Old Bugs

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Old Bugs

Une histoire pathétique improvisée par Marcus Lollius, proconsul des Gaules.

La salle de billard de Sheehan, qui orne l’une des allées parmi les moins connues au cœur du quartier des parcs à bestiaux de Chicago, n’est pas un endroit agréable. Son air, chargé de mille odeurs comme Coleridge a pu en trouver à Cologne, connaît trop rarement les rayons purificateurs du soleil ; sans compter qu’il doit rivaliser, pour occuper l’espace, avec les fumées âcres de cigares et de cigarettes bon marché qui pendent aux lèvres grossières d’innombrables animaux humains qui hantent l’endroit jour et nuit. Mais la popularité du Sheehan reste à nulle autre pareille ; et pour cela il y a une raison — une raison évidente pour quiconque prendra la peine d’analyser le mélange de puanteurs qui y règne. Au-delà des fumées et de la promiscuité écœurante s’élève un arôme autrefois familier dans tout le pays, mais actuellement fort heureusement banni dans les arrières ruelles de la vie par le décret d’un gouvernement bienveillant — l’arôme du whisky fort et abject — une sorte de précieux fruit défendu, en effet, en cette année de grâce 1950.

Le Sheehan’s est le centre reconnu du trafic souterrain d’alcool et de stupéfiants de Chicago, et en tant que tel a une certaine dignité qui s’étend même aux habitués mal peignés de l’endroit ; mais il y en avait un, jusqu’à récemment, qui restait en dehors des bornes de cette dignité — un qui partageait la misère et la saleté mais pas l’importance du Sheehan. Il s’appelait « Old Bugs », et était l’objet le moins recommandable dans un environnement aussi peu recommandable. Ce qu’il avait été autrefois, beaucoup tentaient de le deviner ; car son langage et sa façon de s’exprimer, du moins jusqu’à un certain point d’ébriété, étaient de nature à susciter l’émerveillement ; mais ce qu’il était présentait moins de difficulté — car « Old Bugs », à un degré superlatif, incarnait les espèces pathétiques connues sous le nom de « glandeur » ou de « clochard ». D’où il était venu, personne ne pouvait le dire. Une nuit, il avait fait irruption dans le Sheehan’s, la bave à la bouche et hurlant pour du whisky et du haschich ; et ayant été approvisionné en échange d’une promesse d’effectuer de petits travaux, traînait dans les environs depuis lors, récurant les planchers, nettoyant les crachoirs et les verres, et s’occupant d’une centaine de tâches subalternes similaires en échange de la boisson et des médicaments nécessaires pour le maintenir en vie et en bonne santé.

Il parlait peu, et généralement dans l’argot commun des bas-fonds ; mais de temps en temps, enflammé par une dose inhabituellement généreuse de whisky sec, un enchaînement de polysyllabes incompréhensibles fusait avec des bribes de prose et de vers sonores qui amenaient certains habitués à conjecturer qu’il avait vu des jours meilleurs. Un mécène régulier — un mauvais payeur bancaire notoire qui était là incognito — venait s’entretenir avec lui assez souvent et, au ton de son discours, osa penser qu’il avait été écrivain ou professeur en son temps. Mais le seul indice tangible du passé d’Old Bugs était une photographie défraîchie qu’il transportait constamment avec lui — la photographie d’une jeune femme aux traits nobles et beaux. Il tirait parfois cette image de sa poche en lambeaux, la déballait soigneusement de sa couverture de papier de soie et la regardait pendant des heures avec une expression de tristesse et de tendresse ineffables. Ce n’était pas le portrait d’une personne qu’un habitant du monde souterrain serait susceptible de connaître, mais d’une dame de bonne naissance et de qualité, vêtue de la tenue pittoresque en vogue trente ans auparavant. Old Bugs lui-même semblait également appartenir au passé, car ses vêtements indéfinissables portaient toutes les marques de l’antiquité. C’était un homme d’une taille immense, probablement plus de six pieds, bien que ses épaules voûtées démentaient parfois ce fait. Ses cheveux, d’un blanc sale et tombant en plaques, n’avaient jamais été peignés ; et sur son visage maigre poussait un chaume galeux de barbe grossière qui semblait toujours rester au stade hérissé — jamais rasé — ou jamais assez longtemps pour former un ensemble respectable de poils. Ses traits avaient peut-être été nobles jadis, mais étaient maintenant masqués par les effets effroyables d’une terrible débauche. À un moment donné — probablement au milieu de sa vie — il avait manifestement été extrêmement gros ; mais maintenant il était maigre à faire peur, avec de la chair violette suspendue en poches lâches sous ses yeux larmoyants et sur ses joues. Dans l’ensemble, Old Bugs n’était pas agréable à regarder.

