Némoville/Le mystérieux sous-marin

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Beauregard (p. 62-64).

CHAPITRE XI.


LE MYSTÉRIEUX SOUS-MARIN.


C’était la veille de Noël ; il y avait juste deux mois que l’abbé Bernard avait accepté la charge de curé de Némoville. Depuis quelque temps, il était très occupé. Dès son arrivée, à la ville sous-marine, le curé s’était préoccupé d’improviser une chapelle, où il pourrait dire sa messe chaque matin. Un sous-marin qui avait été abandonné par une famille qui avait préféré retourner vivre sur la terre, avait été mis à sa disposition. On n’y était pas grandement, surtout le dimanche, car les habitants de Némoville aimaient à assister à la messe et quelques-uns étaient obligés d’entendre l’office divin dans le couloir.

Or, ce jour du vingt-quatre décembre, l’abbé était très occupé, car on lui avait demandé de célébrer la messe de minuit, et il aurait voulu donner à cette messe autant de solennité que le permettaient les lieux.

Vers dix heures, Roger dit à l’abbé :

— « Voulez-vous venir faire une petite promenade avec Paul et moi ? » Le curé accepta, et Roger le conduisit vers le centre de la ville. Tout le monde paraissait gai, ce soir-là à Némoville. On parcourut les rues-couloirs, toutes éclairées à l’électricité, et on pénétra dans un sous-marin que le prêtre n’avait pas encore visité.

Le prêtre n’était pas curieux, mais le mystère de ce sous-marin, que personne ne paraissait habiter, l’avait parfois intrigué.

— « Passez le premier, monsieur l’abbé », lui dit Roger, et le curé ayant pénétré à l’intérieur du sous-marin, fit une exclamation de surprise et de joie.

— « Que c’est beau, fit-il, c’est magnifique ! »

— « C’est le cadeau de Noël de Némoville à son curé, répondit le gouverneur. Aimez-vous votre église, monsieur l’abbé ? »

L’abbé pleurait de joie. On entendit dans les couloirs des bruits de pas, c’étaient les Némovilliens qui venaient présenter leurs hommages à leur curé, et Roger, au nom de tous, offrit au prêtre l’église sous-marine : « Nous y avons tous travaillé, expliqua-t-il ; les uns ont modelé les statues, les autres ont fait les plans et les enfants eux-mêmes ont fait leur part, en recueillant sur la grève les colimaçons qui ornent le maître-autel. » L’abbé était visiblement ému ; il ne pouvait que répéter :

— « Merci, merci, mes bons amis ! »

Et c’était un spectacle bien étrange que cette scène, qui se passait par ce soir de Noël, sous les flots de l’Océan. Les grands transatlantiques, qui passaient à quelque distance, ne contenaient pas une foule plus joyeuse et plus insouciante.

Roger donna le signal de retourner chacun chez-soi, en demandant à tous de revenir lorsque la cloche annoncerait la messe de minuit. L’abbé Bernard et Roger sortirent les derniers de l’église, et se dirigèrent vers le « Nautilus, » où l’abbé éprouvait le besoin de se reposer, après tant d’émotions.