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Ornithologie du Canada, 1ère partie/Notions sur la structure des Oiseaux

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Atelier typographique de J. T. Brousseau (p. 13-16).

NOTIONS PRÉLIMINAIRES.


Avant d’entrer en matière, nous avons à faire connaître quelques termes techniques, quelques définitions et quelques notions préliminaires, qui, bien qu’utiles et même indispensables, n’en seront pas moins sèches à lire. On entend par auriculaires, les plumes molles qui recouvrent les oreilles de l’oiseau ; par pennes, les grandes plumes des ailes et de la queue ; par rémiges ou rames, les grandes plumes des ailes ; par rémiges primaires ou primaires les dix plumes qui partent du carpe de l’aile ; il y a aussi les rémiges bâtardes qui forment dans le pli de l’aile une sorte d’appendice supplémentaire ; en arrière des rémiges primaires sont les rémiges secondaires ; les plumes attachées à l’humérus sont moins fortes et portent le nom de pennes scapulaires ou scapulaires ; le speculum est cette petite tache que certains oiseaux ont sur l’aile, d’une couleur plus éclatante que le reste de l’aile.

Longueur totale se dit de l’espace qu’il y a du bout du bec à l’extrémité des plumes ou pennes de la queue.

Envergure est l’espace entre le bout d’une aile et l’extrémité de l’autre aile ; ces deux choses s’expriment ainsi dans les auteurs — viz : 18 x 28 — ce qui indique que l’oiseau a 18 pouces de long, depuis le bout du bec à l’extrémité de la queue, et 28 pouces de l’extrémité d’une aile à l’extrémité de l’autre.

Toutes ces particularités seront sensibles au premier coup-d’œil pour celui qui ne pouvant se procurer le grand ouvrage d’Audubon se contentera d’examiner ou d’identifier un oiseau vivant ou mort avec le petit Tableau Synoptique de cet auteur[1] — les personnes au loin, qui voudront, par lettre ou autrement, identifier ou faire identifier une espèce, trouveront la connaissance de ces termes techniques d’un grand secours. Chez les oiseaux de proie, la femelle est toujours beaucoup plus grande que le mâle ; chez ces derniers, ainsi que chez les hirondelles et autres oiseaux qui passent la plus grande portion du jour à voler dans les airs, les primaires sont toujours fort longues. Venons-en maintenant aux divers systèmes ou classifications des oiseaux. Notre cadre est par trop étroit, pour entrer dans des détails ; nous nous contenterons d’indiquer les principales divisions.

Malgré les progrès du siècle, Linnée, dont le système a été perfectionné par Cuvier, est comme la base de l’édifice de la classification et continuera de l’être. Son systema naturæ est écrit avec une concision et une exactitude telles que, malgré les perfectionnements de la science, il sert encore d’épitomé aux naturalistes de toutes les nations. Linnée divise les Oiseaux en six ordres ; Willoughby et Ray les avaient partagés en deux classes : les Oiseaux de terre et les Oiseaux de mer ; Blumenback, en fait neuf ordres ; Cuvier, six ; Vieillot, cinq ; M. Vigors en reconnaît cinq ; Temminck, dans son manuel d’ornithologie, publié en 1815, établit seize ordres ; Agassiz les limite à quatre. Le système de Cuvier paraît clair, il se compose : 1o des Oiseaux de proie ; 2o des Grimpeurs, tels que Pics-bois, etc. ; 3o des Palmipèdes, tels que les Cygnes, Oies, etc. ; 4o des Passereaux ; 5o des Gallinacés ; 6o des Échassiers, tels que Hérons, Gibiers de grève, etc. Cette classification, avec quelques modifications, a été adoptée par les savants professeurs du Smithsonian Institution, dans leur rapport raisonné de l’ornithologie de l’Amérique, publié en 1858, sous les auspices du professeur Baird. Comme il est peu probable que le Canada puisse d’ici à longtemps surpasser les travaux de l’Institution de Washington, nous l’emploierons dans l’Ornithologie du Canada ; nous donnerons à sa nomenclature et à sa classification, et à celle d’Audubon, la préférence sur les systèmes européens, comme mieux adaptées au Canada.

