Notes de voyages/Italie

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Louis Conard (Œuvres complètes de Gustave Flaubert, Paris, L. Conard, 1910, tome Vp. 179-287).


ITALIE.



PATRAS. — Théâtre. — Dames dans l’église Saint-André, femme grecque de la campagne qui baise les images crasseuses avec un mouvement de reins de derviche. — M. Bertini, sa femme. — Départ par le vapeur. — À bord, M. Malézieux.

ZANTE, feux.

Au milieu de la nuit, Céphalonie. — Lune, nuages d’argent ronds.

Cotes d’Albanie, pays turcs. — Les bons Turcs qui disent vapour.

Le soir, CORFOU. — Maison du gouverneur. — Départ. — Brave homme malade. — Le capitaine ressemble à Panofka, de profil.

BRINDISI. — Vue de Brindisi, côtes basses, fort, port. — Attente. — Les marins en tricot. — Estimation de la capote. — Musicien ambulant et jeune môme, rouge, en redingote de velours, casquette sur le coin de l’oreille. — Hypertrophie du cœur. — Douane. — M. le commissaire de police. — Rues blanches et courbes à Brindisi, théâtre, hôtel de Cupido. — L’agent français. — Dîner. — Promenade hors la ville, route aloès, coin fortifié, couleur de soleil orange, calme. — Paysans et paysannes qui reviennent des champs : « Buona sera ! » — Retour à l’hôtel, — Théâtre, la Fille du comte Orloff. — Nuit dans de grands lits.

Mardi, 11 février. — J’attends, le matin, Max qui est parti faire le tour de la ville. — Police. — À midi juste, partis. —Vieux carrosse, tapissé de rouge, haut sur roues ; trois chevaux noirs, plumes de paon sur la tête. Le padrone, gros homme en bonnet de soie sous son chapeau blanc, nous accompagne ; il y a, en outre du cocher, un garçon derrière, sur nos cantines.

Sortis par l’endroit où nous avons été hier soir nous promener. — Route droite, plaine plate, très verte, bien cultivée ; la mer à droite, bientôt on la quitte de vue. — Une ferme. — Mauvais pas, nous mettons pied à terre, la terre est poussiéreuse, friable, épaisse. — Petit bois de chênes nains. — Des ouvriers travaillent à faire des ponts pour les inondations.

SANTO VITO, petit village de quelques maisons.

CARO-VIGRO, que nous laissons à droite, est sur une hauteur. Continuant la route qui y mène, une rue infecte, maisons blanches, grises, élevées. Après Caro-Vigro, il y a beaucoup d’oliviers ; culture de fèves dessous, carrés de lin.

ASTUNI, sur un mamelon s’élevant au-dessus de la plaine. La ville est groupée autour de l’église, qui la domine ; d’elle à la mer, à droite, grande plaine couverte d’oliviers d’un seul ton, avec quelques maisons blanches dedans, tranchant dessus : c’est du vert, puis la mer bleue. Au milieu de la ville, une place carrée, fontaine avec une statue d’évêque, le bras levé. — Santo Ronno. — L’albergo en dehors de la ville : en bas, pièce où nous nous chauffons, petites lampes antiques accrochées au mur, fumeuses ; un jeune môme qui nous questionne. — Visite de MM. de la police. — Difficulté de se procurer à manger, depuis deux heures nous attendons notre dîner, nous avons maintenant des oranges, de la salade et des câpres.

Mercredi 12 février. —Toute la journée, encore plus d’oliviers que la veille, belle campagne. — Arrêtés, à 11 heures, à Monopoli, où nous sommes escortés par toute la population du pays qui s’empresse pour nous voir.

MONOPOLI. — Grande place blanche, où toutes les maisons sont blanchies à la chaux, ainsi que tout le reste de la ville. — Nous entrons dans une église où des menuisiers travaillent au maître autel.

Monopoli est sur le bord de la mer. — Deux ou trois barques. — À droite de la crique où elles sont, restes de fortifications. — Place escarpée qui domine la mer. — Un vieux mendiant, aveugle, déguenillé, qui a servi Napoléon et qui nous fait l’exercice. — Belle route. — Les sellettes énormes des voitures dorées. — Aspect propre et aisé de toutes ces populations. — Hors la ville, des prêtres en tricorne, qui se promènent avec des jeunes gens en costume séculier.

Le soir, arrivés à Bari, à la nuit presque close, nous faisons toutes les auberges du pays sans pouvoir trouver de logement. Enfin nous usons de la recommandation de l’agent de Brindisi pour un M. Lorenzo Miulla ; nous entrons dans une salle où des enfants jouent et crient le mot Puccinello, — Amabilité de notre hôte, homme dans le goût (physiquement) du sieur Delaporte, mais mieux. — Petits verres de rosolio. — Don Federico Lupi, moustaches, favoris rouges, nous mène à son hôtel. — Sa chambre, sa conversation ; idées de fusion et d’extinction des nationalistes sont répandues partout, quoique sous des formes différentes.

Salle d’attente. — Un jeune prêtre ; son frère, avocat.

Partis à 11 heures et demie.

Jeudi 13 février. — Le jeudi matin, pris le café à Barlette. — Déjeuner à 1 heure, à Foggia.

Temps froid. — Notre compagnon nous chante du Béranger, parle de la nature et porte sur sa poitrine une amulette en papier bleu de la Vierge du Carmel. — Pauvre Italie ! les régénérateurs du passé ne te feront pas revivre ; le parti libéral souhaite le protestantisme, c’est selon moi un anachronisme inepte.

Journée triste et froide, la diligence m’éreinte, notre compagnon nous embête ; la nuit, la route monte ; vers le matin, elle descend. — Chênes dans des vallées étroites, ressemblant à celles qui sont aux environs du mont de la République, avant d’arriver à Rouanne. Nous rencontrons pas mal de chapeaux pointus.

À Noia, nous marchons devant la diligence pour nous réchauffer les pieds. — Une femme nous donne à boire, nous nous mettons à l’abri sous la porte de sa maison ; elles étaient deux et faisaient de la toile. — Route plantée de je ne sais quels arbres (peupliers de Virginie ? ) ; des deux côtés, champs de mêmes arbres ; allant de l’un à l’autre, grandes vignes grimpantes, qui font corde. — Arrêtés longtemps à la barrière, où l’on visite attentivement les malles de notre compagnon qui, depuis le matin, est remonté dans le coupé avec nous. À notre gauche, le Campo Santo, grand cimetière neuf ; en face de nous, la forteresse qui domine la montagne au pied de laquelle est Naples.

NAPLES

Entrés par la porte Capouane. Il pleut, les citadines trottinent sur le pavé ; il me semble que je rentre à Paris, comme au mois de novembre 1840, en revenant de la Corse.

Du bureau de la diligence nous allons à la poste, qui est à côté ; un ruffiano nous aborde et nous offre ses services.

Descendu à l’Hôtel de Genève. — Grande salle à manger au premier, copies du Valentino, balcon sur la place.

L’après-midi, visite à notre banquier, M. Meuricoffre Sorvillo.

Samedi 22. — Promené à la Chiaia. — Visite à M. Grau, chancelier de la Légation, course à la grotte du Pausilippe. — Le soir, demoiselles. Nous sommes agréablement assaillis par la quantité de maquereaux. — Le matin, marchandes de violettes qui nous mettent des bouquets à la boutonnière et nous font, comme signes d’engagement, des gestes de m……….. — Le soir, promené dans Tolède, pris une glace dans un café ; un curé à côté de nous.

Dimanche 23. — Promené à la Chiaia. — Au théâtre San Carlo : représentation de jour, la fin d’un ballet, la Prova d’un opéra séria, ouverture de la Semiramide, le premier acte de Bélisaire. — Après le dîner, reçu la visite de M. Grau, sheik.

8 heures un quart du soir.

Jeudi 27. — Jeudi gras. Aujourd’hui les studii ferment à midi. — Pris un wurtz à deux chevaux, passé sous la grotte du Pausilippe, des lanternes l’éclairent. Haute à l’entrée, elle va en montant, puis le terrain redescend et là elle est moins élevée. Au bout de la grotte, un village à maisons blanches alignées sur le bord de la route ; aux portes et aux fenêtres, des guirlandes d’écorces d’oranges qui sèchent au soleil (absent).

Après avoir passé la grotte, vallon enfermé de montagnes et plein de plantations pareilles à celles qui sont avant d’arriver à la porte Capouane, avec des vignes d’un arbre à l’autre. La route perce ensuite une autre montagne, travail analogue à celui des chemins de fer ; les deux bords sont très escarpés et très hauts, presque à pic. On descend. — Vue du lac, ancien cratère de volcan entouré de montagnes d’un ton roux pâle ; au bord du lac, longs roseaux desséchés, vert pâle. Sur la pente du cratère, çà et là quelques villas blanches ; sur le haut, en face de vous, quand vous arrivez, le couvent des Camaldules ; à gauche, du côté de Solfatare, quelques pins parasols.

À gauche quand on arrive, un cabaret ; à droite, kiosque de Sainte-Marie, une écurie et quelques arbustes, intention de bosquet.

C’est en suivant de ce côté qu’est la grotte du Chien, plus petite que je ne m’y attendais, ayant une porte et une clef. Je refuse l’expérience qui coûte 6 carlins ; les flambeaux s’éteignent effectivement, le sol fume et vous chauffe les pieds. — De ce côté, en revenant près du kiosque du roi, grotte ammoniacale : une porte et une clef, 4 piastres.

Bains de vapeur de Santo Germano : par des trous une violente chaleur sort ; en soufflant sur un morceau d’amadou, on voit sortir de ces trous beaucoup de fumée.

Villa de Lucullus : restes de bains antiques, avec des conduits pour déverser l’eau, construction en pierres et ciment avec un revêtement de pierres en losange.

En revenant, rencontre de chasseurs.

En passant par le village qui est après la grotte du Pausilippe, vu, dans une maison, une femme qui buvait, la tête renversée, dans une bouteille de gros verre de forme pirale.

Rencontré quelques corricolos. Les femmes en corricolo me semblent pleines de couleur.

MUSEE BORBONICO2

TABLEAUX

REMBRANDT. Portrait de Rembrandt peint par lui-même, 386. — En pelisse de velours grenat, bordée de fourrure, il porte au col un collier avec une décoration, la toque de velours noir est inclinée sur le côté gauche. Front large et plein, bossu, en pleine lumière, du côté droit ; œil rond, menton rond, petite bouche rentrée, nez en pied de marmite ; sa joue par le bas fait bajoue et s’appuie, en plis, sur le col de la chemise, qui paraît un peu. Il était laid mais bien beau, l’œil ne se détache pas de cette peinture vivante et d’un relief inouï, c’est peint d’une grande et forte manière et comme sculpté dans la couleur.

SPIELBERG. Chanoinesse assise. — Toute en noir, avec une fraise également tuyautée tout autour de la tête. Robe gris noir, les tempes maigres et rentrées, les sourcils blonds et rares ; les yeux très beaux et encore jeunes sourient avec finesse, ainsi que la bouche dont les commissures à boulettes et à chairs molles sont très soignées ; les paupières très régulières. C’est une blanche et gaie figure de dévote mondaine ; ses mains fortes et nourries, très bien faites. De la main gauche elle tient des gants en peau.

LUCAS DE LEYDE. Un dévot avec sa famille adorant le Calvaire, triptyque. — Le Calvaire est a u milieu. Dans le compartiment de gauche est le mari (avec ses fils), qui sans doute a commandé le tableau ; dans celui de droite, la femme avec ses deux filles et une autre femme ; jeune fille blonde, debout, fort belle, qui fait pendant à un autre homme, en même posture dans le compartiment du mari. Le père a deux fils à genoux, derrière lui, comme la mère a deux filles idem. À côté de la femme, agenouillée sur un prie-Dieu et un livre à la main, paraît la figure monstrueuse du diable dragon, qui rit ; il a l’intérieur des oreilles coloriées comme si on y avait figuré des fleurs. Dans les fonds, paysage à eau et à rocher. Charmante figure, comme ressemblance et naïveté, d’une des petites filles, celle qui est plus à droite. Au pied de la croix, la Madeleine, qui l’embrasse, et la Vierge debout ; à droite, un homme. Un petit ange, en vol, recueille dans un calice le sang qui dégoutte des pieds du Sauveur ; un autre recueille dans un calice le sang de sa main droite et de son flanc droit, et un troisième celui de la main gauche.

LUCAS DE LEYDE. Adoration des mages, triptyque. — Un mage de chaque côté. Dans la Naissance, un homme baisant la main de l’enfant ; à droite, est un nègre tenant de la main droite un calice d’or, et ayant à hauteur de son genou gauche un lévrier, gris, de profil, piété en avant et qui porte des écussons à son collier noir. Le nègre a pour pendants d’oreilles, une grosse perle blanche ; par-dessus une calotte de drap d’or, ou plutôt à fils d’or tressés, une toque rouge inclinée sur l’oreille droite, à losanges noirs sur le bord qui est relevé ; entre les losanges noirs de ce rebord, de petits boutons d’or comme pour les tenir ; une plume d’autruche est passée sur le côté gauche, le bout en reparaît, elle a été arrachée quelque part et enfoncée, simplement. Une chemisette blanche, plissée, lui monte, en collant sur la poitrine, et se termine par un collet bas ayant en dessous un transparent jaune. Il a sur les épaules un grand manteau à vastes manches coupées, pendantes, rouge et doublé de peau de léopard ; en dessous il porte un pourpoint vert à large galon d’or, échancré carrément sur la poitrine. Sur le cou passe à deux tours une petite chaîne tenant au bout une médaille bigarrée. Les manches du pourpoint crevées et laissant voir, dans leurs fentes, la chemisette, sont vertes à grandes bandes d’or. Des gants gris, et qui devaient remonter haut comme des gants à la crispin, mais mois, amassent des plis retombés autour des poignets et sont terminés par un gland, qui (main gauche) arrive à la hauteur de l’œil du lévrier. La jambe et la cuisse sont serrées dans une étoffe collante rayée à grandes bandes blanches et bleues ; c’est crevé aux genoux, pour que le genou puisse mouvoir, le dessous est jaune ; en guise de jarretière, une ample écharpe violet pâle, largement nouée. Souliers de velours noir, carrés du bout, très découverts, à oreilles carrées rouges, c’est le revers qu’on voit ; le pied droit est très en dehors et porté sur la partie gauche. Que c’est crâne ! quel costume ! quelle tournure !

Les Bambinos de l’école allemande. — Façon de traiter le Christ nouveau-né. — Dans deux tableaux de l’école allemande, 475 et 460, le Christ, bambino, est représenté dans (460) une Nativité comme un avorton, et dans une Adoration des Mages il a des formes de squelette. Est-ce déjà la Passion qui prévaut ? (dans une autre Nativité on voit au fond Judas Iscariote amenant les soldats), la douleur qui pèse sur l’enfant dès le ventre de sa mère ? Dans les Nativités et Adorations de mages espagnoles et italiennes, le Bambino est tout autre. Ou bien les peintres allemands ont-ils copié servilement le modèle ? le nouveau né des pays froids est-il ainsi ? cette dernière hypothèse me paraît moins raisonnable que la première.

ALBERT DÜRER. La Nativité de Notre-Seigneur (342, Galerie des chefs-d’œuvre). — Immense et profonde composition à soixante personnages. Il y aurait dessus tout un livre à faire. Pauvres figures, pâles, comme vos jeux sont tristes et pleins d’amour !

Au milieu, le Christ, qui vient de naître, entre la Vierge et saint Joseph ; de chaque côté, des hommes et des femmes en costumes du XVe siècle, qui prient le doigt dans un livre et l’œil perdu. De partout quantité de Chérubins qui arrivent, ceux du premier plan jouent et chantent de la musique, lisant le plain-chant ; d’autres, suspendus aux corniches de l’espèce de temple à colonnes et à arcades où la scène se passe ; un d’eux encense le Christ couché. Dans les fonds, une mer avec des nefs, une ville avec des églises, une montagne couronnée d’une forteresse vers laquelle montent des cavaliers, un pré où paissent les troupeaux, et les moutons vont boire à la rivière ; sur le bord du toit, une colombe, et un autre oiseau blanc qui vole.

Les femmes, toutes des religieuses en béguin, sont à droite : au fond, trois en béguin blanc, laides et se ressemblant, avec le nez de travers ; plus près de nous, une vieille religieuse en noir, la main dans le livre (je n’en vois pas dans ces peintures qui lisent dans le livre de messe, le livre est là, mais on rêve, on prie de cœur : il y a aussi à cela une raison esthétique, dont l’artiste à coup sûr ne s’est pas rendu compte), dessous de la mâchoire creux et ridé, tempes plates, mains supérieurement faites.

À gauche sont les hommes : un homme à genoux fait pendant à la religieuse ci-dessus, de même qu’un, debout après le groupe des hommes agenouillés, fait pendant à la splendide jeune femme debout (après le groupe des femmes agenouillées), vêtue de brocart et portant une croix d’or très ornée.

Mains de la Vierge !… Des points lumineux pétillent dans sa chevelure blonde, et s’en échappent en rayons.

Les Chérubins, contrairement à tous les autres personnages, sont gras, ronds, joufflus, frisés et bien plus modernes par rapport à nous. Au premier plan, ils font de la musique ; un, debout, soufflant dans une sorte de flageolet, est piété et s’écore sur sa cuisse le pied, portée en avant ; un autre, assis, joue d’une espèce de tehegour, dont il pince les cordes avec un long crochet. Le Chérubin qui encense a un mouvement de jambe pareil à celui de son encensoir : l’encensoir revient, et le Chérubin, suspendu en l’air, a les jambes qui s’en vont en arrière, en une courbe analogue, il encense de tout son corps et de tout son encensoir, le corps suit l’encensoir, les deux ne font qu’un. Le Chérubin lui-même est-il autre chose ?

CORRÈGE. La Sainte Vierge connue sous le nom de la Zingarella, ou de la Madona del coniglio. — Les pieds embobelinés de bandes et la tête idem, coiffure très vraie ; accroupie de fatigue sur l’enfant, qui repose endormi sur son sein ; vêtue d’une draperie de drap bleu ; sur les épaules, une manche blanche. À gauche, un lapin blanc qui broute. Beau, d’intention et d’effet, c’est bien la Bohémienne proscrite et harassée. Très empâté, très riche de couleur. Pourquoi des tons bleus et rouges sous la manche de chemise blanche du bras droit ?

BASSANO. Le Christ ressuscite Lazare. — Grande toile, recherche de la couleur. Lazare se lève de dessus une pierre où sont écrits des caractères hébreux. À droite, une femme qui a un dos et un bras couleur brique. La teinte de Lazare est fausse, ardoise et rouge au bleu de livide ? La tête assez belle, ainsi que celle du Christ. Ensemble peu fort.

FABRICIO SANTAFEDE. La Sainte Vierge avec l’Enfant Jésus. — La Vierge exaltée, les pieds posés sur le croissant de la lune, présentant le sein au Bambino. Tête charmante de la Vierge, blonde ; ses cheveux, couronnés d’un diadème d’or, à améthystes peu nombreuses, s’en vont de droite à gauche. Petit sein fin. En bas, saint Marc ou saint Jérôme (et lion) : belle tête, douce, barbe en deux pointes par le bas. De l’autre côté de saint Marc, un autre homme (un évangéliste ? saint Pierre ? ). Petite draperie violette sur le bras droit de la Vierge. Au bas du tableau, cette inscription :

Raphaël ? La Sainte Vierge connue sous le nom de la Madona del passaggio. — Jean-Baptiste (enfant) rencontre Jésus enfant et l’embrasse, baissant la tête et le regardant d’en bas ; la Vierge tient Jésus. Au fond, saint Joseph de profil, portant une besace sur l’épaule, détourne la tête et regarde. Paysage à eaux tournantes dans le fond. Un ton blond sur toute la toile (de chevalet).

CARAVAGGIO. Judith coupe la tête à Holopherne. — Elle l’égorge comme un poulet, lui coupant le col avec son glaive ; elle est calme et fronce seulement le sourcil, de la peine qu’elle a. De la main gauche, elle lui tient la tête empoignée par la chevelure, et tout son corps étant ainsi penché vers la gauche, son sein droit entrevu tombe de ce côté. La servante appuie sur Holopherne qui, du bras droit, le poing fermé, la repousse. Judith a une robe bleue. Le sang (vrai, noir, rouge brun, et non pas rouge pourpre comme d’ordinaire) coule sur le matelas. Tableau très féroce et d’une vérité canaille.

