Manuel pratique de la culture maraîchère de Paris/10/Octobre

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OCTOBRE.

Nous venons de donner la culture à froid, pendant l’hiver, de la laitue hâtive dite petite noire ou crêpe ; à présent, nous allons donner la culture forcée de cette même espèce, qui est la seule laitue qui ait la propriété de pommer sous cloche et sous châssis sans avoir besoin d’air : aussi nous ne la cultivons que sous châssis et sous cloche jusqu’en mars.

LAITUE PETITE NOIRE OU CRÊPE.

Culture forcée. — Il faut semer la graine de cette laitue, du 5 au 15 octobre, non en pleine terre comme précédemment, mais sur ados préparé comme il est dit chapitre VIII, et sous cloche ; et, comme le plant devra être repiqué très-jeune, on pourra faire le semis assez dru. En cette saison, la graine lèvera en quatre ou cinq jours, et, huit ou dix jours après, le plant sera bon à être repiqué : alors on le repique sur un ados semblable à celui où il a été semé, et on ne met que vingt-quatre plants sous chaque cloche, terme moyen.

En donnant à ce plant les soins ordinaires, il doit être large comme une pièce de 5 francs et plus, vers le mois de décembre, et bon à être planté en place ; alors on fait des couches sur terre, dites couches d’hiver (voir ce mot, chapitre VIII), et quand leur température est arrivée au point convenable, que leur terreau est bien préparé, les coffres placés dessus et assez pleins pour que le terreau ne soit qu’à 10 centimètres du verre, on lève le plant avec une petite motte et on vient le planter sur ces couches dans les coffres, de manière à en placer de 50 à 65 à distance égale sous chaque panneau de châssis, et que le rang du bas soit à 16 centimètres du bois, afin que l’ombre du devant du coffre ne l’étiole pas ; à mesure que l’on a planté la largeur d’un panneau, il faut de suite remettre ce panneau de châssis sur la jeune laitue, pour la garantir de l’air.

Quand la laitue est ainsi plantée, il faut la visiter au moins tous les huit jours, pour voir si quelques insectes ou mollusques ne la mangent pas et pour ôter les feuilles qui pourraient pourrir. Aux premières gelées, on entoure les couches d’un accot, afin de conserver leur chaleur et que le froid extérieur ne les pénètre pas ; on couvre les châssis avec des paillassons ; si le froid augmente, on emplit les sentiers de fumier sec jusqu’à la hauteur des coffres, on double les paillassons ; s’il tombe de la neige, on va secouer les paillassons en dehors des couches, on pousse par les bouts celle qui est tombée dans le sentier avant qu’elle ne fonde, afin qu’elle ne refroidisse pas les couches, ce qui nuirait beaucoup à la santé des laitues.

Chez les maraîchers qui prennent toutes les précautions possibles pour bien conduire leur plant en cette saison, il est d’usage, quinze jours ou trois semaines après que la laitue est plantée et que son cœur commence à se former, de lui supprimer les deux ou trois feuilles avec lesquelles on l’a plantée, lesquelles feuilles alors sont devenues fort grandes et ne peuvent plus contribuer à former la pomme ; cette opération s’appelle éplucher : dans les plantations de mars, elle est moins nécessaire, et on peut la négliger.

Plusieurs maraîchers ont pris l’habitude, depuis quelques années, de semer sur leurs couches de la graine de carottes hâtives en même temps qu’ils y plantent de la laitue, et ces carottes succèdent aux laitues ; mais d’autres n’approuvent guère cette culture, et ils préfèrent semer leurs carottes hâtives sur une couche à part avec des radis.

La laitue noire ou crêpe, semée du 5 au 15 octobre et plantée au commencement de décembre, est pommée et bonne pour la vente vers la fin de janvier et le commencement de février.

C’est sur ces couches à laitue que nous plantons aussi nos choux-fleurs, petit et gros salomon, comme nous l’avons dit.

