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Notice chronologique sur les œuvres d’Arago/4

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Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciencesXIII : Tables (p. xxxviii-lxi).

IV. — Les Notices biographiques.

Après l’Introduction que la profonde affection de M. de Humboldt pour M. Arago m’a permis de placer en tête du premier volume des Œuvres, qui est aussi le premier des Notices biographiques, j’ai publié les pages dictées par M. Arago sur lui-même. Dans les cent pages qui composent cette autobiographie intitulée Histoire de ma jeunesse, on a la vie de M. Arago depuis sa naissance jusqu’à l’époque où, âgé seulement de quarante-quatre ans, il devint secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences. Ces pages ont presque toutes été dictées en 1851 et 1852 ; elles ne sont pas les seules que M. Arago ait laissées sur sa vie, sur ses contemporains, sur les événements auxquels il a assisté comme témoin ou comme acteur ; mais il n’a pas voulu que les autres fussent avant longtemps livrées à la publicité.

Moins de sept semaines s’étaient écoulées depuis qu’un vote presque unanime avait appelé M. Arago aux fonctions de secrétaire perpétuel, que déjà il avait écrit et venait lire, au sein de l’Académie, la biographie de Fresnel, dont il avait été d’abord le protecteur éclairé et ensuite l’ami dévoué. Cette première biographie a commencé la série des brillantes Notices académiques que M. Arago a composées ensuite sur Volta, Young, Fourier, Watt, Carnot, Ampère, Condorcet, Bailly, Monge, Poisson, Gay-Lussac, Malus. Cette énumération démontre avec quel scrupule l’illustre secrétaire perpétuel a rempli les devoirs de sa charge.

Il est d’usage à l’Académie que les deux secrétaires perpétuels lisent alternativement un éloge dans les séances solennelles de chaque année ; le tour de chacun revient tous les deux ans. M. Arago n’a été secrétaire perpétuel que durant vingt-trois ans ; il n’aurait donc eu tout au plus que douze éloges à prononcer ; mais il apportait un soin extrême à la composition et à la rédaction de ses Notices biographiques, il s’y prenait longtemps à l’avance ; aussi, au, moment de mourir, laissait-il achevée la biographie de Malus, destinée à être lue dans la séance publique de l’Académie pour 1854.

Voici les dates de la lecture de chacune des treize notices biographiques :

Fresnel, 26 juillet 1830 ;

Volta, 26 juillet 1831 ;

Thomas Young, 26 novembre 1832 ;

Joseph Fourier, 18 novembre 1833 ;

James Watt, 8 décembre 1834 ;

Carnot, 21 août 1837 ;

Ampère, 21 août 1839 ;

Condorcet, 28 décembre 1841 ;

Bailly, 26 février 1844 ;

Monge, 11 mai 1846 ;

Poisson, 16 décembre 1850 ;

Gay-Lussac, biographie lue par M. Laugier, le 20 décembre 1852 ;

Malus, biographie lue par M. Élie de Beaumont, le 8 janvier 1855.

Ces treize compositions sont insérées dans les trois volumes des Notices biographiques suivant l’ordre chronologique. Déjà les biographies de Volta, Young, Fourier, Watt, Carnot, Condorcet, Bailly et Monge avaient été publiées dans les Mémoires de l’Académie des sciences ; en outre celles de Watt et de Bailly avaient paru dans l’Annuaire du Bureau des longitudes, la première en 1839, la seconde en 1853. Toutes ces notices biographiques ont été reproduites sans aucun changement.

Quoique déjà très-anciennes, les biographies de Fresnel et d’Ampère étaient restées inédites, sauf trois chapitres de la première sur la polarisation de la lumière, les interférences et les phares. Ces trois chapitres ont été insérés dans l’Annuaire du Bureau des longitudes pour 1831, avec cette note de M. Arago : « Je serai heureux s’ils ne paraissent pas tout à fait dépourvus de clarté, et s’ils peuvent contribuer à répandre dans le public quelques notions exactes sur des phénomènes qui occupent certainement le premier rang parmi ceux dont la physique s’est enrichie de nos jours. »

Parmi les notes que M. Arago a dictées en 1850 et en 1851 sur sa vie et qui sont restées inédites, il en est une, relative à Fresnel, que je dois placer ici ; il serait injuste pour la mémoire de ces deux grands hommes de ne pas publier de telles pages :

« J’arrive, dit M. Arago, à une époque de ma vie qui ne m’a jamais procuré que la satisfaction la plus vive ; je veux parier de mes relations avec Fresnel.