LÉONARD DE VINCI. Jésus-Christ apparaissant à Marie-Madeleine sous les traits d’un jardinier (Galerie du Prince de Salerne). — Toile inappréciable. La Marie-Madeleine, manches de velours vert. Quel modelé de bras ! Elle a, par le bas, une robe de brocart jaune à arabesque d’argent. Tête enfantine, naïve, étonnée. Le Christ marche, le pied droit en avant, se détourne, et la touche de la main droite à la tempe.

BERNARDO LUINI. Saint Jean-Baptiste (3e gal. des écol. ital.). — Tenant la croix de la main gauche et montrant de la droite écrit sur le mur : « Ecce Agnus Dei ». — Chevelure en tire-bouchons, la bouche sourit et remonte en demi-lune, les jeux sourient et remontent par les coins ; mignardise du faciès exagérée, ça finit par devenir grimacier ; le bras droit très mauvais. Peinture solide, d’un joli ton blond chaud, mais la figure du saint Jean-Baptiste me paraît déplaisante au suprême degré, le type de l’école est exagéré ici de façon à dénaturer l’idée même du tableau.

SALVATOR ROSA. Jésus disputant au milieu des docteurs de la loi. — C’est dans le clair-obscur, Jésus est vu de profil et même moins que de profil ; il est, à coup sûr, moins important là que le dos jaune d’un docteur en turban blanc, couleur magnifique. Tête chauve d’un homme qui est en face Jésus. Admirable couleur qui passe sur tout.

SALVATOR ROSA. Jésus allant au Calvaire succombe sous le poids de la croix. — La scène se passe de nuit. — Véronique, en jaune, hommasse, bras énormes, se penche vivement en tendant le mouchoir qu’elle tient du bout des doigts ; le Christ, succombant, est très empêtré dans sa tunique ; tombé sous la croix, il s’appuie de la main gauche. Au fond, de face, en raccourci, un soldat à cheval, portant un bâton, pousse sa bête en avant pour qu’on relève le Christ et qu’on se dépêche. La lumière, venant de côté, passe sur le dos jaune de la Véronique, sur le torse nu d’un homme, en tête de la croix, sur le bras un peu verdâtre du Christ et sur le casque et le bras gauche d’un soldat armé (bel effet) qui se penche pour relever la croix.

Dans la galerie du Prince de Salerne :

Un Napoléon (atroce croûte) coiffe de lauriers, nu et tenant la foudre à la main ; ça vient du palais de Murât.

Une Joséphine, en robe de velours grenat, sourcils noirs épais et longs, bouche très rose, petit air polisson et sensuel.

INGRES. Françoise de Rimini. — Détestable, sec, pauvre de couleur ; le col du jeune homme qui va pour embrasser Françoise n’en finit.

GÉRARD. Les trois âges de la vie. — Peinture à faire périr d’ennui ; très léché, très soigné. Joli pied de la femme (tête de Marie-Antoinette ou dans ce genre) apparaissant sous la draperie ; le crâne de l’enfant reposant naturellement sur elle très bien dessiné. Le jeune homme, le torse tourné, assommant, avec sa chevelure frisée. Quelle prétention ! quelle pose ! quel froid ! il gèle à 36° dans cette école ! Aimait-on peu le soleil sous l’Empire !

RIBÉRA. Silène ivre, couché à terre et entouré de satyres. —Très beau. Silène, tout nu. Ce n’est pas Silène, la figure est toute espagnole, noire, au lieu d’être rouge, le nez non camus, l’œil rond, ouvert, et singulièrement pur et beau ; il est tout rasé, tons bleuâtres de la barbe ; il tend la main pour qu’un satyre lui verse à boire dans une coquille ; ventre trop rond, trop hydropique, trop dur. La cuisse gauche, à plis, très belle, quoiqu’il me semble que le second pli se rapproche un peu trop des plis de chair des petits enfants. La tête est bien bête ! c’est un Sancho brutal. À gauche, au fond, tête d’un âne qui brait, relevant Tes gencives et montrant les dents ; en dessous, jeune homme couvert d’une peau de bête, mi-nu, qui vous regarde en riant (?). À droite, un satyre à cornes (sic celui qui verse). Dans la confection des cornes mariées à la chevelure, la tradition ici est suivie. En bas, le nom de Ribéra écrit sur une feuille de papier déchirée que mord un serpent ; de l’autre côté, une tortue.

PARMESAN. La Sainte Vierge et l’Enfant Jésus. — Elle lui met le doigt dans la bouche, sur le bord des lèvres. Vilaine main, doigts en salsifis, trop relevés du bout, mais quel joli profil de femme ! Le nez, tout droit, continue le front, l’œil est à demi fermé, plein de langueur, de tristesse, de bonté.

PARMESAN. Lucrèce s’enfonçant le poignard. — Le sein droit est découvert ; figure blonde rosée, chevelure archi-blonde, presque blanche sur les tempes ; la bouche ouverte, le nez un peu retroussé du bout, l’œil ouvert et regardant en haut. Vilain bras droit, petite oreille charmante (comme dans tous les portraits du Parmesan). Adorable petite femme à mettre dans un nid.

PARMESAN. La ville de Parme sous les traits de Minerve. — Elle caresse je ne sais quel petit Farnèse, cuirassé, figure agréable de gamin, avec ses petites cuisses serrées dans un maillot rouge. La tête de femme est tout à fait de même genre que celle de la Lucrèce, et coiffure analogue.

ANNIBAL CARRACHE. Composition satirique contre son rival Michel Ange Amerighi de Caravaggio. — À gauche, un homme avec un chien et un perroquet sur son épaule, le perroquet mange des cerises que lui présente le personnage du milieu, assis ; ce personnage a la figure toute couverte de poils, mais cela n’empêche nullement de distinguer ses traits. Entre ses jambes, un chien donne la patte à un singe ; il a sur son épaule un singe qui lui gratte la tête. À droite est un homme qui rit et vers lequel se tourne le personnage à figure couverte de poils, d’un air langoureux et doucereux.

HOLBEIN. Portrait d’Erasme. — Tout en noir, figure en lame de couteau, nez pointu, petite moustache ; à la place de pointe, une simple ligne de poils sur le menton ; le chapeau est très enfoncé sur le front ; sourcils fins et partant de très bas, peu de distance entre le nez et la bouche ; son encrier et son cahier. Air tranquille et malin, quelque peu renfrogné, physionomie profondément fine.

TITIEN. Portrait de Philippe II (en pied). — Manches bleues à arabesques grises, très épaisses et dures (les manches), pourpoint jaune à tons d’or pâle, manteau de velours bleu à fourrure noire, sandales de grosse toile ; barbe naissante, mâchoire en avant, paupières épaisses et lourdes, œil ivre et froid. Fort beau.

SÉBASTIEN DEL PIOMBO. Portrait du pape Alexandre VI. — Petit bonnet et pèlerine rouge, figure brune, rasée, austère, grands traits longs et forts, paupière large, bouche dessinée, sourcils épais, le regard est de côté et d’aplomb. Figure beaucoup plus noble que celle que l’on s’attend à trouver d’après l’idée faite d’Alexandre VI.

RAPHAËL. Portrait du chevalier Tibaldeo. — PARMESAN. Portrait de Christophe Colomb. — Le premier, en petit chaperon noir, barbe petite et courte, œil brun, front carré ; le second est un beau cavalier, avec toute sa barbe très soignée et une grande moustache fauve qui descend dessus ; œil bleu, nez très fin, front large, chevelure brune blonde soigneusement séparée sur le front, œil bleu foncé ouvert et charmant, ensemble coquet et très troussé. Derrière lui, un casque et une masse. Manches grenat pâle, à crevés. C’est là bien plutôt un cavalier, et le portrait indiqué comme celui de Tibaldeo pourrait bien être celui de Christophe Colomb ; j’ai peine à croire qu’il n’y ait pas méprise dans le catalogue. Ce portrait n’est guère non plus dans la façon du Parmesan, si blond d’habitude ; tout, au contraire, ici est brun et très mâle.

PARMESAN. Portrait d’Améric Vespuce. — Est-ce du Parmesan ? en tout cas ses portraits d’hommes ne ressembleraient guère à ses tableaux ? Même observation que ci-dessus. Belle peinture. Toque, barbe roux brun, courte, deux longues pointes de son rabat tombent en avant sur sa poitrine ; tout en noir, un livre ouvert.

M. SPADARO. Portrait de Masaniello fumant sa pipe. — Petit chapeau retroussé, avec une médaille et une plume ; de la main gauche il tient un petit pot à tabac avec un couvercle ; l’épaule gauche découverte, visage rond, physionomie gaie et insouciante, air gamin, bouche dessinée, pas de barbe, nez pommé, un peu rouge par le bout. Peu de type méridional, nullement l’air féroce, au contraire l’air joyeux et gaillard.

PEINTURES MURALES.

Architecture et paysages :

Trois grands bas-reliefs peints, 25-24-23. — 25. Une femme ouvre une porte et va descendre l’escalier qui vient vers vous ; la porte entrebâillée est en perspective. Effet cherché et qui se retrouve dans 24 deux fois, à chaque extrémité du tableau. Cette recherche de l’effet produit par la perspective me paraît constant dans les reproductions d’architecture ; on l’observe ici, 25, sur la ligne supérieure d’un baldaquin près de la porte ; sous ce dais carré une femme nue assise sur ses genoux ; un autre baldaquin semblable, 23, avec une femme pareille.

Le fond des portes, panneau principal, est rouge avec de larges bordures jaunes, les linteaux sont jaunes ; en dessus des corniches, très en relief, femmes à queue de dragon et sphinx ailés.

Sur les piliers et les corniches, statues : ainsi, dans un salon à colonnes d’un ton jaune (ancien n° 240), couvert sur les boiseries d’arabesques Louis XV, se voit un lion sur le large socle carré d’une lourde statue ; le socle est très large pour pouvoir servir de piédestal au lion ; ainsi dans le n° 15, sur le bord d’un entablement, un éléphant serre dans sa trompe son petit. Quelquefois la représentation se borne à une perspective de portiques et de colonnades : ex-ancien n° 901, le dessus, après une bordure où il y a des personnages peints, représente la partie supérieure d’une maison avec une terrasse défendue par un balcon de bois en X ; sous l’X semble être une tenture ; les murs sont verts et les fenêtres (auvents des fenêtres) chocolat rouge.

Peintures de moyenne grandeur et fantaisies : Un vieillard à cheveux blancs, torse nu, un satyre en érection et un Amour. — Le satyre est près d’un Amour qui le tire par la main, il a passé son jarret sous le genou de l’Amour pour l’enlacer, et son sabot cache le pudendum de l’Amour ; il est en pleine érection ; ses cornes, sa barbe en pointe et deux autres cornes partant à côté des oreilles et allant en descendant, le font ressembler au Diable. La figure plastique du Diable vient-elle ainsi du Pan exagéré ? Mais que signifie le vénérable vieillard qui regarde tranquillement cette scène ?

Deux satyres qui se battent avec des chèvres. — Celui de droite, fort remarquable, pose ramassée et puissante, la cuisse droite levée de niveau à la hanche, le genou faisant angle ; la chèvre présente le front, cela rappelle tout à fait les vers de Chénier :

Le Satyre, averti de cette inimitié,

Affermit sur le sol la corne de son pied.

Excellente petite peinture.

Peintures murales :

Bacchus et Ariane. — La plus belle peinture peut-être du Musée. Ariane, couchée, est endormie, l’aisselle gauche appuyée sur le genou d’une femme (ou d un jeune homme ? ) qui porte un petit vase dans ses mains, le jarret gauche sur le genou droit, et le bras droit levé sur sa tête, faisant angle, et le poignet retombant ; la main gauche repose extérieurement à terre. La bouche est entr’ouverte et les yeux fermés, ligne des cils rapprochés ; tête ronde, charmante, pleine de repos et de volupté. L’Amour la montre à Bacchus, retirant de dessus elle la gaze transparente qui lui couvre le torse nu. À partir des cuisses, il y a en dessous une draperie lie de vin atténuée par la blancheur de la gaze de dessus. Au centre du tableau, Bacchus debout, appuyé en posture triomphale, la jambe droite en avant, sur son long thyrse ; à gauche, un Bacchant, très rouge, œil rond écarquillé, montre d’un air lubrique et empressé à un Silène (la figure n’est pas celle de Silène, la tradition aurait-elle été déjà perdue ? en tout cas, le ventre y est) la femme endormie, et lui tend la main comme pour le tirer à lui et l’aider à monter.

Mars et Vénus. — Vénus est assise sur un fauteuil et vêtue d’une robe lilas ; Mars, debout par derrière, ayant une plume droite de chaque côté de son casque, lui prend de la main droite le téton gauche. Dans tous les sujets érotiques, pour bien indiquer l’action, l’homme caresse toujours ainsi la femme. À gauche du tableau, une femme portant une robe de même couleur est accroupie par terre, les talons au cul, et cherche quelque chose dans un coffret. Généralement les yeux des femmes sont grands et ouverts tout ronds, quelque ovale que soit la forme extérieure de l’œil, le sourcil très allongé et fin. Toute la figure forte et pleine, le nez droit, les joues colorées, apparence d’une santé solide : les Romains aimaient la femme royale.

La conduite en Egypte par un Triton. — Le Triton a l’expression et la tête amoureuses, mélancoliques, données ordinairement au taureau qui enlève Europe. La figure d’Io, cornes naissantes dans la chevelure, est enfantine et étonnée, avec quelque inquiétude. L’Egypte, figure de même caractère que toutes les autres, tenant un serpent entortillé au bras gauche, lui tend la main droite, elle est entourée de voiles blanches. Pour faire saillir le jet du regard, on entassait les ombres dans les coins des yeux (témoin la Médée 96) et dans les bouches, qui rarement sont complètement fermées, tandis que dans le sommeil, au contraire, ils s’attachaient à dessiner la ligne mince des cils réunis (l’œil aux trois quarts fermé, comme il l’est la plupart du temps dans la nature, eut-il été trop laid ? et aurait ressemblé à la mort ? ).

PORTRAITS

La Servante indiscrète. — Peinture assez sérieuse, surtout la servante, coiffée d’une sorte de coiffe rouge. Me paraît être le portrait de deux femmes ; la maîtresse tient un stylet et des tablettes, de même que dans la prétendue Sapho 42, la position est la même. On se faisait peindre avec un stylet et des tablettes ou couronné de feuillages, comme maintenant la main appuyée sur un livre et en cravate blanche !

ANIMAUX

Une cigale sur un char traîné par un perroquet vert. — Fantaisie exquise, les Romains conna issaient aussi le Granville. Les deux rênes partent des deux côtés de la tête de la cigale et ses antennes, en arrière, imitent des cordes ; le char est couleur d’acajou foncé, les brancards et les roues couleur paille.

Deux paons sur le haut de candélabres au bout d’un mur. — Entre eux deux un candélabre arabesque ; ils n’ont point la queue déployée et sont vus de profil, celui de gauche baisse la tête comme pour regarder en bas.

Deux oiseaux près de petites marguerites. — Œil rond des oiseaux, air naïf et calme. Comme vérité et intensité de nature, c’est peut-être dans la peinture d’animaux (les oiseaux surtout avec leur air paisible et remplumés) que les Romains me semblent avoir été le plus avant.

DANSEUSES D’HERCULANUM

Rien au monde de plus rêveur que ces figures en vol sur leur fond noir ; elles ont le caractère d’un songe, vagues, aériennes, colorées. Ce qui fait le charme de ces figures, c’est leur peu de fini ; quoique de petite dimension (quatre pouces au plus), elles sont très largement traitées et faites pour être vues de loin.

BRONZES

(Statues, groupes, chevaux.)

Mercure assis. — La jambe gauche repliée, le dos infléchi, l’avant-bras gauche posant sur l a cuisse gauche et le poignet de cette main tombant libre naturellement, tandis que fa droite s’appuie sur le rocher ; la jambe droite, le bout du pied levé, a le talon par terre. Les ailes (chaussure talonnière) sont attachées par une courroie qui passe sous la plante du pied et se rattache sur le coup-de-pied. Dos charmant et très étudié. Extérieurement la cuisse gauche de profil est vilaine, toute droite comme une poutre et dure ; même observation pour la main droite, celle qui est appuyée sur le rocher. La jambe droite, celle qui est en avant, un peu trop incurvée en dehors et rococo. Ensemble mouvementé et plaisant. Rien de plus charmant que cette chaussure ; comme les ailes, partie postiche des pieds et qu’on sait n’en pas faire partie, ajoutent de mouvement et de légèreté ! Supériorité sur les ailes des anges, appendice choquant, qui a toujours l’air d’une monstruosité et qui ne se prête jamais à l’expression gesticulative des autres membres.

Faune ivre. — Le bras appuyé sur une outre, porté sur la partie gauche du corps, appuyant son bras gauche sur une outre à demi pleine et qui est sur un rocher recouvert d’une peau de bête féroce, il lève en l’air son bras droit et son pied droit. La main (droite), le médium sur le pouce, l’index en l’air, l’annulaire et le petit doigt fermés, il claque des doigts comme pour chanter ou danser ; sa bouche, où les dents du côté droit manquent (je ne crois pas que ce soit une cassure, mais plutôt intentionnel), rit et montre ses dents supérieures. Dans sa chevelure en mèches hérissées (assez mal faites), petites grappes de raisin, deux petites cornes naissantes et qui semblent faire pendant avec deux petites loupes qu’il a au cou, sous la ligne des carotides. (Mêmes petites loupes sous la mâchoire dans un Faune endormi, mais ici les cornes, en forme de vignot et non plus de bouquetin, sont plus rapprochées sur le front et se confondent moins avec la chevelure.) Ses cornes naissantes ne sont pas plus grandes que ses deux petites loupes. Le ventre flasque, charnu, à peaux molles, plein de vin doux mousseux et de pets qui gargouillent, s’en va de gauche à droite dans le sens de la jambe droite qui se lève. Les membres sont maigres, la chair peu ferme sur les os ; la débauche a vieilli cet être. Vilaines mains, doigts mal faits. La jumelléité du 2e et du 3e doigt du pied ne me semble observée nulle part jusqu’à présent, elle est pourtant constante dans la nature.

Faune dansant, statuette. — Très jolie chose comme mouvement, entente des cheveux et des cornes confondus ensemble ; la chevelure en mèches hérissées des Faunes n’a peut-être pas d’autre sens que de pouvoir se marier aisément avec les cornes, dont on tâche par ce moyen d’atténuer l’excentricité qu’elles ont par rapport au crâne humain et au visage. Les jambes trop longues, comme dans toutes les statues de danseurs et de danseuses. À observer que la queue chez les Faunes est toujours placée au-dessus du sacrum et non au bout du coccyx, comme chez les animaux.

Bacchus et un Faune. — Le Bacchus a une chevelure et une tête de femme, le reste est un corps d’homme. La juvénilité de Bacchus et Adonis, arrivant par gradation à des formes femelles, est-ce là ce qui a conduit à l’hermaphrodisme ? En tout cas, esthétiquement parlant, c’en est la transition.

CHEVAUX

Cheval du quadrige de Néron. — Râblé, plis nombreux sous le cou ; la tête est sèche comme toujours, et les narines très ouvertes ; poitrine large, base de l’encolure énorme, un bouquet de poils aux paturons et sur la sole. Son collier est en deux bandes de cuir plates et s’attache de chaque côté sur le haut des épaules avec de petites courroies. Les anciens ne brûlaient pas le poil dans l’intérieur des oreilles des chevaux ; ici il est peigné dans son sens, et dans la tête colossale 83, on dirait qu’on les a arrangés pour leur donner une espèce de forme de palme. La crinière toujours taillée toute droite, comme au Parthénon.

BUSTES

Buste d’un inconnu. — Chevelure sur le front en véritables tire-bouchons ; il y en a deux rangs, 42 en tout. Le tire-bouchon du rang d’en haut descend sur l’entre-deux des tire-bouchons du rang d’en bas. Les sourcils sont très longs et fortement indiqués. Vilain buste.

Ptolémée. Apion. — Chevelure en tire-bouchons plats. Au heu d’être un gros fil tordu, c’est une petite bande tordue ; les tire-bouchons sont retenus par un bandeau noué par derrière, plus courts sur le front et s’allongeant à mesure qu’ils se rapprochent des oreilles. Cette chevelure prise sous son bandeau, rappelle comme galbe le coufieh pris sous la corde en poils de chameau. L es tire bouchons entourent complètement la tête, tandis que, dans le buste précédent, ils s’arrêtaient aux oreilles ; ils sont au nombre de 75 (sans compter ceux qui, faisant partie du buste même, sont collés contre le cou ; ils ont été rajoutés après coup). Bouche mi-ouverte dans une expression souffrante, visage ovale carré par le bas, front très épais dans l’entre-deux des sourcils.