Les manières de Old Bugs étaient aussi étranges que son aspect. D’ordinaire, il était fidèle au type de l’épave humaine — prêt à tout pour cinq sous ou une dose de whisky ou de haschish — mais de temps en temps, il se montrait sous les traits qui lui ont valu son nom. Dans ces moments-là, il essayait de se redresser, et une drôle de flamme brillait dans les yeux enfoncés. Son port altier assumait une grâce et même une dignité insolites ; et les créatures imbibées autour de lui ressentaient quelque chose de sa supériorité — quelque chose qui les rendait moins disposés à donner les coups de pied et les habituelles taloches à la pauvre victime et bête de somme. Dans ces moments-là, il montrait un humour sardonique et faisait des remarques que le peuple du Sheehan’s jugeait insensées et irrationnelles. Malheureusement, ces instants magiques s’envolaient rapidement, et à nouveau, Old Bugs reprenait l’éternel lessivage des sols et récurage des crachoirs. Mais pour une chose, Old Bugs aura été l’esclave idéal de l’établissement — et cette chose était sa conduite lorsque de jeunes hommes étaient initiés à leur première beuverie. Le vieil homme se redressait alors au-dessus du sol dans la colère et l’excitation, marmonnant des menaces et des avertissements, et cherchant à dissuader les novices de se lancer dans leur course à « voir la vie telle qu’elle est ». Il crachait et fulminait, explosant en avertissements polysyllabiques et en serments étranges, et animé par un sérieux effroyable qui faisait frémir plus d’un esprit drogué dans la pièce bondée. Mais après un certain temps, son cerveau ramolli par l’alcool s’éloignait du sujet, et avec un sourire stupide, il se tournait à nouveau vers son balai à franges ou son chiffon de nettoyage.

Je ne pense pas que beaucoup de clients réguliers du Sheehan oublieront jamais le jour où le jeune Alfred Trever s’est présenté. Il était plutôt une « trouvaille » — un jeune riche et plein d’entrain qui « allait jusqu’au bout » dans tout ce qu’il entreprenait — du moins, c’était le verdict de Pete Schultz, l’« homme de main » du Sheehan, qui avait rencontré le garçon au Lawrence College, dans la petite ville d’Appleton, Wisconsin. Trever était le fils de parents de la haute société d’Appleton. Son père, Karl Trever, était un avocat et un distingué citoyen, tandis que sa mère s’était fait une réputation enviable de poétesse sous son nom de jeune fille, Éleanor Wing. Alfred était lui-même un érudit et distingué poète, bien que poursuivit par la malédiction d’une certaine irresponsabilité enfantine qui faisait de lui une proie idéale pour le rabatteur du Sheehan. Il était blond, beau et gâté ; vif et désireux de goûter aux diverses formes de débauche dont il avait lu et entendu parler. À Lawrence, il avait joué un rôle de premier plan dans la pseudo-fraternité de « Tappa Tappa Keg », où il était le plus sauvage et le plus joyeux des sauvages et joyeux jeunes fêtards ; mais cette immaturité et frivolité collégiale ne le satisfaisait pas. Il connaissait des vices plus profonds à travers les livres, et il avait maintenant envie de les connaître par lui-même. Peut-être cette tendance à la folie avait-elle été quelque peu stimulée par la répression à laquelle il avait été soumis à la maison ; en effet, Mme Trever avait une raison particulière de former son unique enfant avec une aussi intangible sévérité. Elle avait, dans sa jeunesse, été profondément et durablement impressionnée par l’horreur de la débauche d’une personne avec qui elle avait été fiancée pendant un certain temps.