« Trois frères du nom de Fresnel se succédèrent à de courts intervalles à l’École polytechnique. L’ainé y entra en même temps que moi en 1803 ; il fut tué près de Gerone, en Catalogne, au moment où il donnait déjà les plus justes espérances au corps de l’artillerie. Le troisième, Leonor Fresnel, est l’ingénieur des ponts et chaussées que nous avons vu poursuivre, avec le plus grand soin et une habileté à laquelle tout le monde s’est plu à rendre hommage, la réalisation des idées que son frère, un peu plus âgé que lui, avait conçues pour le perfectionnement des phares maritimes. Le second, Augustin Fresnel, celui qui s’est placé à la tête des physiciens de notre époque, entrait à l’École polytechnique au moment où je la quittais pour aller à l’Observatoire ; je n’avais donc eu avec lui dans notre célèbre École que de très-courtes, de très-fugitives relations.

« En 1815, M. Mérimée, oncle maternel d’Augustin Fresnel m’apporta une lettre dans laquelle cet ingénieur, retenu alors en province par les travaux minutieux et monotones d’ingénieur des ponts et chaussées, me demandait mon avis sur une explication qu’il croyait nouvelle du phénomène de l’aberration.

« Fresnel avait vu dans divers traités d’astronomie une explication de ce mouvement apparent des Étoiles, fondé sur la composition de la vitesse de l’observateur et de la vitesse de la lumière dans l’œil : il n’en avait pas été satisfait et en avait cherché une autre moins sujette à difficulté ; cette explication était précisément celle que Bradley lui-même avait donnée de l’aberration dans les Transactions philosophiques. Je fis part de cette rencontre au jeune ingénieur des ponts et chaussées : il en fut à, la fois flatté et découragé cependant ce découragement ne fut que de courte durée. Peu de temps après, Fresnel me transmit les idées qu’il avait conçues pour expliquer les phénomènes de la diffraction. Là aussi il avait été précédé par le docteur Young. La lettre dans laquelle Fresnel développait sa nouvelle théorie mérite certainement d’être conservée comme preuve de sa pénétration et de son esprit inventif. Je la transcrirai ici :

« Monsieur,

« Quelques jours après vous avoir annoncé que je croyais avoir trouvé l’explication de la diffraction, j’ai construit un micromètre, au moyen duquel je suis parvenu à faire des observations assez exactes pour ne plus douter de la justesse des formules auxquelles m’avait conduit la théorie des vibrations.

« Une expérience fort simple m’avait prouvé que les rayons de la lumière pouvaient agir les uns sur les autres, s’affaiblir et s’éteindre même presque complètement, lorsque leurs vibrations se contrarient ; s’ajouter l’un à l’autre et se fortifier mutuellement au contraire. lorsqu’ils vibraient d’accord. C’est sur ce principe que j’ai basé mon explication de la diffraction.

« En étendant cotte théorie des ondulations et de l’influence qu’exercent les rayons les uns sur les autres à la réflexion et à la réfraction, j’ai trouvé la raison des lois auxquelles la marche de la lumière est assujettie dans ces deux phénomènes.

« J’ai expose cette théorie et les expériences qui m’y ont conduit dans un Mémoire que j’ai envoyé a mon oncle le 16 de ce mois, pour qu’il le présentais M. le secrétaire perpétuel de la première classe de l’Institut, Vous l’avez peut-être déjà parcouru. Je désirerais bien savoir quel jugement vous en portez : votre suffrage est celui que j’ambitionne le plus.

« L’explication que j’y donne de la réfraction est fondée sur l’hypothèse que les ondulations de la lumière dans les mêmes milieux ont toujours la même longueur, quel que soit l’angle d’incidence. Les expériences de Newton sur les anneaux colorés dans le cas dos incidences obliques paraissent en opposition avec ce principe. J’en ai fait l’observation dans mon Mémoire, en ajoutant que je soupçonnais que Newton s’était trompé en concluant que la longueur des intervalles de retour au même accès variait avec l’incidence, et que le phénomène s’expliquerait peut-être encore par la théorie des vibrations et de l’influence des rayons les uns sur les autres. Je suis parvenu dernièrement à trouver cette explication, et je me propose de la soumettre à la Classe dans un complément à mon premier Mémoire que j’aurai l’honneur de lui présenter très-prochainement.

