Maison rustique du XIXe siècle/éd. 1844/Livre 4/ch. 8

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Texte établi par Jacques Alexandre Bixiola librairie agricole (Tome troisièmep. 156-176).
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Chapitre VIII. — Éducation des abeilles.

[8.1]

Section Ire. — Histoire naturelle des abeilles.

[8.1.1]
§ Ier. — Espèces, variétés.

De tous les insectes connus jusqu’à ce jour, l’abeille est sans contredit le plus utile à l’homme par le miel et la cire qu’elle lui fournit. Aussi s’en est-il occupé de temps immémorial et a-t-il étudié avec beaucoup de soin son histoire pour la bien cultiver et pour rechercher les moyens d’en obtenir d’abondantes récoltes. Nous allons entrer ici dans les détails nécessaires pour soigner avec avantage ces insectes précieux dans tous les départemens de la France.

Il y a beaucoup d’espèces d’abeilles, mais il n’y en a qu’une indigène des parties tempérées de l’Europe qui soit cultivée. On la nomme simplement abeille et mouche à miel (Apis mellifica, Lin., Fab. ). On en connaît quatre variétés dont celle nommée petite hollandaise a obtenu la préférence dans la culture, parce qu’elle est plus active, plus douce et plus facile à apprivoiser.

[8.1.2]
§ II. — Famille ou essaims d’abeilles.

Un essaim contient 1° une mère ou reine ; 2° plusieurs milliers d’abeilles neutres ou ouvrières ; 3° quelques centaines de mâles. L’abeille étant un insecte généralement connu, il est inutile de le décrire, et il suffira ici de faire connaître les formes et les couleurs qui distinguent les mères, les ouvrières et les mâles.

Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 156) - Fig 153.jpg

L’abeille ouvrière (fig. 153) est petite, et sa taille varie suivant la grandeur de l’alvéole dans laquelle elle a été élevée. Sa couleur est d’un roux brunâtre. Sa trompe est longue. Ses pattes ont des brosses, et les deux de derrière, plus longues que les autres, ont une palette ou petite cavité. Enfin, son aiguillon est droit et a 6 dentelures.

La mère abeille (fig. 154), un peu plus grande et plus grosse que l’ouvrière, s’en distingue au premier coup-d’œil par son ventre ou abdomen beaucoup plus alongé quand elle est pleine, ce qui est son état ordinaire. Elle est plus rousse, mais ses pattes, plus longues, sont d’une couleur plus claire et dénuées de brosses et de palettes. Elle a deux ovaires, organes qui sont avortés dans l’ouvrière. Enfin son aiguillon est plus long, recourbé vers le haut, et il n’a que 4 dentelures.

Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 156) - Fig 154, 155.jpg

Le mâle (fig. 155), moins long que la mère, a le corps plus gros, plus aplati que l’ouvrière et d’une couleur noirâtre. Ses mâchoires et sa trompe sont plus petites ; ses pattes n’ont ni brosses, ni palettes, et il n’a pas d’aiguillon. Son abdomen est, en grande partie, rempli par les organes de la génération qui se retournent et s’élèvent en sortant, et dans cet état ressemblent un peu à une tête de chèvre avec ses cornes. Le grand bruit qu’il fait en volant lui a fait donner le nom de faux bourdon.

[8.1.3]
§ III. — Mœurs et gouvernement des abeilles.

L’abeille a un caractère fort doux et elle est rarement l’agresseur dans les combats qu’elle livre. Très-active et uniquement occupée de ses travaux, elle se contente d’être sur la défensive et d’avoir à l’entrée de l’habitation une garde qui veille à la sûreté de la famille, et qui la prévient du danger si elle craint une attaque. Dans ce cas les abeilles sortent en foule et ne craignent de combattre ni l’homme ni les animaux les plus redoutables, et de les poursuivre à une certaine distance. La crainte de la mort ne les arrête pas, quoiqu’il en périsse souvent un grand nombre dans ces attaques, parce qu’elles laissent ordinairement leur aiguillon dans la plaie qu’elles ont faite, et perdent leur gros intestin qui tient fortement à cet aiguillon. Cependant il est des circonstances où elles prennent l’offensive ; ainsi, quelques heures avant l’orage, la moindre chose les irrite, et il est alors dangereux de les approcher, et surtout en faisant du bruit. Le nectar des fleurs du châtaignier les agite également beaucoup. L’odeur des personnes à cheveux rouges et de celles dont les pieds exhalent une forte odeur, les incommode au point que lorsque ces personnes s’approchent près d’un essaim, une ou deux abeilles volent aussitôt près de leur visage, et par un mouvement vif de gauche à droite et de droite à gauche, accompagné d’un son très-aigu, semblent les menacer. Il faut alors se retirer pour éviter leur aiguillon. Enfin, si elles manquent de vivres, elles se décident à attaquer un autre essaim bien approvisionné.

Les abeilles sont très-laborieuses et très-actives. Douées d’un odorat très-fin, on les voit sortir, dès la pointe du jour, de leur habitation, pour se rendre directement, d’un vol rapide, vers les fleurs sur lesquelles elles comptent trouver du nectar qu’elles avalent, et du pollen ou de la propolis qu’elles placent dans la palette de leurs pattes de derrière. Pendant qu’elles s’approvisionnent, d’autres s’occupent des travaux de l’intérieur. Elles ne souffrent pas de bouche inutile.

Leurs yeux sont disposés de manière à voir pendant la nuit comme pendant le jour. Aussi travaillent-elles à ces deux époques à la confection de leurs rayons.

Elles sont susceptibles d’attachement et reconnaissent ceux qui les soignent. Leur amour pour leur reine ou mère est tel qu’elles se sacrifient au besoin pour la sauver du moindre danger.

Quant à leur instinct, leurs travaux démontrent qu’il est très-développé, comme les faits suivans le prouveront. Leur cri ou chant très-varié leur donne les moyens de s’entendre.

Leur gouvernement est maternel. C’est une mère de famille constamment dans l’habitation, qui surveille les travaux de ses enfans, qui s’occupe une partie de la journée de reproduire son espèce et qui ne demande en échange que le simple nécessaire. Ses sujets sont tous égaux. Ils s’occupent indifféremment, à l’exception des mâles, de tous les ouvrages utiles à la société, et ils jouissent en commun des provisions qu’ils ont déposées dans leurs magasins.

[8.1.4]
§ IV. — Travaux des abeilles.

Dès qu’un essaim a choisi pour son habitation, soit un trou d’arbre, soit un creux de rocher, son premier soin est de le nettoyer et d’en boucher tous les trous et crevasses, à l’exception d’une ouverture qui servira pour entrer et sortir. Pendant ce travail une partie des ouvrières s’attache, avec les crochets dont leurs pattes sont munies, au sommet du local, et d’autres s’accrochant aux 1res, elles forment comme un ovale ou une grappe de raisin. — Bientôt le groupe se subdivise pour commencer le travail des rayons, qui représentent des rideaux séparés de façon à laisser un intervalle de quatre lignes entre eux. Ces dispositions faites, elles emploient les matériaux qu’elles ont apportés, et bientôt un grand nombre d’ouvrières se rendent dans les forêts ou les champs, jusqu’à une lieue de distance, pour butiner sur les fleurs, pour se procurer de l’eau et même d’autres substances qu’elles recherchent sur les fumiers, dans les urines et au bord des mares. Lorsqu’elles sont suffisamment chargées et remplies, elles rentrent dans l’habitation et se suspendent à un des groupes. Elles y restent immobiles pendant que le nectar dont elles se sont gorgées se change en miel dans leur premier estomac ou en cire dans le second, suivant les besoins de la famille ; alors elles dégorgent leur miel, soit pour le distribuer aux ouvrières, soit, plus tard, pour le déposer dans les magasins. Elles en font autant d’une partie de la cire qu’elles rendent sous la forme de bouillie et qui est employée sur-le-champ pour lier entre elles le surplus de la cire qu’elles ont confectionnée et qui sort de leur abdomen entre les écailles, sous la forme de petites plaques. Ainsi elles produisent à volonté du miel ou de la cire avec le nectar comme avec la miellée, le sucre et toutes les matières sucrées.

Quant à la propolis, substance nécessaire pour attacher les constructions au haut et sur les côtés de l’habitation, des ouvrières la détachent des pattes de celles qui l’apportent, parce qu’elle y tient fortement. Elles en garnissent les parties supérieures où elles veulent commencer et suspendre leurs constructions, car elles construisent de haut en bas.

Ce travail achevé en partie, elles s’occupent de faire un 1er rayon. Lorsqu’il a 3 ou 4 pouces de longueur, elles en commencent un 2e et bientôt un 3e qu’elles placent à droite et à gauche du premier, et ainsi de suite jusqu’à ce que toute l’habitation en soit remplie.

Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 157) - Fig 156, 157, 158.jpg

Les rayons, qu’on nomme aussi gâteaux, dont on voit le plan dans la fig. 156, la coupe fig. 157 et la vue perspective fig. 158, sont placés parallèlement et à 4 lignes de distance ; ils sont faits avec de la cire et sont composés de cellules hexagones, alongées, nommées alvéoles, de 5 ⅔ lignes de profondeur sur 2 ⅖ lignes de diamètre. Les alvéoles sont construits horizontalement et un peu penchées du côté du fond. Placés des deux côtés du rayon, ils sont disposés de manière que leur fond couvre le tiers du fond de trois alvéoles placés de l’autre côté, ce qui donne plus de solidité.

Les parois des alvéoles n’ont que ⅙e de ligne, mais les bords de leur ouverture sont fortifiés par un petit cordon de cire. Les rayons ont ainsi 11⅓ lignes d’épaisseur. Ils sont destinés : 1° à élever des ouvrières auxquelles ils servent de berceau, 2° à y placer du miel et du pollen. Mais s’il existe dans l’habitation des parties qui ne sont pas propres à la première destination, les ouvrières font des alvéoles qui varient de longueur suivant l’emplacement et qui peuvent avoir jusqu’à un pouce de profondeur. Elles terminent quelques rayons des côtés par des alvéoles de même forme que les 1ers, mais de 6½ lignes de profondeur sur 3½ lignes de diamètre, ce qui réduit un peu la distance entre les rayons qui est généralement de 4 lignes. Ces alvéoles sont destinées à l’éducation des mâles et servent ensuite de magasin.

Les ouvrières laissent au milieu des rayons du centre, pour le passage d’un rayon à l’autre, une ouverture d’environ 1½ pouce à 2 pouces dans laquelle elles construisent des alvéoles qui ont en dedans un pouce de longueur sur 3½ lignes de large ; ces alvéoles sont ovales-oblongs, très-polis dans l’intérieur, et leurs parois ont plus d’une ligne d’épaisseur ; ils sont isolés, verticaux, ont l’ouverture en bas et suspendus de manière à figurer la cupule du gland avec son pédoncule, lorsqu’ils ne sont faits qu’à la moitié de leur longueur, ce qui a toujours lieu jusqu’à la ponte dans ces alvéoles. Ils servent de berceau pour les reines ou mères qui peuvent y développer facilement tous leurs organes.

Les ouvrières concourent en commun à tous ces travaux et s’entr’aident. On en voit en outre qui se mêlent dans leurs rangs uniquement pour leur donner de la nourriture en dégorgeant le miel de leur estomac sur leur trompe.

Indépendamment de ces alvéoles, les ouvrières font quelques travaux accidentels. Si des ennemis plus forts et plus gros les attaquent de temps à autre, elles bouchent l’ouverture de l’habitation et n’y laissent que quelques trous suffisans pour leur entrée et leur sortie. Un gros insecte ou un petit quadrupède vient-il à s’introduire dans l’habitation, elles l’attaquent, le tuent, et ne pouvant le traîner dehors, elles l’enveloppent d’une couche de cire suffisante pour arrêter la putréfaction, ou au moins pour empêcher les miasmes putrides de corrompre l’air de la ruche. Elles s’entendent pour tous ces travaux et se reconnaissent si bien malgré leur grand nombre, qu’une ouvrière étrangère qui entrerait dans l’habitation serait attaquée et tuée sur-le-champ, si elle ne pouvait s’échapper.

Pour se procurer les matériaux et les approvisionnemens nécessaires, des ouvrières sortent, au printemps, depuis l’aurore jusqu’au crépuscule ; mais pendant les chaleurs fortes de l’été, elles restent sédentaires de midi à deux ou trois heures.

[8.1.5]
§ V. — Ponte, incubation, larves, nymphes.

Si la mère abeille est fécondée, elle commence tout de suite sa ponte. Si elle ne l’est pas, elle s’élance dans les airs de 11 à 3 heures, pour rencontrer un mâle. Elle rentre une demi-heure après avec les organes du mâle qui se sont détachés de son corps par l’effort que la femelle a fait pour s’en séparer après la fécondation, opération qui suffit au moins pour un an. Elle commence sa ponte 2 jours après. C’est alors qu’elle devient souveraine de l’habitation. Vierge, les ouvrières ne paraissaient y faire aucune attention ; féconde, elles lui donnent une garde qui l’accompagne partout, et de temps en temps une ouvrière vient lui fournir sa nourriture, qu’elle a l’art de varier, soit pour rendre cette reine plus féconde, soit pour diminuer sa ponte, soit pour la faire cesser. Cette ponte continue en France jusqu’à l’automne, et elle se prolonge même plus tard si, la saison étant belle, les abeilles trouvent du nectar et du pollen. Mais si elles ne pouvaient recueillir que de la miellée, elles arrêteraient la ponte, après avoir consommé leurs provisions de pollen, cette substance leur étant indispensable pour la nourriture de leurs petits.

Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 158) - Fig 159.jpg

La mère fait sa ponte en se promenant sur les rayons, en enfonçant son abdomen pour y déposer un œuf dans les alvéoles, après les avoir examinés pour s’assurer qu’ils sont propres. L’incubation ne dure que 3 jours, à raison de la chaleur du centre de l’habitation qui est de 27 à 29° R. (34 à 36° cent.). Il sort de ces œufs un petit ver (fig. 159) sans pieds, blanc, mou et ridé, et roulé sur lui-même : on le nomme larve. Des ouvrières s’empressent de lui apporter une nourriture consistant en une bouillie composée de miel et de pollen dont elles varient les proportions suivant l’âge de cette larve.

