Mahāyāna-Sutrālamkāra/Chapitre IX

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Asanga
Mahāyāna-Sutrālamkāra, exposé de la doctrine du Grand Véhicule selon le système yogācāra
Traduction par Sylvain Lévi.
H. Champion (tome 2p. 68-92).
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CHAPITRE IX

L’ILLUMINATION


Deux vers sur la Connaissance Omnigénérique. Le troisième explique les deux premiers.

1. Par d’incalculables épreuves, par d’incalculables accumulations de Bien, par une incalculable durée, par l’épuisement d’incalculables Obstructions,

2. La Connaissance Omnigénérique est atteinte, nettoyée de toute Obstruction, comme une cassette de bijoux grande ouverte ; elle s’appelle la Bouddhaté.

3. Après avoir subi des épreuves prodigieuses, au prix de centaines de fatigues, accumulé tout Bien, épuisé toutes les Obstructions par la grandeur du temps, des Dons, et du Véhicule, l’Obstruction subtile qui persistait dans les Terres éclate, et la Bouddhaté se découvre comme une cassette de pierreries grandes en pouvoir.

Il explique la Bouddhaté au point de vue de la Réussite, de la nature propre, et de la comparaison. Tant et tant de centaines d’épreuves, tant et tant de Provisions de Bien, tant et tant de durée, tant et tant d’Obstructions rejetées la font réussir ; c’est la Réussite. L’arrivée à la Connaissance Omnigénérique nettoyée de toute Obstruction, c’est la nature propre. Comme une cassette ouverte ; c’est la comparaison.

Deux vers sur l’Indice de Non-dualité de la Bouddhaté et aussi son efficacité.

4. Tous les Idéaux sont la Bouddhaté, et elle n’est point un Idéal ; elle est faite des Idéaux Blancs, et elle n’est point définie par eux.

5. Parce qu’elle est le Signe des Joyaux de l’Idéal, on l’a comparée à une mine de joyaux ; parce qu’elle est le Signe des moissons du Bien, on l’a comparée à un nuage.

Tous les Idéaux sont la Bouddhaté, puisque la Bouddhaté est inséparable de la Quiddité[1], et puisque la Bouddhaté est produite par le nettoyage de la Quiddité. Et d’autre part, elle n’est point un Idéal, en tant que la nature propre de l’Idéal est Imaginaire. Et la Bouddhaté est faite d’Idéaux Blancs puisque les Perfections et autres Biens sont Révolus par son existence. Et elle n’est pas exprimée par les Idéaux Blancs puisque les Perfections etc…, en tant que Perfections, ne sont pas Absolues. C’est là l’Indice de Non-Dualité. La comparaison avec la mine de joyaux et le nuage marque son efficacité ; en effet, elle est l’origine des joyaux de l’Idéal de Prédication[2] et aussi des moissons du Bien dans les champs qui sont les Séries Personnelles[3] des Disciplinables.

6. Il est dit que la Bouddhaté, c’est tous les Idéaux ; ou plutôt elle est en dehors de tous les Idéaux ; comme elle donne naissance à ce joyau si grand, si vaste, de l’Idéal, elle semble la mine de joyaux de l’Idéal ; comme elle cause la production des moissons de Blanc si grandes chez les êtres, elle devient aussi un nuage, en versant sur les créatures la pluie de l’Idéal, vaste, bien disposée, inépuisable.

Il explique le même Sens dans ce troisième vers :

Comme elle est le Signe de la production du joyau si grand, si vaste, qu’est l’Idéal, elle semble une mine de joyaux ; comme elle cause pour les êtres la production des moissons de Blanc si grandes, elle devient un nuage en donnant aux créatures la pluie de l’Idéal, pluie si grande, si bien disposée, inépuisable. Voilà comment il faut faire l’analyse des mots.

Cette Bouddhaté est un Refuge que rien ne surpasse ; cinq vers.

7. La Bouddhaté est toujours un rempart contre toute la troupe des Souillures, contre toutes les mauvaises actions, contre la naissance et la mort.

Il montre en abrégé dans ce vers que la Bouddhaté est un Refuge en tant qu’elle sert de rempart contre les Souillures, les actes, la naissance, la Pleine-Souillure.

8. Contre toutes les calamités, contre l’enfer, contre les faux Moyens, contre le Corps Réel[4], contre le Petit Véhicule ; elle est donc le Refuge suprême.

Dans ce second vers, il montre en détail qu’elle est un rempart contre les calamités etc… Rempart contre toutes les calamités ; par l’efficacité du Bouddha, les aveugles recouvrent la vue, les sourds l’ouïe, les esprits distraits un esprit bien assis, les troubles sont supprimés etc[5]… Rempart contre l’enfer ; l’éclat du Bouddha délivre ceux qui y sont et consolide ceux qui n’y sont pas. Rempart contre les faux Moyens ; elle redresse les vues des hérétiques. Rempart contre le Corps Réel ; elle mène au Pari-Nirvâṇa par deux Véhicules ; elle fait du Grand Véhicule le Passage-uniforme pour ceux qui ne sont pas définitivement d’une Famille.

9. Cette Bouddhaté est le Refuge excellent, incomparable ; c’est la défense contre les maux de la naissance, de la mort, de toutes les Souillures ; en quelque péril qu’on soit, elle est la défense universelle ; elle est la porte de sortie pour s’échapper de tant de maux qui se prolongent, de l’enfer, des faux Moyens ! [6]

Dans ce troisième vers, il montre par le même Sens l’excellence insurpassable de la Bouddhaté, comme le meilleur des Refuges, l’incomparable.

10. Elle a le corps rempli des Idéaux des Bouddhas ; elle sait tout au long discipliner les êtres ; sa compassion fait, dans tous les mondes, passer à l’autre rive : la Bouddhaté est ici le meilleur des Refuges [7].

Dans ce quatrième vers, il montre pour quelles raisons elle est ainsi un Refuge insurpassable. Elle a une nature propre toute remplie des Idéaux des Bouddhas, Forces, Assurances etc., au point de vue du But qui est le Sens de Soi ; elle connaît les moyens de discipliner les créatures dans le Bon Idéal, et elle les mène à l’autre rive de la Compassion, au point de vue du But qui est le Sens d’autrui.

11. Tant que dure le monde, la Bouddhaté est le grand Refuge de toutes les créatures pour écarter toutes les passions et pour donner pleinement la Prospérité.

Dans ce cinquième vers, il montre en résumé pour combien de temps, pour combien de créatures, et dans quel Sens elle est le Refuge. Dans quel Sens ? C’est pour écarter toutes les passions et pour donner pleinement la Prospérité.

Six vers sur la Révolution du Fond.

12. La semence des Obstructions de Souillure et de Connaissable, compagne assidue et de temps immémorial, y est anéantie par tous les procédés les plus intenses de rejet ; cette Bouddhaté est un changement du Fond, associé aux éminentes vertus des Idéaux Blancs ; on arrive à ce changement par la Voie de la Connaissance, dégagée de la différenciation, grande en objet, et bien nettoyée.

Dans ce vers, il illustre la Révolution du Fond en tant qu’on se sépare des semences des Adversaires et qu’on s’unit à la plénitude des Auxiliaires. Comment est-ce qu’on y arrive ? Par la possession d’une double Voie : la Voie de la Connaissance Supramondaine, bien nettoyée, et la Voie de la Connaissance de l’infinité du Connaissable, qu'on atteint derrière l’autre. De temps immémorial, c’est-à-dire un temps qui n’a pas de commencement. Tous les procédés les plus intenses de rejet, c’est-à-dire les procédés des Terres.

