Note historique sur les diverses espèces de monnaie qui ont été usitées en Corée

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NOTE HISTORIQUE
SUR
LES DIVERSES ESPÈCES DE MONNAIE
QUI ONT ÉTÉ USITÉES EN CORÉE.

Je n’ai l’intention, dans les lignes qui suivent, que de présenter un résume chronologique de la question ; ces notes sont tirées du Moun hen pi ko, 文獻備考 (liv. 70), ouvrage en 40 volumes, qui forme 100 livres et a été compilé par divers fonctionnaires coréens, à la suite d’un décret du roi Yeng tjong, 英宗, de 1770.

I

D’après le Oen hien thong khao, 女獻通考, de Ma Toan lin, 馬端臨, cité par le Moun hen pi ko, le royaume de Ko kou rye, 高句麗, bien que possédant du cuivre dans son sol, ne fondait pas de sapèques ; celles qui venaient de Chine étaient conservées comme objets rares, parfois enfouies dans les tombeaux, et n’avaient pas d’autre usage. Ce n’est qu’après la période Tchhong ning, 崇露 (1102-1106), que les habitants de la péninsule apprirent à fondre de la monnaie ; ils eurent alors des sapèques de trois sortes, avec les légendes Hăi tong htong po, 海東通賓 ; Hăi tong tjyoung po, 海東重賓 ; Sam han htong po, 三韓通賓.

Il faut remarquer que l’indication fournie ici par le Oen hien thong khao ne saurait être complètement exacte : la période Tchhong ning, en effet, est postérieure à la chute du Ko kou rye, qui eut lieu en 668, et il faut rapporter au seul royaume de Ko Rye 高麗 (918-1392), la seconde partie de la citation de Ma Toan lin. De plus, la légende Sam han htong po ne peut s’appliquer qu’à la réunion de toute la Corée sous un même sceptre, et la péninsule n’a jamais forme un état unique avant 668.

II

Le Moun hen pi ko ne donne pas de renseignements sur le système monétaire en usage dans le Ko kou rye, le Păik tiyei, 百濟, et le Sin ra, 新羅. Il est vraisemblable que le commerce consistait surtout en échanges ; la denrée la plus usuelle, le riz, servait de plus fréquemment pour les trocs, et ce fait a laissé des traces jusque dans la langue coréenne actuelle : en coréen, celui qui porte du riz au marché achète les objets qu’il rapporte, et celui qui va chercher du riz est appelé vendeur.

En 1114, le Conseil des Finances, Sam să, 三司, modifiant le prix de vente des principales étoffes, c’est en riz qu’est fixée l’équivalence ; l’emploi des grains en place de monnaie a persisté jusqu’aujourd’hui, puisque l’impôt foncier, 租稅, tjo syei, les rachats des prestations, 大同, tai tong, le rachat du service militaire, 軍役, koun yek, etc., sont payés en riz ou en fèves.

La toile de chanvre, qui est d’un emploi si habituel en Corée, a aussi servi de valeur intermédiaire pour le troc : cette coutume, d’après le rapport de Pang Să ryang, 房士其, an roi Kong yang, 恭讓王 (1389-1392), est originaire de Kyeng tiyou, 慶州, et de la région avoisinante, c’est-à-dire de l’ancien royaume de Sin ra. Par la suite, il est vrai, la toile a été soumise à une réglementation spéciale et est devenue une véritable monnaie, mais en même temps, la toile ordinaire, fabriquée pour l’usage, servait à payer certains impôts, celui du rachat du service militaire, 步兵, po pyeng, par exemple, qui a longtemps été acquitté de la sorte, bien après la suppression de la toile-monnaie ; aujourd’hui encore, plusieurs taxes peuvent être payées en toile ; la pièce est de 35 ou 40 pieds, , tchyek, suivant les cas.

