Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette/Tome 1/9

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CHAPITRE VII.

Le duc de Choiseul reparaît à la cour. — La reine ne peut obtenir sa rentrée au ministère. — Elle protége une tragédie de Guibert. — Paris et la cour en blâment la représentation. — Chute d’une pièce de Dorat-Cubières, qu’on trouvait charmante à la lecture. — Mustapha et Zéangir : la reine obtient une pension de 1200 francs pour Chamfort. — Elle appelle Gluck en France, et protége avec succès la musique. — Iphigénie en Aulide : mot de Gluck. — Zémire et Azor : mot de Marmontel. — La reine a peu de connaissances en peinture. — Seul bon portrait qui existe de Marie-Antoinette. — Encouragemens donnés à l’art typographique. — Turgot ; M. de Saint-Germain. — Réforme des gendarmes et des chevau-légers : la reine témoigne sa satisfaction de ne plus voir d’habits rouges à Versailles. — Plaisirs de la cour. — Spectacles deux fois par jour. — Parodies jouées à Choisy par mademoiselle Guimard. — Fête ingénieuse, noble et galante donnée par M. le comte de Provence à Brunoy. — À l’indifférence du roi pour Marie-Antoinette succèdent les sentimens les plus vifs. — Détails d’intérieur. — Bals masqués de l’Opéra. — Le roi s’y rend une fois sans suite, et ne s’y amuse pas. — La reine y arrive un jour en fiacre : par quelle aventure. — Bruits calomnieux à ce sujet. — Fatuité des jeunes gens de la cour. — Anecdote de la plume de héron. — Portrait du duc de Lauzun. — La reine le bannit pour jamais de sa présence. — Autres particularités. — Attachement de la reine pour la princesse de Lamballe et madame la duchesse de Polignac : pureté de cette liaison. — Anecdote concernant l’abbé de Vermond. — Il s’éloigne de la cour et revient ensuite y reprendre ses fonctions.

Le duc de Choiseul avait reparu à la cour à l’époque des cérémonies du sacre ; un vœu presque général avait donné à ses amis l’espoir de le voir rentrer au ministère ou dans le Conseil d’État ; mais cet espoir dura peu : le parti opposé à celui qui le portait, était trop bien établi à Versailles, et le pouvoir de la jeune reine était trop balancé dans l’esprit du roi par d’anciennes et durables préventions ; elle renonça donc pour toujours au projet de faire rappeler le duc. Ainsi cette princesse, que l’on a peinte si ambitieuse et servant si puissamment les intérêts de la maison d’Autriche, échoua deux fois dans le seul projet qui pouvait être utile aux vues qu’on n’a cessé de lui supposer, et passa toutes les années de son règne, jusqu’aux premières secousses de la révolution, environnée de ses ennemis et de ceux de sa maison.

Marie-Antoinette s’occupa très-peu de favoriser les lettres et les beaux-arts ; elle avait éprouvé des désagrémens pour avoir fait représenter la tragédie du Connétable de Bourbon, aux fêtes du mariage de madame Clotilde, sœur du roi, avec le prince de Piémont. Paris et la cour blâmèrent l’inconvenance des rôles que jouaient dans cette pièce les noms de la famille régnante, et la puissance avec laquelle on contractait une nouvelle alliance[1]. Une lecture de cet ouvrage, faite par le comte de Guibert dans les cabinets de la reine, avait produit dans le cercle de Sa Majesté ce genre d’enthousiasme qui éloigne les jugemens sains et réfléchis. Elle se promit bien de ne plus entendre de lectures. Cependant, à la sollicitation de M. de Cubières, écuyer du roi, la reine consentit à se faire lire une comédie de son frère. Elle avait réuni son cercle intime : MM. de Coigny, de Vaudreuil, de Besenval, et mesdames de Polignac, de Châlon, etc. ; et pour augmenter le nombre des jugemens, elle admit les deux Parny, le chevalier de Bertin[2], mon beau-père et moi. Molé[3] lisait pour l’auteur. Je n’ai jamais pu m’expliquer par quel prestige cet habile lecteur fit généralement applaudir à un ouvrage aussi mauvais que ridicule. Sans doute que l’organe enchanteur de Molé, en réveillant le souvenir des beautés dramatiques de la scène française, empêcha d’entendre les pitoyables vers de Dorat-Cubières. Je puis assurer que les mots charmant ! charmant ! interrompirent plusieurs fois le lecteur. La pièce fut admise pour être jouée à Fontainebleau ; et, pour la première fois, le roi fit baisser la toile avant la fin de la comédie. Le titre en était le Dramomane ou le Dramaturge. Tous les personnages mouraient empoisonnés par un pâté. La reine, très-piquée d’avoir recommandé cette ridicule production, prononça qu’elle n’entendrait plus de lecture ; et cette fois elle tint parole.

La tragédie de Mustapha et Zéangir, de M. de Chamfort, obtint le plus grand succès à Fontainebleau, sur le théâtre de la cour ; la reine fit accorder une pension de douze cents francs à l’auteur, mais la pièce tomba lorsqu’elle fut donnée à Paris.