13. Installé là, le Tathâgata jette ses regards sur le monde comme s’il était au sommet d'une haute montagne ; il s’apitoie sur ceux qui se plaisent à la Paix ; qu’est-ce donc des autres gens qui se plaisent à l’existence[8] ?

Dans ce second vers, il montre l’excellence de cette Révolution du Fond par rapport aux autres. Installé là, il regarde le monde loin en bas, comme s’il était sur une haute montagne ; et l’ayant regardé, il s’apitoie sur les Auditeurs et les Bouddhas-pour-soi, à plus forte raison sur les autres.

14. Pro-fonction, Ex-fonction, Non-fonction sur le Fond, Infonction, Ad-fonction, et encore à dualité, sans-dualité, égale, supérieure, de plus universelle : telle est la Révolution des Tathâgatas.

Dans ce troisième vers, il en montre les dix espèces. En effet la Révolution des Tathâgatas est une Pro-fonction, parce qu’elle fonctionne pour le Sens d'autrui ; c’est une Ex-fonction, à cause de son excellence, étant supérieure à tous les Idéaux ; c’est une Non-fonction, en fait de cause de Pleine-Souillure. Le Fond désigne le Fond de la Révolution. In-fonction, parce qu’elle fonctionne en dehors de la Pleine-Souillure. Ad-fonction, parce qu’elle fonctionne ad infinitum. Fonction à dualité, puisqu’elle fonctionne pour montrer la Pleine Illumination et le Pari-Nirvâṇa. Fonction sans dualité, puisqu’elle est à-Opérants et Sans-Opérants, n’étant arrêtée ni à la Transmigration ni au Nirvâṇa. Fonction égale avec les Auditeurs et les Bouddhas-pour-soi, puisque les Libérations leur sont communes. Fonction supérieure, puisqu’elle n’a pas en commun avec eux les Idéaux des Bouddhas, Forces, Assurances etc... Fonction universelle, puisqu’elle est présente dans l’enseignement de tous les Véhicules.

15. Comme l’espace est toujours universel, ainsi elle est toujours universelle ; comme l’espace est universel dans les multitudes des Formes, ainsi elle est universelle dans les multitudes des êtres.

Dans ce quatrième vers, il montre que la Bouddhaté est universelle, puisque c’est sa nature propre ; dans la première et la seconde moitié du vers, il énonce et il explique l’analogie avec l’espace. L’universalité de la Bouddhaté dans les multitudes des êtres se constate à ce qu’elle admet en soi absolument tous les êtres.

16. Comme un Récipient à eau, quand il est brisé, ne montre plus l’image de la lune, ainsi l’image des Bouddhas ne se montre pas dans les créatures perverties.

Dans ce cinquième vers, il fait comprendre par un exemple comment, malgré son universalité, l’image des Bouddhas ne se laisse pas voir dans les créatures qui ne sont pas devenues des Récipients.

17. Comme le feu qui s’allume ici et s’éteint là, ainsi les Bouddhas, — qu’on le sache ! — se montrent ou ne se montrent pas.

Dans ce sixième vers, il fait comprendre, par l’analogie avec le feu qui s’allume et qui s’éteint, que les Bouddhas se montrent quand il y a des Disciplinables et qu’il faut pour eux la naissance d’un Bouddha ; l’œuvre de Discipline faite, ils ne se montrent plus ; c’est le Pari-Nirvâṇa.

Quatre vers sur la besogne des Bouddhas sans Rémission[9] par Impassibilité.

18. Comme une musique qui proviendrait d’instruments sans qu’on les ait battus, ainsi naît la prédication chez le Vainqueur sans aucune Passivité.

19. Comme une pierrerie montre sans aucun travail son propre éclat[10], ainsi les Bouddhas montrent leur activité sans aucune Passivité.

Dans ces deux vers, il fait comprendre l’activité en Impassibilité des Bouddhas par l’analogie de la musique sans aucun jeu d’instruments et de la pierrerie qui brille sans travail.

20. Comme les actions du monde se montrent sans cesse dans l’espace, ainsi les actions des Vainqueurs se montrent sans cesse dans le Plan Sans-Écoulement.

21. Comme les actions toujours surpassent et se perdent dans l’espace, ainsi les actions des Bouddhas naissent et finissent dans le Plan Sans-Écoulement.

Dans ces deux vers, il montre que les Bouddhas agissent sans Rémission, puisque la tâche des Bouddhas est incessante. Il en est d’elle comme des actes du monde dans l’espace ; ils n’ont pas de cesse, et pourtant il y en a qui commencent et d’autres qui finissent.

Seize vers sur la profondeur du Plan Sans-Écoulement.

22. Quoique spécifiée par une relation de succession, nettoyée qu’elle est de toutes les Obstructions, ni pure ni impure tout ensemble, la Quiddité est la Bouddhaté.

Elle n’est pas pure, puisqu’elle est spécifiée par la relation d’antérieur et de postérieur ; elle n’est pas impure, puisqu’elle est ensuite nettoyée de toute Obstruction, les taches étant parties.

23. Dans la Vacuité toute pure, les Bouddhas, qui ont par l’Impersonnalité trouvé la Voie, trouvent la pureté de la Personne et arrivent ainsi à la grandeur de la Personne.

Ici il indique la Personne par excellence des Bouddhas dans le Plan Sans-Écoulement[11]. Pourquoi donc ? Parce que leur Personne consiste dans l’Impersonnalité capitale. L’Impersonnalité capitale, c’est la Quiddité toute pure, et elle est la Personne, au Sens de nature-propre, des Bouddhas. Quand elle est toute pure, les Bouddhas arrivent à l’Impersonnalité capitale, qui est la Personne toute pure. Arrivés à la Personne toute pure, les Bouddhas arrivent à la grandeur de la Personne. Et c’est avec cette Arrière-pensée que la Personne par excellence des Bouddhas est classée dans le Plan Sans-Écoulement.

24. C’est pourquoi il est dit que la Bouddhaté n’est ni l’existence ni la non-existence ; aussi, la question du Bouddha étant ainsi posée, il n’y a pas eu de dogme prononcé[12].

C’est pourquoi il n’est pas dit de la Bouddhaté quelle est l’existence, puisqu’elle a pour Indice l’inexistence de l’Individu et de l’Idéal, et que c’est là son essence même. Il n’est pas dit qu’elle est la non-existence, puisqu’elle existe en tant qu’elle a pour Indice la Quiddité. Ainsi la question étant posée de savoir si le Bouddha existe ou non : « Le Tathâgata existe-t-il après la mort, ou non ? etc. » il n’y a pas eu de dogme prononcé.

25. Comme la combustion s’apaise au fer, et les ténèbres à la vision, ainsi dans la connaissance spirituelle des Bouddhas, il n’y a ni existence ni non-existence canonique.

Comme la combustion s'apaise au fer, et les ténèbres à la vision : cette Pacification n’est point existence, puisqu’elle a pour Indice la non-existence de la combustion et des ténèbres ; elle n’est point non-existence, puisqu’elle existe en tant qu’elle a pour Indice la Pacification. Ainsi, dans la connaissance de la Pensée chez les Bouddhas, la Pacification de l’Amour et de l’Inscience[13], qui correspondent à la combustion et aux ténèbres, n’est pas canoniquement déclarée existence, puisqu’elle a pour origine la non-existence de l’Amour et de l'Inscience, par suite de la Libération d’État d’Esprit et de Sapience ; elle n’est pas déclarée non-existence, puisqu’elle existe en tant qu’elle a pour Indice telle ou telle Libération.