Le troc, encore fréquent aujourd’hui, semble donc avoir été seul pratiqué depuis les origines de la Corée jusqu’à une époque rapprochée de nous. En effet, le Moun hen pi ko combat l’opinion accréditée en Corée, d’après laquelle des sapèques, portant en caractères li, , la légende Tjyo syen htong po, 朝鮮通賓, dateraient du royaume de Tjyo syen, 朝鮮, de l’antique Keui tjă, 箕子 (1122-1083 avant l’ère chrétienne) : à cette époque reculée, les caractères li n’étaient pas inventés ; de plus, les histoires Écrites à l’époque du Ko rye ne mentionnent aucunement cette ancienne monnaie. Il est donc vraisemblable que ces sapèques datent du commencement de la dynastie actuelle, qui a été fondée en 1392 et sous laquelle la Corée a repris le nom de Tjyo syen.

III

C’est en 997 de notre ère, sous le règne de Syeng tjong, 成宗, qu’on se servit pour la première fois de sapèques en fer, d’après les conseils du Secrétaire Youn Koan, 尹瓘. En 1002, Mok tjong, 穆宗, interdit d’employer la toile de chanvre comme valeur intermédiaire dans les échanges ; les boutiques où l’on vendait du vin et de la nourriture furent astreintes à se servir de sapèques ; le peuple resta libre d’échanger les produits du sol contre d’autres produits. Malgré ces mesures, la nouvelle monnaie se répandit lentement et c’est seulement en 1101 que le roi Syouk tjong, 蕭宗, sur la proposition du Conseil de la Monnaie, 鑄錢都監, Tjou tjyen to kam, fit des prières pour annoncer à ses ancêtres que l’usage des sapèques se répandait chaque jour et était profitable au peuple. La même année, le roi autorisa la fonte de bouteilles d’argent a large embouchure, 關口銀瓶, koal kou eun pyeng, appelées communément hoal (pour koal) kou, 閣口 ; ces bouteilles, devant servir de monnaie précieuse, étaient en argent pur, pesaient une livre, , keun, et étaient frappées d’un sceau officiel ; a plusieurs reprises, des décrets interdirent de mélanger ni cuivre ni autre alliage à l’argent des bouteilles. En 1102, 15 000 tiaos[1], , koan, de sapèques furent fondus et distribués aux fonctionnaires pour payer leurs appointements ; la légende de ces sapèques était Hăi tong htong po, 海東通寶 ; des prières furent dites au Temple des Ancêtres comme l’année précédente ; des boutiques (de changeurs ?) furent établies dans toutes les rues pour répandre l’usage de la monnaie. En 1104, des mesures analogues furent prises dans les districts.

Mais ces innovations n’allaient pas sans résistances et, en 1105, plusieurs fonctionnaires représentèrent au roi Yei tjong, 睿宗, qui venait de monter sur le trône, les inconvénients du nouveau système que le peuple refusait d’adopter : le roi ne tint pas compte de ces remontrances. Des sapèques continuèrent à être fondues et un rapport, présente au roi Kong yang par le Grand Conseil Général des Délibérations, 都評議使司, To hpyeng eui să să, mentionne, comme anciennes monnaies coréennes, des sapèques portant les légendes : Tong kouk htong po, 東國通寶 ; Tong kouk tjyoung po, 東國重實 ; Hăi tong htong po, 海東通實 ; Hăi tong tjyoung po, 海東重寶 ; Sam han tjyoung po, 三韓重實. Cependant une délibération des Maîtres des Remontrances, 陳官, Han koan, sous le règne de Kong min, 恭愍王 (1351- 1374), constate l’opposition que le peuple faisait encore à l’emploi des sapèques. Cette opposition s’explique d’ailleurs facilement, si, comme le dit Ryou Hyeng ouen, 柳馨遠, auteur du xviie siècle, le gouvernement voulait faire circuler les sapèques, sans les recevoir, lorsqu’il percevait les impôts.

Pendant le xiie siècle et la première partie du xiiie, la toile de chanvre avait continué d’être employée comme valeur intermédiaire des échanges, malgré l’interdiction qui en avait été faite ; cependant les défenses se relâchèrent peu à peu ; en 1357 (丁酉, tyeng you, date citée par un rapport des Maîtres des Remontrances au roi Kong min), on décida d’apposer un sceau sur les pièces de toile pour leur donner cours légal ; la circulation de pièces non scellées fut dès lors d’autant plus sévèrement réprimée.

