-ce le passage de l’air dilaté d’une caverne dans une autre, par un canal trop étroit ? Ou enfin étoit-ce la chûte intérieure de quelque gros rocher, servant de voute à ces grottes, qui donnent lieu à tous ces phénomènes ? Je rapporte les faits, & je ne fais qu’indiquer les conjectures.

Le Pérou fut désolé par des tremblemens affreux dans cette année. Un siècle auparavant il avoit éprouvé les mêmes desastres.

Cette même année parut la fameuse Comète : On la regarda en divers lieux comme la cause de tous ces phénomènes terribles : Elle en fut du moins la compagne. Y a-t-il, comme on l’a supposé, dans presque tous les siècles, quelqu’autre rapport entre ces Astres & les tremblemens de terre, que celui de la rélation des tems ? qui quelquefois, comme ici, peuvent coïncider. Y a-t-il quelque pression sur l’atmosphère de la terre par celui de l’atmosphère de la Comète ? Y a-t-il quelque attraction mutuelle & sensible de la masse de l’une de ce Planètes à l’autre ? La Comète, chargée de parties ignées, qu’elle a puisé dans son périhélie, les communique-t-elle à notre Globe ? Enfin ses vapeurs peuvent-elles augmenter la quantité, ou la densité des nôtres ? Je laisse aux Astronomes & aux Physiciens l’examen & la décision de ces questions. Le fait est certain, de grands événemens, dont le Père Riccioli se plait à donner une longue liste, ont précédé, accompagné, ou suivi l’apparition de ces Astres[30]. Sans admettre toutes ces influences, & nous bornant au Physique, je crois qu’il ne faut pas trop légérement rejetter une influence d’action, qui n’a rien d’impossible[31].

On suppose que la révolution périodique de cette Comète de 1682, autour du soleil, est de soixante & quinze ans environ, & qu’elle avoit paru en 1607, en 1531, ou 1532, & en 1456, ou 1457 : Années dans lesquelles on a effectivement éprouvé de violentes secousses de tremblement de terre. Suivant ce calcul cette Comète devroit reparoître au moins au commencement de l’année 1758, ou sur la fin de 1757.

Halley[32] soupçonne aussi que la Comète de 1661, & celle de 1532 sont la même, qui employe 129 ans à parcourir son orbe elliptique, & qui par conséquent reparoîtroit en 1790.

Il avoit aussi paru une Comète en 1680. Remontant en arrière Whiston la retrouve en 1106, en 531, ou 532, & 44 ans avant Jésus-Christ. Sa période seroit d’environ 575. La septième depuis 1680 tombe dans l’année du Déluge, dont elle fut, selon cet Auteur, la cause. Ce fut sans doute par de violentes secousses du Globe, par des tremblemens extraordinaires, que les eaux jaillirent au déhors, que les fontaines des abimes s’ouvrirent. L’attraction de la Comète sur la terre, allongeant la surface du Globe vers la Comète, fit peut-être créver sa surface & sortir les eaux souterraines, tandis que la queuë énorme de cet Astre, qui occupoit le tiers ou la moitié du Ciel, & qui étoit une immense atmosphère, chargée de vapeurs aqueuses, fit pleuvoir pendant quarante jours[33]. Soit par une sorte de pression, ou par attraction, les eaux intérieures purent être forcées de sortir de toute part du sein de la terre, par l’approche de la Comète, dans son périgée. Elle s’est aprochée en 1680, dans son périhélie, du soleil, jusqu’à la sixième partie de son Diamètre, d’où Newton conclud qu’elle a acquis un dégré de chaleur deux mille fois plus ardent que celle d’un fer rouge[34]. Elle put donc, peut-être, communiquer quelque chaleur à notre atmosphère, en le traversant. Peut-être que cette même Comète, ou quelqu’autre, revenant un jour, & rapportant du soleil des exhalaisons brulantes, causera l’incendie universel, qui doit consumer notre Planète.

Du Hamel dérange, il est vrai, tout le système de Whiston, en soutenant, par la conformité du cours, que les Comètes de 1680 & de 1577 étoient la même[35]. Durant cette dernière année on essuya de grands tremblemens de terre.