« Je me suis expliqué par les mêmes considérations pourquoi l’épaisseur de la lame d’air qui donne le premier anneau blanc est le quart, celle du premier anneau obscur la moitié de la longueur d’ondulation à laquelle m’avaient conduit mes expériences sur la diffraction ; c’est-à-dire que je conçois maintenant le phénomène des anneaux colorés en supposant aux ondulations de la lumière la même longueur que dans la diffraction. Cette longueur est le double de celle que Newton a prise pour l’intervalle de retour au même accès.

« On peut encore expliquer par l’influence des vibrations les unes sur les autres les images colorées que réfléchit une surface rayée et le phénomène absolument semblable que présente un tissu très-fin au travers duquel on regarde une lumière.

« Ainsi la réflexion, la réfraction, tous les cas de la diffraction, les anneaux colorés dans les incidences obliques comme dans les incidences perpendiculaires, le rapport remarquable entre les épaisseurs de l’air et de l’eau qui produisent les mêmes anneaux, tous ces phénomènes, qui nécessitaient autant d’hypothèses particulières dans le système de Newton, sont réunis et expliqués par la même théorie des vibrations et de l’influence des rayons les uns sur les autres. Il est probable qu’elle doit conduire aussi à une explication satisfaisante de la double réfraction et de la polarisation. C’est actuellement l’objet de mes recherches.

« J’ai lu dans l’ouvrage de M. Biot sur la polarisation que Malus avait déterminé pour beaucoup de corps différents l’angle sous lequel ils polarisaient complètement la lumière en la réfléchissant, et qu’il n’avait trouvé aucun rapport entre ces angles et les pouvoirs réfringents. Il a sans doute rassemblé ces divers résultats dans un tableau offrant la comparaison des angles de réfraction et de polarisation complète. Ce tableau me serait utile dans mes recherches sur la polarisation. Je vous prie d’avoir la complaisance de m’en envoyer une copie.

« Je suis avec la plus haute considération, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« Fresnel. »

Mathieu, le 25 octobre 1815.

M. Arago a répondu dans les termes suivants à la lettre qu’on vient de lire :

Paris, le 8 novembre 1815.

« Monsieur,

« J’ai été chargé par l’Institut de l’examen de votre Mémoire sur la diffraction de la lumière je l’ai étudié avec soin et j’y ai trouvé un grand nombre d’expériences intéressantes dont quelques-unes avaient déjà été faites par le docteur Thomas Young qui, en général, envisage ce phénomène d’une manière assez analogue a celle que vous avez adoptée ; mais ce que ni lui ni personne n’avait vu avant vous, c’est que les bandes colorées extérieures ne cheminent pas en ligne droite à mesure qu’on s’éloigne du corps opaque. Les résultats que vous avez obtenus, à, cet égard, me semblent très-importants ; peut-être pourront-ils servir à prouver la vérité du système des ondulations, si souvent et si faiblement combattu par des physiciens qui ne s’étaient pas donné la peine de le comprendre. Vous pouvez compter sur l’empressement que je mettrai à faire valoir votre expérience ; la conséquence qui s’en déduit est tellement opposée au système à la mode que je dois m’attendre à beaucoup d’objections : vous devez m’aider à les repousser. Je vous prierai donc de faire, aussitôt que vous le pourrez, une nouvelle suite de mesures des bandes et de les étendre aux plus petites distances de l’écran au corps opaque, afin de rendre leur mouvement curviligne plus sensible, s’il se peut, qu’il ne l’est dans les tableaux que vous avez adresses à l’Institut. Vous voyez que je crains que les déviations dont je voudrais tirer avec vous de si grandes conséquences sur les phénomènes de la lumière, ne paraissent bien légères aux personnes peu familiarisées avec ce genre de recherches. M. Mérimée s’est chargé de vous donner sur tout ceci des détails sur lesquels il serait inutile de revenir. Je ne vous envoie pas, par ce courrier, les renseignements que vous me demandez sur les phénomènes de la polarisation, de peur que de nouvelles recherches ne vous fassent abandonner la diffraction, que je désire pour mille raisons vous voir suivre encore quelques jours : du reste, par la première occasion je vous dédommagerai amplement de ce retard.

« Recevez l’assurance de mon bien sincère attachement.

« F. Arago. »

« P. S. Je vous prie de supprimer désormais de vos adresses le titre de chevalier de la Légion d’honneur, qui ne m’appartient plus[1], et celui de secrétaire du Bureau des longitudes, qui depuis longtemps a été donné à une autre personne ; vous voyez que je compte bientôt recevoir de vos nouvelles.

