Page:Œuvres philosophiques de Leibniz, Alcan, 1900, tome 2.djvu/119

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58 Tout l’avenir est déterminé, sans doute : mais comme nous ne savons pas comment il l’est, ni ce qui est prévu ou résolu, nous devons faire noire devoir, suivant la raison que Dieu nous a donnée, et suivant les règles qu’il nous a prescrites ; et après cela nous devons avoir l’esprit en repos, et laisser à Dieu lui-même le soin du succès ; car il ne manquera jamais de faire ce qui se trouvera le meilleur, non seulement pour le général, mais aussi en particulier pour ceux qui ont une véritable confiance en lui, c’est-à-dire une confiance qui ne diffère en rien d’une piété véritable, d’une foi vive, et d’une charité ardente, et qui ne nous laisse rien omettre de ce qui peut dépendre de nous par rapport à notre devoir, et à son service. Il est vrai que nous ne pouvons pas lui rendre service, car il n’a besoin de rien : mais c’est le servir dans notre langage, quand nous tâchons d’exécuter sa volonté présomptive, en concourant au bien que nous connaissons, et où nous pouvons contribuer ; car nous devons toujours présumer qu’il y est porté, jusqu’à ce que l’événement nous fasse voir qu’il a eu de plus fortes raisons, quoique peut-être elles nous soient inconnues, qui l’ont fait postposer ce bien que nous cherchions, à quelque autre plus grand qu’il s’est proposé lui-même, et qu’il n’aura point manqué ou ne manquera pas d’effectuer.

59 Je viens de montrer comment l’action de la volonté dépend de ses causes ; qu’il n’y a rien de si convenable à la nature humaine que cette dépendance de nos actions, et qu’autrement on tomberait dans une fatalité absurde et insupportable, c’est-à-dire dans le Fatum mahumetanum, qui est le pire de tous, parce qu’il renverse la prévoyance et le bon conseil. Cependant il est bon de faire voir comment cette dépendance des actions volontaires n’empêche pas qu’il n’y ait dans le fond des choses une spontanéité merveilleuse en nous, laquelle dans un certain sens rend l’àme dans ses résolutions indépendante de l’induence physique de toutes les autres créatures. Cette spontanéité peu connue jusqu’ici, qui élève notre empire sur nos actions autant qu’il est possible, est une suite du système de l’harmonie préétablie, dont il est nécessaire de donner quelque explication ici. Les philosophes de l’école croyaient qu’il y avait une influence physique réciproque entre le corps et l’âme : mais depuis qu’on a bien considéré que la pensée et la masse étendue n’ont aucune liaison ensemble, et que ce sont des créatures qui diffèrent toto genere, plusieurs modernes ont reconnu qu’il n’y a aucune communication physique entre l’âme et le corps, quoique la communication