Le jeune Galpin, le fiancé en question, avait été l’un des fils les plus remarquables d’Appleton. Se faisant remarquer alors qu’il n’était encore qu’un enfant grâce à son merveilleux esprit, il avait acquis une grande renommée à l’Université du Wisconsin, et à l’âge de vingt-trois ans, il était retourné à Appleton pour occuper un poste de professeur à Lawrence et pour glisser un diamant au le doigt de la plus blonde et de la plus brillante fille d’Appleton. Pendant une saison, tout s’était bien passé, jusqu’à ce que la tempête éclate sans prévenir. De mauvaises habitudes, datant d’un premier verre pris des années auparavant dans l’isolement des bois, se manifestèrent chez le jeune professeur ; et ce n’est que par une démission précipitée qu’il échappa à une vilaine poursuite pour atteinte aux bons usages et à la moralité des élèves dont il avait la charge. Ses fiançailles rompues, Galpin se déplaça vers l’est pour recommencer sa vie ; mais peu de temps après, les habitants d’Appleton entendirent parler de son congédiement dans la honte de l’Université de New York, où il avait obtenu un poste de répétiteur en anglais. Galpin consacra alors son temps à la bibliothèque et à l’estrade de conférencier, écrivant des pavés et préparant des discours sur divers sujets liés aux belles lettres, et faisant toujours preuve d’un génie si remarquable qu’il semblait que le public devait parfois lui pardonner ses erreurs passées. Ses conférences passionnées pour la défense de Villon, Poe, Verlaine et Oscar Wilde s’appliquaient également à lui-même, et dans le court été indien de sa gloire, on parla de nouvelles fiançailles dans une certaine maison cultivée de Park Avenue. Mais le couperet du destin tomba de nouveau. Une ultime disgrâce, par rapport à laquelle les précédentes n’avaient été rien, brisa les illusions de ceux qui avaient fini par croire à la rédemption de Galpin ; et le jeune homme abandonna son nom et disparu de la vue du public. La rumeur l’associait de temps en temps à un certain « Consul Hasting » dont le travail pour la scène et pour les compagnies de cinéma attirait un certain degré d’attention en raison de l’ampleur et la profondeur son érudition ; mais Hasting disparut rapidement des yeux du public, et Galpin devint pour les parents, un nom à citer avec le ton de l’avertissement. Éleanor Wing célébra bientôt son mariage avec Karl Trever, un jeune avocat en pleine ascension, et ne conserva de son ancien admirateur que bien peu de mémoire tout juste à peine pour en citer le nom à son fils unique, et illustrer ainsi ses conseils moraux destinés à ce jeune homme beau et têtu. Maintenant, malgré tous ces conseils, Alfred Trever était au Sheehan et sur le point de prendre son premier verre.

« Patron », hurla Schultz en entrant dans la pièce à l’odeur fétide avec sa jeune victime, « v’nez voir mon ami Al Trever, le meilleur tit’sportif à Lawrence — c’est’à Appleton, Wisc., t’sais. Un type gonflé à bloc aussi — son père qu’c’est un avocat d’une grosse entr’prise dans son bled, que sa mère c’est aussi un sacré génie. Il veut voir la vie telle qu’elle est — y veut savoir à quoi ressemble le vrai jus de foudre — alors, souviennez-vous qu’c’est mon pote et traitez le bien. »

Alors que les noms Trever, Lawrence et Appleton circulaient dans l’air, les traine-savates du coin semblèrent ressentir quelque chose d’inhabituel. Peut-être n’était-ce que le bruit lié aux claquement des boules sur les tables de billard ou aux cliquetis des verres qu’on ramenait des régions mystérieuses de l’arrière-salle — peut-être seulement cela, plus un étrange bruissement des rideaux sales à la seule fenêtre crasseuse — mais beaucoup pensèrent que quelqu’un dans la pièce avait serré les dents et avait pris une grande inspiration.

« Heureux de vous connaître, Sheehan, » dit Trever sur un ton pausé et bien élevé.

« C’est ma première visite dans un endroit comme celui-ci, mais je suis un étudiant de la vie, et je ne veux manquer aucune expérience. Il y a de la poésie dans ce genre de choses, voyez-vous — ou peut-être que vous ne le voyez pas, mais c’est la même chose.

« P’tit gars, » a répondu le propriétaire, "qu’c’est’au bon coin qu’t’es venu pour découvrir la vie. Nous en avons de toutes les sortes ici — d’la vraie vie et du bon temps. Ce maudit gouvernement peut essayer de faire comme quoi les braves gens soient bons, hein ? mais il ne peut pas empêcher un pauvre gars de s’en jeter un quand il en a envie, pas vrai ? Qu’c’est quoi que tu veux, mec, de l’alcool, de la coke ou d’autres drogues ? Y’a rien qu’tu peux demander qu’on n’a pas. »

Les Habitués disent que c’est à ce moment-là qu’ils remarquèrent un arrêt dans le rythme régulier et monotone des coups du balai-à-franges.