Mais, dans le courant de décembre et janvier, il peut arriver un temps qui ne permette pas de faire des couches, ni de planter, tandis qu’on a encore beaucoup de plants de laitue repiqués sur les ados, et il faut garantir ce plant des rigueurs de la saison, pour le planter plus lard. On commence par faire un accot sur le derrière de l’ados, et on couvre les cloches, la nuit, avec des paillassons. Si la gelée augmente, on met du fumier très-court, très-sec et très-serré entre les cloches, d’abord de l’épaisseur de 10 a 12 millimètres, et enfin de la hauteur des cloches si le froid continue d’augmenter, et, par-dessus tout cela, des paillassons simples ou doubles, triples même au cas de besoin ; et, quand le soleil luit par une belle gelée, on ôte les paillassons, on dégage le bonnet des cloches, afin que les rayons du soleil pénètrent, réchauffent et revivifient le plant de laitue qui est dessous, et, dès trois heures de l’après-midi, on recouvrira pour la nuit suivante. Mais enfin le temps se radoucit, et, quand il n’y a plus de fortes gelées à craindre, on fait ce que l’on appelle des couches à laitue, c’est-à-dire des couches qui n’ont que 32 centimètres (1 pied) d’épaisseur de fumier chargé de 10 centimètres (4 pouces) de terreau ; on place sur ce terreau trois rangs de cloches en échiquier, et on plante sous chaque cloche quatre laitues noires et une romaine au centre ; on continue de couvrir et découvrir, selon la température atmosphérique, jusqu’à ce que la laitue soit pommée.

Celles de ces laitues noires ou crêpes qui ont été plantées sur couche et sous châssis, vers le 10 décembre, sont pommées et bonnes à vendre dans le courant de janvier ; celles qui ont été plantées plus tard sur couche et sous cloche sont pommées et bonnes à vendre dans le courant de février et en mars.

LAITUE GOTTE.

Cette espèce ne peut pas être traitée comme la précédente, parce qu’elle ne peut pas pommer sans air : elle est d’ailleurs moins hâtive, devient plus grosse et pomme mieux ; elle est très-estimée.

Culture. — On sème la laitue gotte, du 20 au 25 octobre, sur ados, comme la petite noire en culture forcée, et on lui donne absolument les mêmes soins, le même traitement, quoiqu’elle soit moins sensible à la gelée. Comme elle est moins hâtive que la petite noire, nous la laissons sur les ados jusqu’à ce que la petite noire soit vendue, et nous la mettons à sa place sur les couches. Pour cela, nous ne touchons pas au fumier de ces couches, nous en labourons seulement le terreau qui est dans les coffres avec une fourche à trois dents, et, quand il est bien égalisé, on y plante, fin de janvier et commencement de février, la laitue gotte, à raison de trente laitues par panneau de châssis : on les préserve du froid et de la gelée par les moyens indiqués pour la laitue noire ; mais on ne négligera pas de leur donner de l’air toutes les fois que le temps le permettra, en mettant la cale sous le bord des châssis par derrière.

Mais, si la laitue gotte n’était pas encore pommée quand le beau temps est assuré, on ôterait entièrement les châssis, et elle achèverait de pommer à l’air. Au lieu de planter la laitue gotte sous châssis, on peut la planter sur les mêmes couches, mais sous des cloches disposées sur trois rangs et en échiquier ; alors on en place trois pieds sous chaque cloche, à condition qu’on les préservera du froid par les moyens indiqués pour les ados, et on donnera de l’air au moyen de petites crémaillères en bois aussi souvent que le temps le permettra.

Enfin la laitue gotte se plante aussi en pleine terre et sous cloche. Pour cela, on laboure et on divise bien la terre ; on y passe le râteau ; on y étend l’épaisseur de 3 centimètres de terreau qu’on égalise avec un râteau ; après quoi, on le plombe bien ; ensuite on place sur ce terreau des cloches en lignes et en échiquier, et on plante trois laitues sous chaque cloche : quand elles sont bien reprises, on leur donne de l’air au besoin.