26. Dans le Plan sans tache, il n’y a ni unité des Bouddhas ni pluralité, car ils n’ont pas de corps, tout comme l’espace, et ils ont eu antérieurement des corps.

Dans le Plan Sans-Ecoulement, il n’y a pas unité des Bouddhas, puisqu’ils ont eu antérieurement des corps ; il n’y a pas pluralité, puisqu’ils n’ont pas de corps, tout comme l’espace.

27. Quant aux Idéaux des Bouddhas, Forces etc., l’Illumination est comparable à une mine de joyaux ; quant aux moissons de Bien du monde, elle est comparable à un grand nuage.

28. Comme elle est bien pleine de Mérites et de Connaissances, elle est comparable à la pleine lune ; comme elle produit la Clarté de la Connaissance, elle est comparable au grand soleil.

Ces deux vers de comparaisons ont un Sens qui va de soi.

29. Tout comme d’innombrables rayons se confondent dans le disque du soleil ; tous fonctionnent à une occupation unique, et ils éclairent le monde.

30. Ainsi dans le Plan Sans-Écoulement, les Bouddhas sont innombrables ; dans leur tâche, ils confondent leur occupation unique et ils font la Clarté de la Connaissance.

Dans le premier vers, il montre leur acte commun par une comparaison avec l’occupation unique des rayons confondus. Les rayons ont une occupation unique, puisqu’ils travaillent identiquement à mûrir, à dessécher, etc. Dans le second vers, il montre que, dans le Plan Sans-Écoulement, ils confondent leur occupation unique dans la tâche des métamorphoses etc.

31. Qu’un seul rayon se dégage du soleil, et tous les rayons s’en dégagent ; ainsi se fait, dans le cas des Bouddhas, le dégagement de leur Connaissance.

Les rayons du soleil se dégagent tous en même temps ; ainsi aussi l’activité de la connaissance des Bouddhas, toute en même temps ; c’est ce qu’il montre.

32. Comme il n’y a rien d’égoïste dans la fonction des rayons du soleil, ainsi il n’y a rien d’égoïste dans le fonctionnement des connaissances[14] des Bouddhas.

33. Comme le monde est éclairé par les rayons que lance en une fois la clarté du soleil, ainsi le connaissable tout entier est éclairé en une fois par les connaissances des Bouddhas.

Le sens de ces deux vers va de soi ; il s’applique à l’absence de tout égoïsme et à l’éclaircissement du connaissable dans le monde.

34. Les nuages etc. sont l’Obstruction des rayons du soleil ; exactement ainsi, la perversité des créatures est l’Obstruction des connaissances des Bouddhas.

Comme les nuages etc. sont l’Obstruction des rayons, puisqu’ils n’éclairent plus ; ainsi la perversité des créatures est l’Obstruction des connaissances des Bouddhas. L’abondance excessive[15] des cinq Fanges[16] des créatures les empêche d’être des Récipients.

35. L’effet de la poussière sur une étoffe, c’est que la couleur a son lustre ou ne l’a pas ; ainsi, par l’effet de la Projection[17] sur la Délivrance, la Connaissance a son lustre ou ne l’a pas.

L’effet de la poussière sur une étoffe, c’est que par endroits la couleur a son lustre, par endroits elle ne l’a pas. Exactement ainsi, la qualité toute particulière de l’Intromission de la Force à exécuter le vœu antérieur fait que dans la Libération des Bouddhas la Connaissance a son lustre ; dans la Libération des Auditeurs et des Bouddhas-pour-soi, elle n’a pas son lustre.

36. On parle de la profondeur des Bouddhas, dans le Plan Immaculé, en fait d’Indice, de place, d’acte, comme on parle de peindre l’espace avec des couleurs.

La triple profondeur des Bouddhas dans le Plan Sans-Écoulement a été ainsi exposée : la profondeur d’Indice en quatre vers [22-25] ; la profondeur de place en un vers [26], en tant qu’ils ne s’y tiennent ni tous en un, ni chacun à part ; la profondeur d’acte en dix vers [27-30]. De plus, cette profondeur d’Indice a été énoncée au point de vue de l’Indice de pureté, de l’Indice de Personne-par excellence, de l’Indice d’absence de dogme. La profondeur d’acte a été énoncée au point de vue de l’acte de se fonder sur les joyaux, Ailes d’Illumination etc. ; de l’acte de per-mûrir les êtres ; de l’acte de parvenir au But ; de l’acte de prêcher l’Idéal ; de l’acte de faire son office par les Métamorphoses etc. ; de l’acte de fonctionnement de connaissance ; de l’acte d’indifférenciation ; de l’acte de connaissance nuancée ; de l’acte de non-fonctionnement de connaissance ; de l’acte de connaissance spéciale de la Libération en général. Cette prédication des divisions de la profondeur dans le Plan Sans-écoulement est comme un tableau dans l’espace avec des couleurs, l’espace — comme le Plan Sans-écoulement — n’étant pas susceptible de multiplication.

37. La Quiddité, quoique sans particularisation pour tous les êtres, arrivée pourtant à la pureté est l’Essence de Tathâgata ; et c’est pourquoi tous les êtres en sont la Matrice.

La Quiddité est pour tous les êtres sans particularisation, et d’autre part le Tathâgata a pour nature propre de la rendre pure. De là vient que tous les êtres sont appelés des Matrices de Tathâgata[18].

Onze vers sur la Maîtrise.

38. La Maîtrise^^1 des Auditeurs surpasse celle du monde ; celle de la Terre de Bouddha-pour-soi surpasse celle des Auditeurs.

39. Celle-ci ne vaut pas une simple parcelle de la Maîtrise des Bodhisattvas ; celle-ci ne vaut pas une simple parcelle de la Maîtrise des Tathâgatas.

Dans ces deux vers, il fait voir la Maîtrise des Bouddhas par une gradation de pouvoir.

40. La Maîtrise des Bouddhas est hors-mesure et hors réflexion, quant à la personne, au lieu, à la manière, à la quantité, au temps où elle s’exerce.

Dans ce troisième vers, il montre par la division en sections et par la spécification de la profondeur comment cette Maîtrise est hors-mesure, et comment elle est hors-réflexion, quant à la personne pour qui elle s’exerce ; au lieu, c’est-à-dire au Plan-de-Monde ; à la manière telle ou telle ; à la quantité, petite ou grande ; au temps.

Dans le reste des vers, il montre la division des Maîtrises d’après l’activité de l’esprit.

41. Dans la Révolution des cinq Organes, on constate une Maîtrise absolue : de tous, quant au fonctionnement de tous leurs Sens ; et à la production des douze cents vertus^^1.

Dans la Révolution des Cinq Organes, on constate une double Maîtrise absolue : 1° de tous les cinq Organes, quant à l’activité de tous les cinq Sens ; 2° et là, quant à la production des douze cents vertus respectivement.

42. Et dans la Révolution de l’esprit, on constate aussi une

38. 1. Vibhutva. Tib. ‘byor pa oudbaṅ ‘byor pa « maîtrise » ; chin. pien hoa « transformer ». Le texte lui-même (IX, 48) le définit par acintyakarmânuṣṭhâna « accomplir des actes qui passent la réflexion ». XVI, 16, il en classe trois sortes : kaya « corps », caryâ « conduite », deçanâ « prédication ».

Au pâda c, lire avec le ms. pratyekabuddhahbhaumena, garanti par le tib. raṅ saṅs rgyas kyi sa pa yis.