Tibère. — Buste tout vert, avec des yeux d’argent devenus bruns. Tête discrète et fine, répondant à l’idée qu’on se fait de Tibère, aplatie sur le sommet (absence des bosses de la bienveillance et de la religion), mais fournie sur les côtés au dessus des oreilles ; la bouche est petite, le front bas et large sous les mèches plates des cheveux courts, qui tombent carrément dessus ; paupières très étroites, menton saillant. Grand air de distinction et de réserve, aucune expression du chat, du renard, ni de l’oiseau de proie.

Scipion l’Africain. — Grand air de ressemblance. Vieillard chauve et sans barbe, chauve sur le devant et les tempes ; la chevelure, partout ailleurs, est indiquée par des pointillés. Le front est creusé de trois grandes rides et d’une supérieure qui s’efface un peu vers le milieu du front. Sur le front une loupe, au-dessus du sourcil droit ; sourcils épais, les poils très indiqués ; les joues sont maigres et tombent, on sent que cette mâchoire-là n’a plus de dents. Aux deux coins de la bouche, sur le bas des joues, comme deux petites boules qui semblent pousser du dedans. Le nez s’infléchit par le bout, la narine est épaisse, la bouche coupée toute droite sans dessin, l’oreille très détachée de tête (trait commun aux bustes antiques).

Platon. — Une des plus belles choses antiques que l’on puisse voir, le bronze a pris des couleurs veinées de marbre vert foncé. La tête, infléchissant le menton sur la poitrine, est coiffée d’un bandeau qui retient sur le front les cheveux peignés. Admirable travail des cheveux, il semble que le peigne vienne d’y passer ; les cheveux sortent du bandeau, se divisent en deux et repassent par-dessus, où leur bout faisant un peu coque ovale ou bourrelet sur les oreilles, est réuni par lui ; pour faire transition entre ce rouleau et le commencement de la barbe, qui prend assez bas, frisée largement sur les pommettes, puis peignée, et se terminant par le bas en rares petits tirebouchons, il y a entre la barbe et ce rouleau, au-dessous de lui et s’en échappant, de petits anneaux de cheveux tordus (creusés à jour). Le col très fort, surtout de profil. Expression sérieuse et mâle, beauté, idéalité, puissance, et quelque chose de tellement sérieux qu’il y a un peu de tristesse. La sérénité, cachet du divin antique, absente.

Bérénice. — Les cheveux sont tirés vers le haut et montés (pour agrandir la ligne du front et du nez) comme à la chinoise ; une double couronne de cheveux tressés sur le sommet de la tête, point de chignon ; les tempes et le front son également découverts par cette chevelure remontée. Visage ovale, menton carré, très grands yeux, grande distance de l’angle interne de l’œil au méplat du nez, qui est tout droit. La ligne droite du front et du nez est plutôt même convexe à l’entre-deux des sourcils, le front est très charnu. Le bord extérieur de chaque lèvre fort marqué par la ligne de la peau qui arrive là, très nette. Ligne du sourcil longue, à arête aiguë. Fort belle tête et des plus grecques.

Architas. — Coiffé d’un turban petit et rond comme une anguille ; il est serré par une bande diagonale croisée par-dessus une autre.

COLLECTION DES PETITS BRONZES.

Système d’éclairage composé d’un pilier carré supportant quatre lampes. — Le support, sur lequel est planté le pilier, est en argent et carré, portant à terre par quatre griffes ; il est échancré à sa partie antérieure, sur la droite de laquelle est un petit autel avec un bûcher et un feu qui brûle ; de l’autre côté, à gauche, c’est un Amour, nu, tenant de la main droite une corne d’abondance et à cheval sur un léopard. De l’extrémité du pilier partent quatre bras, recourbés, sur lesquels courent des arabesques, et au bout de chacun desquels est suspendue à une chaînette par un anneau une lampe de forme différente. Sur le dessus de la première, deux dauphins dos à dos, appuyant leur queue l’une contre l’autre, dont la réunion fait pyramide cintrée. Des deux côtés de la lampe (toutes sont ovales de forme) partent deux têtes d’éléphants. Sur la seconde, ce sont des têtes de bœuf qui sortent ; sur le dessus de la troisième, deux aigles, ailes déployées ; la quatrième toute simple.

Système d’éclairage composé d’une colonne cannelée supportant trois lampes. — La base n’est pas échancrée sur l’avant, comme la précédente. Sur la partie du milieu, un peu en retrait, s’élève une tour, à pans, surmontée d’une boule.

Système d’éclairage composé d’un tronc d’arbre à nœuds et d’un bout de branche supportant quatre lampes. — Les lampes, toujours suspendues à des chaînettes, ont leur anneau passé aux quatre bras du tronc, qui sont des branches. La quatrième lampe est suspendue à une branche, plus basse et plus courte, partant du milieu du tronc à peu près.

Système d’éclairage composé d’une colonne supportant quatre lampes. — Comme dans la précédente, la base d’où s’élève la colonne est complètement carrée, les lampes toujours de formes différentes ; la colonne ici est placée juste au milieu.

Un tronc d’arbre se bifurquant supporte deux lampes.

À un autre tronc d’arbre supportant trois lampes, les lampes sont en forme d’escargot, l’animal sort de sa coquille.

Quantité de candélabres : tiges droites en haut desquelles est un petit plateau pour mettre des lampes. — La tige est un tronc de palmier, un roseau, une épine (plus rare) avec des nœuds, imitant un bâton qu’on vient de couper. Ces tiges, appuyées sur trois ou quatre pieds, terminées par des pattes de biche ou des griffes ; elles sont toutes fort longues, celles qui sont simples sont généralement cannelées. L’une a un bracelet long qui glisse dans toute la largeur de la tige et qui supporte, par une tringle faisant col de cygne, un support pour mettre une seconde lampe ; ce bracelet s’arrêtait par une épingle que l’on enfonçait dans un trou pratiqué dans la tige et attaché à la tringle en col de cygne par une petite chaînette. Sur le haut de la tige, une rondelle pour poser la lampe comme à toutes les autres ; on avait ainsi, dans le même ustensile, une lumière fixe dessus, et une autre plus bas, que l’on pouvait abaisser et monter (et maintenir) à volonté.

Une petite lampe en forme de pied humain. — Pied gauche. La mèche sortait par le pouce, le trou est la place de l’ongle, l’huile se versait par la place du milieu de l’os, coupé.

Vases à cendre. — Avec des anses mobiles que l’on entre et que l’on défait par la pression. Sur le bord extérieur du vase, sorte de panier oblong, deux têtes de biches dans la bouche desquelles est cachée la conette où entre le goupil de l’anse.

Deux seaux plus minces à la base qu’en haut. — Les anses, toutes plates, se rabattent des deux côtés exactement sur les bords du vase et, disparaissant ainsi à l’œil, font un léger renflement, corniche sur le bord du vase, et semblent adhérents à son architecture. C’est une des choses les plus ingénieuses et les plus profondément sensées comme goût et comme commodité que l’on puisse admirer.

Un rhyton. — Tête de cerf en bronze, à yeux d’argent ; les oreilles sont à leur place, mais les cornes sont réunies (pour pouvoir servir d’anses) jusqu’à une certaine distance, où elles se divisent et partent chacune de leur côté.

Des peignes. — Tous en forme de démêloirs, quelques-uns très petits.

Trois poids pour peser des combustibles. — L’un est un cochon, l’autre un osselet, le troisième un fromage ; ils ont, sur leur dessus, une poignée de la forme de celle de nos fers à repasser.

Une sorte de gril plein, à manche, avec quatre demi sphères en creux. —C’était, sans doute, pour mettre cuire des boulettes de viande farcie, ainsi que cet autre, plat, tout rond, beaucoup plus grand que le précédent et à trous nombreux un peu plus profonds ; il y a 29 trous.

Ustensile en forme de château fort pour faire chauffer l’eau. — C’est un quadrilatère, ayant une tour carrée à chaque angle, et les tours sont reliées par des courtines ; tour et courtines, le tout est crénelé. L’eau se versait en levant le couvercle qui fait plate-forme de la tour ; elle était échauffée par des charbons que l’on plaçait au centre du carré, entre les quatre courtines, dans la cour de la forteresse enfin ; un robinet, pratiqué sur la face extérieure d’une des courtines, versait l’eau. On maniait ce meuble par quatre anses.

Plusieurs romaines. — Le plateau est supporté par quatre chaînettes carrées, le bras du levier a toujours pour poids un buste.

LES CASQUES

Ont généralement un abat-jour très large, ou rebord, tout autour de la tête, ça encadre le visage, et ça part ensuite presqu’à angle droit à la hauteur des oreilles. Les œillères sont des rondelles composées de cercles à jour, mobiles, attachées en haut par une charnière, et retenues par le bas dans une patte transversale en laquelle est engagée la patte terminant l’œillère. Ce qui abritait la figure est en deux morceaux (sauf dans un casque énorme, chargé de sculptures en relief et d’un poids effrayant). Pour s’en débarrasser, il fallait d’abord soulever les œillères, les remonter, puis passer la main en dessous, dans le casque, et défaire l’épingle d’une charnière intérieure qui retenait la mentonnière. Cette mentonnière étant divisée en deux, il fallait faire ce qui précède pour chacun des côtés. Ils fermaient, du reste, exactement, croisant même un peu l’un sur l’autre ; pour mieux maintenir les deux parties, on les attachait par le bas à l’aide d’une petite courroie passant dans des trous.

À l’un de ces casques, il y a, sur le côté gauche, un bouton avec un bout de lanière, le tout en bronze. La quantité d’ornements, leur poids et leur forme pompeuse me font présumer que c’étaient des casques de théâtre ou d’apparat, il me paraît impossible que ce fussent des casques militaires ; de gladiateurs, peut-être ? Sur les bords de la crête de ces casques, des trous ; à l’un d’eux, des anneaux, sans doute pour attacher des panaches.

À des casques plus simples et plus légers il n’y a pas de ces visières (de casquette), abat-jour, et au lieu d’œillères ce sont tout simplement des trous pour les yeux.

Des casques ont seulement, pour garantir le visage, deux longues oreilles faisant partie du casque même, et qui tombaient sur les joues. À l’un d’eux, elles imitent la silhouette d’une tête de bélier (le nez en bas).

Quant au nez, il était à peine protégé par une petite languette de bronze, très mince et par l’extrémité s’élargissant un peu en trèfle.

Le casque de la sentinelle trouvé avec le crâne dedans à Pompéi, est ainsi avec une bande descendant sur le nez ; les deux côtés protégeant le col avancent comme un vigoureux col de chemise très haut, et ne sont que le prolongement sur les joues de la partie postérieure du casque.

Un casque singulier en forme de pain de sucre, orné de deux bandes plates qui remuent et d’une espèce de fourche sur son sommet.

N. B. — L’expression « la visière baissée », « il baissa sa visière » serait donc ici impropre, puisqu’elle ne pouvait remonter et, par conséquent, descendre dans l’épaisseur du casque, qui est simple. On l’accrochait d’en dedans et on la décrochait du dehors. Car, comme l’abat-jour entoure aussi le casque en bas pour protéger le cou, on devait avoir de partout le col serré, et il n’y avait pas assez de place pour que la main pût passer par en bas, glisser le long du visage, et arriver à a charnière située à la hauteur des tempes. On retirait donc d’en dehors, de par le trou des yeux, l’épingle et toute l’armure du visage tombait. Mais qu’en faisait-on ensuite ?

Entraves pour passer les pieds des criminels. — Montants recourbés ; le condamné mettait ses pieds entre eux, et une barre de fer passait dans les courbes l’empêchant de pouvoir s’en dégager ; il était bien entendu couché sur le dos. La machine, évidemment, pouvait servir à plusieurs à la fois.

Une cuvette ou casserole en forme de coquille.

Vase à lait d’une forme charmante. Deux petites chèvres en haut du vase ; en bas, entre les deux branches du vase, un petit Amour.

MARBRES

Bacchus indien, buste, très beau. — Un diadème retient les cheveux disposés en boucles (creux dans les boucles) sur le front ; partant de derrière les oreilles, deux longues papillotes à l’anglaise viennent tomber sur les épaules. La barbe, frisée en boudins réguliers, tombe toute droite ; travail pareil à celui des cheveux. Nez droit, globe de l’œil très sorti.

Bacchus indien, buste. — Figure plus carrée, d’un travail très inférieur. La bouche, à lèvre inférieure épaissie et à demi entrouverte, tourne presque au satyre ; les cheveux, frisés en roses, sont disposés sur le front en deux rangs ; de derrière chaque oreille part un large ruban qui vient tomber sur le devant des épaules ; barbe naturelle.

Bacchus indien. Hermès. — Barbe taillée, ou mieux tirée carrément, frisée en longues mèches ondées parallèles, partant du bas des pommettes et couvrant toute la mâchoire. Malgré la moustache, la lèvre se voit ; le dessous de la lèvre inférieure, espace compris jusqu’au menton, est couvert par une petite demi-rondelle de barbe en forme d’éventail. La tête est serrée par une bandelette ; de dessous elle, sur le front, partent deux larges masses de cheveux qui s’élèvent sur la tête, et remontent par-dessus le bandeau, puis repassent dessous ; là, sur les temporaux, les cheveux s’échappant du bandeau, sont disposés en une masse de trois rangs de boucles, frisés en bouton ; de l’occiput, la chevelure tombe d’elle-même sur le dos ; deux longues mèches naturelles, se séparant de cette masse (chacune de ces mèches est composée de deux), viennent tomber en avant sur les deux côtés de la poitrine.

Bacchus indien. Hermès. — Barbe en pointe, bouclée seulement sur les joues, par le bas elle frise naturellement ; cheveux retenus par un bandeau noué par derrière. Sur le front, une double demi-couronne de cheveux bouclés en petites boucles (trous dans les boucles) ; deux mèches (chacune de deux) naturelles partent de derrière les oreilles et tombent sur la poitrine. Bouche entrouverte très visible. Cette chevelure vise à faire coiffure. À remarquer que dans tous ces bustes jamais la moustache n’empêche de voir les lèvres, ni la coiffure l’oreille.

Bacchus indien. — Les cheveux tombent naturellement sur les épaules ; la barbe, naturelle, dans le style un peu de celle des Faunes, très longue, pend sur la poitrine ; les cheveux, en un chignon énorme comme ceux d’une femme, sont rattachés derrière la tête.

Bacchus, buste couronné de pampres et de raisins. — La tête ici est carrée et les jeux, au lieu d’être ronds et à ras du visage, comme dans les Bacchus indiens, sont renfoncés ; la barbe naturelle en grosses mèches, le front carré sous son bandeau, la bouche mi-ouverte.

Buste de femme à chevelure très ondée sur le front. — La raie du milieu semblant dissimulée autant que possible, le reste de la chevelure fait couronne tout autour de la tête, l’extrémité est cachée. Au dessus des bandeaux ondes, ou mieux au-dessus de la partie de la chevelure ondée, deux cordes, puis deux petites tresses minces qui font la couronne ; la troisième tresse se trouve en partie appartenir à la couronne et en partie aplatie dessus.

Plotine, femme de Trajan. — Longue figure régulière et froide, nez long (restauré), longs sourcils droits, peu arqués. La chevelure est divisée en deux parties bien distinctes ; le chignon, en plusieurs tresses, est tordu et attaché ensemble sans peigne. Sur le devant, étage à sept degrés, dont l’ensemble fait une visière plantée le plus droit possible, à peu près sur la même ligne que le front ; le dernier et l’avant-dernier, à partir d’en haut, sont des rouleaux très réguliers ; le premier à partir d’en bas est un rouleau aplati, terminé de chaque côté par deux petites papillotes tombant sur les tempes (pour faire, comme effet et vu de face, l’office de pendants d’oreilles ? ) ; le deuxième et le troisième rouleau sont ronds, ceux du milieu un peu moins symétriques.

Julie, fille de Titus. — Ressemble au précédent, comme traits et comme coiffure. La coiffure visière est plus régulière encore, est terminée par quatre petites papillotes de chaque côté sur les tempes.

Buste d’impératrice à coiffure-visière double. — La coiffure sur le front est complètement double et dentelée en queue de paon ; la seconde, plus haute, apparaît derrière la première (celle qui est immédiatement sur le front).

Julia Pia, buste vilain. — Epaule et moitié du sein gauche découverts ; les cheveux, simplement peignés, collent sur la tête et vont jusqu’à l’oreille ; à partir de là, réunis en une large plaque tressée qui remonte en s’amincissant, jusque sur le sommet e la tête, et arrive carrément sur la raie du milieu qui les sépare sur le devant. La draperie est attachée sur l’épaule droite.

Plautilla, buste. — Devait être blonde. Figure douce et fade, visage ovale, plein, un peu bouffi dans le haut ; yeux à fleur de tête, la prunelle est levée en l’air, les sourcils arqués se réunissent par quelques poils sur le nez ; petite bouche, petit menton, le front est plein vers le milieu, joli col. Les cheveux sont peignés naturellement. Derrière la tête, d’une oreille à l’autre une torsade qui descend comme le derrière d’un casque grec, prenant la forme du cou et s’appuyant sur les mastoïdes, l’extrémité des cheveux est ramenée en cercles concentriques sur le col, cercles allongés, ovales.

Agrippine, mère de Néron, buste médiocre. — Visage carré du haut, pointu du bas ; menton carré, en galoche ; grands jeux ouverts. Sur le front, cinq rouleaux lâches et peu serrés entre eux, le reste est peigné naturellement ; derrière la tête, des cheveux sont noués en catogan ; sur le col, de chaque côté, deux petits rouleaux qui tombent.

Agrippine. — Meilleur. Même tête, le travail ici est plus indiqué, le premier buste doit être l’ébauche de celui-ci. Le nez est un peu bombé au milieu, les pommettes sont plus saillantes. Elle est ici plus vieillie et plus belle que dans le buste précédent. Les cheveux sont séparés sur le front en petites mèches ondées.

Néron, buste. — Ressemble à sa mère, la figure est également très large du haut et pointue du bas ; dépression au milieu du front, proéminence de l’angle interne du sourcil. Les yeux sont rentrés et le nez un peu bossu comme celui de sa mère ; le menton est plus carré, en galoche ; la bouche petite et a la lèvre inférieure large. De profil, la base du nez a une dépression considérable et la partie inférieure du front avance dessus. Jolie tête puissante, couronnée de pampres.

Cléopâtre. — Est-ce Cléopatre ? Petite tête mignonne, pleine de gentillesse, joues pleines en haut, visage pointu du bas, petit menton, l’entre-deux des sourcils est de niveau avec la base du nez, plein. Ses cheveux sont disposés en 19 bandes parallèles, tout autour de sa tête, en long ; bandes rondes, les cheveux sont en large de la bande, par derrière réunis en chignon rond. Physionomie éveillée et agréable ; de profil, plus d’élévation comme caractère. L’oreille a été négligée, le trou est énorme.

Agrippine, femme de Germanicus, statue assise. — Dans une pose pensive et naturelle, les jambes étendues en avant, le mollet de la gauche sur le tibia de la droite ; le sein est petit et très saillant sous la chemisette de dessus ; elle tient sa main droite dans sa main gauche. Frisée en cheveux très bouclés, qui font presque comme des anneaux levés droit, et qui rappellent la frisure d’un caniche ; par derrière, ils sont rattachés en catogan. Travail des cordes qui attachent la sandale.

Fille de Balbus. — Statue à cheveux d’un ton d’argile. La chevelure est petite, peignée naturellement et ondée, peinte en jaune, le ton est entre le roux et le jaune. Sa tunique à longs plis lui tombe sur les pieds, le vêtement de dessus est ramené et pris sous l’aisselle droite et collé ainsi contre le haut de la hanche droite. Figure ressemblante, assez laide, nez un peu retroussé, pommettes rondes, le bout du nez et le menton pointus.

Fille de Balbus. —Autre selon le catalogue ; est la même ? Pire, moins de trace de peinture sur les cheveux, la couleur est moins vive. Le bras droit drapé est porté sur l’épaule gauche, la main droite couverte par la draperie (le pouce et l’index seuls paraissent) tient et semble présenter un pan du peplum, qui passe nombreux entre le pouce et l’index.

Vieille femme très drapée, Viricia Archas, mère de Balbus. — La tunique tombe à plis droits sur les pieds ; le bras gauche est collé au corps par la face interne de la main, et embobeliné par la draperie du peplum ; il recouvre également le bras droit dont la main à demi fermée remonte vers la clavicule droite. Tout le vêtement, à plis secs et nombreux, est tiré, collé sur le ventre et les hanches. Inscription. Effet désagréable.

Balbus père (inscription). — Statue debout, draperie abondante, très amplement rejetée sur l’épaule gauche et supportée par le bras. Tête chauve, visage rasé.