L’esprit d’opposition qui régnait dans cette ville aimait à infirmer les jugemens de la cour ; la reine prit la résolution de ne plus accorder de protection marquée aux nouveaux ouvrages dramatiques ; elle réserva son appui aux seuls compositeurs de musique, et en peu d’années cet art parvint à une perfection qu’il n’avait jamais eue en France.

Ce fut uniquement pour plaire à la reine que l’entrepreneur de l’Opéra fit venir à grands frais, à Paris, la première troupe de bouffons. Gluck, Piccini, Sacchini, y furent successivement attirés. Ces compositeurs célèbres, et particulièrement le premier, furent traités avec distinction à la cour ; Gluck, dès l’instant de son arrivée en France, eut ses entrées à la toilette de la reine, et tout le temps qu’il y restait, elle ne cessait de lui adresser la parole. Elle lui demandait un jour s’il était près de terminer son grand opéra d’Armide, et s’il en était satisfait ; Gluck lui répondit de l’air le plus froid et avec son accent allemand : Madame, il est bientôt fini, et vraiment ce sera superbe. Son sentiment, aussi naïvement exprimé, fut confirmé ; et la scène lyrique n’a sûrement pas de pièce d’un plus grand effet. On se récria beaucoup sur la confiance avec laquelle cet artiste venait de parler d’une de ses productions[4] ; la reine le défendit avec chaleur : elle prétendait qu’il ne pouvait pas ignorer le mérite de ses ouvrages ; qu’il savait que cette opinion était générale, et qu’il craignait sans doute que la modestie exigée par les bienséances ne parût en lui de la fausseté. La reine n’aimait pas uniquement le grand genre des opéras français et italiens ; notre opéra-comique lui plaisait aussi infiniment ; elle appréciait beaucoup la musique de Grétry, si analogue à l’esprit et au sentiment des paroles, que le temps n’a pu en diminuer le charme. On sait qu’un grand nombre de poëmes mis en musique par Grétry, sont de Marmontel. Le lendemain de la première représentation de Zémire et Azor, Marmontel et Grétry furent présentés à la reine, dans la galerie de Fontainebleau, qu’elle traversait pour se rendre à la messe. La reine adressa tous ses complimens à Grétry, sur le succès du nouvel opéra ; lui dit que, dans la nuit, elle avait songé à l’effet enchanteur du trio du père et des sœurs de Zémire derrière le miroir magique, et poursuivit son chemin après ce compliment. Grétry, transporté de joie, prend dans ses bras Marmontel : « Ah ! mon ami, s’écrie-t-il, voilà de quoi faire d’excellente musique… — Et de détestables paroles, » reprit froidement Marmontel à qui Sa Majesté n’avait pas adressé un seul mot[5].

La peinture n’avait aucun attrait pour la reine ; les plus misérables artistes étaient admis à l’honneur de la peindre ; on exposa, dans la galerie de Versailles, un tableau, en pied, représentant Marie-Antoinette dans toute sa pompe royale. Ce tableau, destiné pour la cour de Vienne, et peint par un homme qui ne mérite pas d’être nommé, révolta tous les gens de goût ; il semblait alors que cet art, justement placé au premier rang, eût rétrogradé en France de plusieurs siècles. Il est vrai que Vanloo et Boucher avaient corrompu le style de l’école française à un tel point, qu’avec des yeux simplement exercés par les chefs-d’œuvre étrangers et nationaux dont nous sommes en ce moment environnés, on ne conçoit pas que les tableaux de Boucher aient pu être l’objet de l’admiration dans un temps aussi rapproché du siècle de Louis XIV.

La reine ne pouvait pas porter sur cet art ce jugement éclairé, ou simplement ce goût qui suffit, dans les princes, pour protéger et faire éclore les plus grands talens ; elle avouait tout bonnement qu’elle ne voyait dans un portrait que le seul mérite de la ressemblance. Lorsqu’elle allait au Louvre, à l’exposition des tableaux, elle parcourait rapidement les petits tableaux de genre, et sortait sans avoir, disait-elle, levé les yeux vers les grandes compositions.

Il n’existe de bon portrait de la reine que celui de Werthmuller, premier peintre du roi de Suède, qui fut envoyé à Stockholm, et celui de madame Le Brun, sauvé des fureurs révolutionnaires par les commissaires de la garde du mobilier de Versailles. Il règne, dans la composition de ce tableau, une analogie frappante avec celui d’Henriette de France, femme de l’infortuné Charles Ier, peint par Van-dyck : comme Marie-Antoinette, elle est assise environnée de ses enfans, et ce rapprochement vient encore ajouter à l’intérêt mélancolique qu’inspire cette belle production.

En avouant, avec la sincérité dont je ne m’écarterai jamais, que la reine n’a donné d’encouragement direct qu’au seul art de la musique, j’aurais tort de passer sous silence la protection qu’elle et les princes frères du roi ont accordée à l’imprimerie[6].

