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Ornithologie du Canada, 1ère partie/Le Faucon de la Caroline

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Atelier typographique de J. T. Brousseau (p. 59-62).

LE FAUCON DE LA CAROLINE.[1]
(Sparrow Hawk.)


Le Faucon de la Caroline autrement dit l’Émerillon de St.-Domingue, est fort commun dans les deux Amériques. Son bec est bleuâtre ; la cire et le tour des yeux sont d’un jaune vif, ainsi que les tarses ; le dessus du corps est d’un roux vineux, à stries noires transversales ; la tête est d’un gris bleuâtre, roux et vineux au sommet ; les tectrices des ailes sont cendré bleuâtre, la taille, de dix pouces et demi. « Cette espèce, dit M. Alcide d’Orbigny[2], se rencontre quelquefois dans les lieux éloignés des habitations, mais bien plus souvent auprès des villages et des villes où elle paraît se plaire. » Nous n’avons que peu à ajouter sur les habitudes de cet oiseau qui paraît peu répandu en Canada.

Dimensions, 12.

Ce Faucon, connu dans les campagnes sous le nom d’Émerillon, est le plus petit de tous les oiseaux de proie : il est un peu plus gros qu’un Merle ; il est fort courageux et se nourrit d’Alouettes, de Pleuviers, de Bécassines et même de Perdrix et de Pigeons. Sa manœuvre, pour s’emparer des Perdrix et des Pigeons, réussit presque toujours : quand il poursuit une compagnie de ces oiseaux, il commence par isoler de ses compagnons celui qu’il convoite, puis il décrit autour de lui une spirale qu’il resserre de plus en plus, jusqu’au moment où il saisit sa victime, qu’il heurte de sa poitrine assez violemment pour la tuer du coup, quand sa griffe l’a manquée. D’autres fois, c’est en passant rapidement le long des haies qu’il enlève sa proie ; son aspect terrifie les oiseaux cachés dans le feuillage, et ils se laissent prendre sans chercher à fuir.

« Une des questions, dit Cassin, les plus difficiles à résoudre sur la famille accipitrine, c’est la variété de leur livrée, selon les saisons et l’âge des individus. Il y a encore nombre de particularités à noter sur l’histoire de ces animaux. — Plusieurs espèces, telles que l’Aigle de Washington, l’Autour de Saint Jean sont fort rares aux États-Unis (et au Canada). Pendant l’hiver, plusieurs espèces fréquentent les rivages de la mer, d’autres les bords des rivières et des baies — l’apparition de la locomotive et des vapeurs en a fait déguerpir un grand nombre : ces innovations froissent évidemment les idées des Aigles et des Éperviers. De temps à autre on distingue au haut des airs d’immenses bandes d’Éperviers voyageant de compagnie. Ce phénomène a été remarqué par le professeur Baird, le Dr. Hoy, du Wisconsin, et par nous-même, dit Cassin — ça a lieu en automne, au temps où les oiseaux émigrent : mais son objet et son mode nous sont inconnus et font naître d’intéressantes conjectures : ça ne dure que peu de temps, autrement il serait impossible qu’un si grand nombre d’oiseaux de proie trouvassent de la pâture. C’est surtout, ajoute-t-il, dans le nord de l’Amérique septentrionale (dans le Canada, par exemple ?) que la famille accipitrine a de l’intérêt pour le voyageur et le naturaliste ; c’est là probablement qu’il existe plusieurs espèces inconnues. »

Nous ne dirons pas adieu à nos amis les Faucons, sans rappeler à nos lecteurs une des gracieuses fictions des poëtes de l’antiquité, où Ceyx, roi de Trachyne, raconte à Pélée l’histoire de son frère Daedalion, métamorphosé en Oiseau de proie. Écoutons Ovide :

« Vous croyez peut-être que cet Oiseau, qui vit de rapine, et répand la terreur parmi les autres habitants de l’air, a toujours porté des plumes ; il fut Homme autrefois, et, sous sa nouvelle forme, il a conservé son âme fière, toujours prête à la guerre et à la violence. Il se nommait Daedalion, et avait pour père, ainsi que moi, le dieu Lucifer, qui appelle l’aurore et sort le dernier de la voûte céleste. Autant je chéris la paix et les tranquilles plaisirs de la vie conjugale, autant mon frère était avide de combats. Hélas ! sa valeur belliqueuse, qui soumit les rois et les nations, n’est plus employée aujourd’hui qu’à poursuivre les timides colombes de la Thessalie. Il avait une fille, la belle Chioné, qui osa se placer au-dessus de Diane, et mépriser la beauté de la déesse. “Tu ne mépriseras pas ma puissance, s’écria Diane en courroux.” Elle dit, courbe son arc d’ivoire, et lance une flèche acérée qui va percer la langue téméraire de Chioné : celle-ci veut se plaindre ; mais la voix lui manque avec la parole, et sa vie s’échappe avec son sang. Ô pitié ! quelle fut ma douleur ! et quelles consolations ne prodiguais-je pas à mon malheureux frère ! Hélas ! son cœur paternel fut sourd à mes paroles comme les rochers au murmure des vagues, et il ne cessa de gémir sur la mort de sa fille. Mais quand il la vit sur le bûcher qui allait la consumer, quatre fois il voulut s’élancer dans les flammes, quatre fois mes mains l’en repoussèrent. Alors, il prend la fuite d’un pied rapide, et tel qu’un taureau qui porte enfoncé dans son col le dard d’un frelon, il se rue loin des chemins frayés. Le désir de la mort accélérant sa course, il nous échappe à tous, parvient à la cime du Parnasse, et se précipite de la roche la plus élevée, mais Apollon, ému de compassion, le change en Oiseau, et ses ailes subitement déployées le tiennent suspendu dans les airs ; sa bouche devient un bec crochu, ses ongles se recourbent en griffes aiguës. Son ancien courage lui reste, et sa vigueur est supérieure à sa stature. Maintenant, devenu Faucon, il est cruel pour tous les autres Oiseaux, et venge ses douleurs par celles qu’il leur fait souffrir. »


  1. No. 12. — Falco sparverius. — Baird.
    Falco sparverius. — Audubon.
  2. Ornithologie de l’Île de Cuba.