Notes historiques sur la vie de P. E. de Radisson/Expédition de 1682 & 1683

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Expédition de 1682 et 1683.


Ils quittèrent l’ile Percée, le 11 Juillet 1682. Ils ne tardèrent pas à rencontrer, d’énormes banquises de glace.

L’équipage effrayé se mutina. Les navires chassés par le vent, furent contraints de relâcher dans une rade, des côtes du Labrador. Ils en profitèrent, pour traiter 100 peaux de loups, avec les Esquimaux.

Le 28 Août (1682,) les deux bateaux entrèrent dans la rivière Hayes, qu’ils remontèrent jusqu’à 15 milles de son embouchure. Ils s’arrêtèrent près d’un cours d’eau, qui se jette dans la rivière Hayes et y établirent leurs quartiers d’hiver. Des Groseilliers se mit aussitôt à construire une maison et un hangar, tandis que Radisson partit en canot, pour aller reconnaître les sauvages de l’intérieur. Il pénétra jusqu’à environ 150 milles dans le pays. Le 12 Septembre, il revenait suivi d’un grand nombre de sauvages.

Il était à peine de retour, qu’un soir, à son grand étonnement, il entendit la détonation d’un canon.

Il partit avec trois hommes, pour découvrir ce que cela signifiait. Le 16 septembre il aperçut, un navire mouillé près d’une île de la rivière Nelson.

L’équipage avait dressé une tente dans l’île et était occupé à y construire un fort.

Radisson passa toute une journée, caché dans les branches, épiant ce qu’ils faisaient. Il s’approcha assez près d’eux, pour reconnaître qu’ils parlaient Anglais. Il retourna vers ses trois compagnons. Ils se montrèrent sur la côte, en face de l’île. Ils ne tardèrent pas à être remarqués par ces nouveaux venus, qui, après quelque hésitation, se dirigèrent vers eux, en canot.

Ils se tinrent à distance. Radisson leur dit qu’il était venu dans cette direction, en entendant le bruit de leur canon, espérant y rencontrer un navire Français qui était attendu de jour en jour. Il les somma d’avoir à quitter cette rivière à l’instant, les menaçant de les chasser. Il leur déclara, qu’il réclamait le privilège exclusif de la traite, comme premier occupant.

Il allait continuer ses menaces, lorsqu’il reconnut le Capt. Gillam, avec lequel il avait eu de fréquents rapports à Boston. Un certain historien veut même que Gillam l’ait accompagné, lors de sa première expédition maritime à la Baie d’Hudson. Il changea aussitôt de langage et se rendit à bord du navire de Gillam, où il fut reçu avec les témoignages de la plus grande amitié. Il fit promettre à Gillam de ne pas laisser ses hommes sortir de l’île, de crainte de rencontrer des Français. Il l’assura qu’il verrait à ce qu’il ne fut pas molesté par les sauvages, sur lesquels il exerçait une grande influence.

Il entrait dans le plan de Radisson, d’exagérer les forces qu’il possédait, sur la rivière Hayes. Dans ce dessein, il fit croire à Gillam, qu’il avait un fort bien défendu et garni de canons, que deux navires Français étaient arrivés récemment et avaient établi un poste au nord du sien, qu’il était avec des Groseilliers le commandant de tous les établissements Français de la Baie, etc.

Gillam ajouta foi à tout et se croyant à sa merci, ne chercha qu’à gagner ses bonnes grâces. Les véritables intentions de Radisson, ne sont point douteuses.

Il nous apprend lui-même, qu’il se proposait de le faire partir ou de s’emparer de son navire.

Il voulait cependant mettre son idée à exécution, sans verser de sang et il résolut d’attendre une occasion favorable. Il se croyait d’autant plus justifiable, d’en agir ainsi, que Gillam lui avait avoué, qu’il n’avait point de commission de la part du gouvernement Anglais, pour faire la traite dans la Baie.

Radisson promit à Gillam de venir le voir, au bout de 15 jours et ils se séparèrent dans les meilleurs termes possibles.

Il était à peine descendu à 9 milles, sur la rivière Nelson, qu’il aperçut un navire, faisant voile vers lui. C’était le gouverneur Bridgar, de la Cie. de la Baie d’Hudson, qui entrait dans la rivière Nelson. Le navire était commandé par un autre Capt. Gillam, père du premier. Radisson les attendit sur le rivage.

Ses trois hommes se cachèrent dans le bois, qui bordait la rivière, se montrant de temps à autres, à divers endroits, de manière à laisser croire, qu’ils étaient nombreux. Il tint au gouverneur, à peu près le même langage, qu’au jeune Gillam et n’oublia pas surtout de lui faire un récit fantaisiste du nombre d’hommes, de navires, de forts et de canons dont il prétendait disposer.

