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Nostradamus (Bonnellier)/Tome 1/L’Avis

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Abel Ledoux (1p. 245-267).


XIV.

L’AVIS.


C’est sur le mont Pompeïan que saint Caprais, ermite avant que d’être évêque, fit jaillir, le jour de sainte Thérèse aux beaux yeux, l’eau pure d’une source jusqu’alors inconnue. Lorsque l’imitateur de Moïse fut décédé, la piété des fidèles s’éclaira sur ses mérites, et leur accordant la tardive justice que le monde se hâte toujours de prodiguer aux morts, elle enveloppa d’une maçonnerie élégante et architecturale la source qui, avant cette précaution pieuse, arrosoit obscurément les gazons de la montagne. Des saules, des aunes et des platanes, furent plantés autour, et leur tige, fortifiée pendant l’écoulement des temps, étendit ses rameaux sur le monument dont chaque siècle arrachoit une pierre.

La fontaine de saint Caprais offroit, en 1525, l’aspect d’une jolie ruine ; des bouquets de mousse donnoient de la valeur à ses déchirures ; des lizerons et des lierres tapissoient ses parois fatiguées.

Le tertre avoit perdu la trace du saint ermitage, tandis que des générations de jeunes filles se succédoient sous son ombrage, où elles accouroient les jours de fête pour danser aux chansons ; où elles se glissoient les autres jours pour entendre une confidence, promettre ou recevoir un baiser…

Un matin, le soleil se jouant dans la feuillée des aunes et des platanes, et dardant capricieusement de vifs reflets à travers l’ombre, fit apercevoir à une jeune agénoise qu’elle attendoit depuis long-temps, et que l’objet de son attente avoit le tort de la prolonger ; déjà, dans sa rêverie, inclinant une petite cruche déposée sur le bord de la fontaine, où elle-même étoit assise, elle avoit épanché goutte à goutte toute l’eau contenue dans le vase ; et qui pourroit dire les pensées diverses que poursuivoit la jeune fille, dans le temps que l’eau mettoit à tomber !

L’impatience alloit la prendre, lorsqu’une toque de velours noir, sur laquelle étoit attachée une jolie rose, tomba sur ses pieds…, il étoit temps. Elle sourit, se baissa, détacha la rose qu’elle plaça promptement sous sa gorgerette, et lança la toque sur la branche d’un saule, en disant d’une voix rieuse :

« Va chanter, bel oiseau ! »

Un baiser bien loyal retentit sur son cou ; elle cria, rougit, et se retourna pour gronder l’audacieux… Il étoit déjà dans l’arbre, où, vainqueur, il agitoit sa toque noire.

— Pour votre châtiment, messire écolier, restez ainsi perché, et m’écoutez :

L’agile garçon se balança sur la branche, et s’abattit légèrement auprès de la demoiselle, en lui disant : j’écoute.

— De trop près.

— Je suis sourd.

— Et goutteux, n’est-ce pas ?

— L’eau de saint Caprais m’auroit guéri.

— Elle n’a point encore guéri mon père.

— C’est qu’il n’y croit pas assez… Mais, voyons, ma Laurette, que je te remercie.

— Et de quoi ?

— Ah ! sans doute, de quoi ?… des baisers que tu n’as pas voulu m’accorder…

— Et que vous avez pris, méchant écolier.

— Pour te laisser sans remords… Mais, oui, j’ai à te remercier de la première impression de ma journée. Chaque matin, dans cette saison, j’ouvre, en me levant, la fenêtre de ma chambre, et j’écoute si quelque alouette égarée sur nos toits ne chante pas ses amours ; ce matin, le premier bruit qui m’est arrivé, c’est celui de ta voix. — Tsit, tsit, me faisois-tu, et ta main charmante indiquoit d’un geste intelligent la fontaine, et huit heures… Merci, pour le bonheur de ce charmant réveil… Me voici, que me veux-tu ?

— Vous connoissez un Michel de Nostredame ?

— Oui, pourquoi la question ?

— Il habite chez votre oncle ?