« Ne vous serait-il pas possible de faire une série de mesures des bandes extérieures en n’employant que de la lumière homogène ? Vous servez-vous toujours de la lumière du Soleil pour vos expériences ?… N’avez-vous pas quelquefois employé la lumière d’une chandelle ou d’un quinquet réunie au foyer de votre petite lentille ? Comment vous êtes-vous assuré que les bandes partent effectivement du bord du corps opaque, etc. »

Je reviendrai plus loin sur la correspondance de M. Arago et de Fresnel, lorsque je m’occuperai des Mémoires scientifiques de l’illustre secrétaire perpétuel de l’Académie, et de sa collaboration dans quelques-uns des travaux du législateur de l’optique. Ici je dois m’arrêter, puisqu’il s’agit seulement des renseignements relatifs aux Notices biographiques.

M. Arago s’est fait relire en 1852 la biographie d’Ampère, et y a dicté de très-légères corrections qui ont plutôt consisté en divisions par chapitres qu’en changements véritables. Le manuscrit qui a servi à l’impression est presque tout entier écrit de sa main.

La biographie de Condorcet a été insérée en tête du premier volume des Œuvres de l’illustre et malheureux conventionnel. Je l’ai reproduite en la faisant suivre, comme dans ce volume, des remarques que la lecture de divers passages de l’Histoire des Girondins de M. de Lamartine a suggérées à M. Arago : Condorcet se trouve vengé, par son savant biographe, d’accusations imméritées et reposant uniquement sur des erreurs que M. Arago fait toucher du doigt.

La biographie de Poisson a été composée en 1849 et 1850. Le manuscrit est en partie de la main de M. Arago, en partie de celle de son secrétaire, M. Terrien. En parcourant ces feuillets, on s’aperçoit que déjà la vue de l’illustre secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences s’affaiblissait ; son écriture n’a plus la fermeté et l’admirable régularité que présentent les manuscrits antérieurs. Ainsi que M. Arago l’avait fait précédemment pour ses biographies les plus longues, il n’a pas lu en séance publique tout ce qu’il avait écrit ou dicté. Il a supprimé dans sa lecture les chapitres relatifs aux questions mathématiques les plus ardues ; j’ai rétabli le texte entier.

En ce qui concerne la capillarité (page 632 du tome II des Notices biographiques), voici une variante écrite de la main de M. Arago, et qui donne sur la nouvelle théorie de l’action capillaire due à Poisson, et sur la théorie de Laplace, une appréciation qu’il me parait utile de conserver.

« Après que Laplace, dit M. Arago dans ce morceau que j’ai omis d’insérer dans ses Œuvres, eut publié en 1806 et 1807 sa théorie de l’action capillaire, on s’accorda généralement à regarder cette question comme entièrement épuisée. Ceux-là mêmes qui sont le moins disposés à croire qu’il ait été donné aux hommes d’atteindre jamais à la perfection dans aucun genre ne voyaient, dans le travail de l’illustre géomètre, qu’une seule amélioration possible. Ils espéraient que les moyens dont Laplace avait fait usage pour former les équations d’équilibre seraient un jour simplifiés. Quant aux conditions physiques du phénomène, il était d’autant plus naturel d’admettre qu’aucune n’avait été négligée, qu’il existait un accord vraiment extraordinaire entre les résultats du calcul et ceux de l’expérience. Or, il arriva, tout considéré, que cet accord provenait de la compensation de diverses erreurs. Le principe de la théorie de Laplace était exact ; mais il emporte la conséquence que près de sa surface extérieure et près des parois du vase sur lequel il s’appuie, la densité d’un liquide, loin d’être constante, varie rapidement. Cette circonstance avait été omise par l’auteur de la Mécanique céleste. Eh bien, M. Poisson croit avoir prouvé que sans elle, les phénomènes capillaires n’auraient point lieu ! Cette théorie se trouve développée dans un ouvrage spécial qui n’embrasse pas moins de 300 pages in-4°. »

J’ai retrouvé aussi la note inédite suivante, dictée d’abord par M. Arago a M. Goujon pour être jointe à la Biographie de Poisson, a la suite des chapitres relatifs à l’électricité et au magnétisme, mais qui n’y a pas cependant pris place ; il s’agit de l’explication des étoiles filantes, donnée par Poisson dans ses Recherches sur la probabilité des jugements, pages vi, note, et 306 ; il en a été dit quelques mots dans le livre XXVI de l’Astronomie populaire (tome IV, page 316).