La larve prend tout son accroissement en 5 à 6 jours. Alors les ouvrières bouchent l’alvéole avec une couche mince et un peu bombée de cire. La larve renfermée garnit son alvéole d’une toile fine à laquelle elle travaille 36 heures. Trois jours après, elle est métamorphosée en nymphe très-blanche, et 7½ jours ensuite, ou 20 jours après la ponte, en insecte parfait ou abeille ouvrière, époque à laquelle elle sort de l’alvéole après en avoir crevé le couvercle. — Des ouvrières la brossent sur-le-champ, lui donnent de la nourriture et nettoient l’alvéole dont elles ne détachent pas la toile. Il en résulte que ces toiles s’accumulant par des pontes successives dans les alvéoles du centre, ceux-ci diminuent ainsi d’étendue au point d’être réduites de ¼ et même de ⅓, et que les dernières ouvrières élevées dans ces alvéoles sont plus petites que les premières. D’où il suit que, passé la 1re année, les ouvrières varient plus ou moins de taille et de grandeur. — Vingt-quatre à 36 heures après la sortie de l’alvéole, la jeune ouvrière peut se livrer aux mêmes travaux que ses compagnes et aller dans la campagne.

Lorsque la saison continue à être favorable pour la cueillette du nectar et du pollen, le ventre de la mère s’alonge beaucoup et elle commence une ponte d’œufs de mâles. Les ouvrières traitent les larves des mâles avec les mêmes soins que celles des ouvrières. Cependant ces larves mettent 5 jours de plus pour devenir insectes parfaits. La ponte des mâles est plus ou moins considérable suivant la force des essaims.

Cette ponte est à peine terminée que la mère en commence une d’ouvrières. Alors aussi, en s’approchant des alvéoles destinés aux mères, elle y pond un œuf chaque jour ou tous les 2 ou 3 jours. Cet œuf ne diffère en rien de ceux qu’elle dépose dans les alvéoles d’ouvrières, car l’expérience a démontré qu’on pouvait tirer un œuf d’un alvéole d’ouvrière pour le mettre dans un alvéole royal, et qu’on obtenait une jeune mère, et qu’en faisant l’opération inverse, on avait des ouvrières.

Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 159) - Fig 160.jpg

L’expérience a également prouvé que si la mère abeille d’une habitation vient à périr, les ouvrières la remplacent en choisissant un ou deux œufs ou larves de moins de 3 jours, et en démolissant autour 2 ou 3 alvéoles pour en construire un grand. Nous présentons ici (fig. 160 A) le dessin très-curieux d’un rayon que nous possédons, dans lequel les abeilles ont transformé des cellules d’abeilles ouvrières en alvéoles de mères. Ainsi, d’une part la grandeur de l’alvéole, de l’autre une plus grande quantité d’une nourriture différente de celle donnée aux larves d’ouvrières, produisent cette métamorphose. La différence de nourriture a tant d’effet dans ce changement, que si les ouvrières en ayant trop, en donnent à des larves dans de petits alvéoles, il en sort de petites mères, mais qui ne pondent que des mâles et qui sont détruites par la mère principale lorsqu’elle les rencontre.

Les ouvrières ont le plus grand soin des larves des mères, qu’elles veillent jour et nuit avec facilité parce que leurs alvéoles sont isolés. C’est à la fin du 16e jour, depuis la ponte, que la jeune mère parvient à l’état d’insecte parfait.

[8.1.6]
§ VI. — Essaimage, hivernage.

C’est à cette époque que la famille prend la résolution d’envoyer une partie de sa population former un nouvel établissement. Plusieurs raisons la déterminent à cette séparation. Le nombre des ouvrières a considérablement augmenté ; il y a déjà une partie des mâles parvenus à l’état d’insectes parfaits, et des nymphes de mères sont sur le point d’achever leur métamorphose, si elles ne l’ont déjà fait ; trois causes indispensables sans lesquelles les abeilles, ne pouvant compléter une nouvelle famille, nommé essaim, ne pourraient former une colonie ou essaimer. Nous entrerons plus tard, relativement à l’essaimage, dans les détails nécessaires pour le bien connaître et le diriger.

Les abeilles continuent cependant de ramasser ce qu’elles trouvent dans les campagnes. À défaut de nectar, elles recueillent la miellée qui couvre les feuilles de plusieurs espèces d’arbres, et elles tirent parti des fruits sucrés, soit tombés et un peu crevés par leur chute, soit percés par de petits animaux, par des oiseaux et par des insectes, car elles ne les attaquent jamais lorsqu’ils sont entiers. Elles mettent aussi de l’ordre dans leurs provisions. Dès qu’elles n’ont plus de pollen, elles arrêtent la ponte de leur mère par le changement de nourriture.

Les travaux ne cessent que lorsqu’une température pluvieuse et froide vient les interrompre. Alors elles ne sortent de leur habitation que lorsqu’un beau soleil réchauffe de temps à autre l’atmosphère. Elles y passent tranquillement l’hiver en usant sobrement de leurs provisions. Si le froid augmente beaucoup, elles s’engourdissent et restent dans cet état sans manger jusqu’à ce que la chaleur vienne les vivifier et leur rendre leur activité.

On a vu que les mâles ou faux-bourdons ne vivaient que quelques mois ; les ouvrières n’ont pas beaucoup plus d’un an d’existence, parce que, pendant leurs travaux, elles sont la proie de plusieurs espèces d’oiseaux et d’insectes qui en détruisent un grand nombre, et que des orages subits et de très-forts coups de vent en font périr un grand nombre. Les mères au contraire peuvent vivre plusieurs années, parce qu’elles ne courent de dangers que lorsqu’elles sortent pour se faire féconder.

Tels sont les faits principaux de l’histoire naturelle des abeilles, ceux dont la connaissance est essentielle aux cultivateurs pour établir leur culture sur des principes certains qui puissent les dédommager de leurs avances et payer avantageusement leurs travaux.

[8.2]

Section II. — Culture des abeilles.

Il y a 3 considérations importantes pour réussir dans une bonne culture d’abeilles. La 1re est relative aux avantages et aux inconvéniens des lieux où l’on veut placer un certain nombre d’essaims. La 2e consiste dans la forme et dans la matière des paniers ou boîtes nommées ruches qui servent de logement aux abeilles, et dans la manière de les garantir autant que possible des orages, du vent et de l’humidité. La 3e est le mode de culture pour en tirer le plus grand profit possible.

[8.2.1]
Art. Ier. — Cantons plus ou moins favorables.

Tous les terrains ne fournissent pas aux abeilles la même quantité de nectar, de pollen et de miellée. Cela dépend des plantes qui y croissent spontanément ou que l’homme y cultive. Or le nombre des essaims doit être proportionné aux moyens de nourriture et d’approvisionnement des abeilles.

Dans les cantons couverts de prairies naturelles et artificielles, de bois formés d’essences diverses pour l’époque de la floraison, et dont les fleurs très-multipliées produisent beaucoup de nectar et de pollen, enfin de jardins fruitiers et de jardins d’agrément, on peut réunir jusqu’à cent essaims dans un rucher, et si ces cantons sont rapprochés de collines ou montagnes couvertes de plantes odoriférantes, on les considère comme les meilleurs pour la quantité et la qualité du miel. — Si le terrain ne réunit qu’une partie de ces avantages, le nombre des essaims doit être réduit. — On ne peut en établir qu’un petit nombre dans les lieux où l’on cultive en grand des céréales et des vignobles et dans lesquels les prairies et les arbres sont rares.

Les cultivateurs ont des moyens sûrs d’améliorer ces derniers terrains en y plantant un certain nombre d’arbres, tels que les chênes, mélèzes, robiniers, sophoras, leviers, et quelques pins ou sapins ; en ajoutant à leurs céréales la culture de prairies artificielles, comme trèfle, luzerne, sainfoin ou chicorée, et en semant quelques pièces de terre de plantes oléagineuses, ou en garnissant les environs du rucher de sarriète vivace, lavande, marjolaine, romarin, réséda et thym. La culture du sarrasin est très-utile dans les terres dénuées d’arbres, et conséquemment de miellée, parce que sa floraison est tardive et que cette plante a toujours des fleurs jusqu’au moment de la récolte.

[8.2.2]
Art. II. — Des ruches et des ruchers.

Les ruches sont des paniers faits avec de la paille de seigle, avec de l’osier ou des branches d’autres essences de bois bien souples, ou ce sont des boites de bois légers dits bois blancs, de bois résineux (les meilleurs de tous), et enfin de liège. On les fabrique, dans certains cantons, avec des parties de tronc d’arbres creusés. Leurs formes et leurs dimensions varient suivant la qualité des terrains. Dans les meilleurs pour la culture des abeilles, on leur donne 2 pieds cubes. Elles ne doivent contenir qu’un pied et demi dans les cantons médiocres, et seulement un pied dans les mauvais.

[8.2.2.1]
§ Ier. — Des ruches simples.

On nomme ruches simples celles d’une seule pièce, sans division dans l’intérieur. Les cultivateurs les faisant eux-mêmes en paille, en vannerie ou en bois, il est inutile de les décrire ; on doit seulement remarquer : 1° que plus les rouleaux de paille qu’on dispose en spirale sont serrés et réunis avec l’écorce de la ronce commune, moins on laisse de vide entre les brins d’osier ou d’autres bois, et plus les ruches sont solides et durent longtemps ; 2° que lorsqu’on ne recouvre pas avec des surtouts de paille les ruches fabriquées avec des planches, il est utile que le dessus soit en pente sur le derrière, qu’il déborde pour écarter l’eau de pluie, et qu’il ait une couche de peinture grossière ; ce dernier précepte est applicable à toutes les ruches en bois. On fait aussi dans le milieu de la couverture un trou d’un pouce de diamètre pour y placer un petit vase que les abeilles remplissent de miel. On bouche ce trou avec un morceau d’ardoise, de bois ou de fer-blanc quand on enlève le vase.

Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 160) - Fig 161, 162.jpg
Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 160) - Fig 163.jpg

Ruche en vannerie (fig. 161) de bois de bourdaine, d’osier, etc. : A manche, B entrée des abeilles. Ruche en paille (fig. 162) : A poignée qu’on remplace par un manche lorsqu’on met à manger aux abeilles sur le plateau ; B ouverture dans laquelle on place le petit vase de fer-blanc dont le fond est garni de trous et le dessus couvert d’un bouchon en bois. Ruche en bois (fig. 163) : A entrée des abeilles s’il n’y en a pas une sur le plateau.

[8.2.2.2]
§ II. — Des ruches composées.
Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 160) - Fig 164.jpg
On fabrique les ruches composées de paille ou de bois. Les 1res sont ordinairement de 2 pièces ; la pièce supérieure A (fig. 164) a la forme d’une demi-sphère plus ou moins aplatie, et est de la contenance du quart au 5e de la ruche. On la nomme capote ou couvercle ; elle a dans son extrémité supérieure un trou de 2 pouces de diamètre dans lequel on place le petit vase de fer-blanc dont le fond est percé de petits trous : ce vase sert pour donner de la nourriture aux abeilles. Souvent ce trou est rempli par un morceau de bois arrondi de 8 pouces, dont on se sert pour manier le couvercle, lequel dans sa partie inférieure a le diamètre du corps de la ruche qui doit être le même pour toutes les ruches d’un établissement. Ce corps de ruche B est un cylindre couvert d’une planche mince C qu’on y attache avec du fil de fer recuit. Cette planche a dans son pourtour des ouvertures DD de 3 ou 4 lignes sur 3 pouces de long pour le passage des abeilles. On place dans le milieu du corps de la ruche deux tringles pour soutenir les rayons ou gâteaux. Si le plateau E sur lequel ou pose la ruche n’a pas de passage

pour y pénétrer, on fait une coupe F de 2½ pouces de long sur 5 lignes de haut au bas de la ruche. Cette ruche est nommée ruche villageoise, ou ruche à la Lombard si le corps de la ruche est divisé en 2 parties.

Les ruches en bois se divisent de plusieurs manières :

Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 161) - Fig 165.jpg

l° Sur la hauteur. C’est la ruche à hausse de Palteau avec des modifications faites par Blangi, Boisjugan, Cuinghien, Ducarne de Massac, Beville et M. Martin. Ce sont (fig. 165) 3 ou 4 tiroirs ou hausses superposées, BB, le fond en dessus, garnis d’ouvertures sur les côtés pour le passage des abeilles et recouverts par une planchette de même diamètre, maintenue par des barres AA fixées elles-mêmes en CC. On maintient ces hausses avec des crochets ou des chevilles H, du fil de fer ou même avec de la ficelle ou de l’osier. On place ces attaches au même point à toutes les hausses pour pouvoir les changer de place ou les mettre d’une ruche à une autre ; toutes les hausses doivent être de même dimension pour toutes les ruches d’un rucher. M. Ravenel a fait de ces ruches en paille (fig. 166) ; elles sont rondes comme les ruches villageoises, et les rouleaux sont doublés aux points de jonction.

Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 161) - Fig 166.jpg

On peut faire à chaque hausse, par-derrière, une ouverture D d’un pouce de haut sur 2 ou 3 de large. On la ferme avec du verre qu’on recouvre d’une planchette mobille ou volet. F. M. Martin a enlevé les cotés des hausses, et les a remplacés par 4 fortes chevilles d’une longueur proportionnée à la hauteur qu’il veut donner à chaque hausse. Ainsi, ces hausses sont entièrement ouvertes de 4 côtés ; il recouvre le tout avec une toile forte et peinte, placée sur 4 cadres réunis plus larges que les côtés des hausses ; la couverture est en toiture a 4 pans terminés en pointe. Au moyen d’une ficelle placée à la partie supérieure ou pointe et d’une poulie placée plus haut, on peut soulever cette couverture et voir les abeilles et leurs travaux. Les abeilles peuvent aussi prolonger leurs rayons en dehors des hausses.

Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 161) - Fig 167.jpg

2° Sur la profondeur ou longueur, c’est la ruche de Serain. On la compose (fig. 167) de 2 ou 3 boîtes sans fond mises les unes derrière les autres, avec des trous à chaque boîte pour la communication.

Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 161) - Fig 168.jpg

3° Sur la largeur, c’est la ruche de Gelieu, modifiée par Huber, Bosc, puis par moi-même. C’est une boîte (fig. 168) coupée en 2 parties égales sur la largeur ; chaque partie, a une cloison avec des ouvertures de communication. Bosc en a retranché les cloisons ; Huber, au lieu de 2 parties, en a fait autant qu’il a désiré de rayons de cire. Ainsi, chaque segment représente un cadre dont le bois a 15 lignes ¼ de large ; c’est une mesure qu’il faut établir pour les ruches coupées sur la largeur ; il faut autant de fois 15 lignes sur la largeur, plus 4 lignes, qu’on y veut de rayons ; on ajoute 4 lignes, parce qu’il a 9 ou 11 passages sur 8 ou 10 rayons. J’ai modifié cette ruche (fig. 169), 1° en supprimant le fond ; 2° en rétrécissant sa partie supérieure d’un tiers sur la profondeur, et en augmentant sa base d’un tiers, ce qui double la profondeur du bas de la ruche ; 3° en donnant à la couverture assez de pente pour l’écoulement des eaux de pluie au dehors et de celles produites par la condensation des vapeurs dans l’intérieur. Il suffit à cet effet d’élever le derrière plus que le devant de la ruche. On maintient l’écartement du devant et du derrière des 2 parties de la ruche au moyen d’une tringle de 6 lignes qui traverse les planches, et qu’on y assujétit avec un petit coin. On met la tringle à 4 ou 6 pouces de hauteur. avec l’attention de la placer sous un rayon, non sous un sentier, pour qu’elle ne bouche pas le passage des abeilles. On cloue une autre tringle à angle droit sur cette tringle pour soutenir les rayons. On peut faire un trou à chaque partie de la couverture pour y placer un vase de verre. On nomme cette ruche la ruche perfectionnée, pour la distinguer de celle de Bosc dont je lui avais donné primitivement le nom. On en réunit les parties comme on l’a dit pour les ruches à hausse. Les ruches du même rucher doivent avoir les mêmes dimensions.

Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 161) - Fig 169.jpg

La fig. 170 représente la ruche à expériences, divisée en 8 segmens sur la largeur ; elle est fermée sur les côtés par un châssis vitré, recouvert d’un volet si la ruche est dans un rucher couvert ; si elle est en plein air, il ne faut pas de volet, mais on recouvre la ruche d’une boîte aux côtés de laquelle on place des planchettes à coulisse pour inspecter la ruche sans déranger la boîte.

Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 162) - Fig 170.jpg

Il faut dans les ruches divisées sur la largeur, diriger le premier travail des abeilles pour n’être pas exposé à briser des rayons lorsqu’on écarte les deux parties de la ruche. À cet effet, on suspend à chaque partie de la couverture, à 2 lignes des points de jonction, un morceau de rayon d’un pouce de hauteur sur 4 à 5 de longueur ; on l’y maintient avec du fil de laiton recuit. On a l’attention, en plaçant ces morceaux, de les mettre dans leur position naturelle, de manière que le bord des alvéoles soit plus élevé que le fond. Les abeilles prolongent perpendiculairement ces morceaux de rayon. Cette précaution n’est nécessaire que pour les ruches entières qui n’ont pas servi, car il suffit qu’un côté d’une ruche soit plein ou même ait servi pour que la propolis employée à attacher des rayons dirige le placement des nouveaux rayons à construire.

Si on désire une ruche pour les expériences, on peut prendre la ruche perfectionnée, la diviser en autant de segmens qu’on veut de rayons, maintenir la partie inférieure de chaque segment avec une tringle, et remplacer les planches des côtés par des châssis vitrés recouverts d’un volet si la ruche est dans un rucher ; si elle est en plein air, il ne faut pas de volets, mais on recouvre la ruche d’une boite, comme nous l’avons dit ci-dessus.

Toutes les ruches doivent être pesées et numérotées avant de s’en servir.

On place ces ruches sans fond sur des plateaux composés de planches, de plâtre coulé, d’ardoise épaisse, ou de pierre. La surface doit en être unie. Ces plateaux, de l’épaisseur d’un à 2 pouces, ont 2 pouces de large et 5 de long de plus que les ruches. On y creuse sur le devant, au milieu, un passage en pente douce de 2½ pouces de large sur un pouce de profondeur au bord du plateau, profondeur qui se réduit à zéro dans l’intérieur de la ruche et qui a au moins 7 à 8 lignes au point d’entrée et de sortie des abeilles, c’est-à-dire à 2 pouces du bord. Ces plateaux, qui sont soutenus par 4 pieux de bois d’autant plus longs que le terrain est plus humide, ont ordinairement 3½ pieds. On enfonce la partie inférieure de ces supports qui est terminée en pointe, d’environ ½ pied en terre ; ceux de devant le sont de 10 à 12 lignes plus que les autres, afin de donner un peu de pente au plateau pour l’écoulement des eaux. Il faut que le plateau déborde les supports d’un pouce au moins. On fera bien de consolider ces plateaux au moyen de quatre chevilles qui les traverseront et qui entreront dans les supports. On peut remplacer ceux-ci par une pierre, un tronc d’arbre, ou un cône ou cylindre de terre cuite rempli de terre.

Les ruches sont couvertes, au moins dans les pays pluvieux, par un surtout ou chemise, ordinairement de paille de seigle dont on coupe les épis, qu’on lie fortement dans la partie supérieure, et qu’on ouvre pour le placer sur la ruche en donnant plus d’épaisseur du côté d’où viennent les pluies. On peut le maintenir au moyen d’un cerceau sur lequel on le fixe. Dans les pays chauds, on doit augmenter l’épaisseur de la couverture des ruches si on ne se sert pas de surtouts, parce que le bois s’échauffant, pourrait, s’il était mince, amollir beaucoup la propolis et détacher les rayons lorsqu’ils sont remplis de miel ou de couvain.

[8.2.2.3]
§ III. — Des ruchers.
[8.2.2.3.1]
Ruchers en plein air.
Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 162) - Fig 171, 172.jpg

Un rucher en plein air est un terrain sur lequel on place les ruches à une petite distance de l’habitation, du côté opposé à la cour des volailles lesquelles mangent les abeilles qui viennent y boire ou se poser sur le fumier. Si le terrain est grand, on peut mettre beaucoup de distance entre les ruches, et garnir les intervalles d’arbrisseaux et de plantes qui produisent beaucoup de nectar. Si l’espace est petit, on plante en avant des ruches, et on met celles-ci (fig. 171 et 172) sur 2 rangs, à 5 à 6 pieds de distance entre les rangs et 3 pieds entre les ruches, à l’exposition du levant ou du midi, en les abritant par un mur Q du côté du nord ou de l’ouest. On ne laisse pousser aucune plante sous les ruches ni à 2 pieds, et si le sol est humide, on enlève dans cette partie 6 pouces de terre qu’on remplace par du gros sable. Quand on a un courant d’eau, on établit un bassin supérieur O, soutenu par un talus en gazon A et un bassin inférieur N, qui reçoit les eaux du bassin supérieur par 2 ou 3 filets très-minces II, courant sur le terrain et où les abeilles ne peuvent se noyer. À défaut de courant d’eau dans le rucher ou aux environs, on enfonce un ou deux baquets rez-terre. On y jette 6 pouces de terre pour y planter du cresson d’eau, et ou les remplit d’eau. Enfin, on détruit autant que possible tous les insectes et les petits oiseaux dans le rucher, lequel doit être clos de murs, d’un treillis ou au moins d’une forte palissade. Si la température du canton était très-humide, il faudrait placer les ruches sur des arbres, et à défaut dans des greniers.

[8.2.2.3.2]
Ruchers abrités et couverts.
Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 163) - Fig 173.jpg
Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 163) - Fig 174.jpg

Dans les lieux où les forts coups de vent, les orages, les pluies prolongées et la grêle sont fréquens, on établit son rucher sous des appentis longs et ouverts, ou seulement fermés du côté d’où viennent ces météores ; c’est ce qu’on nomme ruchers abrités (fig. 173) ; ou bien dans des bâtimens clos de toutes parts, appelés ruchers couverts (fig. 174). Leur longueur ou leur dimension est relative au nombre des ruches dont on fait 2 rangs l’un sur l’autre. Ces ruchers fermés ont une petite croisée et une porte à une de leurs extrémités, mais seulement une croisée à l’autre. On fait sur le devant un petit passage pour les abeilles de chaque ruche, et on y met une planchette qui déborde de 3 à 4 po. Il y a 2 ½ pi. entre chaque ruche et la même distance entre le rang du bas et le rang supérieur. L’épaisseur des ruches en bois peut être réduite d’un tiers parce qu’elles sont à couvert. Tous les ruchers doivent être à une certaine distance des lieux où l’on fait beaucoup de bruit, des chemins très-fréquentés, des marécages et des établissemens qui produisent des exhalaisons nuisibles, et même des raffineries, où les abeilles périssent par milliers dans les chaudières. On détruit autant qu’on le peut les nids de guêpes et surtout de frelons des environs des ruchers, et s’il y a de fausses teignes, on met dans 2 ruches vides des morceaux de vieux rayons pour les attirer, les faire pondre et les y détruire.

[8.2.3]
Art. III. — Mode de culture des abeilles.
[8.2.3.1]
§ Ier. — Achat et transport des abeilles.

On achète les abeilles : 1° à l’essaimage si on adopte une ruche différente de celle du canton, et on évite ainsi les fausses teignes ou galléries (Galleria cereana. Fab.), s’il y en a dans le rucher où on achète. Les 1ers essaims, qui peuvent peser jusqu’à 6 livres au plus et ordinairement 4 à 5, valent le double des seconds essaims, plus légers et venant plus tard ; le grand nombre des ouvrières, et 8 à 15 jours d’intervalle entre la sortie des essaims secondaires produisent une différence considérable pour l’approvisionnement de l’hiver en miel.

Au printemps et non à l’automne, pour éviter les pertes qui peuvent avoir lieu jusqu’au retour de la belle saison. À cette époque on connaît la valeur de l’essaim par le poids de la ruche qui donne celui du miel et de la cire après en avoir déduit celui de la ruche et des abeilles. On ne peut se tromper que dans l’achat des vieilles ruches, qui contiennent quelquefois du pollen ou rouget dans beaucoup d’alvéoles.

Les acquéreurs voisins du lieu d’achat les font transporter le soir même de l’essaimage. Après la rentrée des abeilles, on soulève doucement et sans bruit la ruche pour la poser sur une toile claire ou un canevas qu’on relève tout autour et qu’on y serre avec de la ficelle. Un seul homme peut en porter 2 ou 4 sur l’épaule, attachées à un bâton. Mais si on a fait un achat considérable, qu’on enlève le tout à la fois, et qu’on soit à quelques lieues, on garnit bien de paille une voiture, et on pose dessus de fortes gaules qui laissent de l’air entre la paille et les ruches. À l’arrivée on met de suite les ruches à leur place, et une demi-heure après on tire la serpillière ; et si ce sont des essaims nouveaux, on la remplace par une assiette contenant une demi-livre de miel couvert d’une toile très-claire ou d’un papier épais auquel on fait des coupures étroites et alongées, ou même de brins de paille croisés. Le transport

n’a lieu que la nuit. [8.2.3.2]
§ II. — Soins généraux à donner aux abeilles.

Visiter souvent les abeilles pour qu’elles connaissent les apiculteurs, le faire sans bruit, parler bas, point de mouvemens brusques ; se baisser si une abeille annonce par un bourdonnement particulier et par son vol devant l’apiculleur l’intention de l’attaquer, et ne se relever que lorsqu’elle s’est retirée ; ne soulever ni ouvrir les ruches que lorsque les soins l’exigent, et toujours doucement ; détruire dans ces visites les araignées, les limaces, ainsi que les fausses teignes qu’on trouve entre le surtout et la ruche ; brûler les guêpiers et les fourmilières avec le feu ou l’eau bouillante ; enfin, faire la chasse à la famille des rats et aux oiseaux.

[8.2.3.3]
§ III. — Vêtement des apiculteurs.

Les abeilles sont en général assez douces et n’attaquent que ce qu’elles considèrent comme nuisible.

On s’oppose aux piqûres des abeilles en se couvrant : 1° d’un pantalon à pied ou d’une paire de guêtres pour recouvrir le soulier et le bas du pantalon ; 2° d’un gilet qui ferme bien ; 3° de gants épais, assez longs pour être liés sur la manche ; 4° d’un camail de coutil ou de toile cirée qui enveloppe la tête et le cou et qu’on serre dans le bas pour que les abeilles ne puissent pas piquer ces parties. On fait devant la figure, pour pouvoir respirer, une ouverture suffisante pour y mettre un masque bombé, composé avec de la toile fine de laiton, dont les mailles permettent de voir et empêchent les abeilles de passer. À défaut de camail, les dames peuvent employer la gaze blanche, en l’écartant un peu de la figure. Ainsi vêtu, on opère tranquillement et sans crainte d’être piqué par les abeilles ou de les tuer.

Comme on ne prend pas ces précautions dans les visites de simple inspection, on doit avoir sur soi un flacon d’alcali volatil. Dès qu’on est piqué, on s’empresse d’arracher l’aiguillon de la plaie et d’y verser une goutte de ce liquide. Les autres alcalis peuvent au besoin le remplacer, même la chaux vive, et à défaut un peu d’huile ou de miel. On presse et on suce la plaie, si on le peut, avant de rien mettre dessus.

[8.2.3.4]
§ IV. — Soins à donner aux abeilles à l’entrée de la mauvaise saison.

Dès qu’il n’y a plus de fleurs, de feuilles et de fruits pour fournir de la nourriture aux abeilles, on doit peser toutes les ruches. On défalque de leur poids, celui de la ruche, plus 5 livres pour les abeilles et 2 livres pour la cire. Le surplus doit être du miel dont il faut 12 à 15 livres par essaim fort ou faible, fait étonnant, mais constaté par l’expérience. Ce poids est une moyenne proportionnelle, car plus l’hiver est doux, plus les abeilles consomment de miel.

On ne prend pas de miel aux essaims qui n’ont que 20 à 25 livres, parce que les abeilles aussi bien approvisionnées seront plus actives au printemps, qu’elles seront moins exposées à manquer de vivres pour elles et leurs vers, s’il survient, dans cette saison, un vent très-sec qui enlève le nectar à mesure que les fleurs en produisent, ou un temps pluvieux qui délaie cette substance ; qu’elles fourniront plus tôt des essaims et produiront une récolte plus abondante de miel. En effet, plus les abeilles sont dans l’abondance à l’entrée du printemps, plus le renouvellement d’une ponte considérable a lieu ; plus les abeilles multiplient, plus elles recueillent de miel et peuvent en déposer dans les magasins, puisque s’il faut la récolte journalière de 10 à 15,000 ouvrières pour la consommation de l’essaim, c’est-à-dire pour la nourriture des vers et des abeilles, et qu’il y ait 30,000 ouvrières dans une ruche, la moitié de leur récolte peut être économisée, pendant qu’un essaim qui n’a que 10 à 15,000 ouvrières ne peut pas faire une réserve en miel s’il a un fort couvain à nourrir, et est exposé à la disette s’il survient un mauvais temps.

Si les ruches contiennent moins de 12 livres de miel au moment de la visite, et que le temps ne soit pas froid, on leur donne le soir, comme on l’a dit plus haut, des sirops faits avec des fruits sucrés et préparés d’avance, ou du miel commun jusqu’à la concurrence d’une livre qu’elles ramassent pendant la nuit. On continue jusqu’à leur complet approvisionnement. Si la température est froide la nuit, on donne le sirop ou le miel un peu tiède, le matin, après y avoir mêlé un peu de vin ou du cidre, et pendant qu’on le chauffe on saupoudre le plateau avec du sel de cuisine ; mais en donnant la nourriture le matin, il faut pousser la ruche en arrière pour réduire la hauteur de l’entrée et empêcher que les ouvrières des ruches voisines ne viennent s’emparer d’une partie du miel.