« Je veux du whisky — du bon rye à l’ancienne ! » s’exclama Trever avec enthousiasme. « Je vous dirai que je suis bel et bien fatigué de l’eau après avoir lu que les camarades s’envoyaient de joyeux coups dans les temps anciens. Je ne peux pas lire une anacréontique sans en avoir l’eau à la bouche — mais c’est quelque chose de beaucoup plus fort que de l’eau dont ma bouche a besoin pour s’humidifier ! »

« Anacréontique — qu’est-ce que c’est que ça, par tous les diables ? » Plusieurs parasites levèrent les yeux tandis que le jeune homme dépassait légèrement leur profondeur. Mais le banqueroutier leur expliqua qu’Anacreon était un vieux et joyeux bougre qui vivait de nombreuses années avant eux et avait écrit sur le plaisir qu’il avait pris quand le monde entier ressemblait au Sheehan’s.

« Voyons, Trever, » continua l’interdit bancaire, « Schultz n’a-t-il pas dit que ta mère est aussi une personnalité littéraire ? »

« Oui, bon sang, » répondit Trever, « mais pas du tout comme le vieux Téossien ! Elle est l’une de ces éternelles moralisatrices assommantes qui essaient de retirer toute joie de la vie. Le genre gnangnan — jamais entendu parler d’elle ? Elle écrit sous son nom de jeune fille, Éléanor Wing. »

Là, Old Bugs laissa tomber son balai-à-frange.

« Eh bien, voici venir ton affaire », annonça jovialement Sheehan alors qu’un plateau de bouteilles et de verres était introduit dans la pièce. « Du bon vieux Rye, raide comme t’en trouve nulle part ailleurs dans Chi. »

Les yeux du jeune homme brillèrent et ses narines se retroussèrent aux vapeurs du liquide brunâtre qu’un employé lui versait. Cela le rebutait horriblement et révoltait toute sa délicatesse de caste ; mais sa détermination à goûter à la vie jusqu’au bout était ancré en lui et il continua à se montrer audacieux. Mais avant que sa résolution ne soit mise à l’épreuve, l’inattendu se produisit. Old Bugs, se redressant de la position accroupie dans laquelle il s’était tenu jusque-là, bondit sur le jeune homme et fit sauter de ses mains le verre soulevé, attaquant presque simultanément le plateau de bouteilles et de verres avec son balai-à-frange, en dispersant le contenu sur le sol dans une confusion de liquide odoriférant, de bouteilles et de gobelets cassés. De nombreux hommes, ou des choses qui avaient été des hommes, se jetèrent au sol et commencèrent à laper les flaques de liqueur renversée, mais la plupart restèrent figés à la vue des actions sans précédent de l’épave qui était le tâcheron du bar. Old Bugs se redressa devant Trever stupéfait, et d’une voix douce et cultivée dit : « Ne fais pas cette chose. J’étais comme toi autrefois, et je l’ai fait. Maintenant, je suis comme — ça. »

« Qu’est-ce que cela signifie, maudit vieux fou ? » cria Trever. « Qu’est-ce que cela signifie d’interférer avec un gentleman dans ses plaisirs ? » Sheehan, se remettant maintenant de son étonnement, s’avança et posa une main lourde sur l’épaule du vieux clochard.

« Pour la dernière fois, écarte-toi, vieille chouette ! » s’exclama-t-il furieusement. « Quand ya un gent’l’omme qui veut s’envoyer un verre ici, par Dieu, il le fait, sans que tu viennes te mettre en travers. Maintenant, va te faire voir ailleurs avant que je ne t’envoie moi-même en enfer. »

Mais Sheehan avait compté sans les connaissances scientifiques d’un esprit hors norme et les effets de la stimulation nerveuse. Old Bugs, agrippant plus fermement son balai à franges, commença à le manier comme le javelot d’un hoplite macédonien, et dégagea rapidement un espace considérable autour de lui, tout en criant divers morceaux de citation déconnectés, parmi lesquels fut répété principalement, « … les fils de Bélial, transportés par l’insolence et le vin. »

La pièce devint un pandémonium, et les hommes hurlaient et braillaient de peur devant l’être malfaisant qu’ils avaient réveillé. Trever semblait hébété dans la confusion et se rapprocha du mur tandis que la mêlée grossissait. « Il ne boira pas ! Il ne boira pas ! » Ainsi rugissait Old Bugs alors qu’il semblait manquer de — ou s’élever au-dessus — des citations. Des policiers apparurent à la porte, attirés par le bruit, mais pendant un certain temps ils ne firent aucun geste pour intervenir. Trever, maintenant complètement terrifié et guéri à jamais de son désir de voir la vie par la voie du vice, se rapprocha des nouveaux arrivants vêtus de bleus. Pourrait-il seulement s’échapper et prendre un train pour Appleton, pensa-t-il, il considérerait son éducation à la débauche assez complète.