Bridgar fut sa dupe et se montra très conciliant. Radisson, lui indiqua l’endroit, sur la rive nord de la rivière Nelson, où Sir Thomas Button avait hiverné précédemment. Il permit à Bridgar, après s’être fait un peu prié, d’hiverner sur cette rivière.

Après ce voyage de surprise, il retourna auprès de son beau-frère, auquel il raconta, ce qui venait de se passer. Il fut décidé, de s’assurer de la fidélité de tous les sauvages et de les engager à n’avoir de commerce, qu’avec eux. Cette précaution était d’autant plus nécessaire, qu’ils se trouvaient entourés d’Anglais des deux côtés ; au nord ouest par deux établissements nouveaux sur la rivière Nelson et de l’autre par les postes de la Cie., au fond de la Baie James.

Radisson continua à les tromper de la plus belle façon.

Un jour, c’était un matelot qu’il introduisait, comme commandant d’un fort, ou capitaine d’un navire ; un autre jour, il en présentait un autre, comme maître canonnier etc. Il ne leur vint pas à l’esprit, que Radisson s’amusait à leurs dépens.

Ce qu’il y avait de plus extraordinaire, c’est que Bridgar tout comme Gillam ignorait à cette époque la présence d’autres Anglais, à une distance aussi rapprochée. Quelque temps après, il visita le Capt. Gillam.

Il le trouva bien fortifié, ayant six canons prêts à faire feu. Le Capt. se confondit en excuses, de s’être autorisé à bâtir ce fort. Il prétendit qu’il n’en agissait ainsi, que pour se protéger contre les employés de la Cie. de la Baie d’Hudson, au cas où il leur arriverait de se rendre sur cette rivière.

Radisson, l’informa, que ce qu’il appréhendait, était arrivé, mais que par bonheur pour lui, le Capt. du bateau était son père.

Il lui apprit également, que son père, était tombé malade dès son arrivée. Radisson avait connu le père du jeune Gillam, en Angleterre. Il était un de ceux, qui avaient contribué, à le faire renvoyer du service de la Cie.

Le Capt. Gillam insista, pour voir son père.

Il fut convenu qu’il le suivrait, déguisé en matelot Français. Il tenait en effet, à n’être pas reconnu, vu qu’il venait pour faire la traite sans la permission de la Cie, et devait être considéré par le gouverneur, comme un contrebandier. Ils partirent ensemble et arrivèrent sans accident. Après avoir salué le gouverneur Bridgar, ils se rendirent dans une cabine du navire, dans laquelle le père Gillam était couché, assez souffrant. Grande fut sa surprise, de revoir son fils à cet endroit. Il pouvait à peine, en croire ses yeux. Ils versèrent tous deux des larmes de joie. Le père toutefois craignait beaucoup que son fils ne fut découvert. Ils s’entendirent, pour empêcher leurs hommes, de se diriger vers la partie de la rivière, qu’ils habitaient respectivement et pour leur défendre de tirer du canon.

Pendant l’hiver, Radisson tint constamment les yeux ouverts sur ces deux établissements-là. À toutes les semaines, il envoyait un ou deux de ses serviteurs, examiner ce qui s’y passait.

Bridgar ne pouvait demeurer longtemps, sans découvrir le fort de Gillam, à cause de la proximité de son établissement.

Un jour, le gouverneur ayant demandé à Radisson dans quelle direction se trouvait son principal poste, il lui répondit qu’il était à quelques milles plus haut sur la même rivière.

Le gouverneur quelques jours après, envoya deux hommes pour reconnaître secrètement dans quel état, était ce fort et lui faire rapport.

Dans le même temps, Radisson qui soupçonnait bien ce qui allait arriver, avait offert deux de ses serviteurs au Capt. Gillam jr, pour enseigner à ses hommes à faire la chasse. Ce dernier s’était empressé d’accepter une si bonne offre.

De cette façon, Radisson se trouvait en mesure de surveiller Bridgar.

Les envoyés de Bridgar, aperçurent le fort du jeune Gillam, qu’ils prirent bien entendu, pour celui de Radisson et racontèrent au gouverneur, qu’il était défendu par plusieurs canons. Le père Gillam, qui comprenait bien leur erreur, n’eût garde de les désabuser. C’eut été ruiner son fils et l’exposer à être déporté en Angleterre.