Si on avait trop retardé cette opération, et que le froid et l’humidité eussent augmenté, on donne alors aux abeilles des rayons remplis de miel dont on enlève les couvercles avec une lame mince. On les pose à plat sur le plateau qu’on a préalablement saupoudré de sel.

Si on se servait de la ruche perfectionnée, ou autres divisées sur la largeur, et qu’on eût des essaims fortement approvisionnés et d’autres qui ne le fussent pas assez, on cherche à égaliser leurs vivres. On donne à l’essaim mal approvisionné la moitié de la ruche qui a beaucoup de miel, et on remplace cette moitié par celle de l’autre ruche. Mais pour réussir on prend les précautions suivantes : Après s’être vêtu pour se garantir des piqûres, on enlève le surtout de la forte ruche, et on défait les crochets qui réunissent ses 2 parties. On frappe 2 ou 3 coups contre le côté de la ruche qu’on veut laisser en place pour y attirer la reine. Des abeilles veulent-elles sortir, on les en empêche au moyen de vieille toile ou serpillière roulée au bout d’un petit bâton, et dont on met à l’entrée de la ruche, l’extrémité à laquelle on a mis le feu, mais sans flamme. C’est ce qu’on nomme fumeron. La fumée qu’on souffle dans l’entrée s’oppose à la sortie des abeilles et les détermine à environner la reine. Elles y font un bourdonnement qu’on nomme bruissement. Alors on soulève la moitié de la ruche qu’on veut emporter. On passe dessous le fumeron qu’on secoue pour produire plus de fumée afin d’en chasser les abeilles qui y restent. Ensuite on enlève cette moitié pour la remplacer par une moitié vide dont on s’est muni. On la rapproche d’abord par le derrière en poussant sur les joints de la fumée pour écarter les abeilles et ne pas en écraser. On apporte la moitié pleine auprès de la ruche faible à laquelle on l’adapte par le même procédé. Ensuite on revient à la ruche forte à laquelle on retire promptement la moitié vide pour la remplacer par celle de la ruche faible. On fournit facilement du miel aux ruches villageoises et aux ruches à hausses en échangeant leur couvercle ou hausse supérieure, s’ils sont vides, contre un couvercle ou une hausse qui contient du miel et qu’on a conservé à cet effet.

Bientôt le froid augmente d’intensité et annonce la gelée, la neige et le givre. Alors il est utile de tourner l’entrée des ruches au nord-est pour empêcher les abeilles de sortir, ou de les transporter dans un lieu obscur et sec qui ait une ouverture du côté des vents secs. C’est le temps de surveiller les souris, les rats, les pic-verts, les mésanges, surtout lorsque les ruches sont de paille ou d’osier, parce que les abeilles engourdies sont sans défense.

La méthode employée ci-dessus pour travailler sans danger une ruche et qu’on nomme état de bruissement, est toujours celle qu’il faut suivre quand on veut se rendre maître des abeilles.

[8.2.3.5]
§ V. — Opérations au commencement du printemps.

Dès que la saison se radoucit, que les saules, marsaults, coudriers fleurissent, et que les abeilles ranimées commencent leurs mouvemens, on visite de nouveau les ruches pour nettoyer les plateaux et y répandre un peu de sel, couper 2 ou 3 pouces du bas des rayons, pour peu qu’il y ait de la moisissure, enfumer les ruches pour en renouveler l’air, et enfin couper 1 ou 2 rayons des côtés s’ils sont vides, et qu’on y soupçonne des œufs ou larves de fausse teigne. Ensuite on remet chaque ruche dans sa position ordinaire après s’être assuré de son approvisionnement.

Aux premiers beaux jours, on place devant les ruches des assiettes remplies d’un sirop tiède qui contient un peu de liqueur fermentée, comme du vin, etc., pour les préserver, conjointement avec le sel, de la diarrhée qui peut les attaquer dans cette saison, surtout si le temps ou la température du canton est humide. C’est principalement dans ces cantons que la fausse teigne multiplie le plus et que l’abeille est moins active. On place en conséquence 2 ruches vides sur le plateau desquelles on met des débris de vieux rayons de cire pour attirer et détruire ces parasites. C’est aussi le meilleur moment pour faire la chasse aux guêpes et frelons avec des filets dits échiquiers.

La saison est-elle favorable aux abeilles, on les visite 1 ou 2 fois par semaine pour s’assurer à la simple vue s’il y a de l’activité dans les travaux. Seulement, dans les cantons où les fausses teignes sont communes, on soulève les surtouts pour tuer celles qui s’y cachent pendant le jour ; et si on aperçoit des ruches dont les abeilles font peu de mouvemens, on les lève un peu par-derrière pour vérifier s’il n’y a pas des crottes de fausses teignes sur le plateau, ou de leurs fils entrecroisés entre les rayons. Dans ce cas, après avoir mis les abeilles en état de bruissement, on enlève les rayons des côtés ou partie de ces rayons qui sont attaqués par ces insectes ; on nettoie le plateau et on remet la ruche en place. Si les dégâts étaient considérables, il vaudrait mieux transvaser les abeilles et leur donner le soir du miel pour commencer des rayons dans leur nouvelle ruche. On nettoie tout de suite l’ancienne, et on y passe le feu, et après avoir extrait le miel, on fait tout de suite fondre les rayons pour détruire les œufs et les vers des fausses teignes, ainsi que les rayons mis dans des ruches vides pour attirer cette vermine, ruches qu’on visite en même temps que les autres. S’il y avait du couvain on le rendrait aux abeilles, soit en le suspendant, soit en posant les rayons verticalement sur deux petites fourches de bois fendues dans le haut ou de fil de fer dont l’extrémité inférieure est enfoncée dans un morceau de planche de 4 à 5 pouces de long sur 2½ pouces de large pour y poser au besoin 2 morceaux de rayons. Le tout préparé est placé sur le plateau dans la direction des rayons.

Mais s’il survient dans cette saison des pluies qui durent plus de 8 jours, qui empêchent les abeilles de sortir, ou des vents secs qui enlèvent le nectar à mesure de sa production, et forcent les ouvrières, qui ne trouvent que du pollen à consommer le miel en provision, il faut redoubler de vigilance, s’assurer s’il reste du miel dans les ruches, ou si les ouvrières en manquent, ne pas leur épargner le sirop ou le miel, car la consommation en est considérable à cette époque pour le couvain. Si on négligeait de le faire, on serait exposé à perdre une partie de ses essaims, les uns parce que la famine les détruirait, les autres parce que le couvain qui aurait péri entrerait en putréfaction et occasionnerait non seulement la mort des ouvrières de la ruche, mais pourrait encore entraîner la destruction du rucher en y développant une maladie épidémique. Il ne sortirait pas des ruches des essaims précoces qui sont la richesse de l’apiculteur, et on trouverait dans beaucoup d’alvéoles des ruches conservées du pollen découvert qui durcit, dont les abeilles ne peuvent faire usage, et qui par son poids trompe sur la quantité de miel contenu dans les ruches. Le sirop et le miel qu’on leur donne jusqu’au retour de la saison favorable ne sont qu’une avance que les abeilles rendront plus tard avec un grand bénéfice. Dès que le temps change, on enlève les ruches mortes, on tire des ruches conservées le couvain qui a péri, et on en extrait, s’il est possible, la cire. Dans le cas contraire, on enterre le tout pour empêcher les ouvrières d’en approcher.

Les amateurs des ruches villageoises dont les corps ont 3 ans, profitent du moment de la grande abondance du nectar pour les renouveler. À cet effet ils tirent le couvercle et le remplacent par une planchette ; ils soulèvent le corps de la ruche pour placer dessous un autre corps ; ils garnissent les points de contact des 2 corps avec du pourget (mélange de chaux, de bouse de vache, d’argile et d’un peu d’eau), et s’il y a une entrée au corps supérieur, ils la bouchent. Ils peuvent également faire cette opération sur quelques ruches avant le commencement de la ponte, lorsqu’ils désirent augmenter la récolte et diminuer la production des essaims. Dans ce dernier cas ils laissent le couvercle.

[8.2.3.6]
§ VI. — Essaimage.
[8.2.3.6.1]
I. — Essaims naturels.

Pendant la saison dont nous venons de parler, la multiplication des abeilles est considérable ; aussi un bruit sourd se fait-il entendre, et il augmente chaque jour d’intensité. Bientôt on voit sortir de quelques ruches, de 11 heures à 3 heures, des mâles ou faux bourdons ; c’est un indice que la mère a pondu depuis 8 à 10 jours dans les alvéoles de reine, et qu’il sortira avant peu un essaim. On dispose en conséquence des ruches qu’on nettoie bien et qu’on parfume en les frottant avec des plantes aromatiques ou avec l’extrémité de tiges fleuries. On prépare également un sac dans lequel on fixe deux cerceaux pour en écarter les parois, et placés assez loin de l’ouverture pour qu’on paisse le fermer à volonté ; 2 grands balais ou une petite pompe à main comme celle des jardiniers, un seau plein d’eau, 1 fumeron ou 2, une ou 2 longues perches terminées par un crochet à l’extrémité supérieure, un plumasseau et à défaut une petite branche à feuilles souples, une branche d’un pied et demi dont la tête, de 6 à 10 pouces de long, est taillée en boule alongée, un plateau, un couvercle de ruche, un ou 2 paillassons de jardinier ou un ou 2 grands torchons, un camail et du sable fin, enfin un peu de miel pour en délayer au besoin avec de l’eau.

Tout cet attirail disposé, on place quelques-unes des ruches sur des plateaux, ou on les suspend à des arbres autour du rucher. On peut même en mettre dans les places des ruchers qui sont vides. Alors il ne reste plus qu’à faire une garde exacte pour épier la sortie des essaims qui peut avoir lieu depuis 10 heures du matin jusqu’à 3 heures du soir dans les temps ordinaires, mais qui peut commencer depuis 9 heures jusqu’à 4 par de fortes chaleurs.

On laisse l’essaim sortir tranquillement et se balancer dans l’air ; ce n’est que lorsqu’il prend une direction contraire à celle qu’on désire, qu’on s’empresse de lui lancer du sable et de l’eau et qu’on fait beaucoup de bruit, non seulement pour empêcher les ouvrières d’entendre et de suivre leurs conducteurs, mais encore pour prévenir les voisins qu’il est sorti un essaim. Le bruit, l’eau, le sable sont un orage pour l’essaim qui s’arrête et se place, soit contre une branche d’arbre, soit contre un mur, et quelquefois se pose à terre. On garantit les abeilles des rayons du soleil, s’il est possible, pendant qu’elles se groupent en formant une boule ou une grappe de raisin.

Lorsqu’une grande partie des ouvrières est réunie, si elles sont à terre, on pose une ruche dessus, en la soulevant d’un côté de deux pouces pour l’entrée des abeilles, et on intercepte les rayons solaires qui donnent sur la ruche. On accélère l’entrée des ouvrières avec de la fumée ou le plumasseau, et dès qu’on voit des abeilles se placer à l’entrée de la ruche et y battre des ailes pour rappeler celles qui sont dehors, on les laisse tranquilles jusqu’à ce que le calme soit rétabli dans l’essaim.

Si les abeilles se groupent contre une branche qu’on puisse secouer, on place la ruche, l’ouverture en haut, le plus près possible de l’essaim, et on donne à la branche une ou deux secousses promptes pour en détacher l’essaim qui tombe dans la ruche. S’il reste encore beaucoup de mouches contre la branche, on les fait tomber avec le plumasseau. On pose ensuite la ruche auprès de l’arbre sur un plateau, un paillasson ou une toile, en la retournant bien doucement, ce qui n’empêche pas la plupart des abeilles de rouler et de sortir de la ruche, dont elles ont bientôt couvert les parois extérieures. On agit comme ci-dessus pour les faire rentrer, mais si la mère est retournée sur la branche, bientôt des ouvrières y retournent et y forment un groupe autour d’elle. On les ramasse comme auparavant, mais dans le couvercle, dont on fait tomber les abeilles, soit dans la ruche qu’on a retournée, soit sur le plateau après avoir seulement penché la ruche en arrière. Dès que des ouvrières sonnent le rappel, l’opération est terminée, et on se contente de faire de la fumée sous la branche pour chasser les ouvrières qui y reviennent, et si elles s’obstinent à y revenir, on frotte la branche avec de la chélidoine, de la camomille puante ou de l’éclair, dont l’odeur les chasse.

Lorsque la branche est trop grosse pour être secouée, on oblige les abeilles à se bien réunir, soit avec la fumée ou avec le plumasseau, et en passant les barbes d’une forte plume entre l’essaim et la branche, on les fait tomber dans la ruche. Quand l’essaim s’est placé entre deux ou trois branches et qu’on peut poser dessus la ruche qu’on a aspergée d’eau miellée, on y fait entrer l’essaim ; mais si on ne peut faire usage de la ruche, ce qui a lieu surtout lorsque l’essaim s’est niché dans un trou d’arbre ou de mur, alors, après avoir trempé l’extrémité ou branchage de la grande branche dans l’eau miellée, on la pose sur le trou, on l’y enfonce et on la tourne bien doucement, et quand une grande partie des abeilles s’y est attachée, on les secoue dans la ruche.

Les essaims, et principalement les essaims secondaires, s’écartent quelquefois du rucher. Le sac est alors plus commode pour les rapporter, parce qu’après les y avoir fait entrer on le ferme pour rapporter l’essaim, et si on a été obligé d’employer la branche miellée pour le recueillir, on la place dans le sac dans lequel on la suspend, avec l’attention, en nouant celui-ci pour le fermer, d’en laisser sortir quelques pouces.

Si les abeilles qui sont placées sur une branche la quittent pour retourner à la ruche mère, ou si, entrées dans la ruche, elles n’y sonnent pas le rappel et en sortent peu-à-peu, c’est la preuve que la reine n’est point avec l’essaim ; dans ce cas, elles ressortiront de la ruche-mère le lendemain ou le surlendemain. Mais, lorsque l’essaim n’abandonne la ruche qu’un jour ou deux après leur entrée, c’est qu’elle ne leur convient pas ; il est indispensable de les mettre dans une autre, et de flamber et frotter la première avant de l’employer de nouveau. Quoique les essaims sortis soient ordinairement fort doux, la prudence exige qu’on prenne des gants et qu’on mette son camail. On porte l’essaim à la place qu’on lui destine, aussitôt que l’ordre est établi dans la ruche et qu’on ne voit plus que quelques ouvrières rôder autour.