Les bouteilles d’argent paraissent avoir joui, pendant cette période, de la faveur du public et de celle du gouvernement. En 1289, on reconnut officiellement deux sortes de ces bouteilles, les unes valant 14 pièces de toile, les autres 8 ou 9 pièces. En 1331, on mit en circulation des bouteilles d’un format plus petit, chacune valant 15 pièces de toile à cinq fils, 五綜布, o tjong hpo ; les anciennes bouteilles furent retirées de la circulation. Une délibération des Maîtres des Remontrances, prise sous Kong min, nous apprend qu’on se servait aussi, comme monnaie, de fragments d’argent ; cette coutume donnait lieu à de nombreux inconvénients : les délibérants proposaient de revenir au système des bouteilles pesant une livre ; ils demandaient aussi que le gouvernement fondit lui-même des sapèques en argent, 銀錢, eun tiyen, dont la valeur serait marquée d’après le poids, une once, , ryang, d’argent fin valant alors 8 pièces de toile. Le Moun hen pi ko n’ajoute pas ce qui advint de cette reforme ; comme il n’en est pas question ultérieurement, il est vraisemblable qu’on ne donna pas suite au projet.

D’autre part, en 1287, les Yuen, , qui régnaient en Chine, ordonnèrent par un édit que les billets de banque chinois eussent cours en Corée : un koan, (série), de billets portant la légende Tchi yuen pao tchhao, 至元賓鈔, valut cinq koan de billets Tchong thong pao tchhao, 中統實鈔. En 1390, les sapèques des Ming, , qui étaient admises en Corée, furent évaluées officiellement à 1 000 sapèques pour 5 pièces de chanvre.

IV

À cette époque, la confusion monétaire était donc considérable : on se servait pour le commerce, concurremment et en conformité ou en opposition avec les décrets royaux, de riz, de toile en pièces scellées ou non scellées, de bouteilles d’argent, de fragments d’argent, de sapèques coréennes de cinq types différents, de sapèques chinoises et de billets chinois de deux types. Le dernier roi de la dynastie de Ko rye, Kong yang, se préoccupa de cette situation et des rapports lui furent présentes à ce sujet : les Maîtres des Remontrances condamnaient la toile-monnaie, comme étant d’un usage incommode et trop sujette à se gâter ; d’ailleurs la toile que l’on fabriquait pour servir de monnaie était très grossière, par suite de la négligence qui s’était introduite peu à peu dans la fabrication, et impropre à tout usage. Il fallait donc renoncer à ce système. Un rapport de Pang Să ryang et un rapport des Maîtres des Remontrances, présentés au roi à la même époque, concluent à l’établissement d’une monnaie en papier de mûrier, 楷貨, tjye hoa, imitée des billets, hoei tsea, 會子, de la dynastie des Song, , et de ceux, pao tchhao, 寶鈔, qui avaient eu cours sous les Yuen. Cette reforme fut adoptée et l’on en commença l’application ; mais, en 1392, Sim Tek pou, 沈德符, adressa des représentations au roi, qui suspendit l’exécution de ce plan et fit brûler les planches destinées à l’impression de papier-monnaie.

L’idée fut reprise par la dynastie nouvelle et, en 1401, le roi Htai tjong, 太宗, chargea le Grand Conseiller Ha Ryoun, 河崙, de la confection du papier-monnaie ; un édit fut rendu pour en prescrire l’usage au peuple. En 1408, à la suite d’un rapport du Grand Censeur, Nam Tjăi, 南在, le roi interdit l’usage des bouteilles d’argent. Sin Keum, 申欽, qui vivait au xvie siècle, explique ainsi les motifs de cette défense : à la fin du Ko rye, l’on commença à envoyer de l’argent comme tribut en Chine ; mais l’exploitation des mines était très onéreuse pour le peuple, qui mourait de faim dans les districts miniers ; le roi obtint de remplacer l’argent du tribut par d’autres produits du sol et les mines furent fermées ; le travail ne continua qu’aux mines de Tan tchyen, 端川, (prov. de Ham hyeng, 咸鏡). Ce n’est qu’après 1592, par suite des rapports plus fréquents avec la Chine et le Japon, que l’argent rentra un peu en usage[2].