Ce que les naturalistes des États-Unis s’efforcent le plus d’établir en ce moment d’une manière exacte, c’est le parcours géographique (geographical range) de chaque espèce, sur le continent américain. On prend, par exemple, comme ligne de démarcation, une latitude donnée ; on classifie, comme appartenant au nord de l’Amérique, tous les oiseaux que l’on trouve entre cette ligne de démarcation et le pôle, et si les tempêtes ou d’autres causes jettent en deçà de cette ligne quelques rares individus que l’on sait appartenir aux latitudes tropicales, ils sont désignés sous la dénomination « d’accidentels ». D’après des lettres reçues récemment des professeurs Baird de Washington, et Brewer de Boston, il paraîtrait qu’il existe encore plusieurs lacunes à remplir, relativement aux mœurs et aux habitudes des oiseaux de nos régions boréales. Richardson, Swainson, Lewis et Clarke, Pennant, Edwards, Vieillot, Wilson, Bonaparte, Audubon, Lawrence Baird et Cassin, sont ceux qui ont le mieux fait connaître le règne animal de l’Amérique. Les suggestions fournies par le Smithsonian Institution à ses correspondants, ont beaucoup d’à-propos parmi nos compatriotes qui aiment les sciences naturelles, savoir : de noter et de faire connaître la présence, les allures, les migrations, le plumage des oiseaux de chaque localité du Canada aux différentes saisons de l’année ; de cette manière, le Canada aura bientôt, sur ce qui le regarde, des notions aussi exactes et aussi complètes que les autres pays. Quant à nous personnellement, nous aurions un plaisir particulier à recevoir par écrit des vieux chasseurs, voyageurs et autres, leurs observations et leur expérience sur ce sujet.

Terminons, maintenant, par les belles paroles du professeur français Le Maout :

« La bonté divine, dit-il, se manifeste clairement à l’esprit le plus vulgaire dans la grande classe des oiseaux. On serait même tenté, au premier coup-d’œil, d’admettre que ces êtres ont été l’objet d’une prédilection toute spéciale à laquelle ils doivent l’avantage de leur organisation. L’appareil locomoteur qui leur donne pour domaine la terre, le ciel et les eaux ; leur repos même, dont le mécanisme n’est pas moins admirable que celui de leurs mouvements ; leur respiration, source abondante de chaleur et d’énergie, et puissant auxiliaire du vol et de la natation ; la perspicacité de leur vue qui s’accommode merveilleusement à la distance et à la petitesse des objets ; la fabrication industrieuse de leurs nids ; les minutieuses précautions, la vigilance infatigable, l’héroïque dévouement de la femelle, avant et après l’éclosion (génie de l’amour maternel qui veille à la conservation de l’espèce dans l’insecte comme dans le vertébré, et qui a fait dire si heureusement que le cœur d’une mère est le chef-d’œuvre de la nature) ; les allures vives et légères, le plumage varié à l’infini, les cris d’appel et les chants d’amour de ces hôtes aériens, qui vivifient par leur présence nos jardins et nos campagnes, et sans lesquels les prés, les forêts, les rivages n’auraient à nos yeux que des beautés incomplètes ; enfin leurs migrations périodiques, dont l’objet principal est l’alimentation qu’ils vont chercher dans des régions lointaines, à travers les solitudes des continents et des mers, sans autre guide que leurs instincts ; tout, chez les Oiseaux, est propre à charmer les méditations du philosophe et les rêveries du poète, aussi bien que la curiosité du naturaliste. »


  1. Audubon’s Synopsis of Birds of America. — Publié à Édimbourg.