Origine des plantes cultivées/Deuxième partie V

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Deuxième partie
Étude des espèces au point de leur origine, des premiers temps de leur culture et des principaux faits de leur dispersion.
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Plantes cultivées pour leurs fruits
Chapitre V
Plantes cultivées pour leurs graines
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CHAPITRE V

PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES

Art. 1erGraines nutritives.

Cacaoyer. — Theobroma Cacao, Linné.

Les Theobroma, de la famille des Byttnériacées, voisine des Malvacées, forment un genre de 15 à 18 espèces, toutes de l’Amérique intertropicale, principalement des parties les plus chaudes du Brésil, de la Guyane et de l’Amérique centrale.

Le Cacaoyer ordinaire, Theobroma Cacao, est un petit arbre, spontané dans les forêts du fleuve des Amazones, de l’Orénoque[1] et de leurs affluents jusqu’à une élévation d’à peu près 400 mètres. On le cite également, comme sauvage, dans l’île de la Trinité, voisine des bouches de l’Orénoque[2]. Je ne trouve pas de preuve qu’il soit indigène dans les Guyanes, bien que cela paraisse probable. Beaucoup d’anciens auteurs l’indiquent comme spontané et cultivé, à l’époque de la découverte de l’Amérique, de Panama à Guatimala et Campèche ; mais les nombreuses citations réunies par Sloane[3] font craindre qu’ils n’aient pas vérifié suffisamment la condition spontanée. Les botanistes modernes s’expriment vaguement à cet égard, et en général ils ne mentionnent le Cacaoyer dans cette région et aux Antilles qu’à l’état cultivé. G. Bernoulli[4], qui avait résidé à Guatimala, se borne à ces mots : « Spontané et cultivé dans toute l’Amérique tropicale, » et Hemsley[5], dans sa revue des plantes du Mexique et de l’Amérique centrale, faite en 1879, d’après les riches matériaux de l’herbier de Kew, ne cite aucune localité où l’espèce soit indigène. Elle a peut-être été introduite dans l’Amérique centrale et dans les parties chaudes du Mexique, par les Indiens, avant la découverte de l’Amérique. La culture peut l’avoir naturalisée çà et là, comme on dit que cela est arrivé à la Jamaïque[6]. A l’appui de cette hypothèse, il faut remarquer que M. Triana[7] indique le Cacaoyer seulement comme cultivé dans les parties chaudes de la Nouvelle-Grenade, pays situé entre la région de l’Orénoque et Panama.

Quoi qu’il en soit, l’espèce était cultivée dans l’Amérique centrale et le Yucatan lors de la découverte de l’Amérique. Les graines étaient envoyées dans les régions hautes du Mexique, et même elles y servaient de monnaie, tant on en faisait cas. L’usage de boire du chocolat était général. Le nom de cette excellente boisson est mexicain.

Les Espagnols ont transporté le Cacaoyer d’Acapulco aux îles Philippines en 1674 et 1680[8]. Il y réussit à merveille. On le cultive aussi dans les îles de la Sonde. Je présume qu’il réussirait sur les côtes de Zanzibar et de la Guinée, mais il ne convient pas de l’essayer dans les pays qui ne sont pas très chauds et humides.

Une autre espèce, le Theobroma bicolor, Humboldt et Bonpland, se trouve mélangée avec le Cacaoyer ordinaire dans les cultures américaines. Ses graines sont moins estimées. D’un autre côté, elle n’exige pas autant de chaleur et peut vivre, jusqu’à 950 mètres d’élévation dans la vallée de la Magdelana. Elle abonde, à l’état spontané, dans la Nouvelle-Grenade[9]. Bernoulli assure qu’elle est seulement cultivée à Guatimala, quoique les habitants la nomment « Cacao de montagne ».

Li-Tschi. — Nephelium Lit-chi, Cambessèdes.

La graine de cette espèce et des deux qui suivent est revêtue d’une excroissance charnue (arille), très sucrée et parfumée, qu’on mange volontiers en prenant du thé.

Comme, en général, les Sapindacées, les Nephelium sont des arbres. Celui-ci est cultivé dans la Chine méridionale, l’Inde et l’archipel asiatique, depuis un temps qu’on ne peut préciser. Les auteurs chinois ayant vécu à Peking n’ont connu le Li-Tschi que tardivement, au IIIe siècle de notre ère[10]. L’introduction dans le Bengale date de la fin du XVIIIe siècle[11].

Tout le monde admet que l’espèce est du midi de la Chine, et Blume[12] ajoute de la Cochinchine et des Philippines, mais il ne paraît pas qu’aucun botaniste l’ait trouvée dans les conditions d’un arbre vraiment spontané. Cela tient probablement à ce que les parties méridionales de la Chine, du côté de Siam, ont été peu visitées. En Cochinchine, et dans le pays de Burma, à Chittagong, le Li-Tschi est seulement cultivé[13].

Longan. — Nephelium Longana, Cambessèdes.

Cette seconde espèce, très souvent cultivée dans l’Asie méridionale, comme le Li-Tschi, est sauvage dans l’Inde anglaise, de Ceylan et Concan jusque dans les montagnes à l’est du Bengale et au Pégou[14].

Les Chinois l’ont transportée dans l’archipel asiatique depuis quelques siècles seulement.

Ramboutan. — Nephelium lappaceum, Linné.

On le dit sauvage dans l’archipel indien, où il doit être cultivé depuis longtemps, d’après le nombre considérable de ses variétés. Un nom malais, cité par Blume, signifie arbre sauvage. Loureiro le dit spontané en Cochinchine et à Java. Cependant je ne vois pas de confirmation pour la Cochinchine dans, les ouvrages modernes, ni même pour les îles. La nouvelle flore de l’Inde anglaise[15] l’indique à Singapore et Malacca, sans affirmer la qualité indigène, sur laquelle les étiquettes d’herbiers n’apprennent ordinairement rien. Assurément, l’espèce n’est pas spontanée sur le continent asiatique, malgré les expressions vagues de Blume et Miquel à cet égard[16], mais il est plus probable qu’elle est originaire de l’archipel malais.

Malgré la réputation des Li-Tschis et Ramboutans, dont les fruits peuvent s’exporter, il ne paraît pas qu’on ait introduit ces arbres dans les colonies tropicales d’Afrique ou d’Amérique, si ce n’est peut-être dans quelques jardins, comme objets de curiosité.

Pistachier. — Pistacia vera, Linné.

Le Pistachier, arbrisseau de la famille des Térébintacées, croît naturellement en Syrie. M. Boissier[17] l’a trouvé au nord de Damas, dans l’Antiliban. Il en a vu des échantillons de Mésopotamie, mais sans pouvoir affirmer leur qualité spontanée. Le même doute existe sur des rameaux recueillis en Arabie, dont quelques auteurs ont parlé. Pline et Galien[18] savaient déjà que la plante est de Syrie. Le premier nous dit qu’elle a été introduite en Italie, par Vitellius, à la fin du règne de Tibère, et de là en Espagne, par Flavius Pompée.

Il n’y a pas de raison de croire que la culture du Pistachier fût ancienne dans son pays d’origine, mais elle est pratiquée de nos jours en Orient, de même qu’en Sicile et à Tunis. Dans le midi de la France et en Espagne, elle n’a guère d’importance.

Fève. — Faba vulgaris, Moench, — Vicia Faba, Linné.

Linné, dans son meilleur ouvrage descriptif, l’Hortus cliffortianus, convient que l’origine de cette espèce est obscure, comme celle de beaucoup de plantes anciennement cultivées. Plus tard, dans son Species, qu’on cite davantage, il a dit, sans en donner aucune preuve, que la fève « habite en Égypte ». Un voyageur russe de la fin du siècle dernier, Lerche, l’a trouvée sauvage dans le désert Mungan, du Mazanderan, au midi de la mer Caspienne[19]. Les voyageurs qui ont herborisé dans cette région l’ont quelquefois rencontrée[20], mais ils ne la mentionnent pas dans leurs ouvrages[21], si ce n’est Ledebour, qui n’est pas exact dans la citation sur laquelle il s’appuie[22]. Bosc[23] a prétendu qu’Olivier avait trouvé la Fève sauvage en Perse. Je n’en vois pas la confirmation dans le Voyage d’Olivier, et en général Bosc paraît avoir cru un peu légèrement que ce voyageur avait trouvé beaucoup de nos plantes cultivées dans l’intérieur de la Perse. Il le dit du Sarrasin et de l’Avoine, dont Olivier n’a pas parlé.

La seule indication, outre celle de Lerche, que je découvre dans les flores, est d’une localité bien différente. Munby[24] mentionne la Fève, comme spontanée, en Algérie, à Oran. Il ajoute qu’elle y est rare. Aucun auteur, à ma connaissance, ne l’a citée dans l’Afrique septentrionale. M. Cosson, qui connaît mieux que personne la flore d’Algérie, m’a certifié n’avoir vu ou reçu aucun échantillon de Fève sauvage du Nord de l’Afrique. Je me suis assuré qu’il n’y en a pas dans l’herbier de Munby, maintenant à Kew. Comme les Arabes cultivent beaucoup la Fève, elle se rencontre peut-être accidentellement hors des cultures. Il ne faut pas oublier cependant que Pline (l .18, c. 12) parle d’une Fève sauvage en Mauritanie ; mais il ajoute qu’elle est dure et qu’on ne peut pas la cuire, ce qui fait douter de l’espèce. Les botanistes qui ont écrit sur l’Égypte et la Cyrénaïque, en particulier les plus écents[25], donnent la Fève pour cultivée.

Cette plante est seule à constituer le genre Faba. On ne peut donc invoquer aucune analogie botanique pour présumer son origine. C’est à l’histoire de la culture et aux noms de l’espèce qu’il faut recourir si l’on veut deviner le pays où elle était anciennement indigène.

Mettons d’abord de côté une erreur qui venait d’une mauvaise interprétation des ouvrages chinois. Stanislas Julien avait cru que la fève était une des cinq plantes que l’empereur Chin-Nong, il y a 4600 ans, avait ordonné de semer en grande solennité chaque année[26]. Or, d’après le Dr Bretschneider[27], qui est entouré à Peking de toutes les ressources possibles pour savoir la vérité, la graine, analogue à une fève, que sèment les empereurs dans la cérémonie ordonnée est celle du Soja (Dolicho Soja), et la Fève a été introduite en Chine, de l’Asie occidentale, un siècle seulement avant l’ère chrétienne, lors de l’ambassade de Chang-Kien. Ainsi tombe une assertion qu’il était difficile de concilier avec d’autres faits, par exemple avec l’absence de culture ancienne de la Fève dans l’Inde et de nom sanscrit, ou même de quelque langue moderne indienne.

Les anciens Grecs connaissaient la Fève, qu’ils appelaient Kuamos et quelquefois Kuamos de Grèce, Kuamos ellenikos, pour la distinguer de celle d’Égypte, qui était la graine d’une espèce aquatique toute différente, le Nelumbium. L’Iliade parle déjà de la Fève comme d’une plante cultivée[28], et M. Virchow en a trouvé des graines dans les fouilles faites à Troie[29]. Les Latins l’appelaient Faba, On ne trouve rien dans les ouvrages de Théophraste, Dioscoride, Pline, etc., qui puisse faire croire que la plante fût indigène en Grèce ou en Italie. Elle y était anciennement connue, puisque dans le vieux culte des Romains on devait mettre des fèves dans les sacrifices le jour de la déesse Carna, d’où le nom de Fabariæ calendæ[30]. Les Fabius tiraient peut-être leur nom de Faba, et le chapitre XII du livre 18 de Pline montre, à n’en pouvoir douter, le rôle ancien et important de la fève en Italie.

Le mot Faba se retrouve dans plusieurs des langues aryennes de l’Europe, avec des modifications que les philologues seuls peuvent reconnaître. N’oublions cependant pas l’observation très juste d’Adolphe Pictet[31] que, pour les graines de céréales et de Légumineuses, on a souvent transporté des noms d’une espèce à l’autre, ou que certains noms étaient tantôt génériques et tantôt spécifiques. Plusieurs graines, de forme analogue, ont été appelées Kuamos par les Grecs ; plusieurs haricots différents (Phaselus, Dolichos) portent le même nom en sanscrit, et Faba, en ancien slave Bobu, en ancien prussien Babo, en armoricain Fav, etc., peut fort bien avoir été employé pour des pois, haricots, ou autres graines de ce genre. Ne voyons-nous pas de nos jours appeler, en style commercial, le café une fève ? C’est donc avec raison que Pline ayant parlé d’îles fabariæ, où se trouvaient des Fèves en abondance, et ces îles étant situées dans l’océan septentrional, on a pensé qu’il s’agissait d’un certain pois sauvage appelé en botanique Pisum maritimum.

Les anciens habitants de la Suisse et de l’Italie, à l’époque du bronze, cultivaient une variété à petites graines du Faba vulgaris. M. Heer[32] la désigne sous le nom de Celtica nana, parce que la graine a de 6 à 9 millimètres de longueur, tandis que celle de notre Fève actuelle des champs (Fèverolle) en a 10 à 12. Il a comparé les échantillons de Montelier sur le lac de Morat et de l’île de Saint-Pierre du lac de Bienne, avec d’autres de Parme de la même époque. M. de Mortillet a trouvé dans les lacustres contemporains du lac du Bourget la même petite fève, qu’il dit fort semblable à une variété cultivée aujourd’hui en Espagne[33].

La Fève était cultivée chez les anciens Égyptiens[34]. Il est vrai que, jusqu’à présent, on n’en a pas trouvé des graines ou vu des figures dans les cercueils ou monuments. La cause en est, dit-on, qu’elle était réputée impure[35]. Hérodote[36] s’exprime ainsi : « Les Égyptiens ne sèment jamais de Fèves dans leurs terres, et, s’il en vient, ils ne les mangent ni crues ni cuites. Les prêtres n’en peuvent pas même supporter la vue ; ils s’imaginent que ce légume est impur. » La Fève existait donc en Égypte, et probablement dans les endroits cultivés, car les terrains qui pouvaient lui convenir étaient généralement en culture. Peut-être la population pauvre et celle de certains districts n’avaient pas les mêmes préjugés que les prêtres. On sait que les superstitions différaient suivant les nomes, Plutarque et Diodore de Sicile ont mentionné la culture de la Fève en Égypte, mais ils écrivaient 500 ans après Hérodote.

On trouve deux fois dans l’Ancien Testament[37] le mot Pol, qui a été traduit par fève, à cause des traditions conservées par le Talmud et du nom arabe foul, fol ou ful, qui est celui de la fève. Le premier des deux versets fait remonter la connaissance de l’espèce par les Hébreux à l’an mille avant Jésus-Christ.

Je signalerai enfin un indice d’ancienne existence de la Fève dans le nord de l’Afrique. C’est le nom berbère Ibiou, au pluriel Inbouen, usité chez les Kabyles de la province d’Alger[38]. Il ne ressemble nullement au nom sémitique et remonte peut-être à une grande antiquité. Les Berbères habitaient jadis la Mauritanie, où Pline prétend que l’espèce était sauvage. On ignore si les Guanches, peuple berbère des Îles Canaries, connaissaient la fève. Je doute que les Ibères l’aient eue, car leurs descendants supposés, les Basques, se servent du nom Baba[39], répondant au Faba des Romains.

D’après ces documents, la culture de la fève est préhistorique en Europe, en Égypte et en Arabie. Elle a été introduite en Europe, probablement par les Aryens occidentaux, lors de leurs premières migrations (Pélasges, Celtes, Slaves). C’est plus tard qu’elle a été portée en Chine, un siècle avant l’ère chrétienne, plus tard encore au Japon ; et tout récemment dans l’Inde.

Quant à l’habitation spontanée, il est possible qu’elle ait été double il y a quelques milliers d’années, l’un des centres étant au midi de la mer Caspienne, l’autre dans l’Afrique septentrionale. Ces sortes d’habitations, que j’ai appelées disjointes et dont je me suis beaucoup occupé naguère[40], sont rares dans les plantes Dicotylédones ; mais il en existe des exemples précisément dans les contrées dont je viens de parler[41]. Il est probable que l’habitation de la Fève est depuis longtemps en voie de diminution et d’extinction. La nature de la plante appuie cette hypothèse, car ses graines n’ont aucun moyen de dispersion, et les rongeurs ou autres animaux peuvent s’en emparer avec facilité. L’habitation dans l’Asie occidentale était peut-être moins limitée jadis que maintenant, et celle en Afrique, à l’époque de Pline, s’étendait peut-être plus ou moins. La lutte pour l’existence, défavorable à cette plante, comme au Maïs, l’aurait cantonnée peu à peu et l’aurait fait disparaître, si l’homme ne l’avait sauvée en la cultivant.

La plante qui ressemble le plus à la Fève est le Vicia narbonensis. Les auteurs qui n’admettent pas le genre Faba, dont les caractères sont assez peu distincts du Vicia, rapprochent ces deux espèces dans une même section. Or le Vicia narbonensis est spontané dans la région de la mer Méditerranée et en Orient, jusqu’au Caucase, à la Perse septentrionale et la Mésopotamie[42]. Son habitation n’est pas disjointe, mais elle rend probable, par analogie, l’hypothèse dont j’ai parlé.

Lentille. — Ervum Lens, Linné. — Lens esculenta, Moench.

Les plantes qui ressemblent le plus à la Lentille sont classées par les auteurs tantôt dans le genre Ervum, tantôt dans un genre distinct, Lens, et quelquefois dans le genre Cicer ; mais les espèces de ces groupes mal définis sont toutes de la région méditerranéenne ou de l’Asie occidentale. C’est une indication pour l’origine de la plante cultivée. Malheureusement, on ne retrouve plus la Lentille dans un état spontané, du moins qu’on puisse affirmer être tel. Les flores du midi de l’Europe, de l’Afrique septentrionale, d’orient et de l’Inde la citent toujours comme cultivée, ou venant dans les champs, après ou parmi d’autres cultures. Un botaniste[43] l’a vue dans les provinces au midi du Caucase, « cultivée et presque spontanée çà et là autour des villages. » Un autre[44] l’indiquait vaguement dans la Russie méridionale, mais les flores plus récentes ne le confirment pas.

Voyons si l’histoire et les noms de cette plante indiquent plus clairement son origine.

Elle est cultivée depuis un temps préhistorique en Orient, dans la région de la mer Méditerranée, et même en Suisse. D’après Hérodote, Théophraste, etc., les anciens Égyptiens en faisaient un grand usage. Si leurs monuments n’en ont pas fourni la preuve, c’est peut-être que la graine en était réputée commune et grossière, comme la fève. L’Ancien Testament la mentionne trois fois, sous le nom d’Adaschum ou Adaschim, qui doit bien signifier Lentille, car le nom arabe est Ads[45] ou Adas[46]. La couleur rouge du fameux potage d’Esaü n’a pas été comprise par la plupart des auteurs. Reynier[47], qui avait séjourné en Égypte, confirme une explication donnée jadis par l’historien Josèphe : les lentilles étaient rouges, parce qu’elles étaient mondées. La pratique des Égyptiens, dit Reynier, est encore de dépouiller ces graines de leur écorce, et dans ce cas elles sont d’un rouge pâle. Les Berbères ont reçu des Sémites pour la lentille le nom Adès[48].

Les Grecs cultivaient la Lentille : Fakos ou Fakai. Il en est question déjà dans Aristophane, comme servant de nourriture aux pauvres[49]. Les Latins l’appelaient Lens, mot d’une origine inconnue, qui est évidemment lié au nom ancien slave Lesha, illyrien Lechja, lithuanien Lenszic[50]. La diversité des noms grec et latin est une indication que l’espèce a peut-être existé en Grèce et en Italie, avant d’y être cultivée. Une autre preuve d’existence ancienne en Europe est qu’on a trouvé des lentilles dans les habitations lacustres de l’île Saint-Pierre, du lac de Bienne[51], qui sont, il est vrai, de l’époque du bronze. L’espèce peut avoir été tirée d’Italie.

D’après Théophraste[52], les habitants de la Bactriane (Bouckharie actuelle) ne connaissaient pas le Fakos des Grecs. Adolphe Pictet cite un nom persan, Mangu ou Margu ; mais il ne dit pas si c’est un nom ancien, qui se trouve, par exemple, dans le Zend-avesta. Il admet pour la Lentille plusieurs noms sanscrits, Masura, Renuka, Mangalya, etc., tandis que les botanistes anglo-indiens, Roxburgh et Piddington, n’en connaissaient aucun[53]. Comme ceux-ci mentionnent un nom analogue hindustani et bengali, Mussour, on peut croire que Masura exprime bien la Lentille, tandis que mangu des Persans rappelle l’autre nom, Mangalya, Roxburgh et Piddington ne donnant aucun nom dans les autres langues de l’Inde, on peut présumer que la lentille n’était pas connue dans ce pays avant l’arrivée du peuple de langue sanscrite. Il n’est pas question de l’espèce dans les anciens ouvrages chinois ; du moins, le Dr Bretschneider n’en parle ni dans son opuscule de 1870, ni dans les lettres plus détaillées qu’il m’a écrites récemment.

En résumé, la lentille paraît avoir existé dans l’Asie occidentale tempérée, en Grèce et en Italie quand les hommes ont eu l’idée de la cultiver, dans un temps préhistorique très ancien, et l’ont portée en Égypte. La culture paraît s’être étendue, à une époque moins reculée, mais à peine historique, à l’ouest et à l’est, c’est-à-dire en Europe et dans l’Inde.

Pois chiche. — Cicer arietinum, Linné.

On connaît quinze espèces du genre Cicer, qui sont toutes de l’Asie occidentale ou de la Grèce, à l’exception d’une, qui est d’Abyssinie. La probabilité est donc très grande que l’espèce cultivée vient des pays entre la Grèce et l’Himalaya, appelés vaguement l’Orient.

Elle n’a pas été trouvée, d’une manière certaine, dans les conditions d’une plante spontanée. Toutes les flores du midi de l’Europe, d’Égypte et de l’Asie occidentale jusqu’à la mer Caspienne et l’Inde en parlent comme d’une espèce cultivée ou des champs et de terrains cultivés. On l’a indiquée quelquefois[54] en Crimée, et au nord et surtout au midi du Caucase, comme à peu près spontanée ; mais les auteurs modernes bien informés ne le croient pas[55]. Cette quasi spontanéité peut faire présumer seulement une origine d’Arménie et des pays voisins.

La culture et les noms de l’espèce jetteront peut-être quelque jour sur la question.

Le Pois chiche était cultivé chez les Grecs, déjà du temps d’Homère, sous le nom de Erebinthos[56] et aussi de Krios[57], à cause de la ressemblance de la graine avec une tète de bélier. Les Latins l’appelaient Cicer, origine des noms modernes dans le midi de l’Europe. Ce nom existe aussi chez les Albanais, descendants des Pélasges, sous la forme de Kikere[58]. L’existence de noms aussi différents indique une plante très anciennement connue et peut-être indigène dans le sud-est de l’Europe.

Le Pois chiche n’a pas été trouvé dans les habitations lacustres de Suisse, Savoie ou Italie. Pour les premières, ce n’est pas singulier ; le climat n’est pas assez chaud.

Un nom commun chez les peuples du midi du Caucase et de la mer Caspienne est en géorgien Nachuda, en turc et arménien Nachius, Nachunt, en persan Nochot[59]. Les linguistes pourront dire si c’est un nom très ancien et s’il a quelque rapport avec le nom sanscrit Chennuka.

Le Pois chiche est si souvent cultivé en Égypte depuis les premiers temps de l’ère chrétienne[60] qu’on le suppose avoir été également connu des anciens Égyptiens. Il n’en existe pas de preuve dans les figures ou les dépôts de graines de leurs monuments, mais on, peut supposer que cette graine, comme la fève et la lentille, était réputée vulgaire ou impure. Reynier[61] pensait que le Ketsech, mentionné par Esaïe dans l’Ancien Testament, était peut-être le pois chiche ; mais on attribue ordinairement ce nom à la Nielle (Nigella sativa) ou au Vicia sativa, sans en être sûr[62]. Comme les Arabes appellent le Pois chiche d’un nom tout différent, Omnos, Homos, qui se retrouve chez les Kabyles sous la forme Hammez[63], il n’est pas probable que le Ketsech des Juifs fut la même plante. Ces détails me font soupçonner que l’espèce était inconnue aux anciens Égyptiens et Israélites. Elle s’est peut-être répandue chez eux de Grèce ou d’Italie, vers le commencement de notre ère.

L’introduction a été plus ancienne dans l’Inde, car on connaît un nom sanscrit et plusieurs noms, analogues ou différents, dans les langues modernes[64]. Bretschneider ne mentionne pas l’espèce en Chine.

Je ne connais aucune preuve de l’ancienneté de la culture en Espagne ; cependant le nom castillan Garbanzo, usité aussi par les Basques sous la forme Garbantzua et en français sous celle de Garvance, n’étant ni latin ni arabe, peut remonter à une date plus ancienne que la conquête romaine.

Les données botaniques, historiques et linguistiques s’accordent à faire présumer une habitation antérieure à la culture dans les pays au midi du Caucase et au nord de la Perse. Les Aryens occidentaux (Pélasges, Hellènes) ont peut-être introduit la plante dans l’Europe méridionale, où cependant il y a quelque probabilité qu’elle était également indigène. Les Aryens orientaux l’ont portée dans l’Inde. La patrie s’étendait peut-être de la Perse à la Grèce, et maintenant l’espèce n’existe plus que dans les terrains cultivés, où l’on ne sait pas si elle provient de pieds originairement sauvages ou de pieds cultivés.

Lupin. — Lupinus albus, Linné.

Les anciens Grecs et Romains cultivaient cette Légumineuse pour l’enfouir, comme engrais vert, et à cause des graines, qui sont bonnes pour nourrir les bœufs et dont l’homme fait aussi usage. Les expressions de Théophraste, Dioscoride, Caton, Varron, Pline, etc., citées par les modernes, se rapportent à la culture ou aux propriétés médicales des graines et n’indiquent pas s’il s’agissait du Lupin à fleurs blanches (L. albus) ou de celui à fleurs bleues (L. hirsutus, qui croît spontanément dans le midi de l’Europe. D’après Fraas[65] ce dernier est cultivé aujourd’hui dans la Morée ; mais M. de Heldreich[66] dit que dans l’Attique c’est le L. albus. Comme en Italie on cultive depuis longtemps celui-ci, il est probable que c’est le Lupin des anciens. On le cultivait beaucoup dans le XVIe siècle, surtout en Italie[67], et de l’Ecluse constate l’espèce, car il la nomme Lupinus sativus albo flore[68]. L’ancienneté de la culture en Espagne est indiquée par l’existence de quatre noms vulgaires différents, suivant les provinces ; mais la plante y existe seulement à l’état cultivé ou presque spontané, dans les champs et les endroits sablonneux[69].

En Italie, l’espèce a été indiquée, par Bertoloni, sur les collines de Sarzane. Cependant M. Garuel ne pense pas qu’elle y soit spontanée, non plus que dans d’autres localités de la péninsule[70]. Gussone[71] est très affirmatif pour la Sicile. Il indique la plante : « sur les collines arides et sablonneuses, et dans les prés (in herbidis) ». Enfin Grisebach[72] l’a trouvée dans la Turquie d’Europe, près de Ruskoï, et d’Urville[73], en abondance, dans des bois près de Constantinople. Castagne le confirme dans un catalogue manuscrit que je possède. M. Boissier ne cite aucune localité pour l’Orient ; il n’est pas question de l’espèce dans l’Inde, mais des botanistes russes l’ont recueillie au midi du Caucase, sans que l’on sache si c’était bien dans des conditions de spontanéité[74]. On découvrira peut-être d’autres localités entre la Sicile, la Macédoine et le Caucase.

Termis. — Lupinus Termis, Forskal.

On cultive beaucoup en Égypte, et même dans l’île de Crète, cette espèce de Lupin, si voisine du L. albus qu’on a proposé quelquefois de les réunir[75]. La différence la. plus apparente est que la fleur du Termis est bleue dans sa partie supérieure. La tige est plus haute que dans le L. albus. On fait usage des graines, comme de celles du Lupin ordinaire, après les avoir fait macérer, à cause de leur amertume.

Le L. Termis est spontané dans les sables et sur les collines en Sicile, en Sardaigne et en Corse[76] ; en Syrie et en Égypte, suivant M. Boissier[77] ; mais, selon MM. Schweinfurth et Acherson, il serait seulement cultivé en Égypte[78]. Hartmann l’a vu sauvage dans la haute Égypte[79]. Unger[80] l’indique parmi les espèces cultivées chez les anciens Égyptiens, mais il ne cite ni échantillon ni figure. Wilkinson[81] se borne à dire qu’on l’a trouvé dans les tombeaux.

Aucun Lupin n’est cultivé dans l’Inde et n’a de nom en sanscrit ; on en vend des graines dans les bazars sous le nom de Tourmus (Royle, Ill., p. 194).

Le nom Termis ou Termus, des Arabes, est celui du Lupin des Grecs, Termos. On peut soupçonner que les Grecs l’ont reçu des Égyptiens. L’espèce ayant été connue dans l’ancienne Égypte, il est assez singulier qu’on ne mentionne aucun nom hébreu[82]. Elle a peut-être été introduite en Égypte après l’époque du séjour des Juifs.

Pois des champs. — Pois gris. — Bisaille. — Pisum arvense, Linné.

Il s’agit ici du Pois que l’on cultive en grand, pour ses graines, et quelquefois comme fourrage. Bien que son apparence et ses caractères botaniques permettent de le distinguer assez facilement du Pois des jardins potagers, les auteurs grecs et romains le confondaient ou ne se sont pas expliqués clairement à son égard. Leurs ouvrages ne prouvent pas qu’il fût cultivé de leur temps. On ne l’a pas trouvé dans les lacustres de Suisse, Savoie et Italie. Une légende de Bobbio, en 930, dit que les paysans italiens appelaient un grain Herbilia, et l’on a conclu de là que c’était le Rubiglia actuel, soit Pisum sativum des botanistes[83]. L’espèce est cultivée en Orient et jusque dans l’Inde septentrionale[84]. Pour ce dernier pays, ce n’est pas une culture ancienne, car on ne connaît pas de nom sanscrit, et Piddington cite un seul nom dans une des langues modernes.

Quoi qu’il en soit de l’introduction de la culture, l’espèce existe, à l’état bien spontané, en Italie, non seulement dans les baies et près des cultures, mais aussi dans des forêts et lieux incultes des montagnes[85]. Je ne découvre aucune indication analogue positive dans les flores d’Espagne, d’Algérie, de Grèce et d’Orient. On a dit la plante indigène dans la Russie méridionale ; mais tantôt la qualité spontanée est très douteuse et tantôt c’est l’espèce elle-même qui n’est pas certaine, par confusion avec le Pisum sativum ou le P. elatius. Royle admettait l’indigénat dans l’Inde septentrionale, mais il est le seul parmi les botanistes anglo-indiens.

Pois des Jardins, petit Pois. — Pisum sativum, Linné.

Le pois de nos jardins potagers est plus délicat que celui des champs. Il craint la gelée et la sécheresse. Probablement son habitation naturelle, avant la culture, était plus méridionale et restreinte.

Le fait est qu’on ne l’a pas encore trouvé dans un état spontané, soit en Europe, soit dans l’Asie occidentale d’où l’on présume qu’il est sorti. L’indication de Bieberstein pour la Crimée n’est pas exacte, selon Steven, qui a résidé dans le pays[86]. Peut-être les botanistes ont passé à côté de son habitation. Peut-être la plante a disparu de son lieu d’origine. Peut-être encore elle n’est qu’une modification du Pisum arvense, obtenue dans les cultures. Cette dernière opinion était celle d’Alefeld[87], mais ce qu’il a publié est si bref qu’on ne peut rien en conclure. Cela se borne à dire qu’ayant cultivé un grand nombre de formes de pois des champs et des jardins, il a jugé qu’elles appartiennent à la même espèce. Darwin[88] avait appris, par un intermédiaire, que André Knight avait croisé le Pois des champs avec un Pois de jardin appelé Pois de Prusse, et que les produits avaient paru complètement fertiles. Ce serait bien une preuve de l’unité spécifique, mais il faudrait pourtant plus d’observations et plus d’expériences. Provisoirement, dans cette recherche des origines géographiques, je suis obligé de considérer les deux formes séparément, et dans ce but j’examinerai la question du Pisum sativum des jardins.

Les botanistes, qui distinguent beaucoup d’espèces dans le genre Pisum, en admettent huit, qui sont toutes d’Europe ou d’Asie.

Le Pisum sativum était cultivé chez les Grecs, du temps de Théophraste[89]. Ils l’appelaient Pisos ou Pison. Les Albanais, descendants des Pelasges, l’appellent Pizelle[90]. Les Latins disaient Pisum[91]. Cette uniformité de nomenclature fait supposer que les Aryens arrivés en Grèce et en Italie connaissaient là plante et l’avaient peut-être apportée avec eux. Les autres langues d’origine aryenne présentent plusieurs mots pour le sens générique de Pois ; mais il est évident, d’après la savante dissertation d’Adolphe Pictet[92] qu’on ne saurait appliquer aucun de ces noms au Pisum sativum en particulier. Même quand une des langues modernes, slave ou bretonne, a limité le sens au Pois des jardins, il est très possible que jadis, à l’origine de ces langues, le mot ait signifié Pois des champs ou Lentille ou quelque autre Légumineuse.

On a retrouvé le petit Pois[93] dans les restes des habitations lacustres de l’âge de bronze, en Suisse et en Savoie. La graine est sphérique, en quoi l’espèce diffère du Pisum arvense. Elle est plus petite que celle de nos Pois actuels. M. Heer dit l’avoir vue aussi de l’âge de la pierre, à Moosseedorf ; mais il est moins affirmatif et ne donne des figures que du Pois moins ancien de l’île de Saint-Pierre. Si l’espèce remonte à l’âge de pierre en Suisse, ce serait une raison de la regarder comme antérieure aux peuples aryens.

Il n’y a pas d’indication de culture du Pisum sativum dans l’ancienne Égypte ou chez les Hébreux. Au contraire, il a été cultivé depuis longtemps dans l’Inde septentrionale, s’il avait, comme le dit Piddington, un nom sanscrit, Barenso, et s’il est désigné par plusieurs noms, très différents de celui-ci, dans les langues indiennes actuelles[94]. On l’a introduit en Chine de l’Asie occidentale. Le Pent-sao, rédigé à la fin du XVIe siècle de notre ère, le nomme Pois mahométan[95].

En résumé, l’espèce paraît avoir existé dans l’Asie occidentale, peut-être du midi du Caucase à la Perse, avant d’être cultivée. Les peuples aryens l’auraient introduite en Europe, mais elle était peut-être dans l’Inde septentrionale avant l’arrivée des Aryens orientaux.

Elle n’existe peut-être plus à l’état spontané, et quand elle s’offre dans les champs, quasi spontanée, on ne dit pas qu’elle ait une forme modifiée qui se rapproche des autres espèces.

Soja. — Dolichos Soja, Linné. — Glycine Soja, Bentham.

La culture de cette Légumineuse annuelle remonte, en Chine et au Japon, à une antiquité reculée. On pouvait le présumer d’après la multitude des emplois de la graine et le nombre immense des variétés. Mais, en outre, on estime que c’est un des farineux nommés Shu dans les ouvrages chinois contemporains de Confucius, quoique le nom moderne de la plante soit Ta-tou[96]. Les graines sont à la fois nutritives et fortement oléagineuses, ce qui permet d’en tirer des préparations analogues au beurre, à l’huile et au fromage dans la cuisine japonaise et chinoise[97]. Le Soja est cultivé aussi dans l’archipel indien, mais à la fin du XVIIe siècle il était encore rare à Amboine[98], et Forster ne l’avait pas vu dans les îles de la mer Pacifique, lors du voyage de Cook. Dans l’Inde, il doit être d’une introduction moderne, car Roxburgh n’avait vu la plante qu’au jardin botanique de Calcutta, où elle provenait des Moluques[99]. On ne connaît pas de noms vulgaires indiens[100]. D’ailleurs si la culture était ancienne dans l’Inde, elle se serait propagée vers l’ouest, en Syrie et en Égypte, ce qui n’est pas arrivé.

Kaempfer[101] avait publié jadis une excellente figure du Soja, et on le semait depuis un siècle dans les jardins botaniques d’Europe, lorsque des renseignements plus nombreux sur la Chine et le Japon suscitèrent, il y a une dizaine d^années, un zèle extraordinaire pour l’introduire dans nos pays. C’est surtout dans l’Autriche-Hongrie et en France que des essais ont été faits en grand et qu’on les a résumés dans des ouvrages très dignes d’être consultés[102]. Faisons des vœux pour que le succès réponde à ces efforts, mais nous ne devons pas nous écarter du but de nos recherches. Occupons-nous donc ici de l’origine probable de l’espèce.

Linné a dit dans son Species : « Habitat in India ; » après quoi il renvoie à Kæmpfer, qui a parlé des plantes du Japon, et à sa propre flore de Ceylan, où l’on voit que la plante était cultivée dans cette île. La flore moderne de Ceylan, par Thwaites, n’en fait aucune mention. Évidemment il faut avancer vers l’Asie orientale pour trouver l’origine à la fois de la culture et de l’espèce. Loureiro dit qu’elle habite en Cochinchine et qu’on la cultive souvent en Chine[103]. Je ne vois pas de preuve qu’on l’ait trouvée sauvage dans ce dernier pays, mais on l’y découvrira peut-être, vu l’ancienneté de la culture. Les botanistes russes[104] ne l’ont rencontrée dans le nord de la Chine et vers le fleuve Amour qu’à l’état de plante cultivée. Elle est certainement spontanée au Japon[105]. Enfin, Junghuhn[106] l’a récoltée à Java sur le mont Gunung-Gamping, et l’on rapporte à la même espèce une plante envoyée aussi de Java par Zollinger, sans qu’on sache si elle était vraiment spontanée[107]. Un nom malais, Kadelee[108], tout à fait différent des noms vulgaires japonais et chinois, appuie l’indigénat à Java.

En résumé, d’après les faits connus et les probabilités historiques et linguistiques, le Soja était spontané de la Cochinchine au Japon méridional et à Java lorsque d’anciens habitants, à une époque très reculée, se sont mis à le cultiver, à l’employer de différentes manières pour leur nourriture, et en ont obtenu des variétés, dont le nombre est remarquable, surtout au Japon.