41. 1. J’ignore de quelle catégorie numérique il s’agit, et je crains que les interprètes l’aient ignoré comme moi, car le chinois dit : « mille et deux cents », mais le tibétain écrit « cent et douze vertus ». 1.200 est le chiffre le plus probable, car on attend un multiple de 5 (les cinq organes. maîtrise absolue, quant à la connaissance indifférenciée, immaculée, qui est consécutive à la Maîtrise.

Dans la Révolution de l’esprit, on constate une Maîtrise absolue quant à la connaissance consécutive à la Maîtrise, connaissance indifférenciée et bien épurée. Cette Maîtrise accompagne toute connaissance de Maîtrise dans ses exercices.

43. Dans la Révolution des Récepteurs^^1 avec les Sens, on constate une Maîtrise absolue, quant au nettoyage du Champ pour faire voir le Passif^^2 à volonté.

Dans la Révolution des Sens et dans la Révolution des Récepteurs on constate une Maîtrise absolue à nettoyer le Champ, Maîtrise par laquelle on fait voir à volonté le Passif.

44. Dans la Révolution de la Différenciation, on constate une Maîtrise absolue, quant à ce que connaissances et actes, tous, en tout temps, ne sont jamais empêchés.

Dans la Révolution de la Différenciation, on constate une Maîtrise absolue en ce que les connaissances et les actes n’ont jamais d’empêchement.

45. Dans la Révolution de l’Arrêt, on constate une maîtrise absolue quant au Nirvâna-qui-n’est-pas-l’arrêt, au Point immaculé des Bouddhas^^1.

Dans la Révolution de l’Arrêt on constate une Maîtrise absolue quant au Nirvâna-qui-n’est-pas-l’arrêt, dans le Plan Sans-Ecoulement des Bouddhas.

46. Dans la Révolution de l’Accouplement, on constate une Maîtrise absolue, quant à la Station de bien-être des Bouddhas et à la vision sans Souillure de l’épouse[19].

43. 1. Udgraha. Ce mot désigne les cinq « blocs de sensation » panca. vijnàna-kâya (XI, 41), les sensations des organes extérieurs par opposition à l’organe interne (XI, 48).

2. Bhoga. Cf. la note sur anâbhoga, I, 7.

45. 1. Au lieu de acale pade, rétablir amale ; tib. dri med « sans souillure ». La lecture acale, suivie par le traducteur chinois, semble être mieux en rapport avec l’idée de la pratiṣṭhâ.

Dans la Révolution de l’Accouplement, on la constate quant à deux choses : Station de bien-être des Bouddhas et vision sans souillure de l’épouse.

47. Dans la Révolution de la Connotation^ d’espace, on constate une Maîtrise absolue, quant à l’atteinte du Sens pensé et quant au développement du mouvement et de la Forme.

Dans la Révolution de la Connotation d’espace, on constate une Maîtrise absolue quant à deux choses : accomplissement du Sens pensé, par quoi on devient Matrice-d’espace ; et développement du mouvement et de la Forme, puisqu’on se déplace à volonté et qu’on fait de l’espace à volonté^^3.

48. Telle est, dansla Révolution hors-mesure, la Maîtrise hors-mesure, par suite de l’accomplissement d’un office hors-réflexion, dans le Fond immaculé des Bouddhas.

Telle est, par cette Embouchure, la Révolution hors-mesure. Et la Maîtrise hors-mesure y consiste dans l’accomplissement d’un office hors-réflexion, dans le Plan Sans-Ecoulement des Bouddhas,

47. 1. Saṃjñâ. Tib. ‘du çes, traduction littérale des deux éléments du mot ; chin. sinng n avoir l’idée de... ‘>. Le mot désigne à la fois dans la langue courante « la pleine connaissance, la représentation claire ; le signe (de main, etc.) ; la désignation, le nom » [P. W., s. v.]. En fait il évoque simultanément tous ces sens, ou plutôt il se rapporte aune opération synthétique de l’esprit qui les embrasse tous. Puisque le nom est, au point de vue hindou, l’essence même de toute chose (concurremment avec la forme : nâina-rûpa), la conscience parfaitement claire d’un objet est intimement liée à sa désignation. J’ai donc dû rejeter chacun de ces deux termes « conscience » et « désignation » pour éviter de mutiler la notion de sanijnâ ; j’ai adopté, assez arbitrairement, le mot de « connotation » qui n’évoque par lui-même rien de précis, dans l’usage réel tout au moins, et qui présente l’avantage de combiner deux éléments qui répondent à sajuj’nâ : cum-nota.

2. Gaganagarbha. Tib. nam mkhai mjod c trésor de l’espace» ; chin. Iiiu k’oumj tsanr/, même sens (cf. l’expression Tathâgatagarbha sup, IX, 37). Des synonymes de cette expression, Akaçagarhha, Khayathha ; tib. nam inkha’i snin po, chin. hiu k’oung tsang, désignent un des grands Bodhisattvas, qui est célébré dans un sûtra traduit trois fois en chinois au ve siècle (Nj. 67, 68, 69 ; Tok. III, 8), et aussi en tibétain (Kandjour, Mdo XX, 18. Cf. WassiliolT, p. 171).

3. À la fin du commentaire, rétablir avec le manuscrit : âkâçîkaraṇâc ca = Tib. nam mkha’i byed pa’i phyir.

Le Bouddha lui-même est le Signe de la per-maturation des créatures : sept vers.
49. Le monde, s’il est accru en Bien, va au plus haut degré du bon Nettoyage ; s’il n’y a pas encore un commencement de Bien, il va au plus haut degré d’accroissement du Bien. Ainsi va le monde en tous lieux, grâce aux bons propos des Vainqueurs, qu’il soit mûr ou non^^1 ; et il ne manquera jamais de reste, c’est trop sûr.

Ce vers montre de quelle per-maturation il est le signe : en Libération par excellence, pour ceux qui ont accumulé les Racines de Bien ; en accumulation de Racine de Bien, pour ceux qui n’en ont pas accumulé. S’il n’est pas mûr^^2, en allant à l’accroissement du Bien par excellence il va à la maturation ; s’il est mûr, il va au bon nettoyage par excellence. Et ainsi il va perpétuellement ; et il n’y a jamais manque de reste, puisque le monde est infini.

50. Que les Sages trouvent ainsi en tout lieu, en tout temps, toujours, la grande Illumination, qui est si difficile à atteindre^^1, et qui est merveilleuse par l’application aux vertus par excellence, qui est éternelle, et qui est le Refuge assuré de ceux qui n’ont pas de Refuge, oui, c’est un prodige ! et ce n’est pas pourtant un prodige, puisqu’ils font ce qu’il faut.

Ce vers, le second, montre que l’Indice de per-maturation des Bodhisattvas tout mûrs est un prodige et ce n’en est pas un^^2. « En tout temps, toujours » signifie : éternellement, sans intervalle. Faire ce qu’il faut, c’est suivre la voie appropriée^^3.

49. 1d. Insérer na entre va et ca ; et lire pakvo va na ca punar..., comme l’exige le mètre et comme le garantit le tib. fie Uar niasmin aniin j>a rlnij’ijro ^an ma lus min.

2. Comm. 1. 3, au lieu de vrajanapà/îam lire vrajan jjùfîani.

50. 1 a. Au lieu de krtvâ carijâm, lire hrcchràvHpijàm ; tib. thuh <lka’ « difficile à atteindre ».

c. Au lieu de ˘ ˘ ˘ gasadâ, rétablir diçi diçi sadà ; tib. phyogs phyogs « en toute direction » ; le g et le ç se confondent couramment dans la graphie népalaise.