On doit à Marie-Antoinette une superbe édition in-quarto des Œuvres de Métastase ; à Monsieur, frère du roi, le Tasse, in-quarto, orné de gravures faites d’après les dessins de Cochin ; et à M. le comte d’Artois, une petite collection d’œuvres choisies, et considérée comme un des chefs-d’œuvre sortis des presses du célèbre Didot.

En 1775, à la mort du maréchal du Muy, l’ascendant que prenait la secte des novateurs fit appeler à la cour M. de Saint-Germain, pour lui confier le poste important du ministère de la guerre. Son premier soin fut de s’occuper de la destruction de la maison militaire du roi, imposant et utile rempart de la puissance royale.

Il est à remarquer qu’à l’époque où le chancelier Maupeou avait obtenu de Louis XV la destruction du parlement et l’exil de tous les anciens magistrats, les mousquetaires avaient été chargés de cette expédition, et qu’au coup de minuit MM. les présidens et conseillers avaient tous été arrêtés, chacun par deux mousquetaires.

Il y avait eu, au printemps de 1775, une insurrection populaire, occasionnée par la cherté du pain. Le nouveau système de M. Turgot, pour la liberté indéfinie du commerce des grains, en fut la cause ou le prétexte[7] ; et la maison du roi avait encore, dans cette circonstance, rendu les plus grands services à la tranquillité publique.

Beaucoup de gens, éclairés par les événemens désastreux de la fin du règne de Louis XVI, ont soupçonné M. de Saint-Germain d’une perfide combinaison en faveur des projets formés, à la vérité, depuis long-temps, par les ennemis de l’autorité ; mais par quelle fatalité la reine fut-elle entraînée à servir de semblables vues ? Je n’en ai jamais pu découvrir la véritable cause, si ce n’est dans la grande faveur accordée aux capitaines et aux officiers des gardes-du-corps, qui, par cette réforme, se trouvaient les seuls militaires de leur rang chargés de la garde du souverain, ou dans les fortes préventions de la reine contre le duc d’Aiguillon, alors commandant des chevau-légers. M. de Saint-Germain conserva cependant cinquante gendarmes et cinquante chevau-légers pour servir à la représentation royale, les jours de grand cérémonial ; mais, en 1787, le roi réforma en entier ces deux espèces de noyaux de corps militaires. La reine dit alors, avec satisfaction, qu’enfin on ne verrait plus d’habits rouges dans la galerie de Versailles[8].

La reine, pendant les années qui s’écoulèrent depuis 1775 jusqu’en 1781, se trouvait à l’époque de sa vie où elle se livra le plus aux plaisirs qui lui étaient offerts de toutes parts. Il y avait souvent, dans les petits voyages de Choisy, spectacle deux fois dans une même journée : grand opéra, comédie française ou italienne à l’heure ordinaire, et à onze heures du soir on rentrait dans la salle de spectacle, pour assister à des représentations de parodies où les premiers acteurs de l’Opéra se montraient dans les rôles et sous les costumes les plus bizarres. La célèbre danseuse Guimard était toujours chargée des premiers rôles ; elle jouait moins bien qu’elle ne dansait ; sa maigreur extrême et sa petite voix rauque ajoutaient encore au genre burlesque dans les rôles parodiés d’Ernelinde et d’Iphigénie.

La fête la plus noble et la plus galante qui ait été donnée à la reine, fut celle que Monsieur, frère du roi, lui avait préparée à Brunoy. Ce prince m’avait fait la grâce particulière de m’y admettre, et je suivais partout Sa Majesté dans le groupe qui l’environnait. Lorsqu’elle parcourut les jardins, elle trouva, dans le premier bosquet, des chevaliers armés de toutes pièces, endormis au pied d’arbres auxquels étaient suspendus leurs lances et leurs écus. L’absence des beautés qui avaient inspiré tant de hauts faits aux neveux de Charlemagne et aux preux de ce siècle, avait occasionné ce sommeil léthargique. Mais la reine paraît à l’entrée du bosquet, à l’instant ils sont sur pied ; des voix mélodieuses annoncent la cause de leur désenchantement, et le désir qu’ils avaient de signaler leur adresse et leur valeur ; de-là ils passèrent dans une arène très-vaste, décorée avec magnificence et dans le style exact des anciens tournois.

Cinquante danseurs, en habits de pages, présentèrent aux chevaliers vingt-cinq superbes chevaux noirs, et vingt-cinq d’une blancheur éclatante et très-richement enharnachés. Le parti, à la tête duquel était Auguste Vestris, portait les couleurs de la reine : Picq, maître des ballets de la cour de Russie, commandait le parti opposé ; il y eut course à la tête noire, à la lance, enfin combat à outrance, parfaitement simulé : quoique l’on fût convaincu que les couleurs de la reine ne pouvaient qu’être victorieuses, les spectateurs n’en éprouvèrent pas moins toutes les sensations diverses et prolongées qu’amène l’incertitude du triomphe.

