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Ma mie

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La Chanson française du XVe au XXe siècle, Texte établi par Jean GillequinLa Renaissance du livre (p. 282-283).


MA MIE

Air : Ne raillez pas la garde citoyenne.


Chanson, ma mie, est une bonne fille,
Qui se souvient des siècles d’autrefois ;
Ses gais flonflons, son œil brun qui pétille,
Ont conservé la gaîté des Gaulois.

En son honneur, Brennus planta la vigne
Qu’il rapportait, dit-on, des champs romains ;
Il comprenait que le vin seul est digne
Par ses glouglous d’inspirer des refrains.

Que ton nom soit : Carmagnole ou Lisette,
Ou Marseillaise, ou bien Mimi-Pinson ;
Qu’importe à moi ! Belliqueuse ou coquette
Sous ton bonnet, je te revois, chanson.

Souvent, ma mie, ivre, je t’ai surprise,
Vidant les brocs d’un capiteux clairet,
Qu’un gros bourgeois ou qu’un chantre d’église
Venait t’offrir au fond d’un cabaret.

Combien aussi sous la verte tonnelle
N’as-tu pas ri de la fleur d’oranger,
Qu’on effeuillait pendant la ritournelle
D’un fin couplet rimé par Béranger !

Et puis encore, ô ma chanson, je t’aime.
Quand tu reviens l’œil émerillonné
D’un long souper à huis clos, en carême,
Où le plaisir a bien cotillonné !

Dans les prés verts, j’ai vu ton âme éprise
S’épanouir au doux parfum des fleurs,
Et l’ouragan se transformer en brise
Pour t’apporter les suaves senteurs.


Oui, je t’adore ou sérieuse ou folle
Et je comprends tes écarts de pudeur,
Sachant fort bien qu’un peu de gaudriole
Ne peut pas nuire aux vertus de ton cœur.

A la caserne, adorable diablesse,
On applaudit à tes lazzi souvent ;
Mais on te trouve et grave et sans faiblesse
Quand il s’agit de marcher en avant !

J’aime ton vers railleur et satirique
Stigmatisant un pouvoir détesté ;
J’aime ta voix sur la place publique
Faisant entendre un cri de liberté.

Ne fus-tu pas, fougueuse Marseillaise,
Au premier rang pour combattre les rois,
Quand sans respect la royauté française
Foulait aux pieds et le peuple et les lois ?

Ne fus-tu pas sublime d’héroïsme
Quand la Patrie, un jour, fut en danger ;
L’enivrement de ton patriotisme
Sauva Paris du joug de l’étranger.

Viens, ma chanson, ma sœur en espérance,
Sous la charmille où je bois mon vin frais ;
Nous trinquerons à l’amour, à la France,
En étant fiers d’avoir un cœur français !

Paul Avenel.

(Extrait de Chants et Chansons. A. Quantin, Éditeur. Paris.)