Pendant que se jouait ce drame, Radisson prenait ses mesures pour ruiner les deux établissements Anglais. De son côté, Bridgar, méditait un coup de main, pour assurer la suprématie de sa Cie. Il constatait avec regret qu’aucun sauvage ne venait à son établissement. Il était évident que les Français s’accaparaient de toute la traite.

Il ordonna à deux autres de ses employés, de se rendre sur la rivière Hayes, examiner les autres établissements Français, dont lui avait parlé Radisson. Ces pauvres gens, peu habitués à entreprendre de tels voyages, furent découverts par les hommes de Radisson à 15 milles du poste Français. Il en était temps, car ils se mouraient de froid et de faim. Ils se trouvèrent fort heureux, d’être pris.

Ils racontèrent à des Groseilliers et à Radisson que le bateau de la Cie., avait été emporté par les glaces, que quatre hommes s’étaient noyés à bord, qu’il ne restait plus que 18 employés au gouverneur et que les provisions faisaient défaut.

Touché de pitié, Radisson, envoya à Bridgar 100 perdrix et de la poudre, pour l’aider à passer l’hiver. Pendant ce temps là, le jeune Gillam devenait de plus en plus arrogant.

Un jour, il manifesta le désir, de visiter les établissements Français. Radisson l’amena avec lui. Il le garda pendant un mois et le traita comme son hôte. Gillam put constater que les Français faisaient une traite prodigieuse et il en devint jaloux. Il lui annonça qu’au printemps, il ne continuerait pas, à se tenir ainsi enfermé dans son fort, mais qu’il irait lui aussi, visiter les sauvages.

Radisson l’attendait là. Une discussion assez orageuse s’en suivit, pendant laquelle Gillam finit par dire, qu’il allait retourner à son fort et que Radisson n’oserait pas rendu là, lui tenir un tel langage.

Sur ce, Radisson lui déclara que de ce moment, il devait se considérer comme son prisonnier.

Il apprit à Gillam le triste état de l’établissement de la Cie., et lui annonça, qu’il allait s’emparer de son fort.

Radisson partit avec huit hommes. Gillam et l’un des matelots de Bridgar ayant manifesté le désir de les suivre, pour être témoins de ce qui allait se passer, il le leur permit.

Arrivé à une demie-lieue de l’île, il envoya deux de ses hommes en avant, tandis qu’avec les cinq autres, il s’approchait du fort, par un autre côté de l’île. Les deux hommes se rendirent, droit au fort, et informèrent les matelots que leur Capitaine s’en venait avec Radisson, mais que tous deux étaient très fatigués, et que leur Capitaine les faisait mander de venir à sa rencontre, avec une bouteille de brandy et quelques provisions.

Les matelots les crurent sur parole et se mirent immédiatement en route, ne laissant que quelques hommes au fort.

Radisson, qui n’épiait que ce moment là, entra par derrière eux, et s’empara du fort, sans coup férir, au nom du roi de France.

Il fit rappeler les matelots et les désarma. De fait ces pauvres gens, n’étaient pas fâchés de passer sous un autre maître, car ils avaient eu beaucoup à souffrir, de la part de Gillam.

Cependant, un soldat Écossais, qui voulait faire du zèle, s’échappa du fort et alla avertir Bridgar.

Radisson, se trouvait fort embarrassé, car les Anglais au fort Gillam, étaient plus du double des siens et il ne pouvait guère compter sur la fidélité de ses nouveaux sujets.

Pendant la nuit, Bridgar en profita, pour essayer de s’emparer du navire. La sentinelle donna l’alarme et Radisson arriva juste à temps, pour le faire échouer dans son dessein. Il fit quatre prisonniers, parmi lesquels se trouvait l’Écossais, qui s’était sauvé la veille.

Bridgar écrivit à Radisson, se plaignant d’avoir été trompé, et de ce qu’il lui avait caché, la présence d’un traiteur étranger, ajoutant que s’il en avait eu connaissance, il l’aurait aidé à détruire ce fort.

Radisson alla le visiter, et lui dit qu’il était au courant de tous ses complots perfides, contre les Français, que ces derniers avaient les premiers titres, à la traite du pays et qu’il était bien décidé à les faire respecter.

Néanmoins, l’extrême nécessité dans laquelle se trouvait son établissement, l’attendrit encore cette fois là. Le gouverneur n’avait plus ni poudre ni provisions. Il ne lui restait que deux fusils en bon état.

Ses hommes étaient si maladroits, qu’ils passaient des journées entières à la chasse, sans tuer le moindre gibier. Radisson, poussa la générosité jusqu’à prêter pour une partie de l’hiver, deux de ses hommes pour les ravitailler.

