Nouveaux contes berbères (Basset)/113

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Ernest Leroux, éditeur (Collection de contes et de chansons populaires, XXIIIp. 149-152).

113

L’adroit voleur (210).
(Bougie).

Il était une femme qui avait trois enfants. Ils labourèrent sans y trouver du profit ; ils firent du commerce sans rien gagner, ils firent paître des chèvres sans aucun bénéfice, ils élevèrent des abeilles inutilement.

Un jour ils dirent à leur mère : « Mère, dis-nous donc ce que faisait notre père pour gagner quelque chose quand la vie était dure. — Votre père volait, répondit-elle. — Avec qui ? — Avec un tel. » Le plus jeune partit pour le rejoindre. Il se rencontra avec lui et les deux hommes s’associèrent pour voler.

Le premier dit à l’autre : « Je suis habile. » L’autre répliqua : « Et moi aussi. — Enlève les œufs de dessous un faucon. » Il les ôta sans que l’oiseau s’en aperçût et les mit dans le capuchon de son burnous. L’autre les enleva du capuchon à son insu. « Très bien », dit celui qui avait pris les œufs du faucon. Ils partirent. L’un dit à l’autre : « Allons voler le trésor du roi. — Allons-y », répondit le second. Quand ils furent arrivés, ils percèrent le toit, l’un d’eux attacha une corde et fit descendre son compagnon qui remplit trois couffins ; ils les emportèrent chez eux.

Le lendemain, le roi fit venir les grands et leur dit : « Mon trésor a été volé. » Un de ses familiers lui dit : « Fais apporter du goudron, quand celui qui a percé le toit viendra, on le connaîtra. » Le lendemain, les deux voleurs arrivèrent, ils attachèrent de nouveau la corde et l’un d’eux descendit, il tomba au milieu du chaudron de goudron et mourut brûlé. Son compagnon descendit à son tour et lui enleva la tête pour qu’on ne le reconnût pas, l’emporta et s’en alla.

Au matin, le serviteur vint voir le trésor, il trouva un cadavre sans tête, il l’apporta à son maître, et on ne le reconnut pas. « Comment ferons-nous, demanda-t-on. » Le confident dit au roi : « Fais publier en ville que tu donneras un festin ; l’ivresse vaincra tous les gens, le coupable sera là et on le reconnaîtra. » Le repas fini, le voleur se dénonça. On le prit, on le jeta en prison et on y mit des gardes.

Au milieu de la nuit, il s’aperçut que ses gardiens dormaient. Il prit un rasoir, rasa à l’un les moustaches, à l’autre le menton et triompha d’eux de la sorte (puis il s’enfuit). Le lendemain matin, quand ils se levèrent pour aller le prendre, ils trouvèrent que l’un avait la barbe rasée, l’autre les moustaches coupées. Le roi leur dit : « Qu’est-ce que cela ? — Nous ne savons pas. » Un conseiller lui dit : « Lâche une autruche dans la rue, l’auteur de tous ces méfaits la prendra. » Le roi suivit ce conseil. Il lâcha une autruche, le voleur la laissa venir dans sa rue, puis la fit entrer dans sa maison, la tua, la pluma et la suspendit au plancher. Une femme dit au roi : « Que me donneras-tu pour que je te le découvre ? — De l’argent. » Elle entra chez la femme du voleur et lui demanda un peu de viande d’autruche ; la femme lui en donna. Quand le roi l’eût vue, il envoya des gens qui saisirent l’homme et le lui amenèrent. « C’est toi qui as fait tout cela ? lui demanda-t-il. — Oui. » Alors le prince le fit pendre (211).

Mon récit est fini avant mes ressources.