En résumé, la laitue gotte plantée sous châssis, fin de janvier, est pommée à la fin de mars ; celle plantée sur couche et sous cloche en février, pomme au commencement d’avril ; enfin celle plantée sur terre sous cloche ou sous châssis fin de février, pomme vers le 15 avril,

LAITUE GEORGES.

Cette laitue devient plus forte et supporte mieux les petites gelées que la laitue gotte ; elle se distingue par sa couleur, qui est un vert blanchâtre.

Culture. — On sème cette laitue dans la première quinzaine de novembre, sur ados, et elle se soigne absolument comme les précédentes : on la repique à vingt-quatre par clochée. Dans le courant de février, on a ordinairement des couches vides après avoir rapporté des laitues crêpe ou petite noire ; alors on laboure à la fourche le terreau de ces couches ; on y place des cloches par rang et en échiquier, comme nous l’avons déjà dit, et on plante trois laitues sous chaque cloche. Quand cette laitue est reprise, on lui donne de l’air le plus possible, car, nous le rappelons, de toutes les laitues il n’y a que la petite noire qui puisse pommer sous cloche sans air. La laitue Georges, traitée comme il vient d’être dit, sera pommée à la fin de mars.

Mais, comme cette laitue peut supporter quelques petites gelées, on fait durcir le plant qui est resté sur les ados, en soulevant d’abord les cloches par derrière, puis en les ôtant tout à fait dans le jour, et dans le courant de mars on plante ce plant en côtière au midi, où, avec les soins convenables, il pommera et sera livrable à la consommation dans le courant de mai : on n’en sème pas au printemps.

LAITUE ROUGE.

Cette laitue diffère de la précédente par sa couleur rouge, par son plus gros volume, et parce qu’on la cultive jusqu’en juin.

Culture. — On sème la laitue rouge, vers le 15 octobre, sur ados, on la repique également sur ados et sous cloche, et on lui donne les mêmes soins qu’aux laitues précédentes. Dès que le temps se radoucit vers la fin de février, on l’accoutume à l’air en soulevant les cloches d’un côté, et, les premiers jours de mars, on ôte les cloches si le temps le permet. Alors on prépare une côtière et on y plante cette laitue, avec la précaution à prendre, pour toutes les laitues, de n’enterrer que la racine, et nullement les feuilles, afin que la pomme soit plus grosse par en bas que par en haut, ce qui contribue à leur belle forme et leur donne plus de prix.

Quand vient la fin de mars, on en plante en plein carré, c’est-à-dire sans abri. Après avoir bien labouré la terre, l’avoir divisée en planches larges de 2 mètres 33 centimètres (7 pieds), les avoir plombées et recouvertes de 2 centimètres de terreau, on trace sur chaque planche dix ou onze lignes avec les pieds, et on y plante la laitue, en laissant une distance de 45 centimètres environ entre chaque pied dans les rangs.

Dans cette saison, les arrosements sont encore modérés, et on doit considérer l’état de l’atmosphère pour juger si on doit arroser ou ne pas arroser de suite la laitue que l’on vient de planter : dans tous les cas, elle doit être pommée et bonne à envoyer à la halle vers la fin de mai.

LAITUE GRISE.

Celle-ci diffère des précédentes en ce qu’elle est plus verte et mouchetée et qu’on la cultive tout l’été, même jusqu’en octobre.

Culture. — On sème cette laitue depuis mars jusqu’en juillet et au-delà, afin d’en avoir jusqu’aux gelées.

On la sème ou sur terre ou sur un bout de couche, et clair, parce qu’on ne la repique pas. Il convient d’en semer peu à la fois, et tous les dix ou douze jours, afin de n’en pas manquer dans le courant de l’été. Quand le plant est bon à planter, on prépare des planches par un bon labour que l’on terreaute pendant le printemps et que l’on couvre d’un paillis pendant l’été ; et, comme cette laitue vient plus grosse que la précédente, on n’en plante que neuf ou dix rangs dans une planche large de 2 mètres 33 centimètres, et on place les pieds à 40 ou 48 centimètres l’un de l’autre dans les rangs. Si une laitue est sujette à se moucheter, c’est celle-ci ; aussi nous ne l’arrosons pas dans l’ardeur du soleil.

