Noël (Longfellow)

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George Routledge and Sons (p. 36-39).


NOËL.


envoyé à m. agassiz, la veille de noël 1864, avec un panier de vins divers.


L’Académie en respect,
Nonobstant l’incorrection
À la faveur du sujet,
Ture-lure,
N’y fera point de rapture ;
Noël ! ture-lure-lure.
GUI BAROZAI.



Quand les astres de Noël
Brillaient, palpitaient au ciel,
Six gaillards, et chacun ivre,
Chantaient gaîment dans le givre,
 « Bons amis,
Allons donc chez Agassiz ! »

Ces illustres Pèlerins
D’Outre-Mer adroits et fins,
Se donnant des airs de prêtre,
À l’envi se vantaient d’être
 « Bons amis,
De Jean Rudolphe Agassiz ! »

Œil-de-Perdrix, grand farceur,
Sans reproche et sans pudeur,
Dans son patois de Bourgogne,
Bredouillait comme un ivrogne,
 « Bons amis,
J’ai dansé chez Agassiz ! »

Verzenay le Champenois,
Bon Français, point New-Yorquois,
Mais des environs d’Avize,
Fredonne à mainte reprise,
 « Bons amis,
J’ai chanté chez Agassiz ! »

À côté marchait un vieux
Hidalgo, mais non mousseux ;
Dans le temps de Charlemagne
Fut son père Grand d’Espagne !
 « Bons amis,
J’ai dîné chez Agassiz ! »

Derriere eux un Bordelais,
Gascon, s’il en fut jamais,

Parfumé de poésie
Riait, chantait, plein de vie,
 « Bons amis,
J’ai soupé chez Agassiz ! »

Avec ce beau cadet roux,
Bras dessus et bras dessous,
Mine altière et couleur terne,
Vine le Sire de Sauterne ;
 « Bons amis,
J’ai couché chez Agassiz ! »

Mais le dernier de ces preux,
Était un pauvre Chartreux,
Qui disait, d’un ton robuste,
« Bénédictions sur le Juste !
 Bons amis,
Bénissons Père Agassiz ! »

Ils arrivent trois à trois,
Montent l’escalier de bois
Clopin-clopant ! quel gendarme
Peut permettre ce vacarme,
Bons amis,
À la porte d’Agassiz !

« Ouvrez donc, mon bon Seigneur,
Ouvrez vite et n’ayez peur ;
Ouvrez, ouvrez, car nous sommes
Gens de bien et gentilshommes,
 Bons amis,
De la famille Agassiz ! »

Chut, ganaches ! taisez-vous !
C’en est trop de vos glouglous ;
Épargnez aux Philosophes
Vos abominables strophes !
 Bons amis,
Respectez mon Agassiz !