2. Comm. l. 1 et 2, reculer le trait de ponctuation jusqu’après lakṣaṇam et lire nâçcaryaṃ lakṣaṇam | sadâ.…

3. Au lieu de lad anuhhûya mârrja…, rétablir la leçon du ms. ladnnurûpamïrga (tib. de dan mlhun pa’i lam et placer un trait de ponctuation devant lad".

51. Il fait voir tantôt la Roue de la Loi^^1 par des centaines et des centaines d’Embouchures, tantôt la disparition de la naissance, et tantôt la circulation éblouissante dans les naissances, tantôt l’illumination intégrale, et tantôt le Nirvana, et plus d’une fois ; et il ne bouge pas de cette place, et c’est lui qui fait tout ! Ce vers, le troisième, montre [le Bodhisattva] comme Signe en fait d’emploi des moyens pour per-mûrir par des procédés nombreux et simultanés, comment et en quel lieu il convertit les créatures. La circulation dans les naissances est éblouissante par la diversité des Naissances^^2. Et il ne bouge pas de cette place, c’est-à-dire du Plan Sans-Ecoulement.
32. Les Bouddhas ne se disent pas : En voici un qui est mûr pour moi ! en voici un que j’ai à pousser en maturité ! En voici un qui mûrit présentement ! Mais c’est la multitude, qui, sans aucun Opérant, va en avant vers la pro-maturation par les Idéaux de Bien, perpétuellement, en tous lieux, de partout, par trois Embouchures.

Ce vers, le quatrième, le montre comme Signe en fait d’emploi de la per-maturation sans aucun Sur-opérant. Les trois Embouchures, c’est les trois Véhicules.

53. Sans effort, le soleil, par les rayons qu’il émet étendus et clairs, agit de partout en tous lieux pour mûrir les moissons ; ainsi le soleil de l’Idéal, en émettant les rayons des Idéaux qui prescrivent la Paix, agit de partout en tous lieux pour pro-mûrir les créatures.

Ce vers, le cinquième, montre par une comparaison la permaturation sans Sur-opérants.
54. D’une seule flamme sort une grande masse de flammes, hors-mesure, hors calcul, et ensuite elle ne finit plus. Ainsi d’un seul Bouddha sort une grande masse de per-maturation, hors mesure, hors-calcul, et ensuite elle ne finit plus.

51. 1a. Au lieu de dharmancakam, lire dharmyam cakram[dharmTyïyan rnlcra ?n] ; tib. chox kiji lihor lo.

2. Jalaka ; ce sont les transmigrations des Bodhisattvas avant d’anùver à la bodhi

Ce vers, le sixième, montre la per-maturation par transmission.

55. Le grand océan n’est jamais saturé d’eau ; il n’a jamais de crue par les eaux étendues et pures qui y pénètrent. Ainsi le Plan des Bouddhas n’est jamais saturé ni grossi par tous les nettoyages qui y pénètrent et s’y réunissent sans cesse. Voilà qui est la merveille par excellence !

Ce vers, le septième, montre par une comparaison avec l’Océan que le Plan des Idéaux n’atteint jamais la saturation par l’entrée des créatures per-mûries dans la Délivrance, parce qu’il a toujours de la place libre, et qu’il ne s’accroît pas, puisqu’il n’y a pas plus grand[20].

Quatre vers sur le nettoyage du Plan des Idéaux.
56. Son Indice, c’est le nettoyage de la Quiddité de tous les Idéaux par rapport aux deux Obstructions. Son Indice, c’est la Souveraineté impérissable sur les objets et sur la connaissance qui les a pour Phénomène.

Ce vers, le premier, expose au point de vue du Sens d’Essence. [Le commentaire indique ensuite l’ordre à rétablir dans les mots du vers.]

57. La Pratique intégrale de la connaissance de la Quiddité, c’est la Réussite ; l’Intromission inépuisable et intégrale du Couple pour toutes les créatures, c’est le fruit. Ce vers, le second, expose [le Plan des Idéaux] au point de vue du Sens de cause et au point de vue du Sens d’effet. La Pratique intégrale de la connaissance de la Quiddité est la cause du nettoyage du Principe des Idéaux. « Intégrale » signifie : par toutes les Rubriques des Idéaux comme procédés. L’Intromission inépuisable et intégrale du couple que forment le Salut et le Bonheur des créatures, c’est le fruit.

58. Il a pour acte et moyen d’emploi la Métamorphose du corps, de la voix, de la pensée ; il est associé aux Portes d’Union et de Formule et aussi aux deux Hors-mesure.

Ce vers, le troisième, expose [le Plan des Idéaux] au point de vue du Sens d’Acte et du Sens d’Application. Son acte, c’est la métamorphose du corps, etc. Son Application, c’est l’association avec les deux Embouchures d’Union et de Formule, et avec les deux Hors-mesure qui sont la Provision de Mérites et la Provision de Connaissance.

59. Son fonctionnement varie en fonction de l’Essence, de la Passivité des Idéaux, de la Métamorphose. C’est là ce qu’on entend par le Plan des Idéaux des Bouddhas nettoyé. Ce vers, le quatrième, expose [le Plan des Idéaux] au point de vue du Sens de Fonction. Son fonctionnement varie selon qu’il fonctionne comme corps Essentiel, corps Passionnel, corps Métamorphique.

60. Corps Essentiel, corps Passionnel, corps Métamorphique ; voilà le corps des Bouddhas ; le premier est le Fond des deux autres[21].

Le corps des Bouddhas est de trois sortes : 1" Essentiel ; c’est le Corps des Idéaux ; il a pour Indice la Révolution du Fond. 2° Passionnel ; c’est par là qu’il est passible des Idéaux dans les cercles des Assemblées. 3° Métamorphique ; c’est par là qu’il fait le Sens des créatures[22].

61. Le corps Passionnel varie dans tous les Plans avec les Assemblées de multitudes, avec les Champs, les Noms, les Corps, les actes de Passivité des Idéaux.

Le corps Passionnel varie dans tous les Plans de mondes avec les cercles d’assemblées, les Champs des Bouddhas, les noms, les corps, les actes de Passivité des Idéaux.

62. Le corps Essentiel, uniforme et subtil, étant inhérent[23] à celui-ci, est cause de la Maîtrise de Passivité, quand il s’agit de montrer la Passivité à volonté.

Le corps Essentiel est uniforme pour tous les Bouddhas, puisqu’il n’y a pas de différence entre eux. Il est subtil, puisqu’il est difficile à connaître. Il est inhérent au corps Passionnel et il est la cause de la Maîtrise de Passivité, pour montrer la Passivité à volonté.

63. La Métamorphose hors-mesure des Bouddhas, c’est là leur Corps métamorphique. La Plénitude des deux Sens, en tout genre, repose sur ces deux.

Le corps Métamorphique des Bouddhas, c’est la Métamorphose des Bouddhas, qui a d’innombrables catégories. Le Passionnel a pour Indice la Plénitude du Sens de soi. Le Métamorphique a pour Indice la Plénitude du Sens d’autrui. Ainsi la Plénitude des deux Sens repose respectivement sur les deux Corps, sur le Passionnel et sur le Métamorphique.

64. Le corps Métamorphique des Bouddhas, en montrant l’adresse professionnelle, la naissance, la Grande Illumination et le Nirvâṇa toujours, a de grandes magies pour faire la Libération.

