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Oraison (Gilkin)

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La NuitLibrairie Fischbacher (Collection des poètes français de l’étranger) (p. 29-30).
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ORAISON



Front jeune et pur qu’attend la couronne d’épines,
Cœur promis au couteau des méchants et des fous,
Flancs désignés au fer des lances assassines,
Ô mains et pieds voués aux dents noires des clous,

Toi, rayonnant d’amour, d’enfance et de sourire,
Beau comme un bleu printemps né dans les yeux en fleur,
Toi qui marches à ton infaillible martyre,
Frêle enfant de la joie élu pour la douleur,

Lorsque tu souffriras les angoisses qui mordent,
Les supplices mêlant la glace avec le feu.
Les délires des nuits monstrueuses, qui tordent
La bouche et son écume en hurlements vers Dieu,

Les dégoûts convulsés en mortelles nausées.
Les artères figeant leur sang désespéré,
Toute la chair croulant en cendres écrasées,
Alors, ô noble cœur, cœur à jamais sacré,
 
Dans la royauté des hautes souffrances, daigne,
Daigne te souvenir des lèvres qui voudraient
Rafraîchir de baisers plaintifs ton front qui saigne,
Des yeux, pleins de tes yeux brisés, qui laveraient

Du fleuve de leurs pleurs tes béantes blessures
Et des mains qui sauront, comme un prêtre, élever
Ton visage hostial sur les races futures,
Que ton sang rédempteur va bientôt abreuver ;

Souviens-toi de cette âme à ton âme asservie
Par ta bouche sans plainte et par ta charité ;
Souviens-toi, souviens-toi, doux maître de ma vie,
De ma fidélité — dans ton éternité !