LAITUE À COUPER.

Depuis que la culture maraîchère fournit des laitues pommées pendant tout l’hiver, elle ne fait plus de laitues à couper ; cependant nous allons en dire un mot. Plusieurs laitues d’une teinte blonde, agréable, telles que la laitue gotte, peuvent faire de la laitue à couper ; mais il y a une espèce particulière qui est très-blonde, qui ne pomme pas, dont la graine est blanche et fort longue et qui n’a pas d’autre nom que celui de laitue à couper, parce qu’elle n’est bonne que pour cet usage, puisqu’elle ne pomme pas. C’est donc la graine de cette espèce que l’on sème assez épais, en février et mars, sur une couche tiède ; si on la recouvre de cloches, la laitue vient plus vite et elle est plus tendre ; quand elle est haute de 4 à 5 centimètres, on la coupe à quelques millimètres de terre et on l’emploie en salade. On peut aussi en semer sur ados et sous cloche, pour succéder à celle qui a été semée sur couche ; mais, nous le répétons, aussitôt que l’on voit de la laitue pommée, on ne veut plus de laitue à couper.

LAITUE DE LA PASSION.

Les maraîchers de Paris ne cultivent pas plus cette laitue que celle à couper ; mais, puisqu’elles sont l’une et l’autre cultivées dans les potagers où il y a peu ou point de culture forcée, nous devons parler aussi de la laitue de la Passion.

Cette laitue se sème, à la fin du mois d’août, en pleine terre, assez clair, parce qu’on ne la repique pas ; quand le plant est assez fort, on le plante dans une plate-bande abritée, où elle passe l’hiver ordinairement sans abri, parce que c’est la plus robuste de toutes les laitues et qu’il faut un hiver bien rude pour l’endommager. Au printemps, on lui donne un binage et elle pomme vers la semaine sainte, d’où son nom laitue de la Passion.

Il y a encore beaucoup d’autres laitues, plus ou moins estimées, dont nous ne parlons pas, parce qu’elles ne sont pas cultivées par les maraîchers de l’enceinte de Paris.

ROMAINE, CHICON.

La romaine est placée dans le genre laitue par les botanistes ; mais elle a un port si différent, que les cultivateurs sont bien excusables de ne pas s’en douter. En effet, tandis que la laitue forme une pomme arrondie, haute seulement de 10 à 12 centimètres, avec des feuilles rondes pressées les unes sur les autres, la romaine orme une colonne haute de 20 à 25 centimètres, avec des feuilles longues et étroites, d’une plus forte consistance, et dont le sommet, courbé en capuchon, couvre et conserve le cœur de la plante. D’ailleurs, la laitue et la romaine tiennent le premier rang parmi les salades et concourent simultanément à l’approvisionnement de nos marchés.

On compte plusieurs variétés de romaine plus ou moins estimées ; mais les maraîchers de Paris n’en cultivent que trois, et chacune d’elles porte un nom caractéristique.

ROMAINE VERTE DITE DE PRIMEUR.

Celle-ci est la plus convenable en culture forcée, parce qu’elle pomme ou se coiffe plus tôt que les autres ; elle est aussi un peu plus petite : ou ne la cultive que jusqu’au commencement de mai.

Culture forcée. — On sème la graine de cette romaine dans les premiers jours d’octobre. Sa culture est presque en tout semblable à celle de la laitue petite noire : nous pourrions y renvoyer le lecteur, mais nous préférons nous répéter, dans la crainte de laisser quelque obscurité.

