Méthode pratique d’orchestration symphonique/Du caractère expressif et particulier de chaque Instrument

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Enoch & Cie Éditeurs (pp. 67-70).

DU CARACTÈRE EXPRESSIF ET PARTICULIER DE CHAQUE INSTRUMENT
APPLIQUÉ A L’ORCHESTRE DE LA MUSIQUE CARACTÉRISTIQUE

Le Violon est, à juste titre, nommé le Roi des Instruments. Ses brillantes qualités de son, ainsi que ses vibrations sublimes ne fatiguent point l’oreille ; son timbre doux et brillant tout à la fois, tient le milieu, dans la famille des instruments, entre la mollesse des uns et le vif éclat des autres ; il se prête à merveille à toutes sortes de combinaisons instrumentales, variant ses nuances à l’infini, il peut exprimer tour à tour la légèreté, la grâce, la tendresse, la simplicité, la force, l’agitation, le trouble, la terreur, la passion, les accents tristes ou joyeux, enfin les sentiments de toute nature. À l’orchestre, il est considéré comme le premier et le plus important de tous les instruments.


L’Alto est avant tout un instrument d’accompagnement, il sert le plus souvent à combler les vides ; son principale rôle consiste à servir de trait d’union entre les Violons et les Basses. Cependant l’Alto a des qualités excellentes et possède une sonorité douce et mélancolique qui le rend propre à exprimer avec avantage certains sentiments graves ou langoureux.


Le Violoncelle possède une qualité de son excessivement pénétrante qui présente une certaine analogie avec la voix humaine. Sous les doigts d’un artiste habile, il produit des effets magiques.

Les mélodies tendres, plaintives, passionnées, lui conviennent admirablement.

Indépendamment des éminentes qualités qu’il possède pour l’exécution d’un chant, cet instrument rend en outre des services considérables comme partie d’accompagnement : les Arpéges, les Pizzicato, les Tenues, les Trémolos, les Accords qui peuvent s’y pratiquer avec tant d’art, le font considérer, dans l’Orchestre, comme un instrument de premier ordre.


La Contre-Basse est l’Instrument auquel on destine les sons les plus graves de l’Harmonie. Les notes de la C.-B. trouvent presque toujours leur point d’appui sur les temps forts de la mesure ; on peut dire que cet instrument est également celui qui détermine le mieux le Rhythme musical.

Assez souvent cependant, dans divers cas, la partie grave de l’Harmonie est confiée à d’autres instruments de Basse.

On peut obtenir avec la C.-B. une puissance de son considérable ; aussi, dans le Forte, elle accroit singulièrement la force de l’Orchestre.


La Flûte est un instrument doué d’une sonorité douce dans le Médium et légèrement perçante à l’Aigu. Son timbre est propre à exprimer les accents gracieux, tendres ou gais, parfois mélancoliques. La Flute excelle aussi dans certaines imitations de Genre descriptif, telles que : Gazouillement, murmure, bruissement, etc.


La Petite Flûte exprime surtout les accents joyeux, comme la grande Flûte elle est d’un grand secours dans certaines imitations, surtout celles d’un genre vif et bruyant ; dans une scène d’orage par exemple, ses notes à l’aigu singulièrement stridentes reproduisent bien, dans certains passages, les sifflements du vent et le déchirement des mille bruits qui s’entrechoquent dans l’air.


Le Hautbois est un instrument fort mélodieux, son timbre excessivement pénétrant domine tout l’orchestre[1] ; il a beaucoup de rapport avec les sons de la Musette et de la Cornemuse, et c’est pour ce motif qu’on lui réserve de préférence l’interprétation de mélodies champêtres ayant un caractère tendre ou joyeux.

Les mouvements lents lui conviennent à merveille.


La Clarinette est de tous les instruments en bois le plus utile à l’orchestre. Elle sert principalement (quand elle n’est pas employée en solo) à lier l’harmonie, le plus souvent par des tenues plus ou moins longues. Le Compositeur pour bien tirer parti de ces différentes qualités de sons, devra employer les notes graves et les sons du Médium pour exprimer, soit des idées gracieuses et sympathiques, soit des sentiments tristes et voilés, et réservera les plus aigus pour les accents gais et énergiques.


Le Basson possède un timbre doux, propre à exprimer certains accents discrets, élégiaques, tristes, souffreteux. Dans le grave avec ses notes détachées il est parfois comique, bizarre, sépulcral, et quelquefois dramatique avec des sons graves soutenus. On l’emploie rarement dans les récits, cependant on lui confie quelquefois le chant, mais principalement des parties d’accompagnement et de basse.

Il est la basse naturelle du Hautbois.