Quelquefois 2 essaims sortent à la fois et se posent sur la même branche. S’ils sont faibles, on les oblige à se rapprocher et à se confondre pour n’en former qu’un bon ; mais s’ils sont forts, on emploie le fumeron et le plumasseau pour les écarter et les faire tomber au même instant dans 2 ruches qu’on pose à terre, en plaçant plus près de l’arbre celle dans laquelle il y a moins d’abeilles. Deux essaims se mêlent quelquefois dans l’air ou sur l’endroit qu’il ont choisi, et ne forment qu’un groupe. On les fait tomber dans une ruche pour les verser ensuite sur un paillasson ou un linge étendu à terre, et aux extrémités duquel on a mis 2 ruches, y compris celle dont on a chassé les abeilles. On sépare le tas d’abeilles en 2 parties pour les diriger vers les ruches soulevées d’un pouce du côté du linge et les y faire entrer ; et si le rappel sonne aux 2 ruches, l’opération a réussi. S’il n’avait lieu qu’à une ruche, c’est que les deux reines y seraient entrées, et tout serait à recommencer, à moins qu’on n’eût à sa disposition une jeune reine qu’on donnerait à l’autre ruche, ou un grand alvéole contenant une nymphe qu’on y placerait. Si, en séparant les 2 essaims, on aperçoit une des reines, on la prend avec facilité parce qu’elle ne se sert de son aiguillon qu’autant qu’on lui fait mal, et on la met sous un gobelet pour la donner à une des ruches, dès qu’on sonnera le rappel à l’autre.

J’ai dit que lorsque 2 faibles essaims sortent et se rapprochent, il faut les réunir ; mais si on les ramasse dans 2 ruches, on pose l’une sur son plateau et l’autre à terre auprès. Le soir, on retourne cette ruche, on pose l’autre dessus, et d’un fort coup on détache l’essaim de la ruche supérieure ; on met celle-ci de côté pour prendre l’autre et la placer sur le plateau où on a mis une assiette qui contient une demi-livre de miel ; on la retourne bien doucement en la posant. Le lendemain on vérifie s’il y a une reine morte au pied de la ruche ; s’il n’y en a pas, on lève la ruche par-derrière pour examiner s’il s’est formé 2 groupes, ce qui obligerait à recommencer le soir l’opération, parce que 2 essaims travaillant séparément dans une ruche dont les dimensions sont pour un seul essaim, donnent en général de mauvais résultats. Si on voulait réunir 2 essaims sortis à 3 ou 4 jours d’intervalle, on mettrait le plus ancien en état de bruissement ; on aspergerait la ruche avec de l’eau miellée après l’avoir retournée ; ensuite on y ferait tomber le nouvel essaim, et on la replacerait sur le plateau qu’on aurait garni d’une demi-livre de miel.

Ces opérations sont utiles dans les cantons très-favorables aux abeilles, parce qu’on peut sans danger en laisser sortir 2 essaims, surtout si on trouve à en vendre ; mais, dans les arrondissemens médiocres il ne faut permettre que la sortie d’un essaim, parce que la ruche-mère, trop affaiblie en ouvrières, ne peut s’approvisionner d’autant de miel ni se défendre aussi bien contre ses ennemis. Or, c’est une règle certaine que 12 ruches fortes donnent plus de profit que 24 médiocres. Ainsi, dans les cantons médiocres, il faut faire rentrer dans la ruche mère les essaims secondaires le soir même de leur sortie.

[8.2.3.6.2]
II. — Essaims forcés, artificiels et séparations.

On vient de voir toutes les peines qu’il faut se donner pour ramasser les essaims ; mais, comme dans un grand rucher il peut en sortir plusieurs à la fois, que d’une autre part la saison peut retarder la sortie et donner le temps à la reine-mère de tuer toutes les jeunes reines, ce qui pourrait empêcher l’essaimage pendant un mois et plus, et conséquemment ne procurer que des essaims plus à charge qu’utiles, on a pris le parti de prévenir ces inconvéniens en les faisant soi-même dès qu’on s’aperçoit, par la sortie des mâles et par le bruit qu’on fait dans les ruches, que l’époque de l’essaimage est arrivée. On y parvient de plusieurs manières :

En forçant les abeilles d’abandonner leur ruche. Pour y parvenir, on a un tabouret de la hauteur d’une chaise, recouvert d’une planche au milieu de laquelle on a fait un trou assez grand pour y faire entrer la partie supérieure d’une ruche d’une seule pièce, qu’on y place, l’ouverture en haut, après avoir mis les abeilles en état de bruissement. On en met une vide à sa place pour amuser les ouvrières qui reviennent des champs. On couvre la ruche en expérience par la ruche préparée et destinée pour l’essaim, on la maintient aux points de jonction par une ligature, assez large pour couvrir le bord des 2 ruches et même les entrées faites dans leur parois. 3 ou 4 minutes après, on frappe avec des baguettes la ruche pleine, en commençant par sa pointe, pour remonter très-lentement jusqu’à la ruche vide, et on continue jusqu’à ce qu’on entende un fort bourdonnement dans cette dernière ruche. Alors, pendant qu’on continue les coups, une personne défait la ligature et lève doucement la ruche vide et seulement assez pour voir de quel côté les abeilles montent. On soulève alors cette ruche du côté opposé pour s’assurer s’il y a assez d’abeilles pour former un bon essaim, et lorsqu’il y en a suffisamment, on enlève cette ruche pour la mettre en place, après avoir posé une demi-livre ou mieux une livre de miel sur le plateau. On diminue l’entrée de la ruche, ou même on la ferme pendant un quart-d’heure. On donne du miel, parce que, prises à l’improviste, les abeilles ne se sont pas gorgées, au lieu que les essaims naturels s’approvisionnent pour 3 jours.

Si la reine y est montée avec les ouvrières, dès que ces dernières sont libres il en sort plusieurs ; mais, bientôt, d’autres abeilles sonnent le rappel, et les premières rentrent. Dans le cas contraire, il n’y a point de rappel, l’opération est manquée et à recommencer, et les ouvrières sortent peu-à-peu pour retourner à la ruche-mère, ce qu’elles font, à moins qu’on n’ait une jeune reine, dont on a miellé les ailes, à leur donner, et après l’entrée de laquelle on ferme la ruche pendant un quart d’heure.

Quant à la ruche-mère qu’on a tout de suite remise en place, les ouvrières qui reviennent des champs y entrent, et si la mère y est restée, l’ordre s’établit tout de suite ; mais si elle est avec l’essaim, beaucoup d’ouvrières sortent, volent autour jusqu’à ce que la vue des nymphes de reine ou, à leur défaut, d’œufs ou de vers d’ouvrières de moins de 3 jours, déterminent les abeilles qui sont dans l’intérieur à battre le rappel pour rétablir l’ordre, ce qui fait connaître que l’opération a réussi.

2° Si on veut agir sur les ruches villageoises ou à hausse, on les met dans leur position naturelle sur le tabouret ; mais cet instrument doit alors avoir son ouverture fermée avec un morceau de toile de fil de laiton. On garnit ses côtés avec de la serpillière qu’on y cloue tout autour, excepté sur le devant, où la toile n’est attachée que dans le haut pour qu’on puisse mettre sous le tabouret un fumeron ou un réchaud contenant des charbons en feu, sur lequel on a jeté des débris de toile ou de la bouse de vache desséchée. On tire le couvercle à la ruche villageoise ou la hausse supérieure de la ruche à hausse. On place sur la 1re le corps d’une ruche vide qu’on recouvre du couvercle de la ruche-mère, si cette dernière contient beaucoup de miel. On en fait autant à la ruche à hausse ; on met alors le fumeron ou le réchaud sous le tabouret. Les coups de baguette, joints à la fumée, réduisent à moitié, au moins, le temps nécessaire pour faire monter l’essaim. Ensuite on agit comme ci-dessus, sauf le miel qu’on ne donne pas à l’essaim, à moins qu’on ne soit forcé de rendre le soir le couvercle ou la hausse aux ruches mères, si elles n’en ont pas d’autres. On fait ces essaims depuis 9 heures du matin jusqu’à 3 heures du soir.

3° Quant à ceux qu’on forme par séparation avec les ruches qu’on divise sur la largeur, il faut, la veille, les ouvrir pour s’assurer de quel côté sont les alvéoles de reine. On rapproche les 2 parties sans les attacher, et le lendemain, depuis la pointe du jour jusqu’à la nuit, après avoir attiré par quelques coups la reine du côté qu’on veut emporter, et avoir mis les abeilles en état de bruissement, on sépare les 2 parties de la ruche, on applique à chacune une partie vide. On apporte celle qui contient la mère de l’autre côté du rucher et on laisse l’autre en place. Les 2 ruches, ayant moitié du couvain et des provisions, n’ont besoin de rien.

4° Les mauvais temps ou d’autres causes exposent quelquefois les apiculteurs qui laissent sortir les essaims à n’en avoir qu’un petit nombre, quoique leurs ruches soient trop garnies d’abeilles, et qu’une partie soit forcée de passer la nuit sous le plateau où elles se forment en groupe. Alors ils peuvent former des essaims de la manière suivante. Ils prennent une ruche bien préparée qu’ils emmiellent un peu ; s’ils ont de jeunes reines, ils en prennent une dont ils emmiellent les ailes pour l’empêcher de voler. Ensuite, après avoir retourné la ruche, ils passent une plume entre le plateau et un groupe d’abeilles pour détacher ce dernier et le faire tomber dans la ruche, puis ils en font autant à d’autres groupes, le tout très-promptement, jusqu’à ce qu’ils trouvent l’essaim assez fort. Alors ils le mettent tout de suite en place avec une livre de miel ; ou bien, s’ils ont une ruche très-forte en abeilles qui n’essaime pas, après avoir disposé une ruche comme ci-dessus, on la met de onze heures à midi à la place de la ruche qu’on emporte dans la partie la plus éloignée du rucher. Les abeilles qui reviennent chargées de provisions, après être entrées et sorties de la ruche, se décident à y rester à la vue du couvain ou de la reine qu’elles nettoient, et elles sonnent le rappel. Alors l’essaim est formé.

Quelquefois, un essaim sort sans avoir trouvé un lieu pour se fixer, et il s’abat dans le rucher pour se réunir à un autre essaim. Si ce dernier est faible et de l’année, on l’y laisse entrer ; mais si cet essaim est fort et de l’année précédente, on s’oppose à la réunion, parce que, dans le 1er cas, les 2 essaims pourraient en donner un qui sortirait trop tard pour réussir, et que cependant on n’empêcherait pas toujours sa sortie en augmentant les dimensions de la ruche ; dans le 2e cas, il y aurait un combat entre le nouvel essaim et l’ancien qui ferait périr beaucoup d’abeilles, et la destruction pourrait être très-grande si les abeilles des ruches voisines se joignaient aux combattans. Pour prévenir cette perte, on diminue beaucoup l’entrée de la ruche attaquée, on y répand de la fumée, et on présente au nouvel essaim une ruche bien préparée et emmiellée dans laquelle il finit par entrer.

[8.2.3.6.3]
III. Essaims secondaires.

On ne doit faire ou laisser sortir un second essaim d’une ruche, que lorsque le canton leur est très-favorable et qu’on en a besoin pour soi ou pour la vente. S’il en sort un, il faut le ramasser, et, à la nuit tombante, le jeter devant la ruche où les ouvrières rentrent. Ensuite, on met les abeilles en état de bruissement, et on les y tient quelque temps, si la forme de la ruche ne permet pas de voir les alvéoles de reine et de les enlever. Les jeunes reines développées profitent du moment pour s’échapper de leurs alvéoles ; elles s’attaquent jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une de libre dans la ruche, et on trouve les autres le lendemain matin au pied de la ruche. On enlève en outre un ou 2 rayons de chaque côté, qu’ils soient vides ou pleins de miel, et on coupe l’extrémité inférieure des autres rayons. La destruction des jeunes reines et le vide produit dans la ruche empêchent ordinairement les seconds essaims de se former. Aussi doit-on, pour en prévenir la sortie, faire ces opérations, 4 à 5 jours après le départ du 1er essaim ; mais on doit les retarder de 15 à 20 jours dans les ruches perfectionnées auxquelles on a pris une moitié pleine pour la remplacer par une vide. Au surplus, l’augmentation du bruit indique dans toutes les ruches l’intention des abeilles d’essaimer. Quand on a tiré des rayons des ruches perfectionnées, on ne manque jamais de changer leurs cotés de place pour que le vide fait par l’enlèvement des rayons des côtés soit au centre des ruches, parce que les ouvrières s’occupent tout de suite d’y construire des rayons pour le remplir, ce quelles ne font pas toujours dans les vides des autres parties des ruches.

[8.2.3.7]
§ VII. — Soins à donner aux abeilles pendant l’été et combat entre elles.

Les soins à donner aux abeilles ne consistent qu’en une simple visite pour s’assurer si elles sont également en activité dans toutes les ruches. S’il y a peu de mouvement dans une ruche, c’est que les provisions sont complètes : alors on leur prend quelques rayons de miel, ce qui les oblige au travail pour remplacer ce qu’on leur a enlevé ; ou bien ce sont les fausses teignes qui y commettent leurs ravages, ce qu’on reconnaît facilement à leur odeur infecte et à leurs excrémens qui couvrent le plateau. On s’empresse de les détruire.

Quelquefois, les abeilles redoublent d’activité parce qu’elles trouvent beaucoup de nectar et de pollen, le bruit augmente dans les ruches : c’est l’indice d’un nouvel essaimage. Dans ce cas, on s’oppose à la sortie des essaims par les moyens indiqués, et on coupe le bas des rayons qui contient du couvain de mâle, parce que ces essaims tardifs épuisent la mère-ruche, réussissent rarement, et obligent à leur donner de la nourriture pour l’hiver. On surveille les abeilles, et si un essaim partait malgré les précautions prises, on le ferait rentrer le soir même, attendu qu’un essaim sorti d’une ruche n’y est plus admis passé le 3e jour, et qu’il y a un combat, ce qui a également lieu dans les 2 circonstances suivantes.

Une reine meurt-elle sans que les ouvrières puissent s’en procurer une autre, si elles n’ont pas de provisions, elles veulent se réunir à un autre essaim qui les repousse, et la terre est bientôt couverte de milliers d’abeilles mortes ; mais, quand la ruche contient du miel, des ouvrières en prennent et viennent se placer sur le plateau de la ruche qu’elles ont choisie. La garde sort pour les chasser ; mais au lieu de fuir, elles dégorgent leur miel sur la langue qu’elles développent. Les ouvrières de la ruche s’en emparent, et plusieurs suivent les étrangères. Bientôt les 2 essaims se confondent en dépouillant la ruche sans reine, et la réunion se fait sans combat.

