Notice sur l’Album de Villard de Honnecourt architecte du XIIIe siècle/4

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IV

CHARPENTE



Un pont de bois (fol. 20 r.). — Par chu fait om on pont desor one aive de fus xx. pies de lonc  ; « par ce fait-on un pont sur une eau, de bois, de vingt pieds de long. » Le dessin n’est pas mieux tourné que l’explication, outre qu’il est extrêmement petit. La charpente du pont est posée contre des massifs de maçonnerie. Pour la petite portée qu’elle a, on ne saurait croire de combien de pièce elle se compose. Des contres-fiches partent du niveau de l’eau, et procurent ainsi une arche triangulaire. Les vieux ponts de bois que nous a légués le moyen âge sont mieux conçus que cela ; mais aucun n’est de l’époque reculée où vivait notre architecte.

2° Méthode d’assemblage pour suppléer à la longueur des solives (fol. 23 r.). — La figure est un cadre de solives boiteuses, posé sur le plan d’une construction carrée en maçonnerie. Légende :Ensi poes ovrer à one tor u à one maison de bas si sunt trop cor ; « ainsi vous pouvez travailler à une tour ou à une maison avec des pièces de bois ( ?) quand même elles seraient trop courtes. »

3° Méthode d’étayement (ibidem). — Elle consiste à contenir une maison qui tombe en avant, au moyen d’un étançon que l’on serre en soulevant avec des coins une sole dans laquelle il s’emboîte. Légende :Par copresse de ceste manine poés redrescir une maison ki pent d’one part, ja si pesans ne sera ; « par appareil de compression de cette sorte, vous pouvez redresser une maison qui penche d’un côté, car elle cessera de peser autant. »

Combles en charpente (fol. 17 verso). — D’abord l’une des maîtresses fermes d’un comble surhaussé, composé de deux arbalétriers, d’un entrait relevé, d’un poinçon et de deux jambettes, celle-ci assemblées dans des blochets qui portent sur les reins de la voûte. Légende :Or poés veir j. bon conble légier por hierbegier deseur une chapele à volte ; « maintenant vous pouvez voir un bon comble léger pour loger sur une chapelle à voûte. »

Une ferme de comble formant voûte en cul de navire, où le cintre est obtenu par la taille des esseliers et jambettes qui s’assemblent dans les arbalétriers. Ceux-ci en outre sont entretenus, non loin de leur jonction, par un faux entrait. Légende :Et se vous volés veir j. bon conble legier à volte de fust prendés aluec garde ; « et si vous voulez voir un bon comble léger à voûte de bois, faites attention ici. »

Demi-ferme pour un comble en appentis par-dessus une galerie voûtée, se composant des pièces suivantes :un arbalétrier fixé sur un blochet par trois jambettes ; un esselier assemblé dans la plus haute jambette et dans l’arbalétrier et qui a son appui inférieur sur un corbeau qui sort de la muraille. Légende :Vesci le carpenterie d’une fort acainte. Açainte, comme on le voit par un autre exemple de l’album, est équivalent de collatéral ou bas côté. Les passages rapportés par Du Cange, au mot accincta, prouvent que le même mot s’appliquait à toutes les espèces de constructions en appentis.