Le Cor possède un timbre majestueux qui ne ressemble en rien aux autres instruments de cuivre. Sa façon particulière de lier l’harmonie donne à la musique d’orchestre une grande expression et une sonorité spéciale. Employé en solo, il rend parfaitement certains accents lointains, plaintifs ou passionnés ; il est également employé avec succès (mêlé aux Trompettes, Cornets et Trombones) dans certains éclats vigoureux, tels que Fanfare guerrière, Marche solennelle, etc. En un mot les Cors sont constamment utiles, dans toute espèce de Musique.


Le Cornet à Pistons est diversement apprécié par les Compositeurs, dont beaucoup, il faut bien l’avouer, le considèrent assez défavorablement. Ils lui trouvent une sonorité banale. Il est vrai qu’on a peut-être un peu abusé de cet instrument (surtout dans les bals). Bref, certains compositeurs ne l’emploient qu’à regret, et parce qu’il faut bien se résigner à lui écrire quand même une partie, puisque tous les Orchestres possèdent des Cornets à pistons (lesquels au besoin peuvent remplacer les Trompettes qui font souvent défaut) ; mais la plupart du temps ils lui réservent un rôle très effacé et de remplissage.

Quoiqu’il en soit, il est incontestable que la Grande majorité du public adore le Cornet à pistons ; par conséquent il est bon de tenir compte de la faveur populaire dont il est l’objet, et nous conseillons aux Compositeurs de l’employer tour à tour comme instrument chantant (sans abus) et comme instrument d’ensemble.

Les mélodies d’un mouvement lent lui conviennent parfaitement ; il est capable d’expression tout autant et même mieux que bien d’autres instruments ; du reste, de Grands Maîtres, tels que Meyerbeer et autres, n’ont pas dédaigné de l’employer quelquefois dans les Grands Opéras, en solo expressif. Il est même certain que si la perfection des nouveaux Cornets ainsi que le nombre relativement considérable d’artistes habiles dont nous disposons aujourd’hui n’avait pas jadis fait défaut, ils auraient employé cet instrument bien plus souvent et surtout plus volontiers.


La Trompette est incontestablement supérieure au Cornet, son timbre éclatant se prête admirablement à l’interprétation de la musique grave, sévère, à l’expression des sentiments grandioses, guerriers, etc. Cet instrument est également capable de rendre des sons excessivement doux, mais on l’emploie le plus souvent dans le Forte. Malheureusement les exécutants habiles sont assez rares, et la Trompette est à peu près délaissée dans la plupart de nos orchestres.


Les Trombones sont d’une importance considérable. Leur timbre caractéristique est propre à exprimer : les scènes les plus énergiques, telles que : chants de gloire, chants funèbres, etc, ; leurs grands accords plaqués produisent parfois des effets surprenants. Employés dans les passages Piano, ils peuvent rendre des accents religieux ou imposants d’une expression peu commune.

Toutefois il est important de ne pas abuser des Trombones dans l’orchestration ; mieux vaut ne les faire entendre qu’à propos.

En général, l’abus des instruments en cuivre peut rendre (selon les cas, bien entendu) l’orchestration lourde et fatigante pour l’oreille.


Les Instruments à percussion servent à renforcer plus ou moins le rythme, et à colorer l’Orchestration, selon le genre de musique. Les Timbales représentent le plus important des instruments à percussion ; leurs roulements (trémolos) placés à propos produisent des résultats d’une intensité dramatique extraordinaire. Leur emploi est naturellement indiqué dans la Musique Orientale où elles peuvent produire des effets colorés et très pittoresques.

Les Timbaliers se servent de trois espèces de baguettes :

Les baguettes à tête de bois, produisant un son strident dur et sec ; elles peuvent être employées pour imiter le grondement du tonnerre (roulement avec fort crescendo se terminant par un grand coup sec qui imite un éclat de foudre) ;

Les baguettes à tête d’éponge. Elles donnent aux Timbales un son velouté capable d’exprimer certains accents sombres, mystérieux, etc. ;

Les baguettes à tête de bois recouvertes de peau. Celles-ci sont le plus fréquemment employées pour toute espèce de musique. Avec ces baguettes le son des Timbales n’ayant pas un caractère particulièrement original, n’est ni trop dur, ni trop doux : quand le compositeur n’indique pas sur la partie le genre de baguettes qu’il faut employer, les Timbaliers prennent toujours cette dernière espèce.

On emploie quelquefois, dans certains morceaux funèbres, les Timbales voilées[2]. (Les Timbales sont recouvertes d’un drap, ce qui leur fait produire un son lugubre).

Nous croyons inutile de parler des autres instruments à percussion. À ce sujet nos articles précédents suffiront, le cadre de notre petit ouvrage ne nous permettant pas de nous étendre plus amplement.


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  1. À l’orchestre, on fera bien, dans les parties secondaires, de lui donner les meilleures notes (c’est-à-dire celles qui flattent le plus l’oreille), et de mettre les autres de préférence à la 2me Clarinette.
  2. Dans ce cas, il faut indiquer le cas accidentel sur la partie ; le même procédé est applicable au Tambour.