Petit pense de même des Comètes de 1618 & de 1664[36]. Fontenelle assure la même chose de celles de 1652 & de 1698[37]. Une Comète dans son retour peut n’être pas aperçuë ; si elle est trop voisine du soleil, elle est cachée par l’éclat de cet Astre : souvent ainsi on n’aperçoit pas Mercure dans quelques-unes de ses révolutions. Durant le jour elles peuvent de la sorte être invisibles, & avoir leur retour périodique sans être aperçues. Je reviens à la suite des rélations des tremblemens de terre.

1684.En 1684, le 26 de Février, entre huit & neuf heures du soir, plusieurs endroits de la Suisse & des Contrées voisines ressentirent des secousses. Quelques maisons furent renversées, ou ébranlées, sur-tout dans le Haut-Valais.

1685.Le même jour de l’année suivante, & à la même heure, à moins qu’on n’ait confondu l’année mille six-cent quatre-vingt & quatre, avec l’année mille-six-cent-quatre-vingt & cinq, il doit y avoir eu un tremblement dans presque toute la Suisse. Il fut très-sensible à Lausanne. On le sentit à Bâle; le Haut-Valais fut sur-tout agité.

Le neuvième Septembre on en ressentit un nouveau à Glaris. Il fut assez violent; l’air étoit très-serein.

1687.De nouvelles secousses se firent apercevoir dans le Canton de Glaris le cinquième Mars, mille-six-cent-quatre-vingt & sept.

Le 20 Octobre de cette même année il y eut un tremblement affreux dans le Pérou[38].

1688.L’année mille-six-cent-quatre-vingt & huit, fut très-funeste à la ville de Smirne & à celle de Naples, qui furent en partie renversées par les tremblemens de terre.

Cette année fut aussi marquée par des orages & des tempêtes extraordinaires, qui désolèrent tout, aux environs de Lausanne, & depuis Grandson jusqu’à Neufchatel ; de même qu’aux environs de Zuric, à Thonon, à Chambery &c.

On observe que ces grands orages précédent ou suivent assez souvent les tremblemens de terre considérables. C’est ce qu’on a pu remarquer en dernier lieu, la nuit du premier au second de Novembre 1755 ; le jour même du désastre de Lisbonne. Huit jours après, la nuit du huitième au neuvième, il s’éleva encore un orage terrible, qui a embrassé une vaste étenduë de pays ; aussi bien que la nuit du dix & huitième au dix & neuvième Février de l’année suivante, après un tremblement considérable, qui étoit arrivé ce même jour-là. Un vent impétueux a soufflé encore la nuit du huitième au neuvième & celle du 18. au 19. de Mars 1756. Cette grande agitation de l’air a été, comme beaucoup d’autres, précédée & suivie en divers lieux de tremblemens de terre, comme on a pu s’en instruire par les nouvelles publiques.

1689.Au mois de Juin mille-six-cent-quatre-vingt & neuf, on sentit quelques secousses à Neufchatel & aux environs.

1691.En mille-six-cent-quatre-vingt & onze, tremblement à Bale, le vingt & sixième Janvier, à six heures du matin.

1692.On éprouva dans le Valais & dans quelques endroits du Pays de Vaud, des secousses de tremblement de terre, en mille-six-cent-quatre-vingt & douze.

Il s’étendit en Angleterre, en Hollande, en Flandre, en Allemagne, & en France. Aux environs des côtes maritimes & dans les Pays coupés de montagnes il fut plus sensible[39].

La province de Quito, dans le Pérou, fut abimée par d’affreux tremblemens cette même année[40].

Le 7 de Juin de cette année Port-Royal, dans la Jamaïque, & divers lieux de la côte, furent renversés par un tremblement fort violent. La mer soulevée se répandit sur les côtes, qu’elle submergea. Les neuf dixièmes de la ville de Port-Royal, en deux minutes de tems, furent renversées ou submergées. Les secousses revinrent, à plusieurs reprises, jusqu’au 20. du même mois, & ensuite, avec moins de violence, pendant deux mois environ.