Cajan. — Cajanus indicus, Sprengel. — Cytisus Cajan, Linné.

Cette Légumineuse, très souvent cultivée dans les pays tropicaux, est de la nature des arbustes ; mais elle fructifie dès la première année, et dans quelques pays on aime mieux la cultiver comme une plante annuelle. Ses graines sont un article important de la nourriture des nègres ou des indigènes, tandis que les colons européens ne les recherchent guère, si ce n’est pour les manger avant maturité, comme nos petits pois.

La plante se naturalise avec une grande facilité dans de mauvais terrains, hors des cultures, même aux Antilles, d’où elle n*est certainement pas originaire[109].

A l’île Maurice, elle se nomme Ambrevade ; dans les colonies anglaises, Doll, Pigeon-Pea, et dans les Antilles anglaises ou françaises, Pois d’Angola, Pois de Congo, Pois pigeon.

Chose singulière, pour une espèce répandue dans les trois continents, les variétés ne sont pas nombreuses. On en signale deux, basées uniquement sur la couleur jaune ou teintée de rouge des fleurs, qui ont été regardées quelquefois comme des espèces distinctes, mais que des observations plus attentives ramènent à une seule, conformément à l’opinion de Linné[110]. Le petit nombre des variations obtenues, même dans l’organe pour lequel on cultive l’espèce, est un indice de culture pas très ancienne. C’est cependant ce qu’il faut chercher, car l’habitation préculturale est incertaine. Les meilleurs botanistes ont supposé tantôt l’Inde et tantôt l’Afrique intertropicale. M. Bentham, qui a beaucoup étudié les Légumineuses, croyait en 1861 à l’origine africaine, et en 1865 il inclinait plutôt vers l’origine asiatique[111]. Le problème est donc assez intéressant.

Et d’abord il ne peut pas être question d’une origine américaine. Le Cajan a été introduit aux Antilles de la côte d’Afrique par la traite des nègres, comme l’indiquent les noms vulgaires déjà cités[112] et l’opinion unanime des auteurs de flores américaines. On l’a porté également au Brésil, à la Guyane et dans toutes les régions chaudes du continent américain.

La facilité avec laquelle cet arbuste se naturalise empêcherait, à elle seule, d’accorder beaucoup de poids au dire des collecteurs, qui l’ont trouvé plus ou moins spontané en Asie ou en Afrique, et de plus ces assertions ne sont pas précises. Généralement elles sont accompagnées de doutes. La plupart des auteurs de flores de l’Inde continentale n’ont vu la plante qu’à l’état cultivé[113]. Aucun, à ma connaissance, n’affirme la qualité spontanée. Pour l’île de Ceylan, Thwaites[114] s’exprime ainsi : « On dit qu’elle n’est pas réellement sauvage, et les noms du pays paraissent le confirmer. » Sir Jos. Hooker, dans sa flore de l’Inde anglaise, dit : « Sauvage ? et cultivée jusqu’à 6000 pieds dans l’Himalaya. » Loureiro[115] l’indique cultivée et non cultivée « en Cochinchine et en Chine. » Les auteurs chinois ne paraissent pas en avoir parlé, car l’espèce n’est pas nommée dans l’opuscule du Dr Bretschneider, On study, etc. Dans les îles de la Sonde, elle est mentionnée comme cultivée, et même assez rarement à Amboine, à la fin du dix-septième siècle, d’après Rumphius[116]. Forster ne l’avait pas vue dans les îles de la mer Pacifique lors du voyage de Cook, mais Seemam nous apprend que les missionnaires l’ont introduite depuis peu dans les jardins des îles Fidji[117] Tout cela fait présumer une extension peu ancienne de la culture à l’est et au midi du continent asiatique. Outre la citation de Loureiro, je vois qu’on indique l’espèce sur la montagne de Magelang, de l’île de Java[118] ; mais, en supposant une véritable et ancienne spontanéité dans ces deux cas, il serait bien extraordinaire qu’on ne trouvât pas également l’espèce dans beaucoup d’autres localités asiatiques.

L’abondance des noms indiens et malais[119] montre une culture assez ancienne. Piddington indique même un nom sanscrit, Arhuku, que Roxburgh ne connaissait pas, mais il ne donne aucune preuve à l’appui de son assertion. Le nom peut avoir été simplement supposé, d’après les noms hindou et bengali Urur et Orol. On ne connaît pas de nom sémitique.

En Afrique, le Cajan est signalé souvent de Zanzibar à la côte de Guinée[120]. Les auteurs le disent cultivé, ou ne s’expliquent pas à cet égard, ce qui semble indiquer des échantillons quelquefois spontanés. En Égypte, la culture est toute moderne, du XIXe siècle[121].

En résumé, je doute que l’espèce soit vraiment spontanée en Asie et qu’elle s’y trouve depuis plus de 3000 ans. Si les anciens peuples l’avaient connue, elle serait arrivée à la connaissance des Arabes et des Égyptiens avant notre époque. Au contraire, dans l’Afrique équatoriale, il est possible qu’elle existe, sauvage ou cultivée, depuis un temps très long, et qu’elle soit arrivée en Asie par d’anciens voyageurs faisant le trafic de Zanzibar à l’Inde et Ceylan.

Le genre Cajanus n*a qu’une espèce, de sorte qu’on ne peut invoquer aucune analogie de distribution géographique pour le croire d’Asie plutôt que d’Afrique, ou vice versa.

Caroubier[122]. — Ceratonia Siliqua, Linné.

On sait à quel point les fruits ou légumes du Caroubier sont recherchés dans les parties chaudes de la région de la mer Méditerranée, pour la nourriture des animaux et même de l’homme. De Gasparin[123] a donné des détails intéressants sur le traitement, les emplois et l’habitation de l’espèce, envisagée comme arbre cultivé. Il note qu’elle ne dépasse pas au nord la limite où l’on peut avoir l’oranger sans abri. Ce bel arbre, à feuilles persistantes, ne s’accommode pas non plus des pays très chauds, surtout quand ils sont humides. Il aime le voisinage de la mer et les terrains rocailleux. Sa patrie, d’après de Gasparin, est « probablement le centre de l’Afrique, Denham et Clapperton, dit-il, l’ont trouvé dans le Bournou. » Cette preuve me paraît insuffisante, car, dans toute la région du Nil et en Abyssinie, le Caroubier n’est pas sauvage ou même n’est pas cultivé[124]. R. Brown n’en parle pas dans son mémoire sur les plantes du voyage de Denham et Clapperton. Plusieurs voyageurs l’ont vu dans les forêts de la Cyrénaïque, entre le littoral et le plateau ; mais les habiles botanistes qui ont dressé le catalogue des plantes de ce pays ont eu soin de dire[125] : « Peut-être indigène. » La plupart des botanistes se sont contentés de mentionner l’espèce dans le centre et le midi de la région méditerranéenne, depuis le Maroc et l’Espagne jusqu’à la Syrie et l’Anatolie, sans scruter beaucoup si elle est indigène ou cultivée, et sans aborder la question de la véritable patrie, antérieure à la culture. Ordinairement, ils indiquent le Caroubier comme a cultivé et subspontané ou presque naturalisé ». Cependant il est donné pour spontané en Grèce, par M. de Heldreich ; en Sicile, par Gussone et Bianca ; en Algérie, par Munby[126], et je cite là des auteurs qui ont vécu assez dans ces divers pays pour se former une opinion vraiment éclairée.

M. Bianca remarque cependant que le Caroubier n’est pas toujours vigoureux et productif dans les localités assez restreintes où il existe en Sicile, dans les petites îles adjacentes et sur la côte d’Italie. Il s’appuie, en outre, sur le nom italien Carrubo, presque semblable au nom arabe, pour émettre l’idée d’une introduction ancienne dans le midi de l’Europe, l’espèce étant originaire plutôt de Syrie ou de l’Afrique septentrionale. À cette occasion, il soutient, comme probable, l’opinion de Hœfer et de Bonné[127] d’après laquelle le Lotos des Lotophages était le Caroubier, dont la fleur est sucrée et le fruit d’un goût de miel, conformément aux expressions d’Homère. Les Lotophages habitant la Cyrénaïque, le Caroubier devait croître en masse dans leur pays. Pour admettre cette hypothèse, il faut croire qu’Hérodote et Pline n’ont pas connu la plante d’Homère, car le premier a décrit le Lotos comme ayant une baie de Lentisque et le second comme un arbre qui perd ses feuilles en hiver[128].

Une hypothèse sur une plante douteuse dont a parlé jadis un poète ne peut guère servir de point d’appui dans un raisonnement sur des faits d’histoire naturelle. Après tout, le Lotos d’Homère était peut-être… dans le jardin fantastique des Hespérides. Je reviens à des arguments d’un genre plus sérieux, dont M. Bianca a touché quelques mots.

Le Caroubier est désigné dans les langues plus ou moins anciennes par deux noms : l’un grec, Keraunia ou Kerateia[129] ; l’autre arabe, Chimub ou Charûb, Le premier exprime la forme du légume, analogue à certaines cornes médiocrement recourbées. Le second signifie un fruit allongé (légume), car on voit dans l’ouvrage de Ebn Baithar[130] que quatre autres Légumineuses sont désignées par ce même nom, avec une épithète. Les Latins n’avaient pas de nom spécial pour le Caroubier. Ils se servaient du mot grec, ou de l’expression Siliqua, Siliqua græca, c’est-à-dire fruit allongé de Grèce[131]. Cette pénurie de noms est l’indice d’une habitation jadis restreinte et d’une culture qui ne remonte probablement pas à des temps préhistoriques. Le nom grec s’est conservé en Grèce. Le nom arabe existe aujourd’hui chez les Kabyles, qui disent Kharroub pour le fruit, Takharrout pour l’arbre[132], comme les Espagnols disent Algarrobo. Chose singulière, les Italiens ont pris aussi le nom arabe, Currabo, Carubio, d’où vient notre nom français Caroubier, Il semble qu’une introduction se serait faite, par les Arabes, dans le moyen âge, depuis l’époque romaine, où l’on employait un nom différent.

Ces détails appuient l’idée de M. Bianca d’une origine plus méridionale que la Sicile. D’après Pline, l’espèce était de Syrie, Ionie, Gnide et Rhode, mais il ne dit pas si dans ces localités elle était sauvage ou cultivée.

Selon le même auteur, le Caroubier n’existait pas en Égypte. On a cru cependant le reconnaître dans des monuments bien antérieurs à l’époque de Pline, et même des égyptologues lui ont attribué deux noms égyptiens, Kontrates ou Jiri[133]. Lepsius a donné la figure d’un légume qui paraît bien une caroube, et le botaniste Kotschy ayant rapporté une canne, sortie d’un cercueil, s’est assuré, par l’observation au microscope, qu’elle est de bois de Caroubier[134]. On ne connaît aucun nom hébreu de cette espèce, dont l’Ancien Testament ne parle pas. Le Nouveau en fait mention, avec le nom grec, dans la parabole de l’enfant prodigue. La tradition des chrétiens d’Orient porte que saint Jean se serait nourri de Caroubes dans le désert, et c’est de là que dans le moyen âge on a tiré des noms, comme Pain de Saint-Jean, et Johannis brodbaum, pour le Caroubier.

Évidemment, cet arbre a pris de l’importance au commencement de l’ère chrétienne, et ce sont les Arabes qui l’ont surtout propagé vers l’Occident. S’il avait existé antérieurement en Algérie, chez les Berbères, et en Espagne, on aurait conservé des noms antérieurs à l’arabe, et l’espèce aurait probablement été introduite aux Canaries par les Phéniciens.

Je résume l’ensemble des données comme suit :

Le Caroubier était spontané à l’orient de la mer Méditerranée, probablement sur la côte méridionale d’Anatolie et en Syrie, peut-être aussi dans la Cyrénaïque. Sa culture a commencé depuis les temps historiques. Les Grecs l’ont étendue dans leur pays et en Italie ; mais plus tard les Arabes s’en sont occupés davantage et l’ont propagée jusqu’au Maroc et en Espagne. Dans tous ces pays, l’espèce s’est naturalisée çà et là, sous une forme moins productive, qu’on est obligé de greffer pour avoir de meilleurs fruits.

Jusqu’à présent, on n’a pas trouvé le Caroubier fossile dans les tufs et dépôts quaternaires de l’Europe méridionale. Il est seul de son espèce, dans le genre Ceratonia, qui est assez exceptionnel parmi les Légumineuses, surtout en Europe. Rien ne peut faire supposer qu’il ait existé dans les anciennes flores tertiaires ou quaternaires du sud-ouest de l’Europe.

Haricot commun. — Phaseolus vulgaris, Savi.

Lorsque j’ai voulu m’occuper, en 1855[135], de l’origine des Phaseolus et Dolichos, la distinction des espèces était si peu avancée et les flores de pays tropicaux si rares que j’avais dû laisser de côté plusieurs questions. Aujourd’hui, grâce à des mémoires de M. Bentham et de M. George von Martens[136] complétant ceux antérieurs de Savi[137], les Légumineuses des pays chauds sont mieux connues ; enfin tout récemment des graines tirées des tombeaux péruviens d’Ancon, examinées par M. Wittmack, ont modifié complètement le problème des origines.

Voyons d’abord ce qui concerne le Haricot commun. Je parlerai ensuite d’autres espèces, sans énumérer toutes celles qui se cultivent, car plusieurs d’entre elles sont encore mal définies.

Les botanistes ont cru pendant longtemps que le Haricot commun était originaire de l’Inde. Personne ne l’avait trouvé sauvage, ce qui est encore le cas actuellement ; et l’on s’était figuré une origine indienne, quoique l’espèce fût cultivée aussi en Afrique et en Amérique dans les régions tempérées ou chaudes, du moins dans celles qui ne sont pas d’une chaleur excessive et humide. Je fis remarquer qu’elle n’a pas de nom sanscrit et que les jardiniers du XVIe siècle appelaient souvent le Haricot fève turque. Persuadé en outre, comme tout le monde, que les Grecs avaient cultivé cette plante, sous les noms de Fasiolos et Dolichos, j’émis l’hypothèse qu’elle était originaire de l’Asie occidentale, non de l’Inde, George de Martens adopta cette manière de voir.

Il s’en faut de beaucoup cependant que les mots Dolichos de Théophraste, Fasiolos de Dioscoride, Faseolus et Phasiolus des Romains[138] soient assez définis dans les textes pour qu’on puisse les attribuer avec sûreté au Phaseolus vulgaris. Plusieurs Légumineuses cultivées se soutiennent par les vrilles dont parlent les auteurs et présentent des gousses et des graines qui se ressemblent. Le meilleur argument pour traduire ces noms par Phaseolus vulgaris est que les Grecs actuels et les Italiens ont des mots dérivés de Fasiolos pour notre haricot commun. Les Grecs modernes disent Fasoulia et les Albanais (Pélasges ?) Fasulé ; les Italiens Fagiolo. On peut craindre pourtant une transposition de nom d’une espèce de Pois, de Vesce, de Gesse ou d’un Haricot anciennement cultivé au Haricot commun actuel. Il faut être assez hardi pour déterminer une espèce de Phaseolus d’après une ou deux épithètes dans un auteur ancien, quand on voit la peine que donne la distinction des espèces aux botanistes modernes avec les plantes mêmes sous les yeux. On a voulu cependant préciser que le Dolichos de Théophraste était notre haricot à rames, et le Fasiolos le haricot nain de nos cultures, qui constituent les deux races actuelles principales du Haricot commun, avec une immense quantité de sous-races quant aux gousses et aux graines. Je me contenterai de dire : C’est probable.

Si le Haricot commun est arrivé jadis en Grèce, il n’a pas été une des premières introductions, car le Faseolus n’était pas encore à Rome du temps de Caton, et c’est seulement au commencement de l’empire que les auteurs latins en ont parlé. M. Virchow a rapporté des fouilles faites à Troie plusieurs graines de Légumineuses, que M. Wittmack[139] certifie être les espèces suivantes : Fève (Faba vulgaris), Pois des jardins (Pisum sativum), Ers (Ervum Ervilia et peut-être Jarosse ? (Lathyrus Cicera), mais aucun Haricot. De même, dans les habitations des anciens lacustres de Suisse, Savoie, Autriche et Italie, on n’a pas encore trouvé le Haricot.

Il n’y a pas non plus de preuves ou d’indices de son existence dans l’ancienne Égypte. On ne connaît pas de nom hébreu répondant à ceux de Dolichos ou Phaseolus des botanistes. Un nom moins ancien, car il est arabe, Loubia, se trouve en Égypte, pour le Dolichos Lubia, et en hindoustani, sous la forme Loba, pour le Phaseolus vulgaris[140]. Quant à cette dernière espèce, Piddington n’indique dans les langues modernes de l’Inde que deux noms, tous deux hindoustanis, Loba et Bakla. Ceci, joint à l’absence de nom sanscrit, fait présumer une introduction peu ancienne dans l’Asie méridionale. Les auteurs chinois ne mentionnent pas le Haricot commun (Ph. vulgaris)[141], nouvel indice d’une introduction peu ancienne dans l’Inde, et aussi en Bactriane, d’où les Chinois ont tiré des légumes dès le IIe siècle avant notre ère.

Toutes ces circonstances me font douter que l’espèce ait été connue en Asie avant l’ère chrétienne. L’argument des noms grec moderne et italien pour le Haricot, conformes à Fasiolos, a besoin d’être appuyé de quelque manière. On peut dire en sa faveur qu’il a été employé dans le moyen âge, probablement pour le Haricot commun. Dans la liste des légumes que Charlemagne ordonnait de semer dans ses fermes, on trouve le Fasiolum[142], sans explication. Albert le Grand décrit sous le nom de Faseolus une Légumineuse qui parait être le Haricot nain de notre époque[143]. Je remarque d’un autre côté que des auteurs du XVe siècle ne parlent d’aucun Faseolus ou nom analogue. C’est le cas de Pierre Crescenzio[144] et Macer Floridus[145]. Au contraire, après la découverte de l’Amérique, dès le XVIe siècle, tous les auteurs publient des figures et des descriptions du Phaseolus vulgaris, avec une infinité de variétés.

Il est douteux que sa culture soit très ancienne dans l’Afrique tropicale. Elle y est indiquée moins souvent que celle d’autres espèces des genres Dolichos et Phaseolus.

Personne ne songeait à chercher l’origine du Haricot commun en Amérique, lorsque tout récemment des découvertes singulières ont été faites de fruits et de graines dans les tombeaux péruviens d’Ancon, près de Lima. M. de Rochebrune[146] a publié une liste des espèces de diverses familles d’après une collection de MM. de Gessac et L. Savatier. Dans le nombre se trouvent trois Haricots, dont aucun, selon l’auteur, n’est le Phaseolus vulgaris ; mais M. Wittmack[147], qui a étudié les Légumineuses rapportées de ces mêmes tombeaux par les voyageurs Reiss et Stubel, dit avoir constaté la présence de plusieurs variétés du Haricot commun, parmi d’autres graines appartenant au Phaseolus lunatus Linné. Il les a identifiées avec les variétés du Ph. vulgaris appelées par les botanistes oblongus purpureus (Martens), ellipticus præcox (Alefeld) et ellipticus atrofuscus (Alefeld), qui sont de la catégorie des Haricots nains ou sans rames.

Il n’est pas certain que les sépultures en question soient toutes antérieures à l’arrivée des Espagnols. L’ouvrage de MM. Reiss et Stubel, actuellement sous presse, donnera peut-être des explications à cet égard ; mais M. Wittmack admet, d’après eux, qu’une partie des tombeaux n’est pas ancienne. Je suis frappé cependant d’un fait qui n’a pas été remarqué. Les cinquante espèces de la liste de M. Rochebrune sont toutes américaines. Je n’en vois pas une seule qu’on puisse soupçonner d’origine européenne. Évidemment, ou ces plantes et graines ont été déposées avant la conquête, ou dans certains tombeaux, qui sont peut-être d’une époque subséquente, les habitants ont eu soin de ne pas mettre des espèces d’origine étrangère. C’était assez naturel, selon leurs idées, puisque l’usage de ces dépôts de plantes n’est pas venu de la religion catholique, mais remonte aux coutumes et opinions des indigènes. La présence du Haricot commun parmi ces plantes uniquement américaines me parait donc significative, quelle que soit la date des tombeaux.

On peut objecter que des graines sont insuffisantes pour déterminer l’espèce d’un Phaseolus, et qu’on cultivait dans l’ Amérique méridionale, avant l’arrivée des Espagnols, plusieurs plantes de ce genre, qui ne sont pas encore bien connues. Molina[148] parle de treize on quatorze espèces (ou variétés ?) cultivées jadis, au Chili seulement.

M. Wittmack insiste sur l’emploi fréquent et ancien des Haricots dans divers pays de l’Amérique méridionale. Cela prouve au moins que plusieurs espèces y étaient indigènes et cultivées. Il cite le témoignage de Joseph Acosta, un des premiers écrivains après la conquête, d’après lequel les Péruviens « cultivaient des légumes qu’ils appelaient Frisoles et Palares, dont ils usaient comme les Espagnols de Garbanzos (Pois chiche), Fèves et Lentilles. Je n’ai point reconnu, ajoute-t-il, que ceux-ci ni autres légumes d’Europe s’y soient trouvés avant que les Espagnols y entrassent ; » Frisole, Fajol, Fasoler sont des noms espagnols du haricot commun, par corruption du latin Faselus, Fasolus, Faseolus. Paller est américain.

Qu’il me soit permis à l’occasion de ces noms d’expliquer l’origine du nom français Haricot. Je l’ai cherchée autrefois[149], sans la trouver ; mais je signalais le fait que Tournefort (Instit., p. 415) s’en est servi le premier[150]. Je faisais remarquer en outre l’existence du mot Arachos (αραχοϛ) dans Théophraste, pour une sorte de Vicia probablement, et du mot Harenso, en sanscrit, pour le Pois commun. Je repoussais l’idée, peu vraisemblable, que le nom d’un légume vînt du plat de viande appelé haricot ou haricot de mouton, comme l’avait dit un auteur anglais. Je critiquais ensuite Bescherelle, qui faisait venir Haricot du celte, tandis que les noms bretons de la plante diffèrent totalement et signifient fève menue (fa-munud) :, ou sorte de pois (Pis-ram), Littré, dans son Dictionnaire, a cherché aussi l’étymologie de ce nom. Sans avoir eu connaissance de mon article, il incline vers la supposition que haricot, légume, vient du ragoût, attendu que ce dernier est plus ancien dans la langue et qu’on peut voir une certaine ressemblance entre la graine du haricot et les morceaux de viande du ragoût, ou encore que cette graine convenait à l’assaisonnement du plat. Il est sûr que le légume s’appelait en français Fazéole ou Faséole, du nom latin, jusque vers la fin du XVIIIe siècle ; mais le hasard m’a fait tomber sur la véritable origine du mot haricot. C’est un nom italien, Araco, qui se trouve dans Durante et dans Matthioli, en latin, Aracus niger[151], pour une légumineuse que les modernes rapportent à la Gesse Ochrus (Lathyrum Ochrus). Il n’est pas surprenant qu’un nom italien du XVIIIe siècle ait été transporté par des cultivateurs français du siècle suivant à une autre légumineuse et qu’on ait changé ara en ari. C’est dans la limite des erreurs qui se font de nos jours. D’ailleurs l’Aracos ou Arachos a été attribué par les commentateurs à plusieurs légumineuses des genres Lathyrus, Vicia, etc. Durante donne pour synonyme à son Araco l’αραχοϛ des Grecs, par où l’on voit bien l’étymologie. le Père Feuillée[152] écrivait en français Aricot. Avant lui, Tournefort mettait Haricot. Il croyait peut-être que l’α du mot grec avait un accent rude, ce qui n’est pas le cas, du moins dans les bons auteurs.

Je résume cet article en disant : 1° Le Phaseolus vulgaris n’est pas cultivé depuis longtemps dans l’Inde, le sud-ouest de l’Asie et l’Égypte. 2° On n’est pas complètement sûr qu’il fut connu en Europe avant la découverte de l’Amérique. 3° A cette époque le nombre des variétés s’est accru subitement dans les jardins d’Europe et tous les auteurs ont commencé d’en parler. 4° La majorité des espèces du genre existe dans l’Amérique méridionale. 5° Des graines qui paraissent appartenir à cette espèce ont été trouvées dans des tombeaux péruviens d’une date un peu incertaine, mélangées avec beaucoup d’espèces toutes américaines.

Je n’examine pas si le Phaseolus vulgaris existait, avant la mise en culture, dans l’ancien et le nouveau monde également, parce que les exemples de cette nature sont excessivement rares parmi les plantes phanérogames, non aquatiques, des pays tropicaux. Il n’en existe peut-être pas une sur mille, et encore on peut soupçonner souvent quelque transport du fait de l’homme[153]. Il faudrait du moins, pour aborder cette hypothèse à l’égard du Ph. vulgaris, qu’il eût été trouvé en apparence sauvage dans l’ancien et le nouveau monde, mais cela n’est pas arrivé. S’il avait eu une habitation aussi vaste, on en aurait des indices par des individus vraiment spontanés dans des régions très éloignées les unes des autres sur le même continent. C’est ce qu’on voit dans l’espèce suivante, Ph. lunatus.

Haricot courbé. — Phaseolus lunatus, Linné.

Haricot de Lima. — Phaseolus lunatus macrocarpus, Bentham. — Phas. inamœnus, linné.

Ce Haricot, de même que la variété dite de Lima, est si répandu dans tous les pays tropicaux qu’on l’a décrit, sans s’en douter, sous plusieurs noms[154]. Toutes ses formes se rapportent à deux groupes, dont Linné faisait deux espèces. La plus commune maintenant dans les jardins est celle appelée, depuis le commencement du siècle. Haricot de Lima, Elle se distingue par sa taille élevée et par la grandeur de ses légumes et de ses graines. Sa durée est de plusieurs années dans les pays qui lui sont favorables.

Linné croyait son Phaseolus lunatus du Bengale, et l’autre forme, d’Afrique, mais il n’en a donné aucune preuve. Pendant un siècle, on a répété ce qu’il avait dit. Maintenant, M. Bentham[155], attentif à ces questions d’origine, regarde l’espèce et sa variété comme certainement américaines ; il émet seulement des doutes sur la présence en Afrique et en Asie comme plante spontanée.

Je ne vois aucun indice quelconque d’ancienneté d’existence en Asie. Non seulement la plante n’a jamais été trouvée sauvage, mais elle n’a pas de noms dans les langues modernes de l’Inde ou en sanscrit[156]. Elle n’est pas mentionnée dans les ouvrages chinois. Les Anglo-Indiens l’appellent, comme le Haricot commun, French bean[157], ce qui montre à quel point la culture en est moderne.

En Afrique, elle est cultivée à peu près partout entre les tropiques. Cependant MM. Schweinfurth et Ascherson[158] ne la mentionnent pas en Abyssinie, Nubie ou Égypte. M. Oliver[159] cite beaucoup d’échantillons de Guinée et de l’Afrique intérieure, sans préciser s’ils étaient spontanés ou cultivés. Si l’on suppose l’espèce originaire ou d’introduction très ancienne en Afrique, elle se serait répandue vers l’Égypte et dans l’Inde.

Les faits sont tout autres dans l’Amérique méridionale. M. Bentham cite des échantillons spontanés de la région du fleuve des Amazones et du Brésil central. Ils se rapportent surtout à la grande forme (macrocarpus). Cette même variété est abondante dans les tombeaux péruviens d’Ancon, d’après M. Wittmack[160]. C’est évidemment une espèce du Brésil, que la culture a répandue et peut-être naturalisée çà et là, depuis longtemps, dans l’Amérique tropicale. Je croirais volontiers qu’elle a été introduite en Guinée par le commerce des esclaves, et qu’elle a gagné de cette côte l’intérieur du pays et la côte de Mozambique.

Haricot à feuille d’Aconit. — Phaseolus aconitifolius, Willdenow.

Espèce annuelle, cultivée dans l’Inde, comme fourrage, et dont les graines sont comestibles, mais peu estimées. Le nom hindustani est Mout, chez les Sikhs Moth, Elle ressemble au Phaseolus trilobus, qui est cultivé pour la graine.

Le Phaseolus aconitifolius est spontané dans l’Inde anglaise, de Ceylan à l’Himalaya[161].

L’absence de nom sanscrit et de noms divers dans les langues modernes de l’Inde fait présumer une culture peu ancienne.

Haricot trilobé. — Phaseolus trilobus, Willdenow.

Une des espèces le plus ordinairement cultivées dans l’Inde[162], du moins depuis quelques années, car Roxburgh[163], à la fin du XVIIIe siècle, ne l’avait vue qu’à l’état spontané. Tous les auteurs s’accordent à dire qu’elle est sauvage au pied de l’Himalaya et jusqu’à Ceylan. Elle existe aussi en Nubie, en Abyssinie et au Zambèse[164], et l’on ne dit pas si elle y est cultivée ou spontanée.

Piddington cite un nom sanscrit et plusieurs noms dans les langues modernes de l’Inde, ce qui fait présumer une culture ou une connaissance de l’espèce depuis au moins trois mille ans.

Mungo. — Phaseolus Mungo, Linné.

Espèce généralement cultivée dans l’Inde et dans la région du Nil. Le nombre considérable de ses variétés et l’existence de trois noms différents dans les langues indiennes actuelles font présumer une date de mille ou deux mille ans au moins pour la culture, mais on ne cite aucun nom sanscrit[165]. En Afrique, elle est probablement peu ancienne.

Les botanistes anglo-indiens s’accordent à dire qu’elle est spontanée dans l’Inde.

Lablab. — Dolichos Lablab, Linné.

On cultive beaucoup cette espèce dans l’Inde et l’Afrique tropicale. Roxburgh compte jusqu’à sept variétés, ayant des noms indiens. Piddington cite, dans son Index, un nom sanscrit, Schimbi, qui se retrouve dans les langues modernes. La culture a donc peut-être au moins trois mille ans de date. Cependant l’espèce ne s’est pas répandue anciennement en Chine et dans l’Asie occidentale ou l’Égypte, du moins je n’en découvre aucune trace. Le peu d’extension de plusieurs de ces Légumineuses comestibles hors de l’Inde, dans les temps anciens, est un fait assez singulier. Il est possible que leur culture ne remonte pas bien haut.

Le Lablab est incontestablement spontané dans l’Inde et même, dit-on, à Java[166], Il s’est naturalisé aux îles Seychelles, à la suite de cultures[167]. Les indications des auteurs ne permettent pas de dire qu’il soit spontané en Afrique[168].

Lubia. — Dolichos Lubia, Forskal.

Cette espèce, cultivée en Égypte sous le nom de Lubia, Loubya, Loubyé, d’après Forskal et Delile[169], est peu connue des botanistes. D’après le dernier de ces auteurs, elle existe aussi en Syrie, en Perse et dans l’Inde ; mais je n’en vois nullement la confirmation dans les ouvrages modernes sur ces deux pays, MM. Schweinfurth et Ascherson[170] l’admettent bien comme espèce distincte, cultivée dans la région du Nil. Jusqu’à présent, personne ne l’a trouvée à l’état spontané.

On ne connaît aucun Dolichos ou Phaseolus dans les monuments de l’ancienne Égypte. Nous verrons d’autres indices, tirés des noms vulgaires, conduisant aussi à l’idée que ces plantes se sont introduites dans l’agriculture égyptienne après l’époque des Pharaons.

Le nom Lubia est appliqué par les Berbères, sans changement, et en Espagne sous la forme Alubia, au Haricot commun, Phaseolus vulgaris[171]. Quoique les deux genres Dolichos et Phaseolus se ressemblent beaucoup, c’est un exemple du peu de valeur des noms vulgaires pour la constatation des espèces.

Je rappellerai ici que Loba est un des noms du Phaseolus vulgaris en hindustani, et que Lobia est celui du Dolichos sinensis dans la même langue[172].

Les orientalistes feront bien de chercher si Lubia est ancien dans les langues sémitiques. Je ne vois pas qu’on cite un nom analogue en hébreu et il se pourrait que les Araméens ou les Arabes eussent pris Lubia du Lobos (λοβοϛ) des Grecs, qui signifiait une partie saillante, comme le lobe de l’oreille, un fruit de la nature de ceux des légumineuses et plus particulièrement, selon Galien, le Phaseolus vulgaris, Lobion (λοβιον), dans Dioscoride, est le fruit du Phaseolus vulgaris, du moins selon l’opinion des commentateurs[173]. Il a continué dans le grec moderne avec le même sens, sous la forme de Loubion[174].

Voandzou. — Glycine subterranea, Linné fils. — Voandzeia subterranea, du Fetit-Thouars.

Les plus anciens voyageurs à Madagascar avaient remarqué cette Légumineuse annuelle, que les habitants cultivent pour en manger le fruit ou les graines, comme des pois, haricots, etc. Elle ressemble à l’Arachide, en particulier par la circonstance que le support de la fleur se recourbe et enfonce le jeune fruit ou légume dans le sol. La culture en est répandue dans les jardins, surtout de l’Afrique tropicale, et moins communément de l’Asie méridionale[175]. Il ne semble pas qu’on la pratique beaucoup en Amérique[176], si ce n’est au Brésil, où elle se nomme Mandubi d’Angola[177].

Les anciens auteurs sur l’Asie ne la mentionnent pas. C’est donc en Afrique qu’il faut chercher l’origine. Loureiro[178] l’avait vue sur la côte orientale de ce continent et du Petit-Thouars à Madagascar, mais ils ne disent pas qu’elle y fût spontanée. Les auteurs de la flore de Sénégambie[179] l’ont décrite comme cultivée et « probablement spontanée » dans le pays de Galam. Enfin MM. Schweinfurth et Ascherson[180] l’ont trouvée à l’état sauvage, au bord du Nil, de Chartum à Gondokoro. Malgré la possibilité d’une naturalisation par suite de la culture, il est extrêmement probable que la plante est spontanée dans l’Afrique intertropicale.

Sarrasin ou blé noir. — Polygonum Fagopyrum, Linné. — Fagopyrum esculentum, Moench.

L’histoire de cette espèce est devenue très claire depuis quelques années.

Elle croît naturellement en Mandschourie, sur les bords du fleuve Amour[181] dans la Daourie et près du lac Baïkal[182]. On l’indique aussi en Chine et dans les montagnes de l’Inde septentrionale[183], mais je ne vois pas que la qualité de plante sauvage y soit certaine. Roxburgh ne l’avait vue dans le nord de l’Inde qu’à l’état cultivé, et le Dr Bretschneider[184] regarde l’indigénat comme douteux pour la Chine. La culture n’y est pas ancienne, car le premier auteur qui en a parlé écrivait dans la période du Xe au XIIe siècle de l’ère chrétienne.

Dans l’Himalaya, on cultive le Sarrasin, sous les noms de Ogal ou Ogla et Kouton[185]. Comme il n’existe pas de nom sanscrit pour cette espèce, ni pour les suivantes, je doute beaucoup de l’ancienneté de leur culture dans les montagnes de l’Asie centrale. Il est certain que les Grecs et les Romains ne connaissaient pas les Fagopyrum. Ce nom grec a été fait par les botanistes modernes, à cause de la ressemblance de forme de la graine avec le fruit du Hêtre, de la même façon qu’on dit en allemand Buchweitzen[186] et en italien Faggina.

Les langues européennes d’origine aryenne n’ont aucun nom de cette plante indiquant une racine commune. Ainsi les Aryens occidentaux ne connaissaient pas plus l’espèce que les orientaux de langue sanscrite, nouvel indice qu’elle n’existait pas autrefois dans l’Asie centrale. Aujourd’hui encore, elle n’est probablement pas connue dans le nord de la Perse et en Turquie, puisque les flores ne la mentionnent pas[187]. Bosc a mis dans le Dictionnaire d’agriculture qu’Olivier l’avait vue sauvage en Perse, mais je ne puis en trouver la preuve dans la relation imprimée de ce naturaliste.

L’espèce est arrivée en Europe, au moyen âge, par la Tartarie et la Russie. La première mention de sa culture en Allemagne, se trouve dans un registre du Mecklembourg, en 1436[188]. Au XVIe siècle, elle s’est répandue vers le centre de l’Europe, et dans les terrains pauvres, comme ceux de la Bretagne, elle a pris une place importante. Reynier, ordinairement très exact, s’était figuré que le nom Sarrasin venait du celte[189] ; mais M. Le Gall m’a écrit naguère que les noms bretons signifient simplement blé de couleur noire (Ed-du) ou froment noir (Gwinis-du), Il n’y a pas de nom original dans les langues celtiques, ce qui nous parait naturel aujourd’hui que nous connaissons l’origine de l’espèce[190].

Quand la plante s’est introduite en Belgique, en France, et qu’on l’a connue même en Italie, c’est-à-dire au XVIe siècle, le nom de Blé sarrasin ou Sarrasin a été communément adopté. Les noms vulgaires sont quelquefois si ridicules, si légèrement donnés, qu’on ne peut pas savoir, dans le cas actuel, si le nom vient de la couleur de la graine, qui était celle attribuée aux Sarrasins, ou de l’introduction, qu’on supposait peut-être venir des Arabes ou des Maures. On ignorait alors que l’espèce n’est pas du tout connue dans les pays au sud de la mer Méditerranée, ni même en Syrie et en Perse. Il est possible qu’on ait adopté l’idée d’une origine méridionale, à cause du nom Sarrasin, motivé par la couleur. L’origine méridionale a été admise jusqu’à la fin du siècle dernier et même dans le siècle actuel[191]. Reynier l’a combattue le premier, il y a plus de cinquante ans.

Le Sarrasin s’échappe quelquefois des cultures et devient quasi spontané. Plus on avance vers son pays d’origine, plus cela se voit fréquemment, et il en résulte qu’on aurait de la peine à déterminer la limite, comme plante spontanée, sur les confins de l’Europe et de l’Asie, dans l’Himalaya ou en Chine. Au Japon, ces demi-naturalisations ne sont pas rares[192].

Sarrasin ou Blé noir de Tartarie. — Polygonum tataricum, Linné. — Fagopyrum tataricum, Gærtner.

Moins sensible au froid que le Sarrasin ordinaire, mais donnant un grain médiocre, on le cultive quelquefois en Europe et en Asie, par exemple dans l’Himalaya[193]. C’est une culture peu ancienne. Les auteurs des XVIe et XVIIe siècles n’ont pas mentionné la plante ; c’est Linné qui en a parlé, un des premiers, comme originaire de Tartarie. Roxburgh et Hamilton ne l’avaient pas vue dans l’Inde septentrionale au commencement du siècle actuel, et je ne la trouve pas indiquée en Chine et au Japon.