« Je n’abandonnerai pas ce sujet, a dicté M. Arago, sans consigner ici une hypothèse que Poisson avait faite, et à l’aide de laquelle il croyait pouvoir expliquer l’un des plus curieux phénomènes dont maintenant la science soit en possession, et qui fixe à un si haut degré l’attention du public. Je veux parler des étoiles filantes.

« Ces phénomènes lumineux sont-ils des météores engendrés dans notre atmosphère ? Doit-on les considérer au contraire comme de petites planètes circulant dans l’espace, et qui sont venues avec une extrême rapidité pénétrer dans les parties les plus élevées de l’air qui nous entoure ? Cette seconde hypothèse parait seule admissible aujourd’hui ; mais des observations simultanées faites en divers lieux, ayant montré que ces phénomènes au moment de leur apparition sont à d’énormes hauteurs au-dessus de notre globe, il reste à expliquer comment ils deviennent lumineux, la rareté de l’air dans les régions où ils apparaissent étant à peine comparable au vide que l’on forme dans les récipients des meilleures machines pneumatiques.

« Poisson suppose que le fluide électrique, à l’état neutre, forme autour de la Terre une sorte d’atmosphère qui s’étend beaucoup au delà de la masse d’air qui enveloppe notre globe. Ce fluide électrique, quoique physiquement impondérable, serait soumis à l’attraction de la Terre et la suivrait dans ses mouvements. Lorsque notre planète viendrait à passer dans le voisinage de petits corps disséminés dans l’espace, ceux-ci décomposeraient, bien avant de pénétrer dans l’air atmosphérique, le fluide électrique neutre, par leur action inégale sur les deux électricités. En s’électrisant, ces petits corps s’échaufferaient, deviendraient incandescents, et seraient pour nous les étoiles filantes.

« Aucun problème n’arrêtait Poisson ; il les abordait tous, armé de sa puissante analyse ; mais on peut dire de ce grand géomètre, comme on l’a dit de d’Alembert, qu’il fut esclave de sa liberté. »

Poisson avait rédigé lui-même un catalogue très-détaillé de tous ses travaux ; je l’ai inséré à la suite de la Biographie composée par M. Arago ; il ne contient pas moins de 351 articles différents. J’ai mis aussi en appendice le discours prononcé aux funérailles de Poisson, le 30 avril 1840, par l’illustre secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences.

Le troisième volume des Notices biographiques commence par l’Éloge historique de Gay-Lussac, dont M. Laugier a donné lecture dans la séance publique de l’Académie des sciences du 20 décembre 1852, en suppléant ainsi M. Arago qui, aveugle et malade, n’avait, même pu se rendre a l’Institut. Cette biographie a été dictée en partie à M. Goujon, en partie aussi à une petite-fille de Chaptal, tandis que l’illustre secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences cherchait dans les eaux de Vichy, en 1852, un remède aux maux physiques qui l’accablaient. Alors, des projets qui paraissaient menacer l’existence même de l’École polytechnique étaient prêtés à des hommes posés comme réformateurs de l’enseignement public en France. Les dangers que courait un établissement auquel M. Arago avait appartenu en même temps que Gay-Lussac, soit comme élève, soit comme professeur, soit comme membre du conseil de perfectionnement, pendant un demi-siècle, formaient une de ses plus constantes préoccupations ; il résolut de placer dans l’Éloge de son ami le tableau des services rendus par l’École polytechnique, et de saisir cette occasion pour prendre publiquement la défense de la grande École dont le trouble des passions avait pu seul faire oublier les immenses services et l’incontestable utilité. La Biographie de Gay-Lussac ne pouvant d’ailleurs être immédiatement publiée, il fit paraître, dans les premiers jours de mars 1853, en une brochure intitulée « Sur l’ancienne École polytechnique, par M. Arago, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, élève de l’École de la promotion de 1803 », la partie de la Biographie de son ami consacrée à l’École, et il y ajouta de nombreux détails sur les services rendus aux travaux publics, aux arts, à l’artillerie et au génie, à l’agriculture, a l’industrie, par des anciens élèves de l’établissement « qui avait été si cher à Gay-Lussac et à lui. » Cette brochure est imprimée en appendice à la suite de la Biographie de Gay-Lussac. Dans le même volume se trouvent aussi, page 608, les quelques paroles d’adieu que M. Arago a adressées à son vieil ami, le jour des funérailles de Gay-Lussac, le 11 mai 1850, et que M. Flourens a dû lire au nom de son illustre confrère, qu’une émotion profonde empêchait de parler.