1693.Le neuvième de Janvier mille-six-cent-quatre-vingt & treize, on essuya quelques secousses de tremblement de terre à Lausanne, à Orbe, à Yverdon & dans d’autres endroits du Pays de Vaud. Les marais d’Orbe s’emplirent si excessivement, qu’on ne put pas les approcher de toute l’année. Les lacs de la Vallée de Joua furent aussi fort hauts.

Le tems étoit très-froid. Il dévint chaud presque tout à coup. On eut quelques pluyes chaudes & le printems fut fort avancé.

Le même jour toute la Sicile & la Basse-Calabre furent violemment ébranlées par un tremblement extraordinaire. Sept Villes, plusieurs Bourgs & grand nombre de Châteaux furent abimés. St. Agouste devint un lac. La mer se fit une ouverture dans ce lieu-là. Les secousses alloient de Sud-Est au Nord-Ouest.

1701.
&
1702.
Depuis le dix & neuvième du mois d’Août mille-sept-cent & un jusqu’au troisième Janvier mille-sept-cent & deux, le territoire de Glaris a éprouvé trente & sept tremblemens, & selon quelques uns cinquante. Cette différence peut venir de celle de la situation des observateurs & des lieux de l’observation. Ces tremblemens furent composés de plus ou moins de secousses ; souvent accompagnés de murmure, & quelquefois d’éclat.

Le tremblement de terre qu’on sentit cette année en Italie fut aussi accompagné d’un bruit effrayant[41].

1704.Le quatrième Novembre mille-sept-cent & quatre, entre quatre & cinq heures du matin, Zuric & son territoire éprouvèrent un tremblement de terre.

À la même heure il s’éleva un vent violent à Bâle, accompagné d’éclairs & de tonnerres & suivi d’une pluye très-abondante, sans aucun ébranlement sensible de la terre. Ces deux phénomènes, de la terre & de l’air, ont-ils d’autres rapports que celui de la simultanéité ?

1705.En mille-sept-cent & cinq, le vingt & quatrième Septembre, à dix heures avant midi, Eglisau fut violemment sécouée. Le reste du Canton de Zuric fut foiblement ébranlé. Le Rhin fut agité, avec bouillonnement.

Le treizième Novembre, les secousses revinrent à Zuric, plus sensiblement, entre trois & quatre heures de l’après midi. Le Turgaw, le Tockembourg, la Souabe & divers autres pays furent plus ou moins ébranlés : dans quelques endroits avec éclat.

1712.La nuit du jeudi au vendredi 11. Août 1712, entre onze heures & minuit, les habitans de Bea furent réveillés par un tremblement fort violent. La nuit étoit claire, la lune brillante, le tems frais. Ces secousses furent apperçuës dans tout le Gouvernement d’Aigle jusqu’à Vevey, de même que dans tout le Valais. Elles furent suivies d’un long siflement dans l’air. Au commencement du même mois on avoit ressenti, à trois reprises, des secousses moins fortes, qui ne furent pas même apperçuës de tout le monde.

1714.En mille-sept-cent & quatorze, le vingt & neuvième Décembre, à sept heures & demi du soir, le territoire d’Eglisau tremble. Une heure & demi après les secousses reviennent.

1715.Léger tremblement dans le Valais, le 10 Février 1715. Tems froid. Il dévint doux d’abord après les secousses. Le 11. Avril trois secousses à Genéve[42].

1716.A sept heures & demi du soir, le cinquième Avril mille-sept-cent & seize, retour de tremblement à Eglisau.

En May & Juin divers tremblemens de terre se firent sentir à Catanée, à Syracuse, & d’une manière beaucoup plus terrible à Alger; où il périt plus de vingt-mille personnes.

On ressentit aussi à Genève, à Nion, & à Morges quelques secousses le vingt-cinquième de Juin. Le 29 du même mois retour à Genève, entre dix & onze heures du soir.

Le vendredi vingtième Novembre de cette même année, à deux heures après midi, on entendit dans le Val-de-Ruz & aux environs, dans le Comté de Neufchâtel, un grand bruit dans l’air, qui dura environ sept ou huit minutes. Quelques-uns crurent, peut-être avec le plus de fondement, que ce bruit étoit souterrain. Le Jeudi suivant vingt & sixième Novembre on sentit, à trois heures du soir, un tremblement de terre dans tout le Val-de-Ruz, à Neufchâtel & aux environs.

