Pédagogie sportive/I/III

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher

Les Éditions G. Crès et Cie (pp. 38-64).

TEMPS MODERNES

Lorsque J.-J. Rousseau, en termes bien vagues, recommanda une culture physique qui d’ailleurs ne reposait point sur le principe sportif, il ne trouva guère d’écho[1]. Un peu plus tard, un Américain de marque, Noah Webster, devait proclamer cette vérité audacieuse : « qu’une salle d’armes n’est pas moins nécessaire dans un collège qu’une chaire de mathématiques ». Mais le Nouveau-Monde, pas plus que l’Ancien, ne répondit à l’appel. La période révolutionnaire et impériale est une des plus fermées à l’idée sportive. À la veille de la Révolution on voit, à Versailles, le comte d’Artois, épris de sport, faire venir un acrobate pour apprendre de lui à danser sur la corde raide ; et le prince, bien entraîné, convie la cour à admirer son adresse. Mais devenu le roi Charles x, et encore beau cavalier, il ne songera même pas à encourager les goûts sportifs de ses sujets. Ceux-ci du reste ne s’en soucient guère. Et pourtant Charles x a, sous la main, le leader désirable.

L’échec d’Amoros.

Rien n’est plus instructif à suivre que la carrière obstinée et méritoire d’Amoros, ce colonel espagnol qui vers 1820, tenta de faire de Paris un grand centre d’éducation sportive. Tout semblait lui permettre d’y aspirer. Au lendemain de l’épopée napoléonienne, les sports ne devaient-ils pas trouver dans une paix agitée et énervante l’occasion la plus favorable pour se développer ? Généralement Amoros est représenté comme ayant échoué, faute d’encouragement. Or ni la popularité ni l’argent ne lui manquèrent. Pas loin d’un million de francs lui furent remis. En 1821 l’État versait déjà 20.000 francs par an ; en 1824, 32.000. Un énorme espace que recouvre aujourd’hui une partie du quartier de Grenelle avait été concédé à Amoros pour y créer son établissement modèle. On peut dire qu’à aucun moment, un système d’éducation physique ne fut si puissamment épaulé. Le gouvernement, l’université, les autorités militaires, les Écoles chrétiennes, tout le monde était d’accord pour vouloir du bien à l’œuvre ; de partout les élèves affluaient. À partir de 1832 la générosité officielle se lassa et, cinq ans plus tard, le parc de Grenelle fut fermé. Cabales, injustices, maladresses d’Amoros trop autoritaire et parfois hâbleur… c’est entendu. Mais les élèves, comment expliquer leur dispersion ? Des footballers vont-ils renoncer au foot-ball parce que leur club est dissous ? ils en formeront un autre. Or les exercices d’Amoros étaient bien plus aisés à reconstituer. Souvent on aurait pu les continuer chez soi. « Mais dès qu’a cessé l’espèce d’envoûtement à l’aide duquel le maître faisait passer en ses élèves sa propre conviction et sa propre volonté, tout s’est évanoui sans presque laisser de traces ».

Jahn et Ling.

En 1774, Basedow avait fondé à Dessau une école où les exercices physiques étaient en honneur. Dix ans plus tard, un de ses disciples en fonda une autre à Gotha, tandis que Pestalozzi à Yverdon cherchait aussi à réintroduire la gymnastique dans l’éducation et que Clias, officier suisse, ouvrait à Berne une « palestre » modèle. Tous ces établissements végétèrent ; aucun ne créa d’enthousiastes élèves. C’est à un indiscipliné, fougueux, instable, médiocrement épris de sport pour lui-même, qu’il était réservé de soulever l’Allemagne. Ludwig Jahn ouvrit en 1811 dans le Hasenheide, près de Berlin, le « turnplatz », d’où allait sortir la régénération nationale. Un étrange patriotisme teutonique s’y installa avec lui. Les insignes des membres de l’association portaient ces chiffres cabalistiques : 9-919-1519-1811. C’étaient les dates du désastre de Varus, de l’introduction des tournois en Allemagne, de la célébration du dernier tournoi et de la création récente du Turnplatz[2]. Ce symbolisme, ridiculisé en haut lieu, plut aux masses et gagna de proche en proche. Mais en 1819 l’assassinat de Kotzebue par un membre d’un Turnverein détermina une réaction violente des pouvoirs publics jusque-là plutôt bienveillants. Jahn fut arrêté et les Turners abolis. Ils se reconstituèrent vingt-deux ans plus tard, en 1842. À partir de 1860 le mouvement s’accentua. Au festival de 1861, à Berlin, 6.000 gymnastes participèrent et 20.000 en 1863 à celui de Leipzig[3]. La nature des exercices pratiqués évoluait aussi. Jahn appelait le Turnplatz « un lieu de contestations chevaleresques ». La course, le saut, la lutte, le travail des poids y étaient habituels. Peu à peu, sous l’influence d’Ad. Spiess qui enseigna de 1830 à 1848, à Giessen, puis à Darmstadt, les mouvements d’ensemble s’implantèrent et se répandirent parmi les Turners. Mais l’esprit général resta ce que Jahn avait voulu qu’il fût : énergique et rude, sportif par conséquent.

Très différentes étaient les caractéristiques de l’œuvre entreprise par Ling. À 17 ans, Ling, échappé de l’école, avait déjà couru l’Europe et fait tous les métiers ; domestique, interprète, soldat de l’armée de Condé, etc. Rentré assagi à l’université de Lund, puis étudiant en théologie à Upsal, il passa de là à Copenhague où, croit-on, il reçut ses premières leçons d’escrime de deux émigrés français en même temps qu’il suivait l’enseignement donné par le danois Nachtegall, lequel venait d’introduire dans son pays la gymnastique allemande[4].