Pendant plus de vingt-cinq ans (1815 à 1840), MM. Arago et Gay-Lussac avaient dirigé seuls les Annales de chimie et de physique. À aucune autre époque, ce recueil n’a présenté autant d’intérêt et n’a exercé une aussi grande influence sur le progrès des sciences. On reconnaît dans tous les volumes l’action de deux maîtres dont la collaboration a été aussi féconde qu’était profonde leur affection mutuelle. Ils sentaient de la même manière et ne différaient guère que dans la façon d’exprimer, l’un avec une réserve contenue, l’autre avec entraînement, ce qu’ils éprouvaient. Leur dévouement aux sciences, leur amour des grandes choses étaient égaux ; M. Gay-Lussac ne manifestait pas, pour la conduite de certains hommes, une réprobation moindre que M. Arago ; par exemple, l’anecdote relative au docteur Thompson, le médecin et l’ami du général Acton, rapportée à la page 23 de la Biographie, a été certainement communiquée à M. Arago par Gay-Lussac qu’elle avait révolté. À ce sujet, M. Arago a écrit la note suivante, que je ne crois pas devoir laisser inédite :

« Le général Acton est ce même hideux personnage dont deux contrées refusent de reconnaître la nationalité. Les Francs-Comtois ne manquent pas en effet de dire que si le hasard le fit naître à Besançon, ses parents étaient étrangers. Les Irlandais s’écrient, de leur côté, avec une énergique répugnance : Le père et la mère d’Acton étaient réellement originaires de notre île, mais lui-même n’y vit pas le jour. C’est, comme on le voit, la contre-partie des dix villes de la Grèce se disputant l’honneur d’avoir été le berceau d’Homère. »

La Biographie de Malus est la dernière que M. Arago ait composée. Il l’a dictée dans les premiers mois de l’été de 1853 ; il la destinait à être lue dans la séance publique de l’Académie des sciences de l’année 1854. Par une décision de l’Académie son intention a été remplie ; M. Élie de Beaumont a donné lecture de l’Éloge de Malus dans la séance du 8 janvier 1855. L’auteur de la découverte capitale de la polarisation par réflexion avait droit à cet hommage de la part de celui à qui la science doit la découverte de la polarisation colorée. M. Arago était cet ami dont il est question à la page 148 de la Biographie, et qui porta à Malus la nouvelle de son élection à l’Académie. M. Arago ne voulait pas mourir sans laisser un solennel hommage en l’honneur du physicien qui l’avait précédé dans la glorieuse voie où il a conquis un de ses plus beaux titres à l’immortalité. M. Arago tenait aussi à faire connaître les antiques vertus de Malus, son caractère héroïque, si admirablement dévoilé dans les pages du journal de l’expédition d’Égypte, dont la Biographie cite des extraits qui feront peut-être désirer un jour que ce petit volume, que M. Arago m’a légué, soit entièrement publié.

Après l’éloge de Malus, M. Arago se proposait d’écrire les Biographies de Hachette, de Savart et de Coriolis, et il avait commencé à réunir à cet effet des documents sur la vie et les travaux de ces savants.

Les treize Éloges biographiques, dont nous venons de faire l’histoire, joints aux discours prononcés aux funérailles de Delambre, Cuvier, Hachette, Dulong, Poisson, Prony, Puissant, Bouvard, Gambey et Gay-Lussac, placés à la fin du troisième volume des Notices biographiques, constituent la totalité de l’œuvre littéraire que M. Arago a accomplie en qualité de secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences. Les autres biographies contenues dans lé troisième volume ont été écrites dans des circonstances différentes que je dois maintenant faire connaître.