Presque toutes les femmes agréables de Paris, toujours empressées de jouir de ces sortes de spectacles, avaient été placées sur les gradins qui environnaient l’enceinte du tournoi ; cette réunion achevait de compléter la vérité de l’imitation. La reine, environnée de la famille royale et de toute la cour, était placée sous un dais très-élevé. Un spectacle suivi d’un ballet-pantomime, et un bal, terminèrent la fête où ne manquèrent ni le feu d’artifice ni l’illumination. Enfin, un échafaudage d’une prodigieuse hauteur, placé dans un endroit très-élevé, soutenait dans les airs, au milieu d’une nuit très-noire et par un temps très-calme, ces mots : Vive Louis, vive Marie-Antoinette.

À l’exception du roi, le plaisir seul occupait toute cette jeune famille ; ce goût était excité sans cesse par cette foule de gens empressés qui, en prévenant les désirs et même les passions des princes, trouvent le moyen de montrer du zèle et l’espérance de s’attirer ou d’entretenir la faveur.

Qui aurait osé combattre par de froids ou solides raisonnemens les amusemens d’une reine vive, jeune et jolie ? Une mère, un mari seuls en auraient eu le droit ; et le roi ne portait aucun obstacle aux volontés de Marie-Antoinette ; sa longue indifférence avait été suivie d’un sentiment d’admiration et d’amour : il était esclave de tous les désirs de la reine qui, charmée du changement heureux qui s’était opéré dans le cœur du roi et dans ses habitudes, ne cachait point assez la satisfaction qu’elle en éprouvait, ni l’ascendant qu’elle prenait sur lui.

Le roi se couchait tous les soirs à onze heures précises ; il était très-méthodique, et rien ne dérangeait ses habitudes. Il n’avait pas encore une fois cessé de venir partager le lit nuptial ; mais le bruit que faisait involontairement la reine quand elle rentrait fort tard des soirées qu’elle passait chez la princesse de Guéménée, ou chez le duc de Duras, finit par importuner le roi ; et sans humeur il fut convenu que la reine le préviendrait des jours où elle voulait veiller : alors le roi commença à coucher chez lui, ce qui n’était jamais arrivé depuis l’époque du mariage.

Pendant l’hiver les bals de l’Opéra faisaient passer beaucoup de nuits à la reine ; elle s’y rendait avec une seule dame du palais, et y trouvait toujours Monsieur et M. le comte d’Artois ; ses gens cachaient leur livrée sous des redingotes de drap gris. Elle croyait n’être jamais reconnue, et l’était par toute l’assemblée, dès le moment où elle entrait dans la salle : feignant de ne pas la reconnaître, on établissait toujours quelque intrigue de bal pour lui procurer le plaisir de l’incognito.

Louis XVI voulut une fois aller avec la reine à un bal masqué ; il fut convenu que le roi ferait non-seulement son coucher public, mais même son petit coucher. La reine se rendit chez lui par les corridors intérieurs du palais, suivie d’une de ses femmes qui portait un domino noir ; elle aida à l’en revêtir, et ils furent seuls gagner la cour de la chapelle où une voiture les attendait, avec le capitaine des gardes de quartier et une dame du palais. Le roi s’amusa peu, ne parla qu’à deux ou trois personnes qui le reconnurent à l’instant, et ne trouva d’aimable dans le bal que les pierrots et les arlequins ; ce que la famille royale s’amusait souvent à lui reprocher.

Un événement, fort simple en lui-même, attira des soupçons fâcheux sur la conduite de la reine. Elle partit un soir avec la duchesse de Luynes, dame du palais : sa voiture cassa à l’entrée de Paris. Il fallut descendre ; la duchesse la fit entrer dans une boutique, tandis qu’un valet-de-pied fit avancer un fiacre. On était masqué, et en sachant garder le silence, l’événement n’aurait pas même été connu ; mais aller en fiacre est pour une reine une aventure si bizarre, qu’à peine entrée dans la salle de l’Opéra, elle ne put s’empêcher de dire à quelques personnes qu’elle y rencontra : C’est moi en fiacre, n’est-ce pas bien plaisant[9] ?

