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Madrigal (Corneille, II)

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Poésies diverses, Texte établi par Charles Marty-Laveaux10 (p. 150-151).

XLVIII

Madrigal.

Les pièces XLVIII et XLIX ont été imprimées pour la première fois sous ce titre et dans cet ordre à la page 94 de la cinquième partie des Poésies choisies, publiée en 1660. Elles avaient été composées vers la fin de 1659. En effet, dans le recueil manuscrit de Conrart, conservé à la bibliothèque de l’Arsenal (tome IX, p. 859), elles sont précédées de la lettre suivante :

« À Rouen, le 16 décembre 1659.

« L’incomparable Sapho est suppliée de mander son avis à l’illustre Aspasie, touchant deux épigrammes faits[1] pour une belle dame de sa connoissance, qui, par un accès d’estime, avoit baisé la main gauche de l’auteur. Il y a partage pour juger lequel est le plus galant : l’un a plus d’effort de pensée, et l’autre a quelque chose de plus simple et plus naturel. »

Immédiatement après cette lettre le recueil de Conrart nous présente, sous le titre d’épigramme, la pièce qui commence par :
Je ne veux plus devoir à des gens comme vous.
Puis sous cette rubrique : Autre sur le même sujet, celle dont le premier vers est :
Mes deux mains à l’envi disputent de leur gloire.
Enfin on trouve à la page 860 une Réponse de l’incomparable Sapho à la seconde épigramme de M. Corneille, réponse qui n’est pas dans le recueil de Sercy. Granet, qui donne à la page 208, sous le titre de Madrigal à Mademoiselle Serment, la pièce commençant par : « Mes deux mains à l’envi…, » intitule la réponse, imprimée par lui pour la première fois : Réponse de Mademoiselle Serment. M. Paul Lacroix, qui a publié tout récemment dans le Bulletin du bibliophile (no du 15 octobre 1864, 8e année, p. 556) la lettre que nous avons reproduite plus haut, dit qu’elle « fut probablement écrite par Corneille lui-même à Mlle de Scudéry, » et que « l’illustre Aspasie… n’était autre chose que Ninon de Lenclos. » Deux de ces trois assertions paraissent bien hasardées, mais je crois qu’il est certain que « l’incomparable Sapho » est en effet Mlle de Scudéry, et alors il devient très-probable qu’elle est aussi l’auteur de la réponse portant le nom de Sapho. Ce qui ajoute encore à cette vraisemblance, c’est que dans une Lettre de Sapho au Mage de Sidon, datée du 21 octobre 1658, qui se trouve à la page 863 du tome IX des Manuscrits de Conrart, on lit : « Allez, allez, vendez vos coquilles à d’autres qu’à ceux qui viennent du Mont-Saint-Michel. » Ceci explique et complète cette expression proverbiale qui forme le dernier vers de la Réponse :
Vendez vos coquilles à d’autres.
Pour ne pas allonger outre mesure cette notice déjà trop étendue, nous renvoyons à l’Appendice quelques détails sur Mlle Serment et la Réponse de l’incomparable Sapho.


Mes deux mains à l’envi disputent de leur gloire,
Et dans leurs sentiments jaloux
Je ne sais ce que j’en dois croire.
Philis, je m’en rapporte à vous ;
Réglez mon avis[2] par le vôtre. 5
Vous savez leurs honneurs divers :
La droite a mis au jour un million de vers ;
Mais votre belle bouche a daigné baiser l’autre.
Adorable Phiiis, peut-on mieux décider
Que la droite lui doit céder ? 10


  1. Ce mot était encore quelquefois masculin. Voyez tome IV, p. 134, note 1, et le Lexique.
  2. Ainsi dans les Poésies choisies et dans les Manuscrits de Conrart. Amour, dans les Œuvres diverses publiées par Granet, et dans les éditions postérieures.