Dans la première huitaine d’octobre, on laboure dans un endroit bien abrité, exposé au midi, l’étendue de terre proportionnée à la quantité de graine que l’on se propose de semer ; quand ce labour est bien hersé à la fourche et qu’on y a passé le râteau, on étend dessus un lit de terreau épais de 2 centimètres, qu’on égalise bien et que l’on plombe avec le dos d’une pelle ou d’un bordoir ; ensuite on place sur ce terreau une cloche, que l’on appuie assez pour qu’elle marque bien le rond de sa base ; on la relève, on la place à côté pour marquer un autre rond, et ainsi de suite ; quand il y a assez de ronds marqués, on sème la graine dans chaque rond, on la recouvre de 1 centimètre de terreau fin, et on place une cloche sur chaque rond.

Telle est la manière la plus générale de semer la romaine verte ; mais on peut la semer aussi sur un bout de vieille couche, dont on aura retourné et plombé le terreau, ou sur un ados préparé comme nous l’avons dit pour la laitue noire.

Au mois d’octobre, la graine doit lever en trois ou quatre jours, et, quoique le soleil ne soit guère à craindre en cette saison, on prend garde qu’il ne fatigue le jeune plant sous les cloches. Douze ou quinze jours après, le plant doit être bon à repiquer : alors on forme des ados (voir ce mot, chapitre VIII) en nombre convenable, on les cloche et on procède au repiquage. Nous rappelons ici qu’on doit toujours soulever le plant que l’on veut repiquer, en passant une houlette au-dessous des racines et faisant une petite pesée, afin qu’en tirant ensuite le plant par les feuilles, ses racines ne se brisent pas, et qu’elles emportent un peu de terre avec elles. Aussitôt qu’on a levé un peu de plant, il faut de suite aller le repiquer sous les cloches de l’ados préparé à cet effet ; on repique vingt-quatre ou trente plants de romaine sous chaque cloche, avec les soins et les précautions que nous avons expliqués précédemment, et, dès qu’une clochée est repiquée, on remet de suite la cloche dessus.

En très-peu de jours le plant est repris, et, comme le temps est encore assez doux et que la romaine aime l’air, on lui en donne en soulevant les cloches par derrière, de deux travers de doigt, dans le milieu du jour, au moyen d’une crémaillère appropriée à cet usage, et on les rabaisse le soir.

Cependant il arrive quelquefois que le temps reste assez doux tout novembre et une partie de décembre, comme, par exemple, dans l’année 1843, et que, malgré l’air que l’on donne au plant de romaine, il devient grand trop promptement ; alors, dans la vue de le retarder, nous le retransplantons ou rechangeons, et cette opération s’exécute en faisant de nouveaux ados et en y replantant notre plant ; mais, cette fois-ci, au lieu de vingt-quatre et trente plants, nous n’en mettons que dix-huit ou vingt sous chaque cloche, et on continue de lui donner de l’air le jour et la nuit.

Mais enfin les fortes gelées arrivent : d’abord on retire l’air, on couvre avec des paillassons, on fait un accot derrière les ados ; on met du fumier très-court et très-sec, bien pressé entre les cloches, de la hauteur de 10 à 15 centimètres ; si le froid augmente, on met de ce fumier court, appelé poussier, jusqu’au haut des cloches, on double ou triple les paillassons. En prenant toutes ces précautions à propos, il est rare que le plant puisse être atteint de la gelée. Quand le fort du danger est passé, on découvre avec circonspection peu à peu, on rend d’abord la lumière au plant par le haut des cloches ; ensuite, tout à l’entour, on donne de l’air, si le temps le permet. C’est parmi ce plant de romaine verte qu’en janvier et février on choisit les plus beaux pieds pour planter, un entre quatre de laitue noire, sous cloche, sur les couches à laitue, et ils deviennent la première romaine que nous livrons à la consommation, dès la première huitaine de mars : c’est notre romaine forcée.