De ce moment tout Paris fut instruit de l’aventure du fiacre : on dit que tout avait été mystère dans cette aventure de nuit ; que la reine avait donné un rendez-vous, dans une maison particulière, à un seigneur honoré de ses bontés ; on nommait hautement le duc de Coigny, à la vérité très-bien vu à la cour, mais autant par le roi que par la reine. Une fois que ces idées de galanterie furent éveillées, il n’y eut plus de bornes à toutes les sottes préventions des agréables du jour, encore moins aux calomnies qui circulaient à Paris sur le compte de la reine : si elle avait parlé à la chasse ou au jeu, à MM. Édouard de Dillon, de Lambertye, ou à d’autres dont les noms ne me sont plus présens, c’étaient autant d’amans favorisés. Paris ignorait que tous ces jeunes gens n’étaient pas admis dans l’intérieur de la reine, et n’avaient pas même le droit de s’y présenter ; mais la reine allait déguisée à Paris, elle s’y était servie d’un fiacre ; une légèreté porte malheureusement à en soupçonner d’autres, et la méchanceté ne manque pas de supposer ce qui ne peut même avoir lieu. La reine, tranquillisée par l’innocence de sa conduite, et par la justice qu’elle savait bien que tout ce qui l’entourait devait rendre à sa vie privée, parlait avec dédain de ces faux bruits, et se contentait de supposer que quelque fatuité de la part des jeunes gens cités avait donné lieu à ces méchancetés. Elle cessait alors de leur adresser la parole, et même de les regarder. Leur vanité en était blessée, et le plaisir de la vengeance les portait à dire ou à laisser penser qu’ils avaient eu le malheur de cesser de plaire. D’autres jeunes fats avaient la présomption de croire qu’ils étaient remarqués par la reine, en se plaçant près de la loge grillée où Sa Majesté se rendait incognito à la comédie de la ville de Versailles ; et j’ai vu des prétentions s’établir uniquement parce que la reine avait prié un de ces Messieurs de s’informer, sur le théâtre, si la seconde pièce tarderait encore à commencer.

La liste des gens reçus dans les cabinets de la reine, et que j’ai désignés plus haut, avait été remise par la princesse de Lamballe aux huissiers de la chambre, et les personnes qui y étaient inscrites ne pouvaient se présenter pour jouir de cette faveur que les jours où la reine désirait avoir sa société intime, ce qui était seulement à la suite de ses couches ou dans le cas de légère indisposition. Les gens du premier rang à la cour lui demandaient quelquefois des audiences particulières ; la reine les recevait alors dans une pièce précédée par celle que l’on appelait le cabinet des femmes de garde ; qui annonçaient dans l’intérieur de Sa Majesté.

Je me trouvais dans ce cabinet un jour que le duc de Lauzun le traversa, après une scène qui exige quelques détails.

Le duc de Lauzun (depuis duc de Biron), qui a figuré dans la révolution parmi les intimes du duc d’Orléans, a laissé des Mémoires encore manuscrits, où il insulte au caractère de Marie-Antoinette. Il raconte une anecdote d’une plume de héron : voici la version véritable.

M. le duc de Lauzun avait de l’originalité dans l’esprit, quelque chose de chevaleresque dans les manières. La reine le voyait aux soupers du roi et chez la princesse de Guéménée : elle l’y traitait bien. Un jour il parut chez madame de Guéménée en uniforme avec la plus magnifique plume de héron blanc qu’il fût possible de voir ; la reine admira cette plume : il la lui fit offrir par la princesse de Guéménée. Comme il l’avait portée, la reine n’avait pas imaginé qu’il pût vouloir la lui donner ; fort embarrassée du présent qu’elle s’était, pour ainsi dire, attiré, elle n’osa pas le refuser, ne sut si elle devait en faire un à son tour, et, dans l’embarras, si elle lui donnait quelque chose, de faire ou trop ou trop peu, elle se contenta de porter une fois la plume, et de faire observer à M. de Lauzun qu’elle s’était parée du présent qu’il lui avait fait. Dans ses Mémoires secrets, le duc donne une importance au présent de son aigrette, ce qui le rend bien indigne d’un honneur accordé à son nom et à son rang.

Son orgueil lui exagéra le prix de la faveur qui lui avait été accordée. Peu de temps après le présent de la plume de héron, il sollicita une audience ; la reine la lui accorda, comme elle l’eût fait pour tout autre courtisan d’un rang aussi élevé. J’étais dans la chambre voisine de celle où il fut reçu ; peu d’instans après son arrivée, la reine rouvrit la porte, et dit d’une voix haute et courroucée : Sortez, Monsieur. M. de Lauzun s’inclina profondément et disparut. La reine était fort agitée. Elle me dit : Jamais cet homme ne rentrera chez moi. Peu d’années avant la révolution de 1789, le maréchal de Biron mourut. Le duc de Lauzun, héritier de son nom, prétendait au poste important de colonel du régiment des gardes-françaises. La reine en fit pourvoir le duc du Châtelet ; voilà comme se forment les implacables haines. Le duc de Biron s’attacha aux intérêts du duc d’Orléans, et devint un des plus ardens ennemis de Marie-Antoinette[10].