— Oui, mais que t’importe ?

— Dites-lui qu’il se garde de quelque maléfice.

— Comment !

— Hier, au moment où j’allois réciter pour mon père, sa gouvernante et ma nourrice, la prière du soir, on a frappé à notre porte. — C’étoit Zacharie, le plus méchant juif de notre ville. — Il venoit, a-t-il dit, savoir de mon père, qui est marguillier de la cathédrale, s’il connoissoit un Michel de Nostredame, médecin de Montpellier.

— Oui, fit mon père.

— Sa demeure ?

— Je ne sais. »

« Moi qui vous avois vu l’embrasser…

— Ce jour où, pour la première fois, je t’embrassai toi-même…

— Et où vous avez cassé ma cruche… Je dis que j’avois vu le neveu de M. de Beauvoisin en compagnie avec une personne qu’il appeloit du nom de Nostredame. Là dessus, Zacharie a dit qu’il s’informeroit auprès de votre oncle, ayant une lettre à remettre au médecin de Montpellier…

— Ensuite, ma Laurette ?

— Comment ensuite ?… Mais, n’est-ce pas assez ! Vous aimez cet homme, puisque vous l’abordez comme un bon frère… Voulez-vous que je reste étrangère au mal que l’on feroit à quelqu’un que vous aimez ?

— Charmante enfant ! un baiser pour ton humanité.

— Prenez, et écoutez-moi encore… Défiez-vous de Zacharie ! il est bien dangereux ! d’autant que quelques mots lui sont échappés sur ce Nostredame ; il a murmuré d’une voix en colère : « Il s’appelle encore Issachar ! »

— Je préviendrai mon ami, qui, pour te remercier, me chargera sans doute de t’embrasser aux deux joues.

— Dites-lui qu’il s’en garde, je refuserois.

— Sérieusement ?

— Très-sérieusement… Depuis ma pauvre mère, morte il y aura, vienne la Saint-Jean, trois ans, mon père et ma nourrice ont seuls encore embrassé leur enfant de cette manière.

— Mais ton cou…

— Je l’abandonne aux surprises, » dit naïvement la fille du marguillier.

— Cependant, ma Laurette, il faudra un nouveau prix à ma tendresse.

— Tendresse d’écolier…, souffle du vent, chant d’oiseau.

— Et moi qui pleure en entendant chanter les rossignols !

— Moi de même.

— Veux-tu qu’un soir nous les écoutions ?

— Je le veux bien.

— À la bonne heure, gentille amie ; voilà de la confiance ! Sous quel bocage irons-nous ? Ici même, veux-tu ?

— Non, vous, à votre fenêtre ; moi, à la mienne… Si la lune nous éclaire, je vous verrai…

— De nos fenêtres ? Es-tu folle ?… de nos fenêtres qui regardent la cathédrale !

— Qui sait ?… si quelque rossignol égaré sur nos toits n’y chantera pas ses amours ?

— Tu te railles, méchante !…

— Non, je parle sérieusement.

— Mais de nos fenêtres, le soir, nous ne pouvons entendre que le cri du hibou dans les tours de l’église.

— Alors, renonçons au rossignol.

— À toujours ?

— Je ne dis pas cela, ce serait trop long… mais jusqu’au soir de notre mariage.

— Notre mariage, Laurette ?

— Oui, ne l’avez-vous pas indiqué déjà !

— Ce sera encore trop long.

— Je saurai attendre… et, pour ce matin, c’est assez, quittons-nous… Ah ! ne cassez pas ma cruche, je l’ai achetée à la fabrique, elle est bénie.

— Et, moi, sanctifié par le charme de ta présence ! adieu, Laurette.

— Adieu, messire écolier.

Et le jeune homme complétoit sa sanctification par un nouveau baiser sur le cou de la jeune fille, et tous deux quittoient la fontaine Saint-Caprais, descendant la montagne par deux sentiers parallèles qui, bordés de haies fréquemment interrompues, leur permettoient de s’adresser encore de distance en distance un mot tendre, un geste d’amour. À un endroit où les deux sentiers, décrivant chacun une courbe opposée, s’éloignent brusquement l’un de l’autre : « N’oubliez pas, — cria la fille du marguillier, — d’avertir le médecin de Montpellier de la visite de Zacharie.