1717.Pendant le cours de l’année suivante, mille-sept-cent-dix & sept, trois fois la terre trembla dans le district d’Eglisau ; le sixième Juillet, à quatre heures après midi ; le dix & huitième Décembre, à huit heures du soir ; le vingt & sept Décembre à midi.

Cette même année le neuvième d’Août, la terre trembla aussi dans le Comté de Neufchâtel. Le Printems avoir été extrêmement froid. Il étoit tombé de la neige tout le long du lac de Neufchâtel le onzième May: il avoit gelé le douzième. Ce froid ne fit cependant pas du mal aux plantes, parce qu’elles étoient retardées.

1718.Deux tremblemens encore l’année suivante mille-sept-cent-dix & huit, dans le même territoire, le dix & septième de Juillet, entre cinq & six heures après midi ; & le dixième de Décembre, entre cinq & six heures du soir.

1720.Le vingtième Décembre mille-sept-cent & vingt, à cinq heures & demi du matin, le pays de St. Gall, le Turgaw, les environs du lac de Constance tremblèrent. A Appenzell, à Reinegg, jusqu’à Lindau, il y eut quelques maisons renversées. Ce tremblement fut accompagné de bruit & suivi de vapeurs sulphureuses & d’un vent chaud. Le tremblement dura à peine une minute.

À Zuric il fut apperçu à la même heure ; mais foiblement.

À Roggweil près d’Arbon, à Arbon même, à Maschweilen, des murs épais furent fendus.

À huit heures du matin, le même jour, de nouvelles secousses à St. Gall. La veille on y avoit eu un vent du Sud puant, accompagné de poussière. Après le tremblement, pluye violente, vent Sud-Ouest, l’air étoit chaud.

À Zuric, le dix & neuvième, le baromètre étoit à vingt & six pouces cinq lignes & un quart, & le vingtième, à vingt & six pouces trois lignes.

Le vingt & sixième Février de cette même année, à sept heures & demi du matin, la terre avoit aussi tremblé à Eglisau.

Le dix-huitième Octobre, on avoit senti, dans le Comté de Neufchâtel, une secousse de tremblement de terre, pendant la nuit, accompagnée d’une violente tempête. Les fontaines en furent troublées.

1721.Le troisième Juillet mille-sept-cent-vingt & un, à sept heures & trois quarts du matin, tout le Canton de Bâle trembla. Cette commotion fut précédée d’un murmure souterrain. Quelques murs furent fendus & quelques cheminées découvertes. On distingua deux secousses, deux allées & deux venuës, d’un mouvement horizontal, de l’Est à l’Ouest.

À Wallenbourg il fut plus violent : dans tout l’Evêché de Bâle fort sensible ; à Porentrui accompagné d’un bruit éclatant & suivi d’une odeur forte : à Mulhausen effrayant. Dans quelques endroits de I’Alsace il causa du dommage.

À Berne & dans le Canton il fut apperçu à la même heure, plus le long de l'Aar qu’ailleurs.

À Lucerne on le sentit foiblement, plus au bas qu’au haut de la ville.

Peu sensible à Zuric ; plus au-delà du mont Albis qu’en deça.

On observa qu’immédiatement après ce tremblement il s’éleva un froid piquant ; mais qui dura peu. Plus ordinairement on remarque que l’air devient plus chaud, ou moins froid.

Quelques jours après ce tremblement, il y eut de grands orages, qui firent beaucoup de mal en Italie. Cette année-là avoient paru divers Phénomènes, tant en Suisse qu’ailleurs ; ils furent aperçus à Berne quatre jours consécutif, au mois de Janvier.

La Suisse ne fut pas le seul païs qui éprouva des tremblemens de terre ; ils furent tout-autrement sensibles en Hongrie, le quatrième Avril ; & en Perse, le neuvième, où la ville de Tauris fut abimée, & une infinité de personnes périrent.