Plus tard, protégé par Charles xiv (Bernadotte) et Oscar ier, il développa grandement l’Institut central de gymnastique fondé par lui à Stochkolm en 1813 et dont il fut, durant un quart de siècle, le premier professeur. Chose curieuse, Ling n’avait rien d’un scientifique. C’était plutôt un imaginatif et un empirique[5]. Sa popularité naquit de ses efforts pour remettre en honneur les vieilles sagas scandinaves. Sans qu’on puisse déterminer exactement quels furent son rôle et celui de ses collaborateurs dans l’édification du « système suédois », la préoccupation de la lutte contre la maladie s’y affirma avec force dès le principe ainsi que le souci d’éviter toute exagération et, partant, toute émulation violente. C’est dans cette voie que la gymnastique suédoise n’a cessé de se développer, réalisant de beaux progrès et accomplissant des cures remarquables, mais tellement opposée à sa voisine la gymnastique allemande que la bataille entre elles ne pouvait manquer de se produire. Le heurt survint vers 1862 ; il fut violent. Le capitaine Rothstein, qui commandait alors l’Institut de Berlin (École normale de gymnastique, à la fois civile et militaire, créée en 1851) admirait Ling. Il supprima la barre fixe et les barres parallèles. Scandale et indignation dans les rangs adverses. L’université prit part à la controverse. Des célébrités comme le professeur Virchow n’hésitèrent pas à intervenir et Rothstein fut disgracié.

Ce conflit a eu une grande importance ; il domine toute l’époque moderne. En effet, on y voit aux prises les deux tendances fondamentales dont la divergence ira s’accentuant au point de donner naissance à deux courants pédagogiques presque inconciliables ; l’un se dirigeant vers la modération, l’unification, l’intérêt collectif et la physiologie pure — l’autre vers l’effort passionné, la culture individuelle, l’« esprit de record ». Cette opposition, que nous avons vu s’esquisser déjà dans l’antiquité, a pris de nos jours une telle ampleur qu’elle a pénétré notre civilisation et s’étend peu à peu à tous les domaines.

Thomas Arnold et la transformation de l’Angleterre.

Malgré certaines apparences, on peut dire que rien au début du xixe siècle n’indique que l’Angleterre soit prédestinée à devenir un foyer de renaissance athlétique[6]. Nous l’avons laissée au moyen-âge se défendant contre la passion des exercices violents qui lui vient de France. Édouard iii et Richard ii ont rendu des ordonnances dans ce sens. Deux siècles plus tard, Jacques ier éprouve le besoin d’encourager ses sujets en sens inverse. Mais son King’s Book of Sports ne préconise guère que des « amusements » villageois tels que quilles ou mât de Cocagne et on sait que le foot-ball, trop énergique, n’a pas ses faveurs.

À la lueur de ce qu’elle est devenue depuis, l’Angleterre de 1800 passe pour très sportive à cause de quelques chasses au renard qui occupent le « squire » dans son comté ou de quelques combats de boxe alimentés çà et là par des spectateurs-mécènes qui provoquent la rencontre à coups d’argent[7]. En réalité, il n’y a à agir dans un sens pseudo-sportif qu’un certain besoin de plein air engendré par l’excès des boissons alcooliques. Quant aux milieux scolaires, ils sont en proie à la plus affreuse brutalité. L’alcool et le jeu y règnent souverainement[8]. C’est alors que surgissent le chanoine Kingsley et ses « muscular Christians » en réaction absolue, physique et morale, contre la dépravation du jour. Ils ne prêchent que par l’exemple, ne parlant pas mais trop vigoureux pour ne pas se faire respecter. On se moque d’eux par derrière ; ils n’en ont cure et leur sportivité si saine commence à leur gagner des adhérents dans les universités[9]. L’aviron en bénéficie grandement. La fameuse course Oxford-Cambridge qui vient de naître attire du monde. Une furieuse campagne de presse éclate. À quoi pensent ces gens ? Ils vont abaisser le niveau des études, dénationaliser la jeunesse et la démoraliser… Cependant un clergyman inconnu a pris la direction du Collège de Rugby. Thomas Arnold a peu de temps devant lui : une mort prématurée l’enlèvera au bout de quatorze ans (1828-1842) mais ce délai lui suffit à transformer la mentalité des professeurs et des élèves ; il ne laissera aucun écrit sinon des lettres et des sermons mais il créera la cellule de la rénovation britannique, l’institution dont l’influence va opérer comme une sorte de radium, obligeant de proche en proche les plus rebelles à imiter ce qui s’y passe.

Or la pédagogie arnoldienne a le sport comme rouage central, non qu’il y empiète sur les études ou prétende remplacer la morale, mais Arnold qui considère que « l’adolescent bâtit sa propre virilité avec les matériaux dont il dispose et qu’en aucun cas on ne peut la bâtir pour lui », organise le sport en terrain de construction à l’usage de ses élèves. Il les y introduit et les y laisse libres. À eux de s’y débrouiller, d’y apprendre la vie pratique, de s’exercer à doser la tradition et la nouveauté, à combiner l’entr’aide et la concurrence… Qu’ils gouvernent en un mot leur petite république sportive et, comme elle est à base de muscles et de loyauté, leurs erreurs et leurs fautes n’auront pas grande conséquence, seront même salutaires. Aussi bien le maître est à portée, vigilant et aimant. Arnold professe, selon la formule que donnera plus tard un autre headmaster britannique, Edw. Thring, que « l’éducation est une œuvre de travail, d’observation et d’amour ». Son intervention est rare, mais son regard est inlassable et ses conseils toujours prêts.