Elle est bien spontanée en Tartarie et en Sibérie, jusqu’en Daourie[194] ; mais les botanistes russes ne l’ont pas trouvée plus à l’est, par exemple dans la région du fleuve Amour[195].

Comme cette plante est arrivée par la Tartarie dans l’Europe orientale, après le Sarrasin ordinaire, c’est celui-ci qui porte dans plusieurs langues slaves le nom de Tatrika, Tatarka ou Tattar, qui conviendrait mieux, vu l’origine, au Sarrasin de Tartarie.

Il semble que les peuples aryens ont dû connaître cette espèce, et cependant on ne mentionne aucun nom dans les langues indo-européennes. Jusqu’à présent on n’en a pas trouvé de trace dans les restes des habitations lacustres en Suisse ou en Savoie.

Sarrasin émarginé. — Polygonum emarginatum, Roth. — Fagopyrum emarginatum, Meissner.

Cette troisième espèce de Sarrasin est cultivée dans les parties hautes et orientales du nord de l’Inde, sous le nom de Phapara ou Phaphar[196], et en Chine[197].

Je ne vois pas de preuve positive qu’on l’ait trouvée sauvage.

Roth dit seulement qu’elle « habite en Chine » et que ses graines sont employées pour la nourriture. Don[198], qui en a parlé le premier parmi les botanistes anglo-indiens, dit qu’on la regarde à peine comme spontanée. Elle n’est pas indiquée dans les ouvrages sur la région du fleuve Amour, ni au Japon. D’après le pays où on la cultive, il est probable qu’elle est sauvage dans l’Himalaya oriental et le nord-ouest de la Chine.

Le genre Fagopyrum a huit espèces, qui sont toutes de l’Asie tempérée.

Quinoa. — Chenopodium Quinoa, Willdenow.

Le Quinoa était une des bases de la nourriture des indigènes de la Nouvelle-Grenade, du Pérou et du Chili, dans les parties élevées et tempérées, à l’époque de la conquête. La culture en a continué dans ces pays, par habitude et à cause de l’abondance du produit.

On a distingué de tout temps le Quinoa à feuillage coloré et le Quinoa à feuillage vert et graines blanches[199]. Celui-ci a été considéré par Moquin[200] comme une variété d’une espèce, mal connue, qu’on croit asiatique ; mais j’estime avoir bien démontré que les deux Quinoa d’Amérique sont des races, probablement fort anciennes, d’une même espèce[201]. On peut soupçonner que la moins colorée, qui est en même temps la plus farineuse, est une dérivation de l’autre.

Le Quinoa blanc donne une graine très recherchée à Lima, d’après les informations contenues dans le Botanical magazine, où l’on peut en voir une bonne figure (pl. 3641). Les feuilles sont un légume analogue à l’épinard[202].

Aucun botaniste n’a mentionné le Quinoa dans un état spontané ou quasi spontané. L’ouvrage le plus récent et le plus complet sur un des pays dans lesquels on cultive l’espèce, la flore du Chili par Cl. Gay, n’en parle que comme d’une plante cultivée. Le Père Feuillée et Humboldt se sont exprimés de la même manière, en ce qui concerne le Pérou et la Nouvelle-Grenade. C’est peut-être à cause du peu d’apparence de la plante et de son aspect de mauvaise herbe des jardins que les collecteurs ont négligé d’en rapporter des échantillons sauvages.

Kiery. — Amarantus frumentaceus, Roxburgh.

Plante annuelle, cultivée dans la péninsule indienne, pour sa petite graine farineuse, qui est dans quelques localités la principale nourriture des habitants[203]. Les champs de cette espèce, de couleur rouge ou dorée, produisent un très bel effet[204].

D’après ce que dit Roxburgh, le Dr Buchanan l’avait « découverte sur les collines de Mysore et Coimbatore », ce qui paraît indiquer un état sauvage.

L’Amarantus speciosus, cultivé dans les jardins et figuré dans le Botanical Magazine, pl. 2227, parait la même espèce. Hamilton l’a trouvé au Népaul[205].

On cultive sur les pentes de l’Himalaya une variété, ou espèce voisine, appelée Amarantus Anardana, Wallich[206], jusqu’à présent mal définie par les botanistes.

D’autres espèces sont employées comme légumes. Voir ci-dessus, page 80, Amarantus gangeticus.

Châtaignier. — Castanea vulgaris, Lamarck.

Le Châtaignier, de la famille des Cupulifères, a une habitation naturelle assez étendue, mais disjointe. Il constitue des forêts ou des bois dans les pays montueux de la zone tempérée, de la mer Caspienne au Portugal. On l’a trouvé aussi dans les montagnes de l’Edough en Algérie et, plus récemment, vers la frontière de Tunisie (lettre de M. Letourneux). Si l’on tient compte des variétés appelées Japonica et Americana, il existe aussi au Japon et dans la partie tempérée de l’Amérique septentrionale[207]. On l’a semé ou planté dans plusieurs localités de l’Europe méridionale et occidentale, et maintenant il est difficile de savoir s’il y est spontané ou cultivé. La culture principale cependant consiste dans l’opération de greffer de bonnes variétés sur l’arbre de qualité médiocre. Dans ce but, on recherche surtout la variété qui donne les marrons, c’est-à-dire les fruits contenant une seule graine, assez grosse, et non deux ou trois petites séparées par des membranes, comme cela se voit dans l’état naturel de l’espèce.

Les Romains, du temps de Pline[208], distinguaient déjà huit variétés, mais on ne peut pas savoir, d’après le texte de cet auteur, s’ils possédaient le marron. Les meilleures châtaignes venaient de Sarde (Asie Mineure) et du pays napolitain. Olivier de Serres[209], dans le XVIe siècle, vante les châtaignes Sardonne et Tuscanes, qui donnaient les marrons dits de Lyon[210]. Il regarde ces variétés comme venant d’Italie, et Targioni[211] nous apprend que le nom marrone ou marone était usité dans ce pays déjà au moyen âge (en 1170).

Froment et formes ou espèces voisines.

Les innombrables races de blé proprement dit, dont les grains se détachent naturellement à maturité de leur enveloppe, ont été classées par Vilmorin[212] en quatre groupes, qui constituent suivant les auteurs des espèces distinctes ou des modifications du froment ordinaire. Je suis obligé de les distinguer pour l’étude de leur histoire, mais celle-ci, comme on le verra, appuie l’opinion d’une espèce unique[213].

I. Froment ordinaire. — Triticum vulgare, Villars. — Triticum hybernum et Tr. æstivum, Linné.

D’après les expériences de l’abbé Rozier et, plus tard, de Tessier, la distinction des blés d’automne et de mars n’a pas d’importance. « Tous les froments, dit ce dernier agronome[214], suivant les pays, sont ou de mars ou d’automne. Ils passent tous, avec le temps, à l’état de blé d’automne ou de blé de mars, comme je m’en suis assuré. Il ne s’agit que de les y accoutumer peu à peu, en semant graduellement plus tard qu’on ne le fait les blés d’automne et plus tôt les blés de mars ». Le fait est que, dans le nombre immense des races de blé que l’on cultive, quelques-unes souffrent davantage des froids de l’hiver, et alors l’habitude s’est établie de les semer au printemps[215]. Pour la question d’origine, nous n’avons guère à nous occuper de ces distinctions, d’autant plus que la plupart des races obtenues remontent à des temps très reculés.

La culture du froment peut être qualifiée de préhistorique dans l’ancien monde. De très vieux monuments de l’Égypte, antérieurs à l’invasion des Pasteurs, et les livres hébreux montrent cette culture déjà établie, et, quand les Égyptiens ou les Grecs ont parlé de son origine, c’est en l’attribuant à des personnages fabuleux, Isis, Cérés, et Triptolème[216]. En Europe, les plus anciens lacustres de la Suisse occidentale cultivaient un blé à petits grains que M. Heer[217] a décrit attentivement et figuré sous le nom de Triticum vulgare antiquorum. D’après un ensemble de divers faits, les premiers lacustres de Rohenhausen étaient au moins contemporains de la guerre de Troie et peut-être plus anciens. La culture de leur blé s’est maintenue en Suisse jusqu’à la conquête romaine, d’après des échantillons trouvés à Buchs. M. Regazzoni l’a découvert également dans les débris des lacustres de Varèze et M. Sordelli dans ceux de Lagozza, en Lombardie[218]. Unger a trouvé la même forme dans une brique de la pyramide de Dashur, en Égypte, qui date, selon lui, de l’année 3359 avant Jésus-Christ (Unger, Bot. Streifzüge, VII ; Ein Ziegel, etc., p. 9). Une autre variété (Triticum vulgare compactum muticum, Heer) était moins commune en Suisse, dans le premier âge de la pierre, mais on l’a trouvée plus souvent chez des lacustres moins anciens de la Suisse occidentale et d’Italie[219]. Enfin une troisième variété intermédiaire a été trouvée à Aggtelek, en Hongrie, cultivée lors de l’âge de pierre[220]. Aucune n’est identique avec les blés cultivés de nos jours. On leur a substitué des formes plus avantageuses.

Pour les Chinois, qui cultivaient le froment 2700 ans avant notre ère, c’était un don du ciel[221]. Dans la cérémonie annuelle du semis de cinq graines instituée alors par l’empereur Shen-Nung ou Chin-Nong, le froment est une des espèces, les autres étant le Riz, le Sorgho, le Setaria italica et le Soja.

L’existence de noms différents pour le blé dans les langues les plus anciennes confirme la notion d’une très grande antiquité de culture. Il y a des noms chinois Mai, sanscrits Sumana et Gôdhûma, hébreu Chittah, égyptien Br, guanche Yrichen, sans parler de plusieurs noms dans les langues dérivées du sanscrit primitif ni d’un nom basque Ogaia ou Okhaya, qui remonte peut-être aux Ibères[222], et de plusieurs noms finlandais, tartare, turc, etc.[223], qui viennent probablement de noms touraniens. Cette prodigieuse diversité s’expliquerait par une vaste habitation s’il s’agissait d’une plante sauvage très commune, mais le blé est dans des conditions tout opposées. On a de la

peine à constater sa présence à l’état sauvage dans quelques points de l’Asie occidentale, comme nous allons le voir. S’il avait été très répandu avant d’être mis en culture, il en serait resté des descendants, çà et là, dans des pays éloignés. Les noms multiples des langues anciennes doivent donc tenir plutôt à l’ancienneté extrême de la culture dans les régions tempérées d’Asie, d’Europe et d’Afrique, ancienneté plus grande que celle des langues réputées les plus anciennes.

Quelle était la patrie de l’espèce, avant sa mise en culture, dans l’immense zone qui s’étend de la Chine aux îles Canaries ? On ne peut répondre à cette question que par deux moyens : 1° l’opinion des auteurs de l’antiquité ; 2° la présence plus ou moins démontrée, du blé à l’état sauvage, dans tel ou tel pays.

D’après le plus ancien de tous les historiens, Bérose, prêtre de Chaldée, dont Hérodote a conservé des fragments, on voyait dans la Mésopotamie, entre le Tigre et l’Euphrate, le froment sauvage (Frumentum agreste)[224]. Les versets de la Bible sur l’abondance du blé dans le pays de Canaan, en Égypte, etc., ne prouvent rien, si ce n’est qu’on cultivait la plante et qu’elle produisait beaucoup. Strabon[225], né cinquante ans avant Jésus-Christ, dit que, d’après Aristobulus, dans le pays des Musicani (au bord de l’Indus par 25° lat.), il croissait spontanément un grain très semblable au froment. Il dit aussi[226] qu’en Hircanie (le Mazanderan actuel) le blé qui tombe des épis se semait de lui-même. Cela se voit un peu partout aujourd’hui, et l’auteur ne précise pas le point important de savoir si ces semis accidentels continuaient sur place de génération en génération. D’après l’Odyssée[227] le blé croissait en Sicile sans le secours de l’homme. Que peut signifier ce mot d’un poète et encore d’un poète dont l’existence est contestée ? Diodore de Sicile, au commencement de l’ère chrétienne, dit la même chose et mérite plus de confiance, puisqu’il était Sicilien. Cependant il. peut bien s’être abusé sur la qualité spontanée, le blé étant cultivé généralement alors en Sicile. Un autre passage de Diodore[228] mentionne la tradition qu’Osiris trouva le blé et l’orge croissant au hasard parmi les autres plantes, à Nisa, et Dureau de La Malle a prouvé que cette ville était en Palestine. De tous ces témoignages, il me paraît que ceux de Bérose et Strabon, pour la Mésopotamie et l’Inde occidentale, sont les seuls ayant quelque valeur.

Les cinq espèces de graines de la cérémonie instituée par l’empereur Chin-Nong sont regardées par les érudits chinois comme natives de leur pays[229], et le Dr Bretschneider ajoute que les communications de la Chine avec l’Asie occidentale datent seulement de l’ambassade de Chang-kien, dans le deuxième siècle avant Jésus-Christ. Il faudrait cependant une assertion plus positive pour croire le blé indigène en Chine, car une plante qui était cultivée dans l’Asie occidentale deux ou trois mille ans avant l’époque de Chin-Nong et dont les graines sont si faciles à transporter a pu s’introduire dans le nord de la Chine, par des voyageurs isolés et inconnus, de la même manière que des noyaux d’abricot et de pèche ont probablement passé de Chine en Perse, dans les temps préhistoriques.

Les botanistes ont constaté que le froment n’existe pas aujourd’hui en Sicile à l’état sauvage[230]. Quelquefois il s’échappe hors des cultures, mais on ne l’a pas vu persister indéfiniment[231]. La plante que les habitants appellent froment sauvage, Frumentu sarvaggiu, qui couvre des districts non cultivés, est l’Ægilops ovata, selon le témoignage de M. Inzenga[232].

Un zélé collecteur, M. Balansa, croyait avoir trouvé le blé, au mont Sipyle, de l’Asie Mineure, « dans des circonstances où il était impossible de ne pas le croire spontané[233], » mais la plante qu’il a rapportée est un Épeautre, le Triticum monococcum, d’après un botaniste très exact qui l’a examinée[234]. Avant lui, Olivier[235], étant sur la rive droite de l’Euphrate, au nord-ouest d’Anah, pays impropre à la culture, « trouva dans une sorte de ravin le froment, l’orge et l’épeautre, » et il ajoute : « que nous avions déjà vus plusieurs fois en Mésopotamie. »

D’après Linné[236], Heintzelmann avait trouvé le blé dans le pays des Baschkirs, mais personne n’a confirmé cette assertion, et aucun botaniste moderne n’a vu l’espèce vraiment spontanée autour du Caucase ou dans le nord de la Perse. M. de Bunge[237], dont l’attention avait été provoquée sur ce point, déclare qu’il n’a vu aucun indice faisant croire que les céréales soient originaires de ces pays. Il ne paraît même pas que le blé ait une tendance, dans ces régions, à lever accidentellement hors des cultures. Je n’ai découvert aucune mention de spontanéité dans l’Inde septentrionale, la Chine ou la Mongolie.

En résumé, il est remarquable que deux assertions aient été données de l’indigénat en Mésopotamie, à un intervalle de vingt-trois siècles, l’une jadis par Bérose et l’autre de nos jours par Olivier. La région de l’Euphrate étant à peu près au milieu de la zone de culture qui s’étendait autrefois de la Chine aux îles Canaries, il est infiniment probable qu’elle a été le point principal de l’habitation dans des temps préhistoriques très anciens. Peut-être cette habitation s’étendait-elle vers la Syrie, vu la ressemblance du climat ; mais à l’est et à l’ouest de l’Asie occidentale le blé n’a probablement jamais été que cultivé, antérieurement, il est vrai, à toute civilisation connue.

II. Gros blé, Petanielle ou Poulard. — Triticum turgidum et Tr. compositum, Linné.

Parmi les noms vulgaires, très nombreux, des formes de cette catégorie, on remarque celui de Blé d’Égypte, Il paraît qu’on le cultive beaucoup actuellement dans ce pays et dans toute la région du Nil. A.-P. de Candolle[238] dit avoir reconnu ce blé parmi des graines tirées des cercueils de momies anciennes, mais il n’avait pas vu les épis. Unger[239] pense qu’il était cultivé par les anciens Égyptiens et n’en donne cependant aucune preuve basée sur des dessins ou des échantillons retrouvés. Le fait qu’on n’a pu attribuer à cette espèce aucun nom hébreu ou araméen[240] me paraît significatif. Il prouve au moins que les formes si étonnantes, à épis rameux, appelées communément Blé de miracle, Blé d’abondance, n’existaient pas encore dans les temps anciens, car elles n’auraient pas échappé à la connaissance des Israélites. On ne connaît pas davantage un nom sanscrit ou même des noms indiens modernes, et je ne découvre aucun nom persan. Les noms arabes que Delile[241] attribue à l’espèce concernent peut-être d’autres formes de blé. Il n’existe pas de nom berbère[242]. De cet ensemble il me paraît découler que les plantes réunies sous le nom de Triticum turgidum, et surtout leurs variétés à épis rameux, ne sont pas anciennes dans l’Afrique septentrionale ou dans l’Asie occidentale.

M. Oswald Heer[243], dans son mémoire si curieux sur les plantes des lacustres de l’âge de pierre en Suisse, attribue au Tr. turgidum deux épis non ramifiés, l’un à barbes, l’autre à peu près sans barbes, dont il a publié des figures. Plus tard, dans une exploration des palafittes de Robenhausen, M. Messicommer ne l’a pas rencontré, quoique les provisions de grains y fussent très abondantes[244]. MM. Strœbel et Pigorini disent avoir trouvé « le blé à grano grosso duro » (Tr. turgidum) dans les palafittes du Parmesan[245]. Du reste, M. Heer[246] regarde cette forme comme une race du froment ordinaire, et M. Sordelli paraît incliner vers la même opinion.

Fraas soupçonne que le Krithanias de Théophraste était le Triticum turgidum, mais ceci est absolument incertain. D’après M. de Heldreich[247], le Gros blé est d’introduction moderne en Grèce. Pline[248] a parlé brièvement d’un blé à épis rameux, donnant cent grains, qui devait être notre Blé de miracle.

Ainsi les documents historiques et linguistiques concourent à faire regarder les formes du Triticum turgidum comme des modifications du froment ordinaire, obtenues dans les cultures. La forme à épis rameux ne remonte peut-être pas beaucoup plus haut que l’époque de Pline.

Ces déductions seraient mises à néant si l’on découvrait le Triticum turgidum à l’état sauvage, ce qui n’est pas encore arrivé d’une manière certaine. Malgré C. Koch[249], personne n’admet qu’il croisse, hors des cultures, à Constantinople et dans l’Asie Mineure. L’herbier de M. Boissier, si riche en plantes d’Orient, n’en possède pas. Il est indiqué comme spontané en Égypte par MM. Schweinfurth et Ascherson, mais c’est par suite d’une erreur typographique[250].

III. Blé dur. — Triticum durum, Desfontaines.

Cultivé depuis longtemps en Barbarie, dans le midi de la Suisse et quelquefois ailleurs, il n’a jamais été trouvé à l’état sauvage.

Dans les différentes provinces d’Espagne, il ne porte pas moins d’une quinzaine de noms[251], et aucun ne dérive du nom arabe Quemah, usité en Algérie[252] et en Égypte[253]. L’absence de noms dans plusieurs autres pays et surtout de noms originaux est bien frappante. C’est un indice de plus en faveur d’une dérivation du froment ordinaire, obtenue en Espagne et dans le nord de l’Afrique, à une époque inconnue, peut-être depuis l’ère chrétienne.

IV. Blé de Pologne.Triticum polonicum, Linné.

Cet autre blé dur, à grains encore plus allongés, cultivé surtout dans l’Europe orientale, n’a pas été trouvé sauvage.

Il a , en allemand , un nom original , Ganer, Gommer, Gümmer[254], et en d’autres langues des noms qui ne se rattachent qu’à des personnes ou à des pays desquels on avait tiré les semences. On ne peut douter que ce ne soit une forme obtenue dans les cultures, probablement dans l’Europe orientale, à une époque inconnue, peut-être assez moderne.

Conclusion sur l’unité spécifique de ces races principales.

Nous venons de montrer que l’histoire et les noms vulgaires des grandes races de froments sont en faveur d’une dérivation, contemporaine de l’homme, probablement pas très ancienne, de la forme du blé ordinaire, peut-être du blé à petits grains cultivés jadis par les Égyptiens et par les lacustres de Suisse et d’Italie. M. Alefeld[255] était arrivé à l’unité spécifique des Triticum vulgare, turgidum et durum au moyen de l’observation attentive de leurs formes cultivées dans des conditions semblables. Les expériences de M. Henri Vilmorin[256] sur les fécondations artificielles de ces blés conduisent au même résultat. Quoique l’auteur n’ait pas encore vu les produits de plusieurs générations, il s’est assuré que les formes principales les plus distinctes se croisent sans peine et donnent des produits fertiles. Si la fécondation est prise pour une mesure du degré intime d’affinité qui motive le groupement d’individus en une seule espèce, on ne peut pas hésiter dans le cas actuel, surtout avec l’appui des considérations historiques dont j’ai parlé.

Sur les prétendus Blés de momie.

Avant de terminer cet article, je crois convenable de dire que jamais une graine quelconque sortie d’un cercueil de l’ancienne Égypte et semée par des horticulteurs scrupuleux n’a germé. Ce n’est pas que la chose soit impossible, car les graines se conservent d’autant mieux qu’elles sont plus à l’abri de l’air et des variations de température ou d’humidité, et les monuments égyptiens présentent assurément ces conditions ; mais, en fait, les essais de semis de ces anciennes graines n’ont jamais réussi. L’expérience dont on a le plus parlé est celle du comte de Sterberg, à Prague[257]. Il avait reçu des graines de blé qu’un voyageur, digne de foi, assurait provenir d’un cercueil de momie. Deux de ces graines ont levé, disait-on ; mais je me suis assuré qu’en Allemagne les personnes bien informées croient à quelque supercherie, soit des Arabes, qui glissent quelquefois des graines modernes dans les tombeaux (même du Maïs, plante américaine ! ), soit des employés de l’honorable comte de Sternberg. Les graines répandues dans le commerce sous le nom de Blé de momie n’ont été accompagnées d’aucune preuve quant à l’ancienneté d’origine.

Épeautre et formes ou espèces voisines[258].

Louis Vilmorin[259], à l’imitation de Seringe dans son excellent travail sur les Céréales[260], a réuni en un groupe les blés dont les grains, à maturité, sont étroitement contenus dans leur enveloppe, ce qui oblige à faire une opération spéciale pour les en dégager, — caractère plus agricole que botanique. Il énumère ensuite les formes de ces blés vêtus, sous trois noms, qui répondent à autant d’espèces de la plupart des botanistes.

I. Épeautre, Grande Épeautre. — Triticum Spelta, Linné,

L’Épeautre n’est plus guère cultivé que dans le midi de l’Allemagne et la Suisse allemande. Autrefois, il n’en était pas de même.

Les descriptions de céréales par les auteurs grecs sont tellement brèves et insignifiantes qu’on peut toujours hésiter sur le sens des noms qu’ils emploient. Cependant, d’après les usages dont ils parlent, les érudits[261] estiment que les Grecs ont appelé l’Épeautre d’abord Olyra, ensuite Zeia, noms qui se trouvent dans Hérodote et Homère. Dioscoride[262] distingue deux sortes de Zeia, qui paraissent répondre aux Triticum Spelta et Tr. monococcum. On croit que l’Épeautre était le Semen (grain par excellence) et le Far, de Pline, dont il dit que les Latins se sont nourris pendant 360 ans, avant de savoir confectionner du pain[263]. Comme l’Épeautre n’a pas été trouvé chez les lacustres de Suisse ou d’Italie, et que les premiers cultivaient des formes voisines, appelées Tr. dicoccum et Tr. monococcum[264] il est possible que le Far des Latins fut plutôt une de celle-ci.

L’existence du véritable Épeautre dans l’ancienne Égypte et dans les pays voisins me paraît encore plus douteuse. LOlyra des Égyptiens, dont parle Hérodote, n’était pas lOlyra des Grecs. Quelques auteurs ont supposé que c’était le riz, Oryza[265]. Quant à l’Épeautre, c’est une plante qu’on ne cultive pas dans des pays aussi chauds. Les modernes, depuis Rauwolf jusqu’à nos jours, ne l’ont pas vue dans les cultures d’Égypte[266]. On ne l’a pas trouvée dans les monuments égyptiens. C’est ce qui m’avait fait supposer[267] que le mot hébreu Kussemeth, qui se trouve trois fois dans la Bible[268], ne devrait pas s’appliquer à l’Épeautre, contrairement à l’opinion des hébraïsants[269], J’avais présumé que c’était peut-être la forme voisine appelée Tr. monococcum, mais celle-ci n’est pas non plus cultivée en Égypte.

L’Épeautre n’a pas de nom en sanscrit ni même dans les langues modernes de l’Inde et en persan[270], à plus forte raison en chinois. Les noms européens, au contraire, sont nombreux et témoignent d’une ancienne culture, surtout dans l’Europe orientale : Spelta en ancien saxon, d’où Épeautre ; Dinkel en allemand moderne ; Orkisz en polonais, Pobla en russe[271] sont des noms qui paraissent venir de racines bien différentes. Dans le midi de l’Europe, les noms sont plus rares. Il faut citer cependant un nom espagnol, des Asturies, Escandia[272], mais je ne connais pas de nom basque.

Les probabilités historiques et surtout linguistiques sont en faveur d’une origine de l’Europe orientale tempérée et d’une partie voisine de l’Asie. Voyons si la plante a été découverte à l’état spontané.

Olivier, dans un passage déjà cité[273], dit l’avoir trouvée plusieurs fois en Mésopotamie, en particulier sur la rive droite de l’Euphrate, au nord d’Anah, dans une localité impropre à la culture. Un autre botaniste, André Michaux, l’avait vue, en 1783, près de Hamadan, ville de la région tempérée de Perse. D’après Dureau de La Malle, il en avait envoyé des graines à Bosc, qui les ayant semées à Paris en avait obtenu l’Épeautre ordinaire ; mais ceci me paraît douteux, car Lamarck en 1786[274] et Bosc lui-même, dans le Dictionnaire d’agriculture, article Épeautre, publié en 1809, n’en disent pas un mot. Les herbiers du Muséum, à Paris, ne contiennent aucun échantillon des céréales dont parle Olivier.

Il y a, comme on voit, beaucoup d’incertitude sur l’origine de l’espèce à titre de plante spontanée. Ceci m’engage à donner plus d’importance à l’hypothèse que l’Épeautre serait dérivé, par la culture, du froment ordinaire, ou serait sorti d’une forme intermédiaire, à une époque préhistorique pas très ancienne. Les expériences de M. H. Vilmorin[275] viennent à l’appui, car les croisements de l’Épeautre par le Blé blanc velu et vice versa ont donné des « métis, dont la fertilité est complète, avec mélange des caractères des deux parents, ceux de l’Épeautre ayant cependant quelque prépondérance[276].

II. Amidonier. — Triticum dicoccum, Schrank. — Triticum amyleum, Seringe.

Cette forme (Emmer ou Æmer, des Allemands), cultivée surtout en Suisse pour l’amidon, supporte bien les hivers rigoureux. Elle contient deux graines dans chaque épillet, comme le véritable Épeautre.

M. Heer[276] rapporte à une variété du Tr. dicoccum un épi trouvé, en mauvais état, dans la station lacustre de Wangen, en Suisse. M. Messikommer en a trouvé depuis à Robenhausen.

On ne l’a jamais vu spontané. La rareté de noms vulgaires est frappante. Ces deux circonstances, et le peu de valeur des caractères botaniques propres à le distinguer du Tr. Spelta, doivent le faire considérer comme une ancienne race cultivée de celui-ci.

III. Locular, Engrain. — Triticum monococcum, Linné.

Le Locular, Engrain commun ou Petit Épeautre, Einkorn des Allemands, se distingue des précédents par une seule graine dans l’épillet et par d’autres caractères, qui le font considérer par la majorité des botanistes comme une espèce véritablement distincte. Les expériences de M. H. Vilmorin appuient jusqu’à présent cette opinion, car il n’est pas parvenu à croiser le Triticum monococcum avec les autres Épeautres ou froments. Cela peut tenir, comme il le remarque lui-même, à quelque détail dans la manière d’opérer. Il se propose de renouveler les tentatives, et réussira peut-être. En attendant, voyons si cette forme d’Épeautre est d’ancienne culture et si on l’a trouvée quelque part dans un état spontané.

Le Locular s’accommode des sols les plus mauvais et les plus rocailleux. Il est peu productif, mais donne d’excellents gruaux. On le sème surtout dans les pays de montagnes, en Espagne, en France et dans l’Europe orientale, mais je ne le vois pas mentionné en Barbarie, en Égypte, dans l’Orient, ou dans l’Inde et en Chine.

On a cru le reconnaître, d’après quelques mots, dans le Tiphai de Théophraste[277]. Dioscoride[278] est plus facile à invoquer, car il distingue deux sortes de Zeia, l’une ayant deux graines, l’autre une seule. Celle-ci serait le Locular. Rien ne prouve qu’il fût habituellement cultivé chez les Grecs et les Latins. Leurs descendants ne l’emploient pas aujourd’hui[279].

Il n’a pas de nom sanscrit, ni même persan ou arabe. J’ai émis jadis l’hypothèse que le Kussemeth des Hébreux pourrait se rapporter à cette plante, mais cela me parait maintenant difficile à soutenir.

Marschall Bieberstein[280] avait indiqué le Tr. monococcum spontané, au moins sous une forme particulière, en Crimée et dans le Caucase oriental. Aucun botaniste n’a confirmé cette assertion. Steven[281], qui vivait en Crimée, déclare qu’il n’a jamais vu l’espèce autrement que cultivée par les Tartares. D’un autre côté, la plante que M. Balansa a récoltée, dans un état spontané, près du mont Sipyle, en Anatolie, est le Tr. monococcum, d’après J. Gay[282], lequel assimile à cette forme le Triticum bæoticum, Boissier, spontané dans la plaine de Béotie[283] et en Servie[284].

En admettant ces faits, le Triticum monococcum serait originaire de Servie, Grèce et Asie Mineure, et, comme on n’est pas parvenu à le croiser avec les autres Épeautres ou les froments, on a raison de l’appeler une espèce, dans le sens linnéen.

Quant à la séparation des froments à grains libres et des Épeautres, elle serait antérieure aux données historiques et peut-être aux commencements de toute agriculture. Les froments se seraient montrés les premiers, en Asie ; les Épeautres ensuite, plutôt dans l’Europe orientale et l’Anatolie. Enfin, parmi les Épeautres, le Tr. monococcum serait la forme la plus ancienne, dont les autres se seraient éloignées, à la suite de plusieurs milliers d’années de culture et de sélection.

Orge à deux rangs. — Hordeum distichon, Linné.

Les Orges sont au nombre des plus anciennes plantes cultivées. Comme elles ont à peu près la même manière de vivre et les mêmes emplois, il ne faut pas s’attendre à trouver chez les auteurs de l’antiquité et dans les langues vulgaires la précision qui permet de reconnaître les espèces admises par les botanistes. Dans beaucoup de cas, le nom Orge a été pris dans un sens vague ou générique. C’est une difficulté dont nous devons tenir compte. Par exemple, les expressions de l’Ancien Testament, de Bérose, de Moïse de Chorène, Pausanias, Marco Polo, et plus récemment d’Olivier, qui indiquent « l’orge spontanée ou cultivée » dans tel ou tel pays, ne prouvent rien, parce qu’on ne sait pas de quelle espèce il s’agit. Même obscurité pour la Chine. Le Dr Bretschneider[285] dit que, d’après un ouvrage publié en l’an 100 de notre ère, les Chinois cultivaient une « Orge », mais il n’explique pas laquelle. À l’extrémité occidentale de l’ancien monde les Guanches cultivaient aussi de l’Orge dont on connaît le nom, pas l’espèce.

L’Orge à deux rangs, sous sa forme ordinaire dans laquelle les grains sont couverts à maturité, a été trouvée sauvage dans l’Asie occidentale, savoir : dans l’Arabie Pétrée[286], autour du mont Sinaï[287], sur les ruines de Persépolis[288], près de la mer Caspienne[289] entre Lenkoran et Baku, dans le désert de Chirvan et Awhasie, également au midi du Caucase[290] et en Turcomanie[291]. Aucun auteur ne l’indique en Crimée, en Grèce, en Égypte ou à l’orient de la Perse. Willdenow[292] l’indique à Samara, dans le sud-est de la Russie ; ce que les auteurs plus récents ne confirment pas. La patrie actuelle est donc de la mer Rouge au Caucase et à la mer Caspienne.

D’après cela l’Orge à deux rangs devait être une des formes cultivées par les peuples sémitiques et touraniens. Cependant on ne l’a pas trouvée dans les monuments d’Égypte. Il semble que les Aryas ont dû la connaître, mais je n’en vois pas de preuve dans les noms vulgaires ou dans l’histoire.

Théophraste[293] parle de l’Orge à deux rangs. Les lacustres de la Suisse. orientale la cultivaient avant de posséder des métaux[294] ; mais l’Orge à six rangs était plus commune chez eux.

La race dans laquelle le grain est nu à maturité (H. distichon nudum, Linné), qu’on appelle en français de toutes sortes de noms absurdes. Orge à café, 0. du Pérou, etc., n’a jamais été trouvée sauvage.

L’Orge en éventail (Hordeum Zeocriton, Linné) me parait une forme cultivée de l’Orge à deux rangs. On ne la connaît pas à l’état spontané. Elle n’a pas été trouvée dans les monuments égyptiens, ni dans les débris lacustres de Suisse, Savoie et Italie.

Orge commune. — Hordeum vulgare, Linné.

L’Orge commune, à quatre rangs, est mentionnée par Théophraste[295], mais il paraît que dans l’antiquité on la cultivait moins que celles à deux et surtout à six rangs.

Elle n’a pas été trouvée dans les monuments égyptiens, ni dans les débris des lacustres de Suisse, Savoie et Italie.

Willdenow[296] dit qu’elle croît en Sicile et dans le sud-est de la Russie, à Samara ; mais les flores modernes de ces pays ne le confirment nullement. On ne sait pas quelle Orge Olivier avait vue sauvage en Mésopotamie ; par conséquent, l’Hordeum vulgare n’a pas encore été trouvé à l’état spontané, d’une manière certaine.

La multitude des noms vulgaires qu’on lui attribue ne signifie rien comme indication d’origine, car il est impossible de savoir dans la plupart des cas si ce sont des noms de l’Orge, en général, ou d’une Orge en particulier cultivée dans tel ou tel pays.

Orge à six rangs. Escourgeon. — Hordeum hexastichon, Linné.

C’était l’espèce le plus souvent cultivée dans l’antiquité. Non seulement les Grecs en ont parlé, mais encore elle a été trouvée dans les monuments les plus anciens de l’Égypte[297] et dans les restes des lacustres de Suisse (âge de pierre), de Savoie et d’Italie (âge de bronze)[298]. M. Heer a même distingué deux variétés dans l’espèce cultivée jadis en Suisse. L’une d’elles répond à l’orge à six rangs figurée sur les médailles de Métaponte, ville de l’Italie méridionale, six siècles avant J.-C.

D’après Roxburgh[299], c’était la seule Orge cultivée dans l’Inde à la fin du siècle dernier. Il lui attribue le nom sanscrit Yuva, devenu en bengali Juba, Adolphe Pictet[300] a étudié avec soin les noms sanscrits et des langues indo-européennes qui répondent au mot générique Orge, mais il n’a pas pu suivre dans les détails ce qui concerne chacune des espèces.

L’Orge à six rangs n’a pas été vue dans les conditions d’une plante spontanée dont un botaniste aurait constaté l’espèce. Je ne l’ai pas trouvée dans l’herbier de M. Boissier, si riche en plantes d’Orient. Il est possible que les Orges sauvages mentionnées par d’anciens auteurs et par Olivier aient été l’Hordeum hexastichon, mais on n’en a aucune preuve.

Sur les Orges en général.

Nous venons de voir que la seule forme trouvée aujourd’hui spontanée est la plus simple, la moins productive, l’Hordeum distichon, dont la culture est préhistorique, comme celle de l’H. hexastichon. Peut-être l’H. vulgare est-il moins ancien de culture que les deux autres ?

On peut tirer de ces données deux hypothèses : 1° Une dérivation des Orges à quatre et à six rangs de celle à deux rangs, dérivation qui remonterait aux cultures préhistoriques, antérieures à celles des anciens Égyptiens constructeurs des monuments. 2° Les Orges à quatre et à six rangs seraient des espèces jadis spontanées, éteintes depuis l’époque historique. Il serait singulier, dans ce cas, qu’il n’en restât aucune trace dans les flores de la vaste région comprise entre l’Inde, la mer Noire et l’Abyssinie, où l’on est à peu près assuré de la culture, au moins de l’Orge à six rangs.

Seigle. — Secale cereale, Linné.

Le Seigle n’est pas d’une culture très ancienne, si ce n’est peut-être en Russie et en Thrace.

On ne l’a pas trouvé dans les monuments égyptiens, et il n’a pas de noms dans les langues sémitiques, même modernes. Il en est de même en sanscrit et dans les langues indiennes qui dérivent du sanscrit. Ces faits concordent avec la circonstance que le Seigle réussit mieux dans les pays septentrionaux que dans ceux du Midi, où généralement, à notre époque, il n’est pas cultivé. Le Dr Bretschneider[301] pense qu’il est inconnu aux agriculteurs chinois. Il doute de l’assertion contraire d’un auteur moderne et fait remarquer qu’une céréale mentionnée dans les mémoires de l’empereur Kanghi, qu’on peut soupçonner être cette espèce, signifie d’après son nom Blé apporté de Russie. Or le Seigle, dit-il, est cultivé beaucoup en Sibérie. Il n’en est pas question dans les flores japonaises.

Les anciens Grecs ne le connaissaient pas. Le premier auteur qui l’ait mentionné dans l’empire romain est Pline[302], qui parle du Secale, cultivé à Turin, au pied des Alpes, sous le nom de Asia. Galien[303], né en 131 de notre ère, l’avait vu cultivé, en Thrace et en Macédoine, sous le nom de Briza. Ces cultures paraissent peu anciennes, du moins en Italie, car on n’a pas trouvé de Seigle dans les débris des habitations lacustres du nord de ce pays, de Savoie et de Suisse, même à l’époque du bronze. M. Jetteles en a recueilli, près d’Olmutz, avec des instruments de ce métal, et M. Heer[304], qui a vu les échantillons, en mentionne d’autres, de l’époque romaine, en Suisse.