En 1446, d’après le Moun hen pi ko, la seule monnaie en usage était la toile de coton[3], 綿布, myen hpo, par pièces de 35 pieds de long sur 7 pouces, , tchon, de large ; cette toile était dite à 400 fils, 五升, o seung. Mais cette affirmation est contraire aux indications ci-dessus qui sont fournies par le même ouvrage ; elle ne concorde pas non plus avec les Statuts relatifs au Gouvernement, 經國大典, Kyeng kouk tai tyen, qui datent de 1469 ; d’après ces statuts, les monnaies en cours étaient le papier et la toile de chanvre ; une pièce de toile réglementaire, 正布, tjyeng hpo, valait 2 pièces de toile ordinaire, 常布, syang hpo ; une pièce de celle-ci valait 20 feuilles de papier-monnaie ; une feuille de papier-monnaie valait un litron de riz, 米一升, mi il seung ; il semble donc le riz fût admis officiellement comme valeur intermédiaire d’échange.

Les Statuts fondamentaux, 1re suite, 續錄, Syok rok, publiés en 1492, indiquent deux sortes de papier-monnaie : la feuille du papier dit marqué, 楷注紙, tye tjou tji, avait 1 pied 6 pouces de long sur 1 pied 4 pouces de large ; la feuille de papier dit ordinaire, 楷常紙, tjye syang tji, avait 1 pied 1 pouce de long sur 1 pied de large.

V

En 1593, la Cour délibéra sur l’opportunité d’une reforme de la monnaie ; deux des Grands Conseillers étaient d’avis de fondre des sapèques ; mais l’opinion contraire, soutenue par le Grand Conseiller de droite, Ryou Yeng hyeng, 柳永慶, l’emporta. Quarante ans plus tard (1633), sur l’avis du Ministre du Cens, Kim Keui tjong, 金起宗, le Bureau ordinaire de l’Intendance des grains, 常平廳, Syang hpyeng htyeng, reçut l’ordre de fondre des sapèques portant la légende Syang hpyeng htong po, 常平通賓 ; mais cette nouvelle monnaie fut supprimée peu après.

À cette époque, Kim Youk, 金埔, qui fut Commandant de la forteresse de Kăi syeng, 開城, fut envoyé plusieurs fois à Péking et devint enfin Grand Conseiller, s’intéressa spécialement à la question monétaire et s’efforça de faire mettre les sapèques en circulation En 1636, il alla à Péking et il écrivit plus tard que ce qu’il avait remarqué surtout en Chine, c’était combien les sapèques et les voitures étaient commodes pour le peuple. À son retour, en 1644, il demanda au roi d’autoriser l’usage des sapèques : l’autorisation fut refusée. De nouveau en 1646, tandis qu’il commandait à Kăi syeng, il présenta un rapport au roi sur ce sujet : il y constate que depuis 1583, l’usage des sapèques s’était introduit dans la circonscription de cette ville et qu’on s’en servait pour toutes les transactions ; les districts voisins, Kang hoa, 江華, Kyo tong, 喬桐, Hpoung tan, 豐端, Yen păik, 延自, suivaient cet exemple. Le fait noté par Kim Youk est intéressant, mais peu clair : en effet, le Moun hen pi ko ne parle de fabrication de sapèques. entre l’avènement de la dynastie actuelle et la date de 1583, que d’une façon hypothétique, lorsqu’il discute l’origine des sapèques portant la légende Tjyo syen htong po (voir § ii) ; les sapèques en cours à Kăi syeng étaient donc ou de ces dernières, ou d’anciennes sapèques du Ko rye, ou des sapèques chinoises : je ne saurais décider quelle opinion est la plus vraisemblable ; il est, de plus, étrange que les sapèques eussent cours à moins de vingt lieues de la capitale, sans que cela fût connu du gouvernement. Kim Youk proposait de répandre la nouvelle monnaie dans les deux provinces de l’Ouest, 兩西, ryang sye (probablement le Hoang hăi, 黃海, ou Hăi sye, 海西, et le Hpyeng an, 平安, ou Koan sye, 關西) : il n’était pas besoin, disait-il, de décrets ni d’ordonnances ; il suffisait de fondre des sapèques, de les mettre en circulation dans quelques districts et de déclarer qu’elles seraient reçues pour le payement des impôts et des amendes. Le roi refusa encore son assentiment.