1723.Le treizième Avril mille-sept-cent-vingt & trois, retour de tremblement de terre à Eglisau, sans dommage.

L’année suivante grandes inondations dans le même lieu. La quantité de l’eau de la pluye monta à trente & un pouce une ligne & un quart[43] pendant cette année-là.

1725.Le trentième Juin & le prémier d’Août mille-sept-cent-vingt & cinq, il tomba une montagne dans le pays de Glaris. Cette chûte, ou cet affaissement, fut précédé d’un bruit soûterrain ; il se fit des crevasses, d’où l’on vit sortir de l’eau, pendant dix jours. Après l’enfoncement & la chûte de la montagne le terrein dévint marécageux. Il y a des places, où l’on ne peut pas trouver le fond du marais, ou la base solide, qui le soutient. Ce désastre causa du dommage.

Le troisième Août de la même année, mille-sept-cent-vingt & cinq, le vendredi à deux heures après midi, tout le territoire d’Eglisau trembla. Les deux côtés du Rhin furent ébranlés. La commotion fut précédée d’un bruit comme celui d’un coup de tonnerre éclatant , ou d’un coup de canon. Le bruit venoit de la montagne du côté de Hohen-Egg.

1726.En mille-sept-cent-vingt & six, à Eglisau, deux tremblemens, l’un le seizième Février, l’autre le septième Juillet, à sept heures du matin. Celui-ci, le plus violent, a été aperçu à Hiltenberg, vers Glattfelden, qui jusqu’alors n’en avoit point ressenti.

On a aperçu ces secousses à la même heure à Berne & dans quelques endroits du Pays de Vaud. Tous les environs de Froutigue furent violemment secoués, & tout le Sihenthal. Les fontaines furent troublées.

1728.Le troisième Août mille-sept-cent-vingt & huit, entre quatre & cinq heures du soir, on sentit à Berne un tremblement de terre, qui fit sonner, jusques à cinq fois, la cloche du grand horloge. Il est à observer que le jour précédent il y avoit eu une terrible tempête, accompagnée de grands tonnerres. On l’aperçut à Genève, à la même heure[44].

La secousse se fit sentir, à la même heure, à Zuric, à Bâle, à Eglisau, à Strasbourg & en divers endroits de l'Allemagne le long du Rhin. Le tremblement fut réïtéré à Bâle, pendant la nuit, & à Strasbourg l’on essuya cinq sécousses, depuis les quatre ou cinq heures du soir, jusqu’à environ les trois heures après minuit. Le Rhin enfla considérablement & s’éleva jusqu’à la hauteur d’une pique.

1729.Au mois de Janvier mille-sept-cent-vingt & neuf, le treizième, on sentit à Lausanne, entre dix & onze heures du soir, de légères secousses. La Cité, la partie la plus élevée de la ville fut un peu plus agitée. On sentit une odeur de souffre.

À Berne on aperçût le même tremblement. Mais il se fit sentir plus vivement sur les bords des lacs de Thoun & de Brientz. Des batteaux furent poussés avec violence sur les bords. Le château d’Interlacken se fendit : celui de Spiez fut fortement secoué.

C’est à Froutigue que les ébranlemens furent les plus forts & les plus durables. Ils durèrent, non seulement toute la nuit du treizième, à différentes reprises ; mais ils revinrent huit nuits, de suite, à peu près périodiquement, commençant à dix heures du soir, & finissant à sept heures du matin. La nuit du treizième étoit belle, mais très-froide. Il souffloit un vent foible du midi. D’intervalles en intervalles ce vent le renforçoit, puis il cessoit, & au moment, qu’il cessoit, les secousses revenoient. Il se fit quelques fentes aux murs du château & à ceux de l’Eglise de Rykenbach, qui est à une lieuë de là. La terre s’entrouvrit à quelque distance du côté du Sihenthal.

Ce tremblement se fit sentir aussi à Genève, à Vevey, & généralement dans tout le Pays-de-Vaud à la même heure[45]. Il revint à Genève le 18. Janvier à 9 heures & un quart du soir.