Marcus Nonius Balbus. — Figure ronde et insignifiante, haut de la mâchoire saillant, tempes plates. La draperie énorme est rejetée sur l’épaule gauche, un bout vient passer par-devant, sous la partie de la draperie qui vient du côté gauche, laquelle partie arrive sur le haut du ventre en forme de ceinture plissée. Ce même mouvement de draperie se retrouve dans la statue en bronze de Marcus Calatorius, moindre qu’ici, il est vrai ; la draperie de l’autre est portée sur l’épaule gauche et l’avant-bras gauche, autrement tout tomberait, et cet amas de plis transversal ne pourrait tenir.

Nerva, buste. — Figure souffrante et mélancolique, chauve, front ridé, ayant seulement des cheveux sur les côtés de la tête, l’entre-deux des sourcils creusé, visage complètement rasé ; une grande ride part d’au-dessus de chaque narine et entoure la bouche. Cuirasse à draperie boutonnée sur l’épaule droite. Sur les épaules la draperie tombe en plis épais, carrés, longs, et séparés les uns des autres, terminés par des franges ; ça tombe jusqu’au milieu du bras à peu près, ces franges sont-elles l’origine de la graine d’épinards ? Sur le milieu de la poitrine, une tête ailée de singe.

Caracalla, buste. — Très beau buste, la tête tournée vivement sur l’épaule gauche (nez restauré). Figure petite, carrée, animée ; barbe et cheveux frisés ; le travail de la chevelure, frisée en petites mèches naturelles, sans prétention, se marie avec celui de la barbe (peu fournie). La nuque est herculéenne, se continuant droit au col. Front bas, charnu, gras, ridé ; sourcils épais, yeux enfoncés, ensemble brutal ; l’entre-deux des sourcils très gras. Le regard fixe et soupçonneux, la draperie est attachée sur l’épaule droite.

Sénèque, buste. — Cheveux plats, en mèches tombant inégalement sur le front, visage maigre et ridé, pommettes saillantes, nez un peu de corbeau, la bouche mi-ouverte. Figure chagrine, ergoteuse, spirituelle, inquiète.

Philosophe, tête d’un inconnu. — Est la tête que l’on donne sur les pendules de médecin comme étant celle d’Hippocrate, ayant sur l’épaule trois plis épais et ronds, en forme de collet d’habit un peu. La tête est avancée en avant, au bout du col qui est long. Figure sans barbe de vieillard chauve.

Euripide, deux bustes. — Fort belle tête, la tempe est considérablement déprimée, le front monte ensuite et s’élargit, l’arcade sourcilière saillante avec une bosse à l’angle interne de chaque sourcil, l’angle externe du sourcil saillant à cause du retrait des tempes ; la face est maigre et la pommette fait angle, le crâne très vaste par derrière. La chevelure, en mèches plates, courtes et rares sur le front et plus nombreuses sur les côtés, contribue à l’élargissement du crâne. Tête méditative et profondément philosophique plutôt que lyrique.

Celius Caldus. — Très beau buste, d’un aspect sévère et élevé, bouche toute napoléonienne, joue maigre, tempes aplaties et partie supérieure du front très développée, surtout vers les coins ; la chevelure est rare et courte, rejetée en arrière, faite en petites mèches plates ; le nez, fort dès la naissance, est un peu tordu adroite ; dans les jeux, restes de peinture bleue.

Deux bustes d’hommes, casques en forme de casquettes de jockey. — Un des bustes a par-dessus son casque une couronne civique ; toute la mâchoire, jusqu’au niveau de la pommette, est protégée par une mentonnière, rattachée sous le menton par deux rubans entrecroisés, se boutonnant à gauche.

Roi Dace prisonnier, petite statue d’un style rustique. — Il est debout, la jambe droite a le gras du mollet appuyé sur le tibia de la gauche, le coude droit est sur la main gauche, et la main fermée sur la bouche. Pantalon, sandales, tunique et chiton, bonnet pointu d’où sort, sur le front, une ligne de cheveux bouclés à petites boucles, trous dans la chevelure. Expression triste de la physionomie.

Petite statue de Priape (Herculanum). — Remarquable par l’expression forte de la figure, debout et nu, appuyé à un tronc d’arbre, la tête est baissée sur la poitrine ; haut des bras et du torse puissant. La barbe, tourmentée largement, est divisée en quatre pointes qui tombent sur la poitrine et les épaules. Figure mouvementée et pleine de fantaisie.

Deux Hermès terminés par des figures rustiques. — L’un complètement drapé, la forme du bras droit est seule indiquée dessous ; la tête herculéenne, un peu inclinée à droite et d’expression triste.

Hermès représentant un histrion. — Tunique et chiton, une ceinture large, visage épaté, barbe de satyre, répandue ; coiffé d’une sorte de turban en forme de cheminot. À la main droite une patère, tient de la gauche un cylindre creusé, comme serait un fémur évidé.

Hermès à capuchon, indiqué comme un Hercule. — La tête sans barbe est puissante, surtout de profil, je l’avais d’abord prise pour une tête de femme. La tête est entourée d’un capuchon dont les deux côtés s’avancent en oreilles, sur la figure, à la hauteur des pommettes, laissant le haut de la tête découvert ; le capuchon est terminé et noué sur la poitrine par deux pattes de lion. Bras vigoureux. Sur les flancs une peau de lion, à la main droite un cylindre creusé (os ?) ; la gauche (restaurée) tient des fruits (pommes d’or du jardin des Hespérides).

Petit satyre velu. — Le genou droit en terre, ses bras, à demi levés, croisent leurs mains qui sont portées vers l’oreille gauche. Formes dodues du premier âge, surtout dans les cuisses et dans les pieds, notamment celui de gauche dont le talon est relevé et les doigts levés en l’air. Tout le corps est couvert de poil très frisé, l’intérieur de chaque boucle a un trou.

Diane Lucifer, statue. — Mauvaise. Marche le pied droit en avant, tenant un flambeau à la main. Son voile derrière elle fait conque et l’enveloppe de dos. Le pied très court et empâté, surtout sur le cou-de-pied. Cette statue n’a pour elle que le mouvement. Plis du chiton mouvementés, mais raides et durs.

Groupe de deux hommes occupés à écorcher un sanglier. — Le porc tué a été jeté sur la marmite, sa tête pend derrière. Un homme, debout, tête carrée (trous dans la chevelure et autour des parties naturelles), racle avec un tranchet les poils du sanglier ; un second personnage sans barbe, la main fauche appuyée sur le rebord de la marmite, se baisse pour souffler le feu (joues enflées en soufflant) et tient dans la droite un morceau de bois qu’il pousse sous la marmite. Tous deux sont nus et n’ont autour des reins qu’une peau d’animal pour se couvrir. Petit groupe un peu lourd, mais plein de vérité et d’amusement.

Silène ivre, petite statue. — C’est un personnage rustique, appuyé sur une outre pleine et ouverte. La tête est inclinée sur la poitrine ; la barbe, en tire-bouchons, avec des trous, fait de loin l’effet de madrépores ?

Diane, petite statue charmante. Elle marche le pied droit très en arrière. Tuyautés, plats du vêtement de dessus, dont la bordure est encore peinte en rose violet. Une petite chevelure ondée (par derrière nouée en catogan) encadre le visage ; un diadème avec des boutons roses. Deux mèches naturelles sur chaque épaule. Le baudrier, partant de l’épaule droite, lui passe sur la poitrine. Physionomie souriante, pleine de charme.

BAS-RELIEFS.

Sous la porte, deux trirèmes (Pompéi). — Sur l’une, 25 rames ; sur l’autre, 20. Sur la trirème de gauche en entrant, il j a à l’avant un homme debout, nu ; sur la trirème de droite est la poupe, une sorte de petite cachette ou dunette. Le corps des hommes se voit Jusqu’au coude, le bordage paraît épais ; pour gouvernail, une rame. Dans celle de gauche (partie malheureusement endommagée), le patron a l’air de la manier avec des cordes ; dans celle de droite, il y a des tenons de chaque côté du gouvernail en haut, comme des bras pour manier cette rame à très large palette.

Chasseur en repos (Pompéi). — Rappelle le guerrier de style grec primitif qui est à Athènes dans le temple de Thésée, un peu moins sec cependant, moins pur comme style. Il est vu de profil et le corps est fait de trois quarts ; de même on voit la rotule de la jambe droite, et le pied de cette même jambe est complètement de profil (vu par le côté extérieur du pied). Le mollet de la jambe gauche (de même que les deux rotules) est très indiqué, très détaché de l’os, la clavicule et les tendons du col saillants, la barbe en pointe. La tête est ce qu’il jade plus caractéristique comme style. Il s’appuie sur un long bâton posé sous son aisselle gauche, où il a ramené les plis de son vêtement pour faire coussinet et empêcher le bâton de le blesser. À ses pieds, son chien lève vers lui sa tête dans un mouvement, la tête est à l’envers ; les pattes du chien étudiées, ongles très saillants. Au poignet gauche, un poignard ; près de cette main, dans le mur, collée, suspendue (comment ? ), une petite fiole ronde.

Bas-relief mithriatique. — Lourd et vilain. Grandeur : petite nature. Un homme en bonnet phrygien, tunique, chiton, manteau (envolé au vent par derrière), appuie son genou gauche sur le taureau (les cornes manquent) que le serpent mord à l’épaule gauche ; le chien saute à son poitrail. Aux deux angles supérieurs du tableau, deux têtes de femmes : celle de droite a un croissant sur le front, celle de gauche une couronne en fer de lance ; sous celle-ci, un oiseau (geai ? ). Aux deux angles inférieurs, deux petits bonshommes qui tiennent à la main un instrument de musique ( ? ). Exécution détestable, l’homme à droite plus petit que le chien, quoique celui-ci soit à un plan plus reculé. Inscription dont la première partie est sur la bande supérieure du cadre et la seconde sous celle d’en bas : OMNIPOTENTI DEO MITHRÆ APPIUS CLAUDIUS TYRRHENIUS DEXTER V. G. DEDICAT.

Bas-relief mithriatique. — Mauvais. Deux Amours sacrifient chacun un taureau ; au milieu du tableau une sorte de candélabre ; autel, ayant sur chacune de ses faces pour ornement un hippocampe. Le Génie ailé, un Amour, a le genou gauche appuyé sur le garrot de l’animal, dont la jambe est pliée sous soi ; le Génie est armé d’un glaive, celui de l’Amour de droite cassé. Intention d’étude dans les fanons des taureaux, très en relief, aigus.

Bas-relief mithriatique. — Le taureau, queue retroussée, en colère, se cabre ; l’homme, le genou appuyé sur le garrot, est complètement monté sur l’animal et le tient par les naseaux. À chaque angle supérieur du cadre, une tête de femme ; celle de gauche est coiffée de rayons, sous elle un oiseau sur un rocher ; la femme de droite a un croissant sur la tête. À chaque angle inférieur, un homme tenant un flambeau, renversé chez l’homme de gauche, élevé chez celui de droite. Le chien saute au poitrail du taureau, le serpent le mord à l’épaule.

Deux chameaux sur l’eau (Pompéi). — Ce sont des chameaux syriens ; l’eau coule de la bouche d’un fleuve ; fun des chameaux est sur un radeau.

Nègre sur un char, petit bas-relief. — Tête nue, figure camuse, cheveux courts et crépus, il se penche vers les chevaux et a l’air de leur tendre la main ; un homme portant un glaive au côté, à pied devant les chevaux, a l’air de les tirer à lui comme pour les faire partir ; les chevaux sont écorés sur les jambes de devant, et reculent. Sur le poitrail du cheval de droite (le plus en vue), pour ornement une très large figure épatée.

Sacrifice (Œdipe assis et voilé avec Antigone ? ), petit bas-relief. — Debout, une femme, de chaque main, tient un long faisceau ; un homme, assis et voilé, tenant un faisceau ; devant lui, autre homme (à droite), ceinture par-dessus le chiton, barbe, turban ( ? ), verse du liquide sur le feu ; à gauche, un arbre.

Un homme et une femme sur le même cheval (Caprée). « On croit que c’est Tibère avec une de ses maîtresses !! » (Catalogue). — La femme est devant l’homme qui, tout nu, porte seulement au cou un collier ; la femme, n’ayant qu’un drapeau au bas des hanches, tient un flambeau qu’elle dirige vers un arbre ; un esclave tâche de faire avancer le cheval, qui s’arrête sur la jambe droite ; à droite, un arbre ; de l’autre côté de l’arbre, debout, sur un piédestal enroulé d’une guirlande, un enfant nu, portant des fruits. Morceau joli, quoique la sculpture ne soit guère bonne et d un style licencieux ; quoiqu’il n’ait rien d’obscène, il a une corruption interne.

Festin d’Icarius. — Le fond représente une maison avec des fenêtres ; vue par l’angle, on la voit dans tout son côté et de face, les toits sont en tuile ; plus près de vous, une seconde maison, ou corps de logis plus bas et, dedans, une chambre ouverte, tentures aux murs. Sur un lit, un homme est sur son séant et se détourne ; couchée sur le même ht que lui, une femme, appuyée sur le coude et le menton reposant sur sa main ; devant eux, une table chargée ; aux pieds du lit, un candélabre. L’homme se soulève de son coussin et fait signe d’entrer à un personnage nouveau venu, auquel un petit Faune (queue en trompette) dénoue sa sandale. Le gros et grand personnage, très barbu, a l’air endormi, un autre Faune le soutient, le bras gauche du dieu fait toit sur sa tête. En dehors de la porte, quatre autres personnages dans un couloir : un jeune homme, couronné, tout nu, et portant un bâton démesurément long (terminé par des fleurs et des épis et orné en haut d’une banderole nouée), a l’air de vouloir repousser du pied un gros Silène botté, dont la robe retroussée montre exprès le phallus, et qui souffle, ivre, dans une double flûte ; derrière lui, un jeune homme (très joli), sur la pointe des pieds, se détourne en souriant vers une femme (pose suppliante ? tête très levée) qu’un cinquième personnage (sans tête) tient par la taille.

Deux esclaves en marbre phrygien. — Portant des vases carrés sur le dos, ils fléchissent sous le poids et mettent un genou en terre ; les pieds et les mains noirs. Le marbre imite à l’œil la bigarrure d’un vêtement étranger.

Sarcophage bas-relief représentant un mariage, — Treize personnages et deux petits. L’action semble divisée en trois parties distinctes : 1° En partant de l’angle gauche, cinq hommes, qui sont : deux, un, deux, celui du milieu plus drapé et plus jeune fait centre, il tient à la main un rouleau et se détourne vers l’homme qui est à sa droite ; 2° Trois personnages, deux hommes d’âge semblable, celui de gauche tient un rouleau ; entre eux deux, un homme, barbu, parle et se tourne vers l’homme de droite ; 3° Trois femmes et deux hommes ; la première pose une couronne sur la tête d’une jeune fille à visage mélancolique, vis-à-vis de laquelle un jeune homme barbu, qui la regarde. Entre ces deux personnages, une matrone qui se tourne vers le jeune homme ; derrière celui-ci, un homme, torse nu, amulette au cou, et tenant à la main une corne d’abondance. Que signifient deux petits bonshommes (tête absente) qui viennent comme hauteur au genou des autres ? le premier (à gauche) est placé entre le quatrième et le cinquième personnage de gauche, le deuxième est au bas de la femme qui pose la couronne sur la tête de la jeune fille, ils sont tous deux debout et de même mouvement que les autres personnages.

Diane d’Ephèse, couronnée de murs avec trois portes. — Sur le disque qui est debout derrière sa tête, lions ailés de chaque côté qui sont un, deux, un ; une grosse guirlande de petites roses fait le tour de la poitrine en demi-couronne. Sur la poitrine, constellations ? (les Gémeaux sont sculptés en large, une femme (la Vierge ?), le Scorpion, une femme) ; au-dessous de la guirlande, collier de glands de chênes. Sur chaque bras, trois lions qui tournent la gueule vers la déesse.

Elle a 20 mamelles, d’inégales grandeurs ; la gaine du corps divisée en trois bandes, celle du milieu et deux latérales, chaque sujet dans son petit cadre.

Première bande en descendant : 1er carré, lions ailés la jambe repliée sous eux ; 2e carré, idem ; 3e carré, idem ; 4e carré, trois cerfs, jambe repliée ; 5e carré, deux taureaux ; 6e carré, abeille.

Bandes latérales : 1er carré en descendant, une femme ailée ; le torse finit en haut des cuisses dans une espèce de conque qu’elle tient elle-même de ses deux mains ; 2e carré, un bouton, rosace et un papillon en dessous ; 3e carré, une femme comme la précédente ; 4e carré, griffon à tête de femme, vu de profil ; 5e carré, abeille ; 6e carré, rosace ou rose épanouie.

Deuxième file à gauche : 1er carré, sphinx femelle de profil ; 2e carré, femme ailée, le corps s’arrêtant dans une conque qu’elle tient à la main ; 3e carré, rosace ; 4e carré, abeille ; 5e carré, rosace ; 6e carré, est vide.

Les deux bandes (chacune en deux files) latérales sont semblables, pieds, mains et tête de bronze, le reste d’albâtre oriental.

Sortant de l’emmaillotement qui la serre, la draperie tout à coup s’évase en liberté et arrive jusque sur le milieu des pieds, qui en sortent, jusqu’au bas du cou-de-pied environ.

Cratère. — Mercure, coiffé du pétase et sans ailes aux pieds, apporte un enfant, Bacchus, à la nymphe Leucophoë, qui est assise et tend un lange pour recevoir l’enfant. Derrière Mercure, et Te suivant, s’avance sur la pointe des pieds (il danse) un Bacchant soufflant dans une double flûte et portant sur l’épaule gauche une peau de bête féroce, léopard ou tigre, aux ongles aigus ; derrière lui, une femme échevelée, la tête renversée et portant le menton au vent, joue d’un grand tambourin ; derrière elle, un Bacchant, peau de bête féroce sur l’épaule et tenant à la main un long thyrse surmonté d’une pomme de pin.

Derrière la Nymphe (Mercure vient du côté gauche, la Nymphe est à droite), trois personnages, debout, portant également un long bâton surmonté d’une pomme de pin, sont debout dans une attitude calme, au repos. La troisième femme (en partant de la Nymphe) a le torse nu et appuie sa main droite à un tronc d’arbre qui la sépare de la seconde. À la chaussure, le second personnage peut-être un homme ? il me semble y avoir des sortes de bottes.

Sur le cratère, entre Mercure et la Nymphe, en haut se lit : Σαλπιων Αθηναιος εποιησε. Ce beau vase a longtemps servi sur la place de Gaète à amarrer les barques ; la corde a usé tous les personnages aux cuisses, il fut ensuite transféré dans la cathédrale de cette ville, où il servit de baptistère.

Apollon et les Muses, bas-relief composé de trois femmes et d’un homme. — À gauche, une femme debout, ayant un long vêtement léger qui se sépare au haut de la cuisse gauche et fait fente, tient dans sa main des cymbales dont elle va frapper ; elle se détourne tout à coup vers Apollon, en frôlant sa tête sur son bras. Apollon, le corps porté vers la partie droite, du côté où est la femme, étend sa main droite (qui passe sur le col de la femme) ; cette main porte le grattoir de sa lyre, le bas de son poignet s’appuie sur le dessus de la main de la femme ; de la gauche il tient sa lyre (énorme montant en forme de cornes de bœuf) dont il jouait tout à l’heure. Il est un peu appuyé le dos au mur, dans une pose pleine d’abandon, il est nu, son vêtement est derrière lui et fait draperie contre la muraille ; ventre, et poitrine fort belle, gracieuse et forte ; la tête est restaurée.

Sur un lit sont deux femmes, la première a la jambe droite repliée sous elle, le genou est très étudié ; elle est nue, sa draperie s’est dérangée dans le mouvement qu’elle fait pour aller toucher le bas de la lyre d’Apollon, qui est occupé avec l’autre femme et complètement tourné vers elle ; cependant elle détourne un peu la tête pour écouter une troisième femme qui, à genoux sur le lit et tenant une lyre de la main gauche (lyre semblable), vient de se lever tout à coup (d’après les plis amassés et qui viennent de tomber sur le milieu de ses cuisses) dans un mouvement rapide et s’avance vers elle.

Charmant morceau, bas-relief complètement sorti ; la sculpture est peut-être un peu longue, mais cela contribue à l’élégance. Les seins des femmes fort écartés, les côtes se voient sous la chair, admirable ventre de la femme qui tend le bras (la seconde).