M. Arago avait ou l’intention de joindre à son Astronomie populaire des biographies détaillées des astronomes les plus célèbres de l’antiquité et des temps modernes qui ont contribué aux découvertes énoncées dans le corps de l’ouvrage. C’est dans ce but qu’il avait composé les Notices que j’ai réunies sous ce titre général : Biographies des principaux Astronomes, en les plaçant dans l’ordre chronologique. Je ne les ai pas insérées à la fin de l’Astronomie populaire, parce que M. Arago n’avait pu faire toutes celles qu’il se proposait d’écrire, et que je ne devais pas mettre dans ce beau livre quelque chose d’incomplet. Les Biographies d’Auzout, Bayer, Borda, Clairaut, Delambre, Euler, Gassendi, Lalande, Lemonnier, des Maraldi, de Maskelyne, Tobie Mayer, Méchain, Messier, Mæstlin, Pingré, Wargentin, sont restées à l’état de projet ; M. Arago n’avait fait que réunir des notes à leur égard. Les exemplaires des Histoires de l’Astronomie de Bailly et de Delambre que M. Arago n’a légués, renferment un grand nombre d’annotations marginales sur les points que l’illustre astronome devait plus particulièrement mettre en saillie ; mais il n’y a eu d’achevées pour l’Astronomie populaire que les vingt-cinq Biographies d’Hipparque, Ptolémée, Al-Mamoun, Albategnius, Aboul-Wéfâ, Ebn-Jounis, Alphonse X, Régiomontanus, Copernic, Tycho-Brahé, Guillaume IV, Kepler, Galilée, Descartes, Hévélius, Picard, Cassini ier, Huygens, Newton, Rœmer, Flamsteed, Halley, Bradley, Dollond, Lacaille. La Biographie de Dollond est la seule dont le manuscrit soit entièrement de la main de M. Arago. Il a écrit aussi de sa main quelques pages sur Copernic, Kepler et Newton ; tout le reste a été dicté à M. Goujon en 1850 et 1851.

Au mois de septembre 1853, un mois à peine avant sa mort, M. Arago, préoccupé de la publication de l’Annuaire du Bureau des longitudes pour 1854, dicta les lignes suivantes : « Ma mauvaise santé m’interdisant maintenant toute occupation sérieuse, il ne m’a pas été possible de mettre la dernière main à la rédaction d’un article (Notice sur les Théories de l’émission et des ondes, insérée à la fin du tome IV des Notices scientifiques, tome VII des Œuvres), que je destinais à former la suite des Notices insérées à diverses époques dans l’Annuaire. J’ai donc pris la liberté d’extraire d’une collection de biographies écrites jadis dans un tout autre but, les quatre biographies dans lesquelles sont retracés les points culminants de la vie et des travaux des quatre premiers fondateurs de l’astronomie moderne. L’accueil bienveillant que le public a daigné faire l’an dernier à la Biographie de Bailly me fait espérer qu’il recevra avec la même faveur l’histoire de la vie et des travaux de Copernic, de Tycho, de Kepler et de Galilée. » Quoique ces Notices n’aient pas paru dans l’Annuaire de 1854, ces lignes montrent que M. Arago tenait son travail pour terminé. Il s’en occupait du reste depuis longues années, au moins depuis 1840 ; il avait demandé pour l’exécuter des notes à un grand nombre de savants, et surtout à M. de Humboldt. Sur une note très-étendue et relative à Copernic, qui est entièrement de la main de M. de Humboldt, je trouve ces mots écrits par ce dernier : « Extraits et traduction faits d’après les ordres de M. Arago ». À la fin d’un manuscrit sur la vie de Kepler, composé de 15 pages de la fine écriture de l’illustre ami de M. Arago, je trouve encore « Scripsi en septembre 1841. A. Humboldt. »

J’ai dit précédemment pour quelle raison M. Arago avait donné a la biographie d’Herschel, insérée dans l’Annuaire du Bureau des longitudes pour 1842, de si grands développements. On a vu comment il avait dû y reprendre, pour les replacer dans l’Astronomie populaire, les nombreux chapitres qu’il n’y avait introduits que parce que son cours professé à l’Observatoire avait donné lieu à une publication où ses idées étaient défigurées. La biographie d’Herschel, insérée dans le tome III des Notices biographiques, est réduite à ce qui concerne la vie et les travaux propres du grand astronome de Slough.

Les Biographies de Brinkley et de Gambart avaient déjà été insérées en 1835 et 1836 dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences, dont la publication venait de commencer. M. Arago avait eu l’intention de faire paraître dans ce recueil de courtes notices sur tous les correspondants de l’Académie qui viendraient a mourir. Ce projet n’a pas eu de suite.