À Zuric il y eut trois secousses ; la prémière, entre dix & onze heures du soir ; la seconde, à deux heures après minuit ; la troisième, vers les cinq heures du matin, & ce tremblement avoit été précédé quelques jours auparavant d’éclairs, comme en Eté.

À Rettingen le tremblement dura plusieurs jours ; il causa quelque dommage à Constance. Cette même année il y eut divers tremblemens de terre en Italie & même en Suede.

1736.On sentit à Genève le 13. Juin 1736. à 6 heures 12 minutes du matin un tremblement de terre[46].

1737.En mille-sept-cent-trente & sept, le douzième Février, une partie du }} Bas-Valais tremble. Tems froid & serein. On aperçoit quelque mouvement en quelques endroits du Pays de Vaud.

Une Comète paroit dans cette même année. On en a vû six depuis, savoir les années 1739. 42. 43. 44. 46. & 48.

1739.La nuit du 17. au 18. Janvier mille-sept-cent-trente-neuf, s’éleva un orage si terrible qu’on ne se souvenoit pas d’en avoir jamais vû un pareil. Il déracina en Suisse des forêts entières, que la sage prévoyance de LL. EE. de Berne fit mettre en reserve, pour servir dans le besoin à des ouvrages de charpente. Cet orage regna dans toute l’Europe, & fit de grands ravages, tant sur terre que sur mer, dans une immense étenduë.

1743.Le huitième Novembre mille-sept-cent-quarante & trois, entre huit & neuf heures du matin, on éprouva à Bâle un tremblement fort sensible. Aux environs de la ville on entendit un murmure souterrain.

1746.On eprouva dans le Haut-Valais deux tremblemens assez sensibles, dans le cours de cette année, mille-sept-cent & quarante six ; le dernier, du 28. Octobre, fut le plus sensible.

C’est ce même jour que les villes de Lima & de Pallao, dans le Pérou furent abimées ; la première fut renversée par les secousses, celle-ci fut submergée par la mer soulevée[47]. Dans le tremblement de 1755. on a vu de même la mer soulevée à Lisbonne, à Cadix & en d’autres lieux.

1748.Le 18. Avril mille-sept-cent-quarante & huit, entre six & sept heures du soir, on sentit, aux environs de Vevey, une secousse d’un tremblement de terre, & un quart d’heure après, une seconde, mais moins forte.

1753.On sentit à Genève quelques secousses d’un tremblement de terre le 19. Mars 1753, à 2 heures 23 minutes du soir[48].

1754.Au mois de Septembre mille-sept-cent-cinquante & quatre, un tremblement s’est fait sentir depuis Brigue jusqu’à Villeneuve. Le château de l’Evêque, à Sion, fut ébranlé & endommagé. On entendit à Bea un bruit, qui venoit des montagnes, d’où les Paysans effrayés descendirent avec précipitation. Des quartiers de rocs s’écroulèrent en divers endroits du Gouvernement d’Aigle. C’étoit un Jeudi entre midi & une heure, le 19. Le bruit ressembloit à celui de la décharge d’une nombreuse artillerie, entenduë dans l’éloignement. L’éclat fut suivi d’un long siflement, très-lugubre. Les balancemens de la terre étoient du Sud au Nord : ils furent plus sensibles dans les montagnes que dans la plaine. Le 12. du même mois, un peu avant le point du jour, & le 13, à quatre heures après midi, on avoit déjà ressenti, dans les mêmes lieux, quelques agitations.

Durant cette année mille-sept cent & cinquante quatre, & la précédente on a observé des tremblemens de terre, qui ont parcouru depuis Constantinople, ou aux environs, jusqu’au Caire par Smirne. En 1750. le 19. de Mars à 5 heures & 40 minutes Londres avoit aussi été effrayée par quelques secousses, qui ne causèrent aucun dommage.

On raporte un événement assez singulier, dont M. Ruchat parle en ces termes[49] : « Au côté méridional du Chœur (du grand Temple de Lausanne) est une grande fenêtre, à une hauteur considérable, qui a la figure d’une rose. Un tremblement de terre fendit le mur, où elle est percée, & dix ans après une autre secousse raprocha les parties, si exactement qu’on n’y aperçoit plus rien ».