POMPEI
AMPHITHEATRE

Deux entrées, une du côté du Vésuve, une autre du côté de Castellamare. Pour arriver sur l’arène, il faut par toutes les deux descendre ; l’entrée tournée du côté du Vésuve avait une rampe, ce qui se reconnaît à des trous placés dans le dallage et destinés à tenir les bâtons qui supportaient la rampe ; l’autre entrée n’arrive pas droit sur l’arène, elle fait un angle. En entrant par le côté du Vésuve, il y a plus de gradins conservés à gauche qu’adroite, c’est la partie qui est du côté de Castellamare qui a moins souffert ; ses constructions supérieures existent encore.

Les gradins, à partir du haut, sont au nombre de 18, puis un petit couloir de circulation pour les gens qui avaient à se placer sur ces gradins ; le couloir est fermé par un mur au-dessous duquel sont 12 gradins. En bas de ces gradins, un couloir fermé par un mur au delà duquel sont, au milieu seulement, 4 gradins très larges. Vers les deux entrées, de chaque côté, ce ne sont plus 4 gradins, mais 5 ; l’escalier qui amenait les spectateurs de ces quatre et de ces cinq gradins, pénétrait d’en dessous et se dégorgeait en dedans, de manière qu’il n’y ait aucune confusion, c’étaient les entrées à part.

Sur le côté gauche en regardant le Vésuve existe une petite porte, c’était par la que l’on faisait entrer les bêtes féroces dans la cavea ; l’entrée donnant sur Castellamare était celle des gladiateurs ( ? ) (à ce que nous dit le cicérone), on les emmenait par l’entrée d’en face, celle qui a la rampe. Il est à remarquer que les gradins sont entaillés pour les pieds, afin que les spectateurs du rang supérieur ne gênassent point ceux qui étaient assis en dessous.

La partie supérieure de l’amphithéâtre est un mur circulaire, creusé de portes voûtées ; au dessus de ce mur en retrait, piliers de briques et de pierres, ruines d’un ordre supérieur ; ce deuxième ordre n’existe que du côté de Castellamare. Ces portes ici ouvrent sur la campagne, qui se trouve de plain-pied par derrière, le mur est plein pour pouvoir soutenir le second ordre.

PETIT THÉÂTRE

Sur la scène, large de quatre pas, trois portes, une de chaque côté et une plus grande au milieu ; de plus, à chaque bout, deux petites, bouchées du côté de la scène, mais qui se voient encore très bien du côté du postscénium. Le postscénium a cinq grands pas et est donc plus large que le scénium. Il y a sur le scénium deux grandes portes latérales, de même hauteur que la porte du milieu du fond.

Le public entrait par deux grandes portes latérales, voûtées, au-dessus desquelles est une tribune (c’est là le podium), une pour le préteur, une pour les vestales. Cette tribune est ainsi composée : d’abord une plate-forme, large de trois pas, puis des gradins allant en montant Jusqu’au mur.

À quoi servait l’espèce de fossé, entouré d’un double mur et large de deux pieds et demi environ, qui est à l’avant de la scène ? était-ce pour rouler les toiles ou pour mettre les musiciens ? Qu’y avait-il dans la cavea même ?

Les quatre derniers gradins d’en bas sont plus larges et séparés des supérieurs par un mur ; au delà de ce petit mur, gradins et escaliers pour le public, il y a six escaliers. Au bas de chaque escalier des côtés, celui qui longe le mur extérieur au Podium est une cariatide d’homme (terminant escalier) qui supporte une tablette sur laquelle sans doute était une statue.

Devant cette cariatide est l’entrée du couloir qui circule derrière le mur séparant les quatre grands gradins ; ce mur est terminé à ses bouts par un sphinx correspondant aux cariatides.

On arrivait de suite aux gradins supérieurs du théâtre par un escalier extérieur compris entre deux murs.

GRAND THÉÂTRE

Le postscénium est plus étroit et la scène plus large, elle s’ouvrait également sur le postscénium par trois portes ; ainsi il y avait une porte plus grande au milieu, flanquée en avant de deux piliers, ou plutôt piédestaux qui devaient supporter des statues.

Ce mur, se courbant, s’avançait et son avancée semble destinée à supporter quelque chose, sans préjudice des statues placées derrière, dans des niches ; il y avait encore un retrait du mur, puis une avancée et une porte, après quoi une avancée et une retraite ; enfin, sur les deux côtés de la scène, une porte latérale.

Dans le fossé entouré d’un double mur qui est sur l’avant de la scène, il y a dans le sol des trous carrés, assez profonds ; le long du mur qui regarde le scénium, entaillement carré longitudinal destiné ( ? ) à recevoir des piliers carrés qui y auraient été adossés ; le peu de largeur de cet entaillement ne permet pas de supposer que c’était la place destinée aux musiciens ( ? ). Quant au côté extérieur de ce même mur, celui qui fait face aux spectateurs, voici ce qu’il présente (en le regardant le dos tourné au public) : au milieu, une demi-rotonde, puis, de chaque côté, une petite niche carrée, un escalier de quatre marches (montant sur la scène ? alors on passait sur le fossé, entre deux murs qui auraient été recouverts ? ), le mur, un pilier en briques, le mur.

TEMPLE D’ISIS

Enceinte carrée, entourée de colonnes de briques recouvertes de stuc, colonnes cannelées et plus larges à partir du milieu ; le bas est en rouge, le haut est en jaune. À l’entrée, deux piliers carrés, peints en rouge.

À gauche, se voit une petite construction carrée, enduite de stuc, couverte d’arabesques, rinceaux et sujets dans les grands panneaux.

Sur la face de l’entrée : un Génie ailé portant une boîte, homme et femme en vol, la femme vue de dos, l’homme vu de face, ayant des ailes aux pieds et entraînant la femme qui pose sa main droite sur son épaule ; un Génie ailé.

Des deux côtés de la porte : femme drapée régulièrement, debout, cuisses et jambes rapprochées et la draperie les entourant régulièrement, à plis obliques et larges ; côté qui regarde le temple : Génies ailés mutilés ; la quatrième face n’offre rien, elle a été complètement restaurée.

À l’entrée de ce petit monument carré, à droite de sa porte (en la regardant), un large autel carré ; de l’autre côté, en face, faisant vis-à-vis, une fontaine contenant à présent de l’eau du Sarno.

Le temple est sur une plate-forme de quelque 4 pieds, carré. De chaque côté, un pilier ; on monte par un petit escalier de huit marches et l’on est sur la plate-forme, flanquée de chaque côté d’une niche ronde surmontée d’un tympan pyramidal. Sur cette plate-forme ou petit portique, deux colonnes de chaque côté de l’escalier, puis, sur les côtés (de la plate-forme), une ronde unie à gauche, une cannelée à droite.

En face est la porte du sanctuaire, escortée des deux niches ci-dessus. Le sanctuaire est divisé en deux parties, c’est-à-dire que s’élève, dans toute la largeur de la pièce, une construction en briques à hauteur d’homme à peu près, telle qu’un long et haut fourneau de cuisine ; le dessous de cette construction est voûté, c’est-à-dire qu’elle repose sur une petite voûte dans laquelle on pénètre par deux petites portes, hautes de deux pieds et demi environ. Sur le dessus de cette construction, au milieu, une borne carrée (piédestal ? socle d’autel ? ).

Sur les murs latéraux du sanctuaire, à mi-hauteur, il reste des avancées de pierre (modillons sculptés, qui devaient supporter les poutres du plancher du second étage ? ou des statuettes ? s’il n’y avait pas de second étage).

Les niches des deux côtés citées plus haut reposent sur une base très large qui ressort du plan extérieur de la plate-forme du temple, et extérieurement fait saillie sur cette ligne. — En dehors du mur du fond du sanctuaire est une petite niche, avec un tympan et décorée de rinceaux.

Tout autour du carré qu’enferme la colonnade quadrilatérale, et en dedans d’elle, court une rigole pour l’écoulement des eaux. Parmi les colonnes, sur leur ligne, entre elles, se voient des espèces de larges piliers en briques, à hauteur de la poitrine à peu près, avec, sur le dessus, une gorgerette de dégagement ; il y en a deux sur la ligne de colonnes qui regarde le mur de fond du sanctuaire, et un sur chaque côté.

MAISON DU BOULANGER

Le four est exactement comme les nôtres : une cheminée, une voûte au fond de laquelle on enfournait par une ouverture carrée, et en dessous, au niveau du sol, une seconde voûte. Des deux côtés du four (de cette seconde voûte) sont, dans le sol, deux petites cuvettes ou vasques en maçonnerie. Les cônes des meules sont tous creusés par le haut ; pourquoi ?

BAINS

Se composent de quatre pièces. On entre, par un corridor voûté, dans la première pièce, qui est un carré long, sorte de galerie voûtée, avec un banc tout autour de la muraille. Au bout de cette pièce s’ouvre, par une porte, le frigidarium, rotonde voûtée coniquement, ne recevant de jour que par en haut ; une vasque ronde, en marbre, occupe toute cette pièce. Autour du mur, quatre niches rondes pratiquées dans le mur. Sur le linteau circulaire, au pied de la voûte qui court en dessus des niches, sont représentés en bas-reliefs des courses de chars (joli mouvement) et des hommes à cheval.

Au fond, en face la porte, au milieu du mur, un bec, en bronze, carré et à ouverture étroite, de façon à laisser échapper l’eau en nappe.

On descendait au fond de la vasque par deux marches assez élevées, ce qui permettait de s’asseoir.

La troisième pièce, parallèle à la première et s’ouvrant sur le flanc droit de celle-ci, est toute entourée de niches, séparées les unes des autres par des petites cariatides d’hommes nus, à visages rustiques et barbus, et qui ont des caleçons à petits losanges descendant comme des lames triangulaires l’un sur l’autre ; d’autres de ces bonshommes ont simplement un caleçon d’étoffe (ou de peaux ? ). Ces cariatides supportent un large plateau. Parmi les bas-reliefs en stuc de cette pièce, Ganymède enlevé par l’aigle.

La quatrième pièce, s’ouvrant sur la droite de la précédente, avait tout son sol chauffe d’en dessous par des fourneaux ; le sol est supporté par de petits piliers en briques. À droite quand on entre, il y a une vasque de marbre, carrée, en façon de grande baignoire ; au fond de cette pièce, dans la demi-rotonde qui la termine, une vasque supportée sur un cône de pierre ; du milieu de cette vasque s’élevait un jet d’eau.

Cette pièce a trois ouvertures à sa voûte, deux de chaque côté et une au milieu ; de plus, un œil-de-bœuf à sa demi-rotonde, et, en dessous de cet œil-de-bœuf, au-dessus de la vasque à jet d’eau, sort de la muraille une sorte de carré en maçonnerie avec un trou au milieu, ce qui se retrouve dans la première et dans la troisième pièce, quoique, dans la première, le fond semble bouché. Etaient-ce des bouches de dégorgement pour la chaleur, ou des niches à lanternes ? Ces carrés sortants sont très mal faits, et semblent (comme travail) ajoutés là après coup. La première et la troisième pièce ont au fond une fenêtre carrée.

MAISON DU JUGE

On entre par un petit corridor donnant sur la rue. Sur le mur de droite de ce corridor, une femme jouant de la double flûte ; dans la cour, à droite en entrant, un petit autel.

À côté du corridor, ou mieux allée d’entrée, et dans le même sens, une petite pièce, carré long, logement du portier. La cour a, sur chaque côté, deux chambres ; c’est dans la chambre de gauche qu’est représenté sur le mur de fond un Faune avec un prodigieux phallus rouge (incliné de côté pour qu’on puisse mieux le voir), caressant une femme qu’il étreint ; la femme est couchée, lui debout.

Au fond de la cour (Impluvium), espace mosaïque carré ; au delà est le jardinet. À côté de la salle mosaïquée, à droite, grande pièce avec grandes peintures. Sur le mur de fond, un Triomphe de Bacchus ou d’Hercule : tête d’homme sur laquelle le héros passe le bras, il a sa tête prise sous l’aisselle ; une femme à droite, coiffée d’une peau de lion, tient la massue ; un enfant, sur les épaules du dieu, lui souffle le son dans l’oreille avec une double flûte.

Par un escalier, sur la gauche de la salle à sol de mosaïque, on monte dans le jardin et dans les nombreux autres appartements qui lui sont de plain-pied ; sur le mur de droite de cet escalier, il y a peint un gros masque de femme et un paon.

Au milieu du jardinet est un petit bassin de marbre, tout autour du bassin sont disposés des animaux qui le regardent : un canard, une vache, des petits chiens ; plus loin, un lapin qui mange une grappe de raisin. Petit groupe d’un enfant retirant un caillou de dedans le sabot d’un Faune. Le jardin est décoré à ses angles d’hermès double : une tête de Bacchus indien et une tête de femme (ou de Bacchus adolescent, quoique cependant les traits du visage me semblent Sien être ceux d’une femme). Au fond du jardin, une petite grotte factice, en mosaïque bleue avec des lignes de coquilles naturelles ; au fond de ce berceau à voûte, un Silène appuyé sur une outre (sur un tronc d’arbre), d’où sortait l’eau, qui cascadait sur un escalier à marches placé au bas du berceau et allait s’amasser dans le bassin. Il est impossible de voir quelque chose de plus profondément rococo, le propriétaire de ce logis était en même temps un libertin. Quel bourgeois !!

PŒSTUM.

Il y a trois temples à Pœstum : celui de Neptune, le plus beau, est au milieu ; celui de Cérès est le premier en arrivant, et la basilique est le dernier ; tous trois sont à droite de la route quand on arrive de Salerne.

TEMPLE DE NEPTUNE.

Dorique lourd, en pierre poreuse, de couleur roussâtre ; mais quelle différence avec le Parthénon !

Le tympan est bas, l’entablement fort épais et dépassé par le dé du chapiteau, triglyphes avec guttæ ainsi que sur les tablettes du larmier ; il j a dix métopes.

En comptant les 2 colonnes d’angle, 6 colonnes sur les faces, 14 sur les côtés.

De chaque côté du naos, encore très visible à cause du surhaussement du terrain sur lequel il était, il y a un pilier carré, sans chapiteau, et finissant seulement avec une incurvation légère comme quelques piliers d’Egypte. Entre ces deux piliers, deux colonnes de même style que les autres.

Les colonnes intérieures de la cella existent encore, il y en a 7 de chaque côté ; un second ordre est encore debout sur elles, composé de 3 colonnes d’un côté et de 7 de l’autre.

Le bourrelet du chapiteau a en dessous trois raies circulaires ; au-dessous de ces trois raies, quatre pouces plus bas environ, juste au haut du fût de la colonne, il y en a trois autres, mais brisées et faites dans le sens des cannelures de la colonne, c’est-à-dire arrêtées par l’arête montante de la cannelure. Ensemble lourd, mais puissant et solide.

BASILIQUE

Dimension énorme du dé du chapiteau, qui dépasse de beaucoup l’entablement ; l’amincissement des colonnes par le haut contribue encore à rendre cet effet plus frappant.

18 colonnes sur les côtés, 9 sur les faces, en comptant les 2 colonnes d’angle.

Au milieu du naos, ou plutôt du bâtiment même, il reste une colonnade de trois colonnes, avec leur architrave, et deux chapiteaux par terre. Le chapiteau a de largeur ma brasse (le chapiteau pris, bien entendu, de son sens le plus étendu, à savoir dans le sens du dé). Le bourrelet de ces chapiteaux semble très lourd ; les colonnes sont presque bombées au milieu, car elles sont plus étroites à la base, c’est d’un effet désagréable.

L’intérieur s’ouvrait par cinq colonnes, dont deux piliers carrés à chapiteau carré.

Sur l’entablement, intérieurement, il y a encore quantité de trous carrés pour les poutres de la toiture, qui allaient sans doute s’appuyer sur la colonnade du milieu ; ces trous sont placés sur la ligne de jonction des pierres, ligne qui correspondait juste au milieu du dé du chapiteau.

La couleur générale de la basilique est grise.

TEMPLE DE GERES

Les chapiteaux me semblent un peu moins lourds que dans la basilique. Cella plus haute ; sur le côté gauche de la cella, trois tombeaux chrétiens ; toit conique. 13 colonnes sur les côtés, 6 sur les faces.

ROME

Avril 1851.

MUSEE DU COLLEGE ROMAIN DES JESUITES

Petite collection de bronzes et d’ustensiles antiques très curieuse, provenant des fouilles opérées dans les domaines des Jésuites. Au milieu de la salle, quelques-unes des plus vieilles monnaies romaines et un très beau vase en bronze, en forme de seau, sur lequel est représentée au trait l’histoire des Argonautes ( ? ). Le sujet ne m’en paraît pas clair : un satyre, un fleuve ou une fontaine coulant de la bouche d’un hon, un vieillard attaché à un arbre. Le couvercle, plus beau encore comme dessin, représente une chasse au sanglier, au cerf.

Petite statuette d’Atys. — Haute de deux pouces à peine, même costume que l’Atys du Musée Chiaramonti au Vatican ; sa chemise est ouverte des deux côtés sur le ventre, qu’elle laisse voir et qu’elle encadre circulairement ; bonnet phrygien et pantalons.

Un petit bœuf de Sennabar avec une bosse au garrot.

Torse d’un petit squelette, les côtes et la poitrine très bien évidés et creusés.

Amulettes. — Des jettatura, comme les mains mod ernes de Naples ; deux têtes de bœufs ou de béliers à un seul corps, une tête à chaque extrémité du cylindre figurant le corps, au milieu un anneau, comme pour passer l’objet à une corde. Quelques-unes des têtes de bœufs ont des cornes prodigieuses par rapport au reste. On en voit aussi de chevaux.

Bracelets en fer, cercles roulés en spirales.

Grandes plaques ou bandes d’airain surmontées d’une tête, sortes d’hermès. — Des mains sortent toujours, à hauteurs inégales ; d’autres fois la main saillit de la plaque même, et non du bord, elle est alors en relief dessus au lieu d’être sur le bord.

À remarquer une, où les jambes, monstrueusement longues, sont indiquées ; la main droite se trouve à la hauteur de la hanche et le coude est très en arrière ; la main gauche, sortie du bord de la lame, tient un serpent.

À côté, deux statuettes qui sont entre ce style et l’étrusque le plus fruste. — Toutes deux ont un casque à ailes et à crête : le premier a une crête énorme sur son casque, il est serré dans un pourpoint étroit ou cuirasse du bord duquel dépasse en dessous, comme une cotte de mailles, une chemisette, ce peut être un Mars ( ? ) ; la seconde, une Minerve, marche et a les jambes très écartées et couvertes jusqu’en bas d’une chemise tirée et tendue par le mouvement des jambes. Ces deux statuettes n’ont pas d’épaisseur, on dirait qu’elles ont été aplaties, laminées ; de quelque point qu’on les regarde, elles ne semblent jamais qu’un profil.

Un soldat portant un chariot dans son dos, de la manière dont les Arabes portent le chibouk, si ce n’est qu’ici c’est sur le vêtement et non entre le vêtement et la peau. Le timon s’engrène dans deux crampons fixés au dos du bonhomme, ça se retire à volonté. La statuette a environ 10 pouces de hauteur et le char, en l’air, dépasse bien la tête de 4 bons pouces. Il porte sur la tête une sorte de bonnet ne recouvrant pas les oreilles, coiffure molle, ayant en avant deux pointes levées qui se recourbent et avancent ; au bout de ses bras tendus (les coudes sont appuyés sur la poitrine) il présente un très grand bouclier rond, ayant à son centre une pointe (umbo). La sculpture qui a son point de départ dans les premières lames semble arrivée ici à la perfection de ce style, ça en sort presque, mais ça le rappelle ? le Mars ci-dessus en serait la transition ?

SAINTE-AGNES-HORS-LES-MURS

On arrive dans l’église, après avoir traversé une cour pleine de rosiers, par un escalier d’une cinquantaine de marches espacées de cinq en cinq par de grands paliers ; les murs sont couverts de place en place d’inscriptions rapportées. Au bas de l’escalier on fait un coude et l’on entre à droite dans l’église.

Elle est divisée en trois nefs et a deux ordres. À remarquer une cannelure particulière : un bourrelet au milieu, puis une moulure droite de chaque côté du bourrelet, ensuite deux bourrelets, deux lignes carrées, et enfin la gouttière ou creux même de la cannelure.

Mosaïque de l’abside. — Sainte Agnès au milieu, debout, nimbe, large étole d’or, robe d’un violet chocolat ; elle a de chaque côté un homme tonsuré, tunique de même couleur que la sienne ; celui de droite (qui est à sa gauche) tient un livre, celui de gauche une petite maison à deux étages (le second moins large) et dont l’entrée a des rideaux blancs disposés comme ceux de l’alcôve d’un lit, c’est-à-dire en châle croisé ; il porte, ou mieux il offre cette maison sur ses avant-bras.