Envoyé de nouveau en Chine en 1650, Kim Youk se servit des fonds qu’il avait économisés sur les frais de sa mission pour acheter 150 000 sapèques chinoises ; et comme, à son retour, il apprit à Eui tjyou, 義州, que le roi Hyo tjong, 孝宗, avait interdit l’usage de la toile de chanvre et fait fondre des sapèques par la Division de l’École militaire, 訓鍊都 , Houn ryen to kam, il distribua ses 150 000 sapèques dans les districts qu’il traversa jusqu’à Seoul (1651). La même année, il entra au Grand Conseil et continua de s’occuper de la question monétaire : il rappelait les essais antérieurs des provinces du Nord-Ouest et ceux qui avaient été faits au Kyeng syang, 慶尚, par le Gouverneur de cette province, Kouen Ou pang, 權場方 ; il conseillait non seulement de fondre des sapèques, mais aussi d’acheter en Chine, à bas prix, des sapèques chinoises des périodes Oan li, 萬曆, Thien khi, 天啓, et Tchhong tcheng, 崇禎, pour les mettre en circulation en Corée.

Mais cinq ans plus tard (1656), les sapèques furent supprimées, à la suite d’un rapport de Ri Si pang, prince de Yen syeng, 延城君李時防. Cette suppression dura vingt-deux ans, mais elle fut la dernière.

vi

En 1678, le grand conseiller He Tjyek, 許積, remarquant que l’argent tendait à devenir une valeur intermédiaire d’échange et trouvant ce fait fâcheux, à cause de la rareté de ce métal en Corée, proposa de remettre les sapèques en circulation ; le Grand Conseiller de gauche, Kouen Taioun, 權大運, appuya cette proposition de l’exemple de Syong to, 松都 (ou Kai syeng), et des districts voisins. Le roi Syouk tjong, 肅宗, donna son consentement et les sapèques furent fondues par le Ministère du Cens, 戶曹, Ho tjo, par le Bureau ordinaire de l’Intendance des grains, 常平廳, Syang hpyeng htyeng, par les Bureaux des dégrèvements et distributions, 娠恤廳, Tjin syoul htyeng, de l’apurement (?), 精秒廳, Tjyeng tchyo htyeng, par le Conseil des écuries, 司僕寺, pok si, le Camp royal, 御營廳, E yeng htyeng, la Division de l’École militaire, 訓鍊都監, Houn ryen to kam, et, en province, par les camps des gouverneurs, 監兵營, Kam pyeng yeng, de Hpyeng an, 平安, et de Tjyen ra, 全羅. La fabrication privée fut sévèrement interdite.

Un décret de l’année suivante nous apprend que la fonte des sapèques, souvent entravée par le manque du cuivre et des autres métaux, ne suffisait pas a la circulation. En 1680, le taux du change de l’argent en sapèques fut laissé libre. En 1683, on interdit de mettre dans l’alliage des sapèques des métaux de mauvaise qualité. Dès lors, il n’y a plus guère à noter que des décrets autorisant la fonte de sapèques par telle administration ou telle province :

1685, par le Ministère des Travaux, 工曹, Kong tjo ;

1691, par la préfecture de Kăi syeng, 開城府, en 20 fourneaux au plus ;

1693, par le Bureau ordinaire, la Division de l’École militaire, le camp de Tchong young, 總我廳 ;

1695, par les provinces de Hpyeng an, Kyeng syang, Tjyen ra ; pour le Tchyoung tchyeng, 忠清, le Hoang hăi et le Kang ouen, 江原, les sapèques furent fondues par le Bureau des dégrèvements ;

1724, par le Ministère du Cens ;

1731, par les trois provinces du Sud, 三南, Sam nam (Kyeng syang, Tjyen ra, Tchyoung tchyeng) ;

1742, à Ham heung, 咸興 (prov. de Ham kyeng, 咸銳) ;

1750, par le Ministère du Cens, l’Intendance des grains, 宣惠廳, Syen hyei htyeng, et les trois maréchaux (?), 三軍門, Sam koun moun ;

1757, par le camp de Tchong young.

vii

L’introduction des sapèques amena un plus grand mouvement d’argent et facilita les emprunts ; pour obvier à l’appauvrissement du peuple, le taux maximum de l’intérêt dut être réduit en 1695, sur la proposition du Grand Conseiller, Tchoi Syek tyeng, 崔錫鼎 ; il fut des lors à 20 p. 0/0 pour 6 mois pour les prêts d’argent ; il resta à 50 p. 0/0 pour 6 mois les prêts de grains.