J’ai de la répugnance à défendre la reine avec trop de détails sur deux points d’accusations infâmes dont les libellistes ont osé grossir leurs feuilles empoisonnées. Je veux indiquer les indignes soupçons d’un trop fort attachement pour le comte d’Artois, et les motifs de la tendre amitié qui exista entre la reine, la princesse de Lamballe et la duchesse de Polignac. Je ne crois point que M. le comte d’Artois, dans les premières années de sa jeunesse et de celle de la reine, fut, comme on l’a dit, très-épris de la beauté et de l’amabilité de sa belle-sœur ; mais je puis affirmer que j’ai toujours vu ce prince à une distance très-respectueuse de la reine ; qu’elle parlait de lui, de son amabilité, de sa gaieté avec cet abandon qui n’accompagne jamais que les sentimens les plus purs, et que tout ce qui environnait la reine n’a jamais vu, dans l’affection qu’elle témoignait à Mgr. le comte d’Artois, que celle d’une tendre sœur pour le plus jeune de ses frères. Quant à la liaison intime de Marie-Antoinette et des dames dont je viens de parler, elle n’eut jamais et ne pouvait avoir d’autre motif que le désir très-innocent de s’assurer deux amies au milieu d’une cour nombreuse : mais malgré cette intimité, le ton de ce noble respect que portent à la majesté royale les personnes du rang le plus élevé, ne cessa jamais d’être observé[11].

La reine, très-occupée par la société de madame de Polignac et par la chaîne des plaisirs qui se succédaient sans cesse, trouvait, depuis quelque temps, moins de momens à donner à l’abbé de Vermond ; il prit alors le parti de s’éloigner de la cour. On lui fit l’honneur de croire qu’il s’était permis des représentations sur l’emploi trop frivole du temps de son auguste élève, et qu’il avait jugé que, par son double caractère d’ecclésiastique et d’instituteur, il était désormais déplacé à la cour ; on se trompait : son mécontentement portait uniquement sur la faveur accordée à la comtesse Jules. Après une absence d’une quinzaine de jours, nous le vîmes reparaître à Versailles et reprendre ses fonctions accoutumées. Je raconterai plus tard les motifs de son absence et les conditions qu’il mit à son retour.


  1. Ce n’était pas un sujet heureux, il faut en convenir, que celui du Connétable de Bourbon pour une représentation donnée devant tous les princes français. On pourrait être également surpris de voir toute la cour approuver des vers dans lesquels le connétable ambitionne surtout :

    « Le plaisir peu goûté d’humilier un roi. »

    M. le chevalier de Narbonne fit à cette occasion des couplets parmi lesquels on remarque celui-ci :

    Le connétable me plaît fort ;
    Comme on y rit ! comme on y dort !
    C’est une bonne pièce,
    Eh bien,
    Qu’on joue à nos princesses,
    Vous m’entendez bien.

    (Note de l’édit.)
  2. Le chevalier de Parny était déjà connu par ses poésies érotiques ; le chevalier de Bertin par des vers estimés.
    (Note de madame Campan.)
  3. Acteur qui a fait pendant trente ans les délices du Théâtre-Français, avant Fleury et dans le même emploi.
    (Note de madame Campan.)
  4. La modestie n’était pas la vertu de Gluck. Madame de Genlis dit dans ses Souvenirs qu’il parlait de Piccini avec justice et simplicité. « On sent, ajoute-t-elle, que c’est sans ostentation qu’il est équitable. Cependant il dit hier que, si le Roland de Piccini réussit, il le refera. Ce mot est remarquable, mais il est d’un genre qui ne me plaira jamais. Un langage constamment modeste est de si bon goût ! »

    Gluck avait souvent à traiter avec des amours-propres qui valaient bien le sien. Il montra beaucoup de répugnance à placer de longs ballets dans Iphigénie. Vestris regrettait vivement que cet opéra ne fût pas terminé par un morceau qu’on appelait chaconne, et dans lequel le dieu de la danse déployait tous ses talens. Il s’en plaignit à Gluck : celui-ci, qui traitait son art avec toute la dignité qu’il mérite, ne cessait de dire que, dans un sujet aussi sérieux et aussi intéressant, les sauts et les danses étaient déplacés. Sur de nouvelles sollicitations de Vestris : « Une chaconne, une chaconne ! reprit le musicien courroucé : est-ce que les Grecs, dont il faut peindre les mœurs, avaient des chaconnes ? — Ils n’en avaient pas ! reprit le danseur étonné : ma foi, tant pis pour eux ! »

    (Note de l’édit.)
  5. Les auteurs, poëtes ou musiciens, attachaient un grand prix à la représentation de leurs ouvrages sur le théâtre de Fontainebleau. Grimm en fait connaître le motif.

    « Il est à observer que la cour accorde presque toujours des gratifications aux auteurs des ouvrages représentés à Fontainebleau, et que ces ouvrages, faveur bien plus précieuse encore, n’étant plus assujettis à l’ordre du répertoire ordinaire, peuvent être joués à Paris immédiatement après l’avoir été à la cour. C’est à cet avantage que tient l’importance qu’on attache au privilége d’être jugé d’abord sur un théâtre où les succès, toujours incertains, n’ont jamais été considérés comme légalement prononcés, puisqu’il est convenu de regarder le public de Paris comme juge en dernier ressort des jugemens portés par le public de la cour.