SAINTE-PRAXEDE

Mosaïque de l’abside. — Jésus-Christ au milieu, robe jaune d’or, à bandes rouges, tenant un rouleau à sa main gauche, lève son bras droit ; à sa gauche, un homme en blanc. Femme portant une double couronne, assez semblable de forme à un miroir turc qui serait creusé ; ses yeux sont tout ronds, grands ouverts et regardent fixement ; sur ses cheveux noirs un diadème de diamants, de ses oreilles pendent d’énormes boucles d’oreilles carrées d’en bas ; au bas de sa robe et au haut des bras, des étoiles rondes. Le troisième personnage est tonsuré, en blanc, et tient un livre ; puis un palmier avec des dattes.

À droite du Christ, homme en blanc qui passe son bras droit sur l’épaule d’une femme (celui qui est à gauche de Jésus fait le même geste) qui porte la même chose que la précédente ; puis un homme portant une petite maison, mais qui n’est plus couronné du nimbe comme tous les autres personnages, mais d’une sorte de quadrilatère bleu outremer qui lui entoure la tête ; enfin, comme de l’autre côté, un palmier. Sur une branche du palmier se tient un échassier d’un ton brun doré, la tête entourée d’un nimbe bleu dont la ligne extérieure du cercle est inégalisée triangulairement de pointes d’argent.

Tout autour du Christ, de chaque côté, montent à partir de ses pieds jusqu’à ses épaules quantité de choses (pains ? poissons ? nuages ? ), rangés les uns sur les autres et alternativement rouges et verts. Au-dessus de Jésus, ces espèces de saumons de couleur se représentent ; là, ce sont évidemment des nuages ; une main en sort tenant une couronne.

Les pieds des personnages sont appuyés sur un sol d’or, au bas duquel coule horizontalement le Jourdain (Jordanis).

Sous cette mosaïque est une bande de moutons, comme à Sainte-Marie-du-Transtévère ; celui du milieu qui se trouve sous Jésus-Christ est entouré de nimbe et a une figure presque humaine, il est monté sur une sorte de disque vert, élevé de terre et supporté par quatre pieds qui ressemblent assez à des troncs d’arbres mal dégrossis.

La chapelle où l’on montre la colonne de la Flagellation, très puissante d’effet ; à l’extérieur elle est décorée de quantité de petits portraits en mosaïque. Expression presque effrayante de portraits plus grands (alignés en face la chapelle de la Colonne), avec leurs grands yeux ouverts, blancs. Aux joues, pour imiter la couleur des pommettes, la mosaïque tranche en rouge sur la pâleur, comme du sang, et la rehausse.

J’étais tellement occupé de ces prodigieuses mosaïques, que je n’ai presque pas vu le tableau de Flagellation de Jules Romain, dans la sacristie ; il ne m’a pas frappé, et je suis ressorti. Qui est-ce qui a étudié le byzantin ?

SAINTE-MARIE-MAJEURE

Mosaïque de l’abside. — Jésus et la Vierge sur un beau et large triclinium ; il lui pose la couronne sur la tête, c’est un roi et une reine, ils ont chacun un tabouret sous leurs pieds.

De chaque côté, trois hommes, nu-tête et nimbés, s’avancent, chaque groupe précédé d’un petit évêque à genoux.

Jésus et la Vierge, sur leur triclinium, sont dans un grand rond d’or ; sur les flancs de ce rond, chœur d’anges nimbés, aux ailes de couleur, h genoux, et étages les uns sur les autres, en perspective.

De chaque côté de la mosaïque, dans les angles, un grand arbre, candélabre à arabesques régulières au lieu de branches, et sur ces arabesques ou rinceaux sont perchés de grands oiseaux, paons, aigles, poule, un perroquet ( ? ).

Jusqu’à l’endroit de la courbe, l’arbre est orné de trois espèces de bracelets.

CORSINI

MURILLO (La Vierge de). — Elle porte le Bambino sur la cuisse gauche, dont le pied est posé sur une marche ; le genou droit, plus bas par con séquent, est éclairé, la lumière tombe dessus. Elle le tient du bras gauche, et la main gauche est appuyée sur son épaule gauche ; de sa main droite avancée elle retient un linge blanc qui passe sur le ventre du Bambino, le poignet de cette main est à nu ; au delà du poignet, Ta chemise blanche retroussée et la doublure bleu pâle de sa robe violette. Un fichu jaune est sur son épaule, transparent à mesure qu’il descend, et laissant passer à travers lui la teinte enflammée de la robe. La robe est ouverte pour donner à téter et le sein gauche à nu ; c’est un sein poire, petit, chaud, d’une inconcevable beauté comme douceur et allaitement. Belle ligne qui descend du col jusqu’au bout de ce sein. La tête est un peu tournée vers le côté droit et il y a une ombre sur la mâchoire de ce côté.

C’est une tête ronde, ayant autour d’elle sur le front (ils ne descendent pas sur les tempes) des cheveux noirs de suie avec un ton roux brun pardessus ; derrière la tête et en contournant la ligne extrême, un voile grisâtre amassé en bourrelet irrégulier. Les jeux sont noirs, calmes, purs, vrais, regardent d’aplomb et descendent en vous. Des tons un peu bleuâtres entre les sourcils au haut du nez, le nez droit, fin, les narines petites, la gouttière du nez à la lèvre est très creusée, la bouche petite, fort dessinée, petit menton rond.

L’enfant ressemble à sa mère : même couleur de cheveux mais plus clairs, le blanc des yeux bleu et la pupille très lumineuse ; la poitrine est large et d’une anatomie splendide comme force et vérité, c’est bombé, plein et carré par les deux lignes externes. Bon petit bras gauche, dont la main s’appuie sur le revers de la chemise de sa mère. Son linge lui cache la fesse gauche comme le ventre, et passe ensuite sous Te jarret droit. Sa jambe droite est toute allongée (plante du pied vue) sur la cuisse gauche de sa mère ; il est assis sur le manteau bleu qui couvre cette cuisse et qui est parti plus haut du bras gauche, dans l’ombre.

Fond : à droite, derrière Jésus, une sorte de pilier grisâtre ; derrière la Vierge et au-dessus, nuage gris, épais ; elle est assise sur un banc de pierre d’où s’élève, derrière, un petit arbrisseau à feuilles brunes.

HOLBEIN. Luther (6e ch.), petit portrait. — Toque noire, houppelande violette à plis longitudinaux réguliers et à collet droit, cheveux grisonnants coupés carrément et tombant plus bas que les oreilles, grosse figure grasse, à chair molle, double menton, nez épaté du bout ; largeur de la paupière supérieure ; l’air bonhomme rehaussé par une sorte de fierté rustique, œil brun.

HOLBEIN. La femme de Luther, petit portrait. — Coiffe blanche et bonnet à grandes barbes carrées par-dessus, tombant sur les épaules ; figure blanche et ridée, de 55 à 60 ans et plus ; peu de sourcils ; expression douce et souriante.

VAN DYCK. Portrait d’homme chauve, au front très éclairé, grand rabat de guipure. Toile d’effet.

MURILLO. Portrait d’homme à grands cheveux noirs. — Soin du dessin de la bouche, très beau comme éclat de la pâleur, rouge dans le coin de l’œil. Les moustaches sont ainsi : la lèvre supérieure est rasée, sauf un léger fil de poil, qui prend le plus près possible du bord interne de la cloison du nez, descend verticalement pour arriver au coin de la lèvre, la moustache décrit ainsi un accent circonflexe très ouvert et laisse voir parfaitement toutes les finesses de la lèvre. (À propos de la manière de porter les moustaches à l’époque de Louis XIII.)

REMBRANDT. Portrait de vieille femme. — De face, ridée, terreuse, avec un voile noir sur la tête lui descendant jusqu’au milieu du front, et tombant sur chaque épaule.

TITIEN ? Philippe II, portrait, jusqu’au haut des cuisses. — Pourpoint noir doublé de fourrure grise, la main droite appuyée sur une table, la gauche sur le pommeau de son poignard.

Bien moins beau que celui de Naples, quoique ce soit tout à fait le même visage et la même taille.

La face a un vilain ton gris, pareil à celui de la fourrure, et quelque chose de terne qui ne me semble pas devoir être du Titien ?

CALLOT. La vie du soldat, douze petits tableaux. — L’arbre aux pendus : à un seul arbre il y en a vingt d’accrochés, un vingt et unième est sur l’échelle, précédé du bourreau et suivi d’un moine qui lui montre un crucifix, tandis que lui, les mains jointes, regarde au loin dans la campagne.

Au pied de l’arbre, un moine en exhorte un autre qui va tout à l’heure j passer à son tour, il écoute à genoux. De l’autre côté de l’arbre, à droite, deux hommes, deux condamnés, en chemise, jouent aux dés sur un tambour ; à droite au premier plan, un moine, un crucifix à la main, confesse un condamné, debout comme lui.

Les condamnés sont en chemise et en culotte, mais les pendus n’ont plus rien que la chemise.

Homme pendu par le milieu du corps, la tête et les pieds retombant, les mains derrière le dos : à gauche, quatre hommes en chemise, les mains attachées derrière le dos, sont à califourchon sur un cheval de bois, assez haut pour dominer la foule.

Des soldats rangés semblent braquer leurs fusils vers la poterne où est accroché le patient dans la position sus-décrite ; foule de soldats, régiments en ligne.

Potence : un pieu supporte un bras terminé d’un bout par une corde et de l’autre par le patient pendu ; cette corde s’enroule à un cylindre, qui a l’air de faire s’abaisser et s’élever le bras de la potence. On monte à cette potence par une échelle. La corde peut-être glissait sur le bras de la potence, et le supplice consistait à le monter et à le descendre continuellement.

Le cheval de bois sur lequel sont les condamnés était sans doute une espèce de pilori.

CAPITOLE

BUSTES. — Un Bacchus indien, et comme les plus vulgaires, c’est-à-dire avec le nez à lignes carrées sur le pied duquel (buste-hermès) : ΠΛΑΤΩΝ.

Buste de femme, avec deux mèches sur les épaules, une sur chaque, et la coiffure en petits vignots (deux rangs) comme les bustes-indiens, avec cette inscription : ΣΑΠΦΩ ΕΡΕΣΙΑΣ.

Faune avec des raisins et le pedum ; à la place des carotides, deux petites loupes oblongues, comme au x Studii.

FARNÉSINE.

(2e chambre du 1er étage, en face la fenêtre.)

JEAN ANTOINE dit LE SODOME. Alexandre offrant la couronne à Roxane, fresque. — Roxane est assise sous un lit à colonnes cannelées et à rideaux rouges, des Amours lui retirent sa chaussure, les seins sont voilés d’une gaze blanche que va ôter un Amour ; derrière le lit, trois femmes : une négresse à bracelets d’or, une autre de dos qui porte un vase sur sa tête, une autre qui s en va.

Elle se déshabille, elle retrousse sa draperie jaune. Délicieuse tête blonde, pleine de luxure, rêveuse ; l’œil est noyé de langueur lascive, le ventre, vu sous la gaze sur laquelle par le haut circule un filet d’or, est tourné dans la torsion du torse, car elle est assise un peu de côté.

Mouvement très étudié de l’Amour qui retire sa sandale avec peine, un autre se découvre sous son jarret ; une rangée d’Amours soulèvent sur la corniche du baldaquin une énorme draperie verte, à grand’peine, et sont pris dessous, l’un d’eux en est enveloppé tout autour du visage, d’une manière ingénieuse qui lui en fait un capuchon et l’encadre. Dans le ciel, quantité d’autres Amours lancent des flèches.

Alexandre (stupide) présente la couronne. Dans l’autre coin du tableau, Alexandre est avec Ephestion.

Dessin lourd, décadent, mastoc, rococo, mais j’ai vu peu de choses plus excitantes et plus profondément cochonnes que la tête de la Roxane.

BORGHESE

TITIEN. L’Amour sacré et l’amour profane (Xe ch., n° 23). — Deux femmes assises sur un sarcophage antique : l’une, à gauche, habillée, celle de droite nue, la première est en robe de satin blanchâtre gris perle, elle tient des fleurs noires, elle a des gants gris de fer un peu lâches (un gant juste, une main bien gantée doit être une chose exécrable en peinture, il faut que le gant fasse des plis) ; sa chevelure rousse est épanchée sur l’épaule gauche, le coude gauche est en arrière et la main de ce côté appuyée sur un vase rond découvert.

Entre les deux femmes, un Amour, penché sur le sarcophage plein d’eau (elle s’en échappe en bas par un goulot), y plonge son bras droit.

SAINT-PAUL-HORS-LES-MURS

(rencontre).

Nous venions de voir l’église Sainte-Hélène et nous étions venus à Saint-Paul-hors-les-Murs, en passant devant la pyramide de Cestius. De la pyramide à Saint-Paul, c’est une route plantée ; à gauche, dans la voiture, la poussière sortait de dessous les roues, de mon côté ; les chevaux allaient lentement, personne, l’air chaud.

On reconstruit la basilique Saint-Paul. Notre cocher nous indiqua pour y entrer le mauvais côté, celui de l’entrée principale ; c’était vide, des menuisiers rabotaient des planches et varlopaient. Grande boutique, nue, belle par sa dimension ; sur des tables des rosaces en bois tourné, destinées à être mises au plafond. Par la porte toute ouverte, le grand jour entrait ; à côté d’un menuisier, un, soldat (du pape) avec son fusil.

La basilique a cinq nefs ; sur les côtés de la principale, en dessins, médaillons destinés à contenir des mosaïques modernes, portraits de saints, un de saint Damase et un autre de X ? Au fond de la nef, à l’endroit où la croix se va bifurquer, un immense établi qui monte jusqu’en haut ; à chaque angle de l’établi, un faisceau de poutres reliées par quatre morceaux de bois qui sont cloués dessus, ça monte en colonnes ; là, à droite, une petite porte provisoire, en bois, qui pénètre dans la partie de l’église achevée, c’est-à-dire dans la tête et les bras de la croix. Près de là, assis au pied d’une colonne, un ouvrier lisant ou priant dans un petit livre. M. Lacombe a voulu entrer par cette porte, une voix de l’intérieur lui a répondu de faire le tour.

Nous sommes sortis de l’église et nous avons fait le tour. Nous sommes rentrés par la porte qui donne sur une petite rue ; à la porte était une méchante calèche, la capote déployée, et le cocher sur le siège.

Nous avons passé par une espèce de petit vestibule carré, avec des médaillons, portraits à la mosaïque, anciens et de figure grotesque, et nous avons pénétré dans l’église. C’est blanc, et très haut. Un custode nous avait vus et nous suivait ; nous regardions, sur la coupole qui domine l’autel, une mosaïque antique fort belle : Jésus-Christ au milieu des évangélistes, assis sur un triclinium ; à ses pieds et tout petit, le pape Honorius III, couché et rampant comme un animal.

En tournant la tête à gauche, j’ai vu venir lentement une femme en corsage rouge, elle donnait le bras à une vieille femme qui l’aidait à marcher ; à quelque distance un vieux en redingote, et ayant autour du cou une cravate en laine tricotée, les suivait. J’ai pris mon lorgnon et je me suis avancé, quelque chose me tirait vers elle.

Quand elle a passé près de moi, j’ai vu une figure pâle, avec des sourcils noirs, et un large ruban rouge noué à son chignon et retombant sur ses épaules ; elle était bien pâle ! Elle avait des gants de peau verdâtres, sa taille courte et carrée se tordait un peu dans le mouvement qu’elle faisait en marchant, appuyée du bras droit sur le bras gauche de la vieille bonne.

Une rage subite m’est descendue, comme la foudre, dans le ventre, j’ai eu envie de me ruer dessus comme un tigre, j’étais ébloui ! Je me suis remis à regarder les fresques et le custode qui tenait des clefs à la main.

Elle s’était arrêtée et assise sur un banc, contre le grand carré d’échafaudage ; je l’ai regardée et j’ai de suite, à la douceur envahissante qui m’est survenue.

Elle avait un front blanc, d’un blanc de vieil ivoire ou de paros bien poli, front carré, rendu ovale par ses deux bandeaux noirs derrière lesquels fulgurait son ruban rouge (bordé de deux filets blancs) qui rehaussait la pâleur de sa figure. Le blanc de ses yeux était particulier. On eût dit qu’elle s’éveillait, qu’elle venait d’un autre monde, et pourtant c’était calme, calme ! sa prunelle, d’un noir brillant, et presque en relief tant elle était nette, vous regardait avec sérénité. Quels sourcils ! noirs, très minces et descendant doucement ! il y avait une assez grande distance entre le sourcil et l’œil, ça grandissait ses paupières et embellissait ses sourcils que l’on pouvait voir séparément, indépendamment de l’œil. Un menton en pomme, les deux coins de la bouche un peu affaissés, un peu de moustache bleuâtre aux commissures, l’ensemble du visage, rond !

Elle s’est levée et s’est remise à marcher ; elle a une maladie de poitrine ? ou de reins ? à sa démarche ; elle est peut-être convalescente, elle avait l’air de jouir du beau temps ; c’est peut-être sa première sortie, elle avait fait toilette.

Le custode a passé devant elle et lui a ouvert la petite porte qui donne dans la basilique ; le vieux monsieur, que j’avais cessé de voir, lui a donné la main pour l’aider à descendre les trois marches qu’il y a ; j’étais resté béant sur la première, hésitant à la suivre.

Puis nous avons été voir le cloître, avec ses colonnes tordues, granulées de mosaïques vertes, or et rouges ; j’ai senti l’air chaud, il faisait beau soleil. Moins de roses que dans le cloître de Saint-Jean-de-Latran, auquel il ressemble tout à fait. M. Lacombe a demandé au custode s’il connaissait cette dame malade, le custode a répondu que non.

En sortant de l’église, je l’ai revue au loin, assise sur des pierres, à côté des maçons qui travaillaient.

Je ne la reverrai plus !

J’avais eu dans l’église envie de me jeter à ses pieds, de baiser le bas de sa robe ; j’ai eu envie, tout de suite, de la demander en mariage à son père (?) ! Dans la voiture, j’ai pensé à avoir son portrait et à faire venir pour cela de Paris Ingres ou Lehmann… si j’étais riche ! J’ai pensé à aller me présenter à eux comme médecin pour la guérir !… et de la magnétiser ! Je ne doutais pas que je l’aurais magnétisée et que je l’aurais guérie peut-être !

Que ne donnerais-je pas pour tenir sa tête dans mes mains ! pour l’embrasser au front, sur son front ! Si j’avais su l’italien, j’aurais été vers elle, quand elle était sur ces pierres ; j’aurais bien su trouver moyen de lier la conversation.

Quel beau temps ! la campagne d’ici me semble bien belle, nous avons repassé par la porte près de la pyramide de Cestius.

Rencontré deux ecclésiastiques en grandes robes rouges et à chapeaux pointus.

Nous avons tourné le Palatin et nous sommes trouvés au bord du Tibre, devant la douane ; nous sommes descendus de voiture près le pont rompu, au bas de l’île du Tibre, délicieuse vue de chic, avec ses filets qui tournent dans l’eau.

Rentré à l’hôtel à 4 heures.

Déjà ses traits s’effacent dans ma mémoire.

Adieu ! adieu !

Mardi saint, 15 avril 1851.

VATICAN

CHIARAMONTI

Buste de femme drapée. — Une tresse ronde, comme une anguille posée sur le sommet de la tête, en fait le tour comme une couronne ; de dessous cette tresse à la naissance des cheveux les cheveux sont tirés ; sur le devant de la tête un diadème montant à trois bandes de chaque côté ; de dessous le diadème en bas sortent des accroche-cœurs.

Buste de femme. — Sur le sommet du front une mèche ou plutôt une houppe de cheveux, hérissée, séparée en deux petites masses. Est-ce une imitation de la fleur du lotus ? Le catalogue attribue à ce buste quelque ressemblance avec Zénobie, reine de Palmyre, d’après les médailles.

Tête de femme. — Mignonne, vraie figure Pompadour et XVIIIe siècle s’il en fut ; une raie de chaque côté de la tête ; entre les deux raies court parallèlement une large mèche de cheveux, ayant au milieu et dans le même sens une tresse ; à la hauteur de l’oreille les cheveux sont ramenés en dessous, en champignon, il en reste peu à partir de là (où ça fait différence de niveau), c’est-à-dire sous les oreilles et aux alentours de la nuque ; sur le chignon, tresse enroulée en vignot.

Isis, buste colossal. — Elle avait sur le sommet du front une fleur de lotus. Rétabli en stuc. Trois colliers ou mieux trois gros chapelets à grains longs, oblongs, entourent son cou ; un quat rième, passé sous son voile, est posé sur sa tête et tombe des deux côtés avec son voile, pris dedans, et suivant ses plis.