Puis soudain, Old Bugs cessa de manier son javelot et s’arrêta encore — se redressant plus droit que n’importe quel habitant de l’endroit ne l’avait jamais vu auparavant. « Ave, César, moriturus te saluto !  » cria-t-il et il se laissa tomber sur le sol puant de whisky, pour ne plus se lever.

Les sensations qui suivirent ne quitteront jamais l’esprit du jeune Trever. L’image est floue, mais indéracinable. Les policiers se frayèrent un chemin à travers la foule, menant sur tout le monde un interrogatoire serré à la fois sur l’incident et sur le personnage mort sur le sol. Sheehan, en particulier, fut-il l’objet de leurs demandes pressantes de renseignements, sans toutefois obtenir aucune information de valeur concernant Old Bugs. Ensuite, le banqueroutier se souvint de la photo et suggéra qu’elle soit examinée et déposée pour identification au siège de la police. Un officier se pencha à contrecœur sur la forme répugnante aux yeux vitreux et trouva le carton enveloppé de mouchoirs qu’il fit passer aux autres.

« Belle poulette ! » lorgna un homme ivre en voyant le beau visage, mais ceux qui étaient sobres ne lorgnèrent pas, regardant avec respect et confusion les traits délicats et spirituels. Aucun d’entre eux ne semblait pouvoir identifier la personne représentée, et tous se demandaient comment cette épave ravagée par la drogue pouvait avoir un tel portrait en sa possession — c’est-à-dire tous, sauf le banqueroutier, qui, malgré tout, gardait un œil sur les hommes en bleus avec une certaine inquiétude. Il avait vu un peu plus profondément sous le masque de totale déchéance d’Old Bugs.

Quand la photo fut entre les mains de Trever, un changement survint chez le jeune homme. Après le premier émoi, il replaça le tissu qui entourait le portrait, comme pour le protéger de la sordidité du lieu. Puis il regarda longuement et attentivement la silhouette sur le sol, notant sa grande taille, et les traits aristocratiques du visage qui semblaient apparaître maintenant que la flamme d’une vie misérable s’était éteinte. Non, dit-il à la hâte, comme la question lui était posée, il ne connaissait pas la personne sur la photo. Elle était si ancienne, ajouta-t-il, que personne maintenant ne pouvait s’attendre à la reconnaître.

Mais Alfred Trever n’a pas dit la vérité, comme beaucoup l’ont deviné lorsqu’il proposa de prendre en charge le corps et d’assurer son enterrement à Appleton. Au-dessus du manteau de la bibliothèque de sa maison était accrochée la réplique exacte de cette image, et toute sa vie il avait connu et aimé son original.

Car ce visage doux et noble était celui de sa propre mère.

Old Bugs
by H. P. Lovecraft
Probably written shortly before July 1919; it was first published in the Arkham House book The Shuttered Room and Other Pieces (1959). Excerpted from Old Bugs on Wikipedia, the free encyclopedia.

Old Bugs

An Extemporaneous Sob Story by Marcus Lollius, Proconsul of Gaul

Sheehan's Pool Room, which adorns one of the lesser alleys in the heart of Chicago's stockyard district, is not a nice place. Its air, freighted with a thousand odours such as Coleridge may have found at Cologne, too seldom knows the purifying rays of the sun; but fights for space with the acrid fumes of unnumbered cheap cigars and cigarettes which dangle from the coarse lips of unnumbered human animals that haunt the place day and night. But the popularity of Sheehan's remains unimpaired; and for this there is a reason—a reason obvious to anyone who will take the trouble to analyse the mixed stenches prevailing there. Over and above the fumes and sickening closeness rises an aroma once familiar throughout the land, but now happily banished to the back streets of life by the edict of a benevolent government—the aroma of strong, wicked whiskey—a precious kind of forbidden fruit indeed in this year of grace 1950.