Quoique nous n’ayons pû découvrir la datte précise de ce fait, il nous a parû mériter place dans ce Mémoire. Il doit être arrivé entre mille-six-cent & soixante & mille-six-cent & quatre vingt.

  1. D’autres Auteurs, suivant un plan plus général, & moins détaillé, ont fait des Catalogues des tremblemens de terre principaux de tous les Pays du Monde. On peut les consulter. Voyez en particulier l’Histoire des anciens révolutions du Globe terrestre. A la fin de cet ouvrage on trouve une Rélation Chronologique des tremblemens de terre les plus remarquables, arrivés sur notre Globe, depuis le commencement de l’Ere Chrêtienne jusqu’à l’année 1750. Paris, sous le titre d’Amsterdam, chez Dammonville 8. 1753.
  2. Voyez Marii Aventicensis Episcopi Chronicon, a P. Chiffletio primum editum. Thesaur. Hist. Helvet. &c. fol. Tigur. 1735. J. J. Scheuchzers Natur-geschichte des Schweitzerlandes &c. 4. Zurich 1746. 2 vol. Ejusdem Itinera Alpina 4. Lug. Batav. 1722. 2 vol. Wagneri Helvetia curiosa. 12. Tig. 1680. Delicae urbis Bernæ, 12. Tig. 1732. Histoire de Geneve par Spon. 12. Gen. 1730. 4 vol. Histoire Eccles. du païs de Vaud, par M. Ruchat. 12. Histoire des Suisses par M. le Baron D’Alt &c. 10 vol. &c.
  3. Voyez les Remarques faites par Mr. J. C. Fatio de Duillier sur l’Histoire naturelle des environs du lac de Geneve. Histoire de Geneve T. IV. page 290. suiv.
  4. Cet article, aussi bien que ceux de 829, 858, & 1001, ont été tirés d’une Chronique manuscripte.
  5. Voyez la Rélation de Mr. le Ven. Pasteur Auguste Jean Buxtorf après son Sermon sur l’éversion de Lisbonne, Bâle 1755. 4. pag. 50, 51 & 52.
  6. Cet article & plusieurs autres m’ont été fournis par Monsieur Ostervald, membre du petit Conseil & Maître Bourgeois, à Neufchâtel; extraits d’un grand recueil sur l’Histoire du Comté de Neufchâtel, en trois Volumes in folio, laissés par feu Mr. le Ministre Boive.
  7. Cet article, tire d’une Chronique MSC. m’a été fourni par Mr. le Professeur Jalabert.
  8. Extrait d’une Chron. manus. par Mr. Jalabert.
  9. Voyez la Chronique de Tshoudt.
  10. Indication de Mr. le P. Jalabert.
  11. Vid. Simon. Portii Epistol. de Confl. agri. Puteolani.
  12. Voyez la Rélation de Claudius Alberius, en françois Claude Auberi, Professeur à Lausanne, De terræ motu Oratio, in qua Hybornæ Pagi, in ditione III. Reip. Bern. supra lacum Lemanum, per terræ motum oppressi, Historia paucis attingitur, 1585. 8. Voyez aussi Von den erschrokliken Erdbiden was sich d. 1. 2. & 3. Mertzen. 1584 in der Vogthey Aelen, den Herren von Bern zuständig, durch disen erschrokliken Erdbiden begeben und zugetragen habe. 1584.
  13. Voyez Kircher M. S. Lib. IV. S. II. Cap. X. p. 239.
  14. Vid. Physic. Sect. III. Memb. I. Lib. L. Cap. VI.
  15. voyez l’ouvrage de Jean George Gross D. en Théologie & Pasteur de St. Pierre à Bâle, Basler Erdbiden &c. Basel 1614.
  16. C’est Bartholomaeus Anhornius, de Hartwiss proche de St. Gal. Il naquit en 1566 & mourut en 1640. Vide Nova litteraria Helvetica A. 1704. p. 39.