    » Cependant, ajoute Grimm, on ne peut se dissimuler que la manière de juger de ce tribunal en première instance ne soit bien différente de ce qu’elle était autrefois, depuis qu’il est permis d’y applaudir comme ailleurs. Ci-devant l’on écoutait dans le plus profond silence, et ce silence absolu, en marquant beaucoup de respect pour la présence de Leurs Majestés, laissait infiniment d’incertitude sur le sentiment que pouvait avoir éprouvé le plus grand nombre des spectateurs. Depuis que la reine a bien voulu permettre que cette grande étiquette fût oubliée, il est bien rare que le public de Paris ne confirme pas les arrêts prononcés par la cour. »

    (Note de l’édit.)
  6. Le roi lui-même voyait avec intérêt les productions d’un art utile aux lettres. Ce prince donna, en 1790, une preuve de sa bienveillance particulière pour le commerce de la librairie. On trouve les détails qu’on va lire dans un ouvrage qui parut à cette époque.

    « Une société des plus forts libraires de Paris, se trouvant à la veille de suspendre ses paiemens, parvint à présenter au roi le tableau de sa triste situation. Le monarque en fut attendri ; il daigna prendre sur sa liste civile les sommes dont cette société avait besoin au moment même, et cautionna pour l’avenir celles qui lui étaient nécessaires pour compléter les douze cent mille livres qu’elle désirait emprunter. Louis XVI écrivit de sa main à M. Necker, alors son ministre des finances, la lettre qu’on va lire :

    « L’intérêt que m’a inspiré le sort des libraires associés, et celui des nombreux ouvriers qu’ils emploient tant à Paris qu’en province, et qui auraient été sans ouvrage sans un prompt secours (la caisse d’escompte et d’autres capitalistes, auxquels on s’est adressé, n’ayant pu les secourir), m’a engagé à leur faire avancer, à titre de prêt, sur les fonds de ma liste civile, les cinquante mille écus qui leur étaient indispensables le 31 du mois dernier. Les mêmes raisons m’engagent à cautionner, sur les mêmes fonds, les sommes qu’ils pourront se procurer pour compléter, avec les cinquante mille écus dont j’ai fait l’avance, la somme de douze cent mille livres remboursables en dix années, y compris mon avance à laquelle je n’assigne pas de terme fixe de remboursement. À Saint-Cloud, le 4 août 1790. Signé Louis. »

    (Note de l’édit.)
  7. Liberté, économie, tels étaient les deux principes de M. Turgot. Il insistait principalement à la cour sur l’application du dernier. Ses réductions nombreuses indisposaient la noblesse et le clergé.

    Une parente de ce ministre demandait à un évêque si l’on ne pouvait pas faire ses pâques et le jubilé en même temps. « Madame, lui répondit le prélat, nous sommes dans un temps d’économie, je crois qu’on peut encore faire celle-là. »

    (Note de l’édit.)
  8. « La reine demanda dernièrement à M. de Saint-Germain : « Que voulez-vous faire des quarante-quatre gendarmes et des quarante-quatre chevau-légers que vous conservez ? C’est apparemment pour escorter le roi aux lits de justice. — Non, Madame, c’est pour l’accompagner lorsqu’on chantera des Te Deum. » Il faut savoir que la reine en aurait aimé la suppression totale, et que le roi fût gardé à Versailles, comme le sont l’impératrice sa mère et l’empereur à Vienne, et cela eût été simple et bon. » (Correspondance secrète de la cour : Règne de Louis XVI)
    (Note de l’édit.)
  9. Le divertissement des bals, le désir qu’éprouvait la reine d’y goûter au moins l’incognito sous le masque, devaient donner lieu à une foule de ces aventures qui sont un des plaisirs attachés aux travestissemens de ce genre, et que la présence d’un tiers rend toujours innocens. On lit l’anecdote suivante dans un écrit du temps.

    « On chuchote une aventure arrivée au bal que le comte de Viry a donné ; la voici : après le banquet, la reine s’était retirée avec sa suite, et était rentrée, peu de temps après, masquée dans le bal. Sur les trois heures du matin, elle se promenait avec la duchesse de La Vauguyon : ces deux masques furent accostés par un jeune seigneur étranger qui était démasqué, et qui leur parla long-temps, les prenant pour deux femmes de qualité de sa connaissance. La méprise donna lieu à une conversation singulière qui amusa d’autant plus Sa Majesté, que les propos furent légers, agréables, sans être indiscrets. Deux hommes masqués survinrent, se mirent de la partie ; après avoir beaucoup ri on se sépara. Les deux dames témoignèrent le désir de se retirer ; le baron allemand les conduisit ; un carrosse de remise fort simple se présenta : quand il fut question de monter, madame de La Vauguyon se démasqua. Jugez de la surprise de l’étranger, et comme elle augmenta quand, en se retournant, il reconnut également la personne qui venait de se démasquer : le respect et une sorte de confusion succédèrent à la familiarité. L’affabilité de la charmante princesse rassura pourtant l’étranger qui, d’ailleurs, avait eu précédemment l’avantage de faire sa cour à Sa Majesté et d’en être connu. Les plaisanteries qu’il avait à se reprocher sont celles que le masque autorise, surtout en France. La reine le quitta en lui recommandant le secret. Il l’aura gardé sans doute, mais bien inutilement, puisque deux ou trois spectateurs qui se trouvaient là par hasard n’ont pas eu la même discrétion. Au reste, l’étranger, bien fait, aimable, d’une naissance élevée, méritait bien la faveur qu’il a reçue du sort. Quelques jours après, s’étant trouvé sur le passage de la reine, elle lui demanda s’il avait gardé son secret, d’un ton qui peut faire croire qu’elle n’y attachait pas la moindre importance. » (Corresp. secrète de la cour : Règne de Louis XVI.)