Tête bachique couronnée de pampres. — Expression d’ivresse, charmante ; la bouche, entr’ouverte, sourit et montre les dents ; le col tendu ; la figure est portée en avant ; le pampre ciselé, déchiqueté, très mouvementé, retombant de sa couronne lui couvre la mâchoire en manière de barbe ; aux deux coins de la bouche, le pampre lui fait deux loupes.

Athys ? statuette. — Mauvais. Il est debout, à un tronc d’arbre ; à sa droite sont accrochées des crotales ; de la main gauche il tient un tambourin, et de la droite un bâton recourbé dont il semble le frapper ; il est vêtu d’une camisole à manches, nouée en haut et toute ouverte sur la poitrine, qu’elle laisse à nu, ainsi que le ventre jusqu’à la hauteur du pubis ; ses jambes sont enfermées dans une sorte de pantalon à plis, plus petit par le bas et noué au-dessus des chevilles, il est coiffé d’un bonnet phrygien.

Plotine (Tête supposée de), femme de Trajan. — Coiffée en longs boudins montant, lesquels, dans leur largeur, ont des trous comme pour y mettre des perles ou des pierres précieuses. Ce genre de coiffure montée et frisée se trouve quelquefois sans boudin ; les cheveux ne font qu’une seule masse sur le devant de la tête, et semblent tout crêpés d’un seul bloc ; ça imitait la plume, le duvet, la gorge de canard ou de cygne ? en tout cas, c’est fort laid en sculpture. Cette dernière chevelure devait se prêter à la poudre. Quelquefois, comme dans le buste que l’on croit de Matidie, mère de Trajan, la chevelure ainsi montée est faite en quantité de petites mèches frisées.

VATICAN

Chevaux marins portant des femmes sur leur dos. — Malgré la ressouvenance du sabot, comme forme générale, le bout des pieds est palmé ; à l’angle interne des épaules, nageoires ; la crinière aussi, divisée en larges mèches plates séparées, ressemble à des crêtes de dos de poisson.

Lucille, buste. — Chevelure pareille à celle de la Cléopâtre du Musée de Naples, yeux sortis de tête, très ronds, très grands ; les narines sont ouvertes et remontent, nez fin et large du bas ; la bouche, petite, est avancée et fait la moue.

Buste d’un inconnu et de Salluste (non l’historien). — Ce dernier, drapé dans une draperie d’albâtre oriental. Ouvrages médiocres. À considérer le travail de la barbe qui est installée en lignes droites, figurant une barbe plate et peignée et non pas frisée, comme d’habitude.

Bustes : les deux premiers inconnus, le troisième de Philippe. — Drapés du cinctus gabinus, ou du laticlave ? Une épaisse bande de draperie, et partant toujours de l’épaule gauche, leur passe carrément sur le bras, sur la poitrine, et va se remplier en dessous à peu près au niveau du sein droit. Cette bande me paraît faite de plusieurs duplicata collés l’un sur l’autre. Dans un des bustes il y a, figurés dans l’épaisseur du marbre de cette bande transversale, quatre plis. Comment cela pouvait-il avoir lieu ? et d’où venait cette draperie ?

CLEMENTINO

(Cabinet de Mercure.)

Bas-relief représentant une procession d’Isis. — En commençant par la droite : 1° une femme, portant un seau de la main droite, a le bras gauche enroulé d’un serpent qui lève la tête ; ses cheveux sur son dos sont séparés en deux tresses, sur le sommet de la tête un lotus ; 2° homme nu-pieds et nu de tout le torse, à partir de la ceinture seulement drapé ; il porte un rouleau à la main, la tête est ornée d’ailes d’épervier ( ? ) ; 3° homme, la tête rasée, son vêtement (il est très enveloppé dedans) lui passe sur la tête et fait voile, il tient dans ses mains un grand vase ventru et à anse, il est chaussé de sandales à bandelettes nombreuses ; 4° femme nue jusqu’au-dessous des seins, cheveux tressés tombant sur le dos, elle tient le xyste de la main droite et de la gauche un instrument.

L’amour que les anciens semblaient avoir dans la peinture pour les jeux visant à la surprise, témoin ces peintures de Pompéi où des portes sont à demi ouvertes avec une femme qui entre, se retrouve dans un bas-relief au crayon, non dans le catalogue.

Le centre du bas-relief est occupé par une porte à deux battants ; à gauche, un personnage drapé est assis entre deux autres debout, celui qui est près de la porte a un pantalon ; à droite, personnage drapé, également assis entre deux autres debout ; celui qui est près de la porte a le corps engainé dans une sorte de cotte de mailles (?) toute pointillée à la tarière. Le battant gauche de la porte est à demi ouvert et fait saillie, bien entendu ; les panneaux carrés de la porte sont ornés de têtes humaines barbues, avec des anneaux passés dans la bouche. Sous chaque personnage assis est un gros masque. Que veulent dire ces masques qui reviennent partout ?

Silène. — Avec la peau de bête (féroce ?) sur l’épaule gauche. De la main gauche il tient une grappe de raisin, de la droite une coupe ; couronné de pampres très détachés, très sortis de la tête. Statue courte et lourde, le type n’est pas pur, c’est entre le Bacchus et le Silène. Serait-ce Silène enfant ? Le ventre excessif et la face cyniquement et bonhomiquement hilarante manquent. Sur le ventre, les poils sont indiqués fortement en petites mèches, ainsi qu’autour du bouton des seins et sur le torse ; autour du phallus, ils sont saillants. Travail madréporique. La jambe gauche est restaurée.

Polymnie (?).—Jolie statue, mignonne. Couronne de roses, elle fait le geste de rejeter sa draperie sur l’épaule gauche ; sous la draperie de ce côté, la main saillit voilée par elle, le pied droit en arrière infléchi.

Aspasie, hermès voilé. — Coiffée comme la Cléopâtre du Musée de Naples, un voile sur les cheveux, visage fort et grave, peu d’intervalle entre la paupière et le sourcil (ce qui donne dans la nature beaucoup de vivacité à l’œil, le regard étant renforcé du sourcil, surtout lorsqu’il est brun) ; petit menton pointu, saillant. Le bout du nez est restauré.

Dieu marin dit l’Océan, Hermès colossal. — La chevelure nouée par un cep de vigne, avec une feuille de vigne de chaque côté de la tête ; sur le front, chevelure léonine. Les cheveux et la barbe sont traités en longues mèches descendantes. Il a deux cornes, quatre grappes de raisin mariées à la chevelure tout autour de la tête ; à peu près à l’extrémité de la barbe du menton, deux dauphins montrent leurs têtes. Une peau de poisson couvre la face du dieu jusqu’au-dessus des sourcils, où elle s’arrête déchiquetée ; il en est de même sur la poitrine, où elle finit comme une pèlerine escalopée. Au-dessous sont figurés des flots.

Junon Sospita ou Lanuvina, statue colossale. — Les bras et les pieds sont restaurés. Sur sa tête une peau de chèvre dont les cornes sont par derrière, un diadème par-dessus ; la peau fait capuchon sur les côtés de sa face, couvre en pèlerine les épaules et est attachée entre les deux seins, les pattes à sabot fendu qui la terminent pendent en bouts ; le corps entier est pris dans une autre peau en forme de paletot noué par une ceinture mince autour des reins ; les pattes à sabot fendu pendent en pointes par le bas, des deux côtés. Sous cette peau est un second vêtement long, et sous celui-ci un troisième à plis droits, plus longs et tombant jusqu’en bas. L’ensemble est fort laid, la restauration moderne l’a, de plus, affublée d’une lance et d’un bouclier nature.

Tête de femme avec un ornement en forme de concombre. — Tout autour de la tête les cheveux sont lisses, une corde la ceint, les cheveux des tempes y sont contournés autour, sur le sommet du front, et au milieu de cette corde est un ornement en forme de concombre ou mieux d’épi de maïs à six cylindres. La chevelure totale est divisée en trois, une de chaque côté, séparée par une raie ; entre ces deux raies, la troisième partie de la chevelure court de la nuque vers le côté intérieur de l’épi oblong (où elle s’enroulait peut-être ? ). Je ne vois pas le travail des cheveux autour.

Buste de femme avec la testudo (?) sur la tête. — Trois pointes s’avancent et font comme un dais très escalope sur la tête ; par derrière ça fait mur ou capuchon très élargi ; sur le front et autour des joues, les cheveux sont peignés, divisés par différentes petites plaques successives figurant assez bien le treillis de certains paniers d’osier.

Buste d’une matrone voilée. — Coiffure en trois ordres ; le premier, celui qui touche au front, en petites boucles ; les deux autres en carrés recroquevillés en avant.

Buste de Domitia, femme de Domitien, très restauré. — Cinq véritables rouleaux ou boudins minces, comme ceux des perruques XVIIIe siècle, étages les uns sur les autres ; seulement, de place en place, quelques interstices dans le rouleau par où le fer s’est introduit, car il n’a pu d’un seul coup friser tout le rouleau cintré, qui suit la forme du visage ; coiffure sèche et grêle ; par derrière, les cheveux sont réunis en catogan. Ces derrières de coiffure, dont le type se trouve dans les Pandrosiennes, devaient être d’un fort bel effet sur les épaules, c’était ample, ça jouait sur le haut du dos et l’enrichissait ; avec des cheveux noirs la peau blanche devait reluire de blancheur, effet cherche dans l’antiquité. Comme forme, ce catogan donnait du contrepoids à la tête et la forçait à se tenir droite.

Triton demi-figure de grandeur naturelle, les bras mutilés, une peau écailleuse sur les épaules. —La peau est nouée sur la poitrine, couvre les épaules, passe sous l’aisselle et revient sur la saignée du bras. Expression souffrante du visage. Les oreilles sont très longues, pointues, séparées de la tête et non mariées à la chevelure largement massée ; la bouche est ouverte, la langue sur les incisives de devant et collée au palais. La fraise du sein gauche très basse et très portée en dehors ; je ne puis croire que ce soit même la fraise du sein ; qu’est-ce ? une verrue ? Celle du sein droit est beaucoup trop haute, la place des bouts de sein doit se trouver sous les bouts de la peau marine nouée sur la poitrine.

Bacchus indien dit Sardanapale. —Remarquer la chaussure, composée d’une semelle et d’un véritable filet en corde qui enveloppe le pied.

Auriga, statue. — De la main droite il tient une palme, dans la gauche un morceau de ses guides coupées (?) ; il a le corps entouré de cordes, par derrière il n’y a aucun intervalle, c’est tout uni, ça fait cuirasse, les cordes commencent sous l’aisselle et s’arrêtent au milieu des hanches ; sous celles du côté gauche, sont passés une harpe, cangiar, poignard recourbé. Il est bras nus, un petit chiton descend jusqu’à mi-cuisse, la cuisse droite sous le chiton est entourée d’un ruban noué, la cuisse gauche en a deux ; pourquoi ? et qu’est-ce ? Il a des sandales comme celui de l’Apollon Citharète de la même salle, c’est-à-dire composées de rubans plats entrecroisés.

Sarcophage, les fils de Niobé dardés par Apollon et Diane. — Que signifie un vieillard à longue barbe, portant par-dessus ses vêtements une peau de mouton (personnage rustique et très en dehors, comme couleur, des autres), qui tient un enfant comme pour le protéger ? L’enfant a l’air de se réfugier vers lui.

Jeune Romain en toge avec la bulle. — La bulle est portée par un ruban large.

Vase orné de feuilles. — Du fond du vase partait un jet d’eau ; tout autour du vase, à l’intérieur, sont rangées de longues feuilles dont les pointes pendent en dehors un peu recourbées. Quand le vase était plein, l’eau devait couler dans la rainure interne de la feuille, et se suspendre en gouttes à la pointe des feuilles avant de tomber à terre. Ce sont de grandes feuilles longues, de laurier ?

PEROUSE

CATHEDRALE DE SAINT-LAURENT.

Sur la place, devant la fontaine de Jean de Pise. C’est de là, en tournant le dos à l’église, qu’on voit le magnifique palais, d’un ragoût si franc, avec son double escalier, ses fenêtres romanes et ses murs couronnés de moucharabiehs.

Dans la sacristie un vieux tableau de l’école allemande (ou italienne ? ) primitive, la Vierge assise et lisant dans un livre ; Jésus est sur ses genoux et lit aussi dans le même livre. On n’a p as assez remarqué, il me semble, l’importance du livre, au moyen âge, comme attribut de l’idée ; tout se résume dans le livre, c’est le symbole le plus élevé de la pensée humaine, et lire, par conséquent, la plus haute action de l’esprit ; sous le rapport de la représentation, l’artiste a la commodité, par là, de cacher les yeux, toujours baissés naturellement. Aux pieds de la Vierge, par terre, au premier plan, un ange est assis et pince d’une guitare ou viole dont il serre les chevilles, en prêtant l’oreille et baissant la tête de côté dans une position très attentive et très étudiée. De chaque côté de la Vierge, deux hommes : à gauche, saint Jean-Baptiste et un autre saint qui a un caleçon de feuillage et dont les genoux sont ridés, comme la peau de saint Jérôme dans la Communion de saint Jérôme du Dominiquin ; à droite, deux hommes, en chape, dont l’un tient un livre.

IL CAMBIO

Fresques du Pérugin dans deux salles voûtées ne recevant de jour que par la porte.

Parmi les Sages de l’antiquité (première salle, paroi de gauche en entrant), à remarquer le Salomon avec une couronne à pointe ; c est déjà du Raphaël.

Transfiguration. — Le Christ en haut, en robe pâle ; le rayonnement s’échappe ovoïdement de tout son corps ; de chaque côté, à genoux, dans une pose d’adoration, Elie et Elisée ; en bas, par terre, assis, deux apôtres ; un troisième à genoux, à droite, se détourne. Admirable tête a expression. Tous sont blonds et avec le nimbe. Sous les pieds du Christ est écrite cette singulière légende : BONUM EST NON HIC ESSE.

Sur les autres parois, des Sybille et des guerriers.

Scènes de la vie de saint Jean-Baptiste (seconde salle). —Décollation. Au premier plan, à genoux, et sans tête, les poings l’un sur l’autre, et les coudes en dehors, saint Jean ; le sang saillit de son cou, et tombe, devant lui, devant vous, en face, au premier plan ; le bourreau, levant sa tête, la met sur le plat que tient Marianne.

Nativité de saint Jean. Sa mère est couchée dans un grand lit. Intérieur : au premier plan, femme qui lave l’enfant dans un bassin.

Marianne à table recevant la tête de saint Jean. Hérode, le sceptre à la main, est assis ; un domestique, adroite, crevés aux genoux, le poing sur la hanche, et présentant un plat ; domestique, en maillot rouge et à grande chevelure blonde, verse du vin d’une bouteille dans une autre, en se penchant, très vrai et très beau mouvement, la chevelure tombe en grande masse du côté gauche.

UNIVERSITÉ

Sur des feuilles de bronze, repoussées en dehors, travail du plus pur étrusque. Homme (casqué) et femme se donnant la main. La barbe pointue est l’arrangement artistique de la barbe égyptienne ; rien ne ressemble plus à l’art égyptien que ces deux personnages, figure, costume et action, mouvement du dessin.

Des animaux broutant. — Même observation. J’ai vu cela cent fois, à Hamada entre autres.

FLORENCE

TOSCANS

FIESOLE. La Vierge au tombeau. — Derrière elle rayonne le Christ, debout avec la croix dans son nimbe, comme aux mosaïques byzantines et tenant un petit Jésus dans ses bras ?? Aux quatre coins du tombeau de la Vierge, de grands candélabres d’or ; tout autour sont rangés des saints et des apôtres ; le Christ la considère, le sourire aux lèvres et étendant le bras droit vers elle. Au fond, palmiers et montagnes des deux côtés, qui encadrent l’action.

Les Christ de Fiesole ont généralement la mâchoire carrée du bas ; dans le Couronnement de la Vierge, c’est frappant ; la Vierge est ainsi du reste, et ressemble par là à son fils. S’il y avait eu, comme idéalité céleste, autant de différence entre la Vierge et Jésus et les bienheureux et bienheureuses, qu’il y a de distance entre ceux-ci et les mortels, où serait-il monté, sainte Marie ! jusqu’à vous tout à fait !

Quel homme que ce Fiesole ! quel cœur et quelle foi ! rien n’est plus propre à rendre dévot… à souhaiter ces joies, à s’y perdre l’âme d’aspiration.

FIESOLE. Les Noces de la Vierge. — Le grand prêtre, barbe et cheveux épanchés majestueusement, coiffé d’un bonnet pointu (comme ceux des derviches) avec une large bordure d’or, prend Joseph et Marie par le bras et les attire doucement l’un vers l’autre, en regardant la Vierge d’un regard attentif et indescriptible. À droite, groupe de femmes qui s’avancent en joignant les mains et dans des poses recueillies ; elles ont de grands manteaux bleus et rouges à franges d’or et des voiles transparents, elles me rappellent les femmes de Constantinople. À gauche, des hommes, mais moins beaux que les femmes.

Comme dans le tableau du Pérugin, même sujet, symbole du bâton rompu. Au fond, de ce côté, des hommes soufflant dans d’énormes trompettes.

Au fond, un mur blanc, un large et bas pot de fleurs sur le mur ; derrière le mur, un palmier doum (quoiqu’il ait un tronc unique, ce qui est inexact, mais c’en est bien sûr, aux feuilles en éventail de carton), un palmier, deux autres arbres.

La maison est en bois, on y monte par un escalier droit à plusieurs marches, balcon circulaire comme à un chalet. Les panneaux de la maison, au rez-de-chaussée et au premier étage (on n’en voit pas davantage), sont peints de marbre rose avec des veines, à moins que ce ne soient des panneaux de bois précieux.

FIESOLE. Le Couronnement de la Vierge, sur cuivre. — Des lignes, enlevées au burin sur la plaque, font des rayons dans lesquels se perdent en bas, au premier plan, deux anges qui jouent du violon et de l’orgue ; les nimbes des bienheureux sont réservés sur la plaque, et tracés au poinçon entre les couleurs des vêtements et des têtes ; de petites entailles, plus profondes et rondes, semblent indiquer qu’ils étaient destinés à être incrustés de pierres précieuses.

Tout en haut, au milieu, assis, Jésus et la Vierge. Jésus rassure le nimbe, ou le place sur la tête de sa mère ; leurs pieds reposent sur des édredons de nuages bleus. De chaque côté, entassement d’anges jouant du clairon et d’immenses trompettes, minces, évasées du bout, et de couleur noire ; devant cette cour, en avant du couple céleste, de chaque côté, deux grands anges aux longues ailes, minces, fulgurantes, qui ont l’air d’introduire la cour. À gauche, foule d’hommes ; à droite, de femmes et d’hommes ; en bas, au premier plan, vus de dos et noyés dans les rayons qui descendent du Christ et de la Vierge sur eux, deux anges musiciens, et deux autres plus en avant, qui encensent.

À remarquer parmi la foule des hommes, à gauche, la figure d’un évêque, de face, portant la croix en relief sur le cuivre (repoussé) ; un autre évêque en manteau bleu, vu de profil. Ce sont de belles mitres d’évêque, de belles chevelures douces, blondes ou blanches, quelques-unes brunes mais rares ; pas de femmes autrement que blondes.

Au deuxième plan, à gauche, et formant bordure, tête de femme avec une coiffure de fleurs dans ses cheveux blonds retroussés sur le front ; de son oreille pend une chaînette d’or qui tient à son bout une perle. Profil d’une religieuse coiffée d’un voile bleu étoile d’étoiles d’or, sa joue et le menton voilés d’une mousseline.

CHRISTOFANO ALLORI. Madeleine couchée et lisant. — Une tête de mort à côté d’elle : c’est exactement le même tableau que celui du Corrège ; au lieu d’être une grotte, l’entourage est la campagne ; la peinture ici est plus dure.

CHRISTOFANO ALLORI. Judith tenant la tête d’Holopherne. — Une servante à côté. Admirable petite toile.

Elle est nu-tête, en robe jaune ; la servante, par derrière, à droite, se penche, une draperie sur la tête ; physionomie travaillée, creusée, peinte comme dans l’école flamande.

La Judith est bien belle, paupières épaisses, visage plein de volupté et de hardiesse.

LÉONARD DE VINCI. Tête de la Méduse coupée. — À côté, deux crapauds. Fort belle étude de vipères (coiffure de la tête), les écailles sont rudes, on sent le froid de la peau.

MAZACCIO. Un portrait de vieillard ridé, sur toile, avec un petit bonnet. Grande expression de ressemblance.

ARTÉMISE LOMI. Judith égorgeant Holopherne. — C’est le même tableau qui est à Naples sous le nom du Caravaggio.