Pour les récompenser de ces bienfaits, quelques semaines après, Bridgar se rendait secrètement au fort de Gillam et essayait de gagner les Anglais à sa cause pour s’emparer du fort.

Les Français, qui se trouvaient là, s’aperçurent de ses desseins et le firent prisonnier.

Radisson, qui venait souvent visiter ce fort, désormais sous sa dépendance, le trouva ivre et exaspéré de sa déconfiture. Pour en finir avec lui, il l’amena rejoindre Gillam, au poste Français.

Les serviteurs de Bridgar, comme ceux de Gillam, le supplièrent de les prendre sous sa protection. Tous se plaignaient des mauvais traitements de leurs maîtres.

De fait, ni Bridgar ni Gillam ne pouvait nourrir les hommes à leur service. Ils seraient morts de faim plus d’une fois, sans l’assistance de Radisson ; tandis que les Français, qui étaient excellents chasseurs, vivaient dans l’abondance.

L’établissement de des Groseilliers et de Radisson sur la rivière Hayes, devint donc le rendez-vous des officiers et d’un bon nombre de matelots Anglais. Les sauvages, qui avaient de l’aversion pour ces derniers, se montrèrent fort mécontents de ce voisinage. Ils ne pouvaient comprendre, comment les Français ne profitaient pas de leur avantage, pour égorger tous les Anglais. Radisson dût les faire escorter, quand ils sortaient, de crainte que les sauvages ne leur fissent un mauvais parti. C’est ainsi que les Anglais, quoique de beaucoup les plus nombreux, étaient nourris et protégés par les Français et se trouvaient entièrement en leur puissance.

Pendant cet hiver là, (1682-1683) trois hommes, du côté des Français, avaient dirigé toutes les opérations dans la Baie.

Le Capitaine Médard Chouart des Groseilliers, étant le plus âgé était demeuré au poste, sur la rivière Hayes, à faire la traite ; Radisson avait tenu les Anglais en échec, les avait empêchés d’avoir des rapports avec les sauvages et avait fini par s’emparer de leurs établissements, tandis que J. Bte. des Groseilliers, fils du premier, avait fait les courses à l’intérieur, visitant partout les sauvages et les dirigeant au poste Français. Ces trois hommes, tous trois parents, se complétaient.

Le 22 ou 23 Avril 1683, la glace sur la rivière Hayes commença à se briser. Les deux navires Français furent grandement avariés.

Craignant que le même sort, ne fut réservé au vaisseau de Gillam, Radisson se rendit, sur la rivière Nelson et le mit en sûreté.

En passant au poste de Bridgar, il trouva quatre hommes, morts de faim. Deux autres s’étaient empoisonnés en buvant une certaine liqueur, qu’ils avaient trouvée dans la cassette du chirurgien. Un autre enfin s’était cassé le bras, en allant à la chasse.

Radisson prit soin du reste des hommes et procura une chaloupe à Bridgar.

Quelque temps après, voyant qu’il n’avait pas assez d’hommes pour défendre le fort Gillam et qu’il était pour lui, une source d’embarras, il le fit brûler, au grand contentement de Bridgar, qui voulut lui même avoir l’honneur, d’y mettre la première étincelle.

Des quatre bateaux dont Radisson pouvait disposer, il ne s’en trouvait que deux qui pussent être mis en état de prendre la mer ; celui sur lequel il était venu et celui de Gillam.

Il les fit réparer et appareilla pour le Canada. Il offrit à tous les Anglais de les amener avec lui. Il n’y eut que deux matelots qui refusèrent cette offre. Quant à Bridgar, il fit mettre un pont sur sa chaloupe et déclara qu’il préférait se rendre au fort de la Cie, au fond de la Baie James.

Radisson lui procura tout ce dont il avait besoin, pour faire ce voyage. Lorsque Bridgar fut prêt à partir, Radisson brûla son établissement, pour lui ôter l’envie, de revenir sur la rivière Nelson.

Il laissa J. Bte. Desgroseillersdes Groseilliers, son neveu, au poste de la rivière Hayes, avec sept hommes, avec instruction de continuer à faire la traite, pendant son absence. Médard C. des Groseilliers et Radisson lui donnèrent le commandement absolu de tout. Ayant embarqué toutes les fourrures, Radisson prit le commandement du bateau de Gillam.

Bridgar, effrayé par les glaces, demanda à être reçu, à bord du bateau de des Groseilliers.