Remarquons que de tels principes sont absolument nouveaux ; personne n’en a jamais conçu ni énoncé de pareils. Faire de l’organisation sportive remise aux mains du collégien et fonctionnant par ses soins l’école pratique de la liberté, c’est ce que ni l’antiquité ni le moyen-âge n’avaient même entrevu et ce sera la pierre angulaire de l’empire britannique[10] qui, au temps d’Arnold, est en train de s’édifier et dont on peut difficilement aujourd’hui apprécier les particularités architecturales si l’on fait abstraction de ses fondations scolaires.

Le collège anglais ainsi transformé a vécu indemne jusqu’au début du xxe siècle[11] ; depuis lors il tend à se détériorer sous l’action d’influences extérieures[12] ; ses rouages sportifs ne fonctionnent plus comme ils devraient, mais l’institution est encore assez forte pour trouver en elle-même les aliments de sa rénovation éventuelle.

L’adhésion des États-Unis.

Après un vague et vain essai aux environs de 1825 pour s’intéresser à la question de l’éducation sportive, les États-Unis s’en étaient détournés. Entre 1830 et 1860 on eût là-bas de tout autres préoccupations. L’éloquence débordait de toutes parts : prolixe et tonitruante chez les politiciens, sombre et maladive chez les agitateurs religieux. « L’éloquence, disait Daniel Webster, est la peste de ce pays. » Partout on parlait, on tenait des meetings et des revivals. Les étudiants déclamaient et versifiaient ; on faisait tourner et parler les tables, on fondait des sectes contre nature et des sociétés puérilement secrètes[13]. Dès le début de la Guerre de Sécession, tout changea. La fermeté, l’endurance et l’action reprirent leur prestige et, à partir de ce moment, les sports ne cessèrent de progresser. L’Université d’Amherst donna l’exemple en établissant, en 1861, un grand gymnase bien équipé. Les Allemands émigrés qui avaient commencé de former des Turnvereine en souvenir de la mère-patrie les unirent en une puissante North American Turnerbund. Les universités sans cesse enrichies par des legs et des donations[14] furent dotées de gymnases et de terrains de jeux perfectionnés cependant que des « camps de sport » s’établissaient chaque été dans les Adirondacks, groupant ceux qui souhaitaient mener pendant quelques semaines l’existence du cow-boy jadis méprisé et devenu le représentant d’une carrière enviée des petits Américains.

Les États-Unis ont introduit dans la vie sportive contemporaine — outre différents jeux dont les principaux sont le base-ball et un football Rugby modifié d’une façon qui le rend plus rude sans en accroître la valeur technique — quelques nouveautés intéressantes ; en premier lieu l’Athletic Club.

Un Athletic Club américain, — tels ceux de New-York, de Chicago, de Boston, de San-Francisco, etc., — est une réplique en hauteur du gymnase grec avec cette différence essentielle que la fréquentation en est restreinte aux seuls membres du club et que le public n’y est pas admis. Édifice urbain comprenant une piscine, des salons et salles à manger, un gymnase, une salle de paume, voire même des chambres à coucher, l’Athletic Club dont les nombreux étages se terminent par une terrasse où l’on peut prendre un bain d’air ou patiner en hiver, possède souvent une annexe rurale avec jardins, terrains de jeux, étangs ou cours d’eau, etc. Il semble que de tels paradis sportifs soient faits pour inciter tous ceux qui y ont accès à la pratique des sports. Mais ce n’est pas toujours le cas. Une statistique publiée en 1908 indiquait comme faisant partie des groupements régionaux de l’Amateur Athletic Union (la grande Fédération des États-Unis), plus de 400 clubs avec un effectif d’environ 850.000 membres. La valeur immobilière représentée était de plus de 120 millions de francs, sans compter 3 millions d’engins et appareils répartis en 314 gymnases et 323 terrains de jeu. Voilà des chiffres impressionnants, surtout pour l’époque. Mais on note avec surprise que, par exemple, dans la région de Saint-Louis il y avait 9.900 « inactifs » sur 13.579 membres. Dans l’ensemble on dénombrait 50.000 gymnastes, 43.000 adeptes des « athletic sports », 8.367 joueurs de balle, 1.482 lutteurs… C’est peu sur un pareil total[15]. Les autres donnaient leurs noms et leur cotisations ; ils n’avaient pas le temps de faire du sport eux-mêmes : Time is money. Depuis lors, les choses ont un peu changé. Il y a moins d’honoraires et plus d’actifs.

En matière de doctrine les Américains n’ont pas beaucoup innové sinon dans le détail. Un temps, ils se sont épris de l’« homme normal » et ont cru pouvoir le construire scientifiquement à l’aide d’une anthropométrie perfectionnée. Ils ont d’autre part introduit le coefficient corporel dans les examens et possèdent à Springfield (Massachussetts) où les célèbres Y. M. C. A. ont leur quartier général éducatif, une université musculaire de premier ordre. On y forme les « Directeurs d’Exercices physiques » que les Y. C. A. envoient dans le monde entier, partout où elles ont un de leurs cercles de jeunes gens.

La conquête de l’Europe continentale.