Mais il reste encore beaucoup de plants sur les ados, que nous emploierons plus tard, et il faut continuer de les soigner. Si le froid est encore à craindre, il faut d’abord les en préserver, puis profiter de tous les moments pour leur donner de l’air, en soulevant les cloches d’un côté pendant le jour d’environ 4 centimètres pour commencer, ensuite de 6, 8, 10, 15 centimètres, selon la température atmosphérique ; enfin, quand le temps ne paraît plus à craindre, on ôte les cloches tout à fait, car il faut que ce plant se raffermisse, se fortifie à l’air, avant que de le planter à demeure, soit sur couche, soit en pleine terre.

Dès la fin de janvier et la première quinzaine de février, si la terre n’est pas gelée, tous les maraîchers plantent de la romaine verte en côtière, au midi. On laboure et on dresse cette côtière comme à l’ordinaire ; on y sème de la graine de carotte courte, ou de panais, ou de porreau un peu clair, puis on herse avec une fourche pour enterrer cette graine, on passe le râteau, on répand sur le tout 2 centimètres de terreau, et, quand il est bien étendu, on trace les rayons dessus avec les pieds.

Il y a des côtières plus ou moins larges ; celles qui sont protégées par un mur sont ordinairement les plus larges ; sur celle qui a 2 mètres 66 centimètres (8 pieds) de largeur, on peut y tracer quatorze ou quinze rayons ; après quoi, on va aux ados lever du plant de romaine verte, et on vient le planter dans ces rayons à environ 33 centimètres (1 pied) l’un de l’autre. Il va sans dire que l’on a choisi le meilleur plant, qu’on l’a levé avec toutes ses racines et un peu de terre, qu’on a bien ménagé et bien placé toutes ses racines dans le trou et qu’on les a bornées convenablement avec le plantoir.

Mais, dans les côtières bien exposées, on plante rarement tous les rayons en romaine verte ; on laisse ordinairement deux ou trois rayons pour des choux-fleurs demi-durs, qu’on y plante en même temps.

La romaine verte, plantée ainsi en côtière au commencement de février, est coiffée dans la première quinzaine de mai, et les choux-fleurs qu’on y a plantés en même temps donnent leur pomme dans la première quinzaine de juin.

Quoique la romaine verte se coiffe bien toute seule, on la rend plus ferme en la liant, dans les trois quarts de sa hauteur, avec un brin de paille mouillée.

Il y a des années où le mois d’avril et le commencement de mai sont chauds ; d’autres fois, on éprouve, en mars et avril, des hâles desséchants : alors les plantations en côtière, comme la romaine et les choux-fleurs dont nous venons de parler, ont besoin d’être arrosées fréquemment dans cette saison.

En mars, on plante aussi la romaine verte en plein carré, mais on ne la cultive plus dans l’été ; elle est remplacée par les suivantes.

ROMAINE GRISE.

Celle-ci est plus grosse et plus sensible à la gelée que la romaine verte : on la sème et plante tout l’été.

Culture. — La romaine grise se sème à la fin d’octobre, c’est-à-dire quinze jours ou trois semaines après la romaine verte et de la même manière, sur terre ou sur ados, se repique de même sur ados et sous cloche, et se garantit de la gelée pendant l’hiver par les mêmes moyens ; mais on la plante seulement dans la première quinzaine de mars et en plein carré, c’est-à-dire sans abri et de la manière suivante :

On laboure et on dresse une ou plusieurs planches, et on y sème, si l’on veut, de la graine de radis ou de persil, ou d’oseille ; on enterre ces graines par un hersage à la fourche et on plombe la terre avec les pieds ; après y avoir passé le râteau et étendu par-dessus un lit de terreau épais de 1 à 2 centimètres, on trace les rayons avec les pieds. Si on a semé des graines dans une planche large de 2 mètres 33 centimètres, on n’y trace que huit rayons ; si on n’y a pas semé de graine, on y trace neuf ou dix rayons, et l’on y plante le plant de la romaine grise en mettant 48 centimètres de distance entre chaque pied, dans les rangs, s’il n’y a pas de graine semée ; mais, s’il y en a, chaque pied doit être espacé de 54 à 60 centimètres (20 à 22 pouces).