Si l’on s’aperçoit promptement de cet effet et qu’on ait de jeunes mères de quelques jours, ou la possibilité de se procurer un morceau de rayon contenant des œufs ou des vers de 3 jours au plus, surtout s’il y a encore des mâles, on peut sauver cette ruche. Pour y parvenir on l’emporte à une certaine distance ; on lui donne la jeune reine ou le morceau de rayon, et on bouche l’entrée pendant une heure, ainsi que celle de l’autre ruche. Après ce temps on remet la 1re en place. Au cas qu’on ne puisse pas lui fournir une reine ou du couvain, ou bien qu’il n’y ait plus de mâles, on tient la ruche fermée jusqu’au soir, avec une toile claire qui en recouvre la partie inférieure, et on la remet sur son plateau élevée de 1 à 2 pouces. La nuit, on met les abeilles du faible essaim en état de bruissement, on détourne ensuite la ruche pour poser dessus l’autre ruche sans la toile, et on force les abeilles à monter. Si c’est une ruche perfectionnée, on oblige les abeilles d’une ruche à repasser du côte gauche et celles de l’autre du côté droit, et on réunit ces deux parties qu’on enfume et qu’on remet sur le plateau avec une livre de miel. Si on n’a aucune de ces ressources et qu’on veuille profiter du miel, on étouffe les abeilles et on emporte la ruche.

Mais si la ruche sans reine ne contient pas de provisions, et qu’on n’ait pas d’essaim faible, on ferme la ruche où les ouvrières veulent entrer, et on leur donne un peu de miel pour les faire rentrer dans la leur et les réunir ensuite à un autre essaim.

Quelquefois le nectar et la miellée viennent à manquer dans le canton, ce qu’on reconnaît facilement au peu de mouvement qui a lieu dans le rucher. On visite les ruches et on donne des provisions aux essaims qui en manquent, si on désire les conserver ; dans le cas contraire, on les étouffe. Mais si l’essaim qui n’a pas de vivres attaque une autre ruche, il faut tout de suite fermer l’entrée de la ruche attaquée, jeter de la fumée devant, et donner un peu de miel aux assaillantes dans leur ruche pour les y faire rentrer, ensuite leur en mettre de nouveau à la nuit si on veut les conserver, ou les étouffer tout de suite. À cet effet on a fait fondre d’avance du soufre, où on a plongé à 2 ou 3 reprises des cartes ou de petits morceaux de toile ; on met le feu au bout soufré qu’on enfonce dans la ruche par l’entrée qu’on bouche aussitôt.

[8.2.3.8]
§ VIII. — Voyage des abeilles pendant l’été.

On transporte les abeilles d’un lieu dans un autre, lorsque les ouvrières ne trouvent plus rien autour du rucher. Si on les fait voyager par terre et en voiture, il faut redoubler d’attention pour ne pas les étouffer. À cet effet, on emploie de la toile claire, on mouille la couche du fond de la voiture, et on en sépare les ruches de 2 pouces au moins. On couvre la voiture d’une toile pour garantir les ruches des rayons du soleil. Quant aux voyages par eau, il suffit de les ranger dans les bateaux, ainsi qu’à terre, dans le même ordre que dans le rucher, chose facile lorsque les ruches sont numérotées.

[8.2.3.9]
§ IX. — Transvasement.

Le transvasement s’opère en juillet et août, d’après la saison plus ou moins favorable à une bonne récolte de nectar. Après s’être assuré que le corps de ruche qu’on a ajouté à une ruche villageoise, ou la hausse placée sous les autres dans une ruche à hausses, est bien remplie, on attire la reine dans le bas de la ruche par quelques coups, et on met les abeilles en état de bruissement. On enlève à la 1re la ruche supérieure, et on couvre le corps inférieur d’une calotte vide, et à la seconde on prend les deux hausses supérieures et on la recouvre avec la planchette. On emporte la ruche ou les hausses dans un atelier un peu sombre, auquel une ouverture entr’ouverte est ménagée, et on frappe la ruche, retournée pour la sortie des abeilles, ou les hausses, avec des baguettes pour en chasser les ouvrières. S’il y en avait beaucoup, il faudrait retirer la calotte pleine de miel pour la remplacer par une calotte vide ; et en frappant le corps de ruche, et, pour opérer plus vite, en faisant entrer un peu de fumée pendant qu’on donne les coups, on oblige les ouvrières à monter dans la calotte qu’on met à la place de la calotte vide qu’on avait placée provisoirement sur la ruche restée en place. On recouvre également au besoin les deux hausses par une vide pour la porter sous la ruche. À la visite pour vérifier l’état des ruches à l’automne, on donne à ces ruches la quantité suffisante de sirop ou de miel, si les ouvrières n’ont pu recueillir de quoi passer l’hiver.

[8.3]

Section III. — Récolte du miel et de la cire.

On voit par les articles précédens, qu’à l’époque fixée pour cette opération une partie de la récolte est déjà en magasin. Cette époque varie suivant les lieux et les végétaux qui couvrent leur surface, parce que la saison n’est pas en même temps favorable dans tous les cantons pour recueillir le nectar, et que tous les végétaux ne fleurissent pas simultanément. D’une autre part, il y a des végétaux dont le nectar fournit un miel d’une médiocre qualité, et celui que les ouvrières font avec la miellée est inférieur à ce dernier.

Dans les temps ordinaires un premier essaim s’approvisionne au moins suffisamment pour passer l’hiver et recommencer les travaux du printemps. Ainsi la récolte doit se faire après l’essaimage, à moins qu’une température contraire ne s’y oppose. Les ruches doivent être alors bien garnies de miel, si on n’a laissé dans l’année précédente sortir qu’un essaim, si les abeilles ont été constamment dans l’abondance à l’entrée du printemps, et si une saison malheureuse n’a pas détruit une partie du nectar.

La récolte est facile à faire dans les ruches villageoises, à hausses et perfectionnées. On pèse les ruches la veille pour s’assurer de leur poids, et on détache, sans les changer de place, toutes les parties à enlever ou à séparer pour faire la récolte. Le lendemain, après avoir attiré la reine par quelques coups dans le milieu du bas de la ruche et avoir mis les abeilles en état de bruissement, on détache avec une lame de couteau, ou un ciseau de menuisier ou de serrurier, la calotte ou la hausse collée par sa partie inférieure avec de la propolis. Si ces parties sont en outre attachées par les rayons, on passe entre la calotte et le corps de ruche, ou entre les deux hausses, un fil de fer ou mieux encore une feuille de fer-blanc de la largeur et longueur des planchettes. On enlève alors la calotte ou la hausse pour remplacer la 1re par une hausse vide et la seconde par une simple planchette parce qu’on met une hausse vide sous la ruche. C’est aussi le cas, si on veut préparer le transvasement d’une ruche villageoise, de placer dessous un corps de ruche et de ne mettre qu’une planchette en place de la calotte. On a le soin de recouvrir les calottes et les hausses d’une serviette aussitôt qu’on les détache, pour empêcher les abeilles d’y venir, comme on a le soin de rendre obscur le magasin où on les dépose en laissant seulement une ouverture pour la sortie des abeilles restées entre les rayons. On pourrait prendre deux hausses si le poids de la ruche était considérable.

Quant aux ruches perfectionnées, 15 ou 20 jours plus tard, après avoir attiré la reine au milieu, on retire la planche de l’ancien côté, et avec une lame mince de couteau on détache un rayon qu’on dépose dans un vase après avoir chassé les ouvrières qui sont dessus, avec une plume. On recouvre tout de suite d’une serviette et on reprend un ou deux autres rayons pleins de miel, qu’on distingue de ceux qui contiennent du couvain, parce que les alvéoles dans ces derniers sont bombés et que la couverture n’est pas blanche comme celle plate qui recouvre le miel. Ensuite on change les côtés de place pour que le vide se trouve au milieu.

Les ruches d’une seule pièce s’opèrent de 2 manières. Dans les bons cantons, les apiculteurs qui font eux-mêmes leurs ruches qui ne leur coûtent que peu de chose, en coupent la partie supérieure jusqu’au point où ils présument qu’il y a du couvain, puis ils posent dessus la ruche neuve qui la recouvre de quelques pouces. Mais, pour récolter dans les ruches qu’on veut conserver, on est forcé de les retourner. Après les opérations préliminaires, on détache et on coupe les rayons au moyen d’une lame de couteau et de l’instrument suivant. C’est une lame mince d’acier d’un pouce de longueur, de quatre lignes de large, mince et coupant des deux côtés. Sa tige en fer, ronde, de trois lignes de diamètre, assez longue pour aller jusqu’au haut du troisième rayon et ayant un manche de bois, fait un angle droit avec la lame dont les tranchans sont horizontaux. C’est avec cet instrument qu’on sépare de la ruche les rayons qu’il faut ensuite couper dans leur longueur avec la lame du couteau, parce que les deux baguettes qui traversent la ruche pour les soutenir s’opposeraient à ce qu’on pût les tirer. On agit de même si on veut prendre quelques rayons dans le corps des ruches villageoises, en les enlevant des deux côtés.

Si les abeilles trouvaient le nectar en assez grande abondance pour donner lieu à une seconde récolte, on opérerait comme la première fois avec l’attention de prendre les rayons dans la ruche perfectionnée du côté opposé, c’est-à-dire dans la partie de la ruche où on en a déjà enlevé, pour en renouveler entièrement la cire, parce que les alvéoles anciens contiennent moins de miel, que les ouvrières qu’on y élève sont plus petites, et que les fausses teignes les attaquent davantage.

Dans les cantons où les fruits et les combustibles sont à bas prix, et où la valeur des sirops est conséquemment très-inférieure à celle du miel, on peut prendre plus de miel aux abeilles pour le remplacer par du sirop qu’elles savent transformer en miel.

Telle est la marche à suivre pour la récolte du miel et de la cire dans les cantons favorables à la vente des essaims ; mais si on n’avait pas cet avantage, on serait malheureusement forcé de détruire l’excédant des essaims que les environs du rucher ne peuvent nourrir et tenir dans une abondance suffisante pour les ouvrières et les apiculteurs. En les multipliant outre mesure, on s’exposerait à tout perdre, et on ne tirerait aucun profit. Dans ce cas, à l’époque de la seconde récolte, ou lorsque, après la première, on s’aperçoit que les mouvemens diminuent dans les ruches, on choisit dans son rucher les meilleures ruches nécessaires pour compléter le rucher, en préférant les nouveaux essaims aux anciens, à valeur égale. Ce choix fait, on pourrait y ajouter une, 2 ou 3 ruches pour remplacement en cas d’une perte qu’il est bon de prévoir, et ensuite, quelque attaché qu’on puisse être à ces insectes aussi utiles qu’industrieux, on sera dans la nécessité absolue d’étouffer le surplus de ses essaims.

[8.4]

Section iv. — Du miel et de la cire.

[8.4.1]
§ 1er. — Manipulation du miel.
Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 171) - Fig 175.jpg

Pour manipuler le miel et la cire, lorsqu’on a un rucher d’une certaine étendue, il faut une chambre nommée laboratoire, ayant 2 croisées qui ferment bien et qui aient des volets. Ou bien, si on peut disposer convenablement d’un local, on le compose (fig. 175) d’une pièce d’entrée L, d’un laboratoire M et d'une chambre N où se trouve la presse. Une des vitres doit pouvoir s’ouvrir au besoin, et la porte doit avoir dans le haut une ouverture fermée par une planchette à coulisse. Ces dispositions sont nécessaires pour renouveler l’air et pour chasser au besoin les abeilles. À cet effet, on a aussi une ouverture dans un volet en face de la vitre mobile, pour ne laisser pénétrer la lumière que par ce point, de manière que les ouvrières, qui sont dans l’obscurité, se retirent promptement et directement par ce passage au lieu de se tuer contre les carreaux de vitre. On bouche la cheminée et on se sert d’un fourneau pour empêcher les abeilles de venir par milliers se précipiter et périr dans la chaudière lorsqu’on fait la cire. Dans ce laboratoire, on a : 1° un ou plusieurs cuviers A d’une dimension relative au nombre des ruches, au fond desquels on adapte un tuyau de 3 à 4 pouces sur 1 pouce de diamètre, muni d’un bouchon ; 2° plusieurs pots et barils BB de proportions diverses, une chaudière C, des moules pour couler la cire, une cuillère de même contenance que les moules et une ou deux spatules ; 3° plusieurs paniers D d’un diamètre un peu plus petit que l’ouverture des cuviers : le fond de ces paniers, qui a 12 à 15 po. de diamètre, et dont les côtés sont droits, est composé de brins d’osier placés parallèlement à une demi ligne de distance ; des tringles assez fortes pour soutenir les panier sur les cuviers, et plusieurs morceaux de toile claire nommée canevas ; 4° enfin un petit pressoir E ou une petite presse à coin.

On prépare son miel en prenant les rayons un à un, avec l’attention d’en chasser les abeilles, dont on a dû faire partir la presque totalité lorsqu’on a porté les calottes ou les hausses, etc., dans le laboratoire, en fermant les volets et en ouvrant un peu le carreau mobile ; on enlève des rayons les abeilles mortes, le couvain et le pollen ou rouget, parce que tous ces objets donneraient un mauvais goût au miel. On peut mettre à part, pour l’usage de la table, quelques rayons nouveaux reconnaissables à la blancheur de leur cire.

Si on veut faire du miel vierge, on choisit les rayons récens et ordinairement blancs dans lesquels il n’y a point eu de couvain ni de pollen. Ces rayons, plus lourds que les autres parce qu’ils sont entièrement pleins de miel, n’étant pas diminués par les toiles filées par les vers, sont placés droits dans un panier posé sur le cuvier, après qu’on a enlevé, avec une lame mince de couteau, la fine couche de cire qui ferme les alvéoles. Il faut que le bas des rayons dans la ruche soit en haut dans le panier, pour que l’inclinaison des alvéoles, dirigée vers le fond, facilite l’écoulement du miel. Si on veut donner une odeur à ce miel, on met au fond du panier des fleurs d’oranger ou de robinier, ou d’autres substances.

On met dans un autre panier, pour faire du miel de deuxième qualité, les autres parties de rayon, qu’on écrase avec la main au-dessus du panier dans lequel on fait tomber le miel et tous les débris des alvéoles.

Ces deux opérations faites, on laisse couler le miel dans les baquets, et, pendant ce temps, on enferme les rayons qu’on veut conserver dans des vases de terre vernissée qu’on couvre bien. Ce miel est le meilleur de toute la récolte, il se conserve plus longtemps et peut se manger avec la cire, qui corrige sa propriété relâchante.