Sheehan's is the acknowledged centre to Chicago's subterranean traffic in liquor and narcotics, and as such has a certain dignity which extends even to the unkempt attaches of the place; but there was until lately one who lay outside the pale of that dignity—one who shared the squalor and filth, but not the importance, of Sheehan's. He was called "Old Bugs", and was the most disreputable object in a disreputable environment. What he had once been, many tried to guess; for his language and mode of utterance when intoxicated to a certain degree were such as to excite wonderment; but what he was, presented less difficulty—for "Old Bugs", in superlative degree, epitomised the pathetic species known as the "bum" or the "down-and-outer". Whence he had come, no one could tell. One night he had burst wildly into Sheehan's, foaming at the mouth and screaming for whiskey and hasheesh; and having been supplied in exchange for a promise to perform odd jobs, had hung about ever since, mopping floors, cleaning cuspidors and glasses, and attending to an hundred similar menial duties in exchange for the drink and drugs which were necessary to keep him alive and sane.

He talked but little, and usually in the common jargon of the underworld; but occasionally, when inflamed by an unusually generous dose of crude whiskey, would burst forth into strings of incomprehensible polysyllables and snatches of sonorous prose and verse which led certain habitués to conjecture that he had seen better days. One steady patron—a bank defaulter under cover—came to converse with him quite regularly, and from the tone of his discourse ventured the opinion that he had been a writer or professor in his day. But the only tangible clue to Old Bugs' past was a faded photograph which he constantly carried about with him—the photograph of a young woman of noble and beautiful features. This he would sometimes draw from his tattered pocket, carefully unwrap from its covering of tissue paper, and gaze upon for hours with an expression of ineffable sadness and tenderness. It was not the portrait of one whom an underworld denizen would be likely to know, but of a lady of breeding and quality, garbed in the quaint attire of thirty years before. Old Bugs himself seemed also to belong to the past, for his nondescript clothing bore every hallmark of antiquity. He was a man of immense height, probably more than six feet, though his stooping shoulders sometimes belied this fact. His hair, a dirty white and falling out in patches, was never combed; and over his lean face grew a mangy stubble of coarse beard which seemed always to remain at the bristling stage—never shaven—yet never long enough to form a respectable set of whiskers. His features had perhaps been noble once, but were now seamed with the ghastly effects of terrible dissipation. At one time—probably in middle life—he had evidently been grossly fat; but now he was horribly lean, the purple flesh hanging in loose pouches under his bleary eyes and upon his cheeks. Altogether, Old Bugs was not pleasing to look upon.

The disposition of Old Bugs was as odd as his aspect. Ordinarily he was true to the derelict type—ready to do anything for a nickel or a dose of whiskey or hasheesh—but at rare intervals he shewed the traits which earned him his name. Then he would try to straighten up, and a certain fire would creep into the sunken eyes. His demeanour would assume an unwonted grace and even dignity; and the sodden creatures around him would sense something of superiority—something which made them less ready to give the usual kicks and cuffs to the poor butt and drudge. At these times he would shew a sardonic humour and make remarks which the folk of Sheehan's deemed foolish and irrational. But the spells would soon pass, and once more Old Bugs would resume his eternal floorscrubbing and cuspidor-cleaning. But for one thing Old Bugs would have been an ideal slave to the establishment—and that one thing was his conduct when young men were introduced for their first drink. The old man would then rise from the floor in anger and excitement, muttering threats and warnings, and seeking to dissuade the novices from embarking upon their course of "seeing life as it is." He would sputter and fume, exploding into sesquipedalian admonitions and strange oaths, and animated by a frightful earnestness which brought a shudder to more than one drug-racked mind in the crowded room. But after a time his alcohol-enfeebled brain would wander from the subject, and with a foolish grin he would turn once more to his mop or cleaning-rag.

I do not think that many of Sheehan's regular patrons will ever forget the day that young Alfred Trever came. He was rather a "find"—a rich and high-spirited youth who would "go the limit" in anything he undertook—at least, that was the verdict of Pete Schultz, Sheehan's "runner", who had come across the boy at Lawrence College, in the small town of Appleton, Wisconsin. Trever was the son of prominent parents in Appleton. His father, Karl Trever, was an attorney and citizen of distinction, whilst his mother had made an enviable reputation as a poetess under her maiden name of Eleanor Wing. Alfred was himself a scholar and poet of distinction, though cursed with a certain childish irresponsibility which made him an ideal prey for Sheehan's runner. He was blond, handsome, and spoiled; vivacious and eager to taste the several forms of dissipation about which he had read and heard. At Lawrence he had been prominent in the mock-fraternity of "Tappa Tappa Keg", where he was the wildest and merriest of the wild and merry young roysterers; but this immature, collegiate frivolity did not satisfy him. He knew deeper vices through books, and he now longed to know them at first hand. Perhaps this tendency toward wildness had been stimulated somewhat by the repression to which he had been subjected at home; for Mrs. Trever had particular reason for training her only child with rigid severity. She had, in her own youth, been deeply and permanently impressed with the horror of dissipation by the case of one to whom she had for a time been engaged.

