Nouvelles poésies (Van Hasselt)/La Forêt abattue

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Paraboles
Nouvelles PoésiesBruylant et Cie (p. 164-166).


La forêt abattue.





Was von mir übrig bleibt, ist wenigstens zu edlem
xxxGebrauche bestimmt die Pfeiler eines
xxxTempels oder Palastes zu werden.
A. G. Meissner.





Les bûcherons avaient démoli la forêt
Sous leurs haches fatales,
Et tout le peuple vert des arbres se mourait
Sur les mousses natales.

Plus d’oiseau qui cherchât leurs abris désolés
Ni leurs branches muettes,

Car tous s’étaient enfuis de leurs nids écroulés,
Tous ces charmants poëtes.

Bouleaux, frênes, ormeaux, pêle-mêle gisaient,
Arbres de toute forme
Le chêne étant tombé près d’eux, ils lui disaient :
« À quoi donc, chêne énorme,

« À quoi donc te sert-il d’avoir rempli les cieux
« De tes rameaux sans nombre,
« Et d’avoir obscurci, superbe et glorieux,
« La forêt de ton ombre ?

« À quoi donc te sert-il d’avoir été géant,
« Glorieux et superbe ?
« Car nous voilà couchés dans le même néant
« Tous ensemble sur l’herbe. »

— « Compagnons, il n’est rien de commun entre nous, »
Leur répondit le chêne.
« L’âtre des paysans vous dévorera tous
« Dès l’automne prochaine.

« Car vous ne serez bons qu’à chauffer leur foyer

« Quand soufflera la bise,
« Et les enfants riront à vous voir flamboyer
« Parmi la cendre grise ;

« Tandis que je serai trône dans un palais,
« Colonne dans un temple,
« Ou nef, que l’Océan, peint de mille reflets,
« Dans son miroir contemple. »

Amis, ne prenons point exemple à ces jaloux
Qui n’ont qu’un but futile ;
Mais tâchons de laisser, homme ou chêne, après nous
Quelque chose d’utile.



Septembre 1856.