Les deux instruments de cette conquête ont été le ski et la bicyclette. En face de l’Angleterre de plus en plus sportive se tenait, il y a environ 38 ans (c’est-à-dire vers 1885), une Europe convaincue que le sport, particularité nationale de la vie britannique, ne saurait être nécessaire aux autres races : conviction qui ne déplaisait pas à l’insularisme des Anglais. Certes il y avait, çà et là, sur le continent, des groupes sportifs non négligeables, mais ce qui les distinguait c’est que leurs effectifs demeuraient stationnaires et que leur emprise sur l’opinion se trouvait presque nulle : amateurs de chasse à courre ou d’équitation de haute école, rameurs, escrimeurs (fleurettistes français, sabreurs italiens et hongrois). Seuls les gymnastes (turners allemands et suisses, sokols de Bohême, gyms français) préoccupés de préparation militaire et subissant un entraînement patriotique bénéficiaient d’un accroissement numérique d’ailleurs assez lent sauf en Bohême et en Allemagne. Mais leur programme d’action restait étroit et rigide.

Or en 1879 fut courue aux environs de Kristiania la première course de ski et, l’année suivante, fut fondé le « Kristiania Ski Club », premier du nom. C’est ainsi que le sport prit possession des régions scandinaves jusqu’alors plus ou moins monopolisées par la gymnastique médicale, étrangère et même hostile à l’idée sportive. La chose est d’autant plus étrange que le ski, venu sans doute d’Asie[16], était déjà pratiqué en ces régions il y a mille ans. Le roi Sveire, en 1200, avait un corps de skieurs émérites ; Gustave-Adolphe de même. Au début du xviiie siècle, des compagnies régulières furent créées dans l’armée norvégienne et un peu plus tard, des écoles militaires ouvertes à Trondhjem et à Kongsvinger ; en 1808 dans leur guerre contre la Suède, les Norvégiens avaient à leur disposition deux mille skieurs. Il n’en est que plus étonnant de constater combien de temps dut s’écouler avant que le sport n’annexe ce magnifique instrument[17]. Quiconque en a fait usage peut se rendre compte de sa valeur de propagateur sportif : engin de course et engin de saut, alternant l’âpreté de l’ascension avec la griserie de la descente, simple et peu coûteux, se portant sur l’épaule ou s’attelant à un cheval au galop, passant partout et permettant de doser l’audace depuis la sagesse jusqu’à la folie, le ski, dès que l’instinct sportif s’en empare, est fait pour conquérir le nombre en même temps que pour tenter le champion éventuel. C’est ce qui s’est produit. Par la trouée qu’il a faite, ont passé les autres sports d’hiver si intensément surexcitants : le hockey sur glace et, venus du Nord Amérique, le « steel skeleton » et l’« ice-yachting ». Ainsi s’est éprise de sport toute une portion de l’Europe[18] ; la bicyclette a conquis le reste.

L’histoire du cyclisme, bien qu’encore à écrire, n’est pas ignorée dans ses grandes lignes. Au point de vue sportif, l’engin le plus intéressant fut certainement le « grand bicycle » ; la génération actuelle ne le connait plus que par de rares représentations : appareil élégant, très amusant, volontiers dangereux, demandant autant de sang-froid que de souplesse mais qui nous semblerait aujourd’hui d’allures un peu lentes. En tous cas, il ne pouvait se généraliser, n’étant à la portée que de jeunes gens alertes. Leurs escouades, jusque vers 1885, sillonnèrent principalement les routes d’Angleterre et de Hollande.

La bicyclette changea toutes les conditions du cyclisme ; l’adjonction géniale de la chaîne et de la roue dentée lui ouvrit des perspectives inattendues d’agrément, de vitesse et de commodité. Le Touring Club de France et les autres Touring Clubs aidant, le merveilleux engin, bientôt muni de pneumatiques, put devenir pleinement utilitaire sans jamais cesser d’être sportif. À ce dernier point de vue, la bicyclette apparaît comme l’agent d’un perfectionnement physique incontestable. En effet la coordination de mouvements rapides auxquels elle oblige ceux qui s’en servent développe en eux l’équilibre corporel et, d’autre part, elle crée la soif « d’air » qui est le grand incitant physiologique des sports modernes[19].

C’est précisément cette « soif d’air » qui a fait que toutes les formes de sport ont bénéficié des progrès du ski et de la bicyclette après avoir souvent, et bien à tort, redouté leur concurrence.

La pédagogie sportive.

Lorsque le « Comité pour la propagation des Exercices Physiques » s’assembla pour la première fois à Paris, les 31 mai et 1er juin 1888, sous la présidence de Jules Simon, il avait en vue une réforme pédagogique déterminée. Ayant reconnu qu’il n’y avait rien d’exclusivement anglo-saxon dans les principes sur lesquels Arnold avait appuyé sa réforme et basé son système, les fondateurs du Comité avaient pour but d’introduire ces principes en France en les appropriant à la mentalité et aux institutions nationales. Ils se proposaient par là de transformer l’éducation et de « rebronzer » la France. Une pareille ambition ne pouvait naturellement séduire au début qu’une petite pléiade de novateurs et, dès les premières réalisations, elle devait par contre voir se dresser devant elle la coalition de ceux dont les intérêts se trouvaient lésés ou les habitudes dérangées.

Il est impossible d’exposer ici les diverses phases d’une lutte qui dure encore[20], mais il est utile de noter la nature des oppositions qui se sont produites et des obstacles rencontrés, tant en France que dans les pays avoisinants. La première en même temps que la plus naturelle vint des parents redoutant la rudesse des sports virils et les accidents pouvant en résulter. Il ne reste plus grand chose de cet état d’esprit ; l’accoutumance s’est faite, surtout depuis la guerre de 1914. Non moins passagère fut l’hostilité de certains milieux catholiques apercevant dans la renaissance athlétique et principalement dans le Néo-olympisme un retour offensif des idées païennes. Le pape Pie x sollicité en 1905 de se prononcer à cet égard le fit non seulement par des paroles significatives mais en présidant en personne au Vatican, dans la cour de Saint-Damase, des fêtes de gymnastique organisées par les patronages catholiques et auxquelles prirent part, en plus des Italiens, des gymnastes français, belges, canadiens et irlandais.