Le miel de 1re qualité, ou miel vierge, étant écoulé, on en brise les rayons qu’on mêle avec le miel de 2e qualité. Il faut remarquer que pour que ces 2 qualités de miel se séparent en grande partie de la cire, et pour achever de les en extraire au moyen de la presse, il faut que le laboratoire ait de 24 à 25° de chaleur du thermomètre de Réaumur.

Dès que le miel ne coule plus et qu’on a assez de rayons brisés pour remplir le seau de la presse, on met dans ce dernier un très-fort canevas assez grand pour le doubler par-dessus la cire sur la longueur et la largeur. Alors on jette les débris de cire dans le seau qu’on remplit bien en foulant la cire avec les mains. On recouvre avec le canevas ; on met un baquet ou cuvier sous la presse, et on fait faire quelque tours à sa vis, jusqu’à ce que le miel coule bien. Quand l’écoulement diminue, on augmente peu à peu la pression, jusqu’à ce qu’elle soit suffisante. On opère ainsi sur tous les rayons, moins ceux qui sont vides, avec l’attention, si on a beaucoup de rayons, de ne pas mêler ceux qui sont blancs avec ceux qui ont pris de la couleur, parce que ces derniers, ne pouvant se blanchir dans certains cantons, coloreraient la cire des blancs et nuiraient à sa valeur. On peut remplacer la presse ordinaire par celle à coin. À défaut des moyens de forte pression, on place tous ses débris dans des vases qu’on fait entrer dans un four dont la chaleur soit à environ 40° pour amollir la cire. Si on n’a ni pressoir ni four, on dispose une étuve qu’on maintient à la température ci-dessus. Enfin si on est dénué de toutes ces ressources, on jette les débris de cire dans une chaudière exposée à un feu doux et sans flamme. On les remue continuellement pour échauffer la cire sans la fondre et sans la laisser s’attacher contre le fond de la chaudière, où elle pourrait brûler, brunir et communiquer un goût désagréable au miel. Quand la cire est amollie par l’emploi d’un des moyens ci-dessus, on en met dans une toile forte et claire, on l’y pétrit et on la comprime par une forte torsion pour en extraire le miel qui n’est que de 3e qualité. On laisse ce miel dans le cuvier 3 ou 4 jours pour qu’il s’épure, et on enlève l’écume qui le recouvre quelquefois, ainsi que le miel de 2e qualité ; ensuite on le met en baril.

Si on trouve du miel candi dans les rayons, on le sépare pour le jeter dans une chaudière placée sur un feu assez doux pour ne pas élever l’eau qu’elle contient à plus de 40°. On manie et on remue le miel dans l’eau, puis on sépare, par la pression, la cire du liquide qu’on expose à un feu doux le temps nécessaire pour le réduire en sirop.

Le miel est une nourriture fort saine, mais un peu relâchante, et qui, par cette considération, est très-utile pour les enfans en bas âge. Il sert de remède contre plusieurs maladies, et l’expérience a prouvé qu’en mettant un peu de miel dans la pâte faite avec la farine d’un blé mal purgé d’ergot, il peut préserver de la gangrène sèche.

[8.4.2]
§ II. — Emploi du miel.

Le miel est un agent conservateur pour les substances qu’on en couvre, et il peut être employé sous ce rapport pour le transport au loin de greffes, d’œufs, de graines et même de certains fruits. On s’en sert pour améliorer les vins dans les années mauvaises pour la maturité du raisin, et dans les cantons qui n’en produisent que de médiocre. À cet effet on en fait bouillir avec un quart de son poids d’eau, et ou le verse chaud dans le moût.

Tous les restans de miel peuvent aussi être utilisés. Ainsi, après la dernière pression de la cire, comme il y reste encore du miel, on brise le marc et on l’émiette. On verse dessus l’eau qui a servi à laver les instrumens, dans le rapport d’une partie sur dix de marc ; on y joint les écumes des miels des 2e et 3e qualités, et, après 24 heures, on presse. Le miel obtenu par cette opération est mêlé d’eau qu’on fait évaporer à un feu doux si on veut se servir de ce miel de dernière qualité, soit pour soigner les bestiaux, soit pour nourrir les abeilles auxquelles on ne le donne qu’après l’avoir fait bouillir, écumé et mêlé avec un peu de liqueur fermentée.

Si au contraire on veut en faire de l’hydromel, on brise de nouveau le marc et on y jette de l’eau en quantité plus ou moins grande, suivant qu’on désire que la liqueur soit un véritable hydromel ou produise un petit cidre. On presse de nouveau ; on mêle cette eau avec le miel obtenu par l’avant-dernière pression ; on fait bouillir pendant plus d’une heure, après quoi on met l’hydromel refroidi en futaille ou en bouteille, suivant la quantité. C’est une liqueur commune, mais fort saine.

Quant au mélange plus chargé d’eau, après qu’il est froid on le verse dans des futailles ou dans une cuve couverte pour l’y laisser fermenter, et si on désire rapprocher cette liqueur d’une bière légère, on y met quelques branches de genièvre, ou l’extrémité de branches d’épicéas ou de sapinette du Canada (hemlock spruce).

On fait encore une espèce d’hydromel plus vineux et qui peut remplacer le vin ordinaire. À cet effet, on prend 12 livres du miel de 3e qualité, 36 livres d’eau ; on fait bouillir cette eau dans laquelle on a mis infuser 3 onces de fleur de sureau pendant un quart-d’heure. On y mêle alors 2 onces de tartrate acidulé de potasse, et 4 à 5 grains d’acide borique. Lorsque le tout commence à refroidir, on y délaie le miel et 2 livres de levure de bière ; on place ce mélange pendant 15 jours dans une futaille couverte et dans un lieu à la température de 20°, et l’opération est terminée. Si on désirait que la liqueur fût plus spiritueuse, on y ajouterait une demi-livre d’eau-de-vie. On double ou on triple la quantité de chaque substance, si on veut faire le double ou le triple du vin.

Enfin on fait avec le miel un vin de liqueur agréable. Il suffit de mêler 3 parties d’eau bien pure avec une partie de miel de 1re qualité. On le fait bouillir à petit feu et en remuant bien et en écumant jusqu’à évaporation suffisante pour qu’un œuf frais surnage. On a préparé une ou plusieurs futailles dans lesquelles on a mis les substances dont on veut donner le goût et l’odeur à la liqueur qu’on verse bouillante jusqu’à la bonde. On couvre cette dernière. La liqueur, placée à 18 ou 20° de chaleur, fermente pendant près de 2 mois et rejette beaucoup d’écume. On tient la futaille toujours pleine avec un peu de liqueur conservée à cet effet. Après la fermentation on met une bonde, on place la futaille dans un lieu frais, et on continue à remplir tous les 15 jours, jusqu’à ce que la liqueur ait acquis sa qualité. Alors on met en bouteille, qu’on laisse pendant un mois debout, les bouchons à moitié enfoncés. Enfin on achève de boucher les bouteilles, et on les couche.

La préparation du sirop de miel est maintenant très-connue. Il suffira de dire qu’on ajoute une partie d’eau à cinq parties de miel, et qu’on purifie avec le charbon. Ce sirop peut remplacer celui de sucre dans les liqueurs et les confitures.

[8.4.3]
§ III. — Manipulation de la cire.

Le marc du miel qui contient la cire est de nouveau émietté et jeté dans une chaudière remplie au tiers d’eau chaude à 40 ou 50°. On laisse au moins 3 doigts ou 2 po. de vide, et on remue. Lorsque l’eau bout, on diminue le feu, et si la cire s’élève trop on y jette un peu d’eau froide pour l’empêcher de se répandre au dehors. On continue un feu doux jusqu’à ce que le marc soit bien divisé et la cire fondue. On verse alors le tout dans le seau de la presse garni du fort canevas très-clair et d’un second plus fin par-dessus, après avoir mis sous le pressoir un cuvier ou un baquet qui contienne un peu d’eau tiède. On prend les extrémités du canevas qu’on soulève un peu à droite et à gauche pour faire écouler une partie de l’eau et de la cire, et on plie les extrémités par-dessus, dès que la chose est possible, pour commencer la pression. On détache la cire qui se fige sur la maye, et on continue la pression jusqu’à ce qu’il ne coule plus de cire.

Dès que la cire est assez refroidie dans le cuvier pour pouvoir être maniée, on la pétrit par petites poignées qu’on jette dans un baquet à moitié plein d’eau chaude ; là on la pétrit de nouveau et, par ces 2 pétrissages, on débarrasse en grande partie la cire des substances étrangères qu’elle contenait encore.

Il ne s’agit plus que de la fondre avec un peu d’eau pour la mettre dans des moules, en enlevant avec une écumoire les saletés qui pourraient encore s’élever à la surface. Lorsqu’elle est à moitié refroidie, on la détache des bords des moules si elle paraît se crevasser à la superficie. Dès qu’elle est froide, on la retire des moules pour la ratisser par-dessus, s’il y a des matières étrangères. Cette cire peut alors être livrée au commerce.

Toutes ces opérations terminées, on peut faire fondre les débris de cire provenant du ratissage et des écumes pour en former un pain de cire grossière qui peut servir à frotter les planchers.

Si on n’avait pas de pressoirs, on pourrait employer les moyens suivans pour extraire la cire du marc. On fait un sac de canevas proportionné à la grandeur de sa chaudière ; on le remplit de marc bien pressé, et, après avoir fermé exactement son ouverture en la liant avec de la ficelle, on le plonge dans la chaudière qui contient de l’eau tiède. Des tringles de bois d’un pouce carré placées au fond de cette chaudière, ou bien une planchette garnie de trous, empêchent le sac de porter au fond et la cire de brûler. On met sur le sac un poids assez lourd pour l’empêcher de surnager, attendu qu’il est nécessaire qu’il soit recouvert d’un pouce d’eau au moins. La cire fond peu à peu à mesure que la chaleur augmente, et elle couvre la superficie de l’eau. On l’enlève avec une espèce de cuillère et on la jette dans un baquet où il y a de l’eau chaude pour la manier comme on l’a dit plus haut. Dès qu’il ne s’élève plus de cire, on enlève le poids, on retourne le sac, on le presse en tous sens et on remet le poids : ce remaniement produit peu de cire.

Si on n’a que 4 à 5 ruches et conséquemment qu’un peu de miel et de cire, après avoir exprimé le miel de la cire, par la torsion dans un canevas, on émiette le marc et on le jette sur une toile devant les ruches. Les ouvrières l’ont bientôt couvert et enlevé le peu de miel qui y reste. On met alors les débris dans de l’eau tiède, on les y laisse pendant 24 heures : puis, après les avoir bien maniés, on les fait fondre dans le sac comme on l’a dit plus haut. On évite par cette marche une dépense inutile d’instrumens.

Aussitôt après l’extraction du miel ou de la cire, il faut enlever le marc des canevas ou des sacs, parce qu’il serait très-difficile de l’en retirer s’il se refroidissait, surtout après qu’on a extrait la cire, car il devient dur comme du bois et brûle comme lui. Ce marc, en outre, a une vertu détersive, et les vétérinaires s’en servent pour les foulures des chevaux. On peut aussi le concasser, à défaut de vieux rayons, pour mettre sous des ruches vides, afin d’y attirer les galléries de la cire qui y viennent pondre et qu’on y détruit facilement.

[8.4.4]
§ IV. — Blanchiment et emploi de la cire.

Pour blanchir la cire et la débarrasser de ses impuretés, on commence par la fondre dans une chaudière qui contient de l’eau, puis on la fait couler en filet mince sur un cylindre de bois que l’on fait mouvoir avec lenteur horizontalement, et qui est plongé à demi dans une cuve remplie d’eau. La cire se fige aussitôt et se réduit en lanières minces qu’on expose ensuite au soleil en la plaçant sur des toiles étendues sur des cadres, et en la couvrant au besoin pour la mettre à l’abri des vents et des brouillards. Le soleil et la rosée blanchissent peu à peu la cire, qui doit être arrosée avec de l’eau quand il ne tombe pas de rosée. Cette opération doit être répétée plusieurs fois, et quand la cire est bien blanche, on la fond et la coule dans des moules pour en faire des bougies, des cierges, etc. On peut aussi blanchir très-promptement la cire par sa fusion avec une solution de chlore ou de chlorure de chaux, mais dans ce cas elle absorbe du chlore, dont l’odeur se manifeste quand on la fond et qui empêche les bougies de bien brûler.

Les arts font une grande consommation de cire, et la chirurgie et la pharmacie l’emploient avec succès.

[8.5]

Section v. — Produit d’un rucher.

Rien n’est plus difficile à fixer que le produit annuel d’un rucher, parce que la recette brute varie beaucoup, suivant que le canton est plus ou moins favorable pour fournir aux abeilles une abondante récolte ; que la température influe beaucoup sur cette abondance, et que le miel varie de qualité et conséquemment de valeur suivant la bonté du nectar, qui n’est pas le même dans toutes les fleurs et qui perd de sa qualité par le mélange de la miellée. Une bonne culture détermine aussi une augmentation de produit. D’une autre part, c’est le produit net qui est à considérer. Il faut déduire au moins les frais de dix années, de la recette de dix années, et diviser ce qui reste en dix parties pour établir une recette annuelle moyenne ; ces frais varient également dans les divers départemens de la France, parce que le prix du bois, de la paille et celui de la main-d’œuvre, diffèrent beaucoup. Le produit moyen et net d’une ruche n’est donc pas le même partout, et on ne peut guère l’établir que par cantons.

Mes calculs à Versailles pendant 20 années fixent le produit net d’une ruche à 12 fr. par an après la déduction des frais et des pertes des essaims. M. Lombard avait porté ce bénéfice à 24 fr. à Paris, mais j’ignore s’il en avait déduit les frais. Je préférerais, dans tous les cas, m’être trompé en moins qu’en plus, pour ne pas donner de fausses espérances à ceux qui se livreront à la culture de ces insectes intéressans, et qui seraient encouragés par un produit plus considérable que celui sur lequel ils doivent compter.

Je terminerai ce précis en faisant observer que si je n’ai pas indiqué les travaux des apiculteurs mois par mois, comme la plupart des auteurs, c’est parce que la culture des abeilles se règle : 1° par la température si variée du nord au midi de la France, température qui, dans le même canton, est souvent plus ou moins avancée d’un mois, d’une année à l’autre ; 2° par les végétaux indigènes à certains arrondissemens et ceux qu’on y cultive, qui ne sont pas les mêmes partout. Ce précis, fait pour toute la France, ne pouvait donc contenir que des préceptes applicables dans tous ses départemens. Ceux qui désireraient de plus grands détails, se procureront le Traité complet théorique et pratique sur les abeilles, chez madame Huzard, libraire, rue de l’Éperon, n. 7, à Paris.