La Notice sur Laplace a été écrite en 1842, à l’occasion du projet de loi relatif à la réimpression dos œuvres de l’immortel géomètre. Un avis délibéré par MM. Arago, Biot, Poinsot et Thenard, sous la date du 21 mars 1842, avait été remis M. Villemain, alors ministre de l’instruction publique. Cet avis démontrait qu’il était urgent de réimprimer immédiatement en France un monument que le monde civilisé envie à notre patrie, et de ne pas souffrir que, pour étudier la mécanique céleste, nos compatriotes fussent obligés de se procurer la traduction anglaise qu’en avait généreusement publiée un savant américain. M. Arago, nommé rapporteur de la Commission de la Chambre des députés chargée d’examiner le projet de loi, résolut de mettre sous les yeux des législateurs « une analyse rapide, exacte, intelligible des découvertes brillantes que Laplace a déposées dans la Mécanique céleste et l’Exposition du système du Monde ». Ce travail, revu et corrigé, a été ensuite inséré dans l’Annuaire du Bureau des Longitudes pour 1844 ; il est reproduit dans les mêmes termes dans le tome III des Notices biographiques, avec une courte introduction dictée par M. Arago.

La Notice sur Fermat n’est autre chose que la reproduction du rapport fait le 7 juin 1843 à la Chambre des députés, par M. Arago, au nom d’une Commission chargée d’examiner un projet de loi tendant à ouvrir un crédit extraordinaire pour la réimpression des œuvres du célèbre géomètre de Toulouse ; M. Arago y a apporté quelques légères corrections de forme. Ce projet se rattachait à l’idée émise dans le rapport sur les œuvres de Laplace, de faire publier aux frais de l’État une Collection mathématique nationale, où viendraient prendre place les principaux Mémoires de Clairaut, de d’Alembert, de Lagrange. La France aurait ainsi élevé aux sciences mathématiques un monument durable et glorieux.

La Notice sur Abel n’avait pas encore vu le jour. Le manuscrit en est entièrement de la main de M. Arago. Elle avait été composée en 1845 pour répondre à une Notice de la Biographie universelle de Michaux, où les circonstances du séjour d’Abel à Paris, pendant les six derniers mois de 1826, avaient été dénaturées ; M. Arago a voulu a la fois rendre hommage au génie de l’illustre géomètre norvégien et au caractère libéral et hospitalier des géomètres français, qu’on avait essayé de rabaisser très-injustement.

Lislet-Geoffroy est le premier mulâtre à qui l’Europe ait accordé des honneurs académiques. Il appartenait à l’homme illustre qui ne voulut pas avoir passé par le pouvoir sans avoir signé l’acte irrémédiable de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, de rendre un solennel hommage au savant fils d’une négresse esclave. La Notice sur Lislet-Geoffroy, correspondant de l’Académie des sciences pour la section de géographie et de navigation, a été lue à l’Académie le 27 juillet 1836 ; je l’ai reproduite textuellement, telle qu’elle a paru dans les Comptes rendus de l’Académie (tome III, pages 97 et 206).

Le discours prononcé par M. Arago, vice-président de la Commission de souscription, le 15 janvier 1844, lors de l’inauguration du monument de Molière, élevé à Paris dans la rue de Richelieu, a été publié à cette époque. Un exemplaire, corrigé de la main de M. Arago, a servi à la réimpression de ce magnifique morceau. Je crois rester dans la vérité en disant que ces pages écrites par un astronome sur le sublime comédien sont les plus belles qui aient jamais honoré Molière.

J’ai terminé le troisième volume des Notices biographiques par un écrit ayant pour titre : De l’utilité des pensions accordées aux savants, aux littérateurs, aux artistes. M. Arago y a travaillé à différentes époques ; il en a dicté les dernières pages en 1853. Il avait vu de près combien souvent les difficultés matérielles de la vie, si parfois elles rendent le travail de quelques hommes plus opiniâtre, présentent d’entraves aux progrès des sciences. Il a voulu laisser aux dispensateurs des encouragements officiels, des conseils qui peut-être seront entendus. Si la misère, si les angoisses poignantes de quelque esprit supérieur sont un jour calmées, la reconnaissance en remontera à la mémoire du vénérable et illustre secrétaire perpétuel de l’Académie.

En mettant en ordre les matériaux qui ont composé les Notices biographiques, et qui constituent la partie littéraire des Œuvres de mon vénéré maître, j’avais oublié le discours qu’il a prononcé, le 30 octobre 1839, aux funérailles d’Eusèbe Salverte, au nom de la Chambre des députés ; j’ai réparé ma faute en plaçant ce discours dans les Mélanges, à la fin du tome XIIe des Œuvres.

  1. M. Arago avait été nommé chevalier de la Légion d’honneur pendant les Cent-Jours ; il ne fut réintégré dans les cadres de l’ordre qu’en 1819 ; il fut nommé officier en 1825, après sa découverte du magnétisme de rotation ; enfin il fut promu à la dignité de commandeur en 1837, et à celle de grand-officier en 1849.