La résistance des milieux pédagogiques se fit sentir principalement sous deux formes. D’abord les partisans de la vieille discipline napoléonienne — nombreux dans tout l’occident — s’alarmèrent du régime de liberté dont l’organisation sportive arnoldienne impliquait l’introduction dans les lycées et collèges[21] ; ils y virent l’aube de l’anarchisme scolaire et la ruine de l’enseignement moral traditionnel ; heureusement ceux qui osèrent en faire l’expérience loyale ne tardèrent pas à découvrir que la pratique de cette liberté leur donnait sur leurs élèves une emprise moins serrée mais beaucoup plus efficace que le régime disciplinaire. Une seconde catégorie d’adversaires se groupa pour lutter contre le principe de l’émulation musculaire. « Ni concours ni championnats sinon surmenage et corruption. » Le quartier général de ceux-là était en Belgique[22] mais ils semblaient s’inspirer des théories intransigeantes qui régnèrent longtemps à l’Institut de Stockholm où l’on professait que les gymnastes ne doivent pas se comparer entre eux mais que chacun doit se comparer à soi-même. La vague sportive devait, en déferlant sur toute l’Europe, avoir raison de ces théories[23].

L’obstacle le plus redoutable rencontré par la pédagogie sportive fut l’œuvre du corps médical. Après avoir au début mené contre les sports scolaires une campagne d’une extrême violence, de nombreux médecins reconnaissant leur erreur s’y étaient intéressés et avaient dès lors cherché à s’emparer de la direction du mouvement. Ils le jugeaient en effet d’essence exclusivement physiologique. La foule en jugea de même et s’engagea sur leurs pas.

D’une part le commentaire fréquent d’une parole célèbre et malheureuse d’Herbert Spencer proclamant qu’il importe à une nation « d’être composée de bons animaux » — de l’autre les conséquences tirées des documents de Marey sur le mécanisme du vol des oiseaux et des travaux de son disciple Demény appliquant aux exercices physiques l’examen cinématographique, orientèrent à fond l’opinion vers l’animalisme. On se mit à la recherche de la « culture physique rationnelle », nouvelle pierre philosophale. On prétendit découvrir « l’art de créer le pur-sang humain ». On en vint à se demander si, dans l’armée, « la ration du cuirassier ou du dragon ne devait pas être plus forte que celle du hussard, de même que pour les chevaux qui les portent. » Les méthodes se succédèrent les unes aux autres, toutes basées sur l’étude du corps humain envisagé du seul point de vue animal. L’orientation de l’éducation physique moderne s’en trouva viciée tant au Nouveau-Monde où les mêmes tendances sévirent que dans l’Europe continentale. Seuls l’Angleterre et ses Dominions résistèrent à ce courant, plutôt par xénophobie d’ailleurs qu’en connaissance de cause.

Le Congrès de Psychologie sportive tenu à Lausanne en mai 1913 marqua la première tentative d’arrêt dans cette voie défectueuse[24]. Par son programme posant une série de problèmes non encore étudiés, par la collaboration de personnalités telles que G. Ferrero ou Théodore Roosevelt, le Congrès de Lausanne jalonna un champ nouveau que, malgré les oppositions, il faudra bien se décider à défricher. Il n’en restera pas moins que l’animalisme scientifique, en pénétrant de façon si absolue la pédagogie sportive, a stérilisé son action et grandement retardé, sinon compromis, les résultats qu’on en pouvait attendre.

Les Jeux Olympiques et la concentration sportive.

Le rétablissement des Jeux Olympiques a été solennellement proclamé à la Sorbonne à Paris, le 23 juin 1894, par le Congrès international universitaire et sportif convoqué à cet effet. Depuis lors les Jeux Olympiques ont eu lieu régulièrement dans l’ordre suivant : ire Olympiade, Athènes 1896 ; — iime Olympiade, Paris 1900 ; — iiime Olympiade, Saint-Louis 1904 ; — ivme Olympiade, Londres 1908 ; — vme Olympiade, Stockholm 1912 ; — vime Olympiade, Berlin 1916 (non célébrée) ; — viime Olympiade, Anvers 1920. Le Comité International Olympique, rouage central et permanent du Néo-olympisme, qui a son siège à Lausanne, tient une séance plénière annuelle, chaque année dans une ville différente ; il a en outre convoqué à diverses reprises des Congrès techniques ou pédagogiques. L’un de ces Congrès (celui de Paris en 1906), tenu au Foyer de la Comédie-Française sous la présidence de M. Jules Claretie, a fixé le programme des concours d’art (architecture, littérature, musique, peinture et sculpture) dès lors annexés aux Jeux Olympiques.

Le rénovateur de l’olympisme s’est assez clairement expliqué sur le but et le caractère de son œuvre pour n’avoir pas à y revenir ici ; ne peuvent se tromper à cet égard que ceux qui le veulent bien[25].

On considère généralement que les Jeux Olympiques ont eu pour principal résultat de créer l’internationalisme sportif. La chose n’est pas exacte en ce que les rencontres internationales se fussent multipliées de toute manière, bien que plus laborieusement, étant donné le besoin d’émulation résultant du progrès des sports. Mais le Néo-olympisme a surtout provoqué la concentration sportive en obligeant à travailler ensemble les adeptes d’exercices jusqu’alors étrangers et même hostiles les uns aux autres. Cette collaboration est en effet, en chaque pays, la condition du succès de la représentation nationale aux Jeux Olympiques.