Ils levèrent l’ancre, le 27 juillet (1683.) Ils voyagèrent au milieu d’énormes banquises de glace, jusqu’au 24 Août. Les deux Anglais qui avaient été sauvés, au milieu de l’hiver, au moment où ils allaient mourir de faim, dénoncèrent à des Groseilliers, un complot que leurs compatriotes à bord, avaient formé.

Ils devaient, à un signal donné au milieu de la nuit se jeter sur les Français et les égorger.

Des Groseilliers, pour se protéger, les fit ensuite enfermer pendant la nuit. Arrivé au 56° degré, Bridgar demanda à se rendre avec sa chaloupe, au fond de la Baie James.

Comme des Groseilliers craignait, qu’il n’eut l’intention d’aller surprendre son fils, sur la rivière Hayes, il refusa à sa demande, mais il permit à ses hommes de se rendre dans la Baie James, s’ils le désiraient. Ils y consentirent.

Ils se trouvaient alors à environ 120 lieues de l’établissement de la Cie., dans la Baie James. Ils prirent des provisions pour huit jours et partirent.

Une tempête que Radisson et des Groseilliers eurent à essuyer, les retarda beaucoup. Ils n’arrivèrent à Québec qu’à la fin d’octobre 1683. Immédiatement après leur arrivée, ils firent au gouverneur LaBarre, un rapport de leur expédition. Le gouverneur, prit sur lui de restituer au Capt. Gillam, le navire que Radisson lui avait pris.

Bridgar et Gillam partirent ensemble à bord de ce bateau, et se rendirent à la Nouvelle-Angleterre. De là, Bridgar, fit voile pour Liverpool, où il fit un rapport, dans lequel il accusait Radisson de toutes espèces de vilenie.

Radisson, avant le départ de Bridgar, du port de Québec, était allé le saluer. À cet endroit de son récit, il ajoute les paroles étranges qui suivent : « Nous nous séparâmes Bridgar et moi, bons amis. Je l’assurai de l’intérêt, que je portais aux Anglais et lui déclarai que j’étais tout disposé à servir, le Souverain Anglais et la Nation Anglaise, avec le même dévoûment et la même affection que ceux dont j’avais fait preuve envers la France. » Bridgar le récompensa de ces témoignages d’amitié, en le dénonçant comme un criminel.

On est presque tenté, en lisant ces lignes, d’oublier les services que Radisson venait de rendre à la France, pour ne voir en lui, qu’un homme vénal toujours prêt à changer de drapeau.

La conduite du gouverneur LaBarre, fut sévèrement blâmée par le Marquis de Seignelay. Il lui écrivit le 10 Avril suivant (1684) qu’il ne pouvait comprendre, comment il avait pu prendre sur lui, sans consulter ni l’Intendant ni le Conseil Souverain, de rendre ce navire à Gillam. Il lui déclara en termes amers que cet acte était injustifiable. Le Capt. Gillam, disait il, devait être considéré comme un pirate, vu qu’il n’était porteur d’aucune commission du Souverain Anglais. En lui restituant, son navire, le gouverneur le reconnaissait de fait, comme, un vaisseau marchand, en règle avec sa nation. Les conséquences, disait le Marquis en terminant, seront que l’Angleterre se prévaudra de cet acte, pour prétendre avoir pris possession de la rivière Nelson avant Radisson et des Groseilliers.

Il y avait à peine dix jours, que ces derniers étaient à Québec, que le gouverneur, leur fit part, d’une lettre de Colbert, lui mandant, qu’à leur retour de la Baie d’Hudson, il désirait que l’un d’eux se rende immédiatement à la cour, pour lui rapporter ce qu’ils avaient fait.

Ils s’embarquèrent tous deux pour la France, le 11 Novembre 1683. Ils arrivèrent à LaRochelle le 18 Décembre.

Le 15 Janvier 1684, ils se trouvaient à Paris. Ils apprirent là, que Lord Preston, Ambassadeur Anglais avait porté des plaintes au roi, au sujet de ce qui s’était passé sur la rivière Nelson. Radisson était accusé entr’autres choses, de s’être montré cruel envers les Anglais, et d’avoir brûlé leurs établissements. L’Ambassadeur demandait réparation et une punition exemplaire.

Le Marquis de Seignelay, s’occupa de cette affaire, à la place de son père, le célèbre Colbert, qui venait de mourir.

Il approuva tout ce que Radisson et des Groseilliers avaient fait et les loua même, d’avoir agi ainsi.

Lord Preston, en effet aurait dû plutôt les remercier d’avoir sauvé la vie à ses compatriotes qui, sans eux, n’auraient pu manquer de mourir de faim.