Ce corps Métamorphique, en montrant toujours au profit des Disciplinables l’adresse professionnelle, par exemple à jouer du luth, etc., et la naissance, et la Toute-parfaite Illumination, et le Nirvâṇa, a de grands moyens pour délivrer ; pour cette raison il a comme Indice la Plénitude du Sens d’autrui.

65. Le corps des Bouddhas tient tout entier dans ces trois corps ; le Sens de soi et d’autrui se montre avec son Fond par ces trois corps.

Tout l’ensemble du corps des Bouddhas est dans ces trois corps. Par ces trois corps, le Sens de soi et d’autrui se montre avec son Fond, puisque deux d’entre eux ont l’origine du Sens de soi et d’autrui, et que les deux ont celui-ci [l’Essentiel] pour Fond, comme il a été dit ci-dessus [v. 60 et 63].

66. Ils sont uniformes en Fond, en Tendance et en Acte ; il y a permanence en eux par nature, par indéfection et par liaison.

Ces trois corps sont sans différence aucune chez tous les Bouddhas à trois titres respectivement : 1° le Fond, puisque le Plan des Idéaux est indivis ; 2° la Tendance, puisqu’il n’y a pas de Tendance particulière à un Bouddha ; 3° l’Acte, puisque l’acte leur est commun. Et dans ces trois corps il y a une triple permanence respectivement, puisqu’on appelle les Tathâgatas des corps permanents : 1° permanence par nature, puisque le corps Essentiel est permanent par son Essence ; 2° permanence par indéfection, puisque le corps Passionnel fait sans interruption la Passibilité des Idéaux ; 3° permanence par liaison, puisque le corps Métamorphique, une fois qu’il a disparu[24], recommence encore et encore à montrer des métamorphoses.

Dix vers sur la connaissance des Bouddhas.

67. La connaissance de Miroir est immobile ; trois connaissances l’ont pour Fond : d’Égalité, de Perspicacité, d’accomplissement de l’office[25].

Les Bouddhas ont quatre connaissances : de Miroir, d’égalité, de Perspicacité, d’accomplissement de l’office. La connaissance de Miroir est immobile ; les trois autres qui s’y fondent sont mobiles.

68. La connaissance de Miroir est sans-moi-ni-mien, sans limite, toujours en suite, sans confusion à l’égard de tous les connaissables, sans être jamais en face d’eux.

La connaissance de Miroir n’a ni moi ni mien ; elle est sans limite au point de vue du lieu, toujours en suite au point de vue du temps. Elle n’a jamais de confusion à l’égard de tous les connaissables, puisque les Obstructions ont disparu, et elle n’est jamais en face d’eux, puisqu’elle n’a pas d’aspect.

69. Comme elle est le signe de toutes les connaissances, elle est pareille à une grande mine de connaissances ; comme c’est en elle que se produisent, en manière de reflet, les Passivités, la Bouddhaté, la connaissance, elle est telle.

Étant la cause de ces connaissances d’égalité, etc., dans toutes leurs espèces, elle est comme la mine de toutes les connaissances. Parce qu’il s’y produit en manière de reflet les Passivités, la Bouddhaté, la connaissance afférente, on l’appelle la connaissance de Miroir.

70. La connaissance d’égalité envers les êtres, immaculée par suite du nettoyage de la Pratique, bien entrée dans ce qui n’est pas l’arrêt, c’est la connaissance d’Égalité.

La connaissance d’égalité à l’égard des êtres que le Bodhisattva avait recouvrée au moment de l’Intuition[26], cette même connaissance, installée dans le Nirvâṇa qui-n’est-pas-l’arrêt après que le Bodhisattva est arrivé à l’Illumination par le nettoyage de la Pratique, c’est là la connaissance d’égalité.

71. Elle a toujours à sa suite la grande Bienveillance et la grande Compassion ; elle montre aux créatures, selon leur Croyance, l’image des Bouddhas.

En tout temps la grande Bienveillance et la grande Compassion l’escortent, et elle montre aux créatures, selon leur Croyance, l’image des Bouddhas, puisque les uns voient le Tathâgata de couleur bleue ; d’autres, de couleur jaune, etc.

72. La connaissance[27] de Perspicacité n’a jamais d’obstacle à l’égard des connaissables ; elle est comme le trésor des Unions et des Formules.

73. Dans le cercle des Assemblées, elle montre toutes les grandeurs ; elle tranche tous les doutes ; elle fait pleuvoir le grand Idéal.

Telle est la connaissance de Perspicacité.

74. La connaissance d’accomplissement de l’office agit dans le Sens de toutes les créatures par des Métamorphoses, dans tous les Plans, émerveillantes, hors-mesure, hors réflexion.

La connaissance d’accomplissement de l’office agit dans le Sens de tous les êtres dans tous les Plans par des Métamorphoses de toute espèce, hors mesure et hors réflexion.

75. Par des accomplissements d’office, par des espèces, par le nombre et par les Champs, toujours, en toute manière, la Métamorphose des Bouddhas est hors-réflexion.

Cette Métamorphose est hors réflexion, au point de vue des espèces d’accomplissement d’office, et au point de vue du nombre et du Champ[28].

76. De la Mémoire, de l’égalité de la Pensée, de l’exacte publication de l’Idéal, enfin de l’accomplissement de l’office naissent les quatre connaissances.

La Mémoire, celle des Idéaux entendus. L’égalité de Pensée, à l’égard de tous les êtres, quand on tient pour égal soi et autrui. Le reste va de soi.

Qu’il n’y a ni unité, ni pluralité des Bouddhas ; un vers.

77. Division de Famille ; pas d’inutilité ; intégralité ; pas de commencement ; pas de division dans le Fond immaculé. Pour ces raisons, il n’y a ni unité, ni pluralité.

Si on dit : Il n’y a qu’un seul Bouddha, c’est inexact. Pourquoi ? à cause de la division de la Famille. Car les êtres de la Famille des Bouddhas sont infinis. Alors, parmi eux, un seul arriverait à la Toute-parfaite Illumination, et les autres n’y arriveraient pas ? Pourquoi cela ? Et puis, les Provisions de Mérite et de connaissance seraient alors sans utilité, puisque les autres Bodhisattvas n’arriveraient pas à la Toute-parfaite Illumination. Cette inutilité est déraisonnable. Donc pas d’inutilité ; par suite, pas de Bouddha unique. Et puis, il n’y aurait pas d’intégralité d’accomplissement du Sens des créatures, s’il y avait un être que le Bouddha n’installe pas dans la Bouddhaté ; et cela est déraisonnable. Et il n’y a pas de Bouddha-originel, puisqu’il est impossible de devenir un Bouddha sans Provision, et puisque la Provision est impossible[29] sans un autre Bouddha. Donc, pas de commencement ; par suite, pas de Bouddha unique. La pluralité aussi est inadmissible, puisque le Corps d’Idéal est indivis entre les Bouddhas dans le Plan Sans-Écoulement.

Entrée dans les moyens de la Bouddhaté ; quatre vers.

78. Ce qui n’existe pas existe par excellence ; la non-Susception, c’est la Susception par excellence.

Ce qui n’existe pas en tant que Nature Imaginaire existe par excellence en tant que Nature Absolue. La non-Susception complète, celle de la Nature Imaginaire, est la susception par excellence, celle de la Nature Absolue.

79. Ceux qui ne voient pas la Pratique ont la Pratique par excellence ; ceux qui ne voient pas la Récupération ont la Récupération par excellence.

La non-Susception de la Pratique, c’est la Pratique par excellence ; la Récupération par excellence, c’est la non-Susception de Récupération.