    (Note de l’édit.)
  10. Les Mémoires du duc de Lauzun, encore manuscrits à l’époque où madame Campan composait les siens, ont été publiés depuis. Ils furent écrits par le duc de Lauzun, à la sollicitation d’une femme dont on vantait, à juste titre, l’esprit, la grâce et la beauté, madame la duchesse de Fleury, fille de M. le comte de Coigny. L’édition qui a paru ne contient point l’anecdote de la plume de héron. Est-ce réserve de la part des éditeurs ou lacune dans le manuscrit sur lequel ils ont imprimé ? Quoi qu’il en puisse être, nous en possédons un qui raconte cette anecdote en détail, et nous n’hésitons pas à la publier (lettre O). Aujourd’hui que la version donnée par madame Campan dément celle du duc de Lauzun ; aujourd’hui que l’on connaît son caractère avantageux, son amour-propre et sa fatuité, ce qu’il dit peut conserver encore quelque malignité, mais ne saurait avoir aucun crédit. On n’y voit plus que les insinuations fausses et méprisables d’un présomptueux trompé dans son espoir, et dont la vanité blessée cherche une vengeance indigne d’un galant homme.
    (Note de l’édit.)
  11. Ce témoignage est confirmé par un historien dont on lira certainement avec intérêt le morceau suivant :

    « On aura occasion de rapporter quelques fragmens de lettres où l’on pourra prendre une idée de l’étroite amitié qui unissait la reine et la duchesse de Polignac. On se borne pour le moment à rapporter le billet suivant que la reine écrivit à la duchesse, en réponse à une lettre où celle-ci, à la suite d’une maladie qui l’avait retenue quelques jours à Paris, lui mandait qu’elle aurait incessamment l’honneur de lui faire sa cour.

    « Sans doute la plus empressée de vous embrasser, c’est moi, puisque dès demain j’irai dîner avec vous à Paris. »

    » La reine vint en effet dîner chez son amie. Il faut convenir que cette étroite amitié, entre une souveraine et une sujette, devait paraître d’autant plus extraordinaire qu’on n’en avait jamais eu d’exemple. Cependant elle existait, on n’en peut disconvenir : il n’y avait donc d’autre parti, pour des hommes corrompus, que de supposer à cette même amitié un motif criminel ; on n’y réussit que trop.

    » Lorsqu’il y eut un projet bien réel de détrôner l’infortuné Louis XVI, on crut qu’il fallait commencer par l’avilir ; et pour cela, le moyen le plus efficace c’était d’attaquer les mœurs de la reine. Il était encore essentiel, pour le succès de cet infernal système, de dégrader la duchesse de Polignac dans l’opinion publique, avant d’arriver à la princesse elle-même. Si, en effet, la duchesse méritait le mépris universel, l’opprobre qui la couvrait rejaillissait sur son auguste amie.

    » On n’épargna donc pas les libelles à madame de Polignac. On a demandé plusieurs fois à l’auteur de cette histoire s’il avait lu ces libelles ? Eh ! qui, malheureusement, ne les a pas lus ? Mais il a demandé à son tour que ceux qui les avaient écrits voulussent bien les avouer et communiquer leurs preuves. Jamais on ne lui a répondu ; et les personnes sages qui connaissaient très-particulièrement le duc et la duchesse de Polignac, lui ont paru convaincues que les auteurs de ces libelles étaient de vils calomniateurs soudoyés par les ennemis du roi et de la reine. Il a interrogé des domestiques même de la duchesse, qui n’avaient plus rien à espérer de leur maîtresse ; et leurs réponses ont prouvé qu’elle était aimée de tous ses gens, et que dans l’intérieur de sa famille, elle menait une vie très-décente et très-régulière.

    » Enfin l’auteur n’a rencontré personne qui lui ait dit avoir reçu du duc ou de la duchesse de Polignac la plus légère offense. Ayant à se décider entre des accusations graves, mais dénuées de toute espèce de preuves, et des faits incontestables, il a dû naturellement s’arrêter à ceux-ci : sa qualité d’historien ne lui permettait pas d’autre marche. » (Histoire de Marie-Antoinette, par Montjoie, p. 161 et 164.)

    (Note de l’édit.)