Young Galpin, the fiancé in question, had been one of Appleton's most remarkable sons. Attaining distinction as a boy through his wonderful mentality, he won vast fame at the University of Wisconsin, and at the age of twenty-three returned to Appleton to take up a professorship at Lawrence and to slip a diamond upon the finger of Appleton's fairest and most brilliant daughter. For a season all went happily, till without warning the storm burst. Evil habits, dating from a first drink taken years before in woodland seclusion, made themselves manifest in the young professor; and only by a hurried resignation did he escape a nasty prosecution for injury to the habits and morals of the pupils under his charge. His engagement broken, Galpin moved east to begin life anew; but before long, Appletonians heard of his dismissal in disgrace from New York University, where he had obtained an instructorship in English. Galpin now devoted his time to the library and lecture platform, preparing volumes and speeches on various subjects connected with belles lettres, and always shewing a genius so remarkable that it seemed as if the public must sometime pardon him for his past mistakes. His impassioned lectures in defence of Villon, Poe, Verlaine, and Oscar Wilde were applied to himself as well, and in the short Indian summer of his glory there was talk of a renewed engagement at a certain cultured home on Park Avenue. But then the blow fell. A final disgrace, compared to which the others had been as nothing, shattered the illusions of those who had come to believe in Galpin's reform; and the young man abandoned his name and disappeared from public view. Rumour now and then associated him with a certain "Consul Hasting" whose work for the stage and for motionpicture companies attracted a certain degree of attention because of its scholarly breadth and depth; but Hasting soon disappeared from the public eye, and Galpin became only a name for parents to quote in warning accents. Eleanor Wing soon celebrated her marriage to Karl Trever, a rising young lawyer, and of her former admirer retained only enough memory to dictate the naming of her only son, and the moral guidance of that handsome and headstrong youth. Now, in spite of all that guidance, Alfred Trever was at Sheehan's and about to take his first drink.

"Boss," cried Schultz, as he entered the vile-smelling room with his young victim, "meet my friend Al Trever, bes' li'1' sport up at Lawrence—thas"n Appleton, Wis., y' know. Some swell guy, too—'s father's a big corp'ration lawyer up in his burg, 'n' 's mother's some fiery genius. He wants to see life as she is—wants to know what the real lightnin' juice tastes like—so jus'remember he's me friend an' treat 'im right."

As the names Trever, Lawrence, and Appleton fell on the air, the loafers seemed to sense something unusual. Perhaps it was only some sound connected with the clicking balls of the pool tables or the rattling glasses that were brought from the cryptic regions in the rear—perhaps only that, plus some strange rustling of the dirty draperies at the one dingy window-but many thought that someone in the room had gritted his teeth and drawn a very sharp breath.

"Glad to know you, Sheehan," said Trever in a quiet, well-bred tone.

"This is my first experience in a place like this, but I am a student of life, and don't want to miss any experience. There's poetry in this sort of thing, you know—or perhaps you don't know, but it's all the same.

"Young feller," responded the proprietor, "ya come tuh th' right place tuh see life. We got all kinds here—reel life an' a good time. The damn' government can try tuh make folks good of it wants tuh, but it can't stop a feller from hittin"er up when he feels like it. Whaddya want, feller—booze, coke, or some other sorta dope? Yuh can't ask for nothin' we ain't got."

Habitués say that it was at this point they noticed a cessation in the regular, monotonous strokes of the mop.

"I want whiskey—good old-fashioned rye!" exclaimed Trever enthusiastically. "I'll tell you, I'm good and tired of water after reading of the merry bouts fellows used to have in the old days. I can't read an Anacreontic without watering at the mouth—and it's something a lot stronger than water that my mouth waters for!"

"Anacreontic—what'n hell's that?" several hangers-on looked up as the young man went slightly beyond their depth. But the bank defaulter under cover explained to them that Anacreon was a gay old dog who lived many years ago and wrote about the fun he had when all the world was just like Sheehan's.

"Let me see, Trever," continued the defaulter, "didn't Schultz say your mother is a literary person, too?"

"Yes, damn it," replied Trever, "but nothing like the old Teian! She's one of those dull, eternal moralisers that try to take all the joy out of life. Namby-pamby sort—ever heard of her? She writes under her maiden name of Eleanor Wing."

