Nouveaux contes berbères (Basset)/106

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Ernest Leroux, éditeur (Collection de contes et de chansons populaires, XXIIIp. 111-114).

106

La femme enlevée (195).
(Zénaga).

On raconte qu’un homme des Oulâd Draâ avait épousé une cousine qu’il aimait extrêmement. Il possédait un seul esclave et quelques chameaux. Craignant qu’on ne lui enlevât sa femme à cause de sa beauté, il résolut de l’emmener dans un endroit où personne ne la verrait. Il partit donc avec son esclave, ses chameaux et sa femme, et marcha nuit et jour jusqu’à ce qu’il arriva sur le bord de la grande mer salée, sachant que personne ne venait là.

Un jour qu’il était sorti pour voir ses chameaux et son esclave, laissant sa femme seule dans la tente, elle vit un vaisseau qui arrivait de son côté ; il était envoyé par le sultan d’une terre très éloignée pour chercher, dans une des îles de la mer salée, une femme plus belle que celles qui étaient dans son pays. Celle qui était dans la tente, voyant que le vaisseau ne venait pas d’abord à elle, sortit au devant. Les gens lui dirent : « Monte pour voir le navire tout entier. » Elle y alla. La trouvant telle qu’ils cherchaient, ils se saisirent d’elle et l’amenèrent à leur sultan.

À son retour, le mari ne trouvant pas sa femme finit par savoir qui l’avait enlevée. Il partit à la recherche du fils de Keij le chrétien ; entre eux existait de l’amitié. L’autre lui dit : « Amène un vaisseau et sept hommes dont je serai le guide sur mer, ils ne doivent pas se tromper ni s’effrayer : la ville est à trois ou quatre mois de distance. » Ils partirent dans un vaisseau à la recherche de la ville et furent en route le temps qu’il avait dit.

En arrivant, ils jetèrent l’ancre près de la ville qui était sur le sommet d’une haute montagne. Leur chef débarqua et vit un feu allumé par quelqu’un. Il se dirigea de ce côté ; c’était une vieille femme à qui il raconta son histoire ; elle lui donna des nouvelles de sa femme. Ils convinrent l’un et l’autre de garder le silence sur eux-mêmes, puis la vieille ajouta : « À cet endroit, il y a deux oiseaux qui dévorent les gens ; à côté d’eux, deux lions semblables à eux, puis deux hommes ; tous veillent sur ta femme. » Il lui acheta un mouton qu’il égorgea ; ensuite il alla vers les deux oiseaux à qui il en jeta une partie ; tandis qu’ils se la disputaient, il passa et arriva près des deux lions envers qui il agit de même. En approchant des deux hommes, il les trouva endormis. Il pénétra jusqu’à sa femme, l’avertit en lui grattant le pied ; il était déguisé et lui dit : « J’ai cherché à te prévenir de quelque chose. » Il la prit par la main ; tous deux sortirent et il lui jura que si elle faisait entendre le moindre bruit, il la tuerait. Il lui demanda aussi quel était le bateau le plus rapide pour la marche ; elle lui indiqua le meilleur de ceux qui étaient là, ils s’y embarquèrent.

Il avait des pierres, quand il jetait l’une contre un vaisseau, il était brisé de la proue à la poupe et tout ce qu’il contenait périssait. Ils se mirent à la recherche du fils de Keij. Quand ils furent en mer, un monstre marin avala le vaisseau où ils étaient. Le chef prit de la poix et la fit bouillir dans une marmite, le monstre rejeta le navire sur le bord de la mer. Ils continuèrent leur voyage en marchant sur le bord de la mer.

Voilà qu’un jour ils rencontrèrent une ville déserte ; ils voulurent s’emparer de ce qu’elle renfermait en fait de richesses, d’or et d’argent. Tout à coup l’image d’un homme armé leur apparut. On ne pouvait lui résister ni le tuer. À la fin, ils le détruisirent ; ils s’emparèrent de toutes les richesses des maisons. Quand ils arrivèrent près du fils de Keij, celui-ci leur dit : « Je ne veux rien que le vaisseau. » L’autre prit les richesses et s’en retourna chez lui avec sa femme.