MARIOTTO ALBERTINELLI. La Visitation de sainte Elisabeth. — Il n’y a que sainte Elisabeth et la Vierge dans le tableau, qui en est plein ; c’est de la plus grande peinture.

Elisabeth arrive et se penche vers la Vierge en lui parlant bas, elle porte sa main gauche sur le bras droit de la Vierge, elles se ^serrent les mains ; le haut du visage de sainte Elisabeth est dans l’ombre portée sur elle par le visage de la Vierge. La Vierge est en rouge, couverte d’un manteau bleu ; Elisabeth en vert, couverte par le bas d’une draperie jaune ; elles sont sous une architecture à petits piliers Renaissance rehaussés d’arabesques ; fleurs sous leurs pieds.

ANDRÉ DEL SARTO. Son portrait, jusqu’au buste. — Fort beau. Robe grise, chaperon noir, cheveux brun roux, nez fort, bouche dessinée, yeux cernés et noirs, la physionomie ardente et attentive.

RIDOLPHI GHIRLANDAJO. Translation du corps de saint Zénobe porté à la cathédrale. — Eclat gras de la couleur, aucune idéalité, au sens raphaëlesque du mot ; les têtes sont surtout expressives. Grande manière de peindre, vraie et forte.

GEORGE VASARI. Portrait de Laurent de Médias. — Assis, en robe verte à fourrure tachetée aux parements ; le visage est maigre, le nez bombé, la mâchoire inférieure carrée et avancée, un peu en gueule de singe ; le nez creusé en dedans, fin et relevé du bout ; le front bombé, le teint général bistré, pas de barbe ; mains grandes, maigres et vigoureuses, très étudiées.

ALEXANDRE ALLORI. Le Sacrifice d’Isaac. — Curieux pour la composition. D’abord, en commençant par la gauche, on voit dans le fond une maisonnette. Scène rustique : 1° Isaac et Abraham se mettent en marche ; 2° plus près de nous, Isaac fait le paquet de bois, fane est là ; 3° au premier plan, nous voyons l’âne chargé des provisions, un chien qui fouille dans un panier à terre et deux hommes qui dorment sur l’herbe ; 4° Isaac et Abraham sont en marche.

(Comme dimension, nous sommes ici au sujet principal de la toile, Isaac porte le bois et Abraham un brandon allumé. Belle draperie rouge et jaune d’Abraham, étude d’anatomie et de couleur, surtout dans les bras nus.)

5° Au haut de la montagne, Isaac sur le bûcher, et l’ange qui arrive ; 6° même motif répété plus loin dans le fond à droite, mais il n’y a dans la pensée de l’auteur évidemment de principal que la montée et le bûcher.

Tout ce qui précède est sur un plan plus reculé, comme un lointain au sujet, comme un précédent à faction ; mais pourquoi avoir répété deux fois la scène du bûcher avec l’ange qui arrive ?

Quelque chose de gêné dans l’exécution de tout ce tableau, cet art n’est pas encore arrivé à la liberté de sa forme.

SALLE DU BAROCCIO.

RUBENS. Une bacchanale. — Un Silène nu est assis sur une barrique ; entre le bois et sa fesse, un drap de velours brun ; il tend une coupe que remplit une Bacchante assise près de lui. De la coupe un peu inclinée coule le vin blanc ; un petit Faune se renverse la tête en arrière pour boire ; de l’autre côté, un vieux Faune, cornu et chauve, boit à même le goulot d’un vaste flacon, et au premier plan, devant la barrique, un petit enfant, relevant sa chemise et tendant son ventre en avant, pisse ; le jet d’urine troue la terre.

De l’autre côté, un lion est couché sur le flanc, mâchant des raisins dont le jus découle de sa gueule ; sur lui est posé le pied du Silène.

La Bacchante est blonde, d’un blond blanc vert, à cause du reflet des feuillages ; son bras, sa tête, sa chevelure, la coupe en verre du Silène, et le vin qu’elle verse, tout cela est à peu de chose près du même ton, c’est de la lumière qui se joue là dedans. Le sein de la Bacchante, rond et pesant, est sorti de sa robe rouge dans le mouvement qu’elle fait en levant le bras pour verser ; sa bouche est petite, rose, ouverte ; son nez assez fin, pointu, aux narines très remontées.

Dans les plis des ombres des chairs du Silène, tons ardoise ; aux endroits lumineux, tons de brique ; c’est là de l’admirable viande, de la graisse ferme et en pelote serrée sous la peau.

La tête renversée du Faune qui boit, vue en raccourci par derrière (celle du petit Faune l’est de profil), est en plein frappée du soleil. Admirable cambrure crâne de l’enfant qui pisse.

Tableau dont on ne peut se détacher et qui attire à soi chaque fois qu’on veut sortir de la salle.

CARLO DOLCI. La sainte Marie-Madeleine. — Tenant une urne ou un vase de baume sur son cœur. Est une chose ennuyeuse et prétentieuse, quoique la tête indépendamment soit belle ; mais cette femme, pressant avec amour un pot, ça semble niais.

RUBENS. Portrait d’Hélène Fourment, sa seconde femme. — Elle tient un fil de perles dans la main, elle a autour du cou un petit collier de perles, une grande collerette blanche empesée remonte derrière elle ; corsage et manches jaunes à crevés ; chevelure très blonde, sans prétention ; des yeux noirs ou du moins brun très foncé, ce qui contraste avec ce teint si blanc et si rose et ces cheveux si blonds. Les sourcils, quoique blonds, suffisamment fournis et très dessinés ; fossettes au menton et aux joues ; visage ovale, nez mignon et pointu (Rubens aimait les nez pointus). Dans sa chevelure, deux petites fleurs blanches et une rouge.

Fort beau portrait.

SASSOFERRATO. Vierge voilée de bleu, la tête penchée sur l’épaule et joignant les mains. — Fort beau, ça me semble moins blanc que les Sassoferrato ordinaires.

ÉCOLE ALLEMANDE OU FLAMANDE

NICOLAS FRUMENTI. Lazare ressuscitant ; Marthe aux pieds de Jésus ; Madeleine lavant les pieds de Notre-Seigneur, triptyque. — Lazare sort de son tombeau, les mains jointes et attachées ; l’homme (en pourpoint jaune, chauve et barbu) qui le lève, es lui détache, Lazare est maigre, presque un squelette déjà et tourne les yeux vers le Christ debout. De face près du Christ, un homme qui lit dans un livre comme s’il faisait des exorcismes ; à gauche, une femme (la Vierge sans doute, à son nimbe) éplorée se met un mouchoir sur la bouche. À droite, un homme debout, en riche pourpoint brodé ; sur son bras un bracelet (en dessus) d’or incrusté de pierreries et d’où pendent de longues franges ; il est coiffé d’une sorte de haut bonnet pointu, autour duquel passe une écharpe blanche nouée, qui devait pendre très bas et dont il prend un bout pour se boucher le nez ; ses cuisses et ses jambes sont enfermées dans un maillot rouge très collant, souliers à la poulaine très pointus ; sa main gauche, vue en dedans par le spectateur et tournée la face externe contre la hanche, est passée jusqu’ au pouce dans la ceinture qui tient son poignard, dont on voit seulement le pommeau ; il fait la grimace.

À droite, Madeleine lavant les pieds. Jésus est au bout de la table ; en bas, Madeleine doucement lui lave les pieds, la main gauche portant délicatement le pied et la droite le caressant ; elle est en pleurs. Près du Christ, le même homme en pourpoint jaune, chauve et barbu, coupe du pain et regarde de travers le Christ ; plus loin, homme debout, en rouge, qui boit dans un verre ; à gauche, près du Christ, homme debout, en vert (c’est le disciple avare, qui désigne la Madeleine du doigt et fait une grimace) ; sur la table, des côtelettes.

Expressions basses et bourgeoises des figures. Très fort, scènes profondément senties. Le parfum est contenu dans un petit gobelet long.

FRANCESCO FRANK. Un Triomphe de Neptune. — Neptune et Vénus au milieu, sur un char, coquille traînée par des chevaux marins. Vénus a les jambes prises dans un filet qui descend jusqu’aux doigts (sorte de mitaine pour les jambes) ; chaussure héroïque des femmes, que j’ai déjà remarquée ailleurs.

Les Néréides portent des bâtons en croix, au bout pendent des poissons ; sous un rocher plus loin, une tablée ; au fond, un volcan ou du feu sur une montagne. Bleu foncé de la mer et du ciel. Peinture animée, belles femmes mouvementées, dans l’eau.

HOLBEIN. Portrait de François 1er armé, à cheval, petite toile. — Il tient le sceptre et est coiffé d’une toque. Cheval blanc, noir aux jambes, crinière peignée et égalisée (imitant l’effet d’une chevelure), un mors effroyable, bride et caparaçon rose vif ; sur la tête du cheval, bouquet de plumes jaunes, vertes et rose pâle ; le caparaçon couvre toute la croupe et de longs cordons, terminés par des glands, pendent jusqu’aux jarrets, à la façon des hordges du dromadaire.

Le roi est enfermé dans une riche armure d’acier ciselée d’or, et engravée de sujets ; la genouillère est formée par un masque, l’arçon de la selle est très haut et creusé de façon à pouvoir prendre les cuisses en cas de chute.

UGUE VAN DER GŒS DE BRUGES. La Vierge, le Bamhino, sainte Catherine à genoux et une autre femme. — Les cheveux des deux femmes sont, sur le front, rasés, ou du moins tellement rejetés en arrière qu’on n’en voit mèche ; la femme à gauche, qui présente une pomme au Bambino, a une belle chevelure épandue, couleur blond roux, de même ton que sa robe. Sous sa couronne d’or est pris un voile empesé, gaze mince et raide, qui s’avance carrément en forme d’auvent et laisse à travers sa transparence voir à nu son crâne ; il en est ainsi pour la femme de droite qui tient un livre, on ne lui voit aucun cheveu ; sur le côté droit de la tête elle a une sorte de calotte d’or très dur, posée sur l’oreille, c’est-à-dire tenue entre l’oreille et la tête. Cette calotte (qui semble formée de la réunion de plusieurs bandes concentriques) est dure, lourde et garnie de pierreries. Sur son casaquin de velours vert elle porte au bras gauche un bracelet incrusté de pierres précieuses, d’où pendent de longues franges d’or jusqu’au coude ; de dessous ces franges, sort la manche.

MIERRIS. Intérieur. — Femme debout, en robe de satin blanc, tenant une guitare sous le bras ; un jeune garçon présentant un plateau ; femme en casaquin de velours violet garni de fourrure blanche et buvant dans un verre. Derrière, homme debout, tenant le manche d’un gros instrument. Sur une table, fruits, un singe qui mange, bouteille à flacon d’or avec une chaînette. Du plafond pend un Amour suspendu par un fil.

Chef-d’œuvre du genre, comme dirait le catalogue !

GALERIE DU PALAIS PITTI

PARMESAN. La Vierge au long col. — Non seulement le col est long, mais le grand Bambino qu’elle porte sur ses genoux. La femme de gauche, qui porte une buire : style de la jambe maniéré, la jambe fait arc et est très contournée. Les têtes sont charmantes, comme toutes celles du Parmesan ; ton des chevelures blond gris. La Vierge a une robe grise ; par-dessus, un manteau vert. Dans le fond, trois colonnes et un homme qui déroule un rouleau.

GIORGIONE. Un concert de musique, grand tableau de chevalet. — Trois personnages. Au milieu, un homme joue du clavecin et détourne la tête, l’œil est ouvert et interrogateur, il a peu de cheveux et est habillé de noir ; à gauche, jeune homme en jaune, toque à plume blanche ; à droite, homme en pèlerine ecclésiastique, chemise plissée en dessous, tient le manche d’une basse et met la main droite sur l’épaule du musicien. Admirable tête du musicien, réalité exacte.

GUIDE. Cléopâtre se tuant. — Elle a le coude posé sur des coussins bleus, et tient l’aspic par le bout des doigts comme une lancette ; à côté est le panier de figues. De la main droite elle retient sa chemise sur le creux de l’estomac. Blanc, joli, caressé, agréable, on ne peut plus embêtant.

RAPHAËL. Portrait de Thomas Feda Inghirani. — En rouge, toque rouge, il écrit, œil blanc, de travers.

MICHEL-ANGE. Les Trois Parques (Jupiter). — Trois vieilles femmes : celle de gauche lient les ciseaux et interroge du regard celle qui file à la quenouille, lui demandant s’il est temps de couper, il est impossible de voir quelque chose de plus expressif ; la troisième regarde les deux autres, la bouche ouverte.

Peinture d’un ton gris, cela sent la fresque.

RUBENS. Nymphes attaquées par des Satyres, avec un paysage au fond, largement fait. Grande toile pleine de mouvement.

ALLORI. Judith tenant la tête d’Holopherne à la main, est le même en grand que le petit qui est aux Offices.

VAN DYCK. Portrait du cardinal Bentivoglio. —En pied, assis, chauve et carré du haut de la tête, pointu du bas ; mâchoire étroite, figure fine d’une grande distinction et très spirituelle ; il y a à côté :

RUBENS. Son portrait avec deux autres hommes, — Livres et papiers sur une table recouverte d’un tapis ; un chien ; buste de Sénèque dans une niche, avec des tulipes.

TITIEN. Portrait de Comaro. — Comme ça écrase et le Rubens et le Van Dyck, qui seraient d’admirables toiles, placées ailleurs !

Vieillard chauve, à petite barbe blanche rare, teint animé en dessous, maigre, pas de dents, vêtu de noir.

GUIDE. Saint Pierre en larmes entendant le coq chanter. — Composition absurde et d’une sentimentalité ridicule. Il est posé sur le genou gauche et écarte les bras en levant la tête de côté et pleurant, le col tendu. Draperie jaune sur son vêtement vert. Dans un coin, le coq.

REMBRANDT. Son portrait, jeune. — De face, toque noire, hausse-col de fer, manteau et chaîne d’or par-dessus, figure hardie et attirante. Très belle toile, mais quelle différence comme peinture et intensité morale avec son portrait vieux, à Naples !

SALVATOR ROSA. La Conjuration de Catilina. — Au premier plan, deux hommes se donnent la main. Clair-obscur général, la lumière éclaire vivement le bras de l’homme (de droite) qui tient une coupe ; ce bras a une cotte de mailles et sur la cotte de mailles une chemise ; un manteau terre de Sienne par-dessus son armure. Figure ardente et animée. Les autres conjurés sont dans le fond.

TITIEN. — La maîtresse du Titien. Robe bleue à broderies, manches violettes, collier et chaine d’or, boucles d’oreilles d’or en corail et en perles, cheveux roux avec des yeux noirs, sourcils très soigneusement arqués, figure raide, tenue gothique et empesée. Tableau de caractère, mais d’une exécution médiocre relativement au Titien. Quelle différence avec le portrait de Cornaro !

BOTICELLI. — La Belle Simonette. —Tout à fait de profil, maigre et mince, robe couleur purée de lentilles ; ses mains, ou plutôt sa main est dans sa poche ; le col, excessivement long et mignon, est relevé d’un cordonnet noir qui coule dessus ; les cheveux, sur le derrière de la tête, sont pris dans une coiffe blanche, une mèche se détache naturellement de son bandeau blond gris pâle. Profil calme et d’une douceur charmante, œil tranquille, très ouvert.

Toile d’un grand ragoût. Salvator Rosa. La Forêt des philosophes, paysage !!! La Paix brûlant les armes de Mars. — À droite, massif d’arbres rose tabac, qui vont s’abaissant en perspective vers le fond et s’éclaircissant de ton à mesure qu’ils s’éloignent ; au pied de cette ligne d’arbres, de l’eau.

Au premier plan, à gauche, un grand arbre et un autre plus petit ; au pied du grand arbre, la Paix brûle les armes de Mars.

TRIBUNE

ANDRÉ DEL SARTO. Sainte Famille. — La Vierge au milieu, debout sur une sorte d’autel votif, portant le Bambino sur son bras droit ; à ses côtés, plus bas, un moine en gris portant une croix, et une femme en rouge portant un livre ; des deux côtés du piédestal sur lequel est la Vierge, des enfants ailés. La chevelure des deux femmes est rouge brun. La Vierge, vêtue en robe rouge, retient sur sa cuisse gauche une draperie verte avec un livre appuyé dessus par la tranche ; sur la poitrine et le bras, passe une draperie jaune ; sur sa tête, un voile blanc tombant sur l’épaule gauche. Sa main droite est sous la fesse du Bambino, qui appuie son pied droit sur le haut de sa cuisse et qui, portant la main et le bras à son col sur lequel il s’écore, s’efforce de monter jusqu’à elle.

Ici, le besoin artistique du mouvement fait de la représentation de Dieu un sujet dramatique. Se fût-on permis cela au moyen âge ? le Bambino m’y semble toujours immuable. Le sens profondément religieux de l’enfant. Dieu assis dans les bras de sa mère, sans bouger, comme vérité éternelle, fait place ici au sentiment de la vie et du vrai humain ; la religion perd, fart empiète. Le Bambino en mouvement se trouve dans le tableau suivant.

RAPHAËL. Le Bambino, saint Jean-Baptiste enfant, et la Vierge. — Ici seulement la main de la Vierge (assise) est sur l’épaule du Bambino, pour l’aider à monter ; à ses pieds le petit saint Jean, avec la peau autour des reins, va s’agenouiller devant eux, et leur montre la légende sur une banderole enroulée. Le bout du pied de la Vierge dépasse de sa draperie verte. La main et le bras gauches du Bambino sont étendus sur le col de sa mère pour monter jusqu’à son visage.

RAPHAËL. La Vierge au chardonneret. — Saint Jean-Baptiste enfant (couvert de la peau avec une petite tasse accrochée à la ceinture de corde de sa peau) présente un chardonneret à Jésus-Christ debout entre les genoux de sa mère ; son pauvre petit charmant corps est tourné vers saint Jean, qu’il regarde d’un œil mélancolique, tandis que la tête de saint Jean, au contraire, est très vive, très animée et joyeuse sous sa chevelure frisée (dans le même système à peu près que le buste d’Othon). La Vierge, tenant un livre de la main gauche, regarde saint Jean avec de longues paupières baissées. Raccourci du profil de sa main appuyée sur l’épaule et vue du spectateur, de face, par le bout des doigts.

Les cheveux du Bambino sont rares et plats, laissant ses tempes plus à découvert, ce qui ajoute encore à l’expression profondément pensive de la physionomie, et en fait, avec le regard, quelque chose de profondément mûr sous ses traits jeunes. Sur le bas de son ventre, entre le pubis et le nombril, une petite bande de mousseline. Son pied droit (le genou est fléchi en dedans) est appuyé sur le pied de sa mère.

Pour fond, des arbres grêles à la Pérugin, des terrains verdâtres, un pont, un bois, des montagnes. La Vierge est en robe rouge et en manteau vert.

RAPHAËL. Saint Jean dans le désert. —Tout nu, assis de face, montrant la croix (3e manière).

Raphaël a peut-être atteint l’apogée de sa force dans sa seconde manière, c’est là qu’il est tout à fait lui et me paraît avoir l’individualité la plus tranchée ; pour les tableaux de chevalet du moins, cela me paraît incontestable.

Cette toile est d’un effet désagréable ; la musculature du bras droit est très étudiée ; le talon du pied droit est appuyé sur une pierre, le bout du pied levé. Une peau de léopard sur le bras gauche, le flanc et la cuisse droite. Recherche d’animation dans la figure, teinte d’un blanc brillant et mort tout à la fois : c’est d’une école française fort ennuyeuse, les peintres de l’Empire devaient regarder ce tableau comme le prototype de la peinture.

MICHEL-ANGE. Sainte Famille. — A l’air de loin d’ une peinture de Boticelli, comme ton. La Vierge se retourne pour donner le Bambino à saint Joseph, elle est agenouillée et couchée sur ses jambes ; elle se retourne vue de trois quarts, et le Bambino, appuyant ses deux mains sur la tête de sa mère, met son pied droit sur son bras.

Dans le fond, académies d’hommes tout nus, inutiles, appuyés sur une sorte de parapet ; on dirait qu’ils sortent du bain, un groupe de deux à gauche, de trois à droite. La Vierge, comme traits, est vraiment plutôt laide.

La Vierge est en robe violet clair, blanchi par les places de lumière aux saillances ; par le bas une draperie verte et bleue. Même observation pour la draperie rouge de saint Joseph. Effet cru.

LUCAS CRANACH. Ève. — La même femme que la Vénus du palais Borghèse, que je préfère du reste ; elle est ici nu-tête ; de sa main gauche contournée sur la hanche, elle tient une branche de feuillage, qui cache le pudendum ; à la main droite elle tient une pomme. Sa chevelure blonde a la plus grande masse épanchée sur l’épaule droite.