Here it was that Old Bugs dropped his mop.

"Well, here's yer stuff," announced Sheehan jovially as a tray of bottles and glasses was wheeled into the room. "Good old rye, an' as fiery as ya kin find anyw'eres in Chi."

The youth's eyes glistened and his nostrils curled at the fumes of the brownish fluid which an attendant was pouring out for him. It repelled him horribly, and revolted all his inherited delicacy; but his determination to taste life to the full remained with him, and he maintained a bold front. But before his resolution was put to the test, the unexpected intervened. Old Bugs, springing up from the crouching position in which he had hitherto been, leaped at the youth and dashed from his hands the uplifted glass, almost simultaneously attacking the tray of bottles and glasses with his mop, and scattering the contents upon the floor in a confusion of odoriferous fluid and broken bottles and tumblers. Numbers of men, or things which had been men, dropped to the floor and began lapping at the puddles of spilled liquor, but most remained immovable, watching the unprecedented actions of the barroom drudge and derelict. Old Bugs straightened up before the astonished Trever, and in a mild and cultivated voice said, "Do not do this thing. I was like you once, and I did it. Now I am like—this."

"What do you mean, you damned old fool?" shouted Trever. "What do you mean by interfering with a gentleman in his pleasures?" Sheehan, now recovering from his astonishment, advanced and laid a heavy hand on the old waif's shoulder.

"This is the last time far you, old bird!" he exclaimed furiously. "When a gen'l'man wants tuh take a drink here, by God, he shall, without you interferin'. Now get th' hell outa here afore I kick hell outa ya."

But Sheehan had reckoned without scientific knowledge of abnormal psychology and the effects of nervous stimulus. Old Bugs, obtaining a firmer hold on his mop, began to wield it like the javelin of a Macedonian hoplite, and soon cleared a considerable space around himself, meanwhile shouting various disconnected bits of quotation, among which was prominently repeated, " . . . the sons of Belial, blown with insolence and wine."

The room became pandemonium, and men screamed and howled in fright at the sinister being they had aroused. Trever seemed dazed in the confusion, and shrank to the wall as the strife thickened. "He shall not drink! He shall not drink!" Thus roared Old Bugs as he seemed to run out of—or rise above—quotations. Policemen appeared at the door, attracted by the noise, but for a time they made no move to intervene. Trever, now thoroughly terrified and cured forever of his desire to see life via the vice route, edged closer to the blue-coated newcomers. Could he but escape and catch a train for Appleton, he reflected, he would consider his education in dissipation quite complete.

Then suddenly Old Bugs ceased to wield his javelin and stopped still—drawing himself up more erectly than any denizen of the place had ever seen him before. "Ave, Caesar, moriturus te saluto!" he shouted, and dropped to the whiskey-reeking floor, never to rise again.

Subsequent impressions will never leave the mind of young Trever. The picture is blurred, but ineradicable. Policemen ploughed a way through the crowd, questioning everyone closely both about the incident and about the dead figure on the floor. Sheehan especially did they ply with inquiries, yet without eliciting any information of value concerning Old Bugs. Then the bank defaulter remembered the picture, and suggested that it be viewed and filed for identification at police headquarters. An officer bent reluctantly over the loathsome glassyeyed form and found the tissue-wrapped cardboard, which he passed around among the others.

"Some chicken!" leered a drunken man as he viewed the beautiful face, but those who were sober did not leer, looking with respect and abashment at the delicate and spiritual features. No one seemed able to place the subject, and all wondered that the drugdegraded derelict should have such a portrait in his possession—that is, all but the bank defaulter, who was meanwhile eyeing the intruding bluecoats rather uneasily. He had seen a little deeper beneath Old Bugs' mask of utter degradation.

Then the picture was passed to Trever, and a change came over the youth. After the first start, he replaced the tissue wrapping around the portrait, as if to shield it from the sordidness of the place. Then he gazed long and searchingly at the figure on the floor, noting its great height, and the aristocratic cast of features which seemed to appear now that the wretched flame of life had flickered out. No, he said hastily, as the question was put to him, he did not know the subject of the picture. It was so old, he added, that no one now could be expected to recognise it.

But Alfred Trever did not speak the truth, as many guessed when he offered to take charge of the body and secure its interment in Appleton. Over the library mantel in his home hung the exact replica of that picture, and all his life he had known and loved its original.

For the gentle and noble features were those of his own mother.