Or on imagine malaisément aujourd’hui ce qu’étaient, il y a trente-cinq ans, la mentalité et les habitudes d’inimitié réciproque du petit monde sportif[26]. À des préjugés de caste se superposait la méfiance technique issue de la conviction que la pratique d’un sport nuit à la perfection musculaire d’un autre ; professeurs et élèves s’accordaient généralement sur ce point. En collaborant, on cessa de se dédaigner ; peu à peu les diverses formes d’exercices se pénétrèrent pour le plus grand bien de chacune. Si la méfiance n’a pas encore complètement disparu, elle s’est atténuée au point de devenir inoffensive.

L’extension démocratique.

Le sport antique écartait les esclaves ; les sports modernes allaient-ils être uniquement pour les riches ? Ce serait le cas tant que, pratiqués dans des établissements séparés les uns des autres et entièrement spécialisés, ils exigeraient non seulement des frais assez considérables de vêtements, de matériel, d’enseignement… mais aussi les loisirs nécessaires à la fréquentation desdits établissements.

Or toute une série de faits se sont produits qui ont aidé à la démocratisation sportive. Et d’abord le goût du plein air. Au lieu de vivre calfeutrés dans des locaux coûteux à aménager, à entretenir et à chauffer, bien des sports ont commencé d’émigrer au dehors ; ils y gagneront de toutes manières. Puis la simplification du costume et l’accoutumance à travailler la peau nue ont permis à l’athlète de réduire, de ce chef, sa dépense[27]. Un troisième agent et l’un des plus puissants, a été le foot-ball ; on ne saura jamais assez de gré à ce jeu magnifique des progrès non seulement musculaires et moraux mais aussi sociaux dont on lui est redevable et qui seront reconnus un jour[28].

La campagne en faveur de la « gymnastique utilitaire » et des méthodes simplistes qui en sont la base[29] apporta également un renfort en ouvrant des perspectives nouvelles. L’institution en France du « Diplôme des Débrouillards » et plus tard de la « fiche Hébert » fit pendant à celle de l’insigne sportif suédois que chacun peut obtenir le droit de porter à la boutonnière en subissant avec succès les épreuves d’une sorte de Pentathlon très ingénieusement combiné.

L’Angleterre a beaucoup fait pour l’extension démocratique du sport en créant les Boy-Scouts, dont le type s’est répandu aussitôt dans tous les pays : institution entourée au début de quelques puérilités mais qui, déjà, s’est perfectionnée. Toutefois il ne faut pas oublier que le scoutisme avait été précédé en Angleterre par une autre institution moralement supérieure et qui eût gagné à être l’objet d’une pareille propagande, celle des camps scolaires établis et dirigés chaque année par des collégiens en faveur des petits primaires moins fortunés. Ces camps, magnifique école de solidarité, eussent dû se multiplier et pouvoir fonctionner de façon presque permanente[30].

Parmi les groupements qui contribuent à la démocratisation sportive, on doit citer ici les Sokols. Ils diffèrent de leurs voisins germaniques, les Turners, en ce que — poursuivant le même but : la grandeur de la patrie — ils ne sont attachés à aucune formule gymnique exclusive et pratiquent volontiers tous les sports[31].

De l’autre côté du monde, il faut citer aussi la vaste institution d’origine américaine inaugurée en 1911 et dont Manille est le centre. Elle a pour but de créer en Extrême-Orient une sorte de « Kindergarten de l’athlétisme » et a organisé tous les deux ans à Manille, à Shanghaï, à Tokyo des « Far Eastern games » qui, patronnés par le Comité International Olympique, entraînent peu à peu la race jaune dans l’orbe de la civilisation sportive et groupent dès maintenant des milliers de jeunes gens.

Aux États-Unis, à côté des efforts déjà mentionnés des Y. M. C. A., ceux de la Playground Association qui cherche à créer partout des terrains de sport sont dignes d’attention. La façon dont s’est célébrée à New-York, les dernières années avant la guerre, la fête du 4 juillet ne l’est pas moins. Nulle fête nationale, dans le monde, n’est aussi fidèlement observée par tous que celle-là. Il en résultait, dans les grandes villes, du désordre et parfois des accidents. En 1910 on imagina de « décongestionner » New-York au moyen de l’athlétisme. Dans les dix-neuf parcs de la ville furent organisés des concours sportifs qui, la première année, groupèrent 7.000 jeunes gens et 200.000 spectateurs et, en 1912, 30.000 et 300.000 spectateurs.

Ainsi peu à peu se dessine le courant qui substituera l’intérêt sportif de l’individu pris isolément à celui des groupements dont, à l’heure actuelle, il est en quelque sorte obligé de faire partie pour pouvoir s’adonner aux sports[32]. Cela ne supposera pas seulement d’autres formules de règlements et de concours ; il faudra à cet état de choses futur des cadres renouvelés. Déjà des tâtonnements symptomatiques ont eu lieu ; par exemple, les aménagements créés par A. Carnegie dans sa ville natale de Dumferline, en Écosse, ou bien le fameux Collège d’athlètes édifié à Reims par le marquis de Polignac. Les squares sportifs populaires de Chicago répondent-ils complètement aux besoins de la génération prochaine ou bien faudra-t-il aller plus avant et faire revivre, en l’appropriant aux conditions modernes, le gymnase municipal de l’antiquité selon les vœux de l’Institut Olympique de Lausanne fondé précisément en vue de préparer l’opinion à la nécessité de cette restauration ?… L’avenir le dira.

Conclusions.

