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Manuel des expressions vicieuses les plus fréquentes/T

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Imprimerie MacLean, Roger et Cie (p. 55-58).


T


TABAC FRISÉ. — Expression populaire employée en France et ici pour désigner le tabac coupé connu dans les douanes et le commerce français sous le nom de scafarlati.

TABACONISTE. — Marchand de tabac, et non tabaconiste, qui n’est pas français.

TANDEM. — C’est l’attelage de deux chevaux l’un devant l’autre. Attelage en flèche est l’expression consacrée, il y a aussi l’attelage en arbalète, mais on le voit rarement en ce pays. Il exige au moins trois chevaux, dont deux sont attelés au timon.

TAON. — La plupart appellent ainsi le bourdon, espèce de grosse mouche à miel qui fait d’ordinaire son nid dans la terre. Le taon est plus petit. C’est cet insecte que craignent tant les chevaux.

TEA-BOARD.Plateau. Espèce de plat en tôle, etc., vernissé, dans lequel on sert le thé, le café et les rafraîchissements.

TEA-POT. — Ce mot anglais s’emploie souvent au lieu de théière. TEN STRIKE. — Se dit lorsque d’une seule boule on a renversé les dix quilles. Coup de dix rendraient parfaitement l’idée.

TÊTE. — Ne dites pas tête, mais taie d’oreiller. Tête se dit aussi à tort pour Fourneau de pipe.

TICKET. — L’on se sert quasi toujours de ce mot, et pourtant, billet est très bien connu.

TIRE. — Se dit improprement au lieu de tirage d’une cheminée, d’un poèle, etc.

TIRE. — Mot du pays par lequel on désigne des bâtons et tablettes de mélasse. On donne aussi ce nom, mais à tort, au sirop très épais de sucre d’érable.

TIRER DE L’EAU. — Expression vicieuse commune à toutes les classes. Dites puiser.

TIRETTE. — Morceau de fonte qui se glisse sur la petite ouverture pratiquée dans la porte d’un poële pour en diminuer le tirage. C’est ce que nous appelons à tort la petite porte d’un poële.

TOAST. — Morceau de pain grillé. Rôtie est le nom français.

TOKEN. — Terme d’imprimerie, dont marque est le nom français. Cette marque se fait lorsqu’on trempe le papier qui doit être imprimé, et, pour éviter un deuxième comptage, on replie une feuille sur elle-même toutes les deux cent cinquante feuilles.

TOURNE-CLEF. — Traduction littérale de turnkey. Guichetier, qui signifie valet de geôlier, est le terme français qui correspond.

TOURTE, TOURTIÈRE. — L’on se méprend sur la signification de ces deux mots. La tourte, mot par lequel nous désignons le pigeon sauvage, est une espèce de pâté, et tourtière l’ustensile dans lequel se cuisent les tourtes.

TOW-LINE. — Nos navigateurs ne désignent qu’en anglais l’amarre qui sert à remorquer, et dont amarre de touée est le nom français.

TRANSQUESTIONNER. — Ce verbe n’existe pas dans notre langue, mais c’est par lui que l’on a cru rendre les mots anglais to cross-examine. Si l’on s’était donné la peine de chercher un peu, l’on aurait probablement trouvé le terme contre-interroger, lequel rend parfaitement l’idée de to cross-examine.

TRAVERSE. — Terme dont on fausse l’acception en l’employant pour passage d’eau, et pour passage à niveau, sur les chemins de fer.

TRAVERSIER. — Se dit à tort pour passeur d’une rivière, d’un lac. On fait également erreur en disant traversier au lieu de bac ou bateau passeur. Si ce bateau est mû par la vapeur, bac à vapeur sont les mots propres.

TREMPER. — Mouiller une chose en la mettant dans quelque liqueur ; mais tous nous disons : tremper la soupe dans le sens de servir le potage. « Tremper la soupe. » c’est verser le bouillon sur les tranches de pain. Toutefois, les expressions : « A-t-on trempé la soupe ? » « La soupe est-elle trempée ? » se disent familièrement, en France, pour : « La soupe est-elle servie ? » « Le dîner est-il prêt ?  »

TRIC-TRAC. — Espèce de jeu de dés et de dames. Mais par lui nous désignons, à tort bien entendu, le moulinet de bols dont on tire un son aigre et bruyant en l’agitant avec la main, et dont le véritable nom est crécelle.

TRICHARD. — C’est à tort que souvent l’on désigne par ce mot le tricheur.

TRONC. — S’emploie à tort au lieu de tirelire, petit vaisseau ordinairement en terre, ayant, à sa partie supérieure, une fente par laquelle on fait entrer les pièces de monnaie qu’on veut amasser. Le tronc est plus grand. Il est de bois ou de fer, de forme carrée d’ordinaire, et destiné à recevoir des aumônes. Il n’est que faire d’ajouter que c’est principalement dans les églises que se placent les troncs.

TROUBLE. — Se dit à tort pour se donner de la peine à un travail quelconque, pour le tracas ou l’ennui qu’une chose ou une affaire peut causer. Employer trouble dans l’un de ces trois sens, c’est commettre un anglicisme.

TROUSSEAU et LAYETTE. — D’ordinaire nous faussons la signification de trousseau, mot qui désigne le linge et tout ce que l’on donne à une fille lorsqu’on la marie ou qu’elle se fait religieuse. Mais, lorsqu’il s’agit des éléments et ustensiles nécessaires à un enfant qui vient de naître, c’est le mot layette dont il faut se servir au lieu de trousseau.

TRUCK. — Petite voiture ordinairement à deux roues et servant au transport des colis et bagages dans les ports et gares de chemin de fer. Camion est le nom de cette voiture. Celui qui la traîne s’appelle camionneur.

TRUE BILL. — Terme de droit criminel anglais. Ces mots sont quelquefois traduits par nos avocats français mais le plus souvent d’une manière inexacte. C’est par vrai bill ou accusation fondée qu’ils rendent ce terme anglais, qui veut dire arrêt de mise en accusation, arrêt que rend un grand jury lorsqu’il trouve fondée la plainte soumise à sa décision. Ainsi, accusation fondée est loin de rendre cette idée. L’accusation ne peut être reconnue fondée ou non qu’après l’instruction du procès. La même erreur a lieu à l’égard de no bill, mots qui, en français, signifient arrêt de non-lieu, arrêt que rend un grand jury quand la plainte à lui soumise ne fournit pas matière à procès.

TUMBLER. — Le mot français verre est bien connu, mais tumbler, que l’on prononce tombleur, nous paraît être plus usité.