. [8.nutt]
Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 174) - Fig 176.jpg
Maison rustique du XIXe siècle, éd. Bixio, 1844, III (page 174) - Fig 177, 178, 179, 180.jpg

Depuis la rédaction de l’article ci-dessus par notre savant collaborateur, on a fait connaître en France une nouvelle ruche ainsi qu’un nouveau procédé pour gouverner les abeilles. Ce procédé, dû à un Anglais, M. Nutt, habitant du Lincolnshire, qui l’a mis en pratique avec succès depuis environ une dizaine d’années, paraît offrir l’avantage de donner du miel de première qualité en plus grande abondance, de faciliter sa récolte, de maintenir les abeilles dans un état de santé et d’activité constantes, et enfin, par des moyens particuliers et l’agrandissement progressif du domicile de ces insectes, de prévenir la sortie des essaims.

Donnons d’abord la description de la ruche de M. Nutt, nous passerons ensuite à l’application qu’il en a faite.

L’ensemble de la ruche se compose au moins de 6 parties, mobiles et indépendantes. Ces parties sont : 1° le socle ; 2° le pavillon central ; 3° trois à 4 boîtes latérales ; 5° une boite octogone ; 6° une cloche en verre. Toutes ces pièces sont assemblées dans la fig. 176 où elles forment la ruche complète, mais avec 2 boîtes latérales seulement.

Le socle (fig. 177), destiné à supporter toutes les autres pièces, est composé ainsi qu’il suit : AA’, planches qui en forment le fond et le dessus et qui ont 15 pouces de largeur, 3 pieds 6 pouces de longueur et 9 lignes d’épaisseur. BBB, 3 côtés latéraux et postérieur, de 3 pouces de hauteur. CC, 2 planches qui divisent le socle en 3 portions égales et sont perforées chacune d’un trou longitudinal de 3 pouces de longueur et 9 lignes de hauteur. Ces trous sont destinés à permettre aux abeilles de passer des faux tiroirs dans le tiroir E de la ruche du milieu ; c’est dans ce tiroir que l’on place la nourriture, dans un petit plat recouvert d’une mousseline grossière. FF sont 2 portes à charnière pour fermer les 2 parties latérales du socle ou faux tiroirs ; la partie du milieu l’est par le tiroir E, dont les côtés portent aussi un trou longitudinal correspondant à ceux percés dans les cloisons CC. Dans le fond supérieur du socle sont percées 3 ouvertures semi-circulaires, GGG, par lesquelles les abeilles passent, soit directement dans des faux tiroirs latéraux, soit dans le tiroir, puis à travers les trous longitudinaux des faux tiroirs et des cloisons, d’où elles s’échappent dans la campagne. Ces faux tiroirs sont des espèces de vestibules qu’on peut fermer à volonté au moyen des portes FF, et qui servent, comme on le verra, à la ventilation dans la ruche.

Le pavillon central (fig. 178), est une boîte carrée sans fond, d’un pied de diamètre et de 10 pouces de hauteur. La face H est percée d’une petite fenêtre de 3 pouces sur 3, vitrée à l’intérieur et fermée intérieurement par un volet à charnière. Les côtés I sont percés d’ouvertures horizontales parallèles de 7 lignes de hauteur et à 1 pouce de distance les unes des autres. Les ouvertures diminuent successivement de longueur depuis la plus basse, qui a 8 à 9 pouces, jusqu’à la plus élevée qui n’en a plus que 1. Le dessus L est aussi percé au centre d’un trou d’un pouce de diamètre et de plusieurs autres de 7 à 8 lignes, placés autour du premier. Le derrière de cette boîte est plan et uni ; par-devant il y a en KK 2 planchettes destinées à cacher la jointure des boîtes latérales, lorsque celles-ci, ainsi que le pavillon, sont placées sur le socle. C’est sur ce pavillon qu’est posée la cloche de verre S (fig. 176), de 8 à 9 pouces de diamètre et 12 à 15 pouces de hauteur, qu’on recouvre d’une boîte octogone T, surmontée d’un chapeau et percée de 3 fenêtres vitrées ayant chacune un petit volet. La cloche repose sur une planche percée de trous correspondans à ceux du fond supérieur du pavillon central, pour établir la communication entre celui-ci et la cloche. Entre cette planche et ce fond on peut glisser aisément une feuille de fer-blanc quand on veut interdire toute communication entre ces compartimens divers de la ruche.

La boîte latérale (fig. 1179) a 1 pied de diamètre et 9 pouces de hauteur. Les faces N ont une petite fenêtre vitrée et à volet, de 4 ½ pouces sur 3. Le fond C n’a pas de fenêtre ; le côté P est muni d’ouvertures horizontales décroissantes et correspondantes à celles percées dans les parois latérales du pavillon central. Le dessus Q porte un trou carré de 4 à 5 pouces, autour duquel est un encadrement de 2 ½ pouces de hauteur Z, que l’on bouche avec un couvercle mobile X, et à fond rentrant. C’est dans ce trou que l’on introduit le tuyau en fer-blanc M (fig. 176) perforé de trous de 9 pouces de longueur et 1 de diamètre, destiné a recevoir un thermomètre et couronné par une plaque également perforée qui porte sur la gorge intérieure du trou Z. La boîte latérale (fig. 180) est identiquement semblable à la précédente, et ses ouvertures longitudinales correspondent de même à celles de la paroi latérale du pavillon qui la regarde.

On voit toutes les pièces de la ruche assemblées dans la fig. 176 et il ne nous reste plus qu’à ajouter qu’on place sur les trous semi-circulaires GGG du socle, qui font communiquer les boîtes avec le tiroir et les faux tiroirs, de petits morceaux de fer-blanc, a, percés de trous pour le passage des abeilles, ou pleins b, quand on veut les fermer entièrement, et que c’est aussi avec des feuilles de fer-blanc pleines c, qu’on introduit ou qu’on enlève entre les boîtes et le pavillon, qu’on intercepte ou rétablit la communication entre les différentes parties.

La construction de cette ruche étant bien comprise, voici la manière nouvelle de gouverner les abeilles. On peuple le pavillon central comme une ruche ordinaire et quand on y place d’abord un essaim toutes les communications avec les autres boîtes doivent être interceptées ; on ouvre seulement la feuille de fer-blanc qui établit la communication entre ce pavillon et le tiroir, et on laisse ce tiroir entr’ouvert. Les abeilles se livrent à leurs travaux, rentrent dans le tiroir, de là montent dans la boîte comme elles le feraient dans une ruche ordinaire, mais avec cet avantage que les animaux nuisibles ne peuvent y pénétrer aussi aisément que dans les autres ruches. Quand les symptômes de l’essaimage se manifestent, il faut, dit M. Nutt, prévenir la fuite de l’essaim en élargissant le domicile des abeilles, et pour cela on tire la feuille de fer-blanc qui sépare le pavillon de la cloche de verre, et les abeilles, trouvant l’espace nécessaire, n’essaiment pas et demeurent dans cette nouvelle portion de la ruche. Lorsqu’au bout de 15 à 20 jours on reconnaît aux mouvements qui ont lieu dans la ruche qu’il va sortir un essaim secondaire, on agrandit encore le domicile en tirant la feuille de fer-blanc qui interceptait la communication entre le pavillon et l’une des boîtes latérales, et le surplus de la population s’installe dans cette dernière au lieu de chercher à essaimer au dehors. Enfin, si les mêmes symptômes apparaissent une 3e fois, on ouvre la communication entre le pavillon et la seconde boîte latérale, et les abeilles s’y établissent de nouveau. Avant d’établir la communication il faut frotter l’intérieur des boîtes, surtout dans le voisinage des ouvertures de communication, avec un peu de miel liquide, et comme il devient nécessaire, par suite de l’élargissement du domicile des abeilles et de leur nombre croissant, de leur ouvrir de nouveaux passages, on enlève les feuilles de fer-blanc qui bouchaient les trous semi-circulaires du socle et on les remplace par les feuilles percées de trous par lesquels les abeilles passent dans les faux tiroirs pour se répandre dans la campagne.

Ce qu’il y a de remarquable, assure M. Nutt, dans ces ruches, c’est que l’essaim peuple d’abord dans le pavillon du milieu et continue à peupler même après qu’on a élargi le domicile des abeilles. La cloche, les 2 boîtes latérales servent aux abeilles à apporter la récolte, à l’emmagasiner, et non pas à déposer des œufs et à élever du couvain. Cette particularité explique comment le miel qu’on obtient est toujours blanc, sans mélange de pollen qui, dans les ruches ordinaires, s’échauffe, fermente et colore le miel.

Pour faire la récolte du miel dans cet appareil on enlève la boîte octogone qui recouvre la cloche en verre, on passe entre celle-ci et la planche mobile qui recouvre le pavillon central un fil de métal pour détruire l’adhérence qui existe entre ces 2 parties, puis on glisse une feuille de fer-blanc sous la cloche et on l’enlève. On transvase le produit, on replace la cloche sur le pavillon et on tire la feuille de fer-blanc pour rétablir la communication. Il faut faire attention dans cette opération de ne pas enlever la reine dans la cloche, et s’il en était ainsi, ce qu’on reconnaît facilement à l’agitation des abeilles qui viennent se grouper sur cette cloche il faudrait replacer celle-ci et attendre un autre moment favorable et un beau jour pour faire la récolte. Quand on a opéré avec succès on place doucement la cloche à l’ombre, à 12 ou 15 mètres de la ruche, en la couvrant d’une étoffe noire et la soulevant un peu pour permettre la sortie des abeilles qui ne tardent pas à l’abandonner et à retourner à la ruche-mère.

On en agit de même quand on veut récolter le miel des boîtes latérales ; seulement il faut, la nuit qui précède cette récolte, ouvrir en entier les portes F qui ferment les faux tiroirs, pour que les abeilles, frappées par le froid, émigrent dans le pavillon du milieu où la température est plus élevée.

Un des points les plus curieux de la nouvelle méthode de M. Nutt est l’emploi de la ventilation et du thermomètre dans le gouvernement des abeilles. Cet habile apiculteur avait remarqué, ainsi que beaucoup d’autres observateurs l’avaient fait avant lui, que les abeilles, surtout dans les temps chauds, agitaient continuellement leurs ailes sans changer de place et avec vivacité pour rafraîchir l’intérieur de la ruche et y opérer une douce ventilation. L’abbé Della-Rocca, afin de prévenir l’élévation de température qui a lieu quelquefois dans les ruches, soit par suite de la chaleur de l’air intérieur, soit par l’accumulation de la population, avait conseillé de procurer cette ventilation en pratiquant dans la ruche quelques ouvertures pour aérer les abeilles, mais il ignorait le parti avantageux qu’on peut retirer d’une ventilation bien entendue et c’est ce que M. Nutt paraît avoir observé avec soin et mis à profit. Afin de régler la température dans l’intérieur de la ruche, M. Nutt se sert d’un thermomètre qu’il suspend dans le tuyau de fer-blanc perforé M (fig. 176) ; ce tuyau est placé sur l’ouverture Z pratiquée au sommet des boîtes latérales et s’appuie, au moyen de la plaque carrée qui le surmonte, sur la gorge pratiquée sur cette ouverture. Le tout est recouvert du tampon X qui est mobile, de manière qu’en le soulevant on puisse lire le degré marqué par le thermomètre. La règle générale est de ne pas laisser la température intérieure de la ruche tomber au-dessous de 20° C. (16° R.) et monter au-delà de 25 à 30° C. (20 à 24° R.), qui est celle qui convient le mieux aux abeilles. Dès que cette dernière est dépassée, il faut ventiler en ouvrant le couvercle X ; il s’établit alors un courant d’air qui entre par les faux tiroirs, traverse la ruche et vient sortir par l’ouverture supérieure des boîtes. En hiver, où les abeilles doivent être engourdies, une température même assez basse ne leur est pas nuisible ; il ne faut pas craindre de placer la ruche dans un lieu sec, tranquille et d’une température constamment froide.

Voici maintenant les avantages que procure une ventilation ménagée avec soin, suivant les expériences de M. Nutt.

L’air est renouvelé dans l’intérieur de la ruche et la chaleur y est modérée ; les abeilles en sont plus vives et plus actives, et ne sont pas obligées d’employer leur temps à battre des ailes ou forcées de passer en dehors de la ruche, en grappes ou en boules, pendant 20 à 30 jours de la plus belle saison, le temps que, dans le nouveau mode, elles emploient en travaux utiles et productifs pour l’homme.

L’essaimage ayant lieu, suivant la plupart des observateurs, par suite de la haute température qu’une population abondante produit au sein de la ruche, on prévient aussi par la ventilation la fuite des essaims, surtout quand on augmente en même temps l’étendue de la demeure des abeilles.

En donnant de l’air frais à la ruche par les boîtes latérales, on contraint la reine à demeurer constamment dans le pavillon central, où elle continue à procréer et où se trouve la température la plus favorable à la ponte et à l’éducation des larves. Les autres travaux de la ruche n’exigeant pas une température aussi élevée, les abeilles ne déposent dans la cloche et dans les boîtes latérales que du miel et pas de pollen qui, étant destiné à la nourriture du couvain, est transporté par elles dans la boîte du milieu ; ce qui donne un produit de meilleure qualité et fort abondant.

M. Nutt qui, dans son ouvrage, a donné un journal assez exact de ses observations sur l’effet de la température et le produit dans les ruches de son invention, fait connaître qu’en 1826 un seul essaim d’abeilles lui a donné en plusieurs récoltes le produit énorme de 296 livres anglaises (134 kilog.) de miel, savoir : le 27 mai, une cloche de 12 livres et une boîte de 42 livres ; le 9 juin, une boîte, 56 livres ; le 10 juin, une cloche, 14 livres ; le 12 juin, une boîte, 60 livres ; le 13, une boîte, 52 livres ; et en juillet une boîte, 60 livres ; en tout 296 livres. Mais il n’a pas fait connaître quelle était approximativement la population de son rucher, la qualité et l’abondance du nectar qu’on trouve dans le canton où il était placé, élémens qui auraient permis d’établir avec plus d’exactitude le surcroît de produit uniquement dû à sa ruche et à sa méthode de gouvernement des abeilles, ainsi que les avantages qu’elles présentent l’une et l’autre sur celles déjà en usage. Dans tous les cas cette méthode mérite qu’on l’essaie en France, en faisant usage du même appareil, afin de confirmer ou d’apprécier avec certitude les succès qu’elle a présentés entre les mains de l’inventeur.

F. M.