Nous voici au terme de notre révision historique. Envisagée par rapport à ses devancières, la période moderne n’infirme aucun des enseignements de celles-ci. Nous voyons clairement que l’activité sportive n’est pas naturelle à !’homme, qu’elle constitue une contrainte féconde que celui-ci s’impose mais que ni sa seule réflexion ni sa seule volonté ne suffisent à établir. Il faut qu’y aident les circonstances matérielles, les besoins collectifs et l’inclination des esprits. Alors peuvent se créer, après de longs intervalles d’inertie, des courants puissants[33] qui ne seront pas nécessairement durables. Leur durée ne sera assurée que par l’à-propos avec lequel ils seront alimentés et entretenus et surtout par la sagesse avec laquelle on saura parfois les retenir et les restreindre.

Les mêmes périls menacent toujours les sports ; d’une part, l’opinion dont la faveur leur est indispensable risque de se lasser de les soutenir et de finir par se détourner d’eux ; d’autre part, l’organisateur de spectacles tend à corrompre l’athlète pour mieux satisfaire le spectateur.

L’athlète moderne a, de par la civilisation trépidante au sein de laquelle il vit, deux ennemis qui lui sont plus redoutables qu’à ses prédécesseurs : la hâte et la foule. Qu’il se garde. Le sport moderne durera s’il sait être, du nom charmant que les Coréens donnaient jadis à leur pays : « l’empire du Matin calme ».