Quand les hâles ou la chaleur commencent à se faire sentir, il faut donner de temps en temps une petite mouillure à cette romaine, dans la matinée plutôt que le soir, parce qu’elle est sensible à la gelée, et que les mouillures du soir en mars et avril, même jusqu’au 15 mai, peuvent devenir dangereuses en attirant la gelée sur les endroits humides : la romaine grise, plantée en mars, se coiffe en mai ; on la lie avec un brin de paille et elle est bonne à vendre à la fin du mois.

Mais ce n’est pas là la seule récolte ou la seule saison que l’on puisse faire avec la romaine grise : en mars nous la semons sur un bout de couche, et nous plantons sans l’avoir repiquée ; en avril nous la semons assez clair en pleine terre pour pouvoir la planter sans repiquage préalable ; enfin nous en semons tous les quinze ou dix-huit jours, jusqu’à la fin de juillet ou le commencement d’août, afin d’en avoir tout l’été et jusqu’à ce que la scarole et la chicoré donnent ; car alors la romaine n’est plus assez recherchée pour que nous la cultivions jusqu’aux gelées.

Il va sans dire que, pendant tout l’été, nous plantons cette romaine à la distance et de la manière indiquées tout à l’heure, avec cette différence que, quand nous n’y mêlons pas de graine, nous couvrons la planche avec un bon paillis au lieu de terreau, parce que le paillis conserve mieux l’humidité dans la terre que le terreau, qui, en raison de sa couleur noire, absorbe la chaleur et dessèche la terre ; nous couvrons nos planches de terreau l’hiver et le printemps, parce qu’il absorbe la chaleur, que la terre en a besoin à cette époque, et qu’il attire moins l’humidité que le paillis ; mais, quand les chaleurs sont arrivées, nous préférons le paillis pour couvrir nos planches avant de les planter, et n’employons plus le terreau que pour couvrir nos semis et empêcher la terre de durcir.

Autre observation : la pratique nous a appris que, pendant l’été, si nous arrosons nos romaines durant le grand soleil avec l’eau froide de nos puits, quand elles sont près de se coiffer ou déjà coiffées, cela détermine dans leur intérieur des taches de pourriture ; nous disons alors que la romaine est mouchetée : dans cet état, elle n’est plus bonne pour la vente. La même observation a été faite sur des scaroles, sur des chicorées, quand leur cœur s’emplit, quand elles sont bonnes à lier ou déjà liées ; de sorte qu’il est de règle, dans nos marais, quand ces plantes sont arrivées à cet état de croissance, de ne plus les arroser à l’ardeur du soleil.

ROMAINE BLONDE.

Celle-ci est la plus agréable à la vue par son vert blond ; elle est aussi plus grosse, plus tendre, mais elle a l’inconvénient de se tacher ou pourrir quelquefois en dedans lorsqu’elle se coiffe.

Culture. — La romaine blonde se sème à la fin d’octobre et dans le commencement de novembre absolument comme la romaine grise, se repique sur ados et se conserve, tout l’hiver, par les mêmes soins ; on peut aussi en repiquer sous châssis à froid, et en mettre jusqu’à trois cents sous chaque panneau, à condition que l’on prendra tous les moyens connus ne pas laisser la gelée pénétrer dans les coffres. Cependant nous ferons observer que le plant de romaine repiqué sous châssis ne vient jamais aussi beau que celui repiqué sous cloche.

En mars, on plante la romaine blonde en plein carré, et on la traite absolument comme nous venons de le dire pour la romaine grise ; on sème de l’une et de l’autre tous les dix ou douze jours, depuis mars jusqu’à la fin de juillet, pour ne pas manquer de plant, et elles se plantent de la même manière tout l’été. Dans les grandes chaleurs, la romaine blonde est sujette à se moucheter au centre, si on l’arrose dans le milieu du jour.


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