80. Les Bodhisattvas qui regardent la dignité, le lointain, le Signe, l’Énergie de leur personne, dans cet état d’esprit l’Illumination est bien loin pour eux.

Ceux qui regardent la dignité, c’est-à-dire la Bouddhaté, appliquée aux Idéaux merveilleux ; et qui regardent aussi le long temps nécessaire à la Réussite ; et qui regardent le Signe, c’est-à-dire le Phénomène de Pensée ; et qui regardent l’Énergie de leur personne, en se disant : nous avons entrepris l’Énergie, nous arriverons à la Bouddhaté. Les Bodhisattvas dans cet état de pensée, parce qu’ils sont en état de Susception, l’Illumination est loin pour eux.

81. Ceux qui regardent tout ceci comme une simple imagination, ainsi qu’il est déclaré, ces Bodhisattvas sans imaginaire, l’Illumination est atteinte pour eux.

Les Bodhisattvas qui voient que tout ceci est simple imagination et qui ne font plus de différenciation dans ce qui est simple imagination, sont dès lors en état d’arrivée à la Patience des Idéaux Sans Production, et en fait ils ont atteint l’Illumination.

Quatre vers sur l’unité d’action mutuelle des Bouddhas.

82. Les rivières, tant qu’elles ont des lits séparés, des eaux à part, et qu’elles accomplissent leur office à part, ont peu d’eau, et elles ne profitent qu’aux créatures qui viennent en petit nombre y puiser, tant qu’elles ne sont pas entrées dans le sein de la terre.

83. Mais, une fois entrées dans l’Océan, elles n’ont plus qu’un seul lit, qu’une seule masse d’eau ; elles confondent leur unique office : elles profitent en foule à la multitude des créatures qui cherchent de l’eau, perpétuellement.

84. Les Sages, tant qu’ ils ont leur Fond à part, leurs idées à part, et qu’ils accomplissent à part leur office personnel, ont peu d’intelligence : et ils ne profitent jamais qu’à un petit nombre de créatures ; ils n’ont pas pénétré dans la Bouddhaté.

85. Mais, une fois entrés dans la Bouddhaté, tous n’ont plus qu’un seul Fond, qu’une seule Intelligence grande ; ils confondent leur unique office ; ils rendent service en foule à la multitude des créatures, toujours.

Les rivières ont un lit à part, à cause de la diversité de leurs Récipients. Elles accomplissent leur office à part, en faisant isolément leur tâche. Elles profitent à un petit nombre, à peu de créatures. Le reste va de soi.

Un vers pour exhorter à la Bouddhaté.

86. Ainsi, par l’application aux incomparables Idéaux Blancs, et parce que la Terre de Bouddha est la cause du Salut et du Bonheur, étant une mine inépuisable du bonheur suprême du Bien, un Bon esprit doit arriver à la Pensée d’Illumination.

Par l’application aux incomparables Idéaux Blancs, il remplit son sens propre ; parce que la Bouddhaté est cause de Salut et de Bonheur, il remplit le Sens d’autrui. Sa vie est particulièrement heureuse, parce que c’est là une mine de bonheur sans faute, éminent, inépuisable. Le Sage doit prendre la Pensée d’Illumination parce qu’il a fait le Vœu afférent.