D’autre part, la Cour, craignant que les sapèques coréennes n’excitassent l’envie des peuples voisins, interdit de s’en servir pour le commerce qui se faisait à Pou san, 金山, avec les Japonais (1701) ; l’usage des sapèques fut aussi défendu au nord de Tan tchyen, 端川 (prov. de Ham kyeng), et, pour la province de Hpyeng an, dans les sept districts de Eui tjyou, 義州, Kang kyei, 江界, Risan, 理山, Tchyang syeng, 昌城, Sak tjyou, 朔州, Oui ouen, 渭原, et Pyek tong, 碧潼 (Statuts de 1744, 續大典, Syok tai tyen, cites par le Moun hen pi ko).

La nouvelle édition des Statuts fondamentaux, 續大典, Syok tai tyen, qui date de 1744, nous apprend que le papier-monnaie, encore en circulation au commencement du xvie siècle, a été remplacé par la toile de coton ordinaire, 常木綿布, Syang mok myen hpo, et que celle-ci a fait place aux sapèques ; mais la date de la disparition du papier-monnaie n’est pas indiquée. Bien que la toile de coton ne puisse servir à acquitter les impôts, qui sont payés les uns en grain, les autres en toile de chanvre, les autres en sapèques, cependant le prix en est fixe légalement à deux ligatures la pièce (Statuts de 1744, cités par le Moun hen pi ko).

Les sapèques portent, comme je l’ai dit plus haut, la légende Syang hpyeng htong po, 常平通賓 ; chaque sapèque pèse 0.25 d’once, 二錢五分, i tjyen o poun ; 100 sapèques forment une ligature, , ryang ; 10 ligatures forment un tiao ou koan, ?. L’alliage des sapèques se compose de laiton, , htou, cuivre, , tong, étain blanc (?), , rap, étain (?), , syek, métaux désignes sous le nom générique de fers fins, 精鐵, tyeng htyel ; il est interdit d’y joindre du plomb, 鉛鐵, yen htyel. Cet alliage comprenait d’abord 17 parties de heuk kol, 黑骨, et 15 de păik kol, 自骨 ; la proportion est devenue 14 de heuk kol et 12 de păik kol : le Moun hen pi ko n’indique pas le sens des expressions heuk kol et păik kol.

Sur l’histoire de la monnaie depuis 1770, j’ai pu recueillir oralement les renseignements suivants :

En 1881, le gouvernement substitua à l’ancienne sapèque une pièce de monnaie un peu plus grosse et représentant 5 sapèques, 當五, tang o ; les nouvelles sapèques eurent cours à la Capitale, dans la province de Kyeng heui, 京畿, et dans une partie du Kang ouen et du Tchyoung tchyeng où elles sont encore en usage, mais ne furent jamais acceptes dans le reste de la Corée. Vers la même époque, on essaya, sans succès, de mettre en circulation une pièce d’argent de la forme d’une sapèque et ornée d’émail bleu.

Enfin, en décembre 1891, on a décidé de frapper des piastres coréennes, chacune valant 5 ligatures de 100 sapèques, sans distinction entre les petites et les grosses sapèques ; on a parlé aussi de faire du papier-monnaie : j’ignore quelle suite a été donnée d ces projets.