— N’aurai garde, enfant. »

L’écolier de Boncourt, mettant le pied sur une grosse pierre, se grandissait pour revoir la jolie tête de sa virginale maîtresse ; elle couroit, gazelle légère, sur l’herbe du sentier, et déjà loin n’accordoit que le souvenir à son amoureux, pas encore nubile.

Antoine Minard, en entrant dans la maison de son oncle, demanda aussitôt où étoit Michel de Nostredame. « Un juif de notre ville, répondit la servante, vient de lui remettre une lettre, et il est allé s’enfermer dans sa chambre. »

— « Qu’est-ce ? — disait Michel, entendant frapper vivement à sa porte, — que me veut-on ?

— C’est moi, maître.

— Patience, dans une demi-heure, au plus, je suis à vous.

— Une demi-heure ! ce sera trop tard.

— Qu’avez-vous à me dire ?

— On vient de vous remettre une lettre ?

— Possible, indiscret bavard !

— C’est le juif Zacharie qui vous l’a remise ?

— Que vous importe ?

— Oh ! ne laissez pas, maître, mon sauveur et mon ami, ne laissez pas mes paroles se briser contre votre porte, il y va de votre salut.

Nostredame, bien que fort contrarié de cette importunité, ouvrit, et laissa voir au jeune homme une lettre qu’il tenait à la main, ainsi qu’une bague déposée sur une table.

— Voyons, parlez vite, Antoine : quel danger court mon salut ? de quoi s’agit-il ?

— Un bon génie, maître, aux yeux noirs, au pied mignon, à gorgerette de fine mousseline bien blanche et bien plissée, au cou d’albâtre…

— Portant une cruche d’eau ?… interrompit Nostredame avec impatience.

— Portant une cruche d’eau, répéta Minard, sans s’intimider, — m’a dit ce matin : — Le plus méchant juif de notre ville, Zacharie, dont le contact donne la lèpre et la peste, doit remettre, à un voyageur qui a nom Michel de Nostredame, et demeure en la maison de votre oncle, une lettre venant d’Arles et envoyée par un autre juif, son compère sans doute en vols et en maléfices… Dites à ce Nostredame qu’il passe à l’épreuve du feu tout ce que lui remettra Zacharie. » Et comme le bon génie a la parole aussi pure que le visage, je viens vous répéter, maître, de vous défier de cette lettre que tenez en votre main.

— Me défierai avant tout de moi-même, messire écolier ; à l’avenir me préserverai de ce penchant à rendre service qui, pour être utile à un frivole intérêt, pour combattre un malheur qui n’existoit pas, m’a inspiré l’affreuse idée de porter le désespoir dans le cœur d’une jeune fille, ignorante du mal d’amour, avant de m’avoir connu.

— Laure de la Viloutrelle a de mortelles exigences.

— Elle souffre et pleure en ce moment.

— Elle vous le dit ?

— Voyez ses larmes qui ont humecté ce papier.

— Larmes menteuses… larmes de colère, maître.

— Enfant, si jeune que vous êtes, vous insultez déjà à la douleur ! vous formulez déjà par l’incrédulité votre insensibilité pour les peines d’autrui !

— Non, maître, non, mon ami, — répondit l’écolier d’une voix émue, — ce reproche ne m’est pas dû ; je ne suis ni injuste, ni insensible, puisque le soin de votre repos, de votre bonheur, me fait accourir auprès de vous ; mais si en effet ce qui vient de Zacharie a une vertu funeste, que n’interrogez-vous vos pressentimens ? À ces taches de larmes dont cette lettre est éclaboussée, demandez-leur quel sentiment les a fait répandre… voyez un peu sur quels mots elles sont tombées… analysez avec soin la chaleur de l’expression, la vivacité de la pensée.