  1. Tathatâ (la graphie tathâtâ, donnée par Böhtlingk, est inexacte ; le témoignage des mss. est unanime). Tib. de bźin ñid « la qualité d’être ainsi » ; chin. jou ou tchon jou « comme », « exactement comme ». C’est le fond intime, inaltérable, identique des dharma qui les fait ce qu’ils sont, comme, ils sont (tathâ). La tathatâ est ainsi identique au parinispanna lakṣana « l’indice absolu » (XI, 41), et aussi au buddhatva (IX, 4) ou à la buddhatâ (XI, 22) ; quand on la connaît et qu’on la pratique, on nettoie le dharmadhâtu « le plan des idéaux » (IX, 57) ; elle est « l’égalité de tous les dharma » (sarvadharmasamatâ, XVIII, 37). Elle est classée en sept espèces (XIX, 44-46). L’école Yogâcâra range la tathatâ parmi les asaṃskṛta « les idéaux inélaborés » ; le Kathâvatthu pâli (XIX, 5) rapporte et combat cette thèse, que le commentaire attribue à certains Uttarâpathaka : « Les dharma de forme etc., disaient-ils, ont tous quelque chose qui est leur nature-propre de forme etc., laquelle n’est pas comprise dans la forme etc. ; la forme etc. étant saṃskṛta « une élaboration de l’esprit », cette nature-propre (tathatâ) est donc en dehors du saṃskṛta ; elle est asaṃskṛta ». Mais l’école pâlie n’admettait qu’un seul asaṃskṛta, le Nirvâṇa ; elle devait donc repousser cette thèse.
  2. Comm. l. 5 réunir deçanâdharma°. Tib. bstan pa’i ćhos.
  3. Saṃtâna. Tib. rgyud « chaîne » ; le chinois ne traduit pas. On désigne sous ce nom la série des groupements successifs constitués par le développement automatique d’un karman donné et où une conscience erronée croit retrouver le jeu continu d’une même personnalité. L’usage du mot saṃtâna exclut la notion de la personnalité.
  4. Satkâyaḍṛsṭi. Tib. ‘jig chogs la lta ba « regarder l’ensemble du périssable » ; chin. chen kien « regarder le corps ». Le pâli dit sakkâyadiṭṭhi, que les commentateurs expliquent par sat-kâya ou sva-kâya. C’est l’hérésie par excellence aux yeux des Bouddhistes, celle qui affirme l’existence personnelle. Elle est, pour Asaṅga, identique à la pleine-souillure » (saṃkleça ; XVIII, 92).
  5. C’est la liste traditionnelle des miracles que produit la présence d’un Bouddha. Cf. Jâtaka, Nidâna, I, 51 ; Lal. Vist. 86, 8 sqq. ; M. vas. I, 254 ; Divvâv. 365, 2 (Açoka).
  6. Nopâya = anupâya. Tib. ṅan soṅ rnam maṅ sdug bsṅal thob min soṅ ba rnams.
  7. À la fin du vers, lire plutôt : iheṣṭaṃ çaraṇânâm. Tib. ’dir... ’dod. Au Comm., 1. 2, reporter le trait de ponctuation après svârtha° — °kṛtya.
  8. Au lieu de janamaghâbhirâme, corriger janaṃ bhavâbhirâme. Tib. srid la mṅon dga’i.
  9. Apratiprasrabdha. Cf. M. Vy. § 19, 61 : anâbhogabuddhakâryâpratiprasrabdhaḥ parmi les « noms magnifiques » du Tathâgata. Böhtlingk [Nachträge] qui ne connaît pratiprasrabdha, °bdhi que par la M. Vy., donne comme traduction « beseitigung, einstellung, suspension ». Les formations tirées de pratipasrabh sont d’usage fréquent en pâli ; il suffit de renvoyer à l’article paṭipassaddhi de Childers, qui traduit par : subsidence, calming, apaisement ». Le Divyâv. emploie régulièrement le mot quand il décrit les effets bienfaisants des rayons du Bouddha pénétrant dans les enfers. — Cf. inf. XI. 4, et la note.
  10. Au lieu de svaprabhâva°, lire svaprabhâsa°. Tib. raṅ gi ’od ni. De même au Comm.
  11. Anâsrava. L’ « écoulement » « âsrava est le mouvement qui porte la pensée à se répandre, comme une eau qui fuit, vers les choses du dehors. La traduction tibétaine źag pa et le chinois leou conservent bien la valeur métaphorique de l’expression. On compte quatre âsrava : kâma « désir » ; bhava « devenir » ; avidyâ « inscience » ; dṛṣṭi « vue ». Au XI, 43, l’anâsrava-dhâtu est déclaré identique à « la famille des saints » âryagotra, et, dans le vers suivant (44), à la « libération » vimukti, c’est-à-dire à « la disparition absolue de toute susception, individualité ou idéal ».
  12. La question est posée et discutée Saṃyutta N. II, 222 = Saṃyuktâgama, vers. chin. (Nj. 544 ; Tôk. XIII, 3, 103 b). L’original sanscrit correspondant a été retrouvé par la mission Grünwedel (v. Le Saṃyuktâgama sanscrit et les feuillets Grünwedel dans T’oung-Pao, 1904).
  13. Avidyâ. La traduction ordinaire : « ignorance » me semble fausser entièrement l’idée. L'ignorance est essentiellement une condition subjective. L’avidyâ a une existence objective ; elle figure même au premier rang dans la série des douze données-causales du Pratitya-samutpâda. Vidyâ, c’est la science, localisée dans son objet propre. Les cinq « lieux-de-science » vidyâsthâna sont énumérés XI, 60. Avidyâ, c’est ce qui n’est pas la science, ce qui est en dehors de la science ; aussi peut-on dire que « l’avidyâ, c’est la bodhi » (XI, 32) puisque dans l’une comme dans l’autre il n’y a pas dédoublement du sujet et de l’objet ; l’une et l’autre constitue un état d’unité, soit par unification, soit par suppression des deux termes. Toutefois, en projection sur le plan de l’esprit, l'avidyâ constitue un dharma de la série de souillure (kleça-mahâbhûmika), avec râga, pratigha, mâna, dṛṣṭi, et vicikitsâ « amour, répulsion, sentiment-personnel, vue, scepticisme ».
  14. Les jñâna « connaissances » des Bouddhas, au nombre de quatre (M. Vy. § 5) sont définies inf. IX, 67-76. — Comm., lire prabhâsane ca.
  15. Utsada. Terme bouddhique, que Böhtlingk rend à tort par « vorzüglich, hervorragend, excellent ». La trad. tibétaine cas pa che ba marque bien le sens de « abondant », comme aussi le chinois to « nombreux » . Le pali ussada prend aussi le sens de « foule, multitude » (Morris, J. P. T. S., 1887, p. 144). — Cf. aussi Ç. sam. 248, 5 utsadatva = excès. — Comm. l. 2, lire satvânâm abhâjana°.
  16. Kaṣâya. Tib. sñigs ma « malpropreté » ; chin. tchou « boue ». Les cinq kaṣâya (M. Vy. § 124) sont : âyus « longévité » ; dṛṣṭi « vue » ; kleça « souillure » ; sattva « les créatures » ; kalpa « éon ». La « fange » consiste en ce que ces cinq catégories vont en dégénérant.
  17. Âvedha. Le mot est donné par B. R. (supplément au vol. b-m) avec une référence au Mahâ Bhârata II, 2367 : tasya vâkyaṃ sarve praçaçaṃsus… celâvedhâṃç câpi cakruḥ ; ils donnent comme traduction « schütteln, agiter », et rapportent tout au long la glose fort embarrassée de Nilakaṇṭha qui analyse celâḥ = preṣyâḥ « domestiques » et vedhân « les buts ». La traduction de P. C. Roy, docile à Nilakaṇṭha, écrit : « they made signs unto one another by motions of their eyes and lips ». Cependant les prâñcaḥ, au témoignage de Nilakaṇṭha lui-même, fournissaient une autre interprétation : celâvedhân vastrabhrâmaṇânîti prâñcaḥ ; « celâvedha » signifie « faire tournoyer les vêtements ». Les prâñcaḥ avaient raison. Celâvedha est ici l’équivalent de celukkhepa, fréquent en particulier dans le Jâtaka pali ; c’est, en signe d’approbation (praçaçaṃsuḥ), lancer en l’air une pièce du costume, comme nous faisons encore du chapeau. — La même expression reparaît, XVIII, 88 : purvakarmâvedha. Le comm. de l’Abh. koça (cité Madh. v. 302, n. 3) donne karmâvedha comme le synonyme de karmâkṣepa (comm. sup. celâvedha = pali celukkhepa ; vyadh° = kṣip°) : « C’est le karmâvedha qui par sa force fait aller à telle ou telle destination, enfers, etc. ». « L’âkṣepa du vœu » (praṇidhâna, comme dans notre texte du Bodhisattva produit ses fruits par projection tournante (bhramana-âkṣepa ; cf. sup. celâvedha = vastrabhrâmaṇa) « comme la roue du potier » (Bodhic., cité Madh. v.). — Le tib. traduit ’phen pa « lancer ». Le chinois introduit la glose praṇidhânabala dans le vers même. — La M. Vy. cite âvedha, § 245, 1127.

    Aux deux hémistiches, réunir °citrâvicitratâ.

  18. Tathâgatagarbha. Le Mahâyânaçraddhotpâda le définit comme le trésor des mérites innombrables et hors-mesure de l’univers. Le Tathâgatagarbha sûtra (Nj., 384 ; Tôk., V, 3 ; et Kandjour, Mdo XX, 16) enseigne par neuf comparaisons « comment la nature du Tathâgata gît cachée dans toutes les créatures » (Wassilieff, 174).
  19. Ce vers fait sans doute allusion aux couples mystiques des Bouddhas et des Bodhisattvas qui ont tant d’importance dans le tantrisme.
  20. Au lieu de dhyânâdhikatvât, lire cânâdhikatvât.
  21. Sur la question des Trois Corps des Bouddhas, qui est un des traits essentiels du Grand Véhicule, je me contente de renvoyer à Lavallée-Poussin, The three bodies of a Buddha dans J. R. A. S., oct. 1906, où on trouvera une littérature abondante du sujet.
  22. Le mot nirmânena, après yena, manque au tibétain. C’est donc une glose introduite dans le texte, et qu’il faut en rejeter.
  23. Au lieu de tacchistah, lire tacchlistah : tib. de dan ’brel « uni avec celui-ci ».
  24. Au lieu de nairmâṇikasyântarvyaye, lire °ntardhâya.
  25. Même liste des quatre connaissances dans M. Vy., § 5. La version chinoise ajoute que l’âdarçajñâna « connaissance du miroir » est obtenue par la révolution (parâvṛtti) du 8e vijñâna (c.-à-d. l’âlayavijñâna « sensation du tréfond ») ; le samatâjñâna « connaissance d’égalité » par la révolution du 7e (c.-à-d. le kliṣṭamanovijñâna « sensation de l’esprit souillé ») ; le pratyavekṣâjñâna « connaissance de perspicacité » par la révolution du 6° (c.-à-d. le manovijñâna « sensation de l’esprit ») ; enfin le kṛtyânuṣṭhânajñâna « connaissance d’accomplissement de l’office » par la révolution du 5e (c.-à-d. le kâyavijñâna « la sensation du corps »).
  26. Au lieu de abhisamayakâleṣu, lire avec le tib. °kâle sattveṣu.
  27. Au lieu de jñâne, corr. jñânaṃ.
  28. Au lieu de saṃkhyâtakṣetrataç ca, lire saṃkhyâtaḥ kse°.
  29. Au lieu de saṃsthânâyogad, lire saṃbhârâyogâd, tib. chogs mi ruṅ pa (chogs = saṃbhâra).