Page:Œuvres philosophiques de Leibniz, Alcan, 1900, tome 2.djvu/100

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une volonté antécédente. Il a une inclination sérieuse à sanctifier et à sauver tous les hommes, à exclure le péché, et à empêcher la damnation. L’on peut même dire que cette volonté est efficace de soi {per se), c’est-à-dire, en sorte que l’effet s’ensuivrait, s’il n’y avait pas quelque raison plus forte qui l’empêchât ; car celle volonlé ne va pas au dernier effort (ad summum conatum), autrement elle ne manquerait jamais de produire son plein effet, Dieu étant le maître de toutes choses. Le succès entier et infaillible n’appartient qu’à la volonté conséquente, comme on l’appelle. C’est elle qui est pleine, et à son égard cette règle a lieu, qu’on ne manque jamais de faire ce que l’on veut, lorsqu’on le peut. Or cette volonté conséquente, finale et décisive, résulte du conflit de toutes les volontés antécédentes, tant de celles qui tendent vers le bien, que de celles qui repoussent le mal : et c’est du concours de toutes ces volontés particulières, que vient la volonté totale : comme dans la mécanique le mouvement composé résulte de toutes les tendances qui concourent dans un même mobile, et satisfait également à chacune, autant qu’il est possible de faire tout à la fois. Et c’est, comme si le mobile se partageait entre ces tendances, suivant ce que j’ai montré autrefois dans un des journaux de Paris (7 septembre 1693), en donnant la loi générale des compositions du mouvement. Et c’est encore en ce sens qu’on peut dire, que la volonté antécédente est efficace en quelque façon, et même effective avec succès.

23 De cela il s’ensuit, que Dieu veut antécédemment le bien, et conséquemment le meilleur. Et pour ce qui est du mal, Dieu ne veut point du tout le mal moral, et il ne veut point d’une manière absolue le mal physique ou les souffrances : c’est pour cela qu’il n’y a point de prédestination absolue à la damnation : et on peut dire du mal physique, que Dieu le veut souvent comme une peine due à la coulpe, et souvent aussi comme un moyen propre à une fin, c’est-à-dire pour empêcher de plus grands maux, ou pour obtenir de plus grands biens. La peine sert aussi pour l’amendement et pour l’exemple, et le mal sert souvent pour mieux goûter le bien, et quelquefois aussi il contribue à une plus grande perfection de celui qui le souffre, comme le grain qu’on sème est sujet à une espèce de corruption pour germer : c’est une belle comparaison, dont Jésus-Christ s’est servi lui-même.

24 Pour ce qui est du péché ou du mal moral, quoiqu’il arrive aussi fort souvent qu’il puisse servir de moyen pour obtenir un bien,