A défaut de preuves archéologiques, les langues européennes montrent une ancienne connaissance du Seigle dans les pays germains, celtes et slaves. Le nom principal, selon Adolphe Pictet[305], appartient aux peuples du nord de l’Europe : anglo-saxon Ryge, Rig, Scandinave Rûgr, ancien allemand Roggo, ancien slave Ruji, Roji, polonais Rez, illyrien Raz, etc. L’origine de ce nom, dit-il, doit remonter à une époque antérieure à la séparation des Germains et des Lithuano-Slaves. Le mot Secale des Latins se trouve sous une forme presque semblable chez les Bretons, Segal, et les Basques, Cekela, Zekhalea ; mais on ne sait pas si les Latins l’ont emprunté aux Gaulois et Ibères ou si inversement ces derniers ont reçu le nom des Romains. Cette seconde hypothèse parait probable, puisque les Gaulois cisalpins du temps de Pline se servaient d’un nom tout différent. Je vois aussi mentionnés un nom tartare, Aresch[306], et un nom ossète, Syl, Sil[307], qui font présumer une ancienne culture à l’orient de l’Europe.

Ainsi les données historiques et linguistiques montrent une origine probable des pays au nord du Danube, et une culture qui remonte à peine au delà de l’ère chrétienne pour l’empire romain, mais plus ancienne peut-être en Russie et en Tartarie.

L’indication du Seigle spontané telle que la donnent plusieurs auteurs ne doit presque jamais être admise, car il est arrivé souvent qu’on a confondu avec le Secale cereale des espèces vivaces ou dont l’épi se brise facilement, que les botanistes modernes ont distinguées avec raison[308]. Beaucoup d’erreurs qui en provenaient ont été éliminées sur l’examen des échantillons originaux. D’autres peuvent être soupçonnées. Ainsi je ne sais ce qu’il faut penser des assertions de L. Ross, qui disait avoir trouvé le Seigle sauvage dans plusieurs localités de l’Anatolie[309], et du voyageur russe, Ssaewerzoff, qui l’aurait vu dans le Turkestan[310]. Ce dernier fait est assez probable, mais on ne dit pas qu’un botaniste ait vérifié la plante. Kunth[311] avait déjà indiqué « le désert entre la mer Noire et la mer Caspienne », sans dire d’après quel voyageur ou quels échantillons. L’herbier de M. Boissier ne m’a révélé aucun Secale cereale spontané, mais il m’a donné la persuasion qu’un voyageur doit facilement prendre une autre espèce de Seigle pour celle-ci et que les assertions doivent être vérifiées soigneusement.

A défaut de preuves suffisantes pour des pieds spontanés j’ai fait valoir autrefois, dans ma Géographie botanique raisonnée, un argument de quelque valeur. Le Secale cereale se sème hors des cultures et devient presque spontané dans les pays de l’empire d’Autriche[312], ce qu’on ne voit guère ailleurs[313]. Ainsi dans la partie orientale de l’Europe, où l’histoire indique une culture ancienne, le Seigle trouve aujourd’hui les conditions les plus favorables pour vivre sans le secours de l’homme. On ne peut guère douter, d’après cet ensemble de faits, qu’il ne soit originaire de la région comprise entres les Alpes d’Autriche et le nord de la mer Caspienne. C’est d’autant plus probable que les cinq ou six autres espèces connues du genre Secale habitent l’Asie occidentale tempérée ou le sud-est de l’Europe.

En admettant cette origine, les peuples aryens n’auraient pas connu l’espèce, comme la linguistique le montre déjà ; mais dans leurs migrations vers l’ouest ils ont dû la rencontrer ayant des noms divers, qu’ils auraient transportés çà et là.

Avoine ordinaire et Avoine d’Orient. — Avena sativa, Linné, et Avena orientalis, Schreber.

L’Avoine n’était pas cultivée chez les anciens Égyptiens et les Hébreux, mais aujourd’hui on la sème en Égypte[314]. Elle n’a pas de nom sanscrit, ni même dans les langues modernes de l’Inde. Ce sont les Anglais qui la sèment quelquefois dans ce pays, pour en nourrir leurs chevaux[315]. La plus ancienne mention de l’Avoine en Chine est dans un ouvrage historique sur les années 618 à 907 de l’ère chrétienne ; elle s’applique à la variété appelée par les botanistes Avena sativa nuda[316]. Les anciens Grecs connaissaient bien le genre Avoine, qu’ils appelaient Bromos[317], comme les Latins l’appelaient Avena ; mais ces noms s’appliquaient ordinairement aux espèces qu’on ne cultive pas et qui sont de mauvaises herbes mélangées avec les céréales. Rien ne prouve qu’ils aient cultivé l’Avoine ordinaire. La remarque de Pline[318] que les Germains se nourrissaient de farine tirée de cette plante fait comprendre que les Romains ne la cultivaient pas.

La culture de l’Avoine était donc pratiquée anciennement au nord de l’Italie et de la Grèce. Elle s’est propagée plus tard, et partiellement dans le midi de l’empire romain. Il est possible qu’elle fût plus ancienne dans l’Asie Mineure, car Galien[319] dit que l’Avoine abondait en Mysie, au-dessus de Pergame ; qu’on la donnait aux chevaux et que les hommes s’en nourrissaient dans les années de disette. L’Asie Mineure avait reçu jadis une colonie gauloise.

On a trouvé de l’Avoine dans les restes des habitations lacustres suisses de l’époque du bronze[320], et en Allemagne, près de Wittenberg, dans plusieurs tombeaux des premiers siècles de l’ère chrétienne ou un peu plus anciens[321]. Jusqu’à présent, les lacustres du nord de l’Italie n’en ont pas présenté, ce qui confirme l’absence de culture de l’espèce dans le temps de la république romaine.

Les noms prouvent encore une ancienne existence au nord et à l’ouest des Alpes et sur les confins de l’Europe, vers le Caucase et la Tartarie. Le plus répandu de ces noms est indiqué par le latin Avena, l’ancien slave Ovisu, Ovesu, Ovsa, le russe Ovesu, le lithuanien Awiza, le letton Ausas, l’ostiaque Abis[322]. L’anglais Oats vient, d’après Ad. Pictet, de l’anglo-saxon Ata ou Ate. Le nom basque Olba ou Oloa[323] fait présumer une culture très ancienne par les Ibères.

Les noms celtiques diffèrent des autres[324] : irlandais, Coirce, Cuirce, Corca ; armoricain Kerch, Les noms tartare Sulu, géorgien Kari, hongrois Zab, croate Zob, esthonien Kaer et autres sont indiqués par Nemnich[325] comme s’appliquant au mot générique Avoine, mais il n’est pas probable qu’il y eût des noms aussi variés s’il ne s’agissait pas d’une espèce cultivée. Comme singularité, je note un nom berbère Zekkoum[326], quoique rien ne puisse faire présumer une ancienne culture en Afrique.

Tout ce qui précède montre combien était fausse l’opinion que l’Avoine est originaire de l’île de Juan Femandez, opinion qui régnait dans le siècle dernier[327] et qui paraît venir d’une assertion du navigateur Anson[328]. Ce n’est pas dans l’hémisphère austral qu’il faut chercher la patrie de l’espèce, mais évidemment dans les pays de l’hémisphère boréal où on l’a cultivée anciennement. Voyons si elle s’y trouve encore dans un état spontané.

L’Avoine se sème dans les décombres, au bord des chemins et près des endroits cultivés, plus facilement que les autres céréales, et se maintient quelquefois de manière à sembler spontanée. Cette remarque a été faite dans des localités très éloignées, comme l’Algérie et le Japon, Paris et le nord de la Chine[329]. Ce genre de faits doit nous rendre sceptiques sur l’Avoine que Bové dit avoir trouvée dans le désert du mont Sinaï. On a prétendu aussi[330] que le voyageur Olivier avait vu l’Avoine sauvage en Perse, mais il n’en parle pas dans son ouvrage. D’ailleurs plusieurs espèces annuelles qui ressemblent beaucoup à l’Avoine ordinaire peuvent tromper un voyageur. Je ne puis découvrir ni dans les livres ni dans les herbiers l’existence de pieds vraiment spontanés, soit en Asie, soit en Europe, et M. Bentham m’a certifié qu’il n’y en a pas dans les riches herbiers de Kew ; mais certainement, comme pour les formes dont je parlerai tout à l’heure, la condition quasi spontanée ou quasi naturalisée est plus fréquente dans les États autrichiens, de Dalmatie en Transylvanie[331], que nulle part ailleurs. C’est une indication de l’origine, à ajouter aux probabilités historiques et linguistiques en faveur de l’Europe orientale tempérée.

L’Avena strigosa, Schreber, paraît une forme de l’Avoine ordinaire, d’après des expériences de culture dont parle M. Bentham, en ajoutant, il est vrai, qu’elles méritent confirmation[332]. On peut voir une bonne figure de cette plante dans Host, Icones Graminum austriacorum, 2, pl. 56, qui est intéressante à comparer avec la pl. 59 de l’A. sativa. Du reste, l’Avena strigosa n’a pas été trouvée à l’état spontané. Elle est en Europe dans les champs abandonnés, ce qui appuie l’hypothèse d’une forme dérivée, par suite de la culture.

L’Avena orientalis, Schreber, dont les épillets penchent d’un seul côté, est aussi cultivée en Europe depuis la fin du XVIIIe siècle. On ne la connaît pas à l’état spontané. Mélangée souvent avec l’Avoine ordinaire, elle se distingue au premier coup d’œil. Les noms qu’elle porte en Allemagne, Avoine de Turquie ou de Hongrie, montrent une introduction moderne venant de l’est. Host en a donné une excellente figure (Gram. austr., 1, pl. 44).

Toutes ces Avoines étant cultivées sans qu’on ait découvert ni les unes ni les autres à l’état vraiment spontané, il est bien probable qu’elles proviennent d’une seule forme préhistorique, dont la patrie était l’Europe tempérée orientale et la Tartarie.

Millet commun. — Panicum miliaceum, Linné.

La culture de cette Graminée est préhistorique dans le midi de l’Europe, en Égypte et en Asie. Les Grecs en ont parlé sous lé nom de Kegchros et les Latins sous celui de Milium[333]. Les lacustres suisses, à l’époque de la pierre, faisaient grand usage du Millet[334]. On l’a trouvé aussi dans les restes des palafittes du lac de Varèse en Italie[335]. Comme on ne retrouve pas ailleurs des échantillons de ces anciens temps, il est impossible de savoir quel était le Panicum ou le Sorghum mentionné par les auteurs latins, dont les habitants de la Gaule, de la Pannonie et autres pays se nourrissaient.

Unger[336] compte le P. miliaceum parmi les espèces de l’ancienne Égypte, mais il ne paraît pas qu’il en eût des preuves positives, car il n’a indiqué ni monument ou dessin ni graine trouvée dans les tombeaux. On n’a pas non plus de preuves matérielles d’ancienne culture en Mésopotamie, dans l’Inde et en Chine. Pour ce dernier pays, la question s’est élevée de savoir si le Shu, une des cinq céréales que les empereurs sèment en grande cérémonie chaque année, est le Panicum miliaceum, une espèce voisine, ou le Sorgho ; mais il paraît que le sens du mot Shu a. varié, et que jadis on semait peut-être le Sorgho[337].

Les botanistes anglo-indiens[338] attribuent à l’espèce actuelle deux noms sanscrits, Unoo (prononcez Ounou) et Vreekib-heda (prononcez Vrikib-heda, , quoique le nom moderne hindou et bengali et le nom telinga Worga soient tout autres, Cheena (prononcez China). Si les noms sanscrits sont réels, ils indiquent une ancienne culture dans l’Inde. On ne connaît pas de nom hébreu ni berbère[339] ; mais il y a des noms arabes, Dokhn, usité en Égypte, et Kosjæjb en Arabie[340]. Les noms européens sont variés. Outre les deux noms grec et latin, il y a un nom vieux slave, Proso[341], conservé en Russie et en Pologne, un nom vieux allemand, Hirsi, et un nom lithuanien, Sora[342]. L’absence de noms celtiques est remarquable. Il semble que l’espèce aurait été cultivée spécialement dans l’Europe orientale et se serait répandue vers l’ouest à la fin de la domination gauloise. Voyons si elle est spontanée quelque part.

Linné[343] disait qu’elle habite dans l’Inde, et la plupart des auteurs le répètent ; mais les botanistes anglo-indiens[344] l’indiquent toujours comme cultivée. Elle n’est pas dans les flores du Japon. Au nord de la Chine, M. de Bunge l’a vue seulement cultivée[345] et M. Maximowicz près de l’Ussuri, au bord des prés et dans des localités voisines des habitations chinoises[346]. D’après Ledebour[347], elle est presque spontanée dans la Sibérie altaïque et la Russie moyenne, et spontanée au midi du Caucase et dans le pays de Talysch. Pour cette dernière localité il cite Hohenaker. Celui-ci cependant dit « presque spontanée » [348]. En Crimée, où elle fournit le pain des Tartares, on la trouve çà et là presque spontanée[349], ce qui arrive également dans le midi de la France, en Italie et en Autriche[350]. Elle n’est pas spontanée en Grèce[351], et personne ne l’a trouvée en Perse, ou en Syrie. Forskal et Delile l’ont indiquée en Égypte ; mais M. Ascherson ne l’admet pas[352], et Forskal l’indique en Arabie[353].

L’espèce pourrait s’être naturalisée dans ces régions, à la suite d’une culture fréquente, depuis les anciens Égyptiens. Cependant la qualité spontanée est si douteuse ailleurs que la probabilité est bien pour une origine égypto-arabique.

Panic d’Italie ou Millet à grappe. — Panicum italicum, Linné. — Setaria italica, Beauvois.

La culture de cette espèce a été une des plus répandues dans les parties tempérées de l’ancien monde, à l’époque préhistorique. Ses graines servaient à la nourriture de l’homme, tandis que maintenant on les donne surtout aux oiseaux.

En Chine, c’est une des cinq plantes que l’empereur doit semer chaque année dans une cérémonie publique, selon les ordres donnés par Chen-nung, 2700 ans avant Jésus-Christ[354]. Le nom ordinaire est Siao-mi (petit grain), et le nom plus ancien était Ku, mais celui-ci parait s’être appliqué aussi à une espèce bien différente[355]. Pickering dit l’avoir reconnue dans deux dessins de l’ancienne Égypte[356], et qu’elle est cultivée aujourd’hui sous le nom de Dokn, mais c’est le nom du Panicum miliaceum. Il est donc très douteux que les anciens Égyptiens l’aient cultivée.

On l’a trouvée dans les débris des habitations lacustres de Suisse, dès l’époque de pierre, et à plus forte raison chez les lacustres de l’époque subséquente en Savoie[357].

Les anciens Grecs et les Latins n’en ont pas parlé, ou du moins on n’a pas pu le certifier d’après ce qu’ils disent de plusieurs Panicum ou Milium, De nos jours, l’espèce est rarement cultivée dans le midi de l’Europe ; elle ne l’est pas du tout en Grèce[358] par exemple, et je ne la vois pas indiquée en Égypte, mais elle est fréquente dans l’Asie méridionale[359].

On attribue à cette Graminée des noms sanscrits Kungoo (prononcez Koungou) et Priyungoo (Priyoungou), dont le premier s’est conservé en bengali[360]. Piddington mentionne dans son Index plusieurs autres noms des langues indiennes. Ainslies[361] indique un nom persan, Arzun, et un nom arabe ; mais celui-ci est attribué ordinairement au Panicum miliaceum. Il n’y a pas de nom hébreu, et la plante n’est pas mentionnée dans les ouvrages de botanique sur l’Égypte et l’Arabie. Les noms européens n’ont aucune valeur historique. Ils ne sont pas originaux et se rapportent communément à la transmission de l’espèce ou à sa culture dans tel ou tel pays. Le nom spécifique italicum en est un exemple assez absurde, la plante n’étant guère cultivée et point du tout spontanée en Italie.

Rumphius la dit spontanée dans les îles de la Sonde, sans être bien affirmatif[362]. Linné est parti probablement de cette base pour exagérer et même avancer une erreur, en disant : « Habite les Indes[363]. » Elle n’est certainement pas des Indes occidentales. Bien plus, Roxburgh assure qu’il ne l’a jamais vue sauvage dans l’Inde. Les Graminées de la flore de sir J. Hooker n’ont pas encore paru ; mais, par exemple, Aitchison[364] indique l’espèce comme uniquement cultivée dans le nord-ouest de l’Inde. La plante d’Australie que Rob. Brown avait dit être cette espèce appartient à une autre[365].Au Japon, le P. italicum paraît être spontané, du moins sous la forme appelée germanica par divers auteurs[366] et les Chinois regardent les cinq céréales de la cérémonie annuelle comme originaires de leur pays. Cependant MM. de Bunge, dans le nord de la Chine ; et Maximowicz, dans la région du fleuve Amur, n’ont vu l’espèce que cultivée en grand et toujours sous la forme de la variété germanica[367]. Pour la Perse[368] la région du Caucase et l’Europe, je ne vois dans les flores que l’indication de plante cultivée, ou cultivée et s’échappant quelquefois hors des cultures dans les décombres, les bords de chemins, les terrains sablonneux, etc.[369]

L’ensemble des documents historiques, linguistiques et botaniques me fait croire que l’espèce existait, avant toute culture, il y a des milliers d’années, en Chine, au Japon et dans l’archipel indien. La culture doit s’être répandue anciennement vers l’ouest, puisque l’on connaît des noms sanscrits, mais il ne parait pas qu’elle se soit propagée vers l’Arabie, la Syrie et la Grèce, et c’est probablement par la Russie et l’Autriche qu’elle est arrivée, de bonne heure, chez les lacustres de l’âge de pierre en Suisse.

Sorgho commun. — Holcus Sorghum, Linné. — Andropogon Sorghum, Brotero. — Sorghum vulgare, Persoon.

Les botanistes ne sont pas d’accord sur la distinction de plusieurs des espèces de Sorgho et même sur les genres à établir dans cette division des Graminées. Un bon travail monographique serait désirable, ici comme pour les Panicées. En attendant, je donnerai quelques renseignements sur les principales espèces, à cause de leur extrême importance pour la nourriture de l’homme, l’élève des volailles, et comme fourrages.

Prenons pour type de l’espèce le Sorgho cultivé en Europe, tel qu’il est figuré, par Host, dans ses Graminaæ austriacæ (4, pl. 2). C’est une des plantes le plus habituellement cultivées par les Égyptiens modernes, sous le nom de Dourra, dans l’Afrique équatoriale, l’Inde, et la Chine[370]. Elle est si productive dans les pays chauds que d’immenses populations de l’ancien monde s’en nourrissent.

Linné et tous les auteurs, même nos contemporains, disent qu’elle est de l’Inde ; mais, dans la première édition de la flore de Roxburgh, publiée en 1820, ce savant, qu’on aurait bien fait de consulter, affirme qu’il ne l’a pas vue autrement que cultivée. Il fait la même remarque pour les formes voisines (bicolor, saccharatus, etc.), qu’on regarde souvent comme de simples variétés. Aitchison n’a vu aussi le Sorgho que cultivé. L’absence de nom sanscrit rend également l’origine indienne très douteuse. Bretschneider, de son côté, dit le Sorgho indigène en Chine, quoique les anciens auteurs chinois, selon lui, n’en aient pas parlé. Il est vrai qu’il cite le nom, vulgaire à Péking, de Kao-liang (haut millet), qui s’applique aussi à l’Holcus saccharatus pour lequel il convient mieux.

Le Sorgho n’a pas été trouvé dans les restes des palafittes de Suisse et d’Italie. Les Grecs n’en ont pas parlé. La phrase de Pline[371] sur un Milium introduit de son temps de l’Inde en Italie a fait croire qu’il s’agissait du Sorgho, mais c’était une plante plus élevée, peut-être l’Holcus saccharatus. Le Sorgho n’a pas été trouvé en nature et d’une manière certaine dans les tombeaux de l’ancienne Égypte. Le Dr Hannerd a cru le reconnaître d’après quelques graines écrasées que Rosellini avait rapportées de Thèbes[372] ; mais le conservateur des antiquités égyptiennes du Musée britannique, M. Birch, a déclaré plus récemment qu’on n’a pas découvert l’espèce dans les anciens tombeaux[373]. Pickering dit en avoir reconnu des feuilles, mêlées avec celles du Papyrus. Il dit aussi en avoir vu des peintures, et Lepsius a figuré des dessins qu’il prend, ainsi que Unger et Wilkinson, pour le Durra des cultures modernes[374]. La taille et la forme de l’épi sont bien du Sorgho. Il est possible que cette espèce soit le Dochan, mentionné une fois dans l’Ancien Testament[375] comme une céréale avec laquelle on faisait du pain. Cependant le mot arabe actuel Dochn s’applique au Sorgho sucré.

Les noms vulgaires ne m’ont rien appris, à cause de leur sens ou parce que souvent le même nom a été appliqué à différents Panicum et Sorghum. Je ne puis en découvrir aucun qui soit certain dans les langues anciennes de l’Inde ou de l’Asie occidentale, ce qui fait présumer une introduction antérieure de peu de siècles à l’ère chrétienne.

Aucun botaniste n’a mentionné le Durra comme spontané en Égypte ou en Arabie. Une forme analogue est sauvage dans l’Afrique équatoriale ; mais R. Brown n’a pas pu la déterminer exactement[376], et la flore de l’Afrique tropicale qui se publie à Kew ne contient pas encore l’article des Graminées. Il reste donc uniquement l’assertion du Dr Bretschneider que le Sorgho, de grande taille, est indigène en Chine. Si c’est bien l’espèce, elle se serait répandue tardivement vers l’ouest. Mais les anciens Égyptiens la possédaient, et l’on se demande alors comment ils l’auraient reçue de Chine sans que les peuples intermédiaires en aient eu connaissance ? Il est plus facile de comprendre l’indigénat dans l’Afrique équatoriale, avec transmission préhistorique en Égypte, dans l’Inde et finalement en Chine, où la culture ne paraît pas très ancienne, car le premier ouvrage qui en parle date du IVe siècle de notre ère. À l’appui d’une origine africaine, je citerai l’observation de Schmidt[377] que l’espèce abonde dans l’île San Antonio de l’archipel du Cap-Vert, dans des localités rocailleuses. Il la croit « complètement naturalisée », ce qui peut-être cache une véritable origine.

Sorgho sucré.Holcus saccharatus, Linné. — Andropogon saccharatus, Roxburgh. — Sorghum saccharatum, Persoon.

Cette espèce, plus haute que le Sorgho ordinaire, et à panicule diffuse[378], est cultivée dans les pays tropicaux pour le grain, qui ne vaut cependant pas celui du Sorgho ordinaire, et dans les régions moins chaudes comme fourrage, ou même pour le sucre assez abondant que renferme la tige. Les Chinois en tirent de l’alcool, mais non du sucre.

L’opinion des botanistes et du public la fait venir de l’Inde ; mais, d’après Roxburgh, elle est seulement cultivée dans cette région. Il en est de même aux îles de la Sonde, où le Battari est bien l’espèce actuelle. C’est le Kao-liang (grand Millet) des Chinois. On ne le dit pas spontané en Chine. Il n’est pas mentionné dans les auteurs plus anciens que l’ère chrétienne[379]. D’après ces divers témoignages et l’absence de tout nom sanscrit, l’origine asiatique me paraît une illusion.

La plante est cultivée maintenant en Égypte moins que le Sorgho ordinaire, et en Arabie, sous le nom de Dochna ou Dochn, Aucun botaniste ne l’a vue spontanée dans ces pays[380]. On n’a pas de preuve que les anciens Égyptiens l’aient cultivée. Hérodote[381] a parlé d’un Millet en arbre, des plaines d’Assyrie. Ce pourrait être l’espèce actuelle, mais comment le prouver ?

Les Grecs et les Latins n’en avaient pas connaissance, du moins avant l’époque de l’empire romain, mais il est possible que ce fût le Millet, haut de sept pieds, dont Pline fait mention[382] comme ayant été introduit de l’Inde, de son vivant. Probablement il faut chercher l’origine dans l’Afrique intertropicale, où l’espèce est généralement cultivée. Sir W. Hooker[383] cite des échantillons des bords du fleuve Nun, qui étaient peut-être sauvages. La publication prochaine des Graminées dans la Flore de l’Afrique tropicale jettera probablement du jour sur cette question.

L’expansion de la culture de l’Afrique intérieure à l’Égypte, depuis les Pharaons, à l’Arabie, l’archipel indien, et, après l’époque du sanscrit, à l’Inde, enfin à la Chine, vers le commencement de notre ère, concorderait avec les indications historiques et n’est pas difficile à admettre. L’hypothèse inverse, d’une transmission de l’est à l’ouest, présente une foule d’objections.

Plusieurs autres formes de Sorgho sont cultivées en Asie et en Afrique, par exemple le cernuus à épis penchés, dont parle Roxburgh et que Prosper Alpin avait vu en Égypte ; le bicolor, qui par sa taille ressemble au saccharatus ; et les niger, rubens, qui paraissent encore plus des variétés de culture. Aucune n’a été trouvée sauvage, et il est probable qu’un monographe les rattacherait comme de simples dérivations aux espèces sus-mentionnées.

Coracan. — Eleusine Coracana, Gærtner.

Cette Graminée annuelle, qui ressemble aux Millets, est cultivée surtout dans l’Inde et l’archipel indien. Elle l’est aussi en Égypte[384] et en Abyssinie[385] ; mais le silence de beaucoup de botanistes qui ont parlé des plantes de l’Afrique intérieure ou occidentale fait présumer que la culture en est peu répandue sur ce continent. Au Japon[386]. elle s’échappe quelquefois hors des endroits où on la cultive. Les graines mûrissent dans le midi de l’Europe ; mais la plante y est sans mérite, excepté comme fourrage[387].

Aucun auteur ne dit l’avoir trouvée à l’état spontané, en Asie ou en Afrique. Roxburgh[388], le plus attentif à ces sortes de questions, après avoir parlé de sa culture, ajoute : « Je ne l’ai jamais vue sauvage. » Il distingue, sous le nom d’Eleusine stricta, une forme encore plus fréquemment cultivée dans l’Inde, qui parait une simple variété du Coracana, et qu’il n’a également pas rencontrée hors des cultures.

La patrie nous sera indiquée par d’autres moyens.

Et d’abord les espèces du genre Eleusine sont plus nombreuses dans l’Asie méridionale que dans les autres régions tropicales. Outre la plante cultivée, Royle[389] mentionne d’autres espèces dont les habitants pauvres de l’Inde recueillent les graines dans la campagne.

D’après l’Index de Piddington, il y a un nom sanscrit, Rajika, et plusieurs autres noms dans les langues modernes de l’Inde. Celui de Coracana vient du nom usité à Ceylan, Kourakhan[390]. Dans l’archipel indien, les noms paraissent moins nombreux et moins originaux.

En Égypte, la culture de cette espèce ne peut pas être ancienne. Les monuments de l’antiquité n’en indiquent aucune trace. Les auteurs gréco-romains, qui connaissaient le pays, n’en ont pas parlé, ni plus tard Prosper Alpin, Forskal, Delile. Il faut arriver à un ouvrage tout récent, comme celui de MM. Schweinfurth et Ascherson, pour trouver l’espèce mentionnée, et je ne puis même, découvrir un nom arabe[391].

Ainsi toutes les probabilités botaniques, historiques et linguistiques concourent à démontrer une origine indienne.

La flore de l’Inde anglaise, dont les Graminées n’ont pas encore paru, nous dira peut-être si l’on a trouvé la plante spontanée dans des explorations récentes.

On cultive en Abyssinie une espèce très voisine, Eleusine Tocussa, Fresenius[392], plante fort peu connue, qui est peut-être originaire d’Afrique.

Riz. — Oryza sativa, Linné.

Dans la cérémonie instituée par l’empereur Chin-Nong, 2800 ans avant Jésus-Christ, le Riz joue le rôle principal. C’est l’empereur régnant qui doit le semer lui-même, tandis que les quatre autres espèces sont ou peuvent être semées par les princes de sa famille[393]. Les cinq espèces sont regardées par les Chinois comme indigènes, et il faut convenir que c’est bien probable pour le riz, vu son emploi général et ancien, dans un pays coupé de canaux et de rivières, si favorable aux plantes aquatiques. Les botanistes n’ont pas assez herborisé en Chine pour qu’on sache jusqu’à quel point le Riz s’y trouve hors des cultures ; mais Loureiro[394] l’a vu dans les marais de la Cochinchine.

Rumphius et les auteurs modernes sur l’archipel indien l’indiquent seulement comme cultivé. La multitude des noms et des variétés fait présumer une très ancienne culture. Dans l’Inde britannique, elle date au moins de l’invasion des Aryas, puisque le Riz a des noms en sanscrit, Vrihi, Arunya[395] d’où viennent plusieurs noms des langues modernes de l’Inde, et Oruza, ou Oruzon des anciens Grecs, Rouz ou Arous des Arabes. Théophraste[396] a parlé du Riz comme cultivé dans l’Inde. Les Grecs l’avaient connu par l’expédition d’Alexandre. « D’après Aristobule, dit Strabon[397], le Riz croît dans la Bactriane, la Babylonie, la Suside, » et il ajoute : « Nous dirons, nous, dans la basse Syrie aussi. » Plus loin, il note que les Indiens s’en nourrissent et en tirent une sorte de vin. Ces assertions, douteuses peut-être pour la Bactriane, montrent une culture bien établie au moins depuis le temps d’Alexandre (400 ans avant Jésus-Christ) dans la région de l’Euphrate, et depuis le commencement de notre ère dans les endroits chauds et arrosés de la Syrie. L’Ancien Testament n’a pas parlé du Riz ; mais un auteur toujours exact et judicieux, L. Reynier[398], a relevé dans les livres du Talmud plusieurs passages relatifs à sa culture. On est conduit par ces faits à supposer que les Indiens ont employé le Riz après les Chinois, et qu’il s’est répandu vers l’Euphrate encore plus tard, antérieurement cependant à l’invasion des Aryas dans l’Inde. Depuis l’existence de cette culture en Babylonie, il s’est écoulé plus de mille ans jusqu’au transport en Syrie, et l’introduction en Égypte a suivi celle-ci, de deux ou trois siècles probablement. En effets il n’y a aucune indication du Riz dans les graines ou les peintures de l’ancienne Égypte[399]. Strabon, qui avait vu ce pays, comme la Syrie, ne dit pas que le Riz fût cultivé de son temps en Égypte, mais que les Garamantes[400] le cultivaient, et ce peuple est considéré comme ayant habité une oasis au midi de Carthage. L’avaient-ils reçu de Syrie ? C’est possible. En tout cas, l’Égypte ne pouvait pas tarder à posséder une culture si bien appropriée à ses conditions particulières d’arrosement. Les Arabes ont introduit l’espèce en Espagne, comme l’indique le nom espagnol Arroz. Les premières cultures de Riz en Italie datent de 1468, près de Pise[401]. Celles de la Louisiane sont modernes.

Lorsque j’ai présumé la culture moins ancienne dans l’Inde qu’en Chine, je n’ai pas entendu que la plante n’y fût pas spontanée. Elle appartient à une famille où les habitations des espèces sont étendues, et en outre les plantes aquatiques ont ordinairement de plus vastes habitations que les autres. Le Riz existait peut-être avant toute culture dans l’Asie méridionale, de la Chine au Bengale, comme l’indique la diversité des noms dans les langues monosyllabiques des peuples entre l’Inde et la Chine[402]. On l’a trouvé hors des cultures dans plusieurs localités de l’Inde. Roxburgh[403] l’affirme. Il raconte que le Riz sauvage, appelé Newaree par les Telingas, croit en abondance aux bords des lacs dans le pays des Circars. Le grain en est recherché par les riches Indous ; mais on ne le sème pas, parce qu’il est peu productif. Roxburgh ne doute pas que ce ne soit la plante originelle. Thomson[404] a recueilli un Riz sauvage à Moradabad, dans la province de Dehli. Les raisons historiques appuient l’idée que ces échantillons sont indigènes. Sans cela, on pourrait les supposer un effet de la culture habituelle de l’espèce, d’autant plus qu’on a des exemples de la facilité avec laquelle le Riz se sème et se naturalise dans les pays chauds et humides[405]. Toutefois la combinaison des indices historiques et des probabilités botaniques tend à faire admettre pour l’Inde une existence antérieure à la culture.

Maïs. — Zea Mays, Linné.

« Le Maïs est originaire d’Amérique et n’a été introduit dans l’ancien monde que depuis la découverte du nouveau. Je regarde ces deux assertions comme positives, malgré l’opinion contraire de quelques auteurs et le doute émis par le célèbre agronome Bonafous, auquel nous devons le traité le plus complet sur le Maïs[406]. » C’est ainsi que je m’exprimais en 1855, après avoir déjà combattu l’idée de Bonafous au moment de la publication de son ouvrage[407]. Les preuves se sont renforcées depuis, en faveur de l’origine américaine. Cependant on a fait des tentatives dans un sens opposé, et, comme le nom de Blé de Turquie entretient une erreur, il est bon de reprendre la discussion avec de nouveaux documents.

Personne ne conteste que le Maïs était inconnu en Europe du temps de l’empire romain, mais on a prétendu qu’il avait été apporté d’Orient, au moyen âge. L’argument principal reposait sur une charte du XIIIe siècle, publiée par Molinari[408], d’après laquelle deux croisés, compagnons d’armes de Boniface III, marquis de Monferrat, auraient donné en 1204, à la ville d’Incisa, un morceau de la vraie croix plus une bourse contenant une sorte de grains de couleur d’or et en partie blancs, inconnus dans le pays, qu’ils rapportaient d’Anatolie, où ils s’appelaient Meliga, etc. L’historien des croisades, Michaux, et ensuite Daru et de Sismondi, ont beaucoup parlé de cette charte ; mais le botaniste Delile, ainsi que Targioni-Tozzetti et Bonafous lui-même ont pensé qu’il s’agissait de quelque Sorgho et non du Mais. Ces vieilles discussions sont devenues risibles, car M. le comte Riant[409] a découvert que la charte d’Incisa est une pure fabrication d’un imposteur du siècle actuel ! Je cite cet exemple pour montrer combien les érudits, qui ne sont pas naturalistes, peuvent se tromper dans l’interprétation des noms de plantes, et aussi combien il est dangereux dans les questions historiques de s’appuyer sur une preuve isolée.

Les noms de Blé de Turquie, Blé turc donnés au Maïs dans presque toutes les langues modernes d’Europe ne démontrent pas mieux que la charte d’Incisa une origine orientale. Ce sont des noms aussi faux que celui du Coq d’Inde, en anglais Turkey, donné à un oiseau venu d’Amérique. Le Maïs a été appelé en Lorraine en dans les Vosges Blé de Rome, en Toscane Blé de Sicile, en Sicile Blé d’Inde, dans les Pyrénées Blé d Espagne, en Provence Blé de Barbarie ou de Guinée, Les Turcs le nomment Blé d’Égypte, et les Égyptiens Dourah de Syrie. Dans ce dernier cas, cela prouve au moins qu’il n’est ni d’Égypte ni de Syrie. Le nom si répandu de Blé de Turquie date du XVIe siècle. Il est venu d’une erreur sur l’origine de la plante, entretenue peut-être par les houppes qui terminent les épis de Maïs, qu’on aurait comparées à la barbe des Turcs, ou par la vigueur de la plante, qui motivait une expression analogue à celle de « fort comme un Turc ». Le premier botaniste chez lequel on trouve le nom de Blé turc est Ruellius[410] en 1536. Bock ou Tragus[411], en 1552, après avoir donné une figure de l’espèce, qu’il nomme Frumentum turcicum, Welschkorn des Allemands, ayant appris par des marchands qu’elle venait de l’Inde, eut l’idée malheureuse de supposer que c’était un certain Typha de Bactriane, dont les anciens avaient parlé vaguement. Dodoens en 1583, Camerarius en 1588 et Matthiole[412] rectifièrent ces erreurs et affirmèrent positivement l’origine américaine. Ils adoptèrent le nom de Mays, qu’ils savaient américain.

Nous avons vu (p. 291) que le Zea des Grecs était l’Épeautre. Bien certainement les anciens n’ont pas connu le Maïs. Les voyageurs[413] qui décrivirent les premiers les productions du nouveau monde turent très surpris à sa vue, preuve évidente qu’ils ne l’avaient pas connu en Europe. Hernandez[414], parti d’Europe en 1571, suivant les uns, en 1593, suivant d’autres[415], ne savait pas qu’à Séville, dès l’année 1500, on avait reçu beaucoup de graines de Maïs pour le mettre en culture. Le fait, attesté par Fée, qui avait vu les registres de la municipalité[416], montre bien l’origine américaine, en raison de laquelle Hernandez trouvait le nom de blé de Turquie très mauvais.

On dira, peut-être, que le Maïs, nouveau pour l’Europe au XVIe siècle, existait quelque part en Asie ou en Afrique avant la découverte de l’Amérique ? Voyons ce qu’il faut en penser.

Le célèbre orientaliste d’Herbelot[417] avait accumulé plusieurs erreurs, relevées par Bonafous et moi-même, au sujet d’un passage de l’historien persan Mirkoud, du XVe siècle, sur une céréale que Rous, fils de Japhet, aurait semée sur les bords de la mer Caspienne et qui serait le Blé de Turquie des modernes. Il ne vaut pas la peine de s’arrêter à ces assertions d’un savant qui n’avait pas eu l’idée de consulter les ouvrages des botanistes de son époque ou antérieurs. Ce qui est plus important, c’est le silence absolu, au sujet du Maïs, des voyageurs qui ont visité l’Asie et l’Afrique avant la découverte de l’Amérique ; c’est aussi l’absence de nom hébreu ou sanscrit pour cette plante ; et enfin que les monuments de l’ancienne Égypte n’en présentent aucun échantillon ou dessin[418]. Rifaud, il est vrai, a trouvé une fois un épi de Maïs dans un cercueil de Thèbes, mais on croit que c’est l’effet de quelque supercherie d’Arabe. Si le Maïs avait existé dans l’ancienne Égypte, il se verrait dans tous les monuments et aurait été lié à des idées religieuses, comme les autres plantes remarquables. Une espèce aussi facile à cultiver se serait répandue dans les pays voisins. La culture n’aurait pas été abandonnée, et nous voyons, au contraire, que Prosper Alpin, visitant l’Égypte en 1592, n’en a pas parlé, et que Forskal[419], à la fin du XVIIIe siècle, mentionnait le Maïs comme encore peu cultivé en Égypte, où il n’avait pas reçu un nom distinct des Sorghos. Ebn Baithar, médecin arabe du XIIIe siècle, qui avait parcouru les pays situés entre l’Espagne et la Perse, n’indique aucune plante qu’on puisse supposer le Maïs.