  17. Voyez Erschrokliche Zeitung, wie der schöne Haubt-Fleken Plurs, in der Grafschafft Cleven, in der dreyen Graven Pündten alter Freyen Rhætia, Untherthanen Land in der nacht auf den 25. Aug. des 1613 jahrs, mit Leuth und Guth in schneller eil untergangen seye. Lindau am Bodensee. 1618. 4. C’est là l’ouvrage de Anhornius.
    Voyez encore un autre ouvrage de J. G. Gross, Pasteur de l’Eglise de St. Pierre à Bâle. Von dem erschroklichen Untergang des Flekens Plurs in Pündten Bericht, Warnung und Trost. Basel. Bey Jacob Trew. 1618. 4.
  18. Vid. Gassendi in vitâ Peyreskii.
  19. Kircher, M. S. p. 239.
  20. Voyez-en la rélation dans Kircher ; dans la Préface du Monde soûterrain C. II.
  21. Cet article & quelques autres m’ont été fournis par Mr. le Docteur Dubosson, Conseiller à Vevey, tirés des Régistres de feu Mr. Jaques Dubosson son grand-père, Conseiller à Morges.
  22. Indication de Mr. Jalabert.
  23. Histoire de l’Acad. R. des sciences de 1698. sur le retour des Comètes p. 90. & p. 59.
  24. Kircher M. S. Lib. IV. C. X. Art. II. p. 242. T. I.
  25. Mem. de l’Acad. des Sciences de Paris 1678.
  26. Voyez Kircher M. S. pag. 242. seq. Lib. IV. Cap. X. Art. II.
  27. Voyez Helvet. curio. Wagneri.
  28. Voyez Grundtlicher Bericht von den natürlichen Ursachen der Erdbidmen, samt angehenkter Historischer Erzehlung, was mehrentheils daraus in unserem geliebten Vaterland ersolger. 4. Zuric. bey Mich. Schauselbergers S. Erben. 1674. Cet ouvrage est de Jacob Ziegler Docteur en Médecine de Zuric, né en 1591 & mort en 1670. Il a fait la description de plusieurs Bains, de ceux de Grüningen, de Knonau, de Urdorff, de Schintznacht.
  29. Voyez Journal des Savans T. X. pag. 190. & seq. & T. XIII. p. 475. &c. Voyez aussi Joh. Harduini Comment. in Plinii H. N. Lib. II. Cap. LXXX. not. 12.
  30. Almagest. Lib. VIII. Cap. III. & V. Voyez aussi les Pensées sur la Comète de Bayle.
  31. Deux Philosophes pensent de même : Gregory, Elementa Astronom. Physic. Lib. V. Corol. II Prop. IV. Mr. de Maupertuis, Lettre sur la Comète.
  32. Astronom. Cometic. Synops.
  33. Voyez Whiston, A new Theory of the Earth. Voyez aussi Bible de M. Chais T. I. sur Genes. VII. &c. Histoire universelle trad. de l’Anglois T. I. Voyez aussi Structure intérieure de la terre par E. B. second Mémoire : pag. 76. & suivant : Zuric 1752.
  34. Voyez les tables du mouvement de plusieurs Comètes, Principia Philosoph. Isa. Newtoni Lib. III. Prop. XLI. & XLII.
  35. Du Hamel Reg. Scient. Acad. Histor. Lib. II. Sec. IX. Cap. V. p. m. 211. seq.
  36. Dissertat. sur la nature des Comètes.
  37. Histoir. de l’Acad. R. des Sciences : 1698. P. 59. & 90.
  38. Voyages de l’Amérique de Don Ulloa. T. I. p. 466.
  39. Ray’s discourse, pag. 272.
  40. Histoire des tremblemens de terre du Pérou. la Haye 1752.
  41. Histoire de l’Acad. R. des Sciences de Paris, 1704.
  42. Indication de Mr. le P. Jalabert.
  43. Acta Berolinensia, 3. vol. 1727. pag. 108. 128.
  44. Relation de Mr. le P. Jalabert.
  45. Relation de M. le Prof. Jalabert, & de Mr. le Min. Muret.
  46. Rélation de M. le P. Jalabert.
  47. Histoire des tremblemens de Terre arrivés à Lima &c. La Haye 1752.
  48. Relation de M. Jalabert.
  49. Etat & Délices de la Suisse T. II. p. 298.