— Faut-il donc, inexplicable enfant ! — s’écria Michel, — faut-il que, comme un utile enseignement, je soumette à votre jeune intelligence les dires et écrits d’une femme dont la passion puissante troublerait la raison la plus forte ? Eh bien ! dût ma facilité m’être reprochée un jour par vous-même, prenez et lisez.

Minard l’écolier, avec la gravité ou l’insouciance d’un homme qui aurait franchi la limite où s’arrêtent les folles passions de jeunesse, prit la lettre, y jeta un regard dédaigneux, et de son doigt paraissant compter les lignes :

— Cinq larmes sur cinq menaces ! — dit-il en arrêtant sa lecture, — c’est trop d’attendrissement accouplé à si mauvais vouloir.

— Ah ! c’est que son cœur aura démenti sa pensée, répliqua Michel.

— M’est avis, mon illustre maître, que plus tendre et moins furieuse serait, en pareil cas, une épître écrite par la pupille de mon oncle.

— Des facultés diverses, Antoine Minard, sont accordées à notre espèce par la Providence ; et jusque dans les cris de deux douleurs, puisées au même sentiment, il existe des nuances qui semblent se contredire l’une l’autre ; la pupille de votre oncle aurait, vous dites vrai, je le crois, autant de pleurs et moins de funestes mots dans ses reproches ; l’une voue mon ingratitude et mon oubli au supplice de toutes les morts honteuses…

— L’autre, maître Michel, pardonnerait à l’oublieux, à l’ingrat, et lui promettrait encore une bonne caresse, en bon retour de son repentir.

— Malencontreuse tyrannie des passions ! pourquoi me suis-je livré à un pareil amour ! » s’écria Nostredame avec chagrin et découragement.

— Ou pourquoi le noble ami de Jules César Scaliger n’a-t-il pas daigné recueillir le regard de la jolie fille aux yeux bleus, aux cheveux blonds, au gentil corsage, à la démarche suave et timide !… Maître docteur, mieux vaut pour la sollicitude de l’homme généreux et fort une plante délicate et fragile à cultiver, à protéger, que l’arbuste énergique dont les rameaux se développent sans secours, et couvrent orgueilleusement du bienfait de leur ombre celui qui ne peut plus se dire leur bienfaiteur.

— Ingénieux enfant ! — dit Michel en saisissant affectueusement les mains de l’écolier, « curateur adolescent d’une ame déjà vieillie par les soucis et les travaux, tu seras curateur de reine ou de roi, car la sapience du conseil est indiquée sur les lignes de ton visage et dans l’éloquence de ta parole ! Mais résumons tout ceci, et avec ta sagacité précoce, sois juge de l’intention de la pauvre Laure : elle menace en cette lettre, elle parle de vengeance et de mort, et, prompte à démentir sa colère, elle m’envoie un gage de souvenir, cette bague que voici.

— Un talisman, maître ?

— Qui rappelle à l’amour.

— Ou sert d’instrument à la haine. — Il prit la bague, l’examina, la retourna en cent façons, l’ajusta sur ses doigts. — Je partagerai avec vous le danger du maléfice, — dit-il en souriant ; — mais, ni pour moi, ni pour vous, ni pour une chrétienne, cet anneau n’a été fait ; il est trop fort… La cornaline est belle !… Ah ! qu’est-ce que je vois là ! — Et comme aurait fait un antiquaire aux prises avec un millésime ou le visage d’un Galerius, inintelligible, sur la face usée d’une médaille, il approchait la bague de son œil pénétrant, de manière à ce qu’un signe, sans doute inscrit sur l’exergue de la pierre, montée à jour, lui fût révélé. — Je ne devine pas, c’est de l’hébreu, dit-il avec humeur.

— Qu’est-ce, Antoine ? que cherchez-vous là ?

— De l’hébreu, vous dis-je.

— Voyons. — Michel de Nostredame prit la bague. — Ochosias ! s’écria-t-il. — Ochosias ! et le signe mystique de l’Apocalypse ! Ochosias est mort de la peste à Montpellier, et Laure de la Viloutrelle m’envoie la bague du cadavre pestiféré !

