Mes prisons/14

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Mes prisonsVanier (Messein)Œuvres complètes, tome IV (p. 433-435).
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XIV


Et le digne, très digne homme de Dieu, me laissa tranquille.

J’obtempérais à son système et me résignais, priant.

Priant, à travers mes larmes, à travers les sourires, comme d’enfant, de comme un criminel racheté, priant, ô, à deux genoux, à deux mains, de tout mon cœur, de toute mon âme, de toutes mes forces, selon mon catéchisme ressuscité !

Combien est-ce que je réfléchissais sur l’essence et l’évolution même de la chose qui s’opérait en moi ! Pourquoi, Comment ?

Et j’avais de ces ardeurs, de ces, comme on dirait en nos odieux temps, dispositions ! Comme j’étais bon, simple, petit !

Et ignorant !

« Domine, noverim te ! »

Quelle candeur d’enfant de cœur, quelle gentillesse de vieux — et jeune ! alors, pécheur converti, d’orgueilleux s’humiliant, d’homme violent devenu un agneau !

J’abdiquai dès lors toute lecture « profane ». Shakespeare, entre autres, déjà lu et relu dans le texte à coups de dictionnaire et enfin su par cœur, pour ainsi dire. Et je me plongeai dans des de Maistre, des Auguste Nicolas plus spéciaux…

J’avais néanmoins de timides objections que l’aumônier réfutait plus ou moins bien, admirablement pour le moi de cette époque.

— Mais les animaux, après leur mort ?… Il n’en est pas question dans les livres saints.

— Mon cher ami, si les livres saints n’en parlent pas plus que des filles d’Adam, par exemple, c’est que c’était superflu. D’ailleurs, Dieu étant l’infinie bonté, n’a créé les bêtes que pour leur bien autant que pour le nôtre.

— Mais l’enfer éternel ?

— Dieu est l’infinie justice et s’il punit éternellement c’est qu’il a ses raisons pour ça, raisons précellentes devant lesquelles notre unique droit est de nous incliner même sans les connaître. Car, en effet, les peines éternelles sont une espèce de mystère… Mais non, puisque le Dogme ne les met pas à ce rang.

Et ainsi de suite.

Le grand jour, tant attendu, si impatiemment souhaité, de la confession, arriva enfin…

Elle fut longue, détaillée à l’infini, cette confession, ma première depuis celle du renouvellement de ma première communion. Torts sensuels, surtout, torts de colère, torts d’intempérance, nombreux aussi, ceux-ci, torts de petits mensonges, de vagues et comme inconscientes tromperies, torts sensuels, j’y insiste…

Le prêtre, de temps en temps, m’aidait dans les aveux, toujours un peu pénibles en tels cas, du néophyte bizarre que j’étais.

Entre autres questions, ne me posa-t-il pas, celle-ci, d’un ton calme et point étonnant non plus qu’étonné :

— Vous n’avez jamais été avec les animaux ?