  1. Il restait en Allemagne quelque Ritterschulen ou Adels-Akademien où les jeunes nobles pouvaient apprendre l’escrime et l’équitation. À Paris où en 1657 subsistaient encore 114 jeux de paume, il n’y en avait plus en 1780 que 10 et qui déclinaient. En 1839 il n’en restera plus qu’un, sur le point de fermer.
  2. La figure de Ludwig Jahn est une des plus caractéristiques de l’Allemagne moderne dont il fut le précurseur et l’artisan. Son dernier écrit daté des environs de 1848, contenait ces lignes suggestives et révélatrices ; « L’unité de l’Allemagne a été le rêve de ma première enfance, la lumière matinale de mon adolescence, la splendeur ensoleillée de mon âge viril ; elle demeure l’étoile du soir qui guide encore mes pas au seuil de l’éternel repos. »
  3. C’est alors que fut fondée la Deutsche Turnerschaft dont les 15 divisions régionales englobèrent l’Autriche et atteignirent en 1914 un effectif de 1.456.000 membres dont 68.000 femmes.
  4. L’œuvre de Nachtegall, lui-même élève de l’Allemand Guths Muths, paraît avoir été considérable ; il créa de nombreux gymnases dont un pour femmes que fréquentèrent plusieurs milliers d’élèves ; et dès 1803 il persuada au gouvernement danois d’annexer à chaque école communale un terrain d’exercice.
  5. On peut en juger par sa théorie des « trois manifestations vitales » d’après laquelle le système nerveux joue dans le corps humain le rôle dynamique, la circulation du sang le rôle chimique et le système musculaire le rôle mécanique. Ling considère que ces trois manifestations devant « s’égaler, la prédominance de la manifestation mécanique amènera une maladie d’ordre chimique tandis que la prédominance de la manifestation chimique amènera une maladie d’ordre dynamique ».
  6. Le sens même du mot était perdu. Voir le Dictionnaire du Dr Johnston au mot Athletick.
  7. En 1750, au match dans lequel John Slack, à Londres, abattit Jack Broughton, le duc de Cumberland engagea et perdit 250.000 fr. Ce Broughton n’était pas seulement champion professionnel ; il avait succédé à un certain James Figg qui entre 1719 et 1734 enseignait l’escrime et la boxe s’intitulant Master of ye noble science of Defence ; il paraît avoir surtout formé des prize-fighters.
  8. Cet état de choses se reflète dans les souvenirs d’adolescence de maints écrivains notoires, mais j’ai tenu en 1888 à en faire l’objet d’une longue conversation avec le plus illustre d’entre eux, W. E. Gladstone. Le « grand old man » me confirma et au delà tout ce que j’avance ici.
  9. Le premier Athlelic Club fut fondé à Exeter College, Oxford, en 1850 ; cinq ans plus tard St Johns College, Cambridge en créa un autre. Les premiers concours interuniversitaires eurent lieu en 1864.
  10. Ce point de vue encore étranger à beaucoup d’Anglais a été exposé à W. E. Gladstone dans l’entretien que je viens de rappeler ; il y a donné après mûre réflexion, sa complète adhésion.
  11. En 1889, à l’occasion du Congrès des Exercices Physiques annexé à l’Exposition universelle de Paris, une enquête fut faite dans tous les pays anglo-saxons aux fins de savoir sous quel aspect s’y présentait la vie de collège. Plus de 90 établissements d’Australie, du Sud Afrique, du Canada, de l’Inde, de la Jamaïque, de Hong Kong répondirent, donnant l’impression d’une grande unité de vues et d’une fidélité complète bien que généralement inconsciente aux principes posés par Arnold.
  12. Is too much time given to games ? a demandé en 1911 un grand journal anglais s’adressant aux personnalités les plus en vue. Le dossier formé par les réponses est intéressant. La majorité des interrogés conclut que le mal vient à la fois des spectateurs et de la presse, les compte-rendus de celle-ci contribuant à accroitre indéfiniment le nombre de ceux-là ; double élément corrupteur dont souffre le sport et qui annule sa mission éducatrice.
  13. À New-York en 1889, j’ai recueilli à cet égard le témoignage de deux survivants de cette époque, l’illustre général Sherman et le président de l’Institut technologique de Boston, le général Francis A. Walker.
  14. En dernier lieu on a vu M. Carnegie faire creuser à Princeton un grand lac artificiel afin que les étudiants pussent y ramer à l’aise.
  15. D’autre part, M. S. Curtis, secrétaire de la Playground Association of America calculait en 1909 que l’Université Harvard dépensait 5.000 fr. par an et par homme pour ses champions éventuels (environ une centaine) et 20 fr. par homme pour l’éducation physique du reste de ses étudiants.
  16. Certaines peuplades asiatiques le pratiquaient encore sous sa forme embryonnaire ; d’autre part il est décrit en 1689 comme passé dans les habitudes des paysans du district d’Aursperg en Carniole, mais c’est toujours un ski très rudimentaire et non celui que les Lapons et les Norvégiens ont perfectionné.
  17. Les récits de la traversée du Groenland par Nansen ont aidé à populariser le ski sans lequel cet exploit n’eut pu être réalisé.
  18. La Suisse s’y trouvait mieux préparée que toute autre par la diffusion de l’alpinisme, encore qu’assez récente.
  19. La vitesse exerce sur les sports modernes une attraction inconnue des époques précédentes, mais c’est souvent au détriment du rythme. Voir sur cette question du rythme et de la vitesse et aussi à propos de la bicyclette la Revue Olympique de septembre 1909 et mai 1911 ou bien, Essais de Psychologie sportive (Payot).
  20. Je dois renvoyer le lecteur désireux d’en être informé à mon livre Une campagne de vingt-un ans, publié en 1908 et à un article paru dans la Revue hebdomadaire de mai 1917 et qui résume assez complètement la période 1887-1917.
  21. Vers 1890 dans un grand Lycée de Paris, le maître répétiteur qui devait conduire les joueurs de football à un match contre un autre lycée s’étant trouvé souffrant, le capitaine de l’équipe alla trouver le proviseur et engagea sa parole d’honneur de veiller sur ses camarades. « Mon ami, répondit le proviseur, comment voulez-vous que j’accepte la parole d’honneur d’un élève ? » Cet incident synthétise une époque et une doctrine.
  22. Voir notamment les réunions tenues à Liège en 1912 et à Gand en 1913.
  23. Voici en quels termes la Revue Olympique de juillet 1913 appréciait la nécessité des championnats. « Pour que cent se livrent à la culture physique, il faut que cinquante fassent du sport ; pour que cinquante fassent du sport, il faut que vingt se spécialisent ; pour que vingt se spécialisent, il faut que cinq soient capables de prouesses étonnantes. Impossible de sortir de là. Tout se tient et s’enchaîne ».
  24. Voir le volume des travaux de ce congrès (Payot et Cie).
  25. Je renvoie de nouveau à mon livre Une campagne de vingt-un ans et à l’article de la Revue hebdomadaire cité plus haut, ainsi qu’à ceux publiés dans l’Indépendance Belge et dans la Fortnightly Review. Consulter également mes Souvenirs d’Amérique et de Grèce.
  26. La première tentative de concentration sportive s’opéra autour du Congrès des Exercices physiques de l’Exposition de 1889, congrès à l’occasion duquel eurent lieu les premiers concours scolaires ; 150 concurrents pour l’équitation, 375 pour les courses à pied, 137 pour la natation, près de 100 pour l’escrime répondirent à l’appel des organisateurs cependant que les dirigeants des différents sports étaient conviés à discuter de leurs intérêts communs. — Voir aussi la Revue Olympique de décembre 1913, p. 188.
  27. C’est à l’ingénieur danois J. P. Müller qu’il faut faire l’honneur en premier lieu de ce résultat. Sa fameuse campagne en faveur de la nudité sportive a atteint tous les pays du monde où sa brochure traduite en toutes les langues s’est écoulée par centaines de mille.
  28. La diffusion du football en Europe a été aussi rapide que complète. Par exemple dès 1906, le Sport Club Slavia de Prague pouvait mettre en ligne sept équipes.
  29. Commencée en 1901. — Voir le livre du même nom (Alcan), paru en 1905.
  30. On s’apercevra à l’usage que le grand défaut du scoutisme, à côté de tous ses avantages, est d’initier l’enfant de façon trop précoce à une existence virile dont la nouveauté risque de se trouver émoussée pour lui à l’heure où, près de devenir homme, il aurait le plus besoin d’en éprouver l’attrait. Au contraire, le solidarisme des camps scolaires n’est jamais prématuré.
  31. Fondés en 1862 par Miroslav Tyrs, professeur de philosophie à l’Université de Prague, ils se développèrent rapidement. En 1906 ils étaient environ 50.000 en Bohême, 10.000 en Galicie, 4.000 en Pologne allemande, 2.000 en Slovènie et 4.500 en Croatie.
  32. Le régime actuel a donné naissance à un véritable syndicalisme qui, à certains moments s’est montré capable d’une tyrannie complète. On a vu des groupements s’efforcer de rendre la pratique des sports impossible à ceux qui refusaient de s’affilier à eux et parfois des trusts s’établir pour rendre le boycottage de ceux-là plus absolu.
  33. Ces courants se répercutent en tous lieux. C’est ainsi que l’Islande dans son isolement a ressenti, elle aussi, l’action sportive moderne. En l’an 1100 la lutte, sport national, y était fort pratiquée par des membres de l’Althing aussi bien que par les fermiers de l’intérieur. Trois écoles de lutte fonctionnaient et le championnat annuel (Boendaglima) était jour de liesse générale. En 1874, le sport avait à ce point déchu qu’on ne trouva dans toute l’île que deux lutteurs à montrer au roi Christian ix. Or, trente-trois ans plus tard, lors du voyage de Frédéric viii, lutteurs et spectateurs affluèrent comme au temps passé.