J. Crawfurd[420], après avoir vu le Maïs généralement cultivé dans l’archipel indien, sous un nom, Jarung, qui lui paraissait indigène, a cru l’espèce originaire de ces îles. Mais alors comment Rumphius n’en aurait-il pas dit un mot ? Le silence d’un pareil auteur fait présumer une introduction depuis le XVIIe siècle. Sur le continent indien, le Maïs était si peu répandu dans le siècle dernier, que Roxburgh[421] écrivait dans sa flore, publiée longtemps après avoir été rédigée : « Cultivé dans différentes parties de l’Inde dans les jardins et seulement comme objet de luxe ; mais nulle part sur le continent indien comme objet de culture en grand. » Nous avons vu qu’il n’y a pas de nom sanscrit.

En Chine, le Maïs est fréquemment cultivé aujourd’hui, en particulier, autour de Péking, depuis plusieurs générations d’hommes[422], quoique la plupart des voyageurs du siècle dernier n’en aient fait aucune mention. Le Dr Bretschneider, dans son opuscule de 1870, n’hésitait pas à dire que le Maïs n’est pas originaire de Chine ; mais quelques mots de sa lettre de 1881 me font penser qu’il attribue maintenant de l’importance à un ancien auteur chinois dont Bonafous et après lui MM. Hance et Mayers ont beaucoup parlé. Il s’agit de l’ouvrage de Li-chi-Tchin intitulé Phen-thsao-Kang-Mou, ou Pên-tsao-kung-mu, espèce de traité d’histoire naturelle, que M. Bretschneider[423] dit être de la fin du XVIe siècle. Bonafous précise davantage. Selon lui, il a été terminé en 1578. L’édition qu’il en avait vue, dans la bibliothèque Huzard, est de 1637. Elle contient la figure du Maïs, avec le caractère chinois. Cette planche est copiée dans l’ouvrage de Bonafous, au commencement du chapitre sur la patrie du Maïs. Il est évident qu’elle représente la plante. Le Dr Hance[424] paraît s’être appuyé sur des recherches de M. Mayers, d’après lesquelles d’anciens auteurs chinois prétendent que le Maïs aurait été importé de Sifan (Mongolie inférieure, à l’ouest de la Chine), longtemps avant la fin du quinzième siècle, à une date inconnue. Le mémoire contient une copie de la figure du Pên-tsa-kung-mu, auquel il attribue la date de 1597.

L’importation par la Mongolie est tellement invraisemblable qu’il ne vaut pas la peine d’en parler, et, quant à l’assertion principale de l’auteur chinois, il faut remarquer les dates ou incertaines ou tardives qui sont indiquées. L’ouvrage a été terminé en 1578, selon Bonafous, et selon Mayers en 1597. Si cela est vrai, surtout si la seconde de ces dates est certaine, on peut admettre que le Maïs aurait été apporté en Chine depuis la découverte de l’Amérique. Les Portugais sont venus à Java en 1496[425], c’est-à-dire quatre années après la découverte de l’Amérique, et en Chine dès l’année 1516[426]. Le voyage de Magellan de l’Amérique australe aux îles Philippines a eu lieu en 1520. Pendant les 58 ou 77 années entre 1516 et les dates attribuées aux éditions de l’ouvrage chinois, des graines de Maïs ont pu être portées en Chine par des voyageurs venant d’Amérique ou d’Europe. Le Dr Bretschneider m’écrivait récemment que les Chinois n’ont point eu connaissance du nouveau monde avant les Européens, et que les terres situées à l’orient de leur pays, dont il est quelquefois question dans leurs anciens ouvrages, étaient le Japon. Il avait déjà cité l’opinion d’un savant chinois que l’introduction du Maïs près de Peking date des derniers temps de la dynastie Ming, laquelle a fini en 1644. Voilà une date qui s’accorde avec les autres probabilités.

L’introduction au Japon est probablement plus tardive, puisque Kæmpfer n’a pas mentionné l’espèce[427].

D’après cet ensemble de faits, le Maïs n’était pas de l’ancien monde. Il s’y est répandu rapidement après la découverte de l’Amérique, et cette rapidité même achève de prouver que, s’il avait existé quelque part, en Asie ou en Afrique, il y aurait joué depuis des milliers d’années un rôle très important.

Nous allons voir en Amérique des faits qui contrastent avec ceux-ci.

Au moment de la découverte de ce nouveau continent, le Maïs était une des bases de son agriculture, depuis la région de la Plata jusqu’aux États-Unis. Il avait des noms dans toutes les langues[428]. Les indigènes le semaient autour de leurs demeures temporaires, quand ils ne formaient pas une population agglomérée. Les sépultures appelées mounds des indigènes de l’Amérique du Nord antérieurs à ceux de notre temps, les tombeaux des Incas, les catacombes du Pérou renferment des épis ou des grains de Maïs, de même que les monuments de l’ancienne Égypte des grains d’Orge, de blé ou de Millet. Au Mexique, une déesse qui portait un nom dérivé de celui du Maïs (Cinteutl, de Cintli), était comme la Cérès des Grecs, car elle recevait les prémices de la récolte du Maïs, comme la déesse grecque de nos céréales. A Cusco, les vierges du soleil préparaient du pain de Maïs pour les sacrifices. Rien ne montre mieux l’antiquité et la généralité de la culture d’une plante que cette fusion intime avec les usages religieux d’anciens habitants. Il ne faut cependant pas attribuer à ces indications en Amérique la même importance que dans notre ancien monde. La civilisation des Péruviens, sous les Incas, et celle des Toltecs et Atztecs au Mexique ne remontent pas à l’antiquité extraordinaire des civilisations de la Chine, de la Chaldée et de l’Égypte. Elle date tout au plus des commencements de l’ère chrétienne ; mais la culture du Maïs est plus ancienne que les monuments, d’après toutes les variétés de l’espèce qui s’y trouvaient et leur dispersion dans des régions fort éloignées.

Voici une preuve plus remarquable d’ancienneté découverte par Darwin. Cet illustre savant a trouvé des épis de Maïs et 18 espèces de coquilles de notre époque enfouis dans, le terrain d’une plage du Pérou, qui est maintenant à 85 pieds au moins au-dessus de la mer[429]. Ce Maïs n’était peut-être pas cultivé, mais dans ce cas ce serait encore plus intéressant comme indication de l’origine de l’espèce.

Quoique l’Amérique ait été explorée par un grand nombre de botanistes, aucun n’a rencontré le Maïs dans les conditions d’une plante sauvage.

Auguste de Saint-Hilaire[430] avait cru reconnaître le type spontané dans une forme singulière dont chaque grain est caché en dedans de sa bâle ou bractée. On la connaît à Buenos-Ayres, sous le nom de Pinsigallo. C’est le Zea Mays tunicata de Saint-Hilaire, que Bonafous a figuré dans sa planche 5 bis, sous le nom de Zea cryptosperma, Lindley[431] en a aussi donné une description et une figure, d’après des graines venues, disait-on, des montagnes Rocheuses, origine qui n’est pas confirmée par les flores récemment publiées de Californie. Un jeune Guarany, né dans le Paraguay ou sur ses frontières, avait reconnu ce Maïs et dit à Saint-Hilaire qu’il croissait dans les forêts humides de son pays. Comme preuve d’indigénat, c’est très insuffisant. Aucun voyageur, à ma connaissance, n’a vu cette plante au Paraguay ou au Brésil. Mais, ce qui est bien intéressant, on l’a cultivée en Europe, et il a été constaté qu’elle passe fréquemment à l’état ordinaire du Maïs. Lindley l’avait observé après deux au trois années seulement de culture, et le professeur von Radic a obtenu d’un même semis 225 épis de la forme tunicata et 105 de forme ordinaire, à grains nus[432]. Évidemment cette forme, qu’on pouvait croire une véritable espèce, mais dont la patrie était cependant douteuse, est à peine une race. C’est une des innombrables variétés, plus ou moins héréditaires, dont les botanistes les plus accrédités ne font qu’une seule espèce, à cause de leur peu de fixité et des transitions qu’elles présentent fréquemment.

Sur l’état du Zea Mays et sur son habitation en Amérique, avant que l’homme se fût mis à le cultiver, on ne peut faire que des conjectures. Je les énoncerai, selon ma manière de voir, parce qu’elles conduisent pourtant à certaines indications probables.

Je remarque d’abord que le Maïs est une plante singulièrement dépourvue de moyens de dispersion et de protection. Les graines se détachent difficilement de l’épi, qui est lui-même enveloppé. Elles n’ont aucune aigrette ou aile dont le vent puisse s’emparer. Enfin, quand l’homme ne recueille pas l’épi, elles tombent enchâssées dans leur gangue, appelée rafle, et alors les rongeurs et autres animaux doivent les détruire en qualité, d’autant mieux qu’elles ne sont pas assez dures pour traverser intactes les voies digestives. Probablement, une espèce aussi mal conformée devenait de plus en plus rare, dans quelque région limitée, et allait s’éteindre, lorsqu’une tribu errante de sauvages, s’étant aperçue de ses qualités nutritives, l’a sauvée de sa perte en la cultivant. Je crois d’autant plus à une habitation naturelle restreinte que l’espèce est unique, c’est-à-dire qu’elle constitue ce qu’on appelle un genre monotype. Évidemment les genres de peu d’espèces et surtout les monotypes ont, en moyenne, une habitation plus étroite que les autres. La paléontologie apprendra peut-être un jour s’il a existé en Amérique plusieurs Zea ou Graminées analogues, dont notre Maïs serait le dernier. Au temps actuel le genre Zea, non seulement est monotype, mais encore est assez isolé dans sa famille. On peut mettre à côté de lui un seul genre, Euchlæna, de Schrader, dont une espèce est au Mexique et l’autre à Guatemala, mais c’est un genre bien particulier et sans transitions avec le Zea.

M. Wittmack a fait des recherches curieuses pour deviner quelle variété du Maïs représente, avec une certaine probabilité, la forme d’une époque antérieure aux cultures. Dans ce but, il a comparé des épis et des grains extraits des Mounds de l’Amérique du Nord, et des tombeaux du Pérou. Si ces monuments avaient montré une seule forme de Maïs, le résultat aurait été significatif ; mais il s’est trouvé plusieurs variétés différentes, soit dans les Mounds, soit au Pérou. Il ne faut pas s’en étonner. Ces monuments ne sont pas très anciens. Le cimetière d’Ancon, au Pérou, dont M. Wittmack a obtenu les meilleurs échantillons, est à peu près contemporain de la découverte de l’Amérique[433]. Or, à cette époque, le nombre des variétés était déjà considérable, selon tous les auteurs, ce qui prouve une culture beaucoup plus ancienne.

Des expériences dans lesquelles on sèmerait, plusieurs années de suite, des variétés de Maïs, dans des terrains non cultivés, montreraient peut-être un retour à quelque forme commune, qu’on pourrait alors considérer comme la souche. Rien de pareil n’a été fait. On a seulement observé que les variétés sont peu stables, malgré leur grande diversité.

Quant à l’habitation de la forme primitive inconnue, voici les raisonnements qui peuvent la faire entrevoir jusqu’à un certain point.

Les populations agglomérées n’ont pu se former que dans les pays où se trouvaient naturellement des espèces nutritives faciles à cultiver. La pomme de terre, la batate et le maïs ont joué sans doute ce rôle en Amérique, et les grandes populations de cette partie du monde s’étant montrées d’abord dans les régions situées à une certaine élévation, du Chili au Mexique, c’est là probablement que se trouvait le Maïs sauvage. Il ne faut pas chercher dans les régions basses, telles que le Paraguay, les bords du fleuve des Amazones, ou les terres chaudes de la Guyane, de Panama et du Mexique, puisque leurs habitants étaient jadis moins nombreux. D’ailleurs les forêts ne sont nullement favorables aux plantes annuelles, et le Maïs ne prospère que médiocrement dans les contrées chaudes et humides où l’on cultive le Manioc [434].

D’un autre côté, sa transmission, de proche en proche, est plus facile à comprendre si le point de départ est supposé au centre que si on le place l’une des extrémités de l’étendue dans laquelle on cultivait l’espèce du temps des Incas et des Toltecs, ou plutôt des Mayas, Nahuas et Chibchas qui les ont précédés. Les migrations des peuples n’ont pas marché régulièrement du nord au midi ou du midi au nord. On sait qu’il y en a eu dans des sens divers, selon les époques et les pays[435], Les anciens Péruviens avaient à peine connaissance des Mexicains et vice versa, comme le prouvent leurs croyances et des usages extrêmement différents. Pour qu’ils aient cultivé de bonne heure, les uns et les autres, le Maïs, il faut supposer un point de départ intermédiaire ou à peu près. J’imagine que la Nouvelle-Grenade répond assez bien à ces conditions. Le peuple appelé Chibcha, qui occupait le plateau de Bogota lors de la conquête par les Espagnols et se regardait comme autochtone, était cultivateur. Il jouissait d’un certain degré de civilisation, attesté par des monuments que l’on commence à explorer. C’est peut-être lui qui possédait le Maïs et en avait commencé la culture. Il touchait d’un côté aux Péruviens, encore peu civilisés, et de l’autre aux Mayas, qui occupaient l’Amérique centrale et le Yucatan. Ceux-ci eurent souvent des conflits du côté du nord avec les Nahuas, prédécesseurs au Mexique des Toltecs et des Aztecs. Une tradition porte que Nahualt, chef des Nahuas, enseignait la culture du Maïs[436].

Je n’ose pas espérer qu’on découvre du Maïs sauvage, quoique son habitation préculturale fût probablement si petite que les botanistes ne l’ont peut-être pas encore rencontrée. L’espèce est tellement distincte de toutes les autres et si apparente que les indigènes ou des colons peu instruits l’auraient remarquée et en auraient parlé. La certitude sur l’origine viendra plutôt de découvertes archéologiques. Si l’on étudie un plus grand nombre d’anciens monuments dans toutes les parties de l’Amérique, si l’on parvient à déchiffrer les inscriptions hiéroglyphiques de quelques-uns d’entre eux, et si l’on arrive à connaître les dates des migrations et des faits économiques, notre hypothèse sera justifiée, modifiée ou renversée.

Art. 2Graines servant à divers usages.

Pavot. — Papaver somniferum, Linné.

On cultive le Pavot ordinairement pour l’huile, dite huile d’œillette, produite par les graines, et quelquefois, surtout en Asie, pour le suc, qu’on extrait en incisant les capsules et qui fournit l’opium.

La forme cultivée depuis des siècles s’échappe facilement hors des cultures, ou se naturalise à peu près dans certaines localités du midi de l’Europe[437]. On ne peut pas dire qu’elle existe à l’état vraiment sauvage, mais les botanistes s’accordent à la considérer comme une modification du Pavot appelé Papaver setigerum, qui est spontané dans la région de la mer Méditerranée, notamment en Espagne, en Algérie, en Corse, en Sicile, en Grèce et dans l’île de Chypre. On ne l’a pas rencontré dans l’Asie orientale[438] ; par conséquent, si c’est bien l’origine de la forme cultivée, la culture doit avoir commencé en Europe ou dans l’Afrique septentrionale.

A l’appui de cette réflexion, il se trouve que les lacustres de l’âge de pierre, en Suisse, cultivaient un Pavot qui se rapproche plus du P. setigerum que du somniferum. M. Heer[439] n’a pas pu découvrir ses feuilles, mais la capsule est surmontée de huit stigmates, comme dans le setigerum, et non de 10 à 12, comme dans le Pavot cultivé. Cette dernière forme, inconnue dans la nature, paraît donc s’être manifestée plus tard, dans les temps historiques.

On cultive encore le P. setigerum dans le nord de la France, conjointement avec le somniferum, pour l’huile d’œillette[440].

Les anciens Grecs connaissaient très bien le Pavot cultivé. Homère, Théophraste et Dioscoride en ont parlé. Ils n’ignoraient pas les propriétés somnifères du suc, et Dioscoride[441] mentionne déjà la variété à graines blanches. Les Romains cultivaient le Pavot avant l’époque républicaine, comme le prouve l’anecdote sur Tarquin. Ils en mêlaient les graines avec la farine dans la panification.

Les Égyptiens, du temps de Pline[442], se servaient du suc de pavot comme médicament, mais nous n’avons aucune preuve que cette plante ait été cultivée en Égypte plus anciennement[443]. Dans le moyen âge[444] et aujourd’hui, c’est une des principales cultures de ce pays, en particulier pour l’opium. Les livres hébreux ne mentionnent pas l’espèce. D’un autre côté, il existe un ou deux noms sanscrits. Piddington indique Chosa et Adolphe Pictet Khaskhasa, qui se retrouve, dit-il, dans le persan Chashchâsh, l’arménien Chashchash et l’arabe[445]. Un autre nom persan est Kouknar[446]. Ces noms et d’autres que je pourrais citer, très différents du Maikôn (Μηχων) des Grecs, sont un indice de l’ancienneté d’une culture répandue en Europe et dans l’Asie occidentale. Si l’espèce a été cultivée, dans un temps préhistorique, d’abord en Grèce, comme cela paraît probable, elle a pu se répandre vers l’est avant l’invasion des Aryens dans l’Inde ; mais il est singulier qu’on n’ait pas de preuve de son extension en Palestine et en Égypte avant l’époque romaine. Il est possible encore qu’en Europe on ait cultivé premièrement la forme sauvage appelée Papaver setigerum, usitée par les lacustres de Suisse, et que la forme des cultures actuelles soit venue de l’Asie Mineure, où l’espèce était cultivée il y a au moins trois mille ans. Ce qui peut le faire supposer, c’est l’existence du nom grec Maikôn, en dorien Makon, dans plusieurs langues slaves et des peuples au midi du Caucase, sous la forme de Mack[447].

La culture du Pavot a augmenté, de nos jours, dans l’Inde, à cause de l’exportation de l’opium en Chine, mais les Chinois cesseront bientôt de chagriner les Anglais en leur achetant ce poison, car ils se mettent à le produire avec ardeur. Plus de la moitié de leur territoire cultive actuellement le Pavot[448]. L’espèce n’est nullement spontanée dans les régions orientales de l’Asie, et même, pour ce qui est de la Chine, la culture n’en est pas ancienne[449].

Le nom Opium, appliqué au médicament tiré de la capsule, remonte aux auteurs grecs et latins. Dioscoride écrivait Opos (Οποϛ). Les Arabes en ont fait Afiun[450] et l’ont propagé dans l’Orient, jusqu’en Chine.

MM. Flückiger et Hanbury[451] ont donné des détails très développés et intéressants sur l’extraction, le commerce et l’emploi de l’opium dans tous les pays, en particulier en Chine. Cependant je présume que nos lecteurs liront avec plaisir les fragments qui suivent de lettres de M. le Dr Bretschneider, datées de Péking, 23 août 1881, 28 janvier et 18 juin 1882. Elles donnent les renseignements les plus certains que les livres chinois, bien interprétés, puissent fournir.

« L’auteur du Pent-sao-kang-mou, qui écrivait en 1552 et 1578, donne quelques détails concernant le a-fou-yong (c’est Afioun, Opium), drogue étrangère produite par une espèce de Ying sou à fleurs rouges dans le pays de Tien fang (l’Arabie) et employée récemment comme médicament en Chine. Du temps de la dynastie précédente (mongole, 1280-1368), on n’avait pas beaucoup entendu parler du a-fou-yong. L’auteur chinois donne quelques détails sur l’extraction de l’Opium dans son pays natal, mais ne dit pas qu’il soit aussi produit en Chine. Il ne parle pas non plus de l’habitude de le fumer. — Dans le Descriptive Dictionary of the Indian Islands by Crawfurd, p. 312, je trouve le passage suivant : « The earliest account we have of the use of Opium, not only from the Archipelago, but also for India and China, is by the faithful and intelligent Barbosa[452]. He writes the word amfiam, and in bis account of Malacca, enumerates it among the articles brought by the Moorish and gentile merchants of Western India, to exchange for the cargos of Chinese junks. »

« Il est difficile de fixer d’une façon exacte l’époque à laquelle les Chinois commencèrent à fumer l’Opium et à cultiver le Pavot qui le produit. Comme je l’ai dit, il y a beaucoup de confusion à propos de cette question, et pas seulement les auteurs européens, mais aussi les Chinois de nos jours appliquent le nom de Ying sou aussi bien au P. somniferum qu’au P. Rhœas, Le P. somniferum, à présent, est largement cultivé dans toutes les provinces de l’empire chinois et aussi en Mantchourie et en Mongolie. Williamson (Journeys in North China, Manchuria, Mongolia, 1868, 2, p. 65) l’a vu cultivé partout en Mantchourie. On lui racontait que la culture du Pavot rapporte deux fois plus que celle des céréales. Potanin, voyageur russe, qui visita en 1876 la Mongolie septentrionale, a vu d’immenses plantations de Pavot dans la vallée de Kiran (entre 47° et 48° lat.). Cela effraie beaucoup le gouvernement chinois et encore plus les Anglais, qui craignent la concurrence du « native opium ».

« Vous n’ignorez pas probablement que dans l’Inde et en Perse on mange l’opium, mais on ne le fume pas. L’habitude de fumer cette drogue paraîtrait une invention chinoise et qui n’est pas ancienne. Rien ne prouve que les Chinois aient fumé l’opium avant le milieu du siècle passé. Les missionnaires jésuites en Chine aux dix-septième et dix-huitième siècles n’en parlent pas. Seul le Père d’Incarville dit, en 1750, que la vente de l’opium est défendue, parce que souvent on en fait usage pour s’empoisonner.

« Deux édits défendant de fumer l’opium datent d’avant 1730, et un autre, de 1796, parle des progrès du vice en question. Don Sinibaldo de Mas, qui a publié en 1858 un très bon livre sur la Chine, pays qu’il avait habité pendant de longues années en qualité de ministre d’Espagne, prétend que les Chinois ont pris cette habitude du peuple d’Assam, dans le pays où on le fumait depuis longtemps. »

Une aussi mauvaise habitude est faite pour se répandre, comme l’absinthe et le tabac. Elle s’introduit peu à peu dans les pays qui ont des rapports fréquents avec la Chine. Souhaitons qu’elle ne gagne pas une proportion aussi forte que chez les habitants d’Amoy, par exemple, où les fumeurs d’opium constitituent le chiffre de 15 à 20 0/0 de la population adulte[453].

Rocou. — Bixa Orellana, Linné.

La matière tinctoriale appelée Rocou en français, Arnotto en anglais, se tire d’une pulpe de la partie extérieure des graines.

Les habitants des Antilles, de l’isthme de Darien et du Brésil s’en servaient, à l’époque de la découverte de l’Amérique, pour se teindre le corps en rouge, et les Mexicains pour diverses peintures[454].

Le Bixa, petit arbre de la famille des Bixacées, croît naturellement aux Antilles[455] et sur une grande partie du continent américain, entre les tropiques. Les herbiers et les flores abondent en indications de localités, mais ordinairement on ne dit pas si l’espèce était cultivée, spontanée ou naturalisée. Je remarque cependant l’assertion de l’indigénat, par Seemann pour la côte nord-ouest du Mexique et Panama, par M. Triana à la Nouvelle-Grenade, par M. Meyer dans la Guyane hollandaise, et par Piso et Glaussen au Brésil[456]. Avec une habitation aussi vaste, il n’est pas surprenant que les noms de l’espèce aient été nombreux dans les langues américaines. Celui des Brésiliens, Urucu, est l’origine de Rocou.

Il n’était pas bien nécessaire de planter cet arbre pour en obtenir le produit ; cependant Piso raconte que les Brésiliens, au XVIe siècle, ne se contentaient pas des pieds sauvages, et à la Jamaïque, dans le XVIIe siècle, les plantations de Rocou étaient communes. C’est une des premières espèces transportées d’Amérique dans le midi de l’Asie et en Afrique. Elle s’est naturalisée quelquefois au point que Roxburgh[457] l’avait crue aborigène dans l’Inde.

Cotonnier herbacé. — Gossypium herbaceum, Linné.

Lorsque je cherchais, en 1855, l’origine des cotonniers cultivés[458], il régnait une grande incertitude sur la distinction des espèces. Depuis cette époque, il a paru en Italie deux excellents ouvrages sur lesquels on peut s’appuyer, l’un de Parlatore[459], ancien directeur du jardin botanique de Florence, l’autre de M. le sénateur Todaro[460] de Palerme. Ces deux ouvrages sont accompagnés de planches coloriées magnifiques. Pour les cotonniers cultivés, on ne peut rien désirer de mieux. D’un autre côté, la connaissance des véritables espèces, j’entends de celles qui existent dans la nature, à l’état spontané, n’a pas fait les progrès qu’on pouvait espérer. Cependant la définition des espèces est assez précise dans les publications du Dr Masters[461]. Je la suivrai donc de préférence. L’auteur se rapproche des idées de Parlatore, qui admettait sept espèces bien connues et deux douteuses, tandis que M. Todaro en compte 54, dont deux seulement douteuses, donnant ainsi pour espèces des formes distinctes par quelque caractère, mais nées et conservées dans les cultures.

Les noms vulgaires des Cotonniers ne peuvent être d’aucun secours. Ils risquent même de tromper complètement sur les origines. Tel coton dit de Siam vient quelquefois d’Amérique ; tel autre est appelé coton du Brésil ou d’Ava selon la fantaisie ou la croyance erronée des cultivateurs.

Parlons d’abord du Gossypium herbaceum, espèce ancienne des cultures asiatiques, la plus répandue maintenant en Europe et aux États-Unis. Dans les pays chauds, d’où elle provient, sa tige dure quelques années ; mais, hors des tropiques, elle devient annuelle, par l’effet du froid des hivers. Sa fleur est ordinairement jaune, avec un fond rouge. Son coton est jaune ou blanc, selon les variétés.

Parlatore a examiné plusieurs échantillons d’herbiers spontanés et en a cultivé d’autres provenant d’individus sauvages dans la péninsule indienne. Il admet en outre l’indigénat dans le pays des Birmans et l’archipel indien, d’après des échantillons de collecteurs qui n’ont peut-être pas assez vérifié la qualité de plante sauvage.

M. Masters regarde comme certainement spontané, dans le Sindh, une forme qu’il a appelée Gossypium Stocksii, laquelle, dit-il, est probablement l’état sauvage du Gossypium herbaceum et des autres Cotonniers cultivés dans l’Inde depuis longtemps. M. Todaro, qui n’est pas disposé à réunir beaucoup de formes en une seule espèce, admet cependant l’identité de celle-ci et du G. herbaceum ordinaire. La couleur jaune du coton serait donc l’état naturel de l’espèce. La graine ne présente pas le duvet court qui existe entre les poils allongés dans le G. herbaceum cultivé.

La culture a probablement étendu l’habitation de l’espèce hors du pays primitif. C’est le cas, je suppose, pour les îles de la Sonde et la péninsule malaise, où certains individus paraissent plus ou moins spontanés. Kurz[462], dans sa flore de Burma, mentionne le G. herbaceum, à coton jaune ou blanc, comme cultivé, et en même temps comme sauvage dans les endroits déserts et les terrains négligés.

Le Cotonnier herbacé se nomme Kapase en bengali, Kapas en hindoustani, ce qui montre que le mot sanscrit Karpassi répond bien à l’espèce[463]. La culture s’en était répandue de bonne heure dans la Bactriane, où les Grecs l’avaient remarquée lors de l’expédition d’Alexandre. Théophraste[464] en parle d’une manière qui ne peut laisser aucun doute. Le Cotonnier en arbre de l’île de Tylos, dans le golfe Persique, dont il fait mention plus loin[465] était probablement aussi le Gossypium herbaceum, car Tylos n’est pas éloigné de l’Inde, et sous un climat aussi chaud le Cotonnier herbacé est un arbuste.

L’introduction d’un Cotonnier quelconque en Chine a un lieu seulement au IXe ou Xe siècle de notre ère[466], ce qui fait présumer une habitation jadis peu étendue du G. herbaceum au midi et à l’orient de l’Inde.

La connaissance et peut-être la culture du Cotonnier asiatique s’était propagée dans le monde gréco-romain après l’expédition d’Alexandre, mais avant les premiers siècles de l’ère chrétienne. Si le Byssos des Grecs était le Cotonnier, comme le pensent la plupart des érudits, on le cultivait en Grèce, à Elis, d’après Pausanias et Pline[467] ; mais Curtius et C. Ritter[468] considèrent le mot Byssos comme un terme général exprimant des fils, et selon eux il s’agissait dans ce cas d’un lin de grande finesse. Il est évident que la culture du Cotonnier ou manquait, ou n’était pas commune chez les anciens. Or, d’après son utilité, elle serait devenue fréquente si elle avait été introduite dans une seule localité de la Grèce, par exemple. Ce sont les Arabes qui l’ont propagée plus tard autour de la mer Méditerranée, comme l’indique le nom Qutn ou Kutn[469], qui a passé dans les langues modernes du midi de l’Europe, sous la forme de Cotone, Coton, Algodon. Eben el Awan, de Séville, qui vivait dans le XIIe siècle, décrit la culture telle qu’on la pratiquait de son temps en Sicile, en Espagne et dans l’Orient[470].

Le Gossypium herbaceum est l’espèce la plus cultivée aux États-Unis[471]. Elle a été probablement apportée d’Europe. C’était une culture nouvelle il y a cent ans, car on confisqua à Liverpool, en 1774, un ballot de coton venant de l’Amérique septentrionale, par le motif que le Cotonnier, disait-on, n’y croissait pas[472]. Le coton à longue soie (See istand) est celui d’une autre espèce, américaine, dont je parlerai tout à l’heure.

Cotonnier arborescent. — Gossypium arboreum, Linné.

Il est d’une taille plus élevée et d’une durée plus grande que le Cotonnier herbacé ; les lobes de la feuille sont plus étroits, et des bractées moins laciniées ou entières. La fleur est ordinairement rosée , avec un fond rouge . Le coton est toujours blanc .

D’après les botanistes anglo-indiens, cette espèce n’est pas dans l’Inde, comme on l’avait cru, et même elle y est rarement cultivée. Sa patrie est l’Afrique intertropicale. On l’a vue spontanée dans la Guinée supérieure, l’Abyssinie, le Sennar et la haute Égypte[473]. Un si grand nombre de collecteurs l’ont rapportée de ces divers pays qu’on ne peut guère en douter, mais la culture a tellement répandu et mêlé cette espèce avec les autres qu’on l’a décrite sous plusieurs noms, dans les ouvrages sur l’Asie méridionale.

Parlatore avait attribué au G. arboreum des échantillons asiatiques du G. herbaceum et une plante, très peu connue, que Forskal avait rencontrée en Arabie. Il soupçonnait, d’après cela, que les anciens avaient eu connaissance du G. arboreum aussi bien que du G. herbaceum, A présent qu’on distingue mieux ces deux espèces et qu’on sait l’origine de l’une et de l’autre, ce n’est pas probable. Ils ont connu le Cotonnier herbacé par l’Inde et la Perse, tandis que l’arborescent n’a pu arriver à eux que par l’Égypte. Parlatore lui-même en a fourni une preuve des plus intéressantes. Jusqu’à son travail de 1866, on ne savait pas bien à quelle espèce appartenaient les graines de Cotonnier que Rosellini a trouvées dans un vase des monuments de l’ancienne Thèbes[474]. Ces graines sont au musée de Florence. Parlatore les a examinées avec soin et déclare qu’elles appartiennent au Gossypium arboreum[475]. Rosellini affirme qu’il n’a pas pu être victime d’une fraude, attendu qu’il a ouvert, le premier, le tombeau et le vase. Après lui, aucun archéologue n’a vu ou lu des indices de Cotonniers dans les temps anciens de la civilisation égyptienne. Comment serait-il arrivé qu’une plante aussi apparente, remarquable par ses fleurs et ses graines, n’eût été ni figurée, ni décrite, ni conservée habituellement dans les tombeaux si elle était cultivée ? Comment Hérodote, Théophraste et Dioscoride n’en auraient-ils pas parlé à l’occasion de l’Égypte ? Les bandes avec lesquelles toutes les momies sont enveloppées, et qu’on supposait autrefois de coton, sont uniquement de lin, d’après Thomson et une foule d’observateurs habitués à manier le microscope. Je conclus de là que, si les graines trouvées par Rosellini étaient véritablement antiques, elles devaient être une rareté, une exception aux coutumes, peut-être le produit d’un arbre cultivé dans un jardin, ou encore elles pouvaient venir de la haute Égypte, pays où nous savons que le Cotonnier arborescent est sauvage. Pline[476] n’a pas dit que le Cotonnier fût cultivé dans la basse Égypte ; mais voici la traduction du passage très remarquable, de lui, qu’on cite souvent : « La partie supérieure de l’Égypte, du côté de l’Arabie, produit un arbuste appelé par quelques-uns Gossipion et par plusieurs autres Xylon, ce qui a fait appeler xylina les fils qu’on en obtient. Il est petit et porte un fruit, semblable à celui de la noix barbue, dont on tisse la laine extraite de l’intérieur. Aucune ne lui est comparable pour la blancheur et la mollesse. »

Pline ajoute : « Les vêtements qu’on en fait sont les plus recherchés par les prêtres égyptiens. » Peut-être le coton destiné à cet usage était-il envoyé de la Haute Égypte, ou bien l’auteur, qui n’avait pas vu la fabrication et ne possédait pas nos microscopes, s’est-il trompé sur la nature des vêtements sacerdotaux, comme nos contemporains qui ont manié des centaines d’enveloppes de momies avant de se douter qu’elles n’étaient pas de coton. Chez les Juifs, les robes des prêtres devaient, d’après la règle, être en lin, et il n’est pas probable que l’usage à cet égard fût différent de celui des Égyptiens.

Pollux[477], né un siècle après Pline et en Égypte, s’exprime clairement sur le Cotonnier, dont les fils étaient employés par ses compatriotes ; mais il ne dit pas d’où l’arbuste était originaire, et l’on ne peut pas savoir si c’était le Gossypium arboreum ou l’herbaceum. On ne voit même pas si la plante était cultivée dans la basse Égypte ou si l’on recevait le coton de la région située au midi. Malgré ces doutes, on peut soupçonner qu’un cotonnier, probablement celui de la haute Égypte, s’était introduit récemment dans le Delta. L’espèce que Prosper Alpin avait vue cultivée en Égypte au XVIe siècle était le Cotonnier arborescent. Les Arabes et ensuite les Européens ont préféré et ont transporté en divers pays le Cotonnier herbacé, plutôt que l’arborescent, qui donne un moins bon produit et demande plus de chaleur.

Dans ce qui précède, au sujet des deux Cotonniers de l’ancien monde, je me suis servi le moins possible d’arguments tirés des noms grecs, tels que βυσσοϛ, σινδον, ξυλων, Οθων, etc, ou des noms sanscrits et dérivés du sanscrit, comme Carbasa, Carpas, ou des noms hébreux Schesch, Buz, qu’on attribue, avec doute, au coton. C’est un sujet sur lequel on a disserté énormément[478], mais la distinction plus nette des espèces et la découverte de leur pays d’origine diminuent beaucoup l’importance de ces questions, du moins pour les naturalistes qui préfèrent les faits aux mots. D’ailleurs, Reynier et après lui C. Ritter sont arrivés dans leurs recherches à une conclusion qu’il faut se rappeler : c’est que les mêmes noms, chez les anciens, ont été appliqués souvent à des plantes ou des tissus différents, par exemple au Lin et au Coton. Dans ce cas, comme dans plusieurs autres, la botanique moderne explique les mots anciens, tandis que les mots et les commentaires des linguistes peuvent égarer.

Cotonnier des Barbades. — Gossypium barbadense, Linné.

Lors de la découverte de l’Amérique, les Espagnols trouvèrent la culture et l’emploi du coton établis généralement des Antilles au Pérou et du Mexique au Brésil. C’est un fait constaté par tous les historiens de l’époque. Mais de quelles espèces venaient ces cotons américains et dans quelles contrées étaient-elles indigènes ? C’est ce qu’il est encore très difficile de savoir. La distinction botanique des espèces ou variétés américaines est embrouillée au plus haut degré. Les auteurs, même ceux qui ont vu de grandes collections de Cotonniers vivants, ne s’accordent pas sur les caractères. Ils sont gênés aussi par là difficulté de savoir quels noms spécifiques de Linné doivent être conservés, car les définitions primitives ne sont pas suffisantes. L’introduction de graines américaines dans les cultures d’Afrique et d’Asie a compliqué encore les questions, les botanistes de Java, Calcutta, Bourbon, etc., ayant décrit souvent les formes américaines comme des espèces, sous des noms divers. M. Todaro admet une dizaine d’espèces d’Amérique ; Parlatore les réduisait à trois, qui selon lui répondent au Gossypium hirsutum, G. barbadense et G. religiosum de Linné ; enfin le Dr Masters réunit toutes les formes américaines en une seule qu’il nomme G. barbadense, et il lui donne pour caractère principal que la graine porte uniquement de longs poils, tandis que les espèces de l’ancien monde ont un duvet court au-dessous des poils allongés[479]. La fleur est jaune, avec un fond rouge. Le coton est blanc ou jaune. Parlatore s’est efforcé de classer 50 ou 60 des formes cultivées dans les trois espèces qu’il admettait, sur le vu des plantes dans les jardins ou les herbiers. Le Dr Masters mentionne peu de synonymes, et il est possible que certaines formes dont il n’a pas eu connaissance ne rentrent pas dans la définition de son espèce unique.

Avec une pareille confusion, le mieux serait pour les botanistes de chercher avec soin les Gossypium spontanés en Amérique, de constituer les espèces, ou l’espèce, uniquement sur eux, et de laisser aux formes cultivées leurs noms baroques, souvent absurdes, qui trompent sur l’origine. J’émets ici cette opinion, parce que dans aucun autre genre de plantes cultivées je n’ai senti aussi fortement que l’histoire naturelle doit se baser sur les faits naturels et non sur les produits artificiels de la culture.