viii

Il est remarquable qu’il ait fallu près de sept siècles pour que la circulation des sapèques s’établît d’une façon incontestée et fît disparaître la toile-monnaie, le papier, le grain et autres valeurs intermédiaires aussi incommodes ; pendant cette longue période, ce n’a été, dans le gouvernement, que propositions tendant à la réforme monétaire, discussions, commencements d’application, retraits des mesures prises ; les sapèques mises en circulation étaient, d’après les conseillers, cause de tous les maux du peuple et leur absence, d’après ceux qui succédaient, avait les effets les plus funestes : pour les uns, elles appauvrissaient encore les pauvres gens ; pour les autres, elles attiraient l’envie des peuples voisins, en leur montrant la richesse de la Corée. Elles amenaient la famine, l’extraction des métaux pour la fonte de la monnaie détournant les laboureurs de l’agriculture, et, en même temps, le danger du système monétaire consistait en ce que les sapèques étaient faites de cuivre et d’étain et que le cuivre et l’étain ne se trouvaient dans le sol coréen. Ceux qui faisaient cette objection oubliaient, comme le fait remarquer Ryou Hyeng ouen que j’ai cité plus haut, qu’il n’est pas de pauvre maison qui n’ait quelques bols, tasses, cuillers en laiton, ni de bonzerie qui ne possède de nombreux brûle-parfums, tamtams et cloches en laiton ou en bronze. Sous l’influence de cette idée, on interdisait au peuple l’usage des ustensiles en cuivre, puisque, disait-on, ce métal était rare, précieux et venait de l’étranger ; et de même, après avoir suspendu l’exploitation des mines d’argent et d’or, par crainte des Chinois et des Japonais, d’autres affirmaient que, ces métaux n’existant pas en Corée, il fallait défendre à tous de s’en servir.

Toutes ces objections et discussions se détruisaient entre elles : mais il a fallu encore tout le dévouement de Kim Youk à la réforme monétaire et la volonté de Syouk tjong, l’un des rois les plus énergiques qui aient régné en Corée, pour que la sapèque triomphât enfin.

Il est facile de s’imaginer, d’autre part, quel désordre économique et commercial est résulté de cette longue crise ; et l’on peut remarquer que, si l’usage des bouteilles et des fragments d’argent, à la fin de la dynastie de Ko rye, est l’indice d’une certaine activité commerciale et permet de conclure à l’importance relative des transactions, le commerce coréen à l’intérieur, se contentant actuellement d’une monnaie aussi encombrante et d’aussi peu de valeur que la sapèque, ne recourant que peu à l’argent en lingots comme valeur intermédiaire, doit être moins prospère qu’il y a cinq siècles ; peut-être est-il permis de croire que les continuels changements de la monnaie ne sont pas étrangers à l’état actuel des choses.

On peut enfin se demander si la Corée, qui possède la sapèque depuis deux siècles et où viennent encore d’avoir lieu les fluctuations monétaires dont j’ai parlé, est bien prête pour les réformes aujourd’hui en question : ne faut-il pas voir dans ces projets nouveaux et ces nouvelles discussions seulement le pendant des stériles controverses qui se sont agitées durant les siècles passés ?

ix
APPENDICE
DESCRIPTION DE SIX SAPÈQUES CORÉENNES.

1re, 2e, 3e, métal jaune ; très grossièrement fondues ; relief des caractères insensible, fond et bords granuleux, tranche irrégulière. — Provenance : Séoul.

4e, 5e, métal analogue, relief insensible, fond et bords granuleux, tranche irrégulière. — Provenance : Hpyeng yang, 平壤.

6e métal analogue, relief plus prononcé, bords unis. — Provenance : Pou san, 金山.

N. B. Les caractères numériques coréens, qui sont au revers des sapèques, en bas, sont des numéros d’ordre variables.

  1. Le tiao, , vaut 1000 sapèques. , koan, synonyme de tiao, est le caractère employé dans le texte coréen pour designer le tiao.
  2. Cependant, en 1602, le travail dans les mines fut interdit de nouveau, de peur que l’abondance des métaux précieux n’excitât l’envie des pays voisins. C’est seulement à partir de 1651 que l’on trouve des décrets établissant des droits sur l’exploitation de l’or, de l’argent et du cuivre, et d’autres décrets fixant le prix de l’argent (400 sapèques l’once , ryang ; à partir de 1679, 200 sapèques l’once ; en 1744, une once d’argent aux 0.7, 丁銀, tyeng eun, vaut 200 sapèques).
  3. Le coton a été introduit en Corée par Moun Ik tjyem, 文益漸 envoyé la cour des Yuen en 1364.