— Damnation sur elle ! cria l’écolier avec colère ; et d’un coup de sa main il fit tomber le joyau des mains de Nostredame, mit le pied dessus avec tant de promptitude et de force que la pierre se détacha de l’anneau. — Damnation sur cette vipère qui veut tuer mon ami !

Le maître en la faculté de Montpellier fut attéré par l’idée funeste qui s’empara de son esprit ; la vengeance et la trahison étaient flagrantes ; Laure, complice de l’infâme Élie Déé, avait voulu sa mort à l’aide d’un gage menteur.

— Eh bien ! maître, que vous en semble ? demanda l’écolier avec l’expression d’une joie qu’il ne voulait pas cacher. — Pierre Galand, le saint directeur de Boncourt, instruit-il bien ses élèves dans la science mystérieuse et profane qui fit deviner Alcibiade par Socrate et Démosthène par Aristide ? Ai-je bien lu sur le visage adorable de cette fille de l’enfer ?

— Que trop, enfant ! que trop ! répondit Michel d’une voix triste et pleine de larmes. — Encore, s’écria-t-il avec passion, si ma mort avait pu servir ses ressentimens, si à mon linceul devait être attachée une vertu qui fût utile à sa vie ! Mais non, me tuer, pour ne trouver après ce crime que le remords ! m’inoculer la peste et toutes les souillures qui infectent l’ame d’un Ochosias et d’un Élie Déé.

— Allons, maître Michel, — interrompit vivement le jeune Minard, — allons, la hache à la main, courez à l’arbre de science, frappez sans relâche, sans merci ! Arrachez-en les fruits !… vos livres, vos fourneaux, vos idées, au feu tout cela, au feu stupide des censures sorboniques ! au travers de la vapeur de vos ébullitions chimiques brille la couronne d’immortalité ; brisez les récipiens ; que l’ébullition tombe et la couronne avec elle. Allez, Nostredame, allez chercher dans les bras de l’élève des almida, le sort du page de la reine Isabelle.

— Oh ! passion, que la providence avoit accordée à l’homme, afin de l’exciter au bien, en l’exaltant par le bonheur ! passion de l’amour, que tu deviens funeste, ressentie par des méchans !

— Et que tu as de charmes, inspirée par les grâces timides d’Anice Mollard !

— Pauvre Laure, à quoi t’a donc réduite mon abandon, s’il ne laisse plus d’autre intermédiaire entre toi et moi, que la bague empoisonnée d’Ochosias ?

— Pauvre Anice Mollard, à quoi te sert d’être si candide et si jolie, si le regard de maître de Nostredame passe si indifférent sur ton joli visage ! « … La voilà, maître, la voilà ! s’écria tout à coup l’écolier, en ouvrant indiscrètement la fenêtre, la voilà qui part sur la haquenée de mon oncle, pour une promenade aux alentours de notre ville. Oh ! le gentil corsage, oh ! la mignonne cavalière, voyez, qu’elle a bonne grâce ! »

Au bruit de la fenêtre, la pupille du sire de Beauvoisin leva la tête, et ses yeux brillèrent comme deux petites flammes bleues, en même temps que ses joues blanches se vermillonnèrent d’un beau rouge cerise.

— « Adieu, la pupille de mon oncle. — Cria Minard, en lançant à la jolie fille le geste familier du baiser sur la main. — Adieu, Anice, ne chevauchez trop loin dans la forêt, des loups ont été vus disant leurs patenôtres autour de la croix du chêne rouge.

— J’ai mon scapulaire qui me préservera de tout mal, cousin Antoine ; la vierge Marie me doit bien aussi quelqu’assistance ; trouvez mêmement un saint qui réponde de vous, » répliqua Anice Mollard ; et elle frappa sa haquenée d’un coup de houssine, afin de se soustraire, en s’éloignant rapidement, à la réponse de l’écolier et au regard de Nostredame.