Si l’on veut partir de ce point de vue, — qui a le mérite d’être une méthode vraiment scientifique, — il faut constater malheureusement que, pour les Cotonniers indigènes en Amérique, les connaissances sont encore bien peu avancées. C’est tout au plus si l’on peut citer deux collecteurs ayant trouvé des Gossypium vraiment spontanés, semblables ou très analogues à telle ou telle forme des cultures.

Il est rare qu’on puisse se fier aux anciens botanistes et voyageurs pour la qualité de plante spontanée. Les Cotonniers lèvent quelquefois dans le voisinage des plantations et se naturalisent plus ou moins, le duvet de leurs graines facilitant les transports accidentels. L’expression ordinaire des vieux auteurs : le Cotonnier de tel nom croît dans tel pays, signifie souvent une plante cultivée. Linné lui-même, en plein XVIIIe siècle, dit souvent d’une espèce cultivée : « Habitat, » et même il le dit quelquefois à la légère[480]. Parmi les auteurs du XVIe siècle, un des plus exacts, Hernandez, est cité pour avoir décrit et figuré un Gossypium sauvage au Mexique ; mais le texte fait douter un peu de la condition spontanée[481] de cette plante que Parlatore rapporte au G. hirsutum, Linné. Dans son catalogue des plantes du Mexique, M. Hemsley[482] se borne à dire d’un Gossypium qu’il nomme barbadense : « cultivé et sauvage. » De cette dernière condition, il ne fournit aucune preuve. Mac Fadyen[483] parle de trois formes sauvages et cultivées à la Jamaïque. Il leur attribue des noms spécifiques et ajoute qu’elles rentrent peut-être dans le G. hirsutum, Linné. Grisebach[484] admet la spontanéité d’une espèce, G. Barbadense, aux Antilles. Quant aux distinctions spécifiques, il déclare ne pas pouvoir les établir sûrement.

Pour la Nouvelle-Grenade, M. Triana[485] décrit un Gossypium, qu’il appelle G. barbadense, Linné, qu’il dit : « cultivé et subspontané le long du Rio Seco, province de Bogota, et dans la vallée du Cauca, près de Cali ; » et il ajoute une variété hirsutum croissant (il ne dit pas si c’est spontanément) le long du Rio Seco.

Je ne puis découvrir aucune assertion analogue pour le Pérou, la Guyane et le Brésil[486] ; mais la flore du Chili, publiée par Cl. Gay[487], mentionne un Gossypium « quasi spontané dans la province de Copiapo », que l’auteur rapporte à la forme du G. peruvianum, Cavanilles. Or cet auteur ne dit pas la plante spontanée, et Parlatore la classe dans le G. religiosum, Linné.

Une forme importante dans la culture est celle du coton à longue soie, appelé par les Anglo-Américains Sea island, ou Long staple cotton, que Parlatore rapporte au G. barbadense, Linné. On la regarde comme américaine d’origine, mais personne ne dit l’avoir vue sauvage.

En résumé, si les documents historiques sont positifs en ce qui concerne un emploi du coton en Amérique depuis des temps bien antérieurs à l’arrivée des Européens, l’habitation spontanée de la plante ou des plantes qui fournissaient cette matière est encore très peu connue. On s’aperçoit, dans cette occasion, de l’absence, pour l’Amérique tropicale, d’ouvrages analogues aux flores des colonies anglaises et hollandaises d’Afrique et d’Asie.

Arachide, Pistache de terre. — Arachis hypogæa, Linné.

Rien de plus curieux que la manière de fructifier de cette Légumineuse annuelle, qu’on cultive dans tous les pays chauds, soit pour en manger la graine, soit surtout pour extraire l’huile, contenue dans ses cotylédons[488]. M. Bentham a publié dans la Flore brésilienne, in-folio, vol. 15, planche 23, des détails très complets, où l’on voit comment le pédoncule de la fleur se recourbe après la floraison et enfouit le légume dans le terrain.

L’origine de l’Arachide a été contestée pendant un siècle, même par des botanistes qui employaient de bonnes méthodes pour la découvrir. Il n’est pas inutile de voir comment on est arrivé à la vérité. Cela peut servir de direction pour les cas analogues. Je citerai donc ce que j’ai dit en 1855[489], et terminerai en donnant de nouvelles preuves, à la suite desquelles aucun doute ne peut subsister :

« Linné[490] avait dit de l’Arachis : « Elle habite à Surinam, au Brésil et au Pérou. » Selon son habitude, il ne spécifiait pas si l’espèce était spontanée ou cultivée dans ces pays. En 1818, R. Brown[491] s’exprimait ainsi : « Elle a été probablement introduite de Chine, sur le continent indien, à Ceylan et dans l’archipel malais, où l’on peut croire, malgré sa culture aujourd’hui générale, qu’elle n’est pas indigène, particulièrement à cause des noms qu’on lui donne. Je regarde comme n’étant pas très improbable qu’on l’aurait apportée d’Afrique dans différentes régions équinoxiales de l’Amérique, quoique cependant elle soit indiquée dans quelques-uns des premiers écrits sur ce continent, en particulier sur le Pérou et le Brésil. D’après Sprengel, elle serait mentionnée dans Théophraste comme cultivée en Égypte ; mais il n’est pas du tout évident que l’Arachis soit la plante à laquelle Théophraste fait allusion dans le passage cité. Si elle avait été cultivée autrefois en Égypte, elle se trouverait probablement encore dans ce pays ; or elle n’est ni dans le Catalogue de Forskal, ni dans la flore plus étendue de Delile. Il n’y a rien de très invraisemblable, continue Brown, dans l’hypothèse que l’Arachis serait indigène en Afrique et même en Amérique ; mais, si l’on veut la regarder comme originaire de l’un de ces continents seulement, il est plus probable qu’elle aurait été apportée de Chine, par l’Inde, en Afrique, que d’avoir marché dans le sens contraire. » Mon père, en 1825, dans le Prodromus (2, p. 474), revint à l’opinion de Linné. Il admit l’origine américaine sans hésiter. Reprenons la question, disais-je en 1855, avec les données actuelles de la science.

« L’Arachis hypogæa était la seule espèce de ce genre singulier connue du temps de Brown. Depuis, on a découvert six autres espèces, toutes du Brésil[492]. Ainsi, en appliquant la règle de probabilité, dont Brown a tiré le premier un si grand parti, nous inclinerons à priori vers l’idée d’une origine américaine. Rappelons-nous que Marcgraf[493] et Pison[494] décrivent et figurent la plante comme usitée au Brésil, sous le nom de Mandubi, qui paraît indigène. Ils citent Monardes, auteur de la fin du XVIe siècle, comme l’ayant indiquée au Pérou, avec un nom différent, Anchic, Joseph Acosta[495] ne fait que mentionner l’un de ces noms usités en Amérique, Mani, et en parle à l’occasion des espèces qui ne sont pas d’origine étrangère en Amérique. L’Arachis n’était pas ancienne à la Guyane, aux Antilles et au Mexique. Aublet[496] la cite comme plante cultivée, non à la Guyane, mais à l’île de France. Hernandez n’en parle pas. Sloane[497] ne l’avait vue que dans un jardin et provenant de graines de Guinée. II dit que les négriers en chargeaient leurs vaisseaux pour nourrir les esclaves pendant la traversée, ce qui indique une culture alors très répandue en Afrique. Pison, dans la seconde édition (1658, p. 256), non dans celle de 1648, figure un fruit très analogue, importé d’Afrique au Brésil, sous le nom de Mandobi, bien voisin du nom de l’Arachis, Mundubi. D’après les trois folioles de la plante, ce serait le Voandzeia, si souvent cultivé en Afrique ; mais le fruit me paraît plus allongé qu’on ne l’attribue à ce genre, et il a deux ou trois graines au lieu d’une ou deux. Quoi qu’il en soit, la distinction établie par Pison entre ces deux graines souterraines, l’une brésilienne, l’autre d’Afrique, tend à faire penser que l’Arachis est du Brésil.

« L’ancienneté et la généralité de sa culture en Afrique est cependant un argument de quelque force, qui compense jusqu’à un certain point l’ancienneté au Brésil et la présence de six autres Arachis dans ce seul pays. Je lui donnerais beaucoup de valeur si l’Arachis avait été connue des anciens Égyptiens et des Arabes ; mais le silence des auteurs grecs, latins et arabes, comme l’absence de l’espèce en Égypte du temps de Forskal, me font penser que sa culture en Guinée, au Sénégal[498] et sur la côte orientale d’Afrique[499] ne remonte pas à une date fort ancienne. Elle n’a pas non plus des caractères d’antiquité bien grande en Asie. En effet, on ne lui connaît aucun nom sanscrit[500], mais seulement un nom hindustani. D’après Rumphius[501], elle aurait été importée du Japon dans plusieurs des îles de l’archipel indien. Elle n’aurait eu alors que des noms étrangers, comme, par exemple, le nom chinois qui signifie seulement fève de terre. A la fin du siècle dernier, elle était cultivée généralement en Chine et en Cochinchine. Cependant malgré cette idée de Rumphius d’une introduction dans les îles par le Japon ou la Chine, je vois que Thunberg n’en parle pas dans sa Flore japonaise. Or le Japon a eu depuis seize siècles des rapports avec la Chine, et les plantes cultivées originaires de l’un des deux pays ont ordinairement passé de bonne heure dans l’autre. Elle n’est pas indiquée par Forster parmi les plantes usitées dans les petites îles de la mer Pacifique. L’ensemble de ces données fait présumer l’origine américaine, j’ajouterai même brésilienne.

« Aucun des auteurs que j’ai consultés ne dit avoir vu la plante spontanée, soit dans l’ancien, soit dans le nouveau monde. Ceux qui parlent de l’Afrique ou de l’Asie ont soin de dire que la plante y est cultivée. Marcgraf ne le dit pas pour le Brésil ; mais Pison indique l’espèce comme semée. »

Des graines d’Arachide ont été trouvées dans les tombeaux péruviens d’Ancon[502], ce qui fait présumer quelque ancienneté d’existence en Amérique et appuie mon opinion de 1855.

L’étude des livres chinois par le Dr Bretschneider[503] renverse l’hypothèse de Brown. L’Arachide n’est pas mentionnée dans les anciens ouvrages de ce pays, même dans le Pent-Sao, publié au XVIe siècle. Il ajoute qu’il croit l’introduction seulement du siècle dernier.

Toutes les flores récentes d’Asie et d’Afrique mentionnent l’espèce comme cultivée, et la plupart des auteurs pensent qu’elle est d’origine américaine. M. Bentham, après avoir constaté qu’on ne l’a pas trouvée sauvage en Amérique ou ailleurs, ajoute qu’elle est peut-être une forme dérivée d’une des six autres espèces du genre spontanées au Brésil, mais il n’indique pas de laquelle. C’est assez probable, car une plante douée d’un moyen efficace et très particulier de germer ne paraît pas de nature à s’éteindre. On l’aurait trouvée sauvage au Brésil, dans le même état que la plante cultivée, si cette dernière n’était pas un produit de la culture. Les ouvrages sur la Guyane et autres régions de l’Amérique indiquent l’espèce comme cultivée. Grisebach[504] nous dit en outre que dans plusieurs des îles Antilles elle se naturalise hors des cultures.

Un genre dont toutes les espèces bien connues sont ainsi cantonnées dans une seule région de l’Amérique ne peut guère avoir une espèce commune entre le nouveau monde et l’ancien. Ce serait une exception par trop forte aux données ordinaires de la géographie botanique. Mais alors comment l’espèce (ou forme cultivée) a-t-elle passé du continent américaine l’ancien monde ? C’est ce qu’on ne peut guère deviner. Je ne suis pas éloigné de croire à un transport du Brésil en Guinée par les premiers négriers, et à d’autres transports du Brésil aux îles du midi de l’Asie par les Portugais depuis la fin du XVe siècle.

Caféier. — Coffea arabica, Linné. Ce petit arbre, de la famille des Rubiacées, est sauvage en Abyssinie[505], dans le Soudan[506] et sur les deux côtes opposées de Guinée et Mozambique[507]. Peut-être, dans ces dernières localités, éloignées du centre, s’est-il naturalisé à la suite des cultures. Personne ne l’a encore trouvé en Arabie, mais cela peut s’expliquer par la difficulté de pénétrer dans l’intérieur du pays. Si on l’y découvre, on aura de la peine à constater la qualité spontanée, car les graines, qui perdent vite leur faculté de germer, lèvent souvent autour des cultures et naturalisent l’espèce. Cela s’est vu au Brésil et aux Antilles[508], où l’on est sûr que le Caféier n’a jamais été indigène.

L’usage du café paraît fort ancien en Abyssinie. Shehabeddin Ben, auteur d’un manuscrit arabe du XVe siècle (n° 944 de la Bibl. de Paris), cité dans l’excellente dissertation de John Ellis[509], dit qu’on employait le café en Abyssinie depuis un temps immémorial. L’usage, même médical, ne s’en était pas propagé dans les pays voisins, car les croisés n’en eurent aucune connaissance, et le célèbre médecin Ebn Baithar, né à Malaga, qui avait parcouru le nord de l’Afrique et la Syrie au commencement du XIIIe siècle de l’ère chrétienne, ne dit pas un mot du café[510]. En 1596, Bellus envoyait à de L’Écluse des graines dont les Égyptiens tiraient la boisson du Cavé[511]. A peu près à la même époque, Prosper Alpin en avait eu connaissance en Égypte même. Il désigne l’arbuste sous le nom de « arbor Bon, cum fructu sua Buna. » Le nom de Bon se retrouve aussi dans les premiers auteurs sous la forme de Bunnu, Buncho, Bunca[512], Les noms de Cahue, Cahua, chaubé[513], Cavé[514] s’appliquaient, en Égypte et en Syrie, plutôt à la boisson préparée, et sont devenus l’origine du mot Café. Le nom Bunnu, ou quelque chose d’analogue, est si bien le nom primitif de la plante, que les Abyssins l’appellent aujourd’hui encore Boun[515].

Si l’usage du café est plus ancien en Abyssinie qu’ailleurs, cela ne prouve pas que la culture y soit bien ancienne. Il est très possible que pendant des siècles on ait été chercher les baies dans les forêts, où elles étaient sans doute très communes. Selon l’auteur arabe cité plus haut, ce serait un muphti d’Aden, à peu près son contemporain, appelé Gemaleddin, qui, ayant vu boire du café en Perse, aurait introduit cette coutume à Aden, et de là elle se serait répandue à Moka, en Égypte, etc. D’après cet auteur, le Caféier croissait en Arabie[516]. Il existe d’autres fables ou traditions, d’après lesquelles ce seraient toujours des moines ou des prêtres arabes qui auraient imaginé la boisson du café[517], mais elles nous laissent également dans l’incertitude sur la date première de la culture. Quoi qu’il en soit, l’usage du café s’étant répandu dans l’Orient, puis en Occident, malgré une foule de prohibitions et de conflits bizarres[518], la production en est devenue bientôt un objet important pour les colonies. D’après Boerhaave, le bourgmestre d’Amsterdam, Nicolas Witsen, directeur de la Compagnie des Indes, pressa le gouverneur de Batavia, Van Hoorn, de faire venir des graines de Caféier d’Arabie à Batavia : ce qui fut fait et permit à Van Hoorn d’en envoyer des pieds vivants à Witsen, en 1690. Ceux-ci furent soignés dans le jardin botanique d’Amsterdam, fondé par Witsen. Ils y portèrent des fruits . En 1714 , les magistrats de cette ville en envoyèrent un pied en bon état et couvert de fruits à Louis XIV , qui le déposa dans son jardin de Marly . On multiplia aussi le Caféier dans les serres du jardin du roi à Paris. L’un des professeurs de cet établissement, Antoine de Jussieu, avait déjà publié, en 1713, dans les Mémoires de l’Académie des sciences, une description intéressante de la plante, d’après un pied que Paneras, directeur du jardin d’Amsterdam, lui avait envoyé.

Les premiers Caféiers plantés en Amérique furent introduits à Surinam par les Hollandais, en 1718. De la Motte-Aigron, gouverneur de Cayenne, ayant été à Surinam, en obtint quelques-uns en cachette et les multiplia en 1725[519]. Le Caféier fut introduit à la Martinique par de Clieu[520], officier de marine, en 1720 d’après Deleuze[521], en 1723 d’après les Notices statistiques sur les colonies françaises[522]. On l’introduisit de là dans les autres îles françaises, par exemple à la Guadeloupe en 1730[523]. Sir Nicolas Lawes le cultiva le premier à la Jamaïque[524]. Dès 1718, la Compagnie française des Indes avait envoyé des plantes de café Moka à l’île Bourbon[525] et même, selon d’autres[526], ce fut en 1717 qu’un nommé Dufougerais-Grenier fit venir de Moka dans cette île des pieds de Caféier. On sait combien la culture de cet arbuste s’est répandue à Java, à Ceylan, aux Antilles et au Brésil. Rien ne l’empêche de s’étendre dans la plupart des pays inter tropicaux, d’autant plus que le Caféier s’accommode des terrains en pente et assez arides où d’autres produits ne peuvent pas réussir. Il est dans l’agriculture tropicale un équivalent de la vigne en Europe et du thé en Chine.

On peut trouver d’autres détails dans le volume publié par M. H. Welter[527] sur l’histoire économique et commerciale du café. L’auteur a même ajouté un chapitre intéressant sur les divers succédanés, au moyen desquels on remplace, passablement ou fort mal, une graine qu’on ne saurait trop apprécier dans son état naturel.

Caféier de Libérie. — Coffea liberica, Hiern[528].

Depuis quelques années, le jardin royal de Kew a envoyé dans les colonies anglaises des pieds de cette espèce, qui croît spontanément à Libéria, dans l’Angola, à Golungo alto[529] et probablement dans plusieurs autres localités de l’Afrique tropicale occidentale.

La végétation en est plus vigoureuse que celle du Caféier ordinaire, et les graines, d’une dimension plus grande, donnent un excellent produit. Les Rapports officiels du jardin de Kew par sir Joseph Hooker, son savant directeur, font connaître le progrès de cette introduction, qui jouit d’une grande faveur, surtout à la Dominique.

Madia. — Madia sativa, Molina.

Les habitants du Chili, avant la découverte de l’Amérique, cultivaient cette espèce de Composée annuelle pour l’huile contenue dans les graines. Depuis qu’on a planté beaucoup d’Oliviers, le Madia est méprisé par les Chiliens, qui se plaignent seulement de la plante comme mauvaise herbe incommode dans leurs jardins[530]. C’est alors que les Européens se sont mis à la cultiver — avec un succès médiocre, vu la mauvaise odeur des capitules.

Le Madia est indigène au Chili et, en même temps, en Californie[531]. On a d’autres exemples de cette disjonction d’habitation entre les deux pays[532].

Muscadier. — Myristica fragrans, Houttuyn.

Le Muscadier, petit arbre de la famille des Myristicées, est spontané aux Moluques, principalement dans les îles de Banda[533]. Il y est cultivé depuis un temps très long, à en juger par le nombre considérable de ses variétés.

Les Européens ont reçu la noix muscade, par le commerce de l’Asie, depuis le moyen âge ; mais les Hollandais se sont assurés longtemps le monopole de sa culture. Quand les Anglais ont possédé les Moluques, à la fin du siècle dernier, ils ont porté des Muscadiers vivants à Bencoolen et dans l’île du Prince-Édouard[534]. Il s’est répandu ensuite à Bourbon, Maurice, Madagascar, et dans certaines colonies de l’Amérique tropicale, mais avec un succès médiocre au point de vue commercial.

Sésame. — Sesamum indicum, de Candolle (S. indicum et S. orientale, Linné).

Le Sésame est cultivé, depuis très longtemps, dans les régions chaudes de l’ancien monde, pour l’huile qu’on extrait de ses graines.

La famille des Sésamées, à laquelle appartient cette plante annuelle, se compose de plusieurs genres, distribués dans les régions tropicales d’Asie, d’Afrique et d’Amérique. Chaque genre n’a qu’un petit nombre d’espèces. Le Sesamum, pris dans le sens le plus large[535], en a une dizaine, toutes d’Afrique, sauf peut-être l’espèce cultivée, dont nous allons chercher l’origine. Celle-ci compose à elle seule le vrai genre Sesamum, qui est une section dans l’ouvrage de MM. Bentham et Hooker. L’analogie botanique indiquerait une origine africaine, mais on sait qu’il y a bon nombre de plantes dont l’habitation s’étend de l’Asie méridionale à l’Afrique.

Le Sésame présente deux races, l’une à graines noires, l’autre à graines blanches, et plusieurs variétés quant à la forme des feuilles. La différence de couleur des graines remonte à une grande antiquité, comme cela se voit dans le Pavot.

Les graines de Sésame se répandent souvent hors des cultures et naturalisent plus ou moins l’espèce. On l’a remarqué dans des régions très éloignées les unes des autres, par exemple dans l’Inde, les îles de la Sonde, l’Égypte et même aux Antilles, où certainement la culture est d’introduction moderne[536]. C’est peut-être la cause pour laquelle aucun auteur ne prétend avoir trouvé la plante à l’état sauvage, si ce n’est Blume[537], observateur très digne de foi, qui mentionne une variété à fleurs plus rouges qu’à l’ordinaire croissant dans les montagnes de Java. Voilà sans doute un indice d’origine, mais il en faut d’autres pour une véritable preuve. Je les chercherai dans l’histoire de la culture. Le pays où elle a commencé doit être l’ancienne habitation de l’espèce, ou s’être trouvé en rapport avec cette ancienne habitation.

Que la culture remonte en Asie, à une époque très reculée, c’est assez clair d’après la diversité des noms. Le Sésame se nomme en sanscrit Tila[538], en malais Widjin, en chinois Moa (d’après Rumphius) ou Chi-ma (d’après Bretschneider), en japonais Koba[539]. Le nom de Sesam est commun au grec, au latin et à l’arabe, sauf des variations insignifiantes de lettres. On pourrait en inférer que l’habitation était très étendue et qu’on aurait commencé à cultiver la plante dans plusieurs pays séparément. Mais il ne faut pas donner trop d’importance à un argument de cette nature. Les ouvrages chinois font présumer que le Sésame n’a pas été introduit en Chine avant l’ère chrétienne. La première mention suffisamment certaine se trouve dans un livre du Ve ou VIe siècle, intitulé Tsi min yao chou[540]. Antérieurement, il y avait un peu de confusion de nom avec le Lin, dont la graine donne aussi de l’huile et qui n’est pas d’ancienne date en Chine[541].

Théophraste et Dioscoride disent que les Égyptiens cultivaient une plante appelée Sésame, pour en tirer de l’huile, et Pline ajoute qu’elle venait de l’Inde[542]. Il parle aussi d’un Sésame sauvage en Égypte, dont on tirait de l’huile, mais c’était probablement le Ricin[543]. Il n’est pas prouvé que les anciens Égyptiens, avant l’époque de Théophraste, aient cultivé le Sésame. On n’en a pas trouvé de figure ni de graines dans les monuments. Un dessin du tombeau de Ramses III montre l’usage de mêler de petites graines avec la farine des pâtisseries, et de nos jours cela se fait en Égypte avec les graines de Sésame, mais on se sert aussi d’autres graines (Carvi, Nielle), et il n’est pas possible de reconnaître dans le dessin celles de Sésame en particulier[544]. Si les Égyptiens avaient connu l’espèce au temps de l’Exode, 1100 ans avant Théophraste, il est probable que les livres hébreux l’auraient mentionnée, à cause des usages variés de la graine et surtout de l’huile. Cependant les commentateurs n’en ont trouvé aucune trace dans l’Ancien Testament. Le nom Semsem ou Simsim est bien sémitique, mais seulement de l’époque, moins ancienne, du Talmud[545] et du traité d’agriculture d’Alawwam[546], rédigé depuis l’ère chrétienne. Ce sont peut-être les Sémites qui ont porté la plante et le nom Semsem (d’où Sesam des Grecs) en Égypte, après l’époque des grands monuments et de l’Exode. Ils ont pu la recevoir, avec le nom, de la Babylonie, où l’on cultivait le Sésame, d’après Hérodote[547].

Une ancienne culture dans la région de l’Euphrate se concilie bien avec l’existence d’un nom sanscrit, Tila, le Tilu des Brahmines (Rheede, Malabar 1, 9, p. 105, 107), mot dont il y a des restes dans plusieurs langues modernes de l’Inde, en particulier à Ceylan[548]. Ainsi nous sommes ramenés vers l’Inde, conformément à l’origine dont parlait Pline, mais il est possible que l’Inde elle-même ait reçu l’espèce des îles de la Sonde avant l’arrivée des conquérants aryens. Rumphius indique pour ces îles trois noms du Sésame, très différents entre eux et tout autres que le nom sanscrit, ce qui appuie l’idée d’une existence plus ancienne dans l’archipel que sur le continent.

En définitive, d’après la spontanéité à Java et les arguments historiques et linguistiques, le Sésame paraît originaire des îles de la Sonde. Il a été introduit dans l’Inde et la région de l’Euphrate depuis deux ou trois mille ans ; et en Égypte à une époque moins ancienne, de 1000 à 500 ans avant J.-C.

On ignore depuis quelle époque il est cultivé dans le reste de l’Afrique, mais les Portugais l’ont transporté de la côte de Guinée au Brésil[549].

Ricin commun. — Ricinus communis, Linné.

Les ouvrages les plus modernes et les plus estimés donnent pour pays d’origine de cette Euphorbiacée l’Asie méridionale ; quelquefois ils indiquent certaines variétés en Asie, d’autres en Afrique ou en Amérique, sans distinguer les pieds cultivés des spontanés. J’ai lieu de croire que la véritable origine est dans l’Afrique intertropicale, conformément à l’opinion émise par M. Ball[550].

Les difficultés qui entourent la question viennent de l’ancienneté de la culture en divers pays, de la facilité avec laquelle le Ricin se sème et se naturalise dans les décombres et même dans des endroits incultes, enfin de la diversité de ses formes, qu’on a décrites souvent comme espèces. Ce dernier point ne doit pas nous arrêter, car la monographie soignée du Dr J. Müller[551] constate l’existence de seize variétés, à peine héréditaires, qui passent des unes aux autres par de nombreuses transitions et constituent par conséquent, dans leur ensemble, une seule espèce.

Le nombre de ces variétés est l’indice d’une culture très ancienne. Elles diffèrent plus ou moins par les capsules, les graines, l’inflorescence, etc. En outre, ce sont de petits arbres dans les pays chauds, mais elles ne supportent pas facilement la gelée et deviennent, au nord des Alpes et dans les régions analogues, des plantes annuelles. On les sème alors pour l’ornement des jardins, tandis que dans les régions tropicales et même en Italie c’est pour l’huile contenue dans la graine. Cette huile, plus ou moins purgative, sert à l’éclairage au Bengale et ailleurs.

Dans aucune région le Ricin n’a été trouvé spontané d’une manière aussi certaine qu’en Abyssinie, dans le Sennaar et le Cordofan. Les expressions des auteurs ou collecteurs sont catégoriques. Le Ricin est commun dans les endroits rocailleux de la vallée de Chiré, près de Goumalo, dit Quartin Dillon ; il est spontané dans les localités du Sennaar supérieur qui sont inondées pendant les pluies, dit Hartmann[552]. Je possède un échantillon de Kotschy, n° 243, recueilli du côté septentrional du mont Kohn, en Cordofan. Les indications des voyageurs au Mozambique et sur la côte opposée de Guinée ne sont pas aussi claires, mais il est très possible que l’habitation spontanée s’étende sur une grande partie de l’Afrique tropicale. Comme il s’agit d’une espèce utile, très apparente et facile à propager, les nègres ont dû la répandre depuis longtemps. Toutefois, quand on se rapproche de la mer Méditerranée, il n’est plus question d’indigénat. Déjà, pour l’Égypte, MM. Schweinfurth et Ascherson[553] disent l’espèce seulement cultivée et naturalisée. Probablement en Algérie, en Sardaigne, au Maroc, et même aux îles Canaries, où elle se voit surtout dans les sables au bord de la mer, elle est naturalisée depuis des siècles.

J’en dirai autant des échantillons rapportés de Djedda, en Arabie, par Schimper, qui ont été recueillis près d’une citerne. Forskal[554] a cependant recueilli le Ricin dans les montagnes de l’Arabie Heureuse, ce qui peut signifier une station spontanée. M. Boissier[555] l’indique dans le Belouchistan et la Perse méridionale, mais comme « subspontané », de même qu’en Syrie, Anatolie et Grèce.

Rheede[556] parle du Ricin comme cultivé au Malabar et croissant dans les sables, mais les auteurs modernes anglo-indiens n’admettent nullement la spontanéité. Plusieurs passent l’espèce sous silence. Quelques-uns parlent de la facilité de naturalisation hors des cultures. Loureiro avait vu le Ricin en Cochinchine et en Chine, « cultivé et non cultivé », ce qui signifie peut-être échappé des cultures. Enfin, pour les îles de la Sonde, Rumphius[557] est, comme toujours, un des plus intéressants à consulter, « Le Ricin, dit-il, croit surtout à Java, où il constitue d’immenses champs et produit une grande quantité d’huile. À Amboine, on le plante çà et là près des habitations et dans les champs, plutôt pour l’usage médicinal. L’espèce sauvage croît dans les jardins abandonnés (in desertis hortis) ; elle provient sans doute de la plante cultivée (sine dubio degeneratio domesticæ), » Au Japon, le Ricin se voit parmi les buissons et sur les pentes du mont Wunzen, mais MM. Franchet et Savatier[558] ajoutent : « Probablement introduit. » Enfin le Dr Bretschneider ne mentionne pas l’espèce dans son opuscule de 1870, ni dans les lettres qu’il m’a adressées, ce qui me fait supposer une introduction peu ancienne en Chine.

On cultive le Ricin dans l’Amérique intertropicale. Il s’y naturalise facilement dans les taillis, les décombres, etc. ; mais aucun botaniste ne l’a trouvé avec les conditions d’une plante vraiment indigène. L’introduction doit remonter au premier temps de la découverte de l’Amérique, car on cite aux Antilles un nom vulgaire, Lamourou, et Pison en indique un autre au Brésil, Nhambu-Guacu, Figuero inferno des Portugais. C’est de Bahia que j’ai reçu le plus grand nombre d’échantillons. Aucun n’est accompagné d une assertion de véritable indigénat. En Égypte et dans l’Asie occidentale, la culture du Ricin date d’époques si reculées qu’elles ont fait illusion sur l’origine.

Les anciens Égyptiens la pratiquaient largement, d’après Hérodote, Pline, Diodore, etc. Il n’y a pas d’erreur sur l’espèce, car on a trouvé dans les tombeaux des graines qui lui appartiennent[559]. Le nom égyptien était Kiki. Théophraste et Dioscoride l’ont mentionné, et les Grecs modernes l’ont conservé[560], tandis que les Arabes ont un nom tout différent, Kerua, Kerroa, Charua[561].

Roxburgh et Piddington citent un nom sanscrit Eranda, Erunda, qui a laissé des descendants dans les langues modernes de l’Inde. A quelle époque du sanscrit remonte ce nom ? C’est ce que les botanistes ne disent pas. Comme il s’agit d’une plante des pays chauds, les Aryas n’ont pas dû en avoir connaissance avant leur arrivée dans l’Inde, c’est-à-dire à une époque moins ancienne que les monuments égyptiens.

La rapidité extrême de la croissance du Ricin a motivé divers noms dans les langues asiatiques et celui de Wunderbaum en allemand. La même circonstance et l’analogie avec le nom égyptien, Kiki, ont fait présumer que le Kikajon de l’Ancien Testament[562], qui avait crû, disait-on, dans une nuit, était le Ricin.

Je passe une infinité de noms vulgaires plus ou moins absurdes, comme Palma Christi, Girasole de quelques Italiens, etc., mais il est bon de noter l’origine du nom Castor et Castor-oil des Anglais, comme une preuve de leur manière d’accepter sans examen et de dénaturer quelquefois des noms. Il paraît que dans le siècle dernier, à la Jamaïque, où l’on cultivait beaucoup le Ricin, on l’avait confondu avec un arbuste complètement différent, le Vitex Agnus castus, appelé Agno casto par les Portugais et les Espagnols. De Casto, les planteurs anglais et le commerce de Londres ont fait Castor[563].

Noyer. — Juglans regia, Linné.

Il y a quelques années, on connaissait le noyer, à l’état sauvage, en Arménie, dans la région au midi du Caucase et de la mer Caspienne, dans les montagnes du nord et du nord-est de l’Inde et le pays des Birmans[564]. L’indigénat au midi du Caucase et en Arménie, nié par C. Koch[565], est prouvé par plusieurs voyageurs. On a constaté depuis l’existence spontanée au Japon[566], ce qui rend assez probable que l’espèce est aussi dans le nord de la Chine, comme Loureiro et M. de Bunge l’avaient dit[567], sans préciser suffisamment la qualité spontanée. Récemment, M. de Heldreich[568] a mis hors de doute que le Noyer abonde, à l’état sauvage, dans les montagnes de la Grèce, ce qui s’accorde avec des passages de Théophraste[569] qu’on avait négligés. Enfin, M. Heuffel l’a vu, sauvage également, dans les montagnes du Banat[570].

L’habitation actuelle, hors des cultures, s’étend donc de l’Europe tempérée orientale jusqu’au Japon.

Elle a été une fois plus occidentale en Europe, car on a trouvé des feuilles de notre Noyer dans les tufs quaternaires de Provence[571]. Il existait beaucoup d’espèces de Juglans dans notre hémisphère, aux époques dites tertiaires et quaternaires ; maintenant elles sont réduites à une dixaine au plus, distribuées dans l’Amérique septentrionale et l’Asie tempérée.

L’emploi des fruits du Noyer et la plantation de l’arbre ont pu commencer dans plusieurs des pays où se trouvait l’espèce, et l’agriculture a étendu, graduellement mais faiblement, son habitation artificielle. Le Noyer n’est pas un de ces arbres qui se sèment et se naturalisent avec facilité. La nature de ses graines s’y oppose peut-être, et d’ailleurs il lui faut des climats où il ne gèle pas beaucoup et d’une chaleur modérée. Il ne dépasse guère la limite septentrionale de la vigne et s’avance beaucoup moins qu’elle au midi.

Les Grecs, habitués à l’huile d’olive, ont négligé plus ou moins le Noyer, jusqu’à ce qu’ils aient reçu de Perse une meilleure variété, dite du roi, Karuon basilikon[572] ou Persikon[573]. Les Romains ont cultivé le Noyer dès l’époque de leurs rois ; ils le regardaient comme d’origine persane[574]. On connaît leur vieux usage de jeter des noix dans la célébration des noces.

L’archéologie a confirmé ces détails. Les seules noix qu’on ait trouvées jusqu’à présent sous les habitations des lacustres de Suisse, Savoie ou Italie se réduisent à une localité des environs de Parme, appelée Fontinellato, dans une couche de l’époque du fer[575]. Or ce métal, très rare du temps de la guerre de Troie, n’a dû entrer dans les usages de la population agricole d’Italie qu’au VIe ou VIe siècle avant J.-C, époque à laquelle au delà des Alpes on ne connaissait peut-être pas même le bronze. Dans la station de Lagozza, les fruits du noyer ont été trouvés dans une couche tout à fait supérieure et nullement ancienne du sol[576]. Évidemment les Noyers d’Italie, de Suisse et de France ne descendent pas des individus fossiles des tufs quaternaires dont j’ai parlé.

Il est impossible de savoir à quelle époque on a commencé de planter le Noyer dans l’Inde, Ce doit être anciennement, car il existe un nom sanscrit Akschôda, Akhôda ou Akhôta. Les auteurs chinois disent que le Noyer a été introduit chez eux, du Thibet, sous la dynastie Han, par Chang-Kien, vers l’année 140-150 avant J.-C.[577]. Il s’agissait peut-être d’une variété perfectionnée. D’ailleurs il est probable, d’après les documents actuels des botanistes, que le Noyer spontané est rare dans le nord de la Chine et qu’il manque peut-être dans la partie orientale. La date de la culture au Japon est inconnue.

Le Noyer et les noix ont reçu chez d’anciens peuples une infinité de noms, sur lesquels la science et l’imagination des linguistes se sont déployées[578], mais l’origine de l’espèce est trop claire pour que nous ayons à nous en occuper.

Arec. — Areca Catechu, Linné.

On cultive beaucoup ce palmier dans le pays où l’usage de mâcher le bétel est répandu, c’est-à-dire dans toute l’Asie méridionale. La noix, ou plutôt l’amande qui forme la partie principale de la graine contenue dans le fruit, est ce qu’on recherche, pour le goût aromatique. Coupée par fragments, mêlée à de la chaux et enveloppée d’une feuille de poivrier bétel, c’est un excitant agréable, qui fait saliver et noircit les dents à la satisfaction des indigènes.

L’auteur du principal ouvrage sur les palmiers, de Martius[579] s’exprime ainsi sur l’origine de l’espèce : « La patrie n’est pas certaine (non constat) ; c’est probablement l’île de Sunda. » Voyons s’il est possible d’affirmer quelque chose, en recourant surtout aux auteurs modernes.

Sur le continent de l’Inde anglaise, à Ceylan et la Cochinchine, l’espèce est toujours indiquée comme cultivée[580]. De même pour les îles de la Sonde, Moluques, etc., au midi de l’Asie. Blume[581], dans son bel ouvrage intitulé Rumphia, dit que la patrie est la presqu’île de Malacca, Siam et les îles voisines. Il ne parait cependant pas avoir vu les pieds indigènes dont il parle. Le Dr Bretschneider[582] croit que l’espèce est originaire de l’archipel malais, principalement de Sumatra, car, dit-il, ces îles et les Philippines sont les seules localités où on la trouve sauvage. Le premier de ces faits n’est pas confirmé par Miquel, ni le second par Blanco[583], qui résidait aux Philippines. L’opinion de Blume paraît la plus probable, mais on peut encore dire avec de Martius : la patrie n’est pas constatée.

L’existence d’une multitude de noms malais, Pinang, Jambe, etc., et d’un nom sanscrit, Gouvaka, de même que des variétés fort nombreuses, montrent l’ancienneté de la culture. Les Chinois l’ont reçue, en l’an 111 avant J.-C, des pays méridionaux, sous le nom malais écrit Pin-lang. Le nom telinga Arek est l’origine du nom botanique Areca.

Elaeis de Guinée. — Elaeis guineensis, Jacquin.

Les voyageurs qui ont visité la côte de Guinée dans la première moitié du XVIe siècle[584] remarquaient déjà ce Palmier, dont les nègres tiraient de l’huile en exprimant la partie charnue du fruit. C’est un arbre indigène sur toute la côte[585]. On le plante aussi, et l’exportation de l’huile, dite de Palme (Palm oil des Anglais), est l’objet d’un grand commerce.

Comme il se présente également à l’état sauvage dans le Brésil et peut-être à la Guyane[586], un doute s’était élevé sur la véritable origine. On pouvait d’autant mieux la supposer américaine que la seule espèce constituant, avec celle-ci, le genre Elaeis, est de la Nouvelle-Grenade[587]. Robert Brown cependant, et les auteurs qui se sont le plus occupés de la famille des Palmiers, sont unanimes à considérer l’Elaeis guineensis comme introduit en Amérique, par les nègres et les négriers, lorsqu’ils passaient de la côte de Guinée à la côte opposée américaine. Beaucoup de faits appuient cette opinion. Les premiers botanistes qui ont visité le Brésil, comme Piso et Marcgraf, n’ont pas parlé de l’Elaeis. Il se trouve seulement sur le littoral, de Rio-de-Janeiro à l’embouchure des Amazones, jamais dans l’intérieur. Il est souvent cultivé ou avec l’apparence d’une espèce échappée des plantations. Sloane[588], qui avait exploré la Jamaïque dans le XVIIe siècle et avait examiné en Europe des fruits venant d’Afrique, raconte qu’on avait introduit cet arbre, de son temps, de Guinée dans une plantation qu’il désigne. Il s’est naturalisé depuis dans quelques localités des Antilles[589].

Cocotier. — Cocos nucifera, Linné.

Le Cocotier est peut-être de tous les arbres des pays intertropicaux celui qui donne les produits les plus variés. Son bois et ses fibres sont utilisés de plusieurs manières. La sève, extraite de la partie inférieure de l’inflorescence, donne une boisson alcoolique très recherchée. La coque du fruit sert de vase ; le lait de la graine avant maturité est une boisson agréable ; enfin l’amande contient une forte proportion d’huile. Il n’est pas surprenant qu’on ait semé et transporté, le plus possible, un arbre aussi précieux. D’ailleurs sa dispersion est aidée par des causes naturelles. Les noix de coco, grâce à leur enveloppe fibreuse, peuvent flotter dans l’eau salée sans que la partie vivante de la graine en soit atteinte. De là résulte une possibilité de transports à de grandes distances par les courants et une naturalisation sur les côtes, quand la température est favorable. Malheureusement cet arbre exige un climat chaud et humide, tel qu’on le trouve seulement entre les tropiques ou dans des localités voisines un peu exceptionnelles. En outre, il ne réussit pas loin de la mer.

Le Cocotier abonde sur le littoral des régions chaudes de l’Asie des îles au midi de ce continent, et dans les pays analogues en Afrique et en Amérique, mais on peut affirmer qu’il date d’une introduction de moins de trois cents ans au Brésil, aux Antilles et sur la côte occidentale d’Afrique.

Pour le Brésil, Piso et Marcgraf[590] semblent admettre une origine étrangère, sans le dire positivement. De Martius, qui a publié sur les Palmiers un ouvrage très important[591] et a parcouru les provinces de Bahia, Pernambouc et autres, où le Cocotier abonde, ne dit pas qu’il y soit spontané. Ce sont les missionnaires qui l’ont introduit à la Guyane[592]. Sloane[593] le dit d’origine étrangère aux Antilles. Un vieux auteur du XVIe siècle, Martyr, cité par lui, parle de cette introduction. Elle a eu lieu probablement peu d’années après la découverte de l’Amérique, car Joseph Acosta[594] avait vu le Cocotier à Porto-Rico, dans le XVIe siècle. D’après de Martius, ce sont les Portugais qui l’ont introduit sur la côte de Guinée. Beaucoup de voyageurs ne l’ont pas même mentionné dans cette région, où il joue apparemment un petit rôle. Plus commun sur la côte orientale et à Madagascar, il n’est pourtant pas nommé dans plusieurs ouvrages sur les plantes du Zanzibar, les Seychelles, Maurice, etc., peut-être parce qu’on l’a considéré comme cultivé dans cette région.

Évidemment le Cocotier ne peut-être originaire ni d’Afrique ni de la partie orientale de l’Amérique intertropicale. Ces pays étant éliminés, il reste la côte occidentale de l’Amérique tropicale, les îles de la mer Pacifique, l’archipel Indien et le midi du continent asiatique, où l’arbre abonde, avec toute l’apparence d’être plus ou moins spontané et d’ancienne existence.

Les navigateurs Dampier et Vancouver[595] l’ont trouvé au commencement du XVIIe siècle, constituant des forêts, dans les îles près de Panama, non sur la terre ferme, et dans l’île des Cocos, située à 300 milles anglais du continent dans la mer Pacifique. À cette époque, ces îles n’étaient pas habitées. On a trouvé plus tard le Cocotier sur la côte occidentale, du Mexique au Pérou, mais en général les auteurs n’affirment pas qu’il y fût spontané, à l’exception cependant de Seemann[596], qui a vu le Cocotier à la fois sauvage et cultivé dans l’isthme de Panama. D’après Hernandez[597] au XVIe siècle, les Mexicains l’appelaient Coyolli, mot qui n’a pas l’apparence d’un nom indigène.

Oviedo[598], qui écrivait en 1526, dès les premiers temps de la conquête du Mexique, dit que le Cocotier abondait sur la côte de la mer Pacifique, dans la province du cacique Chiman, et il décrit clairement l’espèce. Cela ne prouve pas la qualité d’arbre spontané.

Dans l’Asie méridionale, surtout dans les îles, le Cocotier se montre à l’état sauvage ou cultivé. Plus les îles sont petites, basses et sous l’influence de l’atmosphère marine, plus les Cocotiers prédominent et attirent l’attention des voyageurs. Quelques-unes en ont tiré leur nom, entre autres deux îles près de celles d’Andaman, et une près de Sumatra.

Le Cocotier, avec toutes les apparences d’un ancien état spontané, se trouvant en Asie et dans l’Amérique occidentale, la question de l’origine est obscure. D’excellents auteurs l’ont résolue d’une façon différente. De Martius regarde comme probable un transport, par les courants, des îles situées à l’ouest de l’Amérique centrale à celles de l’archipel asiatique. J’inclinais autrefois[599] vers la même hypothèse, admise depuis sans discussion par Grisebach[600] ; mais les botanistes du XVIIe siècle regardaient souvent l’espèce comme asiatique, et Seemann[601], après un examen attentif, se déclare indécis. Je donnerai le pour et le contre sur chacune des hypothèses.

En faveur d’une origine américaine on peut dire :

1° Les onze autres espèces du genre Cocos sont d’Amérique, et même toutes celles que Martius connaissait bien sont du Brésil[602]. M. Drude[603], qui s’occupe beaucoup des Palmiers, a écrit un article pour soutenir que chaque genre de cette famille est propre à l’ancien ou au nouveau monde, excepté le genre Elaeis, et encore il soupçonne le transport de l’E. Guineensis d’Amérique en Afrique, ce qui n’est pas du tout probable (voir ci-dessus, p. 344).

La force de cet argument est un peu atténuée par la circonstance que le Cocos nucifera est un arbre du littoral et des lieux humides, tandis que les autres espèces vivent dans des conditions différentes, fréquemment loin de la mer ou des rivières. Les plantes maritimes, de marais ou d’endroits humides ont en général une habitation plus vaste que leurs congénères.

2° Les vents alizés de la mer Pacifique, au sud et encore plus au nord de l’équateur, poussent les corps flottants d’Amérique en Asie, contrairement à la direction des principaux courants[604]. On sait d’ailleurs, par l’arrivée imprévue sur différentes côtes des bouteilles contenant des avis, que le hasard joue un grand rôle dans ces transports.

Les arguments en faveur de l’origine asiatique, ou contre l’origine américaine, sont les suivants :

1° Un courant sous les 3-5° lat. N. porte directement des îles de l’archipel indien à Panama[605]. Il y a bien au nord et au midi d’autres courants en sens opposé, mais ils proviennent de régions trop froides pour le Cocotier et ne touchent pas à l’Amérique centrale où on le suppose indigène d’ancienne date.

2° Les habitants des îles asiatiques ont été des navigateurs beaucoup plus hardis que les Indiens d’Amérique. Il est très possible que des pirogues, contenant des noix de coco en provision, aient été jetées par les tempêtes ou par de fausses manœuvres des archipels d’Asie sur les îles ou sur la côte occidentale d’Amérique. L’inverse est infiniment peu probable.

3° L’habitation, depuis trois siècles, est bien plus vaste en Asie qu’en Amérique, et avant cette époque la différence était plus grande, car nous savons que le Cocotier n’était pas ancien dans l’orient de l’Amérique tropicale.

4° Les peuples de l’Asie insulaire possèdent un nombre immense de variétés de cet arbre, ce qui fait présumer une culture très ancienne. Blume, dans son Rumphia, énumère 18 variétés de Java ou des îles voisines et 39 des îles Philippines. Rien de semblable n’a été constaté en Amérique.

5° Les emplois du Cocotier sont également plus variés et plus habituels en Asie. C’est à peine si les indigènes d’Amérique savaient l’utiliser autrement que pour le lait et l’amande du fruit, sans en tirer de l’huile.

6° Les noms vulgaires, très nombreux et originaux en Asie, comme nous le verrons plus loin, sont rares et d’origine souvent européenne en Amérique.

7° Il n’est pas probable que les anciens Mexicains et habitants de l’Amérique centrale eussent négligé de répandre le Cocotier dans plusieurs directions s’il avait existé depuis une époque très reculée sur leur continent. Le peu de largeur de l’isthme de Panama aurait facilité le transport d’une côte à l’autre, et l’espèce se serait vite établie aux Antilles, à la Guyane, etc., comme elle s’est naturalisée à la Jamaïque, Antigua[606] et ailleurs depuis la découverte de l’Amérique.

8° Si le Cocotier, en Amérique, remontait à des temps géologiques plus anciens que les dépôts pliocènes ou même éocènes en Europe, on l’aurait probablement trouvé sur toutes les côtes et îles orientales et occidentales, assez uniformément.

9° Nous ne pouvons avoir aucune date ancienne sur l’existence du Cocotier en Amérique ; mais sa présence en Asie, il y a trois ou quatre mille ans, est constatée par plusieurs noms sanscrits. Piddington, dans son Index, n’en cite qu’un, Narikela, C’est le plus sûr, car il se retrouve dans les langues modernes de l’Inde. Les érudits en comptent une dizaine, qui, d’après leur signification, paraissent s’appliquer à l’espèce ou à son fruit[607] Narikela a passé, avec modification, en arabe et en persan[608]. On le trouve même à 0-Taïti sous la forme de Ari ou Haari[609], concurremment avec un nom malais.

10° Les Malais ont un nom très répandu dans l’archipel, Kalâpa, Klâpa, Klôpo. À Sumatra et Nicobar, on trouve le nom Njîor, Nieor, aux Philippines Niog, à Bali Niuh, Njo, à Tahiti Niuh, et dans d’autres îles Nu, Nidju, Ni, même à Madagascar Wua-niu[610]. Les Chinois disent Ye, soit Ye-tsu (arbre Ye), Avec le nom sanscrit principal, cela constitue quatre racines différentes, qui font présumer une existence ancienne en Asie. Cependant l’uniformité de nomenclature dans l’archipel jusqu’à Taïti et Madagascar indique un transport par les hommes depuis l’existence des langues connues.

Le nom chinois signifie : tête du roi de Yüe. Il remonte à une légende ridicule dont parle le Dr Bretschneider[611]. La première mention du Cocotier, d’après ce savant, se trouve dans un poème du IIe siècle avant Jésus-Christ ; mais les descriptions plus reconnaissables sont dans les ouvrages postérieurs au IXe siècle de l’ère chrétienne. Il est vrai que les anciens écrivains connaissaient à peine le midi de la Chine, seule partie de l’empire où le Cocotier puisse vivre.

Malgré les noms sanscrits, l’existence du Cocotier dans l’île de Ceylan, où il est bien établi sur le littoral, date d’une époque à peu près historique. Près de Point-de-Galle, nous dit Seemann[612], on voit gravée sur un rocher la figure d’un prince indigène Kottah Raya, auquel on attribue la découverte des emplois du Cocotier, inconnu avant lui, et la plus vieille chronique de Ceylan, le Marawansa, ne parle pas de cet arbre, bien qu’elle cite minutieusement les fruits importés par divers princes. Remarquons aussi que les anciens Grecs et Égyptiens, malgré leurs rapports avec l’Inde et Ceylan, n’ont eu connaissance de la noix de coco que tardivement, comme d’une curiosité indienne. Apollonius de Tyane l’avait vu dans l’Hindustan, au commencement de l’ère chrétienne[613].

D’après ces faits, l’habitation la plus ancienne en Asie serait dans l’archipel plutôt que sur le continent ou à Ceylan ; et, en Amérique, dans les îles à l’ouest de Panama.

Que faut-il penser de ces indications variées et contradictoires ?

J’ai cru jadis que les arguments en faveur de l’Amérique occidentale étaient les plus forts. Maintenant, avec plus de renseignements et plus d’expérience dans ces sortes de questions, j’incline à l’idée d’une origine de l’archipel indien.

L’extension vers la Chine, Ceylan et l’Inde continentale ne date pas de plus de trois ou quatre mille ans, mais les transports par mer sur les côtes d’Amérique et d’Afrique remontent peut-être à des temps plus anciens, quoique postérieurs aux époques dans lesquelles existaient des conditions géographiques et physiques différentes de celles d’aujourd’hui.



  1. Humboldt, Voy., 2, p. 511 ; Kunth, dans Humboldt et Bonpland, Nova genera, 5, p. 316 ; Martius, Ueber den Cacao, dans Büchner, Repert. Pharm.
  2. Schach, dans Grisebach, Flora of british W. India islands, p. 91.
  3. Sloane, Jamaïque, 2, p. 15.
  4. Bernoulli, Uebersicht der Arten von Theobroma, p, 5.
  5. Hemsley, Biologia centrali-americana, part. 2, p. 133.
  6. Grisebach, l. c.
  7. Triana et Planchon, Prodr. Floræ Novo-Granatensis, p. 208.
  8. Blanco, Flora de Filipinas, éd. 2, p. 420.
  9. Kunth, dans Humboldt et Bonpland, l. c. ; Triana, l. c.
  10. Bretschneider, lettre du 23 août 881.
  11. Roxburgh, Fl. indica, 2, p. 269.
  12. Blume, Rumphia, 3, p. 106.
  13. Loureiro, Flora Cochinch., p. 233 ; Kurz, Forest flora of british Burma, p. 293.
  14. Roxburgh, Flora indica, 2, p. 271 ; Thwaites, Enum. Zeylaniæ, p. 58 ; Hiern, dans Flora of brit. India, 1, p. 688.
  15. Hiern, dans Flora of brit. India, 1, p. 687.
  16. Blume, Rumphia, 3, p. 103 ; Miquel, Flora indo-batava, 1, p. 554.
  17. Boissier. Flora orient., 2, p. 5.
  18. Pline, Hist. nat., l. 13, c. 15 ; l. 15, c. 22 ; Galien, De alimentis, l. 2, c. 30.
  19. Lerche, Nova acta Acad. cæsareo-Leopold., vol. 5, appendix, p. 203, publié en 1773. M. Maximowicz (lettre du 23 février. 1882) m’apprend que l’échantillon de Lerche existe dans l’herbier du jardin impérial de Saint-Pétersbourg. Il est en fleur et ressemble en tout à la Fève cultivée, moins la taille, qui est à peu près d’un demi-pied. L’étiquette mentionne la localité et la spontanéité, sans autre observation.
  20. Il y a dans le même herbier des échantillons transcaucasiens, mais plus grands de taille et qu’on ne dit pas spontanés.
  21. Marschall Bieberstein, Flora Caucaso-Taurica ; C.-A. Meyer, Verzeichniss ; Hohenacker, Enum. plant. Talysch ; Boissier, Fl. orientalis, p. 578 ; Buhse et Boissier, Plant. Transcaucasiæ.
  22. Ledebour, Fl. ross., 1, p. 664, cite de Candolle, Prodromus, 2, p. 534 ; or c’est Seringe qui a rédigé l’article Faba du Prodromus, dans lequel est indiqué le midi de la mer Caspienne, probablement d’après Lerche, dans Willdenow.
  23. Bosc, Dict. d’agric., 5, p. 512.
  24. Munby, Catalogus plant. in Algeria sponte nascentium, éd. 2, p. 12.
  25. Schweinfurth et Ascherson, Aufzählung, p. 256 ; Rohlfs, Kufra, un vol. in-8°.
  26. Loiseleur-Deslongchamps, Considérations sur les céréales, part. 1, p. 29.
  27. Bretschneider, On study and value of chinese bot. works, p. 7 et 15.
  28. Iliade, 13, v. 589.
  29. Wittmack, Sitz. bericht Vereins, Brandenb., 1879.
  30. Novitius Dictionnarium, au mot Faba.
  31. Ad. Pictet, Les origines indo-européennes, éd. 2, vol. 1, p. 353.
  32. Heer, Pflanzen, der Pfahlbauten, p. 22, iig. 44-47.
  33. Perrin, Étude préhistorique sur la Savoie, p. 2.
  34. Delile, Plant. cult. en Égypte, p. 12 ; Reynier, Économie des Égyptiens et Carthaginois, p. 340 ; Unger, Pflanzen d. alten Ægyptens, p. 64 ; Wilkinson, Manners and customs of ancient Egyptians, 2, p. 402.
  35. Reynier, l. c., cherche à en deviner les motifs.
  36. Hérodote, Histoire, traduction de Larcher, vol. 2, p. 32.
  37. Samuel, II, c. 17, v. 28 ; Ezechiel, c. 4, v. 8.
  38. Dict. français-berbère, publié par le gouvernement français.
  39. Note communiquée à M. Clos par M. d’Abadie.
  40. A. de Candolle, Géographie botanique raisonnée, chap. x.
  41. Le Rhododendron ponticum ne se trouve plus que dans l’Asie Mineure et au midi de la péninsule espagnole.
  42. Boissier, Fl. orient., 2, p. 577.
  43. C.-A. Meyer, Verzeichniss pl. caucas., p. 147.
  44. Georgi, dans Ledebour, Fl. ross.
  45. Forskal, Fl. ægypt. ; Delile, Plant. cult. en Égypte, p. 13.
  46. Ebn Baithar, 2, p. 134.
  47. Reynier, Économie publique et rurale des Arabes et des Juifs. Genève, 1820, p. 429.
  48. Dictionn. français-berbère, in-8°, 1844.
  49. Hehn, Culturpflanzen, etc., éd. 3, vol. 2, p. 188.
  50. Ad. Pictet, Les origines indo-européennes, éd. 2, vol. 1, p. 364 ; Hehn, l. c.
  51. Heer, Pflanzen d. Pfahlbauten, p. 23, fig. 49.
  52. Theophrastes, Hist., l. 4, c. 5.
  53. Roxburgh. Fl. ind., éd. 1832, v. 3, p. 324 ; Piddington, Index.
  54. Ledebour, Fl. ross., 1, p. 660, d’après Pallas, Falk et C. Koch.
  55. Boissier, Fl. orient., 2, p. 560 ; Steven, Vevzeichniss des taurischen Hablinseln, p. 134.
  56. Iliade, l. 13, v. 589 ; Theophrastes, Hist., l. 8, c. 3.
  57. Dioscorides, l. 2, c. 126.
  58. Heldreich, Nutzpflanzen Griechenlands, p. 71.
  59. Nemnich, Polyghtt. Lexicon, 1, p. 1037 ; Bunge, dans Gœbels Reise, 2, p. 328.
  60. Clément d’Alexandrie, Strom., l. 1, cité d’après Reynier, Économie des Égyptiens et Carthaginois, p. 343.
  61. Reynier, Économie des Arabes et des Juifs, p. 430.
  62. Rosenmüller,. Bibl. Alterth., 1, p. 100 ; Hamilton, Botanique de la Bible, p. 180.
  63. Rauwolf, Fl. orient., n. 220 ; Forskal, Fl. ægypt., p. 81 ; Dictionnaire français-berbère.
  64. Roxburgh, Fl. ind., 3, p. 324 ; Piddington, Index.
  65. Voir Fraas, Fl. class., p. 51 ; Lenz, Bot. der Alten, p. 73.
  66. Heldreich, Nutzpflanzen Griechenl., p. 69.
  67. Olivier de Serres, Théâtre de l’agric., éd. 1529, p. 88.
  68. Clusius, Historia plant., 2, p. 238.
  69. Willkomm et Lange, Fl. hisp., 3, p. 466.
  70. Caruel, Fl. toscana, p. 136.
  71. Gussone, Floræ siculæ synopsis, éd. 2, vol. 2, p. 266.
  72. Grisebach, Spicil. Fl. rumel., p. 11.
  73. D’Urville, Enum., p. 86.
  74. Ledebour, Fl. ross., 1, p. 510.
  75. Caruel, Fl. tosc., p. 136.
  76. Gussone, Fl. sic. syn., 2, p. 267 ; Moris, Fl. Sardoa, 1, p. 596
  77. Boissier, Fl. orient., 2, p. 29
  78. Schweinfurth et Ascherson, Aufzählung, etc., p. 257.
  79. Schweinfurth, Plantæ nilot. a Hartmann coll., p. 6.
  80. Unger, Pflanzen d. alt. Ægypten., p. 65.
  81. Wilkinson, Manners and customs of ancient Egyptians, 2, p. 403.
  82. Rosenmüller, Bibl. Alterth., vol. 1.
  83. Muratori, Antich. ital., 1, p. 347 ; Diss., 24 ; cité par Targioni, Cenni storici, p. 31.
  84. Boissier, Fl. orient., 2, p. 623 ; Royle, Ill. Himal., p. 200.
  85. Bertoloni, Fl. ital., 7, p. 419 ; Caruel, Fl. tosc., p. 184 ; Gussone, Fl. siculæ synopsis, 2, p. 279 ; Moris, Fl. sardoa, 1, p. 577.
  86. Steven, Verzeichniss, p. 134.
  87. Alefeld, Botanische Zeitung, 1860, p. 204.
  88. Darwin, Variations of animais and plants under domestication, p. 326.
  89. Theophrastes, Hist., l. 8, c. 3, 5.
  90. Heldreich, Nutzpflanzen Griechenlands, p. 71.
  91. Pline, Hist., l. 18, c. 7, 12. Il s’agit bien du Pisum sativum, car l’auteur dit qu’il supporte très mal le froid.
  92. Ad. Pictet, Les origines indo-européennes, éd. 2, vol. 1, p. 359.
  93. Heer, Pflanzen der Pfahlbauten, 23, fig. 48 ; Perrin, Études préhistoriq. sur la Savoie, p. 22.
  94. Piddington, Index, Roxburgh ne parle pas d’un nom sanscrit.
  95. Bretschneider, Study and value of chinese botanical works, p. 16.
  96. Bretschneider, ibid., p. 9.
  97. Voir Pailleux, dans le Bulletin de la Société d’acclimatation, sept. et oct. 1880.
  98. Rumphius, Amb., vol. 5, p. 388.
  99. Roxburgh, Flora indica, 3, p. 314.
  100. Piddington, Index.
  101. Kæmpfer, Amœn. exot., p. 837, pi. 838.
  102. Haberlandt, Die Sojabohne, in-8°, Vienne, 1878, extrait en français par M. Pailleux, l. c.
  103. Loureiro, Fl. coch., 2. p. 538.
  104. Bunge, Enum. plant. Chin., n° 118 ; Maximowicz, Primitiæ fl. Amur., p. 87.
  105. Miquel, Prolusio, dans Ann. Mus. Lugd.-Bat., 3, p. 52 ; Franchet et Savatier, Enum. plant. Jap., 1, p. 108.
  106. Junghuhn. Plantæ Jungh., p. 255.
  107. Le Soja angustifolia, Miquel ; voir Hooker, Fl. brit. Ind., 2, p. 184.
  108. Rumphius, l. c.
  109. De Tussac, Flore des Antilles, vol. 4, p. 94, pl. 32 ; Grisebach, Fl. of brit. w. Ind., 1, p. 191.
  110. Voir sur cette question Wight et Arnott, Prodr. fl. penins. ind., p. 256 ; Klotzsch, dans Peters, Reise nach Mozambique, 1, p. 36. La variété à fleur jaune est figurée dans Tussac, l. c. ; celle à fleur colorée de rouge, dans le Botanical register, 1845, pl. 31.
  111. Bentham, Flora Hongkongensis, p. 89 ; Flora brasil., vol. 15, p. 199 ; Bentham et Hooker, Gen., I, p. 541.
  112. De Tussac, Flore des Antilles ; Jacquin, Obs., p. 1.
  113. Rheede, Roxburgh, Kurz, Burm. flora, etc.
  114. Thwaites, Enum. plant. Ceylan.
  115. Loureiro, Fl. cochinch., p. 565.
  116. Rumphius, Amb., vol. 5, t. 135.
  117. Seemann, Flora Vitiensis, p. 74.
  118. Junghuhn, Plantæ Jungh., fasc. 1, p. 241.
  119. Piddington, Index ; Rheede, Malab., 6, p. 23 ; etc.
  120. Pickering, Chronol. arrangement of plants, p. 442 ; Peters, Reise, p. 36 ; R. Brown, Bot. of Congo, p. 53 ; Oliver, Flora of tropical Africa, 2, p. 216.
  121. Bulletin de la Soc. d’acclimatation, 1871, p. 663.
  122. Énuméré ici pour ne pas le séparer d’autres légumineuses cultivées pour les graines seulement.
  123. De Gasparin, Cours d’agriculture, 4, p. 328.
  124. Schweinfurth et Ascherson, Aufzählung, p. 255 ; Richard, Tentamen floræ abyssinicæ.
  125. Ascherson, etc., dans Rohls, Kufra, 1, vol. in-8° 1881, p. 519.
  126. Heldreich, Nutzpflanzen Griechenlands, p. 73, Die Pflanzen der attischen Ebene, p. 477 ; Gussone, Synopsis fl. siculæ, p. 646 ; Bianca, Il Carubo, dans Giornale d’agricoltura italiana, 1881 ; Munby, Catal. pl. in Alger. spont., p. 13.
  127. Hœfer, Histoire de la botanique, de la minéralogie et de la géologie, 1 vol. in-12, p. 20 ; Bonné, Le Caroubier ou l’arbre des Lotophages, Alger, 1869 (cité d’après Hœfer). Voir, ci-dessus, l’article du Jujubier.
  128. Pline, Hist., l. 16, c. 30.
  129. Théophraste, Hist. plant., l. 1, c. 11 ; Dioscorides, l. 1, c. 155 ; Fraas, Syn. fl. class., p. 65
  130. Ebn Baithar, trad. allem., 1, p. 354 ; Forskal, Flora ægypt., p. 77.
  131. Columna, cité dans Lenz, Bot. der Alten Griech. und Rœm., p. 733 ; Pline, Hist., l. 13, c. 8.
  132. Dict. français-berbère, au mot Caroube.
  133. Lexicon oxon., cité dans Pickering, Chronological hist. of plants, p. 141.
  134. Le dessin est reproduit dans Unger, Pflanzen des alten Ægyptens, fig. 22. L’observation qu’il cite de Kotschy aurait besoin d’être confirmée par un anatomiste spécial.
  135. A. de Candolle. Géogr. bot. raisonnée, p. 961.
  136. Bentham, dans Ann. wiener Museum, vol. 2 ; Martens (George von). Die Gartenbohnen, in-4°, Stuttgard, 1860 ; éd. 2, 1869.
  137. Savi, Osserv. sopra Phaseolus i Dolichos, 1, 2, 3.
  138. Théophraste, Hist., 1. 8, c. 3 ; Dioscorides, 1. 2, c. 130 ; Pline, Hist., 1. 18, c. 7, 12, interprétés par Fraas, Synopsis fl. class., p. 52 ; Lenz » Botanik d. alten Griechen und Rœmer, p. 731 ; Mertens, l. c. p. 1.
  139. Wittmack, Bot. Vereins Brandenb., 19 déc. 1879.
  140. Delile, Plantes cultivées en Égypte, p. 14 ; Piddington, Index.
  141. BretschDeider n’en fait mention ni dans son opuscule On study, etc. ni dans les lettres qu’il m’a adressées.
  142. E. Meyer, Geschichte der Botanik, 3, p. 404.
  143. « Faseolus est species leguminis et grani, guod est in guantitate parum minus quam Faba, et in figura est columnare sicut faba, et herba ejus minor est aliquantulum quam herba Fabæ. Et sunt faseoli multorum colorum, sed quodlibet granorum habet maculam nigram in loco cotyledonis. » (Jessen, Alberti Magni, De vegetabilibus, ed. critica, p. 515.)
  144. P. Crescens, traduction française de 1539.
  145. Macer Floridus, éd. 1485, et commentaire par Choulant, 1832.
  146. De Rochebrune, Actes de la Société linnéenne de Bordeaux, vol. 33, janvier 1880, dont j’ai vu l’analyse dans Botanisches Centralblatt, 1880, p. 1633.
  147. Wittmack, Sitzungsbericht des bot. Vereins Brandenburg, 19 déc. 1879, et lettre particulière de lui.
  148. Molina (Essai sur l’hist. nat. du Chili, trad. française, p. 101) cite les Phaseolus, qu’il nomme Pallar et Asellus, et la Flore du Chili de Cl. Gay ajoute, avec peu d’éclaircissement, le Ph. Cumingii, Bentham.
  149. A. de Candolle, Géogr. bot. raisonnée, p. 691.
  150. Tournefort. Eléments (1694), 1, p. 328 ; Instit., p. 415.
  151. Durante, Herbario nuovo, 1585, p. 39 ; Matthioli, éd. Valgris, p. 322 ; Targioni, Dizionario bot. ital., 1, p. 13.
  152. Feuillée, Hist. des plantes médicinales du Pérou, etc, in-4°, 1725, p. 54.
  153. A. de Candolle, Géogr. bot. raisonnée, chapitre des espèces disjointes.
  154. Phaseolus bipunctatus Jacq., inamœnus Linné, puberulus, Kunth, saccharatus Mac-Fadyen, etc., etc.
  155. Bentham, dans Flora brasil., vol. 15, p. 181.
  156. Roxburgh, Piddington, etc.
  157. Royle, Ill. Himalaya, p. 190.
  158. Aufzählung, p. 257.
  159. Oliver, Flora of tropical Africa, p. 192.
  160. Wittmack, Sitz. ber. bot. Vereins Brandenburg, 19 déc. 1879.
  161. Roxburgh, Pl. ind., éd. 1832, v. 3, p. 299 ; Aitchison, Catal. of Punjab, p. 48 ; sir J. Hooker, Fl. of brit. India, 2, p. 202.
  162. Sir J. Hooker, Flora of british India, 2, p. 201.
  163. Roxburgh, Flora indica, 3, p. 299.
  164. Scbweinfurth, Beitr. z. Flora Æthiopiens, p. 15 ; Aufzählung, p, 257 ; Oliver, Flora of tropical Africa, p. 194.
  165. Voir les auteurs cités pour le P. trilobus.
  166. Sir J. Hooker, Flora of brit. India, 2, p. 209 ; Jungbuhn, Plantæ Junghun., fasc. 2, p. 240.
  167. Baker, Fl. of Mauritius, p. 83.
  168. Oliver, Fl. of trop. Africa, 2, p. 210.
  169. Forskal, Descript., p. 133 ; Delile, Plant. cult. en Égypte, p. 14.
  170. Schweinfurth et Ascherson, Aufzählung, p. 256.
  171. Dictionn. français-berbère, au mot haricot ; Willkomm et Lange, Prodr. fl. hisp., 3, p. 324. Le Haricot commun n’a pas moins de cinq noms différents dans la péninsule espagnole.
  172. Piddington, Index.
  173. Lenz, Botanik der alten Griechen und Römer, p. 732.
  174. Langkavel, Botanik der späteren Griechen, p. 4 ; Heldreich, Nutzpflanzen Griechenland’s, p. 72.
  175. Sir J. Hooker, Flora of brit. India, 2 p. 205 ; Miquel, Flora indobatava, 1 p. 175.
  176. Linné fils, Decad., 2, pl. 19, paraît avoir confondu l’espèce avec l’Arachis, et il indique, à cause de cela peut-être, le Voandzeia comme cultivé de son temps à Surinam. Les auteurs actuels sur l’Amérique ne l’ont pas vu ou ont négligé d’en parler.
  177. Gardener’s Chronicle, 4 sept. 1880.
  178. Loureiro, Flora cochinch., 2, p. 523.
  179. Guillemin, Perrottet, Richard, Floræ Senegambiæ tentamen, p. 254.
  180. Aufzählung, p. 259.
  181. Maximovicz, Primitiæ fl. amur., p. 236.
  182. Ledebour, Fl. ross., 3, p. 517.
  183. Meissner, dans Prodr., 14, p. 143.
  184. Bretschneider, On study, etc., p. 9.
  185. Madden, Trans. of Edinb. bot. Soc., 5, p. 118.
  186. Le nom anglais Buckwheat et le nom français de quelques localités, Buscail, viennent de l’allemand.
  187. Boissier, Fl. orientalis ; Buhse et Boissier, Pflanzen Transcaucasien.
  188. Pritzel, Sitzungs bericht Naturforsch. freunde zu Berlin, 15 mai 1866.
  189. Reynier, Économie des Celtes, p. 425.
  190. J’ai discuté plus en détail les noms vulgaires dans la Géographie botanique raisonnée, p. 953.
  191. Nemnich, Polyglott. Lexicon, p. 1030 ; Bosc, Dict. d’agric. 11, p. 379.
  192. Franchet et Savatier, Enum. plant. Japoniæ, 1, p. 403.
  193. Royle, Ill. Himal., p. 317.
  194. Gmelin, Flora sibirica, 3, p. 64 ; Ledebour, Flora rossica, 3 p. 516.
  195. Maximowicz, Primitiæ ; Regel, Opit flori, etc. ; Schmidt, Reisen in Amur, n’en parlent pas.
  196. Royle, Ill. Himal., p. 317 ; Madden, Trans. bot. Soc. Edinb., 5, p. 118.
  197. Roth, Catalecta botanica, 1, p. 48.
  198. Don, Prodr. fl. nepal., p. 74.
  199. Molina, Hist. nat. du Chili, p. 101.
  200. Moquin, dans Prodromus, 13, sect. 1, p. 67.
  201. A. de Candolle, Géogr. bot. raisonnée, p. 952.
  202. Bon jardinier, 1880, p. 562.
  203. Roxburgh, Flora indica, éd. 2, v. 3, p. 609 ; Wight, Icones, pi. 720 ; Aitchison, Punjab, p. 130.
  204. Madden, Trans. of the Edinb. bot. Soc, 5, p. 118.
  205. Don, Prodr. fl. nepal., p. 76.
  206. Wallich. List, n » 6903 ; Mequin, dans D C. Prodr., 13, sect. 2, p. 256.
  207. Pour plus de détails, voir mon article dans le Prodromus, vol. 16, sect. 2, p. 114, et Boissier, Fl. orient., 4, p. 1173.
  208. Pline, Hist. nat., l. 19, c. 23.
  209. Olivier de Serres, Théâtre de l’agriculture, p. 114.
  210. Aujourd’hui, les marrons de Lyon viennent surtout du Dauphiné et du Vivarais. On en récolte aussi dans le Var, au Luc (Gasparin, Traité d’agricult., 4, p. 744).
  211. Targioni, Cenni storici, p. 180.
  212. L. Vilmorin, Essai d*un catalogue méthodique et synonymique des froments, Paris, 1850.
  213. Les meilleures figures de ces formes principales de froment se trouvent dans Metzger, Europæische Cerealien, in-folio, Heidelberg, 1824 ; et dans Host, Graminaæ, in-fol., vol. 3.
  214. Tessier, Dict. d’agric, 6, p. 198.
  215. Loiseleur-Deslongchamps, Considérations sur les céréales, 1 vol. in-8°, p. 219.
  216. Ces points d’érudition ont été traités d’une manière très savante et très judicieuse par quatre auteurs : Link, Ueber die ältere Geschichte der Getreide Arten, dans Abhandl. der Berlin, Akad.. 1816, vol. 17, p. 122 ; 1826, p. 67, et dans Die Urwelt und das Alterthum, deuxième édit., Berlin, 1834, p. 399 ; Reynier, Économie des Celtes et des Germains, 1818, p. 417 ; Dureau de La Malle, Ann. des sc. nat., vol. 9, 1826 ; et Loiseleur Deslongchamps, Considérations sur les céréales, 1812, partie 1, p. 52.
  217. Heer, Pflanzen des Pfahlbauten, p. 13, pl. 1, fig. 14-18.
  218. Sordelli, Sulle piante délia torbiera di Lagozza, p. 31.
  219. Heer, l. c., Sordelli, l. c.
  220. Nyary, cité par Sordelli, l. c.
  221. Bretschneider, Study and value of chinese botanical works, p. 7 et 8.
  222. Bretschneider, l. c. ; Ad. Pictet, Les origines indo-européennes, éd. 2, vol. 1, p. 328 ; Rosenmüller, Biblische Naturgesch, 1, p. 77 ; Pickering, Chronol. arrangement, p. 78 ; Webb et Berthelot, Canaries, part. Ethnographie, p. 187 ; d’Abadie, Notes mss. sur les noms basques ; de Charencey, Recherches sur les noms basques, dans Actes Soc. philolog., 1er mars 1869.
  223. Nemnich, Lexicon, p. 1492.
  224. G. Syncelli, Chronogr., fol. 1652, p. 28.
  225. Strabon, éd. 1707, vol. 2, p. 1017.
  226. Ibid., vol. 1, p. 124, et 2, p. 776.
  227. Odyssée, l. 9, v. 109.
  228. Diodore, traduction de Terasson, 2, p. 186, 190.
  229. Bretschneider, l. c., p. 15.
  230. Parlatore, Fl. ital., 1, p. 46 et 508. Son assertion est d’autant plus digne d’attention qu’il était Sicilien.
  231. Strobl, dans Flora, 1880, p. 348.
  232. Inzenga, Annal. agricult. sicil.
  233. Bull, de la Soc. bot. de France, 1854, p. 108.
  234. J. Gay, Bull. Soc. bot. de France, 1860, p. 30.
  235. Olivier, Voy. dans l’Empire ottoman (1807), vol, 3, p. 460.
  236. Linné, Sp, plant, , éd. 2, vol. 1, p. 127.
  237. Bunge, Bull. Soc. bot. France, 1860, p. 29.
  238. De Candolle, Physiol. bot., 2, p. 696.
  239. Unger, die Pflanzen d. alten Ægyptens, p. 31.
  240. Voir Rosenmüller, Bibl. Naturgesch., et Löw, Aramæische Pflanzennamen, 1881.
  241. Delile, Plantes cult. en Égypte, p. 3 ; Floræ Ægypt. illustr., p. 5.
  242. Dict français-berbère, publié par le gouvernement.
  243. Heer, Pflanzen d. Pfahbauten, p. 5, fig. 4 ; p. 52, fig. 20.
  244. Messicommer, dans Flora, 1869, p. 320.
  245. Cités d’après Sordelli, Notizie sull. Lagozza, p. 32.
  246. Heer, l. c., p. 50.
  247. Heldreich, Die Nutzpflanzen Griechenlands, p. 5.
  248. Pline, Hist., l. 18, c. 10.
  249. Koch, Linnæa, 21, p. 427.
  250. Lettre de M. Ascherson, en 1881.
  251. Dictionn. manuscrit des noms vulgaires.
  252. Debeaux, Catal. des plantes de Boghar, p. 110.
  253. D’après Delile, l. c., le blé se nomme Qamh, et un blé corné, rouge, Qamh-ahmar.
  254. Nemnich, Lexicon, p. 1488.
  255. Alefeld, Botanische Zeitung, 1865, p. 9.
  256. H. Vilmorin, Bulletin de la Société botanique de France, 1881, p. 356.
  257. Journal Flora, 1835, p. 4.
  258. Voir les planches de Metzger et de Host, dans les ouvrages cités tout à l’heure.
  259. Essai d’un catalogue méthodique des froments, Paris, 1850.
  260. Seringe, Monographie des céréales de la Suisse, in-8°, Berne, 1818.
  261. Fraas, Synopsis fl. class., p. 307 ; Lenz, Botanik d. Alten, p. 257.
  262. Dioscorides, Mat. med., 2, 111-115.
  263. Pline, Hist., I. 18, c. 7 ; Targioni, Cenni storici, p. 6.
  264. Heer, l. c. p. 6 ; Unger, Pflanzen d. alten Ægypt., p. 32.
  265. Delile, Plantes cultivées en Égypte, p. 5.
  266. Reynier, Écon. des Égyptiens, p. 337 ; Bureau de La Malle, Ann. sc. nat., 9, p. 72 ; Schweinfurtn et Ascherson, l. c. Le Tr. Spelta de Forskal n’est admis par aucun auteur subséquent.
  267. Géogr. bot. raisonnée, p. 933.
  268. Exode, IX, 32 ; Esaie, XXVIII, 25 ; Ezéchiel, IV, 9.
  269. Rosenmüller, Bibl. Alterthumskunde, 4, p. 83 ; Second, trad. de l’Ancien Test, 1874.
  270. Ad. Pictet, Les origines indo-européennes, éd. 2, vol. 1, p. 348.
  271. Ad. Pictet, l. c. ; Nemmich, Lexicon.
  272. Willkomm et Lange, Prodr. fl. hisp., 1, p. 107.
  273. Olivier, Voyage, 1807, vol. 3, p. 460.
  274. Lamarck, Dict. encycl., 2, p. 560.
  275. H. Vilmorin, Bull. de la Soc. bot. de France, 1881, p. 858.
  276. a et b Heer, Pflanzen d. Pfahbauten, fig., p. 5, fig. 23, et p. 15.
  277. Fraas, Synopsis fl. class., p. 307.
  278. Dioscorides, Mat. med., 2, c. III, 155.
  279. Heldreich, Nutzpflanzen d. Grichenlands.
  280. M. Bieberstein, Flora tauro-caucasica, vol. 1, p. 85.
  281. Steven, Verzeichniss taur. Halbinseln Pflanzen, p. 354.
  282. Bull. Soc. bot. de France, 1860, p. 30.
  283. Boissier, Diagnoses, série l, vol. 2, fasc. 13, p. 69.
  284. Balansa, 1854, n. 137, dans l’Herbier Boissier, où l’on voit aussi un échantillon trouvé dans les champs en Servie et une variété à barbes brunes envoyée par M. Pancic, croissant dans les prés de Servie. Le même botaniste de Belgrade vient de m’envoyer des échantillons spontanés de Servie que je ne saurais distinguer du Tr. monococcum. Il me certifie qu’on ne cultive pas celui-ci en Servie. M. Bentham m’écrit que le Tr. bæoticum, dont il a vu plusieurs échantillons d’Asie Mineure, est, selon lui, la monococcum.
  285. Bretschneider, On the study, etc., p. 8.
  286. Herbier Boissier, échantillon bien déterminé, par Reuter.
  287. Figari et de Notaris, Agrostologiæ ægypt, fragm., p. 18.
  288. Plante très maigre, recueillie car Kotschy, n° 290, dont je possède un échantillon. M. Boissier l’a déterminée comme H. distichon, varietas.
  289. C.-A. Meyer, Verzeichniss, p. 26, d’après des échantillons vus aussi par Ledebour, Fl. ross., 4, p. 327.
  290. Ledebour, l. c.
  291. Regel, Descr. plant. nov., 1881, fasc. 8, p. 37.
  292. Willdenow, Sp. plant., 1, p. 473.
  293. Theophrastes, Hist. plant., l. 8, c. 4.
  294. Heer, Pflanzen der Pfahlbauten, p. 13 ; Messicommer, Flora bot. Zeitung, 1869, p. 320.
  295. Théophraste, Hist., l. 8, c. 4.
  296. Willdenow, Species plant., 1, p. 472.
  297. Unger, Pflanzen des alten Ægyptens, p. 33 ; Ein Ziegel der Dashur Pyramide, p. 109.
  298. Heer, Pflanzen der Pfahlbauten, p. S, fig. 2 et 3 ; p. 13, fig. 9 ; Flora bot. Zeitung, 1869, p. 320 ; de Mortillet, d’après Perrin, Études préhistoriques sur la Savoie, p. 23 ; Sordelli, Sulle piante della torbiera di Lagozza. p. 32.
  299. Roxburgh, Fl. ind., éd. 1832, v. 1, p. 338.
  300. Ad. Pictet, Origines indo-européennes, éd. 2, vol. 1, p. 333.
  301. Bretschneider, On study, etc., p. 18, 44.
  302. Pline, Hist., l. 18, c. 16.
  303. Galenus, De alimentis, 1, 13, cité d’après Lenz, Bot. d. Alten, p. 259.
  304. Heer, Die Pflanzen der Pfahlbauten, p. 16.
  305. Ad. Pictet, Origines indo-européennes, éd. 2, voL 1, p. 344.
  306. Nemnich, Lexicon Naturgesch.
  307. Pictet, l. c.
  308. Secale fragile, Bieberstein ; S. anatolicum, Boissier ; S. montanum, Gussone ; S. villosum, Linné. J’ai expliqué dans la Géographie botanique, p. 936, les erreurs qui résultaient de cette confusion, lorsqu’on disait le Seigle spontané en Sicile, en Crète et quelquefois en Russie.
  309. Flora, bot. Zeitung, 1850, p. 520.
  310. Flora, bot Zeitung, 1869, p. 93.
  311. Kunth, Enum., 1, p. 449.
  312. Sadler, Fl. pesth., 1, p. 80 ; Host, Fl. austr., 1, p. 177 ; Baumgarten, Fl. transylv., 3, p. 225 ; Neilreich, Fl. Wien, p. 58 ; Visiani, Fl. dalmat., 1, p. 97 ; Farkas, Fl. croatica, p. 1288.
  313. M. Strobl l’a vu cependant autour de l’Etna, dans les bois, par suite de l’introduction dans la culture au XVIIIe siècle. (Œster. bot. zeit. 1881, p. 159.)
  314. Schweinfurth et Ascherson, Beiträge zur Flora Æthiopiens, p. 298.
  315. Royle, Ill., p. 419.
  316. Bretschneider, On study, etc., p. 18, 44.
  317. Fraas, Synopsis fl. class., p. 303 ; Lenz, Botanik der Alten, p. 243.
  318. Pline, Hist., l. 18, c. 17.
  319. Galenus, De alimentis, 1. c. 12.
  320. Heer, Pflanzen der Pfahlbauten, p. 6, fig. 24.
  321. Lenz, l. c., p. 245.
  322. Ad. Pictet, Les origines indo-européennes, éd. 2, vol. 1, p. 350.
  323. Notes communiquées par M. Clos.
  324. Ad. Pictet, l. c.
  325. Nemnich, Polyglott, Lexicon Naturgesch., p. 548.
  326. Dict. français— berbère, publié par le gouvernement français.
  327. Linné, Species, p. 118 ; Lamarck, Dict. enc., 1, p. 431.
  328. Phillips, Cult. veget., 2, p. 4.
  329. Munby, Catal. Alger., éd. 2, p. 36 ; Franchet et Savatier, Enum. plant. Jap., 2, p. 175 ; Cosson ; Fl. Paris, 2. p. 637 ; Bunge, Enum. chin., p. 71, pour la variété nuda.
  330. Lamarck, Dict. encycl., 1, p. 331.
  331. Visiani, Fl. dalmat., 1, p. 69 ; Host, Fl. austr., 1, p. 133 ; Neilreich, Fl. Wien., p. 85 ; Baumgarten, Enum. Transylv., 3, p. 259 ; Farkas, Fl. croatica, p. 1277.
  332. Bentham, Handbook of british flora, éd. 4, p. 544.
  333. Les passages de Théophraste, Caton et autres sont traduits dans Lenz, Botanik der Alten, p. 232.
  334. Heer, Pflanzen der Pfahlbauten, p. 17.
  335. Regazzoni, Riv. arch. prov. di Como, 1880, fasc. 7.
  336. Unger, Pflanzen des alten Ægyptens, p. 34.
  337. Bretschneider, Study and value of chinese bot. works, p. 7, 8, 45.
  338. Roxburgh, Fl. ind., éd. 1832, p. 310 ; Piddington, Index.
  339. Rosenmüller, bibl. Alterth. ; Dictionn. français-berbère.
  340. Delile, Fl. ægypt., p. 3 ; Forskal, Arab., civ.
  341. Ad. Pictet, Origines indo-européennes, éd. 2, v. 1, p. 354.
  342. Ad. Pictet, l. c.
  343. Linné, Species plant., 1, p. 86.
  344. Roxburgh, l. c. ; Aitchison, Punjab, p. 159.
  345. Bunge, Enumer., n. 400.
  346. Maximowicz, Primitiæ Amur., p. 330.
  347. Ledebour, Fl. ross., 4, p. 469.
  348. Hohenacker, Plant. Talysch., p. 371.
  349. Steven, Verzeichniss Halbins. Taur., p. 371.
  350. Mutel, Fl. franc., 4, p. 20 ; Parlatore, Fl. ital., 1, p. 122 ; Visiani, Fl. dalmat., 1, p. 60 ; Heldreich, Fl. Nied. Œsterr., p. 32.
  351. Heldreich, Nutzpfl. Griechenl., p. 3 ; Pflanzen Attisch. Ebene, p. 516.
  352. M. Ascherson m’avertit dans une lettre que, dans l’Aufzählung, on a omis par erreur le mot cult. après le Panicum miliaceum.
  353. Forskal, Fl. arab., p. civ.
  354. Bretschneider, On the study and value of chinese bot. works, p. 7, 8.
  355. Bretschneider, l. c., p. 9.
  356. D’après Unger, l. c., p. 34.
  357. Heer, Pflanzen der Pfahlbauten, p. 5, fîg. 7 ; p. 17, fig. 28, 29 ; Perriu, Études préhistor. sur la Savoie, p. 22.
  358. Heidreich, Nutzpftanz. Griechenlands.
  359. Roxburgh, Fl. ind., éd. 1832, vol. 1, p. 302 ; Rumphius, Àmboyn., 5, p. 202, t. 75.
  360. Roxburgh, l. c.
  361. Ainslies, Mat. med. ind., 1, p. 226.
  362. Obcurrit in Baleya, etc. (Rumph., 5, p. 202).
  363. Habitat in Indiis (Linné, Sp., 1, p. 83).
  364. Aitchison, Catal. of Punjab, p. 162.
  365. Bentham, Flora austral., 7, p. 493.
  366. Franchet et Savatier, Enum. Japon., 2, p. 262.
  367. Bunge, Enum., n. 399 ; Maximowicz, Primitiæ Amur., p. 330.
  368. Buhse, Aufzählung, p. 232.
  369. Voir Parlatore, Fl. ital., 1, p. 113 ; Mutel, Fl. franc., 4, p. 20, etc., etc.
  370. Delile, Plantes cultivées en Égypte, p. 7 ; Roxburgh, Fl. ind., éd. 1832, v. 1, p. 269 ; Aitchison, Catal. Punjab, p. 175 ; Bretschneider, On value, etc., p. 9.
  371. Pline, Hist., l. 18, c. 7.
  372. Cité par Unger, Die Pflanzen des alten Egyptens, p. 34.
  373. S. Birch, dans Wilkinson, Manners and customs of ancient Egyptians, 4878, vol. 2, p. 427.
  374. Les dessins de Lepsius sont reproduits dans Unger, l. c., et dans Wilkinson, l. c.
  375. Ezechiel, 4, 9.
  376. Brown, Bot. of Congo, p. 54.
  377. Schmidt, Beiträge zur Flora capverdischen Inseln, p. 158.
  378. Voir Host, Gramineæ austriacæ, vol. 4, pl. 4.
  379. Roxburgh, Fl. ind. éd. 2, vol. 1, p. 271 ; Rumphius, Amboin., 5, p. 194. pl. 75, fig. 1 ; Miquel, Fl. indo-batava, 3, p. 503 ; Bretschneider, On the value, etc., p. 9 et 46 ; Loureiro, Fl. cochinch., 2, p. 792.
  380. Forskal, Delile, Schweinfarth et Ascherson, l. c.
  381. Hérodote, l. 1, c. 193.
  382. Pline, Hist., l. 18, c. 7. Ce pourrait être aussi la variété ou espèce appelée bicolor.
  383. W. Hooker, Niger Flora.
  384. Schweinfurth et Ascherson, Aufzählung, p. 299.
  385. Bon jardinier, 1880, p. 585.
  386. Franchet et Savatier, Enum. plant. Japon., 2, p. 172.
  387. Bon jardinier, ibid.
  388. Roxburgh, Flora indica, éd. 2, vol. 1, p. 343.
  389. Royle, Ill. Himal. plants.
  390. Thwaites, Enum. plant. Zeyl., p. 371.
  391. Plusieurs des synonymes et le nom arabe dans Linné, Delile, etc., s’appliquent au Dactyloctenium ægyptiacum, Willdenow, soit Eleusine ægyptiaca, de quelques auteurs, qu’on ne cultive pas.
  392. Fresenius, Catal. sem. horti Francof., 1834 ; Beitrage zur Flora Abyssin., p. 141.
  393. Stanislas Julien, dans Loiseleur, Consid. sur les céréales, part. 1, p. 29 ; Bretschneider, On the study and value of botanical chinese works, p. 8 et 9.
  394. Loureiro, Fl. cochinch., 1, p. 267.
  395. Piddington, Index ; Hehn, Culturpflanzen, éd. 3, p. 437.
  396. Theophrastes, Hist., l. 4, c. 4, 10.
  397. Strabon, Géographie, trad. de Tardieu, l. 15, c. 1, § 18 ; l. 15, c. 1, § 53.
  398. Reynier, Économie des Arabes et des Juifs (1820), p. 450 ; Économie publique et rurale des Égyptiens et des Carthaginois (1823), p. 324.
  399. Unger n’en cite aucune. M. S. Birch, en 1878, a mis une note dans l’ouvrage de Wilkinson, Manners and customs of the ancient Egyptians, 2, p. 402, pour dire : « On n’a aucune preuve de la culture du riz, dont on n’a pas trouvé de graines. »
  400. Reynier, l. c.
  401. Targioni, Cenni, p. 24.
  402. Crawford, dans Journal of botany, 1866, p. 324.
  403. Roxburgh, Fl. ind., éd. 1832, v. 2, p. 200.
  404. D’après Aitchison, Catal. Punjab, p. 137.
  405. Nees, dans Martius, Fl. brasil., in-8° 2, p. 518 ; Baker, Fl. of Mauritius, p. 458.
  406. Bonafous, Hist. nat. agric. et économique du Maïs, un vol. in-folio, Paris et Turin, 1836.
  407. A. de Candolle, Bibliothèque universelle de Genève, août 1836 ; Géogr. bot. raisonnée, p. 942.
  408. Molinari, Storia d’Incisa, Asti, 1810.
  409. Riant, La charte d’Incisa, broch. in-8°, 1877, tirée à part de la Revue des questions historiques.
  410. Ruellius, De natura stirpium, p. 428 : « Hanc quoniam nostrorum ætate e Græcia vel Asia venerit Turcicum frumentum nominant. » Fuchsius, p. 824, répète cette phrase, en 1543.
  411. Tragus, Stirpium, etc., éd. 1552, p. 650.
  412. Dodoens, Pemptades, p. 509 ; Camerarius, Hort., p. 94 ; Matthiole, éd. 1570, p. 305.
  413. P. Martyr, Ercilla, Jean de Lery, etc., de 1516 à 1578.
  414. Hernandez, Thes. mexic., p. 242.
  415. Lasègue, Musée Delessert, p. 467.
  416. Fée, Souvenirs de la guerre d’Espagne, p. 128.
  417. Bibliothèque orientale, Paris, 1697, au mot Rous.
  418. Kunth, Ann. sc. nat., sér. 1, vol. 8, p. 418 ; Raspail, ibid., ; Unger, Pflanzen des alten Ægyptens ; A. Braun, Pflanzenreste ægypt Mus. in Berlin ; Wilkinson, Manners and customs of ancient Egyptians.
  419. Forskal, p. LIII.
  420. Crawfurd, History of the indian archipelago, Edinburgh, 1820, vol. 1 ; Journal of bot., 1866, p. 326.
  421. Roxburgh, Flora indica, éd. de 1832, vol. 3, p. 568.
  422. Bretschneider, On study and value, etc., p. 7, 18.
  423. Bretschneider, l. c., p. 50.
  424. L’article est dans le Pharmaceutical journal de 1870. Je ne le connais que par un court extrait, dans Seemann, Journal of botany, 1871, p. 62.
  425. Rumphius, Amboyn., vol. 5, p. 525.
  426. Malte-Brun, Géographie, 1, p. 493.
  427. Une plante gravée sur une ancienne arme que Siebold avait prise pour le Maïs est un Sorgho, d’après Rein, cité par Wittmack, Ueb. antiken Maïs.
  428. Voir Martius, Beiträge zur Ethnographie Amerika’s, p. 127.
  429. Darwin, Variations of animals and plants under domestication, 1, p. 320.
  430. A. de Saint-Hilaire, Ann. sc. nat., 16, p. 143.
  431. Lindley, Journal of the hortic. Society, 1, p. 114.
  432. Je cite ces faits d’après Wittmack, Ueber antiken Maïs aus Nord und Sud Amerika, p. 87, dans Berlin. anthropolog. Ges., 10 nov. 1879.
  433. Rochebrune, Recherches ethnographiques sur les sépultures péruviennes d’Ancon, d’après un extrait par Wittmack, dans Uhlworm, Bot. Central-blatt, 1880, p. 1633, où l’on voit que le cimetière a servi avant et depuis la découverte de l’Amérique.
  434. Sagot, Culture des céréales de la Guyane française (Journal de la Soc. centr. d’hortic. de France, 1872, p. 94).
  435. M. de Nadaillac, dans son ouvrage intitulé Les premiers hommes et les temps préhistoriques, donne un abrégé du peu que l’on sait aujourd’hui sur ces migrations et en général sur les anciens peuples d’Amérique. Voir en particulier le vol. 2, chap. 9.
  436. De Nadaillac, 2, p. 69, qui cite l’ouvrage classique de Bancroft, The native races of the Pacific states.
  437. Willkomm et Lange, Prodr. fl. hisp., 3, p. 872.
  438. Boissier, Fl. orient. ; Tchihatcheff, Asie mineure ; Ledebour, Fl. rossica, et autres.
  439. Heer, Pflanzen der Pfahlbauten, p. 32, fig. 65, 66.
  440. De Lauessan, dans la traduction de Flückiger et Hanbury, Histoire des drogues d’origine végétale, 1, p. 129.
  441. Dioscorides, Hist. plant., l. 4, c. 65.
  442. Pline, Hist. plant., l. 20, c. 18.
  443. Unger, Die Pflanze als Erregungs und Betaübungsmittel, p. 47 ; Die Pflanzen des alten Ægyptens, p. 50.
  444. Ebn Baithar, trad. allem., 1, p. 64.
  445. Ad. Pictet, Origines indo-européennes, éd. 3, vol. 1, p. 366.
  446. Ainslies, Mat. med. indica, 1, p. 326.
  447. Nemnich, Polygl. Lexicon, p. 848.
  448. Martin, dans Bull. Soc. d’acclimatation, 1872, p. 200.
  449. Sir J. Hooker, Flora of british India, 1, p. 117 ; Bretschneider, Study and value, etc., 47.
  450. Ebn Baithar, 1, p. 64.
  451. Flückiger et Hanbury, Histoire des drogues d’origine végétale, traduction française, 2 vol. in-8, 1878, vol. 1, p. 97-130.
  452. Barbosa publia son ouvrage en 1516.
  453. Hughes, Trade Report, cité dans Flückiger et Hanbury.
  454. Sloane, Jamaica, 2, p. 53.
  455. Sloane, ibid, ; Clos, Ann. sc. nat., série 4, vol. 8, p. 260 ; Grisebach, Fl. of brit. W. India islands, p. 20.
  456. Seemann, Bot. of Herald, p. 79, 268 ; Triana et Planchon, Prodr. fl. novo-granat., p. 94 ; Meyer, Essequebo, p. 202 ; Piso, Hist. nat. Brasil., éd. 1648, p. 65 ; Glaussen, dans Clos, l. c.
  457. Roxburgh, Flora indica, 2, p. 581 ; Oliver, Flora of tropical Africa, 1, p. 114.
  458. Géographie botanique raisonnée, p. 971.
  459. Parlatore, Le specie dei cotoni, texte in-4, planches in-folio, Firenze, 1866.
  460. Todaro, Relazione della coltura dei cotoni in Italia seguita da una monografia del genere Gossypium, texte grand in-8, planches in-folio, Rome et Palerme, 1877-78 ; ouvrage précédé de plusieurs autres moins étendus, dont Parlatore avait eu connaissance.
  461. Masters, dans Oliver, Flora of tropical Africa, p. 210 ; et dans sir J. Hooker, Flora of british India, 1, p. 346.
  462. Kurz, Forest flora of british Burma, 1, p. 129.
  463. Piddington, Index.
  464. Theophrastes, Hist. plant., l. 4, c. 5.
  465. Theophrastes, Hist. plant., 1. 4, c. 9.
  466. Bretschneider, Study and value of chinese botanical works, p. 7.
  467. Pausanias, l. 5, c. 5 ; l. 6, c. 26 ; Pline, l. 19, c. 1. Voir Brandes, Baumwolle, p. 96.
  468. C. Ritter, Die geooraphische Verbreitung der Baumwolle, p. 25.
  469. Il est impossible de ne pas remarquer la ressemblance de ce nom avec celui du lin en arabe, Kattan ou Kittan ; c’est un exemple de la confusion qui se fait dans les noms lorsqu’il existe des analogies entre les produits.
  470. De Lasteyrie, Du Cotonnier, p. 290.
  471. Torrey et Asa Gray, Flora of North America, 1, p. 230 ; Darlington, Agricultural botany, p. 16.
  472. Schouw, Naturschilderungen, p. 152.
  473. Master, dans Oliver, Flora of tropical Africa, p. 211 ; Hooker, Fl. of brit. India, 1, p. 347 ; Schweinfurth et Ascherson, Aufzählung., p. 265 (sous le nom de Gossypium nigrum) ; Parlatore, Specie dei Cotoni, p. 25.
  474. Rosellini, Monum. della Egizia, p. 2 ; Mon. civ., 1, p. 60.
  475. Parlatore, Specie dei Cotoni, p. 16.
  476. Pline, Hist. plant., l. 19, c. 1.
  477. Pollux, Onomasticon, cité dans C. Ritter, l. c., p. 26.
  478. Reynier, Économie des Arabes et des Juifs, p, 363 ; Bertoloni, Nov. act. Acad. Bonon., 2, p. 213, et Miscell. bot., 6 ; Viviani, in Bibl. ital.. vol. 81, p. 94 ; C. Ritter, Geogr. Verbreitung der Baumwolle, in-4 ; Targioni, Cenni storici, p. 93 ; Brandis, Der Baumwolle im Altherthum, in-8, 1866.
  479. Masters, dans Oliver, Flora of tropical Africa, 1, p. 322, et dans Hooker, Flora of brit. India, 1, p. 347.
  480. Il a dit, par exemple, du Gossypium herbaceum, qui est certainement de l’ancien monde, d’après les faits connus avant lui : Habitat in America.
  481. Nascitur in calidis, humidisque, cultis præcipue, locis. (Hernandez, Novæ Hispaniæ thesaurus, p. 308.)
  482. Hemsley, Biologia centrali-americana, 1, p. 123.
  483. Mac Fadyen, Flora of Jamaica, p. 72.
  484. Grisebach, Flora of brit. W. India islands, p. 86.
  485. Triana et Planchon, Prodr. fl. novo-granatensis, p. 170.
  486. Les Malvacées n’ont pas encore paru dans le Flora brasiliensis.
  487. Cl. Gay, Flora chilena, 1, p. 312.
  488. Le Gardener’s chronicle du 4 septembre 1880 donne des détails sur la culture de cette plante, sur l’emploi de ses graines, et sur l’immense exportation qui s’en fait actuellement de la côte occidentale d’Afrique, du Brésil, de l’Inde, etc., en Europe.
  489. A. de Candolle, Géographie botanique raisonnée, p. 962.
  490. Linné, Species plantarum, p. 1040.
  491. R. Brown, Botany of Congo, p. 53.
  492. Bentham, dans Trans. Linn. Soc., XVIII, p. 159 ; Walpers, Repertorium, 1, p. 727.
  493. Marcgraf et Pison, Bras., p. 37, édit. 1648.
  494. Marcgraf et Pison, Bras., édit. 1658, p. 256.
  495. Acosta, Hist. nat. Ind., trad. franç., 1598, p. 165.
  496. Aublet, Pl. Guyan., p. 765.
  497. Sloane, Jamaica, p. 184.
  498. Guillemin et Perrottet, Fl. seneg.
  499. Loureiro, Fl. cochinch.
  500. Roxburgh, FL ind., 3, p. 280 ; Piddington, Index.
  501. Rumphius, Herb. amb., 5, p. 426 et 427.
  502. Rochebrune, d’après l’extrait contenu dans Botanisches Centralblatt, 1880, p. 1634. Pour la date, voyez ci-dessus, p. 273.
  503. Bretschneider, On the study and value of chinese bot. works, p. 18.
  504. Grisebach, Flora of brit. W. Indian islands, p. 189.
  505. Richard, Tentamen fl. abyss., 1, p. 349 ; Oliver, Flora of tropical Africa, 3, p. 180.
  506. Ritter, cité dans Flora, 1846, p. 704.
  507. Meyen, Géogr. bot., traduction anglaise, p. 384 ; Grisebach, Flora of british W. India islands, p. 338.
  508. H. Welter, Essai sur l’histoire du café, 1 vol. in-8°, Paris, 1868.
  509. Ellis, An historical account of Coffee, 1774.
  510. Ebn Baithar, trad. de Sordtheimer, 2 vol. in-8°, 1842.
  511. Bellus, Epist. ad Clus., p. 309.
  512. Rauwolf, Clusius.
  513. Rauwolf ; Bauhin, Hist., 1, p. 422.
  514. Bellus, l. c.
  515. Richard, Tentamen fl. abyss., p. 350.
  516. Un extrait du même auteur dans Playtair, Hist. of Arabia Felix. Bombay, 1859, ne mentionne pas cette assertion.
  517. Nouv. dict. d’hist. nat., IV, p. 552.
  518. Ellis, l. c ; Nouv. dict., l. c.
  519. Ce détail est emprunté à Ellis, Diss. Caf., p. 16. Les Notices statistiques sur les colonies françaises, 2, p. 46, disent ; « Vers 1716 ou 1721, des semences fraîches de café ayant été apportées secrètement de Surinam, malgré la surveillance des Hollandais, la culture de cette denrée coloniale se naturalisa à Cayenne. »
  520. Le nom de ce marin a été écrit de plusieurs manières, Declieux, Duclieux, Desclieux, selon les ouvrages. D’après les informations que j’ai prises au ministère de la guerre, de Clieux était un gentilhomme allié au comte de Maurepas. Il était né en Normandie, était entré dans la marine en 1702, et s’était retiré en 1760, après une carrière très honorable. J’ai donné ses états de service dans une note de ma Géographie botanique, p. 971. Il est mort en 1775. Les rapports officiels n’ont pas omis de mentionner le fait important qu’il avait introduit la Caféier dans les colonies françaises.
  521. Delenze, Hist, du Muséum, 1, p. 20.
  522. Notices statist. sur les colonies françaises, 1, p. 30.
  523. Notices statist. col. fr., 1, p. 209.
  524. Martin, Statist. colon. Brit. Emp.
  525. Nouv. Dict. hist. nat., IV, p. 135.
  526. Notices stat. col. franc., 2, p. 84.
  527. H. Welter, Essai sur l’histoire du café, 1 vol. in-8° Paris, 1868.
  528. Dans Hiern, Transactions of the linnean Society, série 2, vol. 1, p. 171, pl. 24. Cette planche est reproduite dans le Rapport du jardin royal de Kew pour 1876.
  529. Oliver, Flora of tropical Africa, 3, p. 181.
  530. Cl. Gay, Flora chilena. 4, p. 268.
  531. Asa Gray, Botany of California, 1, p. 359.
  532. A. de Candolle, Géogr. bot. raisonnée, p. 1047.
  533. Rumphius, Amboin., 2, p. 17 ; Blume, Rumphia, 1, p. 180.
  534. Roxburgh, Flora indica, 3, p. 845.
  535. Bentham et Hooker, Genera, 2, p. 1059.
  536. Pickering, Chronol. history of plants, p. 223 ; Rumphius, Herb. amboinense, 5, p. 204 ; Miquel, Flora indo-batava, 2, p. 760 ; Schweinfurth et Ascherson, Aufzählung, p. 273 ; Grisebach, Flora of brit. W. India, p. 458.
  537. Blume, Bitjdragen, p. 778.
  538. Roxburgh, Fl. ind., éd. 1832, v. 3, p. 100 ; Piddington, Index.
  539. Thumberg, Fl. jap., p. 254.
  540. Bretschneider, lettre du 23 août 1881.
  541. Bretschneider, On study, etc., p. 16.
  542. Théophraste, 1. 8, c. 1, 5 ; Dioscorides, 1. 2, c. 121 ; Pline, Hist., 1. 18, c. 10.
  543. Pline, Hist., 1. 15, c. 7.
  544. Wilkinson, Manners and customs, etc., vol. 2 ; Unger, Pflanzen des alten Ægyptem, p. 45.
  545. Reynier, Économie publique des Arabes et des Juifs, p. 431 ; Löw, Aramäische Pflanzennamen, p. 376.
  546. E. Meyer, Geschichte der Botanik, 3, p. 75.
  547. Hérodote, l. 1, c. 193.
  548. Thwaites, Enum., p. 209.
  549. Piso, Brasil., éd. 1658, p. 211.
  550. Ball, Floræ maroccanæ spicilegium, p. 664.
  551. Müller, Argov., dans DC., Prodromus, vol. 15, sect. 2, p. 1017.
  552. Richard, Tentamen florse abyssinicæ, 2, p. 250 ; Schweinfurth, Plantæ niloticæ a Hartmann, etc., p. 13.
  553. Schweinfurth et Ascherson, Aufzählung, p. 262.
  554. Forskal, Fl. arab., p. 71.
  555. Boissier, Fl. orient., 4, p. 1143.
  556. Rheede, Malabar, 2, p. 57, t. 32.
  557. Rumphius, Herb. Amboin., vol. 4, p. 93.
  558. Franchet et Savatier, Enum. Japon., 1, p. 424.
  559. Unger, Pflanzen des alten Ægyptens, p. 61.
  560. Théophraste, Hist., l. 1, c. 19 ; Dioscorides, 1. 4, c. 171 ; Fraas, Synopsis fl. class., p. 92.
  561. Nemnich, Polyglott. Lexicon ; Forskal, Fl. ægypt., p. 75.
  562. Jonas, IV, 6 ; Pickering, Chronol. hist. of plants, p. 225, écrit Kykwyn.
  563. Flückiker et Hanbury, Histoire des drogues, trad. française, 2, p. 320.
  564. C. de Candolle, Prodr., 16, sect. 2, p. 136 ; Tchihatcheff, Asie Mineure, 1, p. 172 ; Ledebour, Fl. ross., 1, p. 507 ; Roxburgh, Fl. ind., 3, p. 630 ; Boissier, Fl. orient., 4, p. 1160 ; Brandis, Forest flora of India, p. 498 ; Kurz, Forest fl. of brit. Burma, p. 390.
  565. C. Koch, Dendrologie, 1, p. 584.
  566. Franchet et Savatier, Enum. plant. Jap., 1, p. 453.
  567. Loureiro, Fl. coch., p. 702 ; Bunge, Enum., p. 62.
  568. De Heldreich, Verhandl. bot. Vereins Brandenburg, fur 1879, p. 147.
  569. Theophrastes, Hist. plant., l. 3, c. 3, 6. Ces passages et autres des anciens sont cités et interprétés par M. Heldreich, mieux que par Hehn et autres érudits.
  570. Heuffel, Abhandl. zool. bot. Ges. in Wien, 1853, p. 194.
  571. De Saporta, 33e session du Congrès scientifique de France.
  572. Dioscorides, l. 1, c. 176.
  573. Pline, Hist. plant., l. 15, c. 22.
  574. Pline, Ibid.
  575. Heer, Pflanzen der Pfahlbauten, p. 31.
  576. Sordelli, Sulle piante della torbiera, etc., p. 39.
  577. Bretschneider, On the study and value, etc., p. 16, et lettre du 23 août 1881.
  578. Ad. Pictet, Les origines indo-européennes, éd. 2, vol. 1, p. 299 ; Hehn, Culturpflanzen und Hausthiere, éd. 3, p. 341.
  579. Martius, Hist. nat. Palmarum, in-folio, vol. 3, p. 170 (publié sans date précise, mais avant 1851).
  580. Roxburgh, Fl. ind., 3, p. 616 ; Brandis, Forest flora of lndia, p. 551 ; Kurz, Forest flora of british Burma, p. 537 ; Thwaites, Enum. Zeylan., p. 327 ; Loureiro, Fl. cochinch., p. 695.
  581. Blume, Rumphia, 2, p. 67 ; Miquel, Fl. indo-batava, 3, p. 9 ; Suppl. de Sumatra, p. 253.
  582. Bretscheider, Value and study, p. 28.
  583. Blanco, Flora de Filipinas, éd. 2.
  584. Da Mosto, dans Ramusio, 1, p. 104, cité par R. Brown.
  585. R. Brown, Botany of Congo, p. 55.
  586. Martius, Hist. nat, Palmarum, 2, p. 62 ; Drude, dans Flora brasil., fasc. 85, p. 457. Je ne vois pas d’auteur qui affirme la qualité spontanée à la Guyane, comme de Martius le fait pour le Brésil.
  587. Elaeis melanocarpa, Gaertner. Le fruit contient également de l’huile ; mais il ne parait pas qu’on cultive l’espèce, le nombre des plantes oléagineuses étant considérable en tous pays.
  588. Sloane, Natural history of Jamaica, 2, p. 113.
  589. Grisebach, Flora of british W. India islands, p. 522.
  590. Piso, Brasil., p. 65 ; Marcgraf, p. 138.
  591. Martius, Historia naturalis Palmarum. 3 vol. in-folio. Voir vol. 2, p. 125.
  592. Aublet, Guyane, suppl., p. 102.
  593. Sloane, Jamaïca, 2, p. 9.
  594. J. Acosta, Hist. nat. des Indes, traduction française, 1598, p. 178.
  595. Vafer, Voyage de Dampier, éd. 1705, p. 186 ; Vancouver, éd. française, p. 325, cités par de Martius, Hist. nat. Palm., 1, p. 188.
  596. Seemann, Botany of Herald, p. 204.
  597. Hernandez, Thésaurus mexic., p. 71. Il attribue le même nom, p. 75, au Cocotier croissant aux îles Philippines.
  598. Oviedo, traduction de Ramusio, 3, p. 53.
  599. A. de Candolle, Géogr. bot. rais., p. 976.
  600. Grisebach, Vegetation der Erde, p. 11, 323.
  601. Seemann, Flora Vitiensis, p. 275.
  602. Le Coco dit des Maldives appartient au genre Lodoicea. Le Coco mamiilaris, Blanco, des Philippines, est une variété du Gocos nucifera cultivé.
  603. Drude, dans Bot. Zeitung, 1876, p. 801, et Flora brasiiiensis, fasc. 85, p. 405.
  604. Stieler, Hand Atlas, éd. 1867, carte 3.
  605. Stieler, ib., carte 9.
  606. Grisebach, Flora of british W. India islands, p. 522.
  607. M. Eugène Fournier m’a indiqué par exemple : Drdapala (à fruit dur), Palakecara (à fruit chevelu), Jalakajka (réservoir d’eau), etc.
  608. Blume, Rumphia, 3, p. 82.
  609. Forster, De plantis esculentis, p. 48 ; Nadeaud, Enum. des plantes de Tahiti, p. 41.
  610. Blume, Ibid.
  611. Bretschneider, Study and value, etc., p. 24.
  612. Seemann, Flora Vitiensis, p. 276.
  613. Pickering, Chronological arrangement, p, 428.