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Mahāyāna-Sutrālamkāra/Chapitre X

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Asanga
Mahāyāna-Sutrālamkāra, exposé de la doctrine du Grand Véhicule selon le système yogācāra
Traduction par Sylvain Lévi.
H. Champion (tome 2p. 93-97).
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CHAPITRE X

LA CROYANCE

Sommaire[1] :

1. Début, preuve [I], refuge [II], Famille [III], Production de Pensée [IV], Sens de soi et d’autrui [V], Sens du Positif [VI], Pouvoir [VII], per-maturation [VIII], Illumination [IX].

Depuis le début jusqu’à l’Illumination [I-IX], tout l’ensemble est à embrasser comme une seule section traitant de l’illumination.

Deux vers sur les Indices des espèces de Croyance.

2. Née, non-née, prenante, à prendre, reçue d’un ami, spontanée, erronée, sans erreur, en face ou non, du domaine oral, chercheuse[2], regardeuse.

Née, passée ou présente. Non-née, à venir. Prenante, de l’ordre du Moi. celle qui croit au Phénomène. À prendre, externe, celle qui est le Phénomène auquel on croit. Reçue d’un ami, grossière. Spontanée, subtile. Erronée, inférieure, parce que l’on a une Croyance à l’envers. Sans erreur, toute en état de Paix. En face, toute proche, parce que la Rencontre est prochaine. Pas en face, lointaine, dans le cas inverse. Du domaine oral, faite d’Audition. Chercheuse, faite de Réflexion. Regardeuse, faite de Pratique, à cause de sa Perspicacité.

3. Perdable, avec ou sans mélange d’Adversaires, inférieure, élevée, obstruée ou non, appliquée ou non, approvisionnée ou non, entrée à fond, loin allante est la Croyance.

Perdable, faible. Mélangée, moyenne. Sans mélange d’Adversaires, extrême. Inférieure, dans un autre Véhicule. Élevée, dans le grand Véhicule. Obstruée, avec ses Obstructions pour se mouvoir tout particulièrement. Sans Obstructions, dégagée des Obstructions. Appliquée, quand on l’emploie en teneur et en honneur[3]. Non-appliquée, dans le cas inverse. Approvisionnée, capable d’Acquis. Non-approvisionnée, dans le cas inverse. Entrée à fond, quand elle a pénétré dans les Terres. Loin allante, dans les autres Terres.

Trois vers sur ce qui fait obstacle à la Croyance.

4. Manque répété d’Acte mental, nonchalance, application capricieuse, mauvais ami, faiblesse du Bien, manque d’Acte mental à fond.

Née, son obstacle est le manque d’exercice d’Acte mental. Non-née ; la nonchalance. Prenante ou Prenable ; une application capricieuse, parce qu’elle s’opiniâtre à rester telle quelle. Reçue d’un ami ; un mauvais ami, parce qu’on prend à rebours. Spontanée ; la faiblesse des Racines de Bien. Non-erronée ; le manque d’Acte mental à fond[4] est l’obstacle, puisque l’un contrarie l’autre.

5. Inattention, peu d’Audition, se contenter d’entendre et de réfléchir un peu, tirer vanité de la Pacification toute seule, ne pas remporter la victoire décisive.

En-face, son obstacle est l’inattention, puisque c’est l’absence même d’inattention qui la fait. Du domaine oral ; le peu d’Audition, parce qu’on écoute les textes des Sûtras dans leur sens immédiat. Chercheuse ; se contenter d’entendre et se contenter de réfléchir un peu. Regardeuse ; se contenter tout simplement de réfléchir et tirer vanité de la simple Pacification. Perdable et mélangée ; ne pas remporter la victoire décisive.

6. Manque d’excitation, excitation, Obstruction, inapplication, manque d’approvisionnement ; voilà les obstacles à la Croyance. Inférieure, l’obstacle est le manque de l’excitation provoquée par les Transmigrations. Élevée ; l’excitation. Non-obstruée ; l’Obstruction. Appliquée ; l’inapplication. Approvisionnée, le manque d’approvisionnement est l’obstacle.

Cinq vers sur l’Avantage dans la Croyance.

7. Grand Mérite, absence de regret, bon état d’esprit, grand bonheur, non-déperdition, solidité, mouvement tout particulier.

8. Intuition de l’Idéal, arrivée suprême au Sens de soi et d’autrui. Super-savoirs rapides ; voilà les Avantages dans la Croyance.

Si elle est née, présente, l’Avantage, c’est un grand Mérite. Passée ; l’absence de regret, puisqu’on ne s’en repent pas. Preneuse, et aussi Prenante ; un très bon état d’esprit, puisqu’on est appliqué à l’Union. Produite par un Ami de Bien ; la non-déperdition. Spontanée ; la solidité. Erronée, en-face, et aussi faite d’Audition, etc., ainsi de suite jusqu’à : moyenne ; un mouvement tout particulier. Extrême ; l’Intuition de l’Idéal. Inférieure ; l’arrivée au Sens de soi. Élevée ; l’arrivée par excellence au Sens d’autrui. Sans Obstruction, appliquée, approvisionnée et autres Croyances de la Série Blanche ; les Supersavoirs rapides sont l’Avantage.

9. Chez les passionnés, elle ressemble à un chien ; chez les Unis, à une tortue ; chez ceux qui ont le Sens de soi, à un serviteur ; chez ceux qui ont le Sens d’autrui, à un roi.

Elle est comme un chien souffrant, qui a constamment faim sans jamais manger assez ; comme une tortue pelotonnée dans le creux des eaux ; comme un serviteur qui va toujours tout agité ; comme un roi qui va en autocrate dans le domaine de son empire[5].

10. Telle est, chez le passionné, l’Uni, chez celui qui travaille pour le Sens de soi ou d’autrui, la particularité à reconnaître toujours, par l’effet de la diversité de Croyance. Considérant que c’est dans le Grand Véhicule qu’on en atteint régulièrement le comble, le Sage doit toujours donner par choix sa Croyance au Grand Véhicule.

Il est entendu que chez les passionnés, la Croyance est pareille à un chien ; chez ceux qui en sont aux Unions d’ordre mondain, à une tortue ; chez ceux qui ont le Sens de soi, à un serviteur ; chez ceux qui ont le Sens d’autrui, à un roi. Ensuite, après qu’il a bien fait entendre ce Sens, il exhorte à la Croyance au Grand Véhicule .

Un vers pour proscrire le relâchement de la Croyance.

11. Puisque des créatures, hors mesure, nées dans la condition humaine, arrivent chaque instant à la Parfaite Illumination, on ne doit pas admettre de relâchement.

Pour trois raisons, le relâchement est déplacé : 1° Parce que, dans la condition humaine, on arrive à l’Illumination ; 2° Parce que continûment on y arrive ; 3° Parce qu’on y arrive hors mesure.

Deux vers pour spécifier les Mérites de la Croyance.

12. Comme on s’assure du Mérite en donnant à manger aux autres, mais point en mangeant soi-même, ainsi il en est de la grande production de Mérites

13. énoncée dans les Sûtras ; on l’obtient en prêchant l’Idéal qui a pour Fond le Sens d’autrui, mais on ne l’obtient pas en prêchant l’Idéal qui a pour Fond le Sens de soi.

Si on donne de la nourriture, il s’en suit un Mérite, parce que l’acte a trait à autrui ; si on mange personnellement, il n’y en a pas, parce que l’acte a trait à soi. Quand les Sûtras parlent du grand mérite qui vient de prêcher l’Idéal du Grand Véhicule, c’est qu’il a pour Fond le Sens d’autrui . Il n’en va pas de même de la prédication de l’Idéal des Auditeurs, qui a pour Fond le Sens de soi.

Un vers sur la possession des fruits de la Croyance.

14. Le Sage, qui a ainsi produit une grande Croyance au grand Idéal Saint[6] dont l'étendue est immense, arrive à un accroissement continu et immense de Mérites et de Croyance, et à une grandeur de Vertus incomparables.

Qui recueille le fruit ? Quel fruit ? Où ? Par quel genre de Croyance ? Le Sage recueille un triple fruit dans l’immense Idéal du Grand Véhicule par une Croyance élevée, exempte de déperdition[7]. Il obtient un accroissement de Mérites immense, un accroissement de Croyance, et, comme conséquence, une grandeur de Vertus incomparables qui est la Bouddhaté.


  1. Le tibétain traduit cette table des matières en vers, qui manque au chinois.
  2. Eṣikâ est rendu en tib. par chol-ba « chercheur ». — Comm. 1.2. Au lieu de tib. yaṅ la dmigs pa ñid du mos pa’o.
  3. Sâtatya, satkṛtya ; tib. rtag tu bya ba « à faire continuellement », gyus par byas te « en traitant avec révérence ». Les deux expressions forment une combinaison traditionnelle dans la langue canonique. Sâtatya est la continuité comme marque d’une attention soutenue. Satkṛtya désigne au propre une véritable « action de grâces » qui doit accompagner et sanctifier chaque catégorie de don reçu, nourriture, vêtement, logement, remèdes (cf. Dickson, The Pâtimokkha, J. R. A. S., n. s. VIII, 129 sq.).
  4. Au lieu de amanasikâraḥ, lire manasi°.
  5. Au lieu du râjñâm̃ visaye, lire âjñâviṣaye, tib. bka’ yi yul.
  6. Au lieu de mahoghadharme, lire mahâryadharme : tib. ’phags pa chen po.
  7. Au lieu de ’pariṇîya°, lire ’parihâṇiya